mercredi, novembre 23, 2016

Luc 17, 7-10: le serviteur qui n'a fait que son devoir.

Le dernier verset de cette petite histoire a longtemps été traduit par serviteur inutile ou serviteur quelconque, ce qui somme toute est peu agréable.

Le mot employé dans le texte pour dire serviteur est de fait le mot esclave et il est bien évident qu'un maitre attend que son esclave lui obéisse et n'a aucune reconnaissance envers ce dernier. L'esclave est là pour ça. Il suffit de penser à ces séries anglaises où l'on voit la place des domestiques.. Ils sont debout de 5h du matin à 23h le soir et jamais personne ne leur dit merci. Avoir le gite et le couvert, c'est bien assez!

En réfléchissant à ce texte, je me disais que Jésus à la fois parle de lui, lui qui est le serviteur, mais qu'il dit aussi, à ceux qui l'écoutent de ne pas se "glorifier" d'être ses disciples parce que lui est différent des autres rabbis. Certes lui il participe à des repas et y prend plaisir, lui il s'occupe parfois de leur fatigue, mais ils sont des disciples, point à la ligne.

En quelque sorte, même si Jésus est un maître qui semble différent, qui semble prendre soin de ses disciples il leur demande quand même des choses bien difficiles, en particulier de pardonner jusqu'à soixante dix sept fois sept fois. Il me semble qu'il essaye de leur faire comprendre que celui qui est appelé, n'a pas (pardon pour l'expression) à péter plus haut que son cul.. Ils sont comme tous les disciples qui ont choisi de suivre un maître. C'est sûr que si l'on pense que l'on est choisi par celui qui est le Messie, donc le nouveau Roi, il y a de quoi s'enorgueilleir.

SI on prend le texte, on peut comprendre que ce que Jésus demande donc à ses disciples, c'est d'une part de s'occuper le la moisson (l'évangélisation pourrait-on dire) : le travail au dehors dans les champs, et d'autre part, de s'occuper de lui (préparer le repas, et servir). Et  cela ce peut être le temps de la prière, de l'étude, de la contemplation. Tout cela c'est normal, il n'y a pas à se glorifier pour cela, d'autant que c'est ce que Jésus a pratiqué. En effet,  dès le début des évangiles, nous voyons Jésus enseigner, guérir (le travail au champ) puis passer la nuit avec son Père (prier, se nourrir de sa présence, de sa parole). En cela il nous montre ce qu'est le serviteur et il nous engage à faire de même.

Alors nous ne sommes peut-être pas des serviteurs quelconques, car Dieu nous connait par notre nom et nous a choisi, nous ne sommes peut-être pas des serviteurs inutiles, même si parfois nous pensons que d'autres pourraient faire beaucoup mieux, nous sommes juste des serviteurs. Finalement nous sommes dans l'intimité du maitre, et si nous sommes fidèles nous pourrons entre dans sa Joie. Et là nous ne serons plus des quelconques ou des inutiles, mais des amis.

dimanche, novembre 20, 2016

Fête du Christ Roi: Lc 23, 35-43

Luc  23,35-45 : Fête du Christ Roi.

Cette scène de la crucifixion de Jésus entre les deux « larrons », fait partie de ces scènes presque trop connues, à tel point que le mot larron qui veut dire, malfaiteur, brigand des grands chemins, détrousseurs, devient presque un  nom propre. Il y a deux personnes qui portent le même nom : Larron. Un gentil et un méchant..

Au centre de cette scène, il y a Jésus au milieu, comme autrefois la femme adultère était" au milieu d’eux". Avec lui, il y a donc ces deux hommes, qui sont des larrons, (ces brigands dont Jésus parle et qui ont détroussé et battu à mort cet homme qui revenait de Jérusalem et qui a été sauvé par un samaritain), et ils ont été pris et condamnés. Comme le dit le « bon », ils ont commis le mal et c’est normal qu’ils le payent. Ils me font un peu penser à la poésie de François Villon ‘la ballade des pendus'. Peut-être que de nos jours ils auraient fait quelques mois de prison, mais en ce temps là, ils servaient aussi d’exemple : la Paix romaine, ne pouvait exister que par la peur.

Et ces deux hommes, certes ils n’ont pas été flagellés comme Jésus, mais ils souffrent. Comme lui, ils sont là, exposés, nus, avec des quolibets et des insultes. Ils sont là pour servir d’exemple : voilà ce qui arrive quand on est méchant, malhonnête.

Quand on a mal, on a tendance à en vouloir au monde entier et à insulter et à en vouloir à tous ceux qui sont autour et qui ne font rien pour vous soulager, alors qu’ils le pourraient. Et ça, c'est ce que va faire l'un des deux crucifié, ces deux aux quels on cassera les jambes en fin de journée pour qu'ils meurent plus vite (évangile de Jean). 

Mais revenons à la scène, car il y a la foule, qui elle se tait et qui est concentrée uniquement sur Jésus et son échec. Cette foule qui comme le diront les disciples d’Emmaüs vit un écroulement de ses espérances.

