vendredi, juillet 14, 2017

"Tout pouvoir" Mt 10, 1

« Jésus leur donna tout pouvoir sur les esprits mauvais et de guérir toutes maladies et toute infirmité » Mt 10, 1

Je dois dire que bien souvent j’aimerai avoir ce pouvoir là, pouvoir permettre aux personnes que je rencontre et  j’essaye d’aider, de les délivrer de ces maladies, des ces esprits qui les rendent malades, de ce corps qui est si lourd, si difficile à supporter, mais ce pouvoir je ne l’ai pas. Et pourtant il a été donné à ces hommes que Jésus a choisis mais qui l’avaient eux aussi choisi. Ce pouvoir ne leur appartient pas, il est donné pour faire comprendre aux habitants des villes et villages dans lesquels Jésus va passer que le « royaume » est proche. Aujourd’hui, je dirai que je comprends cela comme : le mal est enfin vaincu, et Dieu est parmi nous. Quand plus tard les disciples (Luc 10, 18)  rentreront de leur mission, Jésus ne dit-il pas qu'il voyait satan tomber comme l'éclair? 

Je ne me suis jamais préoccupée de ce qu’on appelle la magie, mais j’ai régulièrement dans ma boite à lettre des petits papiers me disant de contacter un « marabout » qui me donnera la réussite dans mes affaires et surtout en amour et qui me promet un remboursement si je cela ne marche pas. Sur les aires d’autoroute, on trouve maintenant des petits livres qui enseignent la magie, c’est à dire finalement de pouvoir avoir comme on dit le bonheur et la réussite de manière immédiate et éventuellement de faire du mal à ceux qui se dressent sur mon chemin.

Or si on relie ces pouvoirs donnés par Jésus à ses apôtres avec ce qu’il avait proclamé dans les Béatitudes, on se rend bien compte que cela n’a rien à voir avec de la magie, qu’elle soit blanche ou noire. Pour Jésus, est heureux celui qui a un cœur de pauvre, qui est un instrument de paix,  qui a un cœur pur, bref quelqu’un qui est en relation à Dieu. Le bonheur et la joie qui sont les récompenses promises : voir Dieu, être un artisan de Paix, sont les signes de cette relation rendue possible tant envers Dieu qu’envers les autres par un cœur qui s’ouvre à l’Esprit Saint. Il s’agit de respecter l’autre, de ne pas se centrer soi.

Alors ces pouvoirs donnés aux apôtres sont là pour montrer la puissance de Dieu, pour faire comprendre que Dieu a visité son peuple, qu'il est présent, qu'il se bat avec nous, mais ce n'est ce n’est pas de la magie.


Jésus c’est pas un magicien, même s’il guérit ceux qui étaient des incurables, Jésus n’est pas un magicien, même si les esprits et les éléments lui obéissent, il est le signe que Dieu est parmi nous.

samedi, juillet 08, 2017

« Offrez des offrandes justes et faites confiance au Seigneur » Ps 4,6

« Offrez des offrandes justes et faites confiance au Seigneur » Ps 4,6

C’est le psaume est lu toutes les semaines le samedi soir pour l’office des complies. Avant de dire pourquoi j’ai choisi d’en parler, je voudrais le commenter très brièvement.
PSAUME : 4
2Quand je crie, réponds-moi, Dieu, ma justice !
Toi qui me libères dans la détresse,

pitié pour moi, écoute ma prière ! 

SI ce psaume est écrit par David, j’aime bien son interpellation à Dieu : Je crie, j’ai des ennuis, réponds moi, car je sais que tu me libère quand je suis dans les ennuis (pour ne pas dire autre chose).

3Fils des hommes,
jusqu'où irez-vous dans l'insulte à ma gloire, *

l'amour du néant et la course au mensonge ? 

Puis David interpelle ceux qui lui veulent du mal, (d’après les commentaires, les partisans de son fils Absalon) et il les attaque si l’on peut dire, ce qui permet à l’agressivité de s’exprimer en mots, ce qui en soi est très libérateur. Il n’y a pas de d’insultes, juste un constat.

4Sachez que le Seigneur a mis à part son fidèle,
le Seigneur entend quand je crie vers lui. 

David rappelle que c’est lui qui reçu l’onction, qui a été fait roi de Juda et d’Israël, et que le Seigneur est avec lui.

5Mais vous, tremblez, ne péchez pas ;
réfléchissez dans le secret, faites silence. 

L’admonestation de David, nous pouvons l’entendre. Faire silence pour prendre le temps de passer du temps avec soi-même, prendre le temps, se remettre aussi en cause, ne pas être sûr de son bon droti..

6Offrez les offrandes justes
et faites confiance au Seigneur. 

Offrir des offrandes qui soient agrées par le Seigneur, et lui faire confiance. Normalement c’est ce que fait David. Moi aujourd’hui qu’est ce que ce verset peut me dire ?Qu’est ce qu’une offrande « juste » ?

7Beaucoup demandent :
« Qui nous fera voir le bonheur ? » *

Sur nous, Seigneur, que s'illumine ton visage ! 

8Tu mets dans mon cœur plus de joie
que toutes leurs vendanges et leurs moissons. 

Pour David, la quête du bonheur est peut-être une des caractéristiques de l’humain, mais sa réponse (et pourtant il en a obtenu des choses lors de son règne), c’est que seule présence ressentie de dieu, donne le bonheur et que ce bonheur est au delà de ce que peuvent donner les réussites humaines.

9Dans la paix moi aussi, je me couche et je dors, *
car tu me donnes d'habiter, Seigneur,
seul, dans la confiance.

