vendredi, décembre 30, 2011

"Il en sorti du sang et de l'eau"Jn19,34

Je me demande s'il ne faut pas mettre en parallèle la déchirure du coeur avec ce qui est rapporté dans les synoptiques:le voile du temple qui se déchire.

Le voile du temple qui se déchire du haut vers le bas ou du bas vers le haut, peut renvoyer au verset " si tu déchirais les cieux" chez Isaïe. A la fois dieu de manifeste, mais quelque chose de neuf est en train de se produire, peut être que YHWH s'échappe pour se révéler au monde. Il n'est plus la "propriété" des juifs.

La déchirure cela renvoie aussi au vêtement que l'on déchire en signe de deuil. Deuil pour le Fils qui vient de mourir?

Quant à la déchirure du coeur de Jésus, d'où sort du sang et de l'eau*, n'est ce pas l'eau qui donne la vie (qui irrigue la terre desséchée que nous sommes), et le sang qui au dela du symbolisme du sacrifice (offrande pour être réconcilié) est le symbole de cette autre vie que nous pouvons désormais recevoir.

Un monde nouveau s'ouvre, à nous d'accueillir cela, même si ce n'est pas si facile de recevoir...

* le fait que ces liquides coulent après mort de Jésus m'a toujours étonnée. Certes cela prouve qu'il est bien un homme, mais normalement très peu de temps après un décès, le sang ne coule plus, il est figé. Alors peut être est ce une sorte de "miracle", Jésus mort, continue à être le vivant, et ce qui coule de Lui continue et continuera à couler.

mardi, décembre 20, 2011

"Elle pleurait comme une Madeleine".

Je suis Marie de Magdala, je suis le prototype de la pleureuse, de la femme qui ne sait faire que ça. Mais savez vous qui je suis et pourquoi j'ai pleuré? Car oui j'ai pleuré, mais aussi bien de tristesse que de colère.

Laissez moi vous raconter.

Je suis née dans une famille juive bien pratiquante, trop pratiquante. Alors quand nos parents sont morts, je me suis sentie libre de partir, de vivre ma vie dans une de ces citées grecques qui sont si nombreuses dans mon petit pays, la Palestine. Et mon nom vient de là, comme plus tard il y aura Paul de Tarse. Moi j'étais la Marie de Magdala. Là j'ai vécu en faisant ce que j'avais envie de faire sans trop me poser de questions. Oui, j'ai bien mangé, bien baisé, bien vécu, même si au fond de moi cela ne me satisfaisait pas. Mais je vivais bien mieux que dans ma famille, ficelée par des coutumes et des rituels. Pour eux, j'étais la sale, la prostituée, même si ce que j'ai fait, jamais je ne l'ai fait pour de l'argent, la pécheresse.

Et puis j'ai entendu parler de cet homme qui guérissait et qui parlait sans faite de distinction entre les riches et les pauvres, les malades et les bien portants, je veux dire de Jésus. Comme il allait de villages en villages un jour j'ai décidé d'aller voir par moi-même. Et là, tout a basculé. Je me suis rendue compte que dans cette recherche de liberté je m'étais trompée, que j'étais devenue un objet et que je m'étais abîmée. Alors là, oui j'ai pleuré, pleuré parce que Lui m'avait regardée et aimée et transformée. Tous les démons qui étaient en moi, Il les a chassé et j'ai aussi pleuré de joie. Il y a des larmes qui purifient..

Je suis revenue chez nous, ce qui n'a pas été facile, parce que ma soeur aînée m'en voulait d'avoir déshonoré la famille. Puis mon frère est mort, et là j'ai pleuré comme un tout à chacun. Mais au fond de moi, j'en ai quand même voulu à Jésus que nous avions fait prévenir et qui n'est arrivé qu'après la mort de mon frère.



Et puis il y a eu le retour à la vie de mon frère, retour à la vie qui signait par contre la mise à mort de celui que mon coeur aime tant. On a fait une grande fête et moi, j'ai eu comme une vision. J'ai vu son corps "mort" défiguré, plein de plaies. Alors cela a été plus fort que moi, je suis allée chercher un flacon rempli de parfum et je l'ai versé sur lui, comme pour l'embaumer et je pleurais car je le voyais mort. Naturellement Judas a râlé (et les autres disciples aussi) mais Jésus lui a bien confirmé ma vision car il a dit: des pauvres vous les aurez toujours, mais elle a fait cela en vue du jour où on me mettra dans la tombe.

Et ce que j'avais deviné est arrivé. Ils l'ont arrêté, battu, mis en croix. Quand Il est mort, j'étais là, mais pas tout près à cause des soldats. Pour pleurer quand il a rendu son souffle, oui j'ai pleuré. J'avais pleuré pour mon frère, je pleurais pour celui qui était mon amour.



J'ai dû attendre que la fête de la Pâque se passe et dès que j'ai pu, j'ai foncé au tombeau, pour le voir. Seulement voilà, quand je suis arrivée, quelqu'un avait roulé la pierre, et ça c'était mauvais signe. A la fois j'avais peur, à la fois j'étais en colère, comme enragée.  Et si on l'avait volé? Alors j'ai foncé prévenir Pierre et Jean. Ils n'ont pas réveillé Marie la Mère de jésus, parce qu'elle en avait trop vu. Ils sont juste venus tous les deux. L'un après l'autre ils sont entrés dans la grotte qui servait de tombeau, ils ne m'ont rien dit et ils sont repartis. Mais à voir leur tête, le corps n'était plus là. Et moi je restais là avec ma colère.

Je ne sais pas si on vous a déjà volé quelque chose à quoi vous tenez, mais  réfléchissez un peu à l'état dans lequel cela vous met. Alors peut être pourrez vous imaginer la colère qui était en moi. On avait osé me le piquer, me le voler. Alors oui je pleurais, mais de rage, de colère. j'aurais bien voulu tuer le monde entier. Je suis entrée dans le tombeau, il y avait des hommes qui étaient assis là où Il aurait dû être. Ils m'ont demandé pourquoi je pleurais, comme s'ils ne le savaient pas. Et qu'est ce qu'ils faisaient là eux, à la place de mon Jésus. Ce qui était quand même étonnant c'est que tout ce qui avait servi à envelopper le corps était là, bien plié... Celui qui avait volé le corps, dans quoi l'avait il mis? Et puis je suis sortie et j'ai vu une espèce de grand gaillard bien bâti. Peut être que c'était lui qui avait pris le corps. Il m'a demandé pourquoi je pleurais et ce que je cherchais. j'ai cru que c'était une mauvaise blague: s'il avait pris le corps, il devait me le rendre. C'est moi qui devais m'en occuper, le laver, l'embaumer, le rendre présentable. Là je ne pleurais plus, j'étais très en colère.


Et puis, celui que je prenais pour un employé de ce jardin où se trouvait la tombe m'a appelée par mon nom. Et là, ça a été comme lors de la première rencontre, je me suis sentie exister. Moi qui étais morte, je suis redevenue vivante et je le voulais pour moi. Je pleurais de nouveau mais d'émotion et de joie. J'étais passée des larmes de tristesse, de colère, de rage à des larmes qui me lavaient de tout ce que j'avais vécu.

Seulement, avant même que j'ai pu faire un geste pour le toucher, pour le sentir, pour être bien sûre que c'était Lui, Il m'a arrêtée en me disant de ne pas le toucher. Là je n'ai pas compris et ça m'a même fait mal, j'avais de nouveau envie de pleurer. Il a eu des drôles de mots qui parlaient de son Père et de son Dieu, comme si j'allais l'empêcher de faire ce qu'Il avait prévu de faire. Alors que j'avais juste envie de me rassurer en le touchant. Mais j'ai obéi parce que je sentais bien que mon Rabbi n'était plus du tout le même. Il était passé par la mort et il était vivant, mais pas comme mon frère. C'était différent.

Il m'a dit d'aller annoncer aux autres il a dit "à mes frères" la nouvelle et il a disparu. Je crois que c'était bien la première fois qu'il employait ce terme de frère, Lui qui se disait le fils de Dieu avait donc réussi à faire de nous des enfants de son Père et donc des frères pour Lui.

Et je suis partie...