Il y a les soldats, qui hélas font leur travail de soldats. Ils donnent ce vin aigre, qui est accomplissement d’un psaume, ils e moquent de lui, ce qui est encore la réalisation du psaume 69, 19-21 : « 19Tu connais mon opprobre, ma honte, mon ignominie; Tous mes adversaires sont devant toi. 20L'opprobre me brise le coeur, et je suis malade; J'attends de la pitié, mais en vain, Des consolateurs, et je n'en trouve aucun. 21Ils mettent du fiel dans ma nourriture, Et, pour apaiser ma soif, ils m'abreuvent de vinaigre. ».  Les écritures sont accomplies. Et c’est important car Jésus est bien le Messie, mais pas le Messie de gloire, le Messie Serviteur.

Il y a prêtres, ceux qui ont obtenu ce qu’ils voulaient : éliminer ce type qui fait le bazar dans le temple en démolissant les étalages des vendeurs, qui ne respecte pas le sabbat et surtout qui se prend pour Dieu et qui veut mettre tout le système en pièces.

Et voilà que dans le brouhaha, celui qui sait qu’il a « mal fait » (malfaiteur) s’adresse à l’autre malfrat et lui dit de la fermer, de ne pas aggraver son cas, puis vers Jésus.

Et là quelque chose a dû se passer. Je ne peux m’empêcher de penser à la phrase : « tous venaient vers lui, parce qu’une force sortait de lui ». Et c’est un peu comme si ce voleur, avait ressenti cette autre force qui était en Jésus, cette différence, et il demande de l'aide à cet homme pourtant bien plus  en mal en point que lui. Il lui demande d'être après sa mort auprès de cet homme qui n’est pas comme les autres. Bien sur il reconnaît qu’il n’a pas été un mec génial, mais Lui. Il ne se repend pas pour autant, c’est juste un constat. C’est sa vie et sa vie va s’achever, mais pourtant cette vie, elle peut continuer si cet homme le désire. Et on pourrait presque dire que la réponse de Jésus, « aujourd’hui même tu seras dans mon royaume « (je n’aime pas le terme paradis parce qu’on ne sait pas trop que mettre derrière), est une phrase de roi, une phrase royale, de celui qui a tout pouvoir.

Et Jésus ainsi n’est plus le roi des juifs comme cela est marqué sur sa croix, mais le roi vainqueur du mal et de la mort, le roi de ceux qui reconnaissent qu’en lui, il y a Dieu.



vendredi, novembre 04, 2016

L'intendant avisé: Luc 16

Cette histoire racontée par Jésus dans l'évangile de Luc, suit immédiatement les  paraboles de la miséricorde (qui s'adressent aux pharisiens). Elle est en principe pour les disciples, ceux qui ont donné de leur temps et de leur argent pour suivre Jésus. Mais  si on lit la suite du chapitre, il semble bien que là encore, les pharisiens et leur amour de l'argent (du moins pour certains), soient dans la ligne de mire de Jésus.

Peut-être que Jésus veut faire comprendre à ses disciples, qu'être fils de lumière (c'est peut-être ce que pensent d'eux-même les pharisiens), ne doit pas conduire à une certaine passivité, mais à être attentif à ce que l'on fait avec l'argent. Être fidèle en peu de choses est important. Et la phrase " qui est malhonnête en très peu est malhonnête en beaucoup" évoque notre proverbe: "qui vole un oeuf, vole un boeuf". Il y a donc une mise en garde. Il est aussi possible d'entendre dans ces commentaires de jésus, la parabole des mines: être capable de faire fructifier ce qui a été donné.

Mais en lisant cette histoire, je me suis demandée pourquoi cet  intendant va être jeté dehors. Il ne cherche pas à se justifier, ce qui est assez étonnant. S'il s'était servi dans les caisses de son maître, ce qui pouvait non pas se justifier mais se comprendre, alors il aurait eu de l'argent pour vivre, donc il ne doit pas s'agir de cela. Parce que justement il semble bien que ce ne soit pas seulement autour de l'argent que cela se passe. Il s'agit finalement de filouterie et la filouterie, elle peut déborder. Or Jésus pour qualifier la manière de penser de cet homme pour s'en sortir,  est le mot "avisé" du moins dans la Bible de Jérusalem.

Ce mot avisé on le trouve dans l'évangile de Matthieu pour définir l'homme qui construit sur le roc et non sur le sable, mais aussi pour définir le bon intendant, celui qui donne à chacun sa ration de blé, qui ne frappe pas les serviteurs dont il est chargé, qui ne s'enivre pas et que ne passe pas sa vie dans les bons repas et surtout qui reste fidèle dans la durée. Être avisé, c'est prévoir le futur (ce qui se passe dans la parabole des vierges avisées et des vierges "sottes". Ce gérant est donc avisé, car il prévoir l'avenir, il se débrouille justement pour trouver des personnes qui vont lui donner de quoi manger, qui prendront soin de lui quand il sera sur la paille.

