dimanche, août 15, 2010

"Marche et Prière du Coeur".

 Montée et descente du Col de la Seigne: Prière du coeur.

départ
Nous avons fait ce parcours qui grimpe bien (750m) par un temps très agréable. Comme souvent quand je marche, la prière du coeur sert à rythmer le pas. Souvent je me force à ralentir car si je marche trop vite, je m'essouffle et je perds le rythme. L'important est de trouver un accord entre les mots et le rythme du corps, que ce soit le souffle, la longueur du pas et même son balancé.

En fait compte tenu du mon genou qui grogne surtout en descente, il a fallu que je m'adapte à une certaine douleur et je dois dire que globalement elle m'a peu gênée.
L'aiguille des glaciers et son glacier

Autrefois je comptais sur quatre temps. Maintenant je préfère rythmer mes pas sur "Jésus Christ, Fils de Dieu aie pitié de moi pécheur" . Je ne dis pas que je pense les mots, ils viennent tout seuls et en fait c'est comme une mélodie intérieure qui n'empêche pas de penser et de regarder (cela c'est même nécessaire) où je mets les pieds et le paysage.

Il m'est d'ailleurs venu une phrase de l'évangile de Luc "ne craignez pas ceux qui peuvent tuer le corps et après cela ne peuvent rien faire de plus" Luc 12,4 et je pensais à ces personnes que je connais dont le corps a été mis à mal, qui auraient voulu mourir, qui disent que d'une certaine manière elles sont mortes le jour où elles ont été violées, mais qui pourtant ont en elles une partie vivante, une partie que le violeur n'a pu tuer.



 Et je me disais que peut être le travail d'accompagnement est de permettre à cette partie là de reprendre sa place, de ne pas se laisser détruire. je pense que les tentatives de suicide, les mutilations, les troubles alimentaires sont comme des atteintes de l'âme, mais l'âme est là, elle est vivante même si les blessures sont là, même si l'agresseur reste présent dans la mémoire. Si  ténu soit le feu de la vie il est là. Et je crois profondément que la dissociation que vivent au quotidien ces personnes est la preuve que non l'âme n'a pas été mise à mal. Mais je crois que seule la présence de l'Esprit Saint peut remplir ce corps troué et que le rôle de l'accompagnant est de permettre que le souffle de Vie soit simplement un jour demandé.


Ceci pour dire que la prière du coeur qui pour moi est ouverture au souffle et à L'esprit Saint, permet de penser.

Pour en revenir à la marche, le regard porté sur le chemin est différent à la montée ou à la descente. A la montée, c'est pour moi, un coup d'oeil sur la structure du chemin puis un pas l'un après l'autre. A ls descente je visualise mieux l'itinéraire et le rythme est différent peut être un peu plus souple, même si les genoux n'aiment pas trop.



Cette prière part de certains lieux du corps. En général elle démarre je dirais assez haut, au niveau du plexus et le corps ne participe pas vraiment; elle se rythme sur la respiration. A ces moments là, je suis aussi dans l'admiration devant les couleurs des fleurs, cette infinie variété de jaunes, de rouges, de roses , de bleus. J'aimerai pouvoir m'imbiber de ces couleurs, de cette variété et cette beauté est un peu pour moi signe de la présence du Dieu créateur. Oui Seigneur que tes oeuvres sont belles (en tout cas celles là).

Et puis vient un moment où la prière du coeur descend. D'une certaine manière ce sont les jambes qui lancent la prière, et cela se passe alors au niveau du ventre. Parfois j'ai comme l'impression d'une marche un peu chaloupée qui me donne de la joie. Et tout le corps devient participant. Ce n'est pas que je cesse de voir le chemin avec ses cailloux, les gens que je croise (je peux même prier pour eux, même si je ne le connais pas), ou de ressentir la douleur dans le genou, mais il se passe quelque chose. Mon corps est comme envahi par une présence que j'appellerai joie. Je refuse de dire que cette joie est crée par les endorphines liées à la marche. Pour moi c'est bien autre chose, car il y a cette sensation qui est une certitude d'être en phase avec quelqu'un, et ce que je ressens c'est donné par un Autre.

le col:la france et l'Italie


C'est aussi la sensation que le coeur se dilate (je dois dire que mon coeur n'a pas battu trop vite, même si parfois quand ça montait trop j'ai du m'arrêter pour me défatiguer) parce que en ayant un pas un peu lent, le coeur ne fait pas de bruit. Alors quelque chose s'apaise, qui va à un rythme différent, un rythme autre.

Le fait que cela parte du ventre et peut être des hanches, renvoie aussi à la maternité, à ce portage interne d'une réalité qui est à la fois mienne et pas mienne.


La phrase de la pr!ère du coeur se conjugue tout au long de la marche. Les mots en fait n'existent plus tellement, mais le rythme comme je viens de l'écrire est pour moi signe d'une présence qui se laisse atteindre (oui Dieu quand on l'appelle Il vient, Il répond) une présence qui me crée et me donne cette joie et cette paix qui a été promise par Jésus.






6 commentaires:

Marielea a dit…

Bonjour Giboulée! bien belle émotion que vous vivez là avec cette marche et cette prière du coeur! je vous envie ..et suis d'accord aussi sur le fait que ce n'est pas les endorphines de la marche .. je suis d'accord aussi avec votre digression: l'âme n'est jamais touchée , elle est intacte, flamboyante! Bien à vous. Marielea

Giboulee, a dit…

Merci de me lire. Je pense que l'âme est souvent touchée, mais pas détruite, ce qui est différent.

J'ai beaucoup de chance de pouvoir marcher, regarder, respirer et en fait peut être d'avantage profiter car le cancer donne une autre saveur au quotidien.

TOURNESOL a dit…

Je la pratique aussi car c'est une prière courte facile et sincère.
Quand les prières sont trop longues
l'esprit divague facilement.
Le notre Père est aussi une de mes prières préférées en pensant à chaque phrase...

Auteure anonyme a dit…

Et je crois profondément que la dissociation que vivent au quotidien ces personnes est la preuve que non l'âme n'a pas été mise à mal. Mais je crois que seule la présence de l'Esprit Saint peut remplir ce corps troué et que le rôle de l'accompagnant est de permettre que le souffle de Vie soit simplement un jour demandé.
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Page 53
Une sorte de tristesse physique m'a envahi. J'ai sombré dans cette tristesse de mon corps. Ce désarroi charnel, qui me rendait inhabitable à moi-même.
Jorge Semprun
L'écriture ou la vie.

Giboulee, a dit…

Pour Tournesol: je dois dire que je modifie souvent les paroles surtout la deuxième partie: cela peut être; Seigneur Jésus Christ, fils de Dieu, remplis moi (nous) de ton Amour.

Pour Auteure obligatoirement anonyme: je pense avoir simplifié un peu trop, j'espère au fond de moi que de la vie demeure, mais je pense que parfois c'est tellement ténu qu'elle semble inexistante et qu'habiter son corps est imposisble ou impensable.

Auteure anonyme a dit…

On essaye d'habiter son corps, mais le souci est qu'on en a pas conscience. Il n'a pas de limites. Difficile de s'habiller, on ne cerne pas à quoi il ressemble, difficile de pense qu'on a mal quelque part, on a mal partout. Et l'âme, elle flotte.
Une attitude me semble abordable, parce que là, les limites sont claires et les décisions nous appartiennent :
Seigneur Jésus Christ, fils de Dieu, remplis moi (nous) de ton Amour.
Ne pas devenir une méchante qui en veut à la terre entière. Garder bien présent à l'esprit que lui connait le sens de tout ça.