jeudi, avril 25, 2013

Petit délire...


Corneille


Toujours dans les actes des apôtres, nous avons entendu comment Pierre s'est trouvé obligé de reconnaître que les païens étaient comme les juifs appelés au salut.

Il s'agit de Actes 11, 1-18. Pierre a faim, et comme ça tarde (mais peut être sent il les bonne odeurs) il a une vision: il voit une espèce de nappe sur laquelle sont étalés tous les animaux, poissons, oiseaux de la création. Et il entend une voix qui selon les traductions lui dit "tue et mange" ou "immole et mange". Et Pierre de rétorquer en bon juif pratiquant, que jamais il mangera d'animaux impurs. A quoi la voix lui répond de ne pas appeler impur ce que dieu appelle pur et ce par trois fois.

Tout ceci est un peu curieux, parce que dans le lévitique il y a toute une liste, d'animaux, d'oiseaux et de poissons qui doivent être considérés comme impurs. (levitique 11,1-47).

En particulier (et c'est là que je délire un peu, parce qu'il y a des problèmes de langue que je ne connais pas) mais Pierre va être appelé chez Corneille (Kornelios) qui est un centurion romain donc par définition un païen, un être "impur". Mais en plus la corneille est un oiseau qui fait partie de la famille de corbeaux qui parce qu'ils se nourrissent de cadavres d'animaux sont impurs.

Alors chez un païen passe encore puisque Jésus l'a fait, mais aller chez une corneille, alors là, ça dépasse un peu les choses...
Colombe/Esprit Saint

Heureusement que dès que Pierre ouvre la bouche pour annoncer le Salut, l'Esprit Saint tombe sur le centurion et sa famille (la colombe la toute pure, purifie la corneille) et Pierre comprend que les notions de pur et d'impur sont peut être à réviser.


L'envol de la corneille

Humilité et pardon.

les deux mots n'ont rien à voir, c'est juste pour donner un titre.

Humilité:" revêtez l'humilité comme un manteau de travail" dit Pierre dans sa première lettre: 1P 5, 5. Ma première réflexion a été que si ma mère mettait toujours un tablier (vêtement de travail) quand elle faisait la cuisine, moi je ne le fais jamais. J'ai peut-être trop mis de blouse quand je travaillais dans la recherche en chimie: je préfère me salir et me changer ensuite plutôt que mettre un vêtement spécifique.

Du coup, cette phrase m'a interpellée et je l'ai bien aimée. Revêtir l'humilité ce n'est pas si facile, mais c'est important. C'est aussi accepter de ne pas porter un jugement sur l'autre (sur l'acte peut-être mais pas sur la personne). C'est accepter se sortir d'une certaine image de soi que l'on a, ce qui ne veut pas dire quelle est mauvaise. Les dons que l'on a reçu on les a reçus, mais on en n'est pas propriétaire.

Alors l'idée de mettre l'humilité comme un vêtement de travail c'est l'idée que suivant ce que l'on fait, on peut le mettre ou l'enlever (ce qui me plait assez: l'humilité comme un bleu de travail que l'on enlève quand on quitte son lieu de travail, quand on rentre à la maison).

Seulement voilà, le chrétien, celui qui se dit disciple de celui qui se décrit comme "doux et humble de coeur", peut-il avoir comme deux vies? Une vie avec l'humilité et une vie sans? Je ne le crois pas. Quand on choisit ce vêtement là et bien il faut apprendre à le porter en tout temps, quitte à en changer quand même quand il est trop sale..


Pardon: je pensais à ces confessions d'autrefois: "mon Père je m'accuse de... "On se charge d'un tas de péchés que parfois j'aurais tendance à appeler des pécadilles, mais finalement on ne s'occupe que de soi, de sa petite âme qu'il faut laver ou faire laver, mais on ne s'occupe pas de sa relation à l'autre, car si on a commis telle ou telle faute, c'est bien parce que derrière il y a la relation avec quelqu'un.

Peut être que si on a menti, c'est que l'on a peur de la réaction de son père ou de sa mère, et que si l'on a peur c'est qu'il peut y avoir de la violence dans la relation.

Alors faut il pardonner cette violence systématiquement parce que Jésus a dit: "pardonne leur parce qu'ils ne savent pas ce qu'ils font" (sauf que en général un adulte sait très bien ce qu'il fait à son enfant et dans quel but), la comprendre (ce qui est impossible pour un enfant qui s'en sent responsable et coupable) ou apprendre à prier pour changer soi-même (et là le sacrement peut avoir son sens), prier pour l'autre (qui est victime de ce comportement), et finalement ne pas trop s'en vouloir, c'est à dire de se pardonner, de se regarder avec amour envers et contre tout et se savoir aimable.

Mais apprend-on cela aux enfants qui viennent demander ce sacrement pour la première fois? Pourquoi insiste-t-on sur le coeur pur plus que sur le coeur capable d'aimer?

lundi, avril 22, 2013

Chemin de conversion: Damas Actes 9, 1-19


La conversion de Saint Paul : Actes 9.


Saint Paul tombe à terre


Ce texte a été lu la semaine dernière, et en y réfléchissant (enfin ce n’est pas le bon mot, on pourrait dire en le laissant agir) un certain nombre de pensées me sont venues. Et il m’a semblé que ce qui est arrivé à Paul nous pouvons le demander pour nous : être enveloppé de lumière, reconnaître son aveuglement, se laisser guider, se laisser remplir par l’esprit, et se rendre compte que ses yeux s’ouvrent (un peu, car les écailles, elles sont douées pour revenir!).


Mais en reprenant les autres passages où cette conversion est rapportée (Actes 22, Actes 26), je me suis rendue compte que certains détails sont différents. Par exemple en Actes 22.9, ceux qui accompagnent Paul voient la lumière mais n’entendent pas la voix; et ce que dit et fait Ananie est un peu différent (il n’impose pas les mains, mais parle: "Retrouve la vue", puis propose le baptême); et au chapitre 26 tous tombent à terre, et la mission de Paul est d'ouvrir les yeux des juifs et des païens pour les ramener de l’obscurité à la lumière (ce que Paul est en train de vivre) et de les délivrer du pouvoir de Satan. 

Voici le texte de Actes 9, 1-19 (juste pour l’avoir en mémoire, un peu allégé); je mets en gras les mots qui ont compté pour moi.

"Comme il était en route et approchait de Damas, une lumière venant du ciel l'enveloppa soudain de sa clarté.

Il tomba par terre,
et il entendit une voix qui lui disait : « Saul, Saul, pourquoi me persécuter ? » 
Il répondit : « Qui es-tu, Seigneur ? - Je suis Jésus, celui que tu persécutes.
Relève-toi et entre dans la ville : on te dira ce que tu dois faire. »
Ses compagnons de route s'étaient arrêtés, muets de stupeur : ils entendaient la voix, mais ils ne voyaient personne. 

Saul se releva et, bien qu'il eût les yeux ouverts, il ne voyait rien. Ils le prirent par la main pour le faire entrer à Damas. 

Pendant trois jours, il fut privé de la vue et il resta sans manger ni boire. 

Or, il y avait à Damas un disciple nommé Ananie. ….
Mais le Seigneur lui dit : « Va ! cet homme est l'instrument que j'ai choisi pour faire parvenir mon Nom auprès des nations païennes, auprès des rois et des fils d'Israël. 
Et moi, je lui ferai découvrir tout ce qu'il lui faudra souffrir pour mon Nom. » 

Ananie partit donc et entra dans la maison.
Il imposa les mains à Saul, en disant : « Saul, mon frère, celui qui m'a envoyé, c'est le Seigneur, c'est Jésus, celui qui s'est montré à toi sur le chemin que tu suivais pour venir ici. Ainsi, tu vas retrouver la vue, et tu seras rempli d'Esprit Saint. » 

Aussitôt tombèrent de ses yeux comme des écailles, et il retrouva la vue.
Il se leva et il reçut le baptême. 