Le dernier verset montre que celui qui fait confiance en Dieu, ce qui doit être le cas de David qui est pourtant dans la tourmente, reste dans la paix.

C’est un psaume que j’ai toujours aimé, surtout le verset 8, pour lequel ça « chante « autrement pour moi « tu as mis en mon cœur plus de joie qu’au jour où leur froment, leur vin nouveau, débordent ». Et j’aime cette notion d’abondance. Avoir en soi une joie plus grande qu’au moment de la récolte, montre qu’il y a une joie supérieure à celle liée à la réussite, à la possession. Cette joie là est don de Dieu.

Mais en lisant ce psaume, le verset 6 s’est fait mystérieux. Quand je bute que un mot, sur un verset, je sais par expérience que quelque chose doit se creuser en moi. Ce verset le voici :  « Offrez les offrandes justes et faites confiance au Seigneur ». Ce verset je l’ai lu, relu, re relu, mais il résistait, parce que je me demandais que ce que pouvait être pour moi, dans mon aujourd’hui, une offrande juste.

Si du temps de David et durant bien des siècles il était normal d’offrir des sacrifices aux dieux, pour se les concilier, pour les remercier, pour les honorer, qu’est ce que je peux aujourd’hui mettre sous ce mot offrande. Quel cadeau puis-je faire à Dieu, qui comme il dit dans un psaume : « si j’ai faim irai-je te le dire, tous les animaux sont à moi » !

Si je peux donner un cadeau à quelqu’un que j’aime (ou n’aime pas) quand il s’agit de Dieu, du Tout Autre, de celui qui c’est très poétiquement rapporté dans le livre de Job est le créateur des levers et des couchers de soleil, que puis-je lui offrir qu’il ne possède pas ?

Et pourtant à chaque messe, le prêtre offre au Père le corps du Fils, de son Fils, ce corps nouveau du fils dans la Gloire, mais je reviendrai sur cela, parce que je crois que le cadeau que m’a fait ce psaume est à ce niveau là.

Pour en revenir à la notion d’offrande « juste », c'est l'adjectif ajusté qui m'a paru le meilleur: une offrande ajustée à ce que Dieu attend. Car cette offrande, ce cadeau, c’est à Lui qu’on l’offre, mais se pose bien la question de savoir  ce qu’Il attend et que Lui offrir.

J’ai alors repensé au début du livre de la Genèse au chapitre 4 et aux offrandes des deux frères. Il y a des offrandes végétales  de Caïn et des offrandes animales d’ Abel. Mais ces dernières sont plus des sacrifices que des offrandes car les bêtes sont tuées elles sont réellement sacrifiées et manifestement Dieu semble avoir une préférence pour l’offrande animale qui est acceptée alors que l’offrande de Caïn est rejetée. Une offrande est juste, l’autre ne l’est pas. Si on se réfère  à ce qu’écrit Marie Balmay  dans « la divine origine » pour comparer les deux offrandes, il semble évident qu’une des offrandes est faite avec le cœur, et l’autre pas. L’offrande de Caïn (et les rabbins expliquent cela très bien), est faite à contrecœur, et elle est refusée ; cette offrande n’était pas une offrande juste. Si le péché a pour signification « manquer sa cible », d’emblée cette offrande là, qui manque sa cible, c’est à dire la relation avec Dieu, cette offrande « pas acceptée » renvoie au péché et le dialogue de YHWH avec Caïn se comprend encore mieux. Mais cela me renvoie à mon questionnement qu’est ce qu’une offrande juste ?

Mais si je prends la différence entre les deux dons, il semble que l’offrande ou le sacrifice juste est quelque chose qui est donné avec son cœur, dans l’idée de donner le meilleur et de le donner avec plaisir et avec joie.

Il y a dans le psaume 50 un verset qui conclue en partie le psaume et qui dit :  «  d’un cœur broyé , brisé tu n’as pas de mépris « . Alors l’offrande va avec ce qui se passe dans le cœur et ce cœur on peut l’offrir, enfin en principe, parce que moi qui me sens toujours les mains vides, qu’est ce que je peux offrir ?

Alors quelque chose s’est passé pour moi, quelque chose dont je peux témoigner ici. Quand on participe à l’eucharistie le prêtre offre à Dieu, le pain et le vin (le froment et le raisin comme dans le psaume), puis il demande que l’Esprit Saint fasse de ces offrandes  le corps et le sang du Fils.  Le prêtre étend les mains sur les offrandes, et demande à l’Esprit Saint de transformer ces « espèces naturelles » en autre chose  à savoir la présence du Fils dans on corps de ressuscité. Or en participant à une eucharistie matinale au Prieuré d’Etiolles, où nous nous mettons en cercle autour de l’autel, au moment où le prêtre a prononcé ces paroles, je me suis dit que je ne voyais pas pourquoi l’Esprit Saint se cantonnerait au pain et au vin, parce qu’Il souffle où II le veut, et pourquoi Il ne ferait pas de nous à ce moment là comme des petits morceaux de Celui dont nous célébrons la présence. 

Alors dans cette optique de partage, je me dis que ce qui est offert là au Dieu que nous nommons Père, est une offrande juste et que nous pouvons le louer de nous accepter avec notre pauvre cœur, parce que notre pauvre cœur il est comme assimilé à celui de son Fils et ce cœur là, il est parfait.


Il a fallu presqu’un mois de « remâchage » de ce verset, d’écriture, de réécriture pour qu’il s’imprime en moi. Que grâces soient rendues, car il y a en eu en mon cœur plus de joie qu’au jour où le vin nouveau déborde !