jeudi, décembre 17, 2009

"Pardonne nous nos offenses comme.." Mt 6,12


Renoncer à la vengeance : première étape du pardon.

Lors d’une rencontre autour de l’évangile de Matthieu, la phrase qui suit la prière enseignée par Jésus : Mt 6,14« En effet, si vous pardonnez aux hommes leurs fautes, votre Père céleste vous pardonnera à vous aussi ; 15 mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père non plus ne vous pardonnera pas vos fautes » a résonné en moi un peu comme un sorte du loi du talion ; Si tu ne pardonnes pas, Je ne pardonne pas.

Autant dire que je n’ai pas tellement aimé parce que le pardon est pour nous les humains quelque chose de très difficile (la mémoire ne permet pas l’oubli) et de plus souvent celui qui nous a fait du mal ne s’en est absolument pas rendu compte ce qui complique encore les choses.Bien souvent portons des blessures en nous qui nous ont été infligées soit par ignorance, soit "pour notre bien". De nos jours et dans bon nombre d’homélies, la pardon est comme la condition première pour être reconnu comme disciple du Christ; je connais certaines personnes auxquelles le sacrement de réconciliation n'a pas été donné parce qu'elles ne pouvaient pas pardonner les abus subis. Je sais très bien que le pardon libère (voir mon billet sur le lâcher prise), mais il faut des années, parfois une vie entière pour pardonner en vérité.


Jésus s’adressait à des juifs et ceux-ci savaient bien que bon nombre de péchés pouvaient être rachetés par un sacrifice d’expiation (holocauste), même si le "ritualisme" de l’holocauste était déjà battu en brèche dans de nombreux psaumes (un cœur brisé vaut mieux que tous les holocaustes) : un certain faire ne donne pas automatiquement le pardon (la rémission de la dette) et cela Jésus le criera haut et fort dans ce même chapitre 6.

J’ai essayé de transformer cette phrase, car il y a d'une certaine manière les péchés envers Dieu (5 premiers commandements) et ceux envers les frères (ceux de la communauté de vie). Les premiers se résument par idolâtrie, les seconds par convoitise. Si on fait référence à la fête du Yom Kippour, les péchés envers Dieu sont pardonnés, effacés, mais pas ceux envers les frères. Cela pourrait donner "Si vous pardonnez aux hommes leurs manquements en vers vous, (pas facile) alors moi, Dieu je ne tiendra pas compte des manquements envers moi". Mais cela ne me satisfaisait pas et je trouvais que Jésus mettait la barre bien haut, peut être trop haut compte tenu de ce que nous sommes. Et puis je pensais à la phrase du prophète Isaïe 1,18: Quand vos péchés seraient comme l'écarlate, comme neige ils blanchiront; quand ils seraient rouge comme la pourpre, comme laine ils deviendront".

Alors la miséricorde de Dieu où est-elle? Et puis, il y a offenses et offenses: si mon frère me fait une réflexion que je n’aime pas c’est une chose, mon orgueil en prend un coup, mais s’il fait quelque chose qui nie complètement ce que je suis, s’il me fait du mal pour me faire du mal, alors c’est une autre paire de manches. S'il fait de moi "son objet", son esclave, comment puis-je lui pardonner? Je sais bien que l’amour excuse tout, pardonne tout, mais, il y a un mais…Ce n’est pas facile.

Quand Jésus remet ses fautes au paralytique il est considéré comme un blasphémateur, Lc 5,21:"Qui est-il celui-là, qui profère des blasphèmes ? Qui peut remettre les péchés, sinon Dieu seul ?". Alors comment pardonner?

Par ailleurs il faut attendre des écrits tardifs pour que le pardon accordé au frère par le frère soit abordé. Dans les psaumes, c’est Dieu qui pardonne et qui est chargé de la défaite de l’ennemi ou de l’impie. Par contre dans le Siracide on trouve quelque chose qui est très proche de ce que Jésus nous demande
: Si 28 1-7
1 Celui qui se venge éprouvera la vengeance du Seigneur
qui de ses péchés tiendra un compte rigoureux.
2 Pardonne à ton prochain l'injustice commise ;
alors, quand tu prieras, tes péchés seront remis.
3 Si un homme nourrit de la colère contre un autre homme,
comment peut-il demander au Seigneur la guérison ?
4 Il n'a nulle pitié pour un homme, son semblable ;
comment peut-il prier pour ses propres péchés ?
5 Si lui qui n'est que chair entretient sa rancune,
qui lui obtiendra le pardon de ses propres péchés ?
6 Songe à la fin qui t'attend, et cesse de haïr,
à la corruption et à la mort, et observe les commandements.
7 Souviens-toi des commandements, et ne garde pas rancune à ton prochain,
de l'alliance du Très-Haut, et passe par-dessus l'offense.



Alors il m'est venu une autre approche...

Si le peuple a connu l’exil et l’occupation, c’est bien parce qu’il a rompu l’alliance avec Dieu, en ne lui faisant pas confiance. Ces événements peuvent bien s’entendre comme une punition, mais aussi comme une « vengeance » du Tout Puissant. La mauvaise conduite envers les frères provoque aussi le courroux de Dieu et une action spécifique (punition) : Ez 34, 2-10 « Fils d’homme prophétise contre les pasteurs d’Israël… Ainsi les pasteurs ne paîtront plus eux-mêmes, j’arracherai les brebis de leur bouche. ».
Je me suis demandé à ce moment là de ma réflexion sur le pardon si la première étape du pardon n’était pas de renoncer à la vengeance, et si on accepte cela les choses deviennent beaucoup plus faciles, et je dirais plus à notre portée. Il ne s'agit plus de rentrer dans des considérations psychologiques sur nos blessures, sur nos péchés, sur nos fragilités, mais simplement de ne pas agir ce que nous dicte notre colère (même si elle est juste), notre convoitise, notre envie. Et cela c’est bien ce que Jésus a fait: ne pas rendre le mal pour le mal...

Dans la Bible, la vengeance apparaît dès le quatrième chapitre de la Genèse. Or Caïn est averti par Dieu qu'il doit lutter contre quelque chose qui est en lui, à savoir (si on met un peu de psychologie là dedans) de ne pas donner libre cours à la mise en acte de l’envie.

Ne peut-on penser que le fait que YHWH accepte l’offrande d’Abel et non celle de Caïn est une sorte de mise à l’épreuve de ce dernier? Saura-t-il enfin regarder son frère, celui qui n’a pas de consistance puisque son nom même signifie "brume" (j’ai envie de dire Abel le nébuleux) comme quelqu’un qui a du poids pour Dieu et qui doit être regardé autrement. Apprendre à regarder son frère autrement, peut-être tout simplement le regarder et voir de quoi il est capable.

Et c’est là où Caïn échoue. Au lieu d’en vouloir à Dieu il se venge sur son frère car il a subi une sorte d’affront qui touche à son sentiment d’existence. Que son offrande ne soit pas acceptée veut dire qu’il ne vaut rien, et que seul Abel a de la valeur. Or c’est justement cela que Caïn doit reconnaître, et qu’il est incapable de faire. La blessure est profonde. Abel n’y est pour rien, mais c’est lui qui subit. L’envie provoque le désir de se venger, il faut que quelqu’un paye, et peu importe la personne. Cette épreuve là, nous la vivons tous à un moment de notre vie.

Les histoires de vendetta montrent bien l’escalade de la vengeance, et c’est déjà ce que l’on lit dans la Genèse dans la bouche de Lamek: Gn4,23 : «23. Lamek dit à ses femmes : « Ada et Cilla, écoutez ma voix ! Femmes de Lamek, tendez l'oreille à mon dire ! Oui, j'ai tué un homme pour une blessure, un enfant pour une meurtrissure. 24. Oui, Caïn sera vengé sept fois, mais Lamek soixante-dix-sept fois. ».

Le Penteuque avec son aspect juridique permet de sortir des représailles et de la vengeance et de laisser celle ci à YHWH: Dt 32,35 : « A moi la vengeance, à moi la rétribution »

Il n’en demeure pas moins que la vengeance, même si elle est laissée à Dieu, est quelque chose de terrible. Je pense à la finale du psaume 149, qui est lu presque journellement lors de l’office des laudes : «7. pour exercer la vengeance sur les nations, des châtiments parmi les peuples, 8. pour lier leurs rois avec des chaînes et leurs dignitaires avec des entraves, 9. pour exécuter contre eux le jugement qui est écrit ! C'est un honneur magnifique pour tous ses fidèles. Louez le SEIGNEUR (Yah) ! »

Sur la croix Jésus dit: "Père, pardonne leur car ils ne savent pas ce qu’ils font", c’est à dire qu’il remet le pardon à son Père, et que l’on peut entendre (ce que hélas l’église n’a pas voulu entendre) c'est:" Ne Te venges pas ce qu’ils m’ont fait, n’exerce pas de vengeance envers eux, ne les détruis pas. Laisses leur le temps de comprendre et de se convertir".



Ne pas se venger c’est accepter de ne pas faire du mal à celui qui nous en a fait, c’est ne pas agir (action) le désir de vengeance. Ce n’est pas faire "ami ami" avec lui, car cela c'est impossible, mais c’est le laisser exister tel qu’il est. C'est aussi ne plus tourner dans notre tête et ce qu'il nous a fait et comment nous allons le lui faire payer. S’il devient un jour capable reconnaître le mal commis ce sera bien, mais la vengeance nous pouvons y renoncer et en cela nous sommes à l’image de Jésus.

Cela ne veut pas dire qu’il ne faille pas mettre les actes délictueux dans les mains de la justice, mais c’est renoncer à faire justice soi-même, à se faire justice. C’est aussi ne pas se réjouir de ce qui peut arriver de mauvais à l’autre.

Et cette manière de voir les choses allège considérablement la culpabilité, dont on charge si facilement celui qui n’est pas à même de pardonner compte tenu des sévices qu’il a subi et dont l’agresseur n’est pas forcément conscient.

J’ose espérer que la mort de Jésus sur la croix nous a permis de sortir de la peur de la vengeance de Dieu pour passer dans le registre de l’amour grâce au don de l’Esprit. Je pense que cet acte de ne pas se venger (même si dans la réalité on n’a pas les moyens de le faire) est le premier pas qui nous permettre peut-être un jour de bénir celui qui a voulu notre mort, qu’elle soit physique ou psychique, mais cet acte là il est en notre pouvoir, nous pouvons le choisir.

mercredi, décembre 09, 2009

L'annonciation



Le texte de Luc rapporte simplement que Marie voit un personnage (que nous savons nous lecteurs être l'Ange Gabriel) et que sa réponse aux paroles de cet envoyé va changer sa vie et la notre.

Je cite le texte (TOB).

Lc1, 26 Le sixième mois, l'ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée du nom de Nazareth,
27 à une jeune fille accordée en mariage à un homme nommé Joseph, de la famille de David ; cette jeune fille s'appelait Marie. 28 L'ange entra auprès d'elle et lui dit : « Sois joyeuse, toi qui as la faveur de Dieu, le Seigneur est avec toi. »
29 A ces mots, elle fut très troublée, et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation.