Puis il prit de la nourriture et les forces lui revinrent".

Les réflexions au fil du texte:

Saul tout d’abord est près de Damas. Il est presque arrivé au but de son voyage; pour lui tout va bien. Et tout se gâte si on peut dire. Il est enveloppé d’une lumière venant du ciel. Etre enveloppé dans cette lumière, c’est quelque chose de rare dans la Bible. Cela arrive à Moïse quand il contemple Dieu durant les 40 jours sur le Sinaï : la lumière est signe de la présence de divin. Est ce une théophanie ? La lumière, la voix… Serait ce les prémisses de la Pentecôte de Saul ?

Il se passe donc quelque chose d’étrange. Saul est comme pris dans un filet de lumière (le filet de l’oiseleur qui ne se rompra pas, car si Saul veut faire des prisonniers à Damas, là c’est lui qui va devenir prisonnier). Saul est un peu comme un poisson et c’est peut être pour cela que quelque chose comme des écailles tomberont de ses yeux. Jésus est parti pêcher cet homme qui croit tout savoir et qui se prend pour un juste.

Cette lumière est-elle celle que voient les personnes qui quittent ce monde ? En tous les cas, Saul tombe par terre (et j’aurais envie de dire « comme mort, » un peu comme le prophète Daniel lors des apocalypses ou même Jean. Un peu comme si une sorte de voyage allait commencer pour lui).

Si je suis réaliste, je dirai que Saul fait comme une crise, qui lui ôte ses moyens. Il est dans la lumière et il est mort. Dans ce texte là, la lumière n'est pas vue par les compagnons de Saul, qui entendent la voix sans comprendre les mots. C’est donc une expérience « particulière, intime ». La voix entendue, elle, est assez fréquente dans la Bible, que ce soit sur l'Horeb ou au moment de la transfiguration ou du baptême de Jésus.

Ce renversement de Saul (cette chute), fait un peu penser au renversement des gardes qui viennent arrêter Jésus dans l’évangile de Jean, ou de ceux qui assistent à la résurrection dans l'évangile de Matthieu. Et c’est bien cela qui se passe: Saul vient arrêter les disciples et il va comprendre que les disciples et Jésus cela fait un. Si on touche à un seul de « ces petits qui sont à lui » c’est à Lui que l’on touche. D’emblée, Saul est confronté au « Corps du Christ ». L’expérience qu’il fait là est peut-être à l’origine de ce qu’il dira plus tard aux différentes communautés.

Imaginons donc Saul qui vient de tomber (comme mort) et qui dans ce monde « nouveau », entend une voix, qui l’appelle deux fois par son nom et qui pose une question : « Saul, Saul pourquoi me persécutes-tu? » Or ce qui me frappe, c’est que Saul ne répond pas à la question… Il reste curieux, il veut savoir; et comme un bon juif, il répond à la question par une autre question. « Qui es-tu Seigneur? », mais là quelque chose s’est joué, car qui appelle-t-on Seigneur ? Le lien Jésus/Seigneur est fait, même si Saul n’en n’est pas pleinement conscient. 

La réponse qui lui a été faite est certainement un coup de tonnerre dans le ciel bleu de ses certitudes. Il ne peut douter de l’affirmation qui lui est révélée: que Jésus qu’il persécute est le Fils de Dieu, qu’Il est bien mort et ressuscité. Cela va faire de lui un autre homme, un homme qui va obéir. Car le Saul qui va à Damas était certes mandaté par les grands prêtres, mais il s'agissait de son initiative. 

Là on lui dit:  « relève-toi » (mets toi-debout, ressuscite avec moi), mais aussi entre dans la ville et « on » te dira ce que tu dois faire. Saul apprend l’attente et l’obéissance. Pour l’homme impétueux qu’il est cela doit être difficile.
Devoir prendre la main de ceux qu’il commandait n’a pas dû être simple non plus. Apprendre la dépendance mais aussi peut être la fraternité. 

Je pense que le symbolisme des trois jours n’est pas neutre ; Saul reste trois jours dans une certaine obscurité, malgré la lumière qui l’a enveloppé (pris sous son ombre pourrait on dire). Il a les yeux ouverts, mais il ne voit pas… Il est dans un « ailleurs ». Il est couché, il est comme mort finalement. Peut être ne sait il pas où et chez qui il est. Il n’a plus aucun repère, sauf ce qui se passe en lui, mais cela nous n’en savons rien. La résurrection se fera aussi au bout de trois jours.

Les trois jours sans boire ni manger, sont évocateurs de la mort. Bien sûr on peut penser à Moïse qui reste sans boire ni manger pendant 40 jours, ou à Elie dans sa fuite à l'Horeb, mais c'est aussi une sorte de manière de dire qu'il se passe quelque chose où le corps ne compte pas. Dans une de ses épitres Paul parle des visions qu'il a eues (2 Cor 12, 3: "et je connais un tel homme (si ce fut dans le corps, si ce fut hors du corps, je ne sais, Dieu le sait)", peut être fait il allusion à ce moment de sa vie? 

La phrase dite par le Seigneur à Ananie est curieuse, du moins la finale. Certes il y a l’élection : « cet homme est l’instrument que j’ai choisi » mais il y a aussi « je lui ferai découvrir tout ce qu’il devra souffrir pour mon nom ». Saul, qui n’a pas voulu entendre le nom de Jésus alors que l’on lapidait Etienne, qui a été comme sourd à ce nom (et sourd aussi à l’enseignement de son maître Gamaliel qui était très tolérant) va savoir dès le début que sa mission sera difficile et que lui qui a persécuté sera persécuté, et en cela sera image de son Seigneur. Les Actes et les épîtres montrent bien que cela s'est réalisé.. 

L’imposition des mains d’Ananie est aussi très étonnante. Il appelle Saul son frère, ce qui montre aussi le travail qui s'est fait en lui, car cela ne lui disait rien d'aller voir ce Saul qui venait pour faire du mal à la communauté. Nous sommes habitués à ce geste, mais en soi "imposer" n'est pas un geste doux. On impose sa volonté, on s'impose aussi parfois. Là il s'agit d'une transmission que a priori Saul n'a pas demandé, mais qui est un geste ecclésial et qui l'intègre dans une communauté. C'est aussi un geste de guérison qui implique que celui qui impose a le pouvoir (transmis par Dieu) de guérir. 

Ce geste permet que quelque chose qui fait penser à des écailles, ou à la taie qui était sur les yeux de Tobie, tombe des yeux de Saul. La vue est rendue, Saul est guéri. Il expérimente dans son corps ce qu’est une guérison, à deux niveaux : guérison des yeux, organes de la vision, mais guérison aussi d’une vision erronée des événements qui s’étaient passés à Jérusalem, qui ne lui avait pas permis de reconnaître Jésus comme Seigneur. Je pense que cela c’est le travail de l’Esprit Saint et je ne suis pas sûre que Saul ait eu besoin d’être baptisé dans l’eau (pardon des péchés) pour recevoir l’Esprit Saint. Je veux dire, que la guérison est présence de l'Esprit Saint en lui.

Si on prend la suite, il est dit que Saul se leva et reçu le baptême. On peut donc imaginer que Saul a passé ces trois jours dans un état second, une sorte de prostration: mais s’il est dit à Ananie que Saul prie, c’est qu’il est peut être dans un état (dont il parlera plus ou moins en Actes19), où son corps est là, mais où lui n’est pas là. La voix du disciple envoyé par Jésus le rappelle à la vie si l’on peut dire. Il y a eu la voix de Jésus sur le chemin, il y a maintenant une autre voix, la voix d’un envoyé.

