lundi, octobre 06, 2014

Compassion miséricorde et tutti quanti...

La célébration de ce jour: Notre Dame des douleurs, autrefois Notre Dame des 7 douleurs. Bon jusque là ça va, c'est une fête qui suit "L'exaltation de la croix" du 14 Septembre. Donc d'abord le Fils et après la Maman.

Le texte de l'évangile (en fonction des années il y en 2 au choix) Jean 19,25: "25Près de la croix de Jésus se tenaient sa mère, la sœur de sa mère, Marie la femme de Clopas et Marie du village de Magdala. 26Jésus vit sa mère et, auprès d'elle, le disciple qu'il aimait. Il dit à sa mère : « Voici ton fils, mère. » 27Puis il dit au disciple : « Voici ta mère. » Et dès ce moment, le disciple la prit chez lui. 

Ce texte là, on le connait par coeur, mais il est intéressant de noter que Jésus s'adresse d'abord à Jean puis à sa mère, ce qui a surement son importance. Ces paroles font de Marie non plus la mère d'un seul, mais la mère de tous. Jusque là pas de problèmes. Marie se retrouve sans mari et sans fils, son fils est condamné à mort comme un brigand, donc pas évident que la famille veuille se charger d'elle, alors Jésus met le disciple dans la position de celui qui reçoit les dernières volontés et qui ne peut donc se défiler.
Seulement là où j'ai commencé à ruer dans les brancards c'est quand les oraisons et les commentaires sur ce texte parlent de la compassion de Marie pour son fils, puis pour nous. Qu'elle ait de la compassion pour nous, cela ne me dérange pas, du moins dans la mesure où ce mot a été un peu (beaucoup) vidé de son sens, et renvoie à de la tristesse, de la pitié, de la désolation. Mais de la compassion pour son fils, alors là non. Quelle mère peut voir son garçon à elle, son premier né, couvert de sang, bouffé par les mouches, tout nu (il faut voir les choses telles qu'elles étaient), sans avoir envie de hurler, de pleurer, de souffrir de sa souffrance à lui qui devient sa souffrance à elle. Qui d'entre nous quand il a un de ses enfants qui est affronté à certaines souffrances ne sent pas ses entrailles se tordre de douleur et j'imagine la tête de l'enfant en question si sa mère ou son père lui dit qu'il a de la compassion pour lui.
Peut être que la dignité de Marie qui se tient là, debout, qui accepte, qui ne pleure pas  (mais nous n'en savons rien et c'est peut être justement les larmes de Marie qui poussent Jésus, alors que c'est difficile de parler quand on subit la crucifixion, de prononcer ces deux phrases pour qu'elle ne soit pas abandonnée) alors qu'elle vit bien la prophétie de Syméon: le glaive qui lui transperce le coeur, permet de la comparer à une autre mère juive: la mère de 7 frères mis à mort à l'époque de la tyrannie des grecs, ou d'en faire une sorte de déesse, mais la dignité est une chose, la douleur qui vous déchire en est une autre et la compassion une manière bien édulcorée de décrire la mise à mort de Marie, parce que c'est bien de cela aussi qu'il s'agit.
Alors oui, ce mot de compassion,employé un peu à toutes les sauces, alors que le grec veut dire: pris aux entrailles, il m'exaspère. Je ne veux pas de la compassion, je veux être aimée, je veux que ma souffrance soit entendue, je ne veux pas être un objet de compassion, parce que je suis le sujet de ma douleur, de ma souffrance. Ce mot que pourtant j'aime employer quand je prie pour les personnes que je côtoie sur internet et qui ont été détruites par leurs parents et qui continuent chaque jour d'être la proie de difficultés innombrables oui j'ai de la compassion pour elle, oui je suis dans la mesure de mes moyens présentes pour elles, mais ce que je peux ressentir n'a rien à voir ce que je pourrais ressentir si le mal ou le malheur touche un de mes enfants.
Alors ce mot, que l'on emploie trop facilement, qui est aseptisé je ne l'aime pas et aujourd'hui il m'a exaspéré, comme le mot miséricorde m'exaspère aussi. Là encore le sens premier de ce mot renvoie aux tripes (enfin coeur ), mais pourquoi faut il sans cesse remercier Dieu le Père pour sa miséricorde? Est ce qu'il ne sait pas que l'humanité est tirée de l'humus et que l'humus ma foi ça ne sent pas très bon ce n'est pas très propre, mais c'est comme ça. Sommes nous encore dans la terreur que Dieu d'un coup va se lever sur ses ergots et exterminer tous les hommes, alors que nous faisons cela tellement bien sans Lui?
Dire que Dieu fait miséricorde peut faire penser que nous sommes tous tellement nuls, tellement mauvais que notre sort est d'être jeté à la poubelle, d'être détruit par une divinité qui n'a qu'une envie : écraser cette sale engeance pour nettoyer la terre si belle qui devait un magnifique jardin.
Dire que Dieu fait miséricorde, c'est faire de nous des éternels pécheurs, des éternels coupables.. Sommes nous coupables d'exister?
Je pense ou j'imagine que tout être qui vient au monde a en lui, (et c'est peut être cela le message de la Genèse: crée à l'image et à la ressemblance) quelque chose qui lui permet de se relier à Dieu, d'écouter cette manière d'être au monde (évangile) et d'être en lien avec cette source. Mais sa liberté lui permet de se boucher les yeux et les oreilles, et de dire ce "moi je", de dire, "pas toi" et de se centrer sur lui en faisant parfois (heureusement pas toujours) des autres des objets. Quand on se rend compte que l'on s'est détourné, que l'on s'est cherché soi, alors oui quand on se retourne vers quelqu'un et quand on se rend compte qu'il est là, et qu'il attend et qu'il est heureux de ce retournement, alors oui, on peut parler de miséricorde, mais cette miséricorde là, elle n'est pas celle du créancier, elle est celle de l'amoureux ce qui est bien différent. 
Alors oui, on peut gouter cette miséricorde là et faire confiance à ce Dieu qui a donné son Fils pour montrer ce qu'aimer veut dire et jusqu'où ça peut aller.
J'espère que dans l'Au delà, il n'y aura plus de mots pour dire, il y aura des regards, et un langage nouveau, car ce langage là qui passe son temps certes à glorifier un Dieu si bon, si gentil, quelque part il dénature Dieu qui est au delà de toute expression, il l'enferme dans un tout bon alors que notre monde n'est pas tout bon que le Mal est là, que la mort qu'elle soit physique ou psychique ou spirituelle est là et qu'elle n'est pas vaincue.
Si la Gloire de Dieu c'est l'homme vivant, l'homme debout, alors cessons de nous flageller avec des mots et apprenons la confiance.