30L'ange lui dit : « Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu.
31Voici que tu vas être enceinte, tu enfanteras un fils et tu lui donneras le nom de Jésus.
32 Il sera grand et sera appelé Fils du Très-Haut. Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ;
33il régnera pour toujours sur la famille de Jacob, et son règne n'aura pas de fin. »

34 Marie dit à l'ange : « Comment cela se fera-t-il puisque je n'ai pas de relations conjugales ? »
35L'ange lui répondit :« L'Esprit Saint viendra sur toi et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre ;
c'est pourquoi celui qui va naître sera saint et sera appelé Fils de Dieu.

36Et voici que Elisabeth, ta parente, est elle aussi enceinte d'un fils dans sa vieillesse et elle en est à son sixième mois, elle qu'on appelait la stérile,
37 car rien n'est impossible à Dieu. »

38 Marie dit alors : « Je suis la servante du Seigneur. Que tout se passe pour moi comme tu me l'as dit ! » Et l'ange la quitta.


Ce texte est très utilisé pour toutes les fêtes de la Vierge et bon nombre de retables ou de peintures célèbres, montrent une scène qui me semble bien éloignée de la réalité de la jeune fille de Nazareth.



Que savons nous? On sait juste qu'elle habite à Nazareth, qu'elle est engagée vis à vis d'un homme Joseph. Mais vit elle déjà chez lui ou est elle encore dans sa maison familiale, cela nous ne le savons pas. Comment occupe t elle ses journées, nous ne le savons pas non plus. Après tout l'ange du Seigneur est bien apparu à Gédéon alors qu'il était en train de battre le blé Jg 6, 11. alors peut être que l'ange lui est apparu pendant les tâches ménagères...

Parfois j'aimerai savoir dessiner, mettre en images ce qui me vient quand je lis un texte, mais cela je ne sais pas le faire. Alors d'une certaine manière je dessine avec des mots et c'est ce que j'ai envie de faire. Raconter ce que Marie a pu vivre à ce moment là.


"Difficile de raconter ce qui s'est passé pour moi. j'étais en train de coudre, la maison était en ordre, il y avait des lampes à huile qui brûlaient car j'aime cette douce lumière. Et j'ai eu brusquement l'impression que quelqu'un était entré, car les flammes avaient un peu vacillé comme s'il y avait eu un souffle de vent. Un peu aussi comme si la porte s'était ouverte, mais elle ne s'était pas ouverte.

Et j'ai entendu une voix qui me disait que je devais me réjouir d'avoir la faveur du Seigneur; cela a été étrange car certes Le Très Haut, est le centre de ma vie et faire sa volonté et surtout le connaître est mon désir le plus profond.

Je dois dire que si je n'avais pas du me soumettre à mes parents en m'unissant à Joseph le charpentier, j'aurais aimé passer ma vie dans son temple, car pour moi "un jour dans ses parvis vaut mieux que mille ailleurs" et bien souvent " Je me rappelle dans la nuit le nom de Yahvé, et j'observe sa loi". J'aurais tant aimé vivre dans sa maison, dans son temple saint, mais en même temps je sais bien que je n'en suis pas digne, pas à la hauteur...

Alors avoir la faveur du Seigneur, comment y croire? Cela m'a profondément troublée et pourtant au fond de moi je ressentais une grande paix et une grande joie, comme si j'avais attendu ce moment depuis toujours.

Puis la même voix, m'a dit de ne pas être dans l'inquiétude, parce que moi, "la petite" j'avais trouvé grâce auprès de Dieu.

A ce moment j'ai eu la certitude que cette voix était celle d'un Ange, d'un envoyé et là encore cela m'a troublée. Qui suis-je moi jeune fille de 14 ans, promise à Joseph, parce que c'est comme cela que ma vie devrait se dérouler, humblement, normalement, pour avoir cette chance de parler avec un envoyé du Très Haut. J'étais attentive et incapable de dire un mot.Heureusement qu'il parlait lui.

Mais quand il m'a dit que j'allais être enceinte, porter un enfant qui serait le Messie attendu par tout mon peuple, que moi une femme j'aurais à lui donner un nom alors que dans ma tradition c'est ce que doit faire le père, et que ce nom serait Jésus, alors là oui j'ai parlé, j'ai osé parlé car je n'osais y croire.

Et pourtant cela réalisait un de ces voeux dont je n'avais jamais parlé à qui que ce soit, être comme Anne qui jadis avait donné le voyant Samuel à notre peuple, porter en moi celui que tous attendaient, celui qui allait enfin nous sortir de l'esclavage et tourner notre coeur vers le Dieu de nos pères, celui grâce auquel la connaissance de Dieu envahirait le pays comme une mer.

J'ai osé rappeler à cet ange que j'étais promise à un homme, que je n'avais pas eu de relations sexuelles avec lui alors même si je désirais de tout mon coeur ce que Dieu voulait pour moi, j'étais incapable d'imaginer comment cela pourrait se faire et en même temps je repensais à Sarah qui avait eu un enfant alors que tout espoir était aboli pour elle, et en moi je me disais que rien n'est impossible à Dieu.

Et c'est ce qui m'a été dit, enfin pas tout à fait. Car L'ange m'a dit que l'Esprit Saint viendrait sur moi, que la puissance du très haut me couvrirait de son ombre, comme jadis la nuée qui guidait mon peuple lors de la sortie d'Egypte, puis dans le désert.

Et cette puissance, je ne sais comment la décrire, mais elle m'a enveloppée, prise, envahie. Au plus profond de moi j'ai su que Dieu avait agi, que cet enfant (et même si je me demandais comment Joseph prendrait cela quand je serais amenée à le lui dire) aurait le destin que Dieu avait désiré pour lui et que moi sa mère je serai et sa servant et la servante de son Père.

Et comme si l'ange avait pu lire en moi ce que j'avais pensé de Sarah, il m'a dit qu'Elisabeth ma cousine, celle que ceux de son village appellent la stérile attend un enfant.

Puis il a disparu comme il est apparu, mais moi je me sentais autre.

J'ai décidé de partir voir ma cousine et de rester avec elle jusqu'à la naissance de son enfant. En revenant peut-être que Dieu m'inspirera ce que je devrais dire à Joseph pour qu'il ne me répudie pas. Mais la main du très haut est sur moi, alors de qui aurais-je peur? "

vendredi, décembre 04, 2009

Du choix des prénoms.

Dans l'évangile de Luc, Jean et Jésus recoivent des prénoms différents de ceux qu'ils auraient du avoir à savoir le prénom de leur père du moins c'est ce que l'on peut imaginer en fonction de l'étonnement du choix du prénom de jean fils de Zacharie.

Le prophète Osée a déjà du donner à ses enfants des prénoms durs à porter (Os1, 9:) 8Elle sevra Lo-Rouhama (Non aimée) puis elle conçut et enfanta un fils. 9Et le SEIGNEUR dit :« Donne-lui le nom de Lo-Ammi— c'est-à-dire : Celui qui n'est pas mon peuple —,car vous n'êtes pas mon peuple et moi je n'existe pas pour vous. »

Là on est dans un autre cas de figure, qui est celui de la proximité du salut.

Alors au lieu de s'appeler Zacharie (Dieu se souvient) le fils d'Elisabeth s'appellera "Dieu fait grâce". Dieu peut se souvenir de la détresse de son serviteur qui a une femme stérile et surtout de son peule et lui donner la fécondité. Oui Dieu fait grâce. D'une certaine manière on peut dire aussi qu'à ce moment de l'histoire de l'homme, Dieu se souvient de la détresse de son peuple et de tous les hommes et va envoyer quelqu'un pour les sortir de leur torpeur. En Jean l'attention de Dieu se manifeste.

Si le fils de Marie s'était appelée Joseph, cela aurait signifié "Que Dieu m'ajoute un autre fils".Or Jésus étant l'Unique normalement il ne doit pas y en avoir d'autre après. Jésus ou Josué signifie soit Dieu sauve (ce qui est dit pas l'ange à Joseph) soit Dieu est généreux. or ces deux composantes sont bien réalisées en Jésus.

Si Jésus s'était appelé Joseph, d'une certaine manière sa vocation aurait pu être autre. Certes Jésus comme Joseph suscite
beaucoup de jalousie parmi ses proches, certes comme lui est condamné à disparaître et il possède une robe particulière.Mais si Joseph devient le bras droit de pharaon, la royauté de Jésus sera tout autre.

Si Joseph est celui qui conduit le peuple d'Israël en Egypte, ce qui va lui donner la vie pendant un certain temps, mais le conduire vers l'esclave, esclavage dont Jésus vient nous faire sortir.

Et Jésus fait de nous des hommes libres.

jeudi, décembre 03, 2009

"Déposer" Mt 15, 29

De grandes foules vinrent à lui, avec des boiteux, des aveugles, des estropiés, des muets, et beaucoup d'autres infirmes ; on les déposa à ses pieds et il les guérit.Mt 15,29.

Souvent dans les homélies on nous dit de "déposer" ce qui nous fait mal (nos péchés) aux pieds de Jésus. En d'autres termes, il s'agit de se débarrasser de quelque chose. Déposer c'est mettre dehors, c'est aussi souvent reconnaître un échec (par exemple déposer son bilan, veut dire que l'on a fait faillite).

Alors est ce que vivre avec quelqu'un qui est porteur d'un handicap veut dire échec? Je veux dire que vivre avec quelqu'un de différent surtout si on croit que le handicap est conséquence d'un péché peut vous donner envie de vous débarrasser de cette charge, de ce fardeau et le mettre aux pieds de Jésus, s'en débarrasser comme d'un vieux vêtement c'est peut être une solution.

Car si j'essaye de me représenter la scène, avec ce mot de déposer, je dois dire que c'est pour le moins curieux; c'est comme si on empilait les uns sur les autres (en tas, comme on dépose des vêtements) toutes ces personnes porteuses d'un handicap et qui pour beaucoup sont tout à fait capables de marcher (en particulier les muets).Ont elles eu leur mot à dire ces personnes? Sont elles là de leur plein grée? Savent elles qui est Jésus de Nazareth? Pas sûr. Simplement "on" a décidé pour elles. Et on les dépose je ne sais pas comment devant Jésus;

Alors est ce que jésus attend que le tas soit assez grand ou assez haut pour les guérir? Est une guérison collective?

Mais ce qui me semble certain c'est que la guérison donne à ces personnes dont on veut d'une certaine manière se débarrasser en les déposant là, leur dignité d'être humain, dignité que le handicap leur avait ôté.

Et pour cela, qui d'une certaine manière est plus importante que la guérison en tant que telle, il est bien normal de louer le nom du très haut.

vendredi, novembre 27, 2009

Les vendeurs du temple. Jean 2, 13-17



La colère est considérée comme quelque chose de mal, parce que souvent l'homme en colère ne se contrôle plus, agresse l'autre, risque de le détruire, voire même de le tuer. Des études anciennes maintenant ont montré que le risque d'accidents cardiaques était très élevé chez les personnes coléreuses ce qui revient à dire que la colère en soi est dangereuse pour l'individu lui-même.