Ce que je pense, c’est que la parole et le geste du disciple donnent en quelque sorte la vie à Saul, qui se lève. De fait dans ce texte il se lève ou se relève par deux fois : une fois sur la route, une fois dans la maison. "Il se leva, reçut le baptême, prit de la nourriture et les forces lui revinrent". Saul est revenu dans le monde des vivants, et sa mission commence.

Ce vécu presque initiatique de Saul, je pense qu’il est le nôtre, d’une manière ou d’une autre. J’aime bien m’identifier aux personnages, tant du premier que du deuxième testament. Et là, en essayant de ressentir (à ma manière) ce que Saul a pu vivre là, il m’a été possible de sentir cet envahissement par l’Esprit Saint, je veux dire qu’il suffit parfois d’oser demander pour obtenir. Demander que les écailles tombent pour que la vison soit changée et que la présence du Souffle devienne pour un temps un peu plus perceptible. 
Porte de Damas


jeudi, avril 18, 2013

"Pierre m'aimes tu plus que ceux-ci?" Jn 21

Ne trouvez vous pas que cet épisode est extrêmement violent?



Certes nous sommes pris par la magie de la scène, la magie du lieu: petit matin, le feu de braise, le pain qui finit de cuire, la pêche miraculeuse, tout cela est idyllique. Et puis la question de Jésus:" Simon Fils de Jean m'aimes tu plus que ceux-ci" qui tombe là, qui rompt le charme, qui fait violence.

Auriez vous supporté de vous faire interpeler devant 6 autres personnes (vos amis certes, mais quand même) alors que vous venez de faire un repas amical  et où vous avez enfin l'impression que les choses rentrent un peu dans l'ordre? Car la question de Jésus claque un peu comme un coup de fouet, d'autant qu'il nomme Pierre par son identité première: Simon fils de Jean, comme si l'intimité , le nom nouveau donné lors de la première pêche miraculeuse  n'existait plus. On dirait que Pierre doit "regagner" ce prénom.

Si Jésus avait posé cette question en prenant Pierre à part, oui, cela aurait pu se comprendre, mais là devant tout le monde... Cela fait un peu tribunal. C'est un peu comme avec Thomas Jn 20 (qui est d'ailleurs présent) et à qui Jésus s'adresse en reproduisant texto les paroles qu'il avait dites la semaine précédente. Il y a de quoi se sentir mal dans ses baskets..

Et puis, surtout à cette époque là était ce si facile de parler de ses sentiments, de dire à quelqu'un qu'on l'aime? Je ne suis pas sure que dire "Seigneur tu sais bien que je t'aime" ait été facile à dire pour Pierre, parce que là encore ce n'est pas dans un face à face , mais devant tout le monde; Car la question est quand même: m'aimes tu plus que ceux ci (que tu vois et qui sont tes compagnons)?

Aujourd'hui nous nous passons notre vie à dire aux autres: je t'aime, tu me manques, mais cela ne se faisait pas de mon temps (pourtant pas si ancien) et je doute qu'à l'époque de Jésus on puisse afficher ses sentiments pour un autre et surtout pour un homme.  Je pense que la pudeur des sentiments cela existe surtout entre des hommes.

Alors afficher ses sentiments, les affirmer devant tout le monde, cela n'a pas dû être facile pour Pierre et cette scène est violente.

Je pense d'ailleurs que tout l'évangile de Jean avec ses quiproquos: Jésus se situant toujours sur un plan radicalement différent et ce dès le tout début avec le malheureux Nicodème et sa question sur " renaître du sein de sa mère", ses provocations car il faut quand même reconnaître que outre les guérisons le jour du Sabbat, les discours où il s'affirme (lui qui dans cet évangile ne vient pas de Bethléem mais de Galilée, donc ne peut être reconnu comme descendant de David) comme Fils de Dieu, comme Celui qui donne la Vie éternelle, suscite une violence que l'on rencontre très vite, car Jésus est bien perçu comme un perturbateur, un empêcheur de tourner en rond, celui qu'il faut éliminer.

Alors peut être nous faut il ouvrir les yeux du coeur pour revoir ces scènes que nous connaissons par coeur et nous laisser nous aussi interpeller par cette violence qui nous oblige à changer.

mercredi, avril 17, 2013

Eucharistie nourriture?


"Mais si tu m'apprivoises, ma vie sera comme ensoleillée. Je connaîtrai un pas, le tien.  « Les autres pas me font rentrer sous terre. Le tien m'appellera hors du terrier, comme une musique.
 Et puis regarde!
Tu vois, là-bas, les champs de blé? Je ne mange pas de pain.
Le blé pour moi est inutile. Les champs de blé ne me rappellent rien. Et ça, c'est triste!
Mais tu as des cheveux couleur d'or. Alors ce sera merveilleux quand tu m'auras apprivoisé!
Le blé, qui est doré, me fera souvenir de toi. Et j'aimerai le bruit du vent dans le blé... " Antoine de Saint Exupéry. 

Ceci c’est le dialogue entre le Petit Prince et le  Renard. Le renard se crée un souvenir, il utilise un objet, des objets pour faire vivre la présence de celui qui va partir, car il sait bien que le Petit Prince qui n’est pas de cette planète ne va pas y demeurer. Il fait des liens: le blé, le doré, les cheveux,le Petit Prince.

Alors moi pendant la messe, j’ai inventé un autre dialogue. Cela se passe bien sur le jeudi que l’on appelle « saint » il y a Jésus, il y a les disciples.

D’une certaine manière Jésus n’appartient pas à cette planète, il va la quitter. A la fois cela le rend heureux parce qu’il a fait ce qu’il devait faire, à la fois cela le rend triste, car il sait que ses disciples vont souffrir de son absence, même si cette absence leur donnera une autre perception de qui il est vraiment. Il faut qu'il trouve quelque chose pour que l'absence se transforme en présence, qu'il trouve quelque  chose qui leur permette de penser à lui sans être tristes.

Sur la table, il y a les coupes avec du vin, il y a du pain. Et c’est un repas de fête, c’est du bon vin, du très bon vin, c’est du bon pain, du très bon pain, même si c’est du pain sans levain. je veux dire que ce pain il a une épaisseur, un poids, une odeur, une couleur, une texture. Le vin qui normalement est du vin rouge, est aussi un vin de fête, un vin que l'on goute, que l'on déguste. 

Alors Jésus peut se dire (inspiré par l'Esprit qui est en Lui et qu'Il donnera à ses disciples" je vais utiliser ce pain et ce vin, pour qu’en regardant ce pain, regardant ce vin, pour que en sentant ce vin, en sentant l’odeur du pain, ils me voient, ils se souviennent de ce repas, qu’ils revivent ce  temps de partage.

Je vais leur donner cela en souvenir de moi, et je dirais les mots que mon Père m'inspirera pour que ce pain et ce vin qui célèbrent aussi le "passage" de mon Père qui a libéré de l'esclavage de l'Egypte, soient aussi signe de la libération que je vais leur apporter en leur donnant ma vie.  

Je vais leur dire que ce pain c’est mon corps, alors chaque fois qu’ils mangeront ensemble de ce pain, ils seront heureux, ce sera comme si j’étais là. Et puis le vin cela réjouit le cœur de l’homme, alors je vais leur dire que quand ils boiront de ce vin, de ce bon vin, ce sera comme si j’étais là, comme s’ils trinquaient avec moi, comme s’ils faisaient passer cette coupe de moi à eux.

Si j’écris cela, c’est qu’il y a peu, je me suis rendu compte que si dans la journée j’ai mangé quelque chose qui a du gout, du bon gout, je m’en souviens parfois dans la journée et je me souviens de gout et cela me rend heureuse.

Et je me dis que cela devrait être pareil pour ce pain et ce vin qui sont signes de la présence et signe de partage. Et de fait, ce pain et ce vin sont tellement « édulcorés » qu’ils ne laissent pas de trace en moi, que je n’y pense plus dans la journée et cela finalement me gêne.