Le bon samaritain: Luc 10, 25-37: Et si Jésus était mon prochain?

Cette parabole a été interprétée comme nous le rappelait le célébrant par les pères de l'église, en mettant Jésus en lieu et place du samaritain, mais je me suis demandée parce qu'il y a dans le texte ce docteur qui veut mettre Jésus à l'épreuve (et cela on le retrouvera pas la suite dans les querelles à Jérusalem avec beaucoup de groupes ayant pignon sur rue), si on ne peut pas aussi regarder ce qui se passe entre Jésus et cet interlocuteur.

En Luc 9, 51, on nous dit que Jésus prend avec "courage" la route qui va à Jérusalem. Ceci certes indique le projet de Jésus, mais aussi le fait que sur ce chemin les choses ne vont pas forcément être faciles.

Dans la suite du récit lucanien au chapitre 10,  Jésus choisit les soixante douze, les envoie devant lui et quand ils rapportent ce qu'ils ont fait en son nom, il exulte de joie et bénit son père d'avoir révélé ces choses aux petits et de les avoir cachées aux sages et aux savants (peut être les pharisiens et les docteurs de la loi).

Est ce que cette phrase a vexé le docteur de la loi qui se trouvait là? C'est juste après cet épisode où Jésus dit à ses disciples de se réjouir parce que leurs noms sont inscrits dans les cieux (qu'ils sont sauvés)  qu'intervient la prise de bec entre  Jésus et ce Docteur de la Loi qui veut mettre Jésus à l'épreuve.

Cette mise à l'épreuve de Jésus, m'a fait vagabonder dans une autre interprétation: Jésus est certes vrai homme et vrai Dieu, mais comme tout homme il a besoin d'être aimé, de recevoir de la compassion. Or c'est peut être aussi cela qui va se passer si le regard du docteur de la loi change, s'il ne le considère plus comme un ennemi mais comme un proche.

SI le pharisien le met à l'épreuve, c'est bien pour pouvoir s'il échoue dans sa réponse, le traîner plus bas que terre, le jeter, le blesser, le dépouiller. Ce que je veux dire c'est que d'une certaine manière Jésus qui est sur la route qui va à jérusalem (route qui peut soit monter, soit en descendre), se fait attaquer par le pharisien qui est d'une certaine manière le brigand.

Simplement Jésus, avec sa manière bien à lui de ne pas répondre aux questions posées mais de faire parler son interlocuteur, le neutralise et c'est match nul si l'on peut dire.

Si le pharisien veut ensuite se justifier ou ou montrer sa justice (ce qui peut faire penser que quelque chose s'est passé à l'intérieur de lui) en posant une question surement rabbinique concernant un éclaircissement de ce mot d prochain,  c'est qu'il ne considère  plus Jésus comme un ennemi, mais comme un quelqu'un qui a quelque chose à dire et dont il accepte l'autorité ce qui n'était pas le cas.

Ce que je veux dire c'est que au dela de la parabole, quand Jésus dit "va et fais de même" je l'entends comme: fais de même envers moi, regarde par toi même, ne tiens pas compte de ce que disent les uns et les autres, et considère toi comme celui qui est proche de moi. En d'autres termes, "aime moi".

Puis jésus va chez Marthe et Marie qui sont des femmes qui l'aiment sans qu'il ait besoin de se justifier.