Alors oui, je suis une pleureuse et après. Que celui qui n'a jamais pleuré me jette la première pierre...


samedi, décembre 03, 2011

"Histoires de Noces": Jn2 et Jn 19.

Nous travaillons en groupe l'évangile de Jean, nous en sommes aux derniers chapitres, ceux de la passion et de la résurrection.  Si on admet (ce que je pense de plus en plus) que l'auteur de cet écrit a "bâti" son texte, je me suis demandée s'il ne faut pas mettre en parallèle les noces de Cana (premier signe de Jésus et début de sa vie publique) et la crucifixion où l'on trouve au pied de la croix Marie et Jean. Là il se fait un autre miracle: de la mort sort la vie et c'est la fin de la vie "publique" car désormais ses manifestations seront quand même de l'ordre du "privé".

Peut être peut on opposer le "bon vin" de Cana au "vin aigre" que boit Jésus juste avant de répandre son souffle et si l'on veut aller encore plus loin "au vin doux" que les apôtres auraient bu le jour de la Pentecôte.

Les noces renvoient toujours à l'amour entre deux êtres, à une alliance. Epouser quelqu'un c'est dire que c'est avec celui ci ou celle la que l'on veut passer toute sa vie et qu'il n'y en aura pas d'autre. Sceller cet Amour par un acte socialisé: s'engager de vive voix (ou par un acte écrit) et ensuite faire la fête, offrir un repas spécial où tous participent à la joie des deux et où l'on donne du bon, du très bon.

A Cana, d'une certaine manière il y a plusieurs personnages: Jésus, ses disciples,  Marie et le groupe des serviteurs sans parler du narrateur. La manière dont Jésus réplique à sa mère qui attire son attention sur le manque, reste curieuse pour nous: "femme quoi entre toi et moi" trouve son répondant "femme voici ton fils"avec la même impossibilité à trouver une répartie.

Si dans l'épisode de Cana, on peut avoir l'impression que Marie "pousse" son fils à se manifester,  à agir, là c'est Lui qui dit ce qu'elle doit faire pour devenir la nouvelle Eve, la mère de tous les vivants. Si on nous parle dans les personnes présentes de "la soeur de Marie" c'est bien que Marie comme toute veuve ayant perdu son fils aurait dû vivre dans "sa famille biologique". Or cela Jésus ne le veut pas.

La phrase de Marie "tout ce qu'il vous dira faites le" c'est  exactement ce que Jean va faire après que jésus lui ait dit "Voici ta mère". Jean est le serviteur qui obéit, qui a compris et cela c'est bien la place du disciple serviteur.

A Cana, l'eau est transformée en vin. Bien entendu les noces n'auraient pas été annulées si ce miracle ne s'était pas accompli, mais il est le signe de  la présence de Dieu sur la terre d'Israël, il est le signe pour les disciples que le temps est arrivé, que les noces sont là. Au delà des noces de ce jour là, il y a une autre noce qui se prépare celle du Fils (Je suis) avec nous.

Au Golgotha (puisque l'écrivain donne le nom du lieu) il y a la signature du contrat si je puis dire. Les noces sont scellées dans et par le sang. Le sang qui coule, qui se répand, ne peut-on peut le voir comme  symbole de l'Esprit qui va être répandu en en abondance (comme le vin à Cana).

Au premier signe, l'eau transformée en bon vin, répond le dernier signe, le corps et le sang transformés en nourriture et ce en abondance, car il me semble que l'abondance est bien ce qui caractérise la présence du Fils qui répand son Esprit sur tous.


mardi, novembre 22, 2011

"Rendre un culte à"

Un certain nombre de chrétiens évangéliques pensent que les catholiques sont des idolâtres parce qu'ils détiennent chez eux des statues (en général de la Vierge) et que ces statues objet de dévotion prennent la place qui est celle du Dieu Vivant.



N'ayant pas le culte des statues je ne me suis jamais sentie concernée par cela. Pour moi les statues, les images, sont là pour aider nos sens à nous tourner vers, mais jamais une image ou une statue n'a en elle la moindre vie.

Et voilà que depuis quelques soirs, je regarde Vêpres à Notre Dame de Paris sur KTO. Et là, je dois dire que j'ai été choquée.

Indépendamment de la manière dont le prêtre est habillé (pour moi avec une débauche d'ornements qui n'ont plus de sens aujourd'hui, surtout si on pense aux personnes qui souffrent du froid),  dont les psaumes sont chantés (certes c'est beau, mais ce n'est pas de l'opéra), l'utilisation du latin  (le magnificat est toujours chanté en latin ainsi que d'autres hymnes comme le dies irae qui parle d'un Dieu qui n'est pas le Dieu que Jésus est venu annoncer) encenser la statue de la Vierge en fin d'office, là pour moi c'est de l'inadmissible.

Je suis gênée par la débauche de l'encens. Si faire brûler de l'encens  ce qui pour moi reste un geste de l'ancien testament, un geste qui ne colle pas avec la phrase que Jésus dit à la SamaritaineJn 4, "les vrais adorateurs adorerons en Esprit et en Vérité" ), peut cependant accompagner la phrase du psaume 141,2: "que monte ma prière, en encens devant ta face, mes mains que j'élève en offrande du soir" cela m'insupporte quand c'est tous les soirs et surtout quand comme je viens de l'écrire, il y a l'encensement de cette statue.

Je parlais des chrétiens évangéliques qui nous prennent pour des idolâtres, mais là, je ne suis pas loin de penser comme eux. Que ces gestes aient eu une importance dans l'histoire de l'Eglise, pourquoi pas, mais pourquoi les continuer aujourd'hui?

Ne faut il pas repenser nos gestes pour qu'ils prennent sens, nos liturgies pour qu'elles ne soient pas réservées à une élite (bien vieillissante par ailleurs) et pour que Dieu vers lequel nous nous tournons ne soit pas statufié donc mis à mort d'une certaine manière.

                          Ceci était un coup de gueule.

mercredi, novembre 02, 2011

Raisonnement par l'absurde!

Quand nous disons le Credo nous affirmons que "Jésus a été conçu du Saint Esprit, qu'il est né de la Vierge Marie", ce qui revient à dire qu'il a pris chair en elle et par elle. Or aujourd'hui, pendant ce temps où nous avons dit le Credo,il m'est venu un questionnement ( sans doute parasite) en ce qui concerne la "qualité" de la chair de Jésus. Après la résurrection Jésus devient le nouvel Adam. D'une  d'une certaine manière il touche "son nouveau corps" celui que nous sommes appelés à devenir, mais quand Jésus était dans le monde; puisqu'il est nous semblable en toute chose hormis le péché, peut-on imaginer que sa chair était différente de la notre?

Par certains côtés, on peut penser que oui: qui peut toucher un lépreux sans attraper la lèpre, qui peut marcher sur l'eau sans se noyer, qui peut rester 40 jours sans manger ni boire, qui peut passer ses nuits à prier et aller annoncer la bonne nouvelle le lendemain? Et en même temps on sait que Jésus est fatigué (puits de la Samaritaine) qu'il a faim et soif, bref qu'il a un corps avec des exigences normales. Mais les auteurs des évangiles ne sont pas dans le scientifique, ils veulent annoncer une grande nouvelle, Dieu est là aujourd'hui.

Mais pour en revenir à mon questionnement, si  Marie a été conçue sans péché, a-t-elle souffert durant son accouchement, puisque la souffrance de la naissance est conséquence de la chute?

O.K. c'est un peu stupide de se poser ce genre de question, mais si on se
réfère à la Genèse, la créature (Adam) est parfaite, puisqu'un Dieu parfait ne peut créer que du parfait. Elle ne devient imparfaite qu'après ce qu'on appelle la chute. Jésus a t il hérité d'une chair semblable à la notre ou du fait que le péché n'était pas en lui, a t il eu la chance d'échapper par exemple aux coliques du 3° mois, aux difficultés d'apprentissage de la marche, aux cauchemars, aux maladies infantiles, puisque normalement toutes ces choses par lesquelles nous passons tous, sont conséquences de la désobéissance.