Ce que je veux dire, c’est que cette hostie ce petit morceau rond, soit blanc soit brun, n’a pratiquement aucune saveur. Bien sûr les hosties au blé complet surtout quand elles sont croustillantes, ont une petite saveur, mais les anciennes, celles qui se collent au palais, qu’il ne fallait pas toucher des dents sous peine de sacrilège, que nous disent elle de Jésus, de sa présence, de son amour ?

D’accord on dit que c'est le pain des anges, mais théoriquement les anges ne mangent pas (voir Raphaël, dans le livre de Tobie) et si on pense à la manne, elle était donnée en quantité suffisante et elle avait du gout.

J’ai l’impression que l’église s’est tellement méfiée du sensible, du sensoriel pour tout miser sur le spirituel, que du coup elle nous « prive » de quelque chose. Que le corps de Jésus soit maintenant un corps de gloire, oui, que nous ne puissions pas le toucher oui, mais il nous a laissé une gestualité (pardonnez moi si ce mot n’existe pas) pour que manger ce pain et boire ce vin soit pour nous signe de sa présence, de son amour, et que cela nous réjouisse.

J’ajouterai que au Prieuré Bénédictin où je vais en général le dimanche, le pain partagé, c'est l’hostie (les hosties car il y en a souvent plusieurs) qui est fractionnée en morceaux que les participants se donnent les uns aux autres (comme Jésus l’a demandé) et qu’il en est du même pour le vin qui est souvent un " bon vin" pas de la piquette. Et on peut prendre son temps.. Cela aussi a de l'importance. Prendre le temps de déguster cette bouchée de pain, prendre le temps de déguster cette gorgée de vin.

Alors le poids de ce réel, permet de comprendre aussi le poids du réel de l’amour de Jésus pour nous, de ce Jésus qui veut rester présent et de son désir que cela soit pour nous source de joie.

Il y a cette phrase que j'aime tellement: "quand nous serons nourris de son corps et de son sang et remplis de l'esprit saint accorde-nous d'être un seul corps et un seul esprit dans le CHRIST " et qui insiste bien sur "être nourris" et être remplis, pas avoir reçu une "goutte" parcimonieuse. Si le chrisitianisme n'est pas abondance alors il y a peut être quelque chose à revoir.. 

lundi, avril 15, 2013

Les deux arbres.

Dans la genèse il y a deux arbres au milieu du jardin.

Un interdit, un commandement nouveau.

Un arbre qui peut conduite à la mort, un arbre qui conduit à la vie.

Le premier, l'arbre de la connaissance du bon et du mauvais est l'objet d'un interdit. Outre l'interdit de ne pas "tout manger" de ne pas dévorer de l'autre, il y a une réalité qui est que l'homme fonctionne avec une courte vue et que la connaissance n'est pas vraiment de son côté. Alors il lui faut faire confiance à Celui qui voit au delà. Ne pas consommer de ce fruit, qui comme il est écrit conduit à la mort (si tu en manges, tu mourras, tu mourras) rappelle que l'homme est à courte vue et qu'il peut se tromper dans ses choix. C'est là dessus que le serpentt jouera... Vous serez comme des Dieux...

Le deuxième arbre, celui de la Vie, c'est celui du commandement de Jésus: Prenez et manger... Qu'il vienne a moi celui qui a faim, celui qui a soif. Et je lui donnerai mon corps en nourriture (je me laisserai consommer dans limites). Le commandement nouveau, celui qui vient en quelque sorte couronner tous les autres, les sublimer, c'est" Aimez vous les uns les autres comme je vous ai aimé.. Et le "comme" veut bien dire: se laisser consommer (ou consummer). Lui, il se donne en nourriture, et ce sans limites, et c'est cette vie (la vie éternelle) qui nous redonne notre stature d'engendré par Dieu.

Alors un arbre qui conduit à une certaine mort et un arbre qui donne la vie. A nous de choisir.

dimanche, avril 14, 2013

Pierre m'aimes tu plus que ceux ci Jn 21, 15

Encore un texte au quel nous sommes habitués...

Triple reniement de Pierre la nuit de l'arrestation de Jésus, triple proclamation de son Amour.. Bon d'accord, mais n'y a t il pas quelque chose au delà?

Si on essaye de se représenter ce qui se passe, si peu de temps après le drame de Jérusalem, on peut regarder un peu autrement. Car Pierre même s'il est témoin de la résurrection se retrouve en Galilée, et reprend son métier de pêcheur. Est ce le moyen de se faire oublier des autorités de  Jérusalem? Ceux qui vont à la pêche avec lui, il sait qu'il peut compter sur eux. Il les connaît avec leurs qualités et leurs défauts, ce sont des amis.

Car certes Jésus est ressuscité, comme il l'avait dit, seulement il apparaît, puis il disparaît. Et toujours la même question "où demeures tu"? Peut-être est il auprès de son Père, mais ses amis eux sont dans la solitude ils se sent abandonnés, et quand ils sont seuls quand Jésus les laisse, souvent les ennuis ne sont pas loin., c'est la tempête. Alors être ensemble cela permet de se sentir moins seuls.

Quand Jésus avait multiplié les pains, que s'était il passé? Ceux qui étaient venus voulaient le faire roi, lui ne voulait pas, il avait disparu dans  la montagne et les renvoyant sur le lac. Eux ils auraient surement bien voulu que les choses se passent bien, que Jésus soit reconnu comme le Messie et que tout le monde soit content.  Et tous seuls dans leur barque, ils avaient été pris dans une tempête énorme. Si seulement Jésus était resté avec eux, mais non, il avait fallu qu'il s'en aille, qu'il les laisse (comme là, il les laissait depuis qu'il était mort).  Et puis alors que le désespoir était presque total, voilà qu'il était arrivé comme un fantôme et juste après ils avaient touché la terre, retrouvé la solidité, la sécurité. Oui quand il est là, ça va, quand il ne l'est pas, c'est autre chose.

Alors depuis sa mort, non les choses ne sont pas simples. Pouvoir s'appuyer sur des amis de chair et d'os c'est peut-être plus facile.

Ce que je veux dire, c'est que à ce moment là, il est plus facile pour Pierre d'aimer ses amis que d'aimer Jésus qui est comme un inconnu.D'ailleurs Pierre ne le reconnaît pas, c'est sur la parole du disciple que Pierre se jette à l'eau, et peut être qu'il le fait au propre comme au figuré, il va vers l'autre rive, vers la terre ferme, là où le Seigneur l'attend.

Et que ce qui va se passer là, au bord du lac, c'est une transformation une conversion qui prend un certain temps et qui nous concerne tous.

Alors là que se passe t il?

C'est la troisième fois que Jésus de manifeste nous dit le rédacteur, peut être que ce sera "la bonne" comme dans une pièce de théâtre (les deux autres c'était le premier jour de la semaine, puis 8 jours après avec Thomas).

Nous savons qu'il y a un feu de braises, comme le feu dans la cour du grand prêtre, il n'y a pas si longtemps.

Nous savons aussi que c'est dans le feu d'un buisson qui ne se consume pas que Dieu s'est manifesté à Moïse. Alors peut être que ce feu révèle aussi la divinité de Jésus.

Nous savons qu'il y a eu le signe d'une pêche extraordinaire, et qu'il y a eu partage d'un repas, l'agneau étant remplacé par du poisson comme lors de ce repas où le pain et les poissons avaient été multipliés.

Et voilà que jésus, par trois fois pose la même question à Pierre. Bien sûr il y a le parallèle avec ce triple reniement, mais n'y a t il pas autre chose? Un travail qui va se faire en Pierre, une sorte de conversion qui va lui donner son assise, sa carrure pour devenir celui qui sera le Berger.

Car, certes Jésus est redevenu vivant, il a vaincu la mort, mais il n'est plus là, il est absent. Certes il a donné son Esprit, mais...   Alors au fond de lui, Pierre peut être très heureux que Jésus ait vaincu la mort, mais très malheureux que cela se passe comme cela, mais lui il est très seul, et c'est sur ses amis qu'il va s'appuyer pour se sentir exister après cette perte.