On dit aussi aujourd'hui que l'une des causes possibles de la dépression est une colère qui au lieu d'être dirigée contre une figure parentale est dirigée contre le sujet et de ce fait le détruit. Ne pas exprimer une colère est mauvais, être en colère n'est pas bien, alors comment parler de la colère?

Etre en colère ce n'est pas être fâché, même si quand on est fâché on peut avoir des attitudes qui sont celles de la colère. La colère est quelque chose de profond, qui vous anime d'un coup et qui peut vous pousser avec des actes parfois héroïques du moins quand on se met du côté de celui qui agit sa colère et non de celui qui la subit.Le colère peut vous transformer. Nous sommes tous habitués à Hulk, qui lorsqu'il est en colère devient tout autre, et surtout un tout autre incontrôlable.

Dans le premier testament, outre les colères de YHWH, il y a ces colères qui s'emparent de certains quand l'honneur de leur Dieu est bafoué, je pense à Pinhas le prêtre Nb 25, Samson le juge Jg 13 et suivants, ou encore à Mattathias dans le livre des Maccabées. La colère qui s'empare d'eux les prend aux tripes si je peux m'exprimer ainsi. Je trouve que ceci est admirablement décrit quand Mattathias se dresse contre l'ordre du roi: 1M 24 A sa vue, le zèle de Mattathias s'enflamma et ses reins frémirent ; une juste colère monta en lui, il courut et l'égorgea sur l'autel. 25 Quant à l'homme du roi, qui obligeait à sacrifier, il le tua sur-le-champ, et renversa l'autel. 26 Il fut embrasé de zèle pour la Loi comme l'avait été Pinhas envers Zimri, fils de Salou. 27 Puis Mattathias se mit à crier d'une voix forte à travers la ville : « Que tous ceux qui ont le zèle de la Loi et qui soutiennent l'alliance me suivent. »

Cette colère investit finalement Mattathias d'une force et d'un pouvoir que lui même ne connaissait pas et qui va lui permettre de lutter efficacement contre l'envahisseur.

La colère quand elle vous prend au plus profond de vous même permet d'une certaine manière de se rassembler, de se dresser, de devenir vivant , de se sentir existant parfois même de se sentir enfin sujet. Elle permet de trouver en soi la force de s'opposer, de dire non, de dire que l'autre se trompe, qu'il ne comprend pas et qu'il n'a pas à vous imposer son point de vue ou sa manière de penser. Cette colère là, crée des hommes vivants.

C'est quelque chose que j'ai vécu il y a longtemps au cours de mon analyse. Le jour où j'ai pu d'une certaine manière me dresser contre mon analyste, exprimer ma colère face à ce que je ressentais comme son indifférence à ce que je traversais, alors ma colère exprimée en mots (pas en actes bien sûr) m'a permis de sortir de ma dépression et redevenir vivante. Bien sûr je n'ai attaqué mon analyste, mais j'ai pu enfin sortir ce qui m'habitait, exprimer ce que je ressentais et cela a remis ensemble les morceaux de mon Moi qui étaient comme juxtaposés et cette colère là m'a permis d'être, de savoir qui j'étais.

Cette colère là a du bon et il me semble que c'est ce qui se passe dans l'épisode rapporté au début de l'évangile de Jean épisode que l'on retrouve dans les synoptiques, mais sous une forme très concise qui est finalement fort réductrice. Par exemple en Marc 11 15. " Ils arrivent à Jérusalem. Étant entré dans le Temple, il se mit à chasser les vendeurs et les acheteurs qui s'y trouvaient : il culbuta les tables des changeurs et les sièges des marchands de colombes" ou en Luc 19 45."Puis, entré dans le Temple, il se mit à chasser les vendeurs".


Mais la composante reste la même:Jésus s'en prend aux hommes qui sont là et les chasse, comme on chasse un troupeau d'animaux. Et face à l'autorité de cet homme, ils ne résistent pas, ce qui est quand même étonnant, car on peut bien imaginer que au moment de Pâques ces vendeurs sont nombreux et que cette partie du temple est comme un véritable marché à bestiaux.

Comme souvent nous sommes tellement habitués à l'écrit de l'évangile que nous ne le visualisons plus.

Or si on se représente ce qui se passe en Jean 2, 13-15, Jésus est pris par quelque chose, qui lui donne une force étonnante.

Voici le texte:

13 La Pâque des Juifs était proche, et Jésus monta à Jérusalem.

14 Il trouva dans le temple les vendeurs de bovins, de moutons et de colombes, ainsi que les changeurs, assis.
15 Il fit un fouet de cordes et les chassa tous hors du temple, avec les moutons et les bovins ; il dispersa la monnaie des changeurs, renversa les tables
16 et dit aux vendeurs de colombes : Enlevez tout cela d'ici ! Cessez de faire de la maison de mon Père une maison de commerce!

17 Ses disciples se souvinrent qu'il est écrit : La passion jalouse de ta maison me dévorera.

Jésus ne s'attaque pas aux animaux mais aux hommes. Il les traite comme des animaux ce qui est bien contraire à la douceur évangélique. Le fouet ne lui sert pas à faire partir les animaux mais les hommes.

Nous sommes tellement habitués aussi dans l'iconographie à nous représenter Jésus comme quelqu'un de grand, de fort, qui domine physiquement les autres. Mais Jésus devait être physiquement comme les hommes de sa génération, c'est à dire pas très grand et pas si costaud que cela, même s'il a appris le métier de charpentier qui donne de la force dans les bras.

Le suaire de Turin donne à Jésus une taille de 1m80 et une corpulence de 80kg, mais c'est le suaire. D'ailleurs même un homme de 1m80 ne fait pas le poids devant des bovins surtout en grand nombre. Mais la peur n'a pas des prise sur Jésus, car ce qui compte pour lui, c'est que la maison de son Père ne soit pas une caverne de voleurs.

Cet homme en colère attaque les vendeurs et ceux ci sont incapables de lui résister. Il est seul contre tous, la colère lui donne la force de se dresser, de hurler car je doute fort que jésus pris par cette colère ait parlé posément et gentiment aux vendeurs et aux changeurs. Imaginez aussi la tête des marchands de colombes qui voient leur marchandise s'envoler; l'argent qui tombe sur le sol ce qui a peut-être fait la joie de ceux qui justement voulaient acheter une bête pour célébrer la Pâque.Les animaux dans tous les sens, bref le bazar total, tout ça à cause d'un parfait inconnu. Car dans l'évangile de Jean, qui connait cet homme? Le seul miracle rapporté est celui de Cana, petite ville bien éloignée de Jérusalem. Et le voilà qui fait un scandale. Un miracle que sa vie publique ne se soit pas arrêtée là. Pourquoi les gardes temple ne sont ils pas intervenus pour remettre de l'ordre?

Et cet homme en colère a une phrase étonnante qui vient certes du prophète Jérémie, mais qui le positionne d'emblée comme le Fils du très Haut.

Dans la suite du texte, la seule chose que les pharisiens demanderont à Jésus, c'est de justifier son acte; Peut-être sont ils d'accord avec ce qui vient d'être fait.

Je me demande si cet épisode n'est pas une sorte de mise en acte de ce que Luc rapporte "Vous savez bien que je me dois aux affaires de mon Père". Lc 2, 49. Si à Cana; Jésus peut être considéré comme le fils de Marie, qui finalement fait ce que sa mère désire, là, il devient le Fils de son Père et sa vie publique peut vraiment commencer.

Cette colère, ce que certains appellent "une sainte colère", donne à Jésus sa stature, son identité, vrai Dieu, vrai homme.

vendredi, novembre 13, 2009

Guéri ou sauvé?

On dit souvent que le même mot peut être traduit pas guéri ou sauvé, or si je lis la guérison des 10 lépreux en Luc 17, il me semble que ce n'est pas du tout la même chose. 10 sont purifiés (on pourrait dire guéri de leur affection cutanée, un seul est sauvé parce qu'il a su nouer une relation avec Jésus).

Je cite le texte: (TOB)


Phase 1.
11 Or, comme Jésus faisait route vers Jérusalem, il passa à travers la Samarie et la Galilée.

12 A son entrée dans un village, dix lépreux vinrent à sa rencontre. Ils s'arrêtèrent à distance

13 et élevèrent la voix pour lui dire : « Jésus, maître, aie pitié de nous. »

On pourrait dire, ( phase 1), des hommes malades de la peau et exclus de la vie sociale ont entendu parler de cet homme qui fait des guérisons. Alors, tout en respectant les règles (ils restent à distance) ce que ne font pas tous les lépreux que Jésus à guéri (Mt 8,2, un lépreux s'étant approché..) et ils lui donnent un titre Maître qui montre bien la conscience qu'ils ont de la distance qui existe entre Lui et eux. A noter aussi -qu'ils élèvent la voix- pour se faire entendre puisqu'ils sont à distance;

Phase 2:

14 Les voyant, Jésus leur dit : « Allez vous montrer aux prêtres. » Or, pendant qu'ils y allaient, ils furent purifiés.

D'une certaine manière jésus répond sur le même mode. Ils n'ont pas demandé une guérison, mais que Jésus aie pitié d'eux, de la vie qu'ils mènent. Le seul moyen de reprendre une vie normale c'est bien que les prêtres en constatant la guérison leur permettent de réintégrer la vie sociale.Là Jésus leur demande un acte de foi, mais ils n'ont rien à perdre et s'ils connaissant l'histoire de Naaman le syrien, ils savent qu'il faut obéir même si on ne comprend pas bien.

Il est important de noter que s'ils ne posent pas de question, ils obéissent. Et cette obéissance permet la purification extérieure. Il y a donc guérison.

Phase 3

15L'un d'entre eux, voyant qu'il était guéri, revint en rendant gloire à Dieu à pleine voix.

16Il se jeta le visage contre terre aux pieds de Jésus en lui rendant grâce ; or c'était un Samaritain.

Cet homme, ce samaritain, cet "être impur aux yeux des juifs" revient seul, et là il n'y a plus de distance entre lui et Jésus. Il reconnait l'oeuvre de Dieu accomplie par Jésus. Je m'imagine que sur le chemin du retour il chante sa joie, je dirais même qu'il exulte de joie. Lui, l'étranger, son coeur est en fête. Il ne s'agit plus d'élever la voix pour se faire entendre, mais de crier son bonheur. En se prosternant devant Jésus il reconnaît qu'il est vraiment le Maître.

Phase 4
17 Alors Jésus dit : « Est-ce que tous les dix n'ont pas été purifiés ? Et les neuf autres, où sont-ils ?
18 Il ne s'est trouvé parmi eux personne pour revenir rendre gloire à Dieu : il n'y a que cet étranger ! »

Pour ma part je ressens un certaine tristesse dans cette phrase de Jésus;d'une certaine manière quand il vous arrive une telle aventure, au diable la loi. Et on a l'impression que les juifs sont plus pressés d'avoir leur certificat dûment tamponné par le prêtre de service que de reconnaître que cet homme jésus a fait pour eux un miracle;


Phase 5

19 Et il lui dit : « Relève-toi, va. Ta foi t'a sauvé. »

Là il s'agit d'autre chose que d'une guérison, d'une purification, il s'agit du salut. Pourquoi lui est il sauvé? Je pense que lorsqu'il s'est mis aux pieds de Jésus, quelque chose s'est noué dans la relation. Jésus est devenu quelqu'un pour lui. Il est devenu celui qui lui permet d'être certes d'être guéri,mais surtout celui qui a crée une relation autre, une relation particulière.
Oui, Jésus est le Maître. Et c'est la reconnaissance de ce mot qui n'est plus un mot prononcé mais un mot incarné qui fait que cet homme est non plus guéri mais sauvé. Il a reconnu qui est Jésus; il est en relation avec lui et désormais la vie prend un autre goût.

dimanche, novembre 08, 2009

Les tentations de Jésus au désert.