Je sais bien qu'il y a eu des conciles qui ont "planché" sur la nature de Jésus,  n'empêche que se poser la question ce n'est pas la résoudre, sauf si on reconnait que que la Genèse est un mythe et qu'il ne faut pas prendre les choses au pied de la lettre de peur d'arriver à des absurdités, d'où le titre de ce billet!





lundi, octobre 31, 2011

Quel drôle de Dieu: impertinence

Nous sommes dans la lecture de l'épître aux Romains. Au chapitre 11, au verset 32 on peut lire: "Dieu, en effet, a enfermé tous les hommes dans la désobéissance pour faire miséricorde à tous les hommes". 


Admettons que j'ai fait des études de médecine et que je sois un chirurgien orthopédique renommé. Vais-je casser les jambes de mes enfants pour qu'ils puissent reconnaître que je suis un excellent chirurgien? 


Il me semble que la réponse coule de source. Alors quel est ce Dieu de Paul sinon un Dieu foncièrement pervers? A vouloir parfois trop démontrer on finit par écrire des non sens.

dimanche, octobre 30, 2011

"Réflexions sur un devenir après la mort"

Une de mes amies qui a perdu son mari il y a un an et qui se trouve dans la période anniversaire de ce décès (et qui d'une certaine manière revit chaque jour ce qui a pu se passer l'an dernier) me disait: "jusque là je l'ai toujours senti présent avec moi, mais maintenant, je ne le sens plus. J'ai -ajoute t elle- entendu dire que les morts doivent oublier tous les liens qui ont rempli leur vie et cela me rend malade, parce que je me sens abandonnée". Cette  phrase "les morts doivent oublier les vivants" m'a posé question, car cela je ne l'avais jamais entendu dire.

Si nous demandons aux "Saints" d'intercéder pour nous, c'est bien que implicitement nous pensons que nos soucis, nos épreuves ont du sens pour eux, et que dans un acte d'amour, ils peuvent demander que ces épreuves nous fortifient au lieu de nous détruire, qu'elles nous fassent progresser dans l'amour. Ils ne sont pas des étrangers à ce que nous vivons, ils restent des compagnons.Je pense aussi que lors du décès d'une personne très importante pour nous, il y a des signes qui nous montrent qu'à leur manière ils sont là. Le livre de Lytta Basset: "Ce lien qui ne meurt jamais", pour ne citer qu'elle, en est un exemple.

Puis en lisant un livre de Tishani Doshi: "le plaisir ne saurait attendre", livre que j'ai beaucoup aimé parce qu'il décrit la vie à Madras en cette fin et début de siècle et qu'il parle de la foi des Jaïns, j'ai lu la phrase suivante qui concerne une personne qui vient de mourir: "elle ôtait tous les habits de l'illusion et s'accrochait au vent pour survoler le samsara - le monde humain et l'extraordinaire tromperie qu'il représentait- jusqu'à la demeure des dieux. Elle retirait toutes les couches accumulées par le karma, la poussière que recouvrait son âme, avant d'entreprendre son dernier pèlerinage. Elle coupait chaque lien, tranchait chaque attachement douloureux, se débarrassait de tous ses souvenirs. Fidèle aux commandements de sa foi, elle partait pour le pays immaculé ou la purification était instantanée".

Cela décrivait bien ce que mon amie avait entendu, mais ce qui est intéressant c'est que là, il s'agit d'un voyage de la personne décédée, d'un travail qu'elle doit faire lors du passage, passage facilité par les prières des vivants, mais qui si réincarnation il y a, permet de ne pas renaître avec des choses à traîner avec soi. Ce travail, peut être que nous le symbolisons par la notion de purgatoire, cette nécessaire purification(purification alors désirée et non pas imposée)  pour être un jour en présence de Celui que j'aime nommer "Le tout Autre".

Je pense, mais cela est très difficile à faire que quand quelqu'un que nous avons aimé (ou pas) est décédé, un service que nous pouvons lui rendre, c'est de le laisser "filer" là où il doit aller (ce que nous ignorons, même si nous parlons spontanément de lumière). Je veux dire par là, qu'il vient un temps (parce qu'il faut du temps) où l'on n'a plus besoin de s'accrocher aux souvenirs et où on peut lui donner le droit de "vivre" pleinement sa nouvelle vie. Un peu comme si nous devions couper la ficelle d'un ballon rempli d'hélium pour qu'il puisse être lâché dans le ciel ou comme si on ouvrait une cage pour que l'oiseau prenne son envol.Je dirai même que c'est le plus bel acte d'amour que nous puissions faire pour celui que nous avons aimé, le rendre libre. Cela ne veut pas dire que nous l'oublions parce que nous en sommes incapables, mais que nous désirons pour lui le meilleur, et si le meilleur doit passer par là, nous sommes prêts à le faire.

Quand Jésus dit à Marie Madeleine: "Ne me retiens pas, je dois aller vers mon Père" je pense qu'il s'agit de cela. C'est nous qui devons couper le lien qui en quelque sorte l'empêche de prendre son envol. Et cela est peut être nécessaire: arriver petit à petit couper la relation qui peut nous unir à quelqu'un (que nous l'ayons aimé ou haï ou les deux) pour qu'il aille là où il doit aller. Peut être que c'est cela que veut dire Jésus quand il dit "laisse les morts ensevelir les morts".

Mais si d'un côté Jésus demande de ne pas le retenir (il est bon pour vous que je m'en aille), il n'en demeure pas moins qu'Il nous a demandé de "faire mémoire de Lui" et ainsi de maintenir sa présence au milieu de nous.

Si nous sommes appelés à faire partie du "corps de Jésus" alors peut être pouvons nous croire que dans l'Au Delà, un certain nombre continuerons à veiller sur les terrestres et ne perdront pas le souvenir de ceux qu'ils ont aimé mais manifesteront leur sollicitude et leur amour d'une manière que nous ne comprendrons que lorsque nous les aurons (ou pas) retrouvé de l'autre côté;

Mais et c'est là où la différence est fondamentale, c'est que Jésus nous dit qu'Il est avec nous tous les jours  donc qu'Il ne nous abandonne pas, et surtout de "faire mémoire de lui". Faire mémoire, c'est ne pas lâcher le souvenir de l'autre, c'est Le faire exister dans le ici et maintenant.

Alors, et c'est peut être là notre foi, si quelqu'un meurt, cela ne fait pas disparaître la présence du Ressuscité , de celui que Paul appelle "le premier né" et en Lui, il est possible de rester dans un autre contact, un autre lien avec celui qui nous a laissé continuer notre chemin sur cette terre;


mercredi, octobre 12, 2011

"Conjugaison" tu, il, je


Conjugaison ; Je, tu il (elle)… L’identité.



Quand des personnes ont vécu un traumatisme grave qui porte (ou qui risque de porter atteinte à leur intégrité physique et/ou psychique) un très bon mécanisme de défense (qui fonctionne en automatique) est le clivage. Il permet en quelque sorte de conserver une partie saine qui est enfouie très profondément, pendant qu’une autre partie est détruite, abîmée. Les personnes victimes d’inceste au long cours disent souvent que malgré tout ce que leur corps a vécu, leur cœur lui est resté vivant, mais pour que celui ci se manifeste, il lui faut des conditions particulières, car cette partie qui ne se soumet pas, a peur de se faire détruire si elle se manifeste.


Certains disent qu’il y a en eux une sorte de dialogue incessant entre une partie qui gère le quotidien (parce qu’il faut bien faire semblant de vivre, d’être adapté, de faire comme si rien ne s’était passé) et une autre partie qui a sa propre existence et dont il est difficile de parler. Ce clivage ou plus exactement cette dissociation ne permet pas aux personnes de dire Je, même si dans la vie de tous les jours elles le disent. Elles ne sont ni psychotiques, ni autistes.  Le traumatisme a touché à leur identité la plus profonde et bien souvent elles ne sentent pas vivre : elles sont des survivantes avec parfois des réactions que personne ne comprend et qui de ce fait les isole d’avantage et renforce la dissociation.


Si on admet que l’espèce humaine a été confrontée pour survivre à d’innombrables traumatismes, il est envisageable de penser que ceux ci ont laissé des traces (on travaille beaucoup aujourd’hui sur ce que l’on appelle le stress post traumatique) qui peuvent aller de l’agressivité (violence brutale) au retrait et à la dissociation. En d’autres termes nous savons très bien nous dissocier, nous mettre un peu en rondelles, et j’en veux pour exemple cette capacité que nous avons de nous parler à la deuxième personne du singulier ou même à la troisième.