Et ce que Jésus lui demande, c'est de l'aimer Lui le Berger, d'un amour autre, de l'aimer non pas comme Pierre est capable d'aimer les brebis ou les agneaux (les autres), mais d'un amour infiniment différent, d'un amour dont Pierre n'a peut être pas idée, d'un amour qui transcende tout, d'un amour tel que lui donnera sa vie pour Lui d'un amour amoureux, pas d'un amour amical.

Et ce changement là, il ne se fait pas d'un coup, et cela est d'ailleurs important pour nous. Nous aussi nous avons certainement considéré Jésus d"abord comme un ami, puis il a fallu le considérer comme le tout Autre, celui qui ne nous appartient pas, mais qui peut cependant combler le désir de notre coeur.

Alors les trois fois,comme cette troisième apparition elles ont un sens. C'est peut-êtrela troisième fois que Pierre a compris ce que Jésus attendait de Lui, dans ce temps de l'après. Cela peut rendre triste de se rendre compte que l'on n'a pas compris, que l'on a été aveugle.  Oui, il a pu se sentir triste de ne pas avoir compris que celui qui aime ses amis plus Jésus d'une certaine manière ne demeure pas en Lui. Oui il lui a fallu du temps pour admettre que un jour il  donnerait sa vie pour le Ressuscité parce qu'il l'aimait plus que sa propre vie.

Il a fallu du temps à Pierre pour se rendre compte que oui, il était capable d'aimer le Ressuscité plus qu'il n'aimait ses amis qui étaient là..  Et cela est vrai pour nous.



mercredi, avril 10, 2013

"Il est ressuscité des morts"


Résurrection
« Il est ressuscité des morts ».
Col 2, 12  « Ensevelis avec lui dans le baptême, avec lui encore vous avez été ressuscités puisque vous avez cru en la force de Dieu qui l'a ressuscité des morts ».

Depuis plus de 10 ans maintenant je chemine lentement à travers le dédale des mots de la foi. Quand je me suis (ou quand j’ai été) sur un chemin de retour dans la pratique ma demande a été que les choses (mot vague, je le sais) se fassent dans la douceur, je veux dire que les changements, les compréhensions, se fassent non pas dans la violence, parce que cela j’avais connu et comme on dit j’avais donné, mais qu’elles se fassent progressivement, à mon rythme, un peu comme un petit ruisseau qui chante dans la prairie   et non pas comme un torrent qui emporte tout sur son passage. Il arrive que dans le temps que je me donne pour lire la parole, certains versets d’un coup posent question, ou plus exactement se dressent devant moi. Quand cela se produit, je sais que j’ai quelque chose à faire, quelque chose à chercher, et que ce travail qui est le mien pourra peut être aussi servir à d’autres qui comme moi ne sont pas arrivés, qui ne savent pas trop si oui ou non ils ont la foi, mais qui un jour après l’autre se laissent déplacer. C’est ce qui s’est passé avec ce verset de l’épitre aux Colossiens. Curieusement la résurrection de Jésus ne m’a jamais posé question, car j’ai vécu avec Lui pendant tant d’années que le fait qu’Il soit vivant a toujours été une certitude. Par contre, le comment de la résurrection ne m’avait jamais posé question, car de fait pour moi Jésus s’était ressuscité d’entre les morts. Je dirais que j’imaginais que cela s’était passé un peu comme dans Narnia, les livres de C.E. Lewis Narnia, où le lion mis à mort par la reine de glace redevient vivant sans que personne ne lui redonne la vie. Or ce verset dit explicitement que la résurrection ne s’est pas passée comme cela, qu’elle est dûe à la force de Dieu et qu’elle révèle aussi quelque chose de l’amour de Dieu pour les hommes. Et si on reprend les épitres de Paul et les actes des Apôtres, il est toujours dit que «  ce Jésus que vous avez mis à mort, il a été ressuscité par Dieu… ».  Donc ce qui suit est un cheminement sur ce point.  

En Jean au chapitre 3, il est écrit que Dieu a tellement aimé le monde qu’il lui a donné son fils. Et que celui qui croit en Jésus aura la vie éternelle. Avoir la vie éternelle, c’est vivre sans connaître la mort (attribut divin : l’éternité) et c’est autre chose que ce qui avait été promis à Abraham s’il faisait alliance avec Dieu. Abraham avait comme promesse une descendance (ne pas s’éteindre, ne pas mourir) et une terre (un lieu pour durer), mais pas la vie éternelle, ce qui est autre chose, puisque que l’on peut dire que Dieu fait alors partager sa propre vie. On peut penser que l’envoi du fils permettra de dépasser les frontières du peuple choisi pour que le Salut concerne non pas un peuple mais tous les peuples de la terre.

Etre sauvé, c’est être vivant de la vie même de Dieu, donc de la vie de l’Esprit. Ce petit verset de l’épître aux Colossiens est pour moi comme un condensé de la vie trinitaire.

Il m’a en tous les cas fait renoncer à l’idée que j’avais que Jésus était revenu à la vie de par l’énergie divine qui était en lui. Je crois que la résurrection est à l’œuvre dès la mort sur la croix, dès que souffle est « remis », mais que dès ce moment c’est la force de Dieu (l’Esprit Saint ?) qui prend le relais, qui vivifie, qui fait toute chose nouvelle.

Quand je travaillais en milieu hospitalier, il y avait au mur une boîte contenant du matériel de réanimation et qui s’appelait «  Ressuscitator ». Ce mot m’a toujours posé question. Faire des réanimateurs des super héros ce n’est pas rien !

Il est certain que faire revenir quelqu’un à la vie, cela peut s’appeler une résurrection et cela c’est parfois le travail des médecins réanimateurs. Pour revenir à la vie, il faut donc qu’il y ait quelqu’un qui vous rappelle, qui vous fasse repasser de la mort à la vie. En d’autres termes on ne se ressuscite pas. Les récits des personnes qui ont vécu une NDE, disent bien qu’il s’agit de leur choix de revenir dans ce corps là, que c’est parfois fort douloureux, et que la mort sera de nouveau au bout. Certes il y a parfois des changements pour les personnes qui ont vécu cette expérience (NDE), en particulier des guérisons et une autre perception du monde, mais leur corps reste leur corps et la mort sera leur lot.

Or pour les chrétiens, ce qui se célèbre à Pâques, c’est la résurrection définitive d’un homme qui a connu la mort. Si la Pâque pour les juifs c’est la libération de l’esclavage, pour les chrétiens il s’agit de la libération d’un autre esclavage, de celui de cette force en nous qui nous enchaîne et nous pousse vers le mal, vers la mort.

Dans les évangiles Jésus annonce plusieurs fois qu’il va ressusciter d’entre les morts, mais on nous dit que les disciples ne comprennent pas ce que cela veut dire et n’osent pas lui poser de questions. Cela se comprend, car si Jésus a rendu à la vie quelques personnes, qui sera capable de lui rendre la vie sinon Dieu ?

Si la résurrection est pour certains un fait, une certitude, le comment de cette résurrection reste un mystère. Nous sommes tellement habitués à avoir des représentations iconographiques du Ressuscité parfois avec des plaies (mains pieds, cœur), parfois sans aucune atteinte, mais toujours avec un visage intact, (contrairement à ce qui montre le suaire de Turin) que le passage d’un cadavre (puisqu’il faut appeler ainsi le corps qui pendait sur la croix), à la présence d’un être qui a les caractéristiques de l’être humain, mais avec infiniment plus de possibilités ne nous pose plus de questions.