Une question s'est posée dans notre groupe "Autour de la Bible": comment savoir si cet épisode (qui se trouve plus ou moins développé dans les synoptiques) est réellement arrivé puisqu'il s'agit d'un épisode sans témoins.

En fait c'est une question que l'on peut se poser souvent, en particulier pour les "appels" des prophètes, de tous ces hommes qui sont à l'origine de l'histoire du peuple choisi, mais aussi de l'agonie de Jésus au jardin des Oliviers.

Si on admet que l'Esprit Saint a été présent lors de la rédaction des évangiles, on peut alors supposer qu'il y a une réalité différente d'une réalité historique telle que nous la concevons aujourd'hui.Et puis, on peut aussi supposer que Jésus a pu raconter à ses amis ce qui lui est arrivé après son baptême par Jean.


Après le baptême de Jean, Jésus appelé "le fils bien aimé" devient d'une certaine manière le nouvel Israël. Il va lui être demandé de vivre une épreuve, passer un temps dans le désert, comme jadis le peuple élu.

Il me semble important que Jésus "disparaisse" au yeux du monde au début de sa mission comme il disparaîtra dans le tombeau à la fin.

Il me semble aussi important qu'il y ait d'emblée l'obéissance du Fils: "poussé par l'Esprit il alla dans le désert". Ceci montre la différence entre l'Israël qui est sorti d'Egypte et l'Israël qui prend naissance en Jésus.

Ce lieu n'est pas n'importe lequel. Nous avons des écrits des premiers siècles qui relatent les tentations des pères du désert.Que les tentations décrites soient d'ordre charnelles ne change rien. Ils ont eu à se débattre contre des images qui les assaillaient, et reconnaître que ces visions étaient envoyées par le diable.

Le désert avec ses mirages, est le lieu des "images" des fausses images.

On peut tout à fait admettre que Jésus au cours de son jeûne est assailli par des images, des visions et qu'il lui faut à chaque fois faire une sorte d'effort pour comprendre que ces visions ne viennent pas l'Esprit mais du démon.

Je m'explique.

Première vision: les pierres qui se transforment en pain. Jésus a faim. Il regarde autour de lui et il a l'illusion les pierres se changent en pain. En lui monte cette certitude, oui je suis le fils de Dieu, l'Elu, donc je pourrais par la seule volonté transformer les pierres en pain. Je suis tout puissant comme mon Père. Et aussitôt il comprend que ce n'est pas cela qui est attendu de Lui. Son rôle sera de nourrir l'humanité des paroles qui sortent de la bouche de Dieu et non pas d'utiliser la puissance pour son usage personnel. C'est cela être le Fils du Père.

Deuxième vision: il se voit sur le pinacle du temple. Comment va t il se sortir de cette drôle de situation.Comment va t il descendre de là? On racontait que Salomon se déplaçait sur un tapis volant. N'est Il pas lui, plus grand que Salomon? Ne lui suffit il pas de sauter, puisque normalement des anges doivent le soutenir? Etre un homme volant n'est ce pas un des plus vieux rêves de l'humanité? Lui le Fils n'en est Il pas capable? la tentation peut être forte, mais Jésus ne cède pas à cette vision. Il sait qu'invoquer Dieu pour le mettre à son service n'est pas possible.


Troisième vision: il se voit dans les hauteurs d'une montagne, il voit des villes, des contrées des royaumes. S'Il est le Fils, alors tous les royaumes sont à Lui. Seulement là encore cela serait abdiquer ce que Dieu attend de Lui. La royauté certes, mais pas celle de dominer sur les autres. Et la phrase qui résonne alors en lui, "si tu prosternes devant moi" lui montre bien qu'il s'agit d'une tentation, que cela ne vient pas de son Père mais du Malin qu'Il peut alors nommer en disant: écarte toi de moi Satan...


Les visions peuvent être à double sens: discerner si elles viennent de Dieu ou d'un autre n'est pas toujours facile, car comme dira Jésus Satan est le maître du mensonge, de l'illusion.

Vainqueur des illusions jésus peut alors commencer son travail: "annoncer que le royaume est tout proche".

vendredi, octobre 23, 2009

Eternel, éternellement.


Dans l'évangile de Jean on trouve ce ou ces mots vingt et une fois, ce qui est beaucoup.

Avoir la vie éternelle, vivre éternellement, qu'est ce que cela représente pour nous?

Je crois que nous avons beaucoup trop tendance à associer éternel avec Au Delà. Or ce qui se passe après notre mort, nous en sommes malgré tout dans l'ignorance. l'éternité nous ne savons pas ce que c'est sauf que Jésus dit bien souvent que le royaume est déjà, maintenant, aujourd'hui, pas dans un ailleurs inaccessible.

Je ne peux m'empêcher de penser que compte tenu de la durée de vie de l'être humain, le condamner à la félicité ou a la torture pour l'éternité, cela paraît disproportionné, et j'espère que après la mort, je découvrirai d'autres possibles que ce dualisme.

Mais il y a un autre aspect qui me semble beaucoup plus important, c 'est que quelque chose qui est éternel est quelque chose qui ne varie pas en intensité, en quantité et en qualité. C'est quelque chose qui ne disparaît pas. C'est quelque chose qui reste présent quoiqu'il arrive. La publicité pour le diamant "un diamant est éternel" donne un peu cette dimension. C'est quelque chose qui est là, qui est présent, qui perdure quoiqu'il arrive.

Quand Paul écrit seule la charité demeurera cela revient à dire que l'Amour restera dans ce futur que nous ne connaissons pas, parce qu'il est déjà là dans notre présent.

Ce n'est pas parce que nous n'avons pas la capacité de voir les choses qu'elles n'existent pas. Quand Dieu donne, il donne dans toute sa richesse dans toute sa plénitude et il ne peut reprendre ce qu'Il a donné. Son Amour Il nous l'a donné en plénitude.

L'image que j'ai est une sorte de fleuve, vigoureux, fort, mais non violent, c'est à dire non dévastateur, mais qui est d'une force inouïe et qui ne peut pas être avalé par la terre, ou disparaître du jour en lendemain.



Il est là, présent à côté de moi, il est source. Parfois je le repère par son murmure, parfois je crois que je ne le vois plus, mais il est là. Ce n'est pas parce que mes yeux ne le voient pas qu'il n'existe pas ou qu'il cesse d'exister.L'eau se manifeste parfois à son odeur, à son chant, par ce qui pousse à côté, bref elle a son langage. Un ruisseau murmure...

Ce fleuve est la présence de dieu. Quand on a en soi cette connaissance, on ne se pose plus ((ou moins) de question sur ce que fait Dieu aujourd'hui dans le monde, dans mon monde.L'amour de Dieu est là, il est donné aujourd'hui et pour toujours. Dieu ne reprend pas.

Dieu est là, "de toujours à toujours" comme dit le psaume 90 attribué à Moïse. Il est présent, 'Il est agissant (à a sa manière) et Il remplit l'univers. Cette force de Vie est là elle est pour nous, c'est son Amour, ce fleuve qui est là pour nous nourrir, pour nous permettre de lutter contre le mal.

Alors pourquoi faire comme si nous n'en étions pas digne de cet Amour qui est là depuis toujours, qui nous est donné, qui nous accompagne, alors que c'est la présence et le don?

Dieu ne joue pas à cache cache avec nous, ce sont nos yeux qui ne s'ouvrent pas et qui ne voient pas.




Le don de l'Esprit Saint est aussi de faire de nous des voyants et de nous mettre en prise avec cet Amour qui nous est donné.

dimanche, octobre 04, 2009

la jalousie du serpent une bête des champs. .

En écoutant ce matin la lecture du passage de la Genèse qui relate la création de la femme, (Gn 2, 18-24) j'ai eu l'oreille tirée par les mots "bêtes des champs". J'avais toujours imaginé que Adam nommait toutes les bêtes, y compris les bêtes sauvages, mais il ne s'agit que des bêtes des champs (qui peuvent vivre dans et hors du jardin) et des oiseaux du ciel qui eux peuvent vivre sur les arbres dans et hors du jardin.



Je cite le début du texte:
"Il dit : « Il n’est pas bon que l’homme soit seul. Je vais lui faire une aide qui lui correspondra. »

Avec de la terre, le Seigneur Dieu façonna toutes les bêtes des champs et tous les oiseaux du ciel,

et il les amena vers l'homme pour voir quels noms il leur donnerait. C'étaient des êtres vivants, et l'homme donna un nom à chacun.
L'homme donna donc leurs noms à tous les animaux, aux oiseaux du ciel et à toutes les bêtes des champs. Mais il ne trouva aucune aide qui lui corresponde."

On peut alors imaginer l'attente de chacun des ces animaux: est ce que je vais être choisi? La vache peut penser: je lui donne du lait, il va me choisir, le cheval peut penser, je traîne sa charrue, je lui permet de se déplacer facilement, il va me choisir, le chien dira: je suis capable de rapporter des objets, je peux garder les moutons, j'obéis à sa voix, je l'aime, je suis son compagnon, alors il va me choisir...



Le serpent peut penser: comme lui je suis capable de me dresser, moi je suis un être vertial tout comme lui, je suis tout puissant car je peux donner la mort, je suis beau car des que ma peau est usée je peux en changer, et surtout je suis rusé donc intelligent.(cf Gen 3,1 "le serpent était le plus rusé des bêtes des champs" , mais hélas il n'est pas choisi. Et de cette déconvenue va suivre ce que l'on a coutume d'appeler la chute.

Car quand il voit la femme, celle qui l'a supplantée, l'envie naît alors en lui et il n'aura de cesse de l'éliminer rpour redevenir l'objet élu, l'objet choisi. Il s'agit bien de reprendre ou de prendre une place qu'il estime être à lui. Bien humain ce serpent somme toute.

De ce fait il est normal qu'il s'attaque à la femme et non à l'homme, car dès qu'elle aura commis la faute il pourra lui se faire valoir en disant si tu m'avais choisi moi ça ne serait pas arrivé...

Malheureusement un animal reste un animal si rusé soit-il! Il n'a pas su prévoir que le fruit de l'envie et de la convoitise est toujours la mort. La haine fait désirer la mort de l'autre, mais hélas elle fonctionne comme une boomerang. Le produit de l'envie et de la convoite reste la mort.

Car dans cette histoire le serpent est loin d'être gagnant: Gn3, 14Le SEIGNEUR Dieu dit au serpent :
Puisque tu as fait cela,
tu seras maudit entre toutes les bêtes
et tous les animaux de la campagne,
tu te déplaceras sur ton ventre
et tu mangeras de la poussière
tous les jours de ta vie.