Combien de fois pouvons nous nous entendre nous dire : "tu es nul, tu vas faire ceci, tu vas faire cela", comme si persistait en nous alors que nous sommes des adultes, un parent qui nous commande et qui nous juge. Une grande partie du travail thérapeutique fait en Analyse Transactionnelle, consiste justement à ne plus se laisser dominer par ce « parent autoritaire » et le remplacer par un parent bienveillant. 


Quand on fait un peu attention à ce dialogue automatique intérieur, il est facile de passer de ce « tu » au « je » et de reprendre les choses à la première personne. Mais il y a des personnes qui se font maltraiter par cette instance surmoïque et qui auront tendance à répéter cela pour le bien de ceux ou celles qui vivent avec eux. 


Pour ma part, quand j’entends en moi ce « tu vas faire ceci ou cela », je le transforme en « je vais faire (ou ne pas faire d’ailleurs) ceci ou cela ». Quand aux phrases, tu es nulle, il y a belle lurette que je les transforme en : "ce truc là tu n’as pas su le réussir ou tu n’as plus la force de la faire, mais tu n’es pas nulle pour autant", mais il a fallu trois années d’analyse pour que j’en arrive là. Aujourd’hui je dirai que se regarder ainsi : "je n'y suis pas arrivée, ce n’est pas une catastrophe", permet même de se regarder avec une certaine compassion ce qui est bien préférable à un regard de colère ou de haine parce qu’on n’a pas été à la hauteur.


Je me suis rendue compte que au delà de ce « tu » bien connu des psy, puisque quand il perdure en soi (ne pas pouvoir dire Je ou Moi) il est signe d’autisme c’est à dire d’indistinction en soi et l’autre, il existe en tous les cas chez moi un autre pronom qui est le « elle ». Existe t il chez les autres ? Je ne le sais pas. Ce pronom est très présent chez les écrivains qui décrivent à distance des comportements de personnages qui sont des émanations d’eux–mêmes, mais parler de soi à la troisième personne, qu'est ce que cela veut dire? 


On trouve cela dans les évangiles quand Jésus affirme sa filiation divine, quand il se nomme "Le fils de l'homme"(1) Il dit à la fois ce qu'Il est déjà, mais aussi ce qu'Il sera après la résurrection. C’est Celui là que voit Etienne dans le livre des Actes 5, ,5 « Ah dit il, je vois les cieux ouverts et le Fils de l’homme debout ». Ce que je veux dire c’est que parler de soi à la troisième personne est un peu une manière de faire de soi un héros, quelqu’un d’un peu extraordinaire.

Je reviens à moi. Quand je dois recevoir quelqu’un, et que je pense à la manière dont je vais accueillir cette personne, automatiquement je m’entends penser : «  elle mettra telle nappe, elle fera telle entrée…etc ». Qui est cette « elle » qui n’est pas vraiment moi parce que de toutes les manières, finalement je ne fais jamais ce que cette « elle «  a décidé ? Je dirai que cette elle est une espèce de Moi idéal, devant laquelle les autres devraient penser : « qu’est ce que c’est bien, qu’est ce que cette femme fait bien les choses ». Cela paraît très infantile et je pense que ça l’est. Quand j’étais beaucoup plus jeune, cette partie là fonctionnait dans mes rêves éveillés où je pouvais enfin ne pas me laisser faire par mon père, ou même de m’imaginer en sauveur du monde (excusez du peu), mais il y avait cette dimension là dans le christianisme qui a été le mien autrefois.

Cette « elle » ou je suppose ce « il » pour un homme, est une sorte d’illusion, une sorte de personnage idéal, et il correspond peut être à ce qu’un enfant peut imaginer que ses parents attendent de lui. Quand j’ai appris à lire, la Sœur qui m’enseignait la lecture a dit devant moi à ma mère : «  Madame votre fille vous fera honneur ». Inutile de dire que je n’ai pas compris ce qu’elle voulait dire, sauf que ma mère était très fière et qu’elle m’a ressorti cette phrase bien des fois. En d’autres termes, le travail d’un enfant c’est de faire honneur (qui s’oppose certainement à faire honte) à ses parents, pour que ceux ci puissent soit être fiers, et s’enorgueillir d’avoir mis au monde un enfant pareil.

C’est peut être mettre en application le 6° commandement : « tes pères et mères honoreras, afin de vivre longuement ». Le « Honorer » ici étant faire honneur à  (et non pas le sens hébreux de donner du poids). Ce serait faire des choses dont les parents puissent être fiers. Alors peut être que dans la réalité on ne se sent pas tout à fait à la hauteur, on se crée un il ou une elle qui sera un sorte de super héros. Il permettra en tous les cas de se sentir un peu invulnérable, un peu glorieux, un peu extraordinaire et parfois cela fait du bien à l’égo, même si c’est de l’imaginaire et aussi aimé de ses parents ou de ses proches.

Cette troisième personne est finalement un sacré boulet. Elle voudrait vous obliger à être un « sur  quelque chose" que l’on ne peut pas être. Oui, j’ai appris à lire très vite, mais cela ne m’a pas coûté d’efforts, donc je n’ai pas rien fait de spécial pour faire honneur à qui que ce soit, sauf peut –être à l’enseignante que j’aimais bien.. En d’autres termes cette « elle », aujourd’hui je ne l’aime pas beaucoup, et j’ai tendance dès que je sens sa présence à lui dire d’aller se faire voir. Je n’ai pas à être parfaite, ni à faire honneur à qui que ce soit. L’important est que Je sois celle que je désire être aujourd’’hui.


Mais si d’une certaine manière mon Je englobe les injonctions du tu (tu dois faire, tu es nulle) et du « elle » (elle fera de la perfection) la question qui se pose est celle de l’unification. D’une certaine manière le "tu" peut renvoyer à ce qui ne va pas, à la culpabilité, à la faute. L’important est parfois de reconnaître que le « tu » a raison, mais de ne pas les laisser envahir l’espace et de ne pas lui donner de pouvoir. Quant au  « elle » il ferait basculer du côté de la toute puissance, de l’idéal et là aussi dans la mesure où il ne peut être atteint, cela peut conduire à une espèce de poursuite éperdue de perfection. Certes il peut être moteur, mais il peut aussi conduire à la dépression: ne pas être à la hauteur de...

Pouvoir dire « Je » c’est d’une certaine manière ne pas se laisser envahir par ces deux instances, c’est non pas faire comme si elles n’existaient pas, parce qu’elles sont là, mais ne pas les laisser dominer. Le Je devient une sorte de chef d’orchestre, qui sait demander des sourdines, mais pas forcément le silence.

Arriver à l’unification n’est pas aisé. La phrase de Jésus « qu’ils soient uns comme nous sommes un » s’entend certes à un niveau communautaire, mais aussi individuel, car si le mauvais est appelé le « diviseur » ce n’est pas pour rien. La diversité en nous n’est pas mauvaise, à condition qu’elle ne mène pas la barque. Peut être que le rôle de l’Esprit Saint, c’est d’être le chef d’orchestre de ce qui est en nous, pour que petit à petit la chant soit harmonieux, le chant d’un petit ruisseau qui murmure au fil du temps mais qui parfois peut se taire sous la neige, ce qui ne l'empêche pas d'exister.











(1) 29 fois chez Matthieu.

mardi, octobre 11, 2011

"La fin et les moyens"


Je viens de terminer un livre de science fiction: "l'épopée du Traquemort" de Simon R.Green, et dans le dernier tome, il y a une phrase qui dit à peu près"ils ont confondu la fin et les moyens". Ce qui leur avait été donné, était un moyen pas une fin en soi (fin qui permet toutes les cupidités, toutes les convoitises, toutes les dérives).

Et cela m'a fait penser à la parabole des vignerons homicides. La vigne leur a été donnée en gérance pour qu'ils la fassent fructifier, mais aussi pour que les fruits soient donnés à tous. Ils en ont fait leur chose et plus personne sauf eux n'avaient le droit d'en jouir.