Et pourtant même si les évangiles rapportent des potentialités étonnantes : marcher sur les eaux, transfiguration, ce qui se passe là est différent. Il s’agit d’un être qui peut sortir ou se déplacer dans des lieux fermés (tombeau, pièce close où sont enfermés les apôtres), qui peut apparaître (aux femmes, à Marie-Madeleine, aux les disciples d’Emmaüs) et disparaître (disciples d’Emmaüs) , qui peut montrer ou ne pas montrer ses plaies, qui peut manger, préparer un repas, donner son Esprit, mais qui est le Tout Autre, car là où il demeure, personne ne peut venir avec lui, par contre c'est Lui qui demeure dans le coeur de ses disciples.

Il est ressuscité des mort. Suite


Bien sûr Jésus l’avait annoncé, mais…

Mais peut être que le doute des disciples (ce que Jésus nomme leur incrédulité) peut se comprendre. Eux ils l’ont vu mort, eux ils ont vu ce corps meurtri, et sans vie. Eux ils savent que le cœur ne bat plus, que le corps va décomposer, qu’il est mort et bien mort. Alors comment peut il redevenir vivant, puisque personne sur terre (maintenant que Jésus est mort) n’est capable de faire cela. Qui peut rappeler un homme à la vie ? Jésus lui l’a bien fait pour les autres (Lazare, la fils de la veuve de Naïm) mais qui maintenant pourrait faire cela. Certes il y a des hommes qui ont été enlevés de leur vivant (Elie ou Hénok), mais on ne les a jamais revus par la suite. Certes Dieu a donné une sépulture à Moïse, mais personne ne sait où.

 Or Jésus a bien annoncé que après un peu de temps il  se manifesterait (Jn 14,19), que ses disciples le verraient, mais serait ce avec les yeux de la chair ou les yeux de l’esprit ? Le seul qui puisse donner ou redonner la vie c’est Dieu, et les disciples plongés dans leur deuil, même s’ils savent que ce Dieu est le Père de Jésus (comme il est le Père de David et de tout le peuple), ne sont certainement pas capables d’imaginer cela, car pour eux, Jésus est peut être le messie, le fils du dieu vivant, seulement il est mort et bien mort et c’est un échec total.  Non il n’est pas descendu de sa croix, non il ne s’est pas élevé dans le ciel, non Dieu n’a pas envoyé ses légions pour le sauver.

Quand sur la croix, il a rendu son souffle (tout est accompli) peut être, puisque l’on pense que le souffle répandu à ce moment là est déjà l’Esprit du Père, a t il donne tout ce qui faisait de lui un être pas comme les autres, un être rempli du souffle de Dieu. Di Adam est devenu vivant quand il a reçu l’haleine de Dieu, Jésus lui, en mourant se dépouille totalement de ce qui l’habitait pleinement (la présence de Dieu) et ce qui reste c’est une dépouille vide, je dirais presque « vidée ». Et c’est peut être aussi cela la Kénose (Ph2). Et il est alors normal qu’il reçoive la résurrection du Père. On peut aussi penser que si Jésus a été ressuscité par le Père, c’est qu’il reste dans ce lien de dépendance, de filiation qui nous permet en devenant les frères de celui là de devenir enfants  du Père.

Et pourtant il m’a toujours semblé que dès que le souffle (la vie) s’était retiré ou avait abandonné le corps, la résurrection était à l’œuvre, mais de manière invisible pour nos yeux. Le sang et l’eau qui sortent du côté transpercé sont peut être comme une preuve que quelque chose se passe, car normalement trois heures après un décès, le sang est figé et plus rien ne coule. Peut–on dire que Jésus « se » ressuscite lui-même ?

Toujours est il que le corps, la dépouille descendue de la croix et donnée à Joseph est une dépouille morte, un corps sans vie, un cadavre si on appelle les choses par leur nom.

Le cadavre est déposé dans un lieu clos (voir même gardé) et voilà que ce cadavre subit une transformation telle qu’il traverse l’épaisseur de la pierre pour aller dans un ailleurs (à moins qu’il ne disparaisse dans les entrailles de la terre pour redonner la vie à ceux qui étaient morts et qui attendaient de pouvoir passer eux aussi des ténèbres à la lumière), mais ce n’est pas un esprit sans son corps (comme nous sommes tellement habitués à le voir depuis que nous connaissons les NDE, puisque dans ces expériences là, le corps reste en place ), mais c’est un esprit dans un corps transformé. Jésus ressuscité prend chair, prend corps et prend aussi sa stature de Dieu, qui est maître du temps et de l’Espace.

Mais ce qui s’est passé là, dans l’obscurité de cette grotte, qui peut se le représenter ?

Il est noté dans les synoptiques que plusieurs fois Jésus dit qu’il va ressusciter mais que les disciples ne comprennent pas et ne posent pas de question. On ne  « se » ressuscite pas, on est ressuscité, et le seul qui a ce pouvoir c’est Dieu, qui peut donner la vie.

Jésus sur la croix n’a t il pas dit : mon Dieu pourquoi m’as tu abandonné ? Or c’est bien cet abandon qui fait que les disciples se sont sentis eux aussi abandonnés. La mort de leur maître est aussi la leur. Comment vont ils se lever? Comment vont ils devenir vivants?

Peut être que les 40 jours dont parle Luc dans les Actes, ont une fonction précise comme dans le premier testament : il s’agit du temps nécessaire pour accepter de ne plus se révolter, pour accepter le plan de Dieu. La mort de Jésus sur la croix a certainement fait voler miettes en  toutes les certitudes des disciples.  Ce qui est mort en eux, va laisser si  je puis dire un vide qui permettre à l’Esprit Saint de vivifier ce vide pour le transformer en vie.

Après la Pentecôte l’annonce faite par Pierre, est claire : Jésus qui a été mis à mort, a été ressuscité par Dieu. Jésus était donc bien ce qu’il disait : Fils de Dieu, et si l’on croit en sa parole on a la vie en soi.
Si je reviens au verset qui est à l’origine de ce billet, Col 2,12  « Ensevelis avec lui dans le baptême, avec lui encore vous avez été ressuscités puisque vous avez cru en la force de Dieu qui l'a ressuscité des morts », je dirai que croire en la force de en la force de Dieu qui l’a ressuscité c’est entrer dans le mystère trinitaire.

Si je transpose, cela peut vouloir dire que notre résurrection par le baptême (passer par la mort au péché comme Jésus, pour redevenir vivant comme Jésus dans sa gloire) n’a été rendu possible que par la foi en la force de Dieu qui agit.  

C’est à dire que certes, comme le dit Paul dans l’épitre aux romains, ce qui nous sauve (nous rend vivant en nous mettant dans la vision de la lumière), c’est de croire en la mort et en la résurrection, mais sans la séparer de l’œuvre de Dieu, qui se fait présent en chaque homme en donnant l’esprit de son fils.

 En d’autres termes tout le témoignage de Jésus est là pour rendre gloire au Père, pour montrer que ce Dieu là, qui est capable de redonner la vie glorieuse à un être qui a vécu dans la chair est bien le seul et l’unique Dieu et en cela Paul continue a annoncer ce que les juifs ont a annoncé au monde, à savoir qu’il existe un Dieu unique, tout puissant qui s’est révélé en un homme qui a aimé jusqu’au bout et qui par sa mort donne son esprit à toute l’humanité. 

mardi, avril 09, 2013

Pauvre Thomas...Jn 20,19-28




Dimanche, alors que c'était le dimanche de la miséricorde, nous avons eu droit à toute une homélie centrée sur Thomas l'incrédule, sur l'incrédulité, etc etc. Inutile de dire que je n'ai pas aimé.

Pour ma part j'ai eu envie de comparer l'apparition de Jésus le 1° jour de la semaine parmi ses apôtres qui sont enfermés (mais on peut en mettre des choses derrière ce mot), certes dans un lieu "verrouillé" parce qu'ils ont peur, à l'épisode de la tempête apaisée (Jn 6, 16).