15Je mettrai de l'hostilité entre toi et la femme,
entre ta descendance et sa descendance :
celle-ci t'écrasera la tête,
et tu lui mordras le talon.

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mardi, septembre 29, 2009

Sculpteur ou modeleur?Un regard sur Dieu.







Je travaille à ce texte depuis déjà quelques jours, je n'en suis pas complètement satisfaite, mais il est préférable que je le publie, même si je compte y revenir. Alors ne m'en voulez pas trop si ce texte est très incomplet et très imparfait;

Sculpteur ou modeleur?

Quand on travaille de la glaise on peut choisir la quantité de terre que l’on va travailler et on la modèle, on la façonne on la pétrit de manière à obtenir l’œuvre que l’on voulait réaliser. Mais il me semble que le travail de la glaise ne permet pas d’obtenir de grandes œuvres, de grands volumes. Simplement une fois la quantité choisie, il n’y a pas de perte si l’on peut dire. Parfois on loupe et alors soit un défait et on réessaye. Si c’est durci, on casse. Dans la Genèse, il semble que ce soit ce Dieu potier qui soit montré. C’est ainsi que Adam est modelé à partir de la terre et reçoit le souffle de Dieu.




Le travail du sculpteur sur la pierre, est tout autre. A partir d’un bloc il doit faire surgir une forme et pour cela il va éliminer une grande partie de la pierre. C’est un travail plus physique, avec si je me permets de le dire ainsi de la casse, car il faut bien enlever une partie pour que l’œuvre puisse naître. Il semble bien que ceci soit la manière de fonctionner de ce Dieu du premier testament qui veut créer un peuple particulier, son peuple, à qui il donnera une terre, mais surtout une manière de vivre autre. Faire d’un ramassis d’humains un peuple différent n’est pas une mince affaire….


Si on admet qu’Abraham a vécu vers -1800, on peut penser que ces siècles qui nous séparent de la naissance de Jésus, ont permis à travers la sortie d’Egypte, l’installation en terre de Canaan, la royauté, l’exil, le retour de l’exil, de façonner un peuple « saint », c’est – dire séparé, qui a un mode vie particulier, des normes différentes, mais surtout d’en extraire la perle rare, celle qui sera l’écrin du Sauveur. Marie est d’une certaine manière le fleuron d’Israël, la choisie, celle qui dit oui, celle qui garde toutes les choses en son cœur, celle qui devient la mère d’une multitude.

Quand on travaille la bible en groupe, on est sans arrêt amené à comparer ce Dieu du premier testament qui fonctionne comme un dieu sculpteur, c’est à dire que travaille un bloc sans se soucier des débris, un Dieu qui travaille au niveau du collectif, un Dieu qui semble brutal et qui au nom de sa « jalousie » se permet des destructions sans nombres, au Dieu de Jésus qui est un Dieu d’Amour, un Dieu qui s’adresse à l’individu, qui le modèle en permanence pour le rentre de plus en plus semblable à Lui.




Quand Jean fait dire à Jésus que « tout homme qui porte du fruit sera émondé, pour qu’il en porte d’avantage » Jn 15, 2 il s’agit bien d’un niveau individuel. Mais il n’en demeure pas moins que le Dieu émondeur continue à œuvrer.


Pour revenir à ce que j’écrivais plus haut, Le travail de sculpteur de Dieu a donné naissance à un peuple, un peuple particulier qui devait révéler au monde ce qu’est la Sainteté de ce Dieu là. Pour fabriquer un tel peuple, il a fallu du temps. Ce peuple a été objet d’amour, comme un sculpteur aime le rocher qui va donner naissance à son œuvre d’Art, mais tout ce qui dans la pierre n’est pas bon doit être éliminé. Les épreuves qui ont fait de ce peuple ce qu’il est devenu, l’ont ciselé pour qu’il donne naissance à Marie (quand les temps furent accomplis) et donc à Jésus.

Aujourd’hui, ce Dieu du premier testament, ce Dieu qui dans des accès de colère tue le juste et le méchant est un Dieu que nous récusons un Dieu dont nous ne voulons pas. Et pourtant dans le premier testament, il s’agit aussi d’une relation d’amour, d’un amour souvent déçu, mais qui perdure dans les siècles ce qui est quand même étonnant.

Beaucoup de textes, y compris ceux des psaumes peuvent s’entendre aussi bien au niveau individuel qu’au niveau collectif.

Quand Esdras déchire son manteau et ses vêtements, il le fait car il est le grand prêtre qui représente le peuple qui ne s’est pas montré capable de vivre la Loi qui lui a été donnée. Il ne s’agit pas de lui en tant qu’Esdras, mais de lui en tant que représentant. Il en sera d’ailleurs de même pour Jésus quand il donne sa vie pour le Salut du monde. Quand Moïse intercède, il le fait pour le peuple, pour que Dieu cesse de manifester sa colère, colère que l’on peut comprendre au moins partiellement, car une des caractéristiques de Dieu c’est quand même s’Il nous dépasse, que Ses pensées ne sont pas nos pensées et que Sa vision n’est pas la notre.

Dieu modèle certains (c’est très net pour les prophètes qui sont choisis spécifiquement et qui sont Sa bouche). Le rôle de
ceux là est de faire comprendre au peuple que ce qui se passe n’est pas du au hasard mais a un sens..

Les textes d’amour ne manquent pas, mais sauf celui du cantique des cantiques, ils sont collectif, ils s’adressent au peuple.

Avec Jésus, les choses changent. Et c’est la conversion, le changement de chaque individu, qui va permettre la manifestation
de la présence de l’Esprit de Dieu, Esprit donné par le Fils. Peuple de prêtres, peuple de rois assemblée des saints peuple de Dieu écrira Pierre. Mais là il s'agit d'un autre peuple, qui ne se caractérise plus par sa race, mais par sa manière de vivre dans et par l'Amour.

Tout l’accent mis pas l’église va dans le sens de l’imitation de Jésus et c’est la somme des individus qui fait naître un peuple
de modelés. Il ne s’agit plus d’une race spécifique, mais d’un autre ordre, apprendre à aimer comme un Dieu est capable d’aimer et cela ce n’est pas rien.

Ce que je crois, c’est que ces deux visions de Dieu ne sont pas exclusives mais complémentaires. Et dire que nous ne voulons pas du Dieu du premier testament parce qu’il est méchant et qu’il ne tient pas compte des individus c’est fonctionner avec une sensibilité d’un homme ou d’une femme du vingtième siècle (disons vingt et un nième pour faire bien).

La lecture que nous faisons des événements souvent dramatiques qui se jouent du notre planète, nous ne les attribuons plus à Dieu, car nous avons des explications (qui nous mettent souvent en cause). Nous ne considérons pas que Dieu soit responsable de l’épidémie de grippe A, du Sida, des tsunamis et que ces fléaux soient envoyés pour que nous tournions vers Lui et nous nous convertissions. Il me semble que les fléaux envoyés par les anges dans le livre de l’Apocalypse ont pourtant cette fonction…

Si nous ne réussissons pas dans notre vie, alors que nous avons tout pour réussir, nous faisons une thérapie, pour savoir et comprendre d’où vient cet échec, mais nous ne pensons pas qu’il s’agisse d’un message adressé par Dieu pour nous faire comprendre que nous nous occupons trop de nous et que nous ne lui donnons pas la place qu’il devrait avoir.

Par contre si nous sommes chrétiens nous nous tournons vers Jésus ou Dieu ou Marie, pour que les épreuves nous soient épargnées, pour que nous guérissions de nos maladies, etc. Et d’une certaine manière nous nous sommes crées un Dieu à
notre service. Nous avons du mal à imaginer que ces épreuves peuvent avoir un sens, qu’elles sont peut-être là pour nous décentrer de nous et nous reconnaître la présence de « de Celui qui remplit l’Univers ».

Je crains aussi que nous nous sommes fabriqué un Dieu trop humain, qui répond à tous nos besoins, comme si cela c’était le rôle de Dieu. Il y a une relation à Dieu qui n’en fait plus le Tout Autre, celui dont nous pouvons connaître les plans, mais une sorte de Dieu à notre service. Je crois que si Dieu nous donne des dons ou des charismes c'est pour son service à lui, pour que son Nom soit connu sur toute la terre;

Ce que je crois c’est que Dieu nous modèle nous façonne à la manière du potier, mais aussi que parfois quand nous sommes confrontés à du collectif, à des guerres, Il a un projet que nous ne connaissons pas, qui est le sien qui sera peut-être décodé dans les siècles suivants, mais qui est à l’œuvre. Le combat entre le bien et le mal est une réalité, même si c’est une conception qui ne nous plait guère et parfois la mort de beaucoup est le seul moyen de gagner.

Etre saint, c’est se laisser travailler par l’esprit Saint pour suivre, c’est à dire imiter Jésus et se laisser façonner par son amour et apprendre à aimer comme Lui . Tous les saints sont des hommes et des femmes qui ont aimé passionnément jésus. Pour le peuple choisi la sainteté c’est ne pas se souiller avec les impies, c’est une certaine notion de la pureté qui n’est pas la notre, mais qui a permis à ce peuple de perdurer.

Alors Dieu sculpteur ou Dieu modeleur ? A nous de ne pas fonctionner dans cette dualité, mais d’accepter que nous ne comprenons pas toujours et que ce qui se passe, peut aller vers le bien ou vers le mal en fonction de la réponse que nous donnons.


jeudi, septembre 17, 2009

"Mets en oeuvre ta miséricorde"

Il s'agit là d'une phrase d'une des prières qui précède la Préface.

"Dieu, mets en oeuvre ta miséricorde" comme si Dieu attendait qu'on lui demande cela... Comme si cette phrase devait déclencher un action de sa part.

Je dois dire que je m'imagine Dieu, appuyant sur un levier ou sur un bouton et crac la miséricorde se met couler.

Dommage que je ne sache pas dessiner...

mercredi, septembre 09, 2009

A vin nouveau outre neuve.

C'est en Marc chapitre 2 verset 22: " Personne non plus ne met du vin nouveau dans des outres vieilles ; autrement, le vin fera éclater les outres, et le vin est perdu aussi bien que les outres. Mais du vin nouveau dans des outres neuves !" .

En fait ce texte m'a posé des questions. Le vin nouveau quel est-il? S'agit il du vin que l'on vient d'obtenir d'une nouvelle récolte et qui n'a pas eu le temps de vieillir, donc qui est comme on dit un peu vert? Chez nous (je suis allée regarder )le vin nouveau, le beaujolais nouveau pour ne pas le nommer, est un vin qui se fait dans des conditions de vinification particulières et je doute fort qu'il s'agisse de cela.

On dirait plutôt qu'il s'agit d'un vin de l'année, qui n'a pas terminé sa fermentation et qui de ce fait peut faire éclater l'outre ancienne, qui elle a déjà vécu (si je puis dire) le contact avec le vin ancien, vieilli selon les règles de l'art. Ce vin est donc dangereux si l'on peut dire à deux titres: il lui faut un récipient neuf, sinon il détruit l'ancien, et il a un goût inattendu. Peut-être aussi qu'il monte plus vite à la tête et que l'on peut s'enivrer plus facilement. En général on imagine le vin dans des amphores, pas dans des outres. peut-être s'agit-il là d'une coutume de nomades, de bergers?