Cette confusion, il me semble qu'elle est très fréquente et que c'est même un risque qui nous guette.

J'irai jusqu'à dire que tout progrès dans une recherche de vie spirituelle n'est jamais une fin, même si ce progrès à un moment donné apporte beaucoup de joie ou de paix. D'une certaine manière, certes cela nous appartient, mais nous appartient pour que nous puissions en faire quelque chose, pour nous, pour nos frères, pour le Seigneur.  Les fruits ne nous appartiennent pas...

jeudi, octobre 06, 2011

Breve: louange et prière

Deux mardis... Deux participation au groupe de louange de Tigery. La même impression de ne pas arriver à y prier, de ne pas y être. Etre spectateur , mais spectateur de quoi?

Cela crée un sentiment de mal-être et me pose question. Pourquoi est ce que finalement je n'arrive pas à "prier", pas à "être".

La réponse est: "il faut faire" de la louange, louanger comme fabriquer... Il faut faire et cela ne me va pas pas.

Autrement dit, la louange est elle là pour se décentrer et se tourner vers le Père, ou pour créer du groupe, c'est à dire de manifester aux personnes présentes que l'Esprit Saint est bien à l'oeuvre parmi elles, ce qui permet de "fabriquer" du groupe. Tel qu'il est mené, tout va vers le renforcement des liens des personnes entre elles, donc de la cohésion du groupe.

Cette utilisation de la louange pour fabriquer du groupe (même si dans les grandes manifestations, elle permet des guérisons) ne me convient pas vraiment. Ce n'est plus louer (même si cela en a toutes les apparences et si heureusement "ça loue" quand même), mais je n'y trouve pas ma place.

Et pourtant, qu'on ne s'y trompe pas, la présence de l'Esprit Saint, son travail au jour le jour en moi, son oeuvre, reste mon désir le plus profond.

mercredi, septembre 21, 2011

Amour et compassion

On parle beaucoup de la compassion, de ce sentiment qui peut vous prendre dans le ventre quand on rencontre quelqu'un qui est dans un certain dénuement. On parle de la compassion, de la pitié de Dieu pour son peuple.


La compassion est un des maîtres mots du bouddhisme. Et parfois au lieu de se centrer sur un individu on peut élargir à tous ces frères qui souffrent des mêmes maux, et ainsi sortir aussi de soi-même.


Mais la compassion, si noble soit elle n'est pas l'amour. Elle est fondamentale car elle nous permet de regarder les autres avec du respect, d'être proche de lui, de faire ce qui est possible pour alléger la souffrance, mais elle n'incite pas à donner de sa vie (je ne dis pas donner sa vie).

En effet, je me suis rendue compte que si je peux agir, faire des choses pour les personnes que je dis aimer, (avoir de la compassion) au fond de moi, je ne donnerai ma vie pour elles. Outre le fait que matériellement il est impossible de donner sa vie pour quelqu'un que l'on aime (combien de parents auraient voulu donner leur vie pour que leur enfant malade aient une durée de vie normale, qu'il ne soit pas fauché à l'aube de sa vie) cette attitude là nous ne l'avons finalement que pour des personnes qui sont de notre sang, de notre lignée, de notre famille.

Les autres, on les aime bien, les siens on les aime. La compassion, la pitié c'est une chose, l'amour c'est autre chose. La compassion il est important de la cultiver. L'amour, celui dont parle Jésus"donner sa vie pour ceux que l'on aime" c'est autre chose.

La mort de Jésus pour nous, même si elle ne nous sauve pas de la mort physique, de la maladie, des difficultés, nous ouvre à une autre vie, nous donne un autre souffle.  Sa mort nous donne la Vie. La mort de Celui-là, montre à quel point un Dieu, notre Dieu a aimé sa créature, puisqu'Il a perdu son souffle(mort)  pour que à nouveau Son souffle soit en nous (Esprit saint). C'est pour cela qu'Il est devenu un Père.




dimanche, septembre 11, 2011

B comme Bénédiction

Bénédiction.
Lors d’un stage de « prière du cœur » nous avons eu l’occasion de nous bénir les uns et les autres, de poser la main ou les mains sur l’autre et de prononcer des paroles. Dire « je te bénis un tel » est un acte fort. C’est très différent du « que Dieu de bénisse ».

Bien sûr on peut toujours demander à Dieu de bénir, puisque en dernier ressort il est le maître, mais on oublie souvent que nous avons cette chance là, de pouvoir bénir, désirer le bon le bien pour l’autre et que notre parole peut être agissante.

Maintenant je crois que nos formules de bénédictions sont très restrictives. Il me semble que les juifs ont à leur disposition une centaine de bénédictions en fonction des différents actes posés dans la journée et je me suis demandée quelle bénédiction Jésus avait prononcé  au moment de la multiplication des pains et au moment de la cène, car dans ma mémoire le déroulement est assez identique.

En Marc (j’ai choisi cet évangile)  pensant que s’il rapporte la catéchèse de Pierre, il était peut être le plus « fidèle » on peut comparer les deux épisodes.

Mars 6, 41
Marc 13, 22

41Jésus prit les cinq pains et les deux poissons,


et levant son regard vers le ciel, il prononça la bénédiction,


rompit les pains

 et il les donnait aux disciples pour qu'ils les offrent aux gens.









Il partagea aussi les deux poissons entre tous.

















42Ils mangèrent tous et furent rassasiés
Pendant le repas, il prit du pain


 et, après avoir prononcé la bénédiction,



il le rompit,

 le leur donna





et dit : « Prenez, ceci est mon corps. »




23Puis il prit une coupe et, après avoir rendu grâce, il la leur donna et ils en burent tous.




24Et il leur dit : « Ceci est mon sang, le sang de l'Alliance, versé pour la multitude. 












25En vérité, je vous le déclare, jamais plus je ne boirai du fruit de la vigne jusqu'au jour où je le boirai, nouveau, dans le Royaume de Dieu.
Importance de l’action : prendre, toucher, saisir.


Se tourne vers le Tout autre, le dispensateur .
C’est aussi une bénédiction dite à haute voix,pour que Dieu l’entende.
Encore de l’action.

C’est Lui qui partage et qui donne dans la totalité.
Revecoir le même fait du fraternel.

Peut être est il important de penser là à l’agneau pascal : partage de la chair dans les familles : fraternité.

Pas de parole en Mc 6.
Parole en Mc 13

Le sang de l’agneau pascal, il « sauve » de la mort, il met à l’abri.


Le poisson est remplacé par une coupe de vin, la même pour tous.

Le Sang, signe de vie , signe aussi de ce qui va rendre les disciples frères (frères de sang si on peut dire).


En Mc 6, on a la notion de de plénitude,



En Lc 13 cela débouche sur le départ, l’absence, et le vin nouveau.

Il y a une similitude de geste, prendre se tourner vers Dieu,  bénir (rendre grâce), rompre (partager) distribuer (donner) mais si dans le premier cas il n’y a pas paroles (en Jean 6,  c’est Jésus qui distribue, contrairement à ce qui est rapporté par les synoptiques) les paroles viendront bien après dans ce que nous appelons le discours sur le pain de vie, dans le second cas, il y a ces mots que nous entendons à chaque eucharistie.

Un article publié par Golias http://www.golias-editions.fr/article4943.html, travaille à expliquer les coupes dans le rituel du Seder, mais cela me gêne un peu car nous ne savons pas quel rituel Jésus a observé. Le temple n’étant pas détruit le partage de l’agneau immolé restait possible (et pas un simulacre d’agneau avec un os comme cela se fait aujourd’hui). Quant au rituel qui consiste à rompre le troisième pain azyme, à l’envelopper d’une serviette et à le cacher en attendant la question du plus jeune de l’assemblée, l’aphikomen  (il est venu) que symbolise t il ?

Je me suis posée des questions sur cette bénédiction, cette action de grâce prononcée jusqu’à 100 fois par jours par tous les juifs pratiquants, qui font ainsi des liens permanents entre le profane et le sacré.

Et dans un site bien documenté j’ai trouvé une comparaison entre les bénédiction dans la religion juive et dans le religion chrétienne : http://www.sfa-auvillar.com/JETE/2006_Berlin/documents/JETEBerlinMijoBenediction.pdf . J’ai trouvé cela passionnant.