 Dans les deux cas c'est la nuit; dans les deux cas, les apôtres ne peuvent sortir du lieu dans lequel ils se trouvent; dans les deux cas, Jésus apparaît brutalement au milieu d'eux et leur parle: "N"ayez pas peur" ou "La paix soit avec vous". Dans les deux cas ils reprennent pied si je puis dire: don de l'Esprit dans un cas, arrivée sur la terre ferme dans l'autre. Ils retrouvent un Jésus qu'ils connaissent...

Maintenant si on reprend ce même épisode dans les synoptiques en particulier en Mat 14,28, on peut constater que l'attitude de Pierre est très identique à celle de Thomas: Pierre ne dit il pas (ce qui montre qu'il a beaucoup de mal à croire qu'il s'agit bien de Jésus et non pas d'un fantôme), "si c'est bien toi, ordonne que...." et Jésus comme avec Thomas obtempère et lui tend la main dès que sa foi vacille. Mais lui aussi comme Thomas reconnaît en Jésus le Seigneur.



Dans l'évangile de Jean, bien souvent les questions des apôtres sont là pour mettre en valeur les réponses de Jésus et bien souvent Jésus n'est pas très aimable avec ses disciples. Or la réponse de Jésus à Thomas, elle nous concerne tous, nous qui n'avons pas vu.

Alors au lieu de casser du sucre sur le dos de Thomas, peut être faut il se réjouir d'une part de cette béatitude qui nous est donnée et qui nous concerne tous"heureux ceux qui croient sans avoir vu" mais aussi de constater que le Seigneur s'adresse à chacun là où il en est, qu'il est capable de s'adapter et qu'il ne critique pas, peut être contrairement à ce qu'il est si facile de nous faire croire. Car après tout, dans
l'évangile de Jean, Thomas est aussi celui qui dit "Montons avec lui à Jérusalem pour mourir avec lui"Jn 11, 16.  

vendredi, avril 05, 2013

A propos des personnalités multiples.


Là encore il s’agit d’un texte un peu brouillon qui correspond à ce que j’essaye de théoriser au jour le jour dans les relations que je peux nouer avec des personnes ayant vécu des abus sexuels dans leur enfance. 

Par expérience je sais que ces personnes lorsque quelqu’un les regarde avec d’autres yeux et surtout lorsque que l’on croit à leur histoire(alors qu'elles n'ont jamais pu être entendues)  se sentent pour une fois aimées et comprises. Le transfert qui se crée (désolée d’employer un terme technique) est un transfert massif, brut -si je puis dire- qui va reproduire une relation d’emprisonnement entre le thérapeute et son patient. 

Ces personnes ont été liées dans leur enfance par de véritables câbles relationnels leur interdisant tout regard sur l’extérieur. Et elles vont reproduire cela avec la personne devenue leur objet d’amour, dans une relation souvent très difficile à supporter et qui nécessite beaucoup de doigté de la part du thérapeute pour que la relation ne se rompe pas mais en même temps pour qu’elle ne se rigidifie pas. Tout changement même minime et voire indépendant de la volonté du thérapeute sera toujours vécu comme un abandon, un désamour et une grande culpabilité.


Un certain nombre d’églises proposent un accompagnement spirituel pour ces personnes qui ont été blessées, meurtries. Cela a du bon quand le but est de faire une expérience interne où l’on rencontre un Dieu qui vous prend telle que vous êtes et qui vous donne la certitude d’un amour présent et inconditionnel. Il est évident que si le but est de « pardonner aux agresseurs » avant de « se pardonner à soi », et donc de se culpabiliser (alors que l'on vit dans la honte d'avoir vécu ce que l'on a vécu) alors que se pardonner à soi permet enfin de lever la culpabilité, alors là on est dans le terrorisme qui reproduit le terrorisme vécu dans l’enfance. 

Mais je crois que l’accès au spirituel (au divin diraient certains) permet de se pardonner à soi, car on fait l’expérience d’avoir de la valeur, d’être aimé, de ne pas être rejeté ni abandonné et ce quoique l’on ait fait et quoique l’on fasse. 
Ensuite il devient possible de changer les comportements toxiques qui sont en soi, et de travailler à apprendre à aimer les parties dissociées. 

Une thérapie bien conduite permet d’accéder au vivant qui est en soi et du coup d’accéder au spirituel. Je demeure très critique parfois révoltée envers les spiritualités qui imposent le pardon  à l’agresseur comme préalable à toute guérison.


Ce billet est un peu un patchwork, j’en suis désolée, mais c’est ainsi pour le moment.

I- Réflexions sur les personnalités multiples.

Etant une psy de la vieille école, j’ai un peu de mal avec les personnalités multiples, décrites par exemple dans le « Soi hanté », et surtout avec les combats qui peuvent exister entre elles, mais je reconnais que c’est une approche intéressante. Par contre je me demande quand même où sont passées les notions de Ça de Moi et de Surmoi, qui permettent de comprendre les strates des identifications (ou incorporation) des figures parentales (au sens large). Mais peut être que justement les PE qui sont des identifications à l’agresseur, permettent de faire la synthèse. Est ce que ces identifications permettent une mise sous contrôle de ces parties dissociées, cela reste une question.

Ne pas considérer la ou les dissociations comme des mécanismes psychotiques, mais comme des mécanismes de défense est très important et permet de comprendre un peu la souffrance que vivent ces personnes, car la dissociation n’est pas une partie de plaisir. Je veux dire que l’on s’imagine qu’une partie se met à l’abri pendant qu’une autre subit, mais je ne pense pas que ce soit si simple. Simplement ne pas mettre une étiquette de psychose est très important car il s’agit d’une tentative de défense, qui se met en route automatiquement dès qu’une situation peut rappeler quelque chose du traumatisme, et cela reste très insécurisant dans la vie de tous les jours.

Les travaux sur les traumatismes et sur leur impact est très important et très utile pour mieux comprendre le fonctionnement des personnes victimes de maltraitances et/ou d’abus sexuels dans l’enfance et l’adolescence.

Je me rends compte que apprendre à les reconnaître (ces personnalités qui provoquent un changement de style, de comportement) n’est pas si simple. Je pense qu’il y a un changement de langage, mais cela peut être très difficile à repérer, mais doit permettre d’être plus attentif à la souffrance et aussi à ne pas se sentir agressé si la PE(partie émotionnelle bloquée) se manifeste sous ce mode là.

En réfléchissant sur cette PAN (partie apparemment normale), qui serait un peu comme l’Adulte de l’analyse Transitionnelle) et les Parties Emotionnelles (à la fois les enfants mais aussi les parents agresseurs incorporés) je me disais que ce que vivent ces personnes qui survivent à un (ou hélas à des traumatismes) ESPT et qui développent un DESNOS est de l’ordre de la possession. Lorsqu’une des personnalités qui a été bloquée par le traumatisme dans son développement, prend le dessus,  elle est dans la toute puissance (même si c’est pour faire du mal au corps qui la contient).

Pour les définitions voir le site http://artherapievirtus.org

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II- Personnalités multiples et Possession

J’ai cru longtemps qu’il n’y avait qu’un seul type de dissociation mais à lire l’histoire de Béatrice sur http://artherapievirtus.org/RAIVVI/ et les d’autres j’ai appris que diverses personnalités peuvent se manifester, (les personnalités infantiles bloquées par les différents traumatismes à différents âges) et cela m’a fait penser à un épisode rapporté dans l’évangile de Luc chapitre 8, versets 27-31 : la guérison du possédé de Gérasa, car l’impression que je ressens en lisant ces différents témoignages et bien une possession.

A dire vrai, je pense que ces enfants qui sont la proie d’adultes conscients de ce qu’ils font sont comme envahis par le Mal (et je mets une majuscule car c’est le Mal qui veut détruire l’autre, en faire son objet, le réduire à néant, lui faire perdre la place de sujet pour le réduire à celui d’objet) et que ce Mal contre le quel ils n’avaient pas le moyen de lutter reste présent en eux et qu’ils ont besoin d’un autre pour le mettre dehors, pour retrouver leur statut de sujet.

