mardi, juillet 02, 2019

Le disciple qui voulait enterrer son père: Mt 8,21-27

 Les versets de l'évangile de Matthieu proposés hier par la lecture continue de ce texte étaient très proches de ceux lus dimanche dans l'évangile de Luc. Mais dans Matthieu, la réponse de Jésus à ce scribe qui veut le suivre, et qui indique que le suivre cela veut dire renoncer à toute sécurité, et celle donnée à celui qui vient de perdre son père, sont rapportées dans un contexte très différent. Si chez Luc, on est au moment où Jésus commence la route (longue) qui va le mener à Jéricho puis à Jérusalem, là, on vient de terminer le grand discours sur la montagne, et Jésus en quelque sorte commence sa vie publique. J'ai pensé que ce disciple, qui vient d'entendre que Jésus veut partir sur l'autre rive, et qui vient d'apprendre que son père est mort et donc qu'il doit faire ce que tout bon fils doit faire, a dû être surpris par la réponse de son maître et que ce qu'il a vécu ensuite dans la barque lui a certainement permis de vivre quelque chose de l'ordre de la nouvelle naissance.

Le disciple qui voulait enterrer son père raconte

Quand il nous a dit qu'il voulait partir, aller sur l'autre rive, faire des guérisons et chasser les esprits mauvais, j'ai trouvé que c'était bien de quitter Capharnaüm. Seulement quelqu'un de ma famille est venu m'annoncer que mon père venait de mourir. Et du coup, j'étais bien partagé. C'est aujourd'hui qu'il va être mis en terre. Et normalement c'est à moi d'être là, de chanter le Kadish. Et cela ne changera pas grand chose, car je pourrai bien rattraper Jésus dès demain. Ma famille comprendra. Mais comme je fais partie des disciples, j'ai voulu mettre Jésus au courant de ce qui se passait, lui faire comprendre que j'allais m'absenter le moins longtemps possible, mais m'absenter quand même. Et là il m'a littéralement soufflé. J'ai eu un peu l'impression que le monde s'effondrait... Il avait déjà donné une réponse étonnante à un scribe qui, comme la Ruth de Naomi, voulait le suivre partout où il irait. Il lui a fait comprendre que lui, le Fils de l'Homme, n'avait pas de lieu pour se reposer, et que le suivre, ça n'allait pas être de tout repos, surtout pour un scribe, qui a quand même ses habitudes... Je crois que le scribe, ça l'a refroidi...

Ce que je veux dire, c'est que je m'attendais à ce qu'il m'embrasse, me console.. Mais non, pas du tout. Il a eu une phrase à la fois terrible, parce que c'était un "non", et étonnante, parce qu'il m'a dit: "Laisse les morts enterrer leurs morts". Sauf que je n'ai pas compris. Enfin ce que j'ai compris, c'est qu'en le suivant, il faisait de moi un vivant, et que c'était la vie que je devais proclamer, le salut, et non retourner en arrière, pleurer et me lamenter avec eux parce que mon père était mort. Mais ce n'est pas si simple... 

Ensuite j'ai embarqué avec lui. Et là, il y a eu une tempête comme j'en ai rarement vu. On aurait dit que la mer voulait absolument nous faire chavirer. Il y a un psaume qui parle de nos ancêtres qui ont pris la mer, et qui dit: "Et ils criaient vers le Seigneur dans la détresse; de leur angoisse il les délivre. Il ramena la bourrasque au silence et les flots se turent" 107, 28-29. Sauf que là, ce n'était pas le Seigneur qui avait envoyé cette tempête, c'étaient toutes les forces de mal qui se déchaînaient pour nous noyer, pour noyer Jésus, pour l'empêcher de continuer son œuvre. Et - ne me croyez moi si vous voulez - mais lui, il dormait comme un bienheureux.

C'était incroyable, il dormait vraiment comme une souche. Alors Simon, celui qu'on appelle Pierre est allé le réveiller. Il fallait qu'il fasse quelque chose, sinon on allait tous mourir. On était vraiment en danger de mort. Et là, sa réponse une fois de plus m'a déconcerté. C'est tout juste comme s'il nous avait engueulé en nous demandant pourquoi nous étions aussi paniqués, comme si nous ne savions pas, que lui avec nous, nous n'avions rien à craindre, qu'il était notre rocher, notre bouclier? 

Il s'est mis debout dans ce bateau qui tanguait, qui prenait du gite, et un peu comme Moïse, mais sans bâton, il a menacé la mer et celle-ci s'est calmée. Il y a eu un grand silence, et on n'entendait plus que le clapotement des vagues contre la barque. 

Peu de temps après, on a trouvé le port. Et ceux qui étaient là, qui avaient vu et entendu la tempête, et le calme qui avait suivi, étaient dans l'étonnement devant mon maître, qui est le maître des éléments. 

Alors moi, qui ai cru mourir sur cette barque, j'ai été vraiment sauvé aujourd'hui et j'ai bien fait de lui obéir, et de ne pas aller enterrer mon père. Il voulait que je sois un vivant. Désormais je pourrai expliquer aux autres ce qu'est le salut, et pourquoi son nom - "Dieu Sauve" - n'est pas un nom donné comme cela, mais qu'il est vraiment celui qui nous délivre de la mort.

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