dimanche, juillet 04, 2010

"Une agression"

Une de mes amies vient d'être agressée en entrant dans le local aux poubelles. Il y avait deux personnes qui étaient là et avant même qu’elle ait pu faire quoique ce soit, elle a reçu un coup dans le genou tandis que l’autre s’attaquait à son visage avec un cutter en disant: « ça c’est pour que n’ouvre pas ta gueule ». Ce qui voulait certainement dire, si tu vas voir les flics, je te tue. On peut imaginer le traumatisme généré par cette agression et la question taraudante: « pourquoi moi, qu’est ce que je leur ai fait ? »

On pourra dire que mon amie s’est trouvée là au mauvais moment, mais pourquoi s’attaquer à quelqu’un qui vient juste pour vider sa poubelle. Pourquoi cette atteinte à l’intégrité corporelle ? Car la marque ne s s'effacera pas comme cela avec un coup de gomme. Il y a eu du sang, il y a eu de la douleur et cela est volontaire.

Il m’est venu l’idée que celui qui a provoqué la blessure au visage a voulu montrer à l'autre ce qu’il était capable de faire, que le caïd c’était lui et qu’il était le plus fort parce que le plus violent. Je veux dire que mon amie là-dedans elle n’était qu’un objet (ce qui en soi est abominable) qui permettait à l’un des deux de montrer sa force et sa supériorité. Il devenait digne de respect, puisque je crois que ce mot là est très important dans les bandes. Pour se faire respecter on devient capable de tuer. Est ce cela être humain ? Est cela être digne de respect ?

Cette agression me renvoie directement à la question du mal, car ce qui s’est passé là, c’est mal, c’est le Mal. Et de ce mal je me suis sentie partie prenante, car si ce mal existe qu’est ce que je fais pour l’empêcher ? Je le constate, j’en suis affligée, je suis en colère, mais d’une certaine manière j’y participe. Et quand je dis la prière du cœur qui se termine par aie pitié de moi, pécheur, oui pécheur je le suis par la connivence, par le silence, bref, je le porte ce mal. Comment en sortir, comment en être délivré ? Est ce possible dans notre ici et maintenant ou est ce une utopie ?

Ce qui m’a alors frappée, c’est que la dernière demande de la prière donnée par Jésus c’est « délivre nous du mal » et si c’est la dernière demande c’est peut être que c’est la plus importante ; je peux d’ailleurs noter que contrairement aux psaumes il n’est nullement question dans cette prière au Père, de vengeance et de justice.

Délivre nous du mal c’est nous faire passer du monde de l’esclavage de la violence, de la négation de l’autre à un autre monde. Jadis Dieu a fait sortir son peuple de l’esclavage des égyptiens « à main forte et à bras étendus », mais au prix de la mort des premiers nés. Aujourd’hui la sortie, la délivrance se fait par la mort de son Fils, mais même si le salut est donné, il encore en espérance, car le mal reste là, avec son poids, son univers, son royaume.

Pour une fois, je désire profondément que le règne de Dieu arrive, et que la mort de ce monde advienne pour qu’un autre monde arrive, un monde où je ne serais plus complice du mal.

Que mon amie si elle lit ce billet sache à quel point cette agression m’atteint et combien j’aimerai que cela ne soit jamais arrivé.

4 commentaires:

TOURNESOL a dit…

En effet : "délivre-nous du mal"!
Si c'est dans le Notre Père c'est que nous avons grandement besoin d'être délivrés du mal omniprésent dans une société inégalitaire à deux vitesses.
Aujourd'hui dans l'évangile du dimanche il était question que nous
étions envoyés "comme des agneaux aux milieux des loups"....
Que cela est vrai!
Le genre huamin, depuis toujours a comme première valeur:la puissance, le pouvoir.Si je suis fort,puissnt , je suis respecté.
On sent même cela dans la conception du Dieu de l'Ancien Testament.... Il a fallu Jésus pour que les valeurs soient renversées!!!
Je viens de lire: " concerto à la mémoire d'un ange" d'Emmanuel Schmitt-Albin Michel ... C'est très bien.
Je comprends votre indignation....

Auteure anonyme a dit…

L'histoire de l'humanité n'est faite que de périodes de guerre et de périodes de paix. Nous sommes en guerre. Nous nous sommes arrangés pour qu'elle ne soit pas déclarée, elle est pire, officieuse. Les hommes attaquent les femmes. On n'avance pas, on ne recule pas non plus, on continue sous une autre forme. La paix, la bonté, sont avant tout individuelles en ce moment. Comme tu l'as fait Giboulée, on ne peut aider que son amie. C'est un dur moment parce que comme cette situation de violence n'est pas officielle, elle ne permet pas de créer une fraternité, elle nous recroqueville sur nous-même pour nous protéger.
@ Tournesol.
Eric Emmanuel Schmitt me fait penser à Claudel dans ses retournements de derrière un pilier. Il n'a pas toujours été bon et je suis perplexe quand à voir qu'un agrégé de philo écrive avec tant d'adjectifs attendus. Le fait-il exprès pour attirer les foules et vendre ses bouquins ?

Giboulee, a dit…

Auteure anonyme a ajouté un nouveau commentaire sur votre message ""Une agression"" :

L'histoire de l'humanité n'est faite que de périodes de guerre et de périodes de paix. Nous sommes en guerre. Nous nous sommes arrangés pour qu'elle ne soit pas déclarée, elle est pire, officieuse. Les hommes attaquent les femmes. On n'avance pas, on ne recule pas non plus, on continue sous une autre forme. La paix, la bonté, sont avant tout individuelles en ce moment. Comme tu l'as fait Giboulée, on ne peut aider que son amie. C'est un dur moment parce que comme cette situation de violence n'est pas officielle, elle ne permet pas de créer une fraternité, elle nous recroqueville sur nous-même pour nous protéger.

Giboulee, a dit…

De la part de auteure obligatoirement anonyme pour Tournseol


@ Tournesol.
Eric Emmanuel Schmitt me fait penser à Claudel dans ses retournements de derrière un pilier. Il n'a pas toujours été bon et je suis perplexe quand à voir qu'un agrégé de philo écrive avec tant d'adjectifs attendus. Le fait-il exprès pour attirer les foules et vendre ses bouquins ?