Or Jésus semble se définir comme ce vin nouveau, ce vin au goût inconnu, ce vin qui va agacer d'une certaine manière (et c'est bien ce qui se passe avec les pharisiens) et il demande que ce vin ne soit pas mis dans de veilles outres. Il dit même qu'il y a danger. Et pourtant je crois que les disciples eux, s'enivrent de sa présence puisqu'ils ne suivent plus les préceptes.

SI Jésus est le vin nouveau, il y a donc un risque à suivre son enseignement. Il lui faut un contenant approprié; car on ne peut pas le mettre dans une outre qui a servi au vin ancien.

Or il extrêmement facile quand on a goûté à quelque chose, quand on aime cette chose, d de ne pas vouloir changer sa manière de voir, de goûter, de comprendre.

Quand on a des certitudes, on s'y accroche. On n'a pas du tout envie d'essayer quelque chose qu'on ne connaît pas. Et on va même penser que le nouveau est dangereux (pour notre sécurité). Cela se vit bien aujourd'hui dans nos églises:il est si difficile de changer sa manière de voir et même de renoncer à s'approprie la parole.

La finale de cette péricope (enfin pas tout à fait, car là je fais référence à l'évangile de Luc: Lc 5,39 )dit que celui qui a goûté au vin vieux ne veut pas de vin nouveau. En d'autres termes, il n'est facile de quitter ses certitudes, de se laisser interroger renouveler par une parole que l'on croit connaître et maîtriser.

Il n'est pas facile d'être une outre neuve. Mon désir d'aujourd'hui, est que ce vin nouveau fasse exploser la vieille outre que je suis, pour qu'une nouvelle se crée et soit apte à conserver ce vin nouveau. Que ce mouvement de renouvellement soit un mouvement incessant. Pour moi le vin nouveau est d'une certaine manière un vin qui pétille, et a de la vie en lui. Le vin vieux a certes sa valeur, mais il faut pour qu'il mûrisse le conserver dans un certain immobilisme je ne suis pas sûre d'avoir cette patience.

Il y a deux versets de psaumes que j'aime et qui parlent du vin. Il s'agit du psaume 4, verset 8: "tu as mis en mon cœur plus de joie qu'aux jours ou leur froment, leur vin nouveau débordent" et du psaume 104 verset 15: "et le vin qui réjouit le cœur de l'homme, pour que l'huile fasse luire les visages et que le pain fortifie le cœur de l'homme".

Ces versets surtout le premier me disent que vivre avec Dieu apporte encore plus de joie que celle donnée par le vin. Et cette joie, c'est ce que que Jésus est venu apporter: Jn15, 11:" Je vous dis cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit complète".

Avec Lui on quitte une loi de contrainte pour entrer dans une loi d'amour. Mais il y a un risque à entrer dans ce type de loi, car elle ne présente pas la sécurité de la loi des règles. Jésus fait exploser les règles et en cela il est le vin nouveau qui donne la joie.

Cette réflexion a pour moi débouché aussi sur autre chose. Lors de la Cène, Jésus donne le vin à ses disciples en disant "Prenez et buvez, ceci est le sang de la nouvelle alliance...". Et plus que le sang, je me représente aujourd'hui Jésus comme l'homme nouveau, qui nous donne le vin nouveau qui fait entrer dans la Vie. Il est le vin nouveau qui me réjouit.

Alors que la parole soit toujours neuve pour moi et si elle doit faire exploser la vieille outre, ma foi tant mieux.

mercredi, août 26, 2009

Des versets que j'aime.

En écoutant ce jour 26 Août) un petit bout du psaume 139, j'ai été comme étonnée par la beauté des mots.

Alors j'ai envie d'ouvrir une rubrique avec ces versets que je ne comprends pas toujours mais que je trouve si beaux, ces versets qui m'émeuvent...


Psaume 139
8 Je gravis les cieux, te voici !
Je me couche aux enfers, te voilà !
9 Je prends les ailes de l'aurore
pour habiter au-delà des mers,
10là encore, ta main me conduit,
ta droite me tient.
11 J'ai dit : « Au moins que les ténèbres m'engloutissent,
que la lumière autour de moi soit la nuit ! »
12 Même les ténèbres ne sont pas ténébreuses pour toi,
et la nuit devient lumineuse comme le jour :
les ténèbres sont comme la lumière !
13 C'est toi qui as créé mes reins ;
tu m'abritais dans le sein maternel.
14Je confesse que je suis une vraie merveille,
tes œuvres sont prodigieuses :
oui, je le reconnais bien.





psaume 68,
14 Resteriez-vous couchés au bivouac ?
Les ailes de la colombe sont lamées d'argent,
et son plumage d'or pâle
.
15 Lorsqu'en ce lieu le Souverain dispersa des rois,
il neigeait sur le Mont-Sombre.
16 Montagne divine, montagne du Bashân,
montagne bossue, montagne du Bashân,

lundi, août 24, 2009

"Dieu dépend il de nous"?



Il y avait autrefois un livre dont le titre était: "Dieu a besoin des hommes". Ceci est une affirmation, qui en soi pose question, une question un peu absurde mais qui se pose. Qu'est ce que l'homme face à Dieu? "Qu'est ce que l'homme pour que tu en prennes soucis" dit le psalmiste. S'il n'y a pas d'hommes pour parler de Dieu ( quelqu'Il soit ) est ce que Dieu existe? Spontanément je réponds oui, sauf que la question qui se pose alors est: "peut-on parler de la création" s'il n'y a pas d'yeux pour voir?

Un arbre qui tombe dans une forêt sans personne pour l'entendre, fait-il du bruit? Le bruit ou le non bruit est lié à une fréquence émise qui est perçue ou non par un appareil auditif. Pour que Dieu soit perçu, il faut que sa fréquence puisse être reçue et manifestement l'humain est équipé pour cela.

Toutes les mythologies racontent outre les mythes de création qui sont souvent à mettre en relation avec la géographie et le climat du pays, les relations entre Dieu ou les dieux avec les humains. Elles indiquent aussi ce qu'il faut faire ou ne pas faire pour se concilier la faveur de ces puissances supérieures, qui acceptent de se révéler à nous. Souvent elles montrent aussi quelles sont les conditions pour entrer en relation avec la divinité du lieu.

Winnicott, un psychanalyste anglais écrivait"un nourrisson sans sa mère, ça n'existe pas", c'est-à-dire que l'histoire de l'un ne va pas sans l'histoire de l'autre, et que d'une certaine manière le nourrisson crée la mère, car tant qu'il n'est pas né, la mère n'existe pas, même si bien entendu la femme existe. Est ce que Dieu a besoin de l'homme pour exister en tant que le Dieu du Credo?

Il est aussi un livre d'un auteur américain de sciences fiction: A.E.Van Vogt: le livre de Ptah. C'est un livre un peu curieux, mais qui part de l'hypothèse que si un Dieu est privé des prières de ses fidèles, il cesse d'exister, et un autre dieu ou déesse peut prendre sa place, à condition de veiller à ce que ce dieu là se perde dans le souvenir des humains. J'ai toujours pensé que quand Jésus dit à ses disciples: "faites ceci en mémoire de moi", c'est le moyen idéal pour qu'Il demeure dans notre coeur au fil des générations. Le faire mémoire permet de lutter contre l'oubli, contre la mort, contre l'absence. Même s'Il n'est plus là, Il est là ou comme on le chante parfois "Il est déjà là", car nous attendons son retour, même si souvent nous n'y pensons guère;

Pourquoi ce long préambule?

Au cours de l'homélie d'hier, le prêtre a parlé de l'amour du couple, et de la relation de dépendance qui se crée entre les deux partenaires. Je n'aime pas trop ce terme de dépendance, mais c'est sa manière à lui (le prêtre) de dire les choses; en fait il parlait je crois plus de la joie que l'on ressent quand l'être aimé est heureux, et de ce que l'on désire faire pour le rendre heureux; pour lui, ia dépendance c'était cette relation là. Puis il a embrayé sur Dieu, en disant que notre Dieu était un Dieu dépendant, qui attendait patiemment (enfin là je n'en suis pas si sûre) que l'homme se tourne vers lui.

Ceci revient à faire de Dieu le "très bas", celui qui se met presque en dessous de l'homme et qui attend en quelque sorte son bon plaisir.

C'est mettre Dieu en position d'attente. Mais de là, à en faire un Dieu implorant notre bon vouloir, ça ne colle pas en tous les cas pour moi. Que ça colle avec la gratuité du salut, certainement (C'est lui qui nous a aimé le premier). Cette représentation de Dieu ne me va pas.

Que le dieu qui a crée l'humain ait dû attendre des millénaires pour que celui ci soit capable d'entrer en relation avec Lui, certainement.

Mais ce que dit la premier Testament c'est que le Dieu créateur, est un Dieu très exigeant envers sa créature, je dirai presque qu'il a un peu surestimé l'humain et oublié d'où il sortait (que ce soit de la la glaise ou de l'évolution). J'ai souvent l'impression que le Dieu de la Bible (premier testament) a la main leste, qu'il est souvent décu par cette créature qui ne pense qu'à elle, qui ne pige rien, qui oublie si facilement d'où il vient. Dieu ne fonctionne pas du tout comme un parent "normal". Quel parent mettrait son fils à la porte à la première désobéissance et ce pour toujours? Quel parent noierait son fils si celui ci le déçoit?

Il y a aussi cette notion d'éternité qui interroge; certes Dieu Lui est éternel, mais l'homme ne l'est pas et une punition qui se veut éternelle, n'est elle pas disproportionnée? En tous les cas on peut supposer que c'est un bon moyen pour inculquer l'obéissance au moyen non pas de la crainte mais de la terreur, ce qui est bien autre chose.

Maintenant quand ce même Dieu décide d'envoyer son Fils pour ouvrir les yeux des hommes, alors là oui, un changement se fait. Mais est ce que cela fait de Dieu un Dieu dépendant?

C'est peut-être une manière plus séduisante de parler de Dieu, car c'est un Dieu père et mère qui est décrit, avec des attributs humains, mais n'est ce pas de la projection?

Je connais un certain nombre de personnes qui semblent en extase quand elles parlent de leur "papa céleste", pour moi c'est impensable. Et il me semble que le mot Abba est toujours accolé au mot Père, ce qui d'une certaine manière signifierait pour moi que Dieu le Père de jésus fait de nous des fils "adoptifs" mais parce que Jésus a donné sa vie pour cela. Il demeure une distance, jamais nous ne pourrons dire Abba tout court (comme jésus pouvait le dire) ou alors c'est l'Esprit saint qui s'exprime en nous, et nous sommes mus par autre chose.

En jésus le Dieu créateur s'est fait homme, oui c'est vrai, mais le Jésus des évangiles est une personne qui choisit, qui dirige, qui maîtrise. Il y a un projet pour Lui et ce projet il y a adhéré de toutes les fibres de son être, mais il n'est jamais passif: il reste Maître et seigneur. Le lavement des pieds n'est simplement le geste d'un abaissement car il s'agit d'un signe donc d'un projet.