Mais cette manière de faire, qui consiste en quelque sorte à acheter l'autre, à lui forcer la main en lui faisant faire en soi un acte malhonnête, cela crée une complicité dans le mal et en cela cet intendant continue à être fidèle à lui-même, mais il reste dans le mal.

Que Jésus donne cet homme en exemple, cela reste assez étonnant. Que nous utilisions ce que nous avons pour nous faire des amis qui pourront intercéder pour nous un jour ou l'autre, qui pourront nous accueillir oui, que nous n'oublions pas qu'après la mort il se passe des choses c'est ce que montre la fin de ce chapitre avec la parabole la parabole de Lazare le pauvre et du riche, ce qui est peut-être un moyen de faire comprendre aux pharisiens que la réussite terrestre (être riche, avoir des enfants, cela pouvait être compris comme le signe que Dieu récompensaient ceux qui obéissaient à la Loi, qui étaient justifiés par elle), ne veut pas dire que le Salut est obtenu pour autant.

baptême dans l'Esprit.

Le mot baptême renvoie au verbe être immergé ou plongé dans. Si on pense aux personnes qui ont vécu des EMI (expérience de mort imminente), elles sont passés si l’on peut dire par la mort, elles ont vécu une expérience particulière qui les ont changées profondément. Certes elles retrouvent leur corps, mais même si c’est le même corps qui parfois d’ailleurs a guéri sans que l’on comprenne pourquoi et comment, elles ne sont plus les mêmes.

On pourrait dire que le baptême, chez les chrétiens, ce serait quelque chose de cet ordre, mais sans faire réellement l’expérience de la mort. Il y aurait par la plongée dans l’eau, la perte de la respiration, la mort d’un certain individu qui reconnaît qu’il y a en lui du mauvais dont il est incapable de se sortir par lui-même et qui le sépare de Dieu, et qui sait qu’en passant par la mort avec Jésus, un autre être va advenir, un être qui a fait cette expérience de la mort pour devenir un vivant. Pour lui permettre d’assumer cette nouvelle personne qui vient de naître, le don de l’Esprit (confirmation) sera là pour lui donner la force, la foi, la sainteté. Je sais que ce que j'écris là est un résumé.  Mais ce baptême est quand même centré sur la culpabilité, sur la faute, sur la rupture, sur tout ce qui en soi est mort, pour arriver ensuite à la vie .

Par contre le baptême dans l’Esprit, il me semble que la centration est beaucoup plus sur la vie, sur ces charismes qui donnent vie à ceux qui nous entourent, et que même s’il y a immersion, elle est beaucoup plus de l’ordre du bain dans une eau vivifiante, pleine de bonnes choses, qui restaure, qui donne la vie, qui stimule.

Pour moi, si le baptême (sacrement) est plongé dans la mort et la résurrection, ce baptême là n’est pas pour le pardon des péchés, il est participation à la vie qui est en Jésus, vie manifestée déjà pendant sa vie terrestre, mais surtout après sa mort et sa réssurection.

Quand je suis revenue à la foi, ayant travaillé en milieu chirurgical et ayant vu les « trous » et les cicatrices de ces trous, j’ai toujours eu la certitude que quand Thomas a vu les trous dans les mains et dans le côté de Jésus, ce n’est pas quelque chose de sanguinolent qu’il a vu, mais une espèce de tourbillon de lumière, de vie, qui remplissait ces trous. Les trous demeurent, mais ils deviennent habités. Un peu comme si la nuée dont parle l’ancien testament, la nuée qui est aussi la gloire de Dieu, était là. Alors que Thomas ait pu dire « mon Seigneur et mon Dieu » s’explique mieux, en tous les cas pour moi.

Ce que je veux dire, c’est que le baptême dans l’Esprit, c’est être plongé de cette vie là, c’est aussi accepter de s’y abandonner ce qui n’est pas si facile, mais cela n’a plus rien à voir avec la mort. Que ce baptême puisse aussi, parce qu’il est vie, casser un peu la carapace qui nous enferme, la cécité qui est la notre, la surdité qui demeure, c’est certain, mais il est un peu comme cette mer primitive dont parlent certains savants pour expliquer la présence de la vie sur cette terre. Il est signe de la présence de Dieu aujourd’hui, il est signe de l’impalpable et du palpable.



Le baptême dans l’esprit, c’est pour moi comme un océan de vie, cette mer primitive, pleine d’éclairs, de potentiels, de mouvements mais aussi de calme, de paix, de profondeur, et être plongé dans cet océan, cela transfigure. Il ne s’agit plus de mourir à quelque chose, mais de se laisser empoigner par cet Esprit que Jésus a donné d’abord à ses disciples avec le pouvoir de chasser les démons, de guérir mais aussi d’enseigner, puis sur la croix en le répandant sur le monde , puis à nouveau sur ses apôtres après la résurrection (évangile de Jn) puis à la Pentecôte. Quand cet esprit est tombé et sur les apôtres et sur les juifs qui étaient venus célébrer le don de la loi (Pentecôte), pécheurs ou pas, tous l’ont reçu cet esprit qui fait de nous des vivants et des frères. Et cet esprit, ce souffle, c’est le souffle de création.