Je cite : « L’action de bénir se manifeste par la parole et par le geste. L’important n’est pas ce qui se voit, mais ce qui se passe entre deux personnes, Dieu et l’homme, un homme de Dieu et un autre homme ouvert à Dieu ».

Et surtout dans une longue citation de Franz Rosenzeig, « Tout ce qui se produit en lui comporte une double relation, d’une part à ce « monde-ci »et d’autre part, au « monde à venir »[1]. Cette présence simultanée des deux mondes, celui-ci et l’autre, détermine tout ; la chose qui prend vie dans la bénédiction pro- noncée sur elle a une détermination double : dans ce monde-ci, elle sert à l’usage commun, à peine autrement que si elle était demeurée sans bénédiction, mais simultanément, la voilà devenue l’une des pierres sur laquelle se construit le monde « à venir ». La béné- diction divise le monde en deux pour le réunir de nouveau à l’avenir » or si on relit les texte de Marc, on trouve bien cette double dimension.

Il y a du pain rompu, qui renvoie aux pains mangés en hâte par les hébreux le soir de la Pâque (ce pain qui n’a pas eu le temps de cuire) ce pain qui béni et partagé, est (sera) une autre nourriture. Mais la différence c’est que pour nous chrétiens cela est déjà là, c’est du présent. Le spirituel et le profane sont réunis, car par le don la mort a été vaincue.

Dans toute bénédiction il y a me semble-t-il un rappel de ce que Dieu a déjà fait, déjà dit, déjà donné, déjà manifesté. Puis un appel à sa présence et enfin la demande de la bénédiction pour que le sacré se manifeste et soit signe d’un futur.

Si on reprend le rituel de l’eucharistie, (qui finalement est - ce qui me fait parfois sourire un rappel à Dieu le Père de ce que son Fils a fait pour sauver l’humanité comme s’Il pouvait l’oublier !- on trouve bien cette démarche. Dans l’offertoire, mais sous une forme minimaliste lors de la présentation du pain et du vin,il y a souvenir de ce que Dieu a fait pour que ce pain et ce vin soient là aujourd’hui.  Peut être faudrait il remercier parce que Dieu a donné le vent la pluie, le soleil la terre le travail pour que le pain et le vin puissent être là en ce jour.

Je me disais que lors d'un mariage la bénédiction des alliances pourrait mettre aussi en valeur l'or tiré du minerai, le travail de l'orfèvre, pour arriver à ces anneaux... 

 Puis il y a la demande « envoie ton esprit pour que ce pain et ce vin deviennent corps et sang de ton fils ». Il y a là un acte de foi : oui cela tu l’as fait et ensuite le partage du don. Et peut être que là encore pourrions nous bénir Dieu.. Le bénir justement pour ce don de l’Esprit.

La consécration est bien comme je l’ai analyse la reprise des bénédictions prononcées par Jésus, de ses gestes, qui créent le vin nouveau (si je puis dire). 

Quant à la communion, peut être devrions nous être d’avantage dans le bénédiction que nous le sommes, car action de grâce et bénédiction ne sont pas loin l’une de l’autre. La louange est somme toute bénédiction et c’est peut-être à cela que nous serons appelés dans le royaume où Jésus boira avec nous vin nouveau.  


[1] Peut être que cela pourrait expliquer la notion de vin nouveau dont parle Jésus. 

samedi, septembre 10, 2011

B comme Baptême

B comme Baptême.




Pourquoi ai-je pensé à ce mot ? Peut-être parce que comme beaucoup de mots employés dans nos églises, il me semble avoir un peu perdu de son sens, de sa portée. Mettre un peu d’eau sur la tête d’un enfant, certes avec les mots « je te baptise… », c’est bien, mais est ce que ce rituel là est suffisant non pas pour que ce qui doit advenir advienne c’est à dire l’entrée dans une autre réalité, dans autre famille[1], mais pour qu’il signifie réellement quelque chose: passer de la mort à la vie. Quelle mort, quelle vie ?  

Une définition de ce mot : « immersion rituelle par laquelle on accède à la vie spirituelle » montre me semble t il que ce mot a perdu de sa force. 


Une immersion, c’est être mis totalement dans un milieu que l’on ne connaît pas, c’est être plongé dans un milieu qui vous saisit du dehors et peut-être du dedans ; c’est un milieu qui va provoquer un changement : l’accès à la présence de l’Esprit saint en soi. 


Quand dans les feuilletons qui fleurissent sur les chaines de télé, un policier est en « immersion » dans un milieu, il perd tout contact ou presque avec son milieu à lui, il prend la manière d’être et de penser du groupe pour arriver à y prendre une place, des responsabilités, mais la difficulté est bien de continuer à rester ce qu’il était et ce qu’il est : un flic. L’immersion pouvant dans ce cas être dangereuse, mais ne l’est elle pas ?


Ce mot on le trouve uniquement dans le nouveau testament, avec le personnage de Jean qui propose un baptême par immersion dans le Jourdain. Ce passage dans l’eau signifiant d’une part une purification par l’eau, mais aussi le changement indispensable pour pouvoir accueillir celui qui doit venir, celui qui va juger, puisque c’est comme cela que dans les synoptiques que Jean voit Jésus.





On peut imaginer que la prédication du baptiste crée une peur et en cela il serait un peu comme Jonas à Ninive qui crie : encore 40 jours et Ninive sera détruite, et que cette peur provoque le repentir et la conversion. Entrer dans le Jourdain  c’est dire « j’ai fait des choses mauvaises, sales, je les laisse dans l’eau du Jourdain, je les abandonne, et je vais changer parce que ces eaux m’ont purifié comme jadis elles ont purifiée l’eunuque de sa lèpre. (2R5,14). La lèpre du mal (du péché) part et il est possible alors de vivre autrement et c’est cet autrement qui fait que celui qui doit venir ne me condamnera pas. .


Même si les représentations iconographiques montrent un Jean qui verse de l’eau sur la tête, on peut se représenter les choses autrement. Je veux dire qu’on peut être complètement immergé dans le Jourdain. Si on maintient la tête dans l’eau, sous l’eau il y a perte du souffle, il y a angoisse et l’eau devient un milieu où l’on peut mourir. 


Cette expérience de mort et de vie est une expérience fondamentale pour l’humain. D’abord parce que nous avons tous quitté un milieu d’eau pour aller dans un milieu d’air et que cela nous a donné la vie (la naissance) et parce que ce passage nous le faisons et refaisons de nombreuses fois dans notre existence. Le baptême c’est aussi le passage. Passer d’un état à un autre, aller d’un avant à un après, changer parce que ce passage nous change.

Quand Jésus dit : Lc 12, 50 : « Je dois être baptisé d’un baptême et quelle n’est pas mon angoisse jusqu’à ce qu’il soit consommé » ou dans Mc 10, 39 :  " Pouvez vous boire la coupe que je vais boire et être baptisé du baptême dont je vais être baptisé ?" je pense comme le dit Paul qu’il s’agit de la mort. De la mort on ne ressort pas. Lui en est ressorti mais transformé, tout Autre, même si dans sa vie terrestre il était déjà autre.


Pour Jésus, il y a peut être eu aussi immersion dans un autre monde, celui de la victime. Jusqu’à son arrestation Il est le maître, il est celui qui enseigne, celui qui guérit, Celui qui dirige. Quand il bascule dans ce monde des victimes (certes il réalise la prophétie de Isaie 53) mais il fait aussi cette expérience des victimes : être humilié, nié, bafoué et surtout être abandonné. Car si l’évangéliste Jean fait dire à Jésus  Jn16, 32 « qu’il n’est jamais seul » il n’en demeure pas moins que l’abandon  que ce soit celui des siens ou celui de son Père,(Ps 22 crié sur la croix) Jésus l’a vécu dans tout son être..

Ces deux mondes, celui où l’on devient victime et celui de la mort, sont des mondes que l’on ne traverse pas impunément. Tout l’être est concerné. Et c’est peut être cela que l’on oublie un peu aujourd’hui dans le baptême des enfants. La robe blanche c’est joli, les dragées aussi, mais le baptême c’est passer par la mort.