Peut-être que Dieu a eu besoin des hommes pour inventer un type de relation réellement basé sur l'amour, pour que cette petite étincelle qui est en chacun de nous devienne un feu immense à la lumière duquel nous puissions enfin entrevoir et comprendre quel est cet être qui est là depuis toujours et qui guette nos changements (comme un parent se réjouit de la croissance de son enfant), qui attend que nous le reconnaissions et qui nous invite à entrer et partager la joie de sa trinité

Pour ma part j'aime aussi ces représentations de Dieu qui attend que l'humain fasse un geste de confiance avant de faire un miracle (en particulier lors de la sortie d'Egypte ce n'est que lorsque le peuple acculé par les égyptiens se met en route que la mer se fend) et ce Dieu là qui pour moi n'est pas un Dieu mendiant d'Amour, même s'Il attend que l'homme se tourne vers Lui pour agir, qui est le Dieu qui a ma confiance.


samedi, août 22, 2009

4 Si Dieu est pour nous qui sera contre nous: Rm 8, 31

Quatrième partie : La réponse du deuxième testament.

Curieusement jésus a une position très différente par rapport au malheur qui frappe l’être humain. Il explique que la faute des parents ne rejaillit pas sur leurs enfants (aveugle né) et que les catastrophes (écroulement d’une tour, ou mise à mort pat l’occupant de juifs) n’est pas lié à leur faute, mais que cela doit nous faire réfléchir nous sur le sens que cela a pour nous.

Le retournement montré par Paul

Quand on regarde la bible, cette histoire d'un peuple choisi pour être le peuple "particulier" du Dieu de tous les Univers, du Dieu qui est au dessus de tous les Dieux, du Dieu dont on ne prononce pas le nom et dont on ne fait pas d'images, on peut trouver que ce Dieu là, a une manière bien à lui d'éduquer son peuple.

Chaque catastrophe, qu'elle soit individuelle ou collective est interprétée comme la manifestation de la colère de ce Dieu, qui ne supporte pas (ce qui se comprend) que ceux qu'il a choisi lui en préfèrent d'autres (d'autres Dieux) ou ne respectent pas les clauses de l'alliance, car celle ci a pour fonction d'un apprentissage d'un certain mode de vie où l'autre a sa place, non comme objet, mais comme sujet (bien sûr la place de la femme reste un peu hypothétique, mais rien n'est parfait).

Or au moment où jésus vient dans le monde, le peuple est encore sous la tutelle de Rome. D'une certaine manière, ceci peut s'entendre comme une punition et le comportement par exemple d'Hérode, peut indiquer si on suit la lignée des prophètes que tant que ce roi ne changera pas sa manière d'être (coucher avec la femme de son frère, et aussi faire ami ami avec les oppresseurs), rien ne changera.

Ce qui parait clair dans les évangiles c'est que le peuple attend que quelqu'un se lève (le Messie) pour chasser les romains, pour redonner au peuple la dignité. Seulement ce qui va se passer avec jésus n'est pas cet ordre là, même si sa mort et sa résurrection vont justement permettre de sortir de la logique de la rétribution et de la punition.

Car quelque chose s'est passé qui montre que la position de Dieu par rapport à son peuple a radicalement changé. On sort de l'éducatif (Dieu jaloux, Dieu de Colère) pour passer à l'Amour (Dieu de miséricorde) qui envoie son Fils.

A partir de ce moment là, comme le dit aussi l'apôtre Jean, l'Amour s'est manifesté et notre relation à Dieu le Père a complètement changé. :

31 Que dire de plus ? Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ?
32 Lui qui n'a pas épargné son propre Fils, mais l'a livré pour nous tous, comment, avec son Fils, ne nous donnerait-il pas tout

Désormais Dieu qui a tant aimé le monde, ne peut rien donner de plus, il a tout donné. Ce passage est très proche de ce que l'on trouve tant dans l'évangile de Jean que dans la première épître de ce dernier. Dieu ayant manifesté à quel point nous comptons pour Lui, montre qu'il est allié au sens fort du terme avec l'homme et que de ce fait, plus rien ne peut arriver à ce dernier.

33 Qui accusera les élus de Dieu ? Dieu justifie !
34 Qui condamnera ? Jésus Christ est mort, bien plus il est ressuscité, lui qui est à la droite de Dieu et qui intercède pour nous

Il y a désormais quelqu'un qui intercède pour nous (pour que nous ne soyons pas des victimes de notre péché) et aussi (1 Cor 15, 25: Alors, tout sera achevé, quand le Christ remettra son pouvoir royal à Dieu le Père, après avoir détruit toutes les puissances du mal.) qui lutte contre le mal et met à mort la mort, et de ce fait, la mort n'a plus d'emprise sur nous.

35 Qui nous séparera de l'amour du Christ ? La détresse, l'angoisse, la persécution, la faim, le dénuement, le danger, le glaive

36 selon qu'il est écrit : A cause de toi nous sommes mis à mort tout le long du jour, nous avons été considérés comme des bêtes de boucherie.

Normalement cela voudrait que nous sommes abandonnés, or de par la résurrection du Christ, désormais il y a un renversement total. On n'est plus au temps de l'exil, même si apparemment vu de l'extérieur il s'agit de la même chose;
être emprisonné, battu cela ne veut pas dire que l'on est abandonné mais que l'on a été jugé digne d'être "comme" Jésus et que cela montre que l'homme a repris ou retrouvé sa dignité;

37 Mais en tout cela, nous sommes plus que vainqueurs par celui qui nous a aimés.

38 Oui, j'en ai l'assurance : ni la mort ni la vie, ni les anges ni les dominations, ni le présent ni l'avenir, ni les puissances, 39ni les forces des hauteurs ni celles des profondeurs, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu manifesté en Jésus Christ, notre Seigneur.


En d'autres termes ce qui dans l'histoire du peuple était signe de la colère voir du désengagement de Dieu vis à vis de son peuple s'est totalement inversé. Mais cela est rendu possible parce que par sa mort Jésus nous a affilié à Lui même et quand nous rendons témoignage, quoiqu'il arrive, quoiqu'il nous arrive, jamais Dieu ne nous laissera tomber, même si extérieurement cela pourrait d'interpréter comme cela;

3 SI Dieu est pour nous qui sera contre nous: Rm 8, 31

Deuxième partie : la catastrophe de la naissance.

Par ailleurs il y a bien une catastrophe que nous avons tous vécue, c’est la naissance, notre naissance. Même si cela se passe la mieux du monde, nous quittons pour toujours un environnement contenant, qui nous tient à l’écart du bruit, des variations de température et de lumière, qui nous apporte tout ce dont nous avons besoin , sans avoir à le demander. Nous somme confronté à une perte, qui peut bien ressembler à un cataclysme, à une catastrophe.

Que cette perte laisse des traces, cela paraît évident. Peut-être pas les mots pour le dire, mais il y a bien une mémoire du corps. Il y a pour tout humain un avant et un après et la nostalgie de cet avant. Et les expériences suivantes, (stade oral, anal phallique œdipien) qui sont bien souvent des expériences des frustrations et de perte, en s’étayent sur cette expérience princeps et sur une recherche de sens, peut conduire à « tout ce qui m’arrive de mauvais, c’est de ma faute, je n’ai pas été aimable, j’ai été méchant ». L’expulsion (donc d’une certaine manière l’abandon) est la punition mais la punition de quoi.

Les psychanalystes anglo saxons ont montré que durant les premiers mois de la vie, il existe des pulsions de destruction très violentes (il s’agit de la toute puissance de la pensée car dans la réalité le bébé est immature)qui donne naissance à une culpabilité. Si j’ai perdu, c’est que j’ai voulu détruire celle qui me donne tout, c’est que j’ai été jaloux et envieux. Mais dans le cas « normal » d’un environnement de bonne qualité où les besoins du bébé sont entendus cette culpabilité « normale » permet la mise en place d’un désir de réparation qui pousse le bébé à vouloir acquérir pour faire plaisir et qui est de l’ordre de la pulsion de vie.
Quand le discours familial et/ou le discours religieux vont dans le même sens, il devient facile de vivre dans un monde où pour éviter toute catastrophe, il faut obéir.

Troisième partie : le réflexe conditionné…

Je voudrais commencer par une petite histoire. J’entendais souvent ma mère dire une phrase de ce type : « il ne faut jamais dire qu’on se sent bien parce que si on dit cela, cela risque de provoquer une maladie ». En d’autres termes ne jamais se vanter, parce que… Parce que quoi ? Cela je l’ai appris à mes dépends si l’on peut dire . Moi j’avais 6 ans, je vivais dans le sud de la France, c’était le printemps, il faisait beau, j’étais heureuse, je rentrais de l’école, peut-être était il déjà possible d’aller nager, les amandiers étaient en fleurs, bref, je me suis dit que vraiment je me sentais vraiment bien. Le lendemain j’avais la rougeole. Il s’est fait un lien entre cette maladie (normale à cette époque) et ce sentiment de bien être qui m’avait envahie la veille. En d’autres termes, ne jamais dire ou même se dire qu’on se sent bien, parce que cela risque de déclencher des catastrophes.
De telles phrases nous en avons tous au fond de nous et bien souvent elles fonctionnent à notre insu. Mais il y a besoin de comprendre pourquoi du mauvais advient d’un seul coup, pourquoi une catastrophe nous tombe dessus. Dans mon cas il y avait « j’aurais mieux fait de tenir ma langue », donc ne pas dire, de garder les choses en moi. Et du coup il se crée une sorte de persistance de la toute puissance de la pensée qui permet (soit disant) de maîtriser les événements pathogènes. Si je ne dis pas, il ne m’arrivera rien de mauvais. C’est le fait d’avoir montré qui a provoqué la maladie. Il se crée donc un lien très fort entre ce que je pense (ou pas) et ce qui m’arrive.

J’ai tendance à appeler cela une sorte de réflexe conditionné. Si je pense telle chose, il arrivera ceci ou cela Et faire du sens c’est un besoin fondamental de l’être humain. Seulement il peut arriver que des interprétations faites pendant l’enfance soient complètement erronées, mais continuent à fonctionner à notre insu.

Un des buts de l’éducation est de créer en nous des reflexes qui nous permettent d’échapper finalement à la mort. Mais certains reflexes d’une part évoluent avec le temps (ne pas poser sa main sur quelque chose de brulant est modifié si on met un gant anti brûlure) et peuvent être pathogènes. Par exemple faire croire à un enfant que tout ce qui arrive de mauvais est de sa faute, va créer chez lui la pensée réflexe : si quelque chose ne va pas, c’est que je suis nul et si je suis me permettre mettre cela dans la tête et le cœur d’un enfant, c’est nul.