                                              Voici le texte.

«  27Comme il descendait à terre, vint à sa rencontre un homme de la ville qui avait des démons. Depuis longtemps il ne portait plus de vêtement et ne demeurait pas dans une maison, mais dans les tombeaux. 28A la vue de Jésus, il se jeta à ses pieds en poussant des cris et dit d'une voix forte : « Que me veux-tu, Jésus, Fils du Dieu Très-Haut ? Je t'en prie, ne me tourmente pas. » 29Jésus ordonnait en effet à l'esprit impur de sortir de cet homme. Car bien des fois il s'était emparé de lui ; on le liait, pour le garder, avec des chaînes et des entraves ; mais il brisait ses liens et il était poussé par le démon vers les lieux déserts. 30Jésus l'interrogea : « Quel est ton nom ? » — « Légion », répondit-il, car de nombreux démons étaient entrés en lui. 31Et ils le suppliaient de ne pas leur ordonner de s'en aller dans l'abîme. »

           Je voudrai juste insister sur quelques aspects de ce texte.

1- C’est un homme de la ville (donc a priori civilisé) qui avait des démons[1]. En d’autres termes, son comportement devient aberrant et fait peur aux autres. Il qui se comporte comme s’il ne maitrisait plus rien. Or cela c’est bien ce que vivent ces personnes quand une personnalité dominante (mais qui est peut être la somme de beaucoup d’autres personnalités) prend le contrôle.

2- Il est nu, car il déchire ses vêtements c’est à dire d’une certaine manière son identité sociale. Il ne sait plus qui il est. Il se met à nu, sans protection. Peut être reproduit il ce qu’il a vécu dans le passé.

Il pousse des cris. Le cri renvoie à l’animal, la parole à l’humain, même si souvent l’humain crie son mal-être. Souvent ce que les personnes qui ont vécu ces traumatismes se reprochent le plus c’est de n’avoir pas pu crier. Cet homme là, il crie, mais ce n’est pas quelque chose de transmissible, C’est de la peur.

3- Il y a la pulsion de mort (vivre dans les cimetières) : se vivre comme étant un non vivant, un déjà mort. 

4- Il y a la force  qui détruit tout cette force qui quand elle prend le devant de la scène, ne peut être jugulée par rien pas même par  les médicaments (camisoles chimiques) qui devraient fonctionner comme des chaînes. Or il y a en cette personne de nombreuses personnalités (démons) qui la dominent complètement.


-       A partir du moment où ces forces sont nommées « Légion », il est possible d’avoir un pouvoir sur elles. Ce qui est étonnant c’est que ces personnalités en quelque sorte reconnaissent la puissance du thérapeute, de l’exorciste et semblent faire profil bas, comme pour le séduire. 

Dans la Bible, connaître le nom de quelqu’un c’est avoir du pouvoir sur lui et je pense (D. dans ses commentaires des billets de B. explique cela très bien) que pouvoir nommer la partie, c’est commencer à avoir du pouvoir sur elle, et ne pas laisser faire ce qu’elle veut (aller vers la mort).


Or le travail du thérapeute c’est bien de trouver le moyen de nommer ces personnalités pour leur donner une autre existence, et leur permettre non pas de se « réconcilier » mais de se concilier entre elles pour pouvoir vivre et non pas se mettre à mort en permanence.




[1] A cette époque là on pensait qu’il y avait une espèce de monde intermédiaire entre la terre et le ciel, peuplée par des esprits, des bons et des mauvais. Ces derniers, qui cherchaient à faire du mal entraient dans les humains et les poussaient à se détruire. On parle de 7 démons qui sont chassés par Jésus de Marie Madeleine, et ce travail d’exorciste semble très important dans le ministère de Jésus.

Personnalités multiples: suite.



encore à retravailler par la suite..
      
III Comment mettre dehors ?

Il y a donc combat entre les forces entre elles, mais aussi entre les forces et le soignant.

Peut être que ce combat est aussi violent parce qu’il s’agit du mal commis en toute connaissance de cause, de ce mal qui veut réduire l’autre à l’état d’objet et qui veut maintenir sa possession. Il va s’opposer à celui qui veut lui ôter son pouvoir.

Je pense qu’un enfant qui a subi des abus sexuels dans son enfance, outre le fait que ses repères volent en miette et qu’il se croit responsable de ce qui lui arrive, est comme submergé par le mal qui habite son agresseur. Ce mal là est ce mal qui détruit pour détruire et qui en jouit. Pour moi, c’est le mal absolu. Il enchaîne, entrave l’enfant dans un véritable enfer. 

Peut être que les PE(1) se battent contre cette entité qui va faire mourir. Tellement souvent ces personnes disent que pour elle, la mort serait le seul moyen de ne plus souffrir, de ne plus ressentir cette douleur qui est insupportable. Il est d’ailleurs certains que les mutilations ont ce rôle là : trouver une douleur que l’on maîtrise car on se l’impose à soi-même pour faire partir (masquer) une autre douleur qui est tellement insupportable qu’elle donne envie de mourir. Ne plus se détruire en se faisant ce mal est déjà un progrès.


Ce mal là doit est rendu à son auteur, même s’il est mort. Il est certain que le symbolique est indispensable pour cela, et que l’Art thérapie est participante de cette symbolisation. 

Maintenant qui trouver pour jeter ces parties à l’extérieur de soi ? Je pense que le rôle du thérapeute est fondamental, mais comme c’est un travail de longue haleine, il faut une sacrée patience de part et d’autre, parce qu’un démon ça ne se laisse pas faire comme ça. Mais il faut aussi que le thérapeute ne soit pas contaminé par ces « démons » et qu’il ne soit pas lui jeté à terre. L’empathie est nécessaire, mais il faut en permanence se méfier des alliances entre certaines parties de soi et certaines PE du patient.

(1) Partie Emotionnelle.


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IV Les liens.

Spontanément je penserai qu’il y a dans l’inconscient des liens qui restent très forts avec les personnes de notre enfance, avec des personnes qui nous nous ont marqués. Certains liens sont des liens d’amour, d’autre liens sont des liens de haine et ces liens là sont des liens qui se retournent contre nous, parce que je pense que la haine c’est comme un boomerang, elle est dirigée vers quelqu’un mais même si elle semble atteindre son but, elle se retourne contre nous, elle revient nous attaquer. La haine (voie Mélanie Klein est liée à l’envie et à la mort).C’est une des raisons pour lesquelles, je pense que la haine est mauvaise et qu’il est indispensable de ne pas se laisser manger par la haine, car elle est mauvaise intrinsèquement. Il faut s’en protéger. La colère c’est différent, et l’important est de laisser s’exprimer la colère, la mettre en mots pour pouvoir l’évacuer.

Pour en revenir à ces liens, certains sont pathogènes, ils ne nous laissent pas libres, il nous enchainent à une personne qui continue à vivre en nous en permanence, et qui ainsi continue à nous attaquer, à nous faire du mal.

Or du fait de leur peur de l’abandon et leur difficulté à accepter les changements (souvent vécus comme des trahisons) très souvent les personnes abusées ou maltraitées essayent de recréer de tels liens qui deviennent insupportable car ils emprisonnent et de fait c’est la victime qui à son insu devient persécuteur

Pour moi le travail psychologique, mais qui touche aussi au spirituel car il est nécessaire de s’appuyer sur un autre ou sur  ce qui en soi est resté vivant envers et contre tout, (j’appelle cela la source dont je ne suis pas l’origine,) consiste à identifier les liens (nommer est le  plus important) et petit à petit à les assouplir ou à les couper certains des filins qui les composent, pour  pouvoir ne plus souffrir de l’enchainement et si possible couper complètement le lien.