Peut être que le fait de parler du baptême du feu pour les soldats pourrait permettre de mieux comprendre ce que le baptême fait en nous. La petite phrase de l’épître aux Hébreux He 10,31 : « il est terrible de tomber dans les mains du Dieu vivant »traduit peut être ce qui se passe dans le baptême.
Quand un soldat est pour la première fois de sa vie, confronté (même s’il s’y est préparé) au feu de l’ennemi, aux obus, il se passe quelque chose dans tout son être. Tous ses sens sont à l’épreuve, le voir, l’odorat, le toucher, l’audition, même le goût. Tout son être du plus externe au plus interne subit quelque chose qui le dépasse, qui l’enveloppe, qui crée aussi en lui de la peur mais peut être aussi autre chose. Ce qu’il a vécu là, qui est une sorte de mort aussi à ce qu’il était avant, fait de lui quelqu’un d’autre. On peut presque parler d’une initiation.

Je crois que baptême pour nous cela devrait être quelque chose de ce type. C’est un évènement qui nous prend totalement complètement, qui nous fait entrer dans une mort,  et qui parce que nous en ressortons vivants nous transforme, fait de nous de re-nés. Peut être qu’il serait bon de reprendre un baptême par immersion (comme cela se fait dans beaucoup d’églises évangéliques) pour les adultes et simplement d’avoir un accueil dans l’église pour les enfants, pour que eux-mêmes fassent la découverte du désir de ce passage.

Peut être que le baptême dans l’Esprit qui pour moi est une immersion de tout l’être (‘dehors et dedans) dans l’Esprit Saint, soit pour certains la manifestation de ce passage. Ce baptême là (mais est ce le bon mot) , du moins pour ce que j’ai pu en expérimenter prend tout le corps, tout l’être. Il s’agit vraiment à un moment, même si c’est bref dans le temps de s’abandonner totalement à quelqu’un (quelque chose oserai je dire) que finalement on ne sait pas forcément définir (est ce le feu, est ce le vent, est ce l’eau, est ce la chaleur, est ce le froid …) mais qui vous enveloppe (immerge) et qui ouvre à du neuf. Ce neuf étant peut être la manifestation de l’homme vivant et le baptême c’est au final cela : faire de nous dès maintenant des vivants.


[1] Oui, je sais, ce n’est pas la bonne réponse, mais le baptême est aussi le signe de l’appartenance à l’église qui permet en révélant Jésus d’entrer dès maintenant dans la vie éternelle

dimanche, août 14, 2011

« Mais, voyant qu'il y avait du vent, il eut peur » Mt14,30

« Mais, voyant qu'il y avait du vent, il eut peur » Mt14,30

Il c’est Pierre, le vent c’est sur le lac de Tibériade …

Le vent, nous l’avons un peu expérimenté ici, il y a quelques jours lors d’une balade en montagne. En arrivant au sommet d’un col, nous avons essuyé des bourrasques de vent très désagréables et très impressionnantes. Le vent quand il se déchaîne est dangereux, inquiétant. Quand on est dans un bateau c’est bien pire.

On nous dit toujours que Pierre manquait de foi et que c’est cela qui a fait qu’il a commencé à s’enfoncer. Peut-être, mais ce n’est pas si simple.

Si on se souvient que c’est dans ce même lac Jésus a envoyé, avec un troupeau de porcs, les mauvais esprits qui habitaient un homme (Mt 8,32), on peut bien se demander si ce n’est pas un de ces mauvais esprits qui prend l’aspect de Jésus et qui arrive au sortir de la nuit vers les disciples.

C’est peut-être pour cela que ces hommes habitués aux tempêtes « crient » et sont effrayés. D’ailleurs après la résurrection il y aura la même peur et Jésus dira qu’il n’est pas un fantôme. Normalement la voix connue aurait dû les rassurer, mais un mauvais esprit peut faire bien des choses et même prendre la voix de quelqu'un d'autre !

Quand Pierre s’adresse à Jésus, il commence par « Si », « Si c’est bien toi… », ce qui montre bien qu’il n’est pas certain du tout. Certes il sort de la barque (ce qui est déjà héroïque), il s’avance, mais (et je pense que au fond de nous, nous aurions réagi comme lui) normalement les vagues auraient dû disparaître (après tout dans cet évangile Mt 8, 26 Jésus l’avait déjà fait) et là il n’en est rien.

Si on essaye de se mettre dans la peau de Pierre, ce qui est bien présomptueux, mais qui permet peut-être de mieux se reconnaître en ce qu’il y a d’universel en lui, on peut imaginer ceci. 

Quand Pierre commence à marcher sur l’eau, il y a en lui un sentiment de triomphe, il est le plus fort, il est celui qui marche sur l’eau, son maître lui a donné de sa force. Et puis, après ce sentiment de triomphe (très centré sur lui), il y a la réalité qui vient : les vagues et le vent sont toujours là, et je me dis que je ne suis pas si fort que ça, je ne vais pas tenir. Qu’est ce qu’il fait lui? Pourquoi n’arrête-t-Il pas tout ça, moi je ne vais pas tenir. 

Et je pense que c’est cette centration sur lui-même, qui fait qu’il perd pied comme nous perdons pied si souvent. Alors à nouveau il y a décentration et appel: fais quelque chose, sauve moi, et cela permet l’expérience (car il s’agit bien d’une expérience) du passage de la mort à la vie. 

Finalement il s’agit de passer d’une toute puissance (imaginaire car elle ne vient pas de nous) à la reconnaissance d’une impuissance, d’une dépendance qui permet de se tourner vers et de chercher dans le Tout Autre la vie.

Je reviens au texte.

J’aime bien la phrase : « Voyant qu’il y avait du vent », parce que le vent, si on ne le voit pas, on le sent dans tout son corps, on le sent qui s’attaque à vous, qui veut vous faire tomber, vous déstabiliser. Le vent peut représenter à ce moment là les forces du mal. Pierre a peur et il ne sait plus très bien si oui ou non c’est bien Jésus qui l’appelle. Et si c’était un démon qui voulait l’avaler…

Le doute de Pierre, il est peut-être là. Et n’est ce pas le nôtre ? Si tu m’écoutais, la tempête s’apaiserait… Tu me dis que tu es là, avec moi, mais moi, je continue à avoir peur. Montre-moi ta force et je serai sauvé dis un psaume. Or Jésus n’agit pas comme cela, du moins pas toujours. Il n’est pas un magicien, il est celui qui marche sur la mer, il est celui qui sauve.

L’action de Jésus qui « étend la main et le saisit » est presque un mouvement de guérison. Si je me représente la scène (j’ai essayé) peut être que Pierre qui s’enfonce tend la main et attrape celle de Jésus, peut-être que Jésus tend le bras et attrape Pierre par le col, cela nous ne le savons pas. Ce que nous savons c’est que le vent n’a pas cessé pour autant, ni donc les vagues, mais que Jésus tient Pierre la tête hors de l’eau si je puis dire.

Ce n’est que quand Jésus et Pierre (qui doit être complètement trempé) sont dans la barque que le vent tombe. Le fait que les disciples se prosternent (ce qui m’a toujours paru curieux dans une barque, même d’une certaine capacité, parce qu’une barque ce n’est quand même pas très stable) renvoie à l’autre épisode: Qui est il celui là que la mer et le vent lui obéisse ? Mais ils le reconnaissant comme le maître des éléments.

On dit parfois (trop souvent à mon gré) que la barque c’est l’église battue par les vents (le mal) et qui a besoin de Jésus pour ne pas sombrer. Si le vent cesse quand les 2 hommes rejoignent la barque, c’est que Pierre devait passer par ce baptême, comprendre (comme nous avons à le faire) que la présence de Jésus n’empêche pas le mal mais permet d’avancer et que lorsque cette expérience est enracinée en nous, alors la paix peut venir, la paix qui remplace la peur et qui est bien l’apaisement de la tempête.

Si cet évangile est considéré comme une théophanie, c’est peut être parce que d’une part Jésus comme Dieu a donné du pain (la manne) dans le désert à ceux qui le suivaient pour être guéris ; d’autre part comme Moïse il est le maître des eaux. Marcher sur les eaux cela signifie que le mal n’a pas de prise sur lui; mais surtout il sauve Pierre de la mort et peut être que dans cet épisode, Pierre c’est nous.