Il y a une expérience faite sur des rats qui m’a toujours paru fort intéressante. Si on crée dans le territoire de l’animal un endroit où il prend des chocs électriques quand il veut y aller, très vite, il s’en abstiendra, quitte à vivre dans une zone « trop petite pour lui » ce qui renforce l’agressivité entre congénères. Mais même si le courant est enlevé, il n’ira plus jamais dans cette zone, identifiée définitivement comme dangereuse alors qu’elle ne l’est plus, et que ce réflexe conditionné l’oblige à ne pas utiliser sa curiosité et sa créativité et l’oblige aussi à vivre dans des conditions qui ne sont pas bonnes pour lui. Il crée une sorte d’amputation. Il se prive de quelque chose. Curieusement c’est une attitude que nous avons aussi : quand il nous est arrivé une fois, un accident quelque part, nous avons tendance à éviter cet endroit et ce pour toujours. Or ce qui est arrivé une fois, certes peut se reproduire, mais avec quelle probabilité ? N’empêche que la peur crée des réflexes de ce type et que ce n’est peut-être pas ce qu’il y a de mieux. Le pire étant : « je t’avais interdit d’aller là, tu y es allé et tu as eu un accident, donc la désobéissance est la source de tous les maux ».

Les travaux d’Alice Miller, et son livre phare : « C’est pour ton bien », montrent à quel point dans certains familles il est possible de créer des réflexes conditionnés liés aux punitions (chocs électriques) qu’elles soient physiques ou psychologiques, réflexes qui poussent l’enfant à une auto destruction, qu’il reproduira ensuite sur sa propre descendance.

Ces écrits montrent aussi que ce conditionnement donne une vue déformée de la réalité du monde et qu’il est très difficile de réajuster sa vision. Il est très difficile de dire que la famille a eu tort, que c’est elle qui est folle et pas vous. D’une certaine manière la question qui peut se poser est : qui est fou ? Moi que l’on traite de fou ou eux qui me le font croire parce que cela les arrange.

La formulation de ce réflexe serait : je vis quelque chose qui me fait mal, c’est que je l’ai mérité. Le mal est la conséquence d’un acte délictueux, il est ma punition. L’association entre le manque et la faute est extrêmement fort. Il est renforcé par le discours familial, mais aussi par le discours religieux, en particulier dans le premier testament (j’y reviendrai) et comme pour le rat de laboratoire, il crée finalement une attitude pathogène. Croire que tout ce qui fait mal est conséquence de sa propre incurie, alors qu’il s’agit aussi d’une possibilité qui nous est donnée, pour apprendre à agir sur l’environnement, fait de nous des êtres qui vivent dans la culpabilité et qui deviennent très manipulables.

Au lieu de dire : si quelque chose de mauvais arrive (perte), c’est parce que j’ai fait quelque chose de mal (péché) ne faudrait il pas dire : quelque chose de mauvais arrive, c’est un fait, comment puis je le combattre et éviter dans la mesure de mon possible que cela ne recommence. Si cela recommence, je peux me poser des questions sur mon rôle et ma responsabilité là dedans,(mais seulement à partir du moment où je deviens acteur de ma vie, c’est à dire bien au delà de la petite enfance). Et même cette attitude là, permet de devenir acteur dans sa vie. On n’est plus le sujet d’une sorte de malédiction. Il est possible de devenir acteur de sa vie, de ne plus être le jouet d’une sorte de malédiction. Dans le premier cas, je suis passif devant le fait, dans l’autre cas je deviens acteur et cela change les choses.

2 SI Dieu est pour nous qui sera contre nous: Rm 8, 31

Première partie : la place de la volonté de Dieu dans ce qui nous arrive.

J’ai choisi ce court passage du livre de Jonas, livre récent dans la bibliothèque biblique, pour montrer comment dans l’univers antique, tout cataclysme est mis en lien avec une faute. Ici, il s’agit du refus de Jonas d’obtempérer à l’ordre d’aller à Ninive.
4Mais le SEIGNEUR lança sur la mer un vent violent ; aussitôt la mer se déchaîna à tel point que le navire menaçait de se briser. 5Les marins, saisis de peur, appelèrent au secours, chacun s'adressant à son dieu, et, pour s'alléger, ils lancèrent à la mer tous les objets qui se trouvaient à bord. Quant à Jonas, retiré au fond du vaisseau, il s'était couché et dormait profondément. 6Alors le capitaine s'approcha de lui et lui dit : « Hé ! quoi ! tu dors ! ... Lève-toi, invoque ton dieu. Peut-être ce dieu-là songera-t-il à nous et nous ne périrons pas. »
11« Qu'allons-nous te faire, pour que la mer cesse d'être contre nous ? » lui dirent-ils, car la mer était de plus en plus démontée. 12Il leur dit : « Hissez-moi et lancez-moi à la mer pour qu'elle cesse d'être contre vous ; je sais bien que c'est à cause de moi que cette grande tempête est contre vous. » 13Cependant les hommes ramaient pour rejoindre la terre ferme, mais en vain : la mer de plus en plus démontée se déchaînait contre eux. 14Ils invoquèrent donc le SEIGNEUR et s'écrièrent : « Ah ! SEIGNEUR, nous ne voulons pas périr en partageant le sort de cet homme. Ne nous charge pas d'un meurtre dont nous sommes innocents. Car c'est toi SEIGNEUR qui fais ce qu'il te plaît. » 15Les hommes hissèrent alors Jonas et le lancèrent à la mer. Aussitôt la mer se tint immobile, calmée de sa fureur. 16Et les hommes furent saisis d'une grande crainte à l'égard du SEIGNEUR, lui offrirent un sacrifice et firent des vœux.

Ceci se trouve au chapitre 1 du livre de Jonas. On peut en déduire que tout catastrophe (ici la tempête) est attribuée à la colère d’un dieu qui a été offensé et qui se venge ; il faut donc l’apaiser ici en jetant à l’eau Jonas (qui dort tranquillement comme jésus dormira alors que la mer menace de remplir la barque). Quand Paul se rend à Rome par bateau, les marins sont prêts à le jeter à l’eau pour apaiser la tempête qui menace, car pour eux il est évident que ce prisonnier est la cause de tous leurs ennuis.

D’une manière très générale, les catastrophes ont pour origine la colère d’un Dieu, et si on lit le premier testament avec cette optique là, on se rend très vite compte que la dérive consiste à dire tout malheur est la conséquence d’une faute, voire d’une désobéissance.

Dans ce même livre de la Genèse, les catastrophes qui touchent le genre humain ( perte du jardin des origines, errance de
Caïn, Babel, le déluge, et plus tard la destruction de Sodome) sont des punitions. Dans le livre de l’exode, les récriminations du peuple (manque de confiance alors qu’il a vu ce que « son » Dieu a fait à pharaon, sont punies très sévèrement. La suite de l’histoire (juges) montre que lorsque le peuple renonce aux idoles (et aux femmes) des peuples environnants tout se passe bien : victoire et main mise sur les habitants de ces contrées. Quand le roi s’appuie sur YHWH et lui seul, alors la victoire lui est donnée, même parfois dans des conditions étonnantes. Le discours des prophètes renforce cela; les catastrophes qui arrivent sont dues à un manque de confiance. L’exil est du à la fois au roi qui n’a pas écouté les prophètes, mais aussi au péché des impies qui mettent leur confiance dans eux-mêmes et non en YHWH et qui font du mal à leurs frères. Dieu seul permet la vie pour son peuple à deux conditions : le reconnaître pour le seul Dieu et avoir une relation de non convoitise avec les frères de race) :. Si vous ne me tenez pas vous ne vous maintiendrez pas !Is 8 )

Il s’agit toujours d’interpréter la catastrophe qui vous prive d’un territoire ou même de la liberté comme une punition. Dieu est certes un Dieu jaloux mais avec la théorie de la rétribution il se crée une logique du malheur : le malheur arrive si l’homme fait le mal. La perte est la conséquence d’une faute, donc peut-être comprise comme une punition.
Le livre de Job, le livre de Quohélet, certains psaumes montrent qu’il existe un questionnement par exemple on peut lire dans
le psaume 44 qui manifestement est un psaume post exilique et une réflexion sur le pourquoi d’un tel échec, d’une telle souffrance.

18Tout cela est venu sur nous sans que nous t'ayons oublié : nous n'avions pas trahi ton alliance.
19Notre cœur ne s'était pas détourné et nos pieds n'avaient pas quitté ton chemin
20quand tu nous poussais au milieu des chacals et nous couvrais de l'ombre de la mort.
21Si nous avions oublié le nom de notre Dieu, tendu les mains vers un dieu étranger, 22Dieu ne l'eût-il pas découvert, lui qui connaît le fond des coeurs ?

Le verset 23 « C'est pour toi qu'on nous massacre sans arrêt, qu'on nous traite en bétail d'abattoir sera repris par Paul dans l’épître aux romains mais dans un contexte différent (je cite tout le passage)

31Que dire de plus ? Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? 32Lui qui n'a pas épargné son propre Fils, mais l'a livré pour nous tous, comment, avec son Fils, ne nous donnerait-il pas tout ? 33Qui accusera les élus de Dieu ? Dieu justifie ! 34Qui condamnera ? Jésus Christ est mort, bien plus il est ressuscité, lui qui est à la droite de Dieu et qui intercède pour nous ! 35Qui nous séparera de l'amour du Christ ? La détresse, l'angoisse, la persécution, la faim, le dénuement, le danger, le glaive ? 36selon qu'il est écrit : A cause de toi nous sommes mis à mort tout le long du jour, nous avons été considérés comme des bêtes de boucherie. 37Mais en tout cela, nous sommes plus que vainqueurs par celui qui nous a aimés. 38Oui, j'en ai l'assurance : ni la mort ni la vie, ni les anges ni les dominations, ni le présent ni l'avenir, ni les puissances, 39ni les forces des hauteurs ni celles des profondeurs, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu manifesté en Jésus Christ, notre Seigneur.

Il arrive au juste de se plaindre, mais comment faire comprendre que ce qui vous arrive n’est pas lié à votre péché quand toute le théologie est bâtie la dessus et quand d’une certaine manière elle renforce ce vécu de la naissance : perte du ‘environnement idéal.

Si on s’enferme dans la culpabilité, elle peut devenir dévastatrice d’autant qu’elle maintient la toute puissance de la pensée (je suis responsable de ce qui arrive, j’ai pensé et c’est arrivé) qui crée aussi un environnement très menaçant : l’univers se venge sur moi de ma méchanceté.

Qu’est ce que Dieu attend de l’humain ? Que veut il lui faire comprendre en se comportant comme cela envers lui ? La crainte du seigneur conduit elle à la vie ou à une certaine mort ?

Il peut alors se créer en nous un raccourci : il m’arrive un vilain truc, c’est que j’ai fait quelque chose de mal. Si on lit l’histoire du peuple juif, sous cet angle on peut penser que ce lien augmente considérablement le sentiment de culpabilité et peut pousser à une vision déformée de monde. Bien sûr cela peut donner du « sens » mais le sens donné est celui que trouve un enfant tout petit qui ne dispose pas de mécanismes intellectuels suffisants pour comprendre par exemple que le sevrage n’est pas une punition parce qu’il se sert de ses dents toutes neuves pour agresser physiquement (morsure) mais aussi mentalement (elle ne me donne pas ce que je veux, alors je la mets en morceaux et je la perds) celle qui est la source du bon.