J’ai lu quelque part que si Jésus renvoie ses disciples et passe la nuit en prière c’est qu’une des tentations du désert (celle de prendre le pouvoir) pouvait se réaliser (sachant qu’il allaient le faire roi dira Jean en rapportant la même scène). Il lui faut donc lutter contre cette tentation. Marcher sur le lac qui symbolise le mal, c’est aussi montrer qu’il a vaincu la tentation et qu’il domine le mal sans être dominé par lui.


Marcher avec Jésus, cela ne veut pas dire que le vent stoppe. Le vent mauvais continue, mais quand on a fait une fois l’expérience de la paix qui est finalement comme un vent qui chante en soi, cette Paix qui manifeste la présence de L’esprit Saint, alors on sait que même si on boit un bouillon, la tempête finira par s'apaiser.

jeudi, août 04, 2011

"Mangez moi"

Quand Alice (l’Alice de Lewis Carol) se trouve dans la maison du lapin blanc, elle trouve un gâteau sur lequel est écrit : mangez moi. Suivant le côté qu’elle grignote, elle grandit ou elle rapetisse ; je crois qu’elle a aussi utilisé
une petite bouteille, avec la même consigne. 

En d’autres termes ce qui est présenté comme nourriture ou boisson, a un impact direct sur la personne et d’une certaine manière répond à son désir, puisque pour continuer son chemin Alice doit s’adapter à son environnement et changer de taille.

Quand le soir de la Cène, Jésus donne du pain puis du vin, il dit la même chose à savoir « mangez moi et buvez moi » et cela vous transformera. Cela fera de vous mes frères (frères de lait, frères de sang) et vous serez des autres "Je".  

Or qui d’entre nous a envie de se faire manger par un autre, de se faire incorporer, de se faire détruire ? Car si ce que nous mangeons est transformé pour faire du nous (du corps au sens large) il y a destruction complète. Se faire « bouffer » en tous les cas psychiquement est souvent insupportable !

 Jésus sur la croix sera détruit complètement il n’en restera qu’un corps mort.

Or là on est dans quelque chose d’inimaginable. Comment un Dieu peut il aller jusqu’à se faire bouffer par les hommes alors que normalement (jusque là du moins) ce sont eux qui sont censés le nourrir (les sacrifices du premier testament renvoient à cela: « si j’avais faim irai je te le dire fait dire le psalmiste » à YHWH). 

Nous (en tous les cas moi) n’aimons guère nous faire bouffer... Jésus au terme de son chemin, prend la position inverse : Je suis venu pour tout donner, ce qui vous permettra de tout recevoir.

Si le péché de l’humain est lié à la transgression de l’interdit du « manger de l’arbre du savoir, il me semble aujourd’hui(en écrivant ce billet) qu’en se donnant en manger et boire (car Jésus dit bien qu’il donne son sang pour la rémission (lever de la sanction) du péché de la multitude, qu’il abolit l’interdit premier de Genèse2.

En lisant (rapidement) le livre d’Enoch j’ai été stupéfaite de trouver la phrase suivante au chapitre 42 : 1. "La sagesse n'a point trouvé sur la terre de demeure où reposer sa tête".[1] qui est très proche de celle dite par Jésus : "le fils de l’homme n’a pas où reposer sa tête"(Mt8,20)… Si le Fils de l’homme est la sagesse de  Dieu,(et il y a ici bien plus que la sagesse de Salomon (Mt12, 42) l’esprit qui permet de discerner ce qui est bon et ce qui ne l’est pas, alors quelque chose d’unique est advenu. Ce que nous recevons nous donne la Sagesse, et nous devenons des Vivants, des Fils de Dieu au sens fort et la faute (l’erreur) est levée. Celui qui mange la chair et boit le Sang devient alors Fils et a en lui la vie éternelle.



[1]c'est pourquoi elle fait sa résidence dans le ciel. 2. La sagesse est descendue du ciel pour habiter avec les enfants des hommes, mais elle n'a point trouvé de demeure. Alors la sagesse est retournée vers son divin séjour, et a pris place au milieu des saints anges.

samedi, juillet 23, 2011

I: Gn 3, 23"le seigneur Dieu l'expulsa du jardin de l'Eden pour cultiver le sol d'où il avait été pris";



Je propose dans les 4 billets (de longueur très inégale) une réflexion sur les chapitres 2 et 3 de la Genèse que nous connaissons tellement bien qu'ils ne posent plus aucune question.


Je crains que ma réflexion ne soit pas très organisée, mais j'espère qu'elle éveillera votre curiosité.


La mienne s'est éveillée à partir de la phrase suivante:  « Le SEIGNEUR Dieu l'expulsa du jardin d'Eden pour cultiver le sol d'où il avait été pris » qui clôt le chapitre 3. J'avais commencé à réfléchir sur la notion de peur dans la Bible et en particulier à la peur de Moïse après que le meurtre de l'égyptien soit connu de tous. Et de ce fait j'ai repensé à la peur d'Adam quand Dieu l'appelle. J'ai donc repris le texte en entier et ce petit morceau de phrase: "d'où il avait été tiré"m'a posé question. Le verset 8 dit: "Dieu planta en jardin en Eden à l'Orient et il y mit l'homme qu'il avait modelé" ce qui laisse à supposer que la terre qui a servi à faire l'homme n'est pas la même que celle du jardin, même si c'est le même pays. De quel sol parle-t- on? Est-ce que le sol donc Adam a été tiré n'est pas "bon sol", une bonne matière? Et une autre question quelle différence entre le sol du dedans (le jardin) et le sol du dehors (les champs, la poussière...)


Autrement dit: 
-Est ce que le sol du jardin est le même que le sol de l'extérieur, même si l'extérieur est nommé Eden? 
-Est ce que le matériel utilisé, cette poussière dont il est question, ne serait il pas si bon que cela ? 


Je sais que cela peut paraître un peu ridicule, mais pour nous la poussière est quelque chose de sale et utiliser la poussière pour faire quelqu’un c’est ne pas utiliser le meilleur matériel possible. Nous utilisons du marbre pour faire nos statues! 

Bien entendu nous ne savons rien de la poussière puisque nous sommes dans un récit mythique, mais la poussière est légère, elle n’a pas de poids, elle vole, elle recouvre et on ne l’aime pas. Il a fallu que Dieu lui donne une forme, un poids, qu’il mette en lui son haleine de vie, mais était ce suffisant ?

Du coup je me suis demandé si le fait de mettre cet homme fait de poussière, dans un bon environnement n’aurait pas eu pour but de lui permettre de s’épanouir et de pallier  la faiblesse d’origine, ce qui n’a hélas n’a pas fonctionné. Je pense bien sûr au livre de Bettelheim, « un lieu pour renaître »  où cet auteur fait l’hypothèse que pour sortir de l’autisme il faut qu’il existe un milieu suffisamment bon pour pouvoir ne plus avoir besoin de se scinder ou de se couper du monde. On peut dire que la qualité de l'environnement est fondamentale pour que le petit d'homme puisse entrer en relation avec les autres. 

En d’autres termes ce jardin qui est un lieu cultivé (de culture pourrait-on dire) va-t-il permettre à l’humain qui vient de l’inculture, du brut de se socialiser, de devenir capable de vivre en société, de respecter des règles ? 


J’ai longtemps cru que le jardin de l’Eden pouvait être considéré comme une sorte d’utérus, un lieu où tout était donné, mais une relecture verset par verset me pousserait à penser qu’il s’agit bien d’un lieu d’apprentissage, car l'homme reçoit une fonction: cultiver le jardin et le garder. Il a donc une responsabilité ce qui est bien différent de ce qui se passe en milieu utérin.

Je voudrais dans ce billet revenir sur les chapitres 2 et 3 de la Genèse puis peut être dans un second temps réfléchir sur la notion de l’environnement, car d’une certaine manière la terre promise à la sortir de l’Egypte est un creuset qui aurait du permettre par le biais d'une certaine culture (un mode de vie) de créer un homme nouveau en alliance et en relation avec le créateur.