mercredi, février 18, 2026

Marc 7, 31-37? Guérison du sourd-bègue en Décapole;

Le sourd qui avait du mal à parler. Mc 7, 31-37

 

"Ouvre-toi ou Sois ouvert."

 

Cette péricope je l'ai mise dans la bouche d'un disciple de Jésus, qui a vu le miracle de la multiplication des pains, qui a été sur la barque ballotée par la tempête et qui a été pris de stupeur en voyant Jésus marcher sur la mer. https://giboulee.blogspot.com/2022/02/marc-7-31-37-ils-lui-demandaient-de.html

 

Cette fois-ci, lorsque j'ai commencé à travailler le texte (voir à la fin du billet) et je me suis rendue compte que je me concentrais uniquement sur cet homme qui est conduit à Jésus, et qui subit (si je puis dire) les doigts dans les oreilles, le crachat de Jésus sur sa langue, puisque ce serait une traduction plus exacte, qui voit Jésus lever les yeux vers le ciel, soupirer, dire ce mot que lui ne comprend peut-être pas, s'il ne parle que grec, et constater sa guérison. Ce sera donc lui qui racontera. Mais avant de lui laisser la parole quelques réflxions.

 

J'ai lu différents commentaires. Pour Jean Tauler, en refusant d'écouter Dieu, Adam (et Eve) s'est rendu sourd à la voix de Dieu, et cela nous a été transmis. Et du coup nous sommes aussi muets, parce que devenus incapables d'entendre ce qui se passe en nous et de l'exprimer. 

 

Pour d'autres, cet homme de la Décapole représente la paganisme, l'adoration des idoles. Or les idoles, elle ont, nous dit Isaïe, des oreilles et elles n'entendent pas (les appels , une bouche mais elles ne parlent pas (contrairement au Dieu d'Israël) . Si on va dans l'évangile de Matthieu, qui rapporte un miracle assez analogue, mais en Galilée, l'homme est considéré comme un possédé, pas seulement comme un infirme Mt 9, 32. 

 

S'il s'agit d'un exorcisme, la manière d'être de Jésus se comprend peut-être mieux. Il se tourne d'abord vers son Père, ce qui le met lui, en lien avec ce lieu où si je puis me permettre, tout est grâce. Le soupir qui vient ensuite, montre la nature pleinement humaine de Jésus, confronté avec le mal. Et les mots, effata, qui devrait être traduit par "sois ouvert" et non pas pas "ouvre toi", est un ordre donné à l'homme pour que l'esprit sorte de lui. On retrouvera d'ailleurs ce soupir peu de temps après, sur la barque. Les disciples n'ont que faire de l'enseignement de Jésus sur le levain des pharisiens et du levain d'Hérode). Ils se disputent plus ou moins pour savoir quel est l'idiot qui a oublié de prendre du pain pour tous. Là Jésus doit se sentir bien seul et bien incompris. Il y a de quoi lever les bras au ciel et se soupirer.

 

Je voudrai revenir sur ce mot prononcé en araméen, ce qui est toujours précieux pour nous. Si effata ne veut pas dire ouvre-toi, (comme dans le conte des mille et une nuits) mais sois ouvert, https://www.abbaye-hauterive.ch/fileadmin/user_upload/Documents/AbbayeHauterive/WWW/Editors/la-communaute/fichier-pdf/2012-homelie/2012-09-09-homelie.pdf , c'est très différent, en tous les cas pour moi. 

 

Pardonnez-moi, mais cela me fait penser à une boite de sardine que l'on ouvre avec une clé un peu spéciale (enfin c'était comme cela autrefois, et le couvercle s'enroule autour de la clé et permet de voir le contenu de la boîte).Mais cela demande un certain travail. Cela ne se fait pas tout seul. 

 

Je peux alors penser que quelque chose de mauvais peut alors sortir de lui, quelque chose qui l'entravait, et cette guérison est d'abord un exorcisme. Il s'agit bien de faire sortir les forces du mal qui entravent, qui rendent sourds, qui aveuglent, forces du mal que nous avons déjà vues régner en maître à Gérasa (cette légion qui a pris possession d'un seul homme). 

 

Mais qui est cet homme, qui n'a rien demandé? Pour moi, s'il est sourd et s'il arrive quand même à parler un peu, à émettre ses sons audibles, c'est qu'il n'est pas un "sourd profond" . le fait qu'il soit "bègue" comme Moïse, permet de penser qu'il est devenu comme cela d'un coup, parce qu'un esprit mauvais s'est emparé de lui. Bien entendu, on peut aussi penser à une maladie plus "psy". Se fermer, se renfermer comme une boite de conserve bien fermée, pour se protéger de quelque chose qui a fait effraction, perdre le désir de communique (la parole). On peut toujours trouver si on cherche. Là ce ne serait pas un esprit mauvais, encore que le mal est présent et qu'une guérison est nécessaire. 

 

 Le sourd qui avait du mal à parler raconte.

 

 

J'habite dans la Décapole, le territoire où se trouvent les dix cités grecques. Les juifs ne nous aiment pas. Ça leur rappelle le temps lointain où ils étaient sous la domination grecque, mais c'est le passé. Un jour une petite troupe débarque dans mon village. Là je n'ai pas trop compris ce qui arrive, mais on vient me chercher pour me présenter à l'un d'entre eux. Je suppose que ce doit être un guérisseur, parce qu'alors pourquoi me chercher. 

 

Que lui demandent-ils pour moi, je ne sais pas, mais naturellement à moi, on ne me demande rien. Et pourtant ils savent bien que j'entends un tout petit peu. Mais c'est comme ça. Plus tard, je saurais qu'on lui demandé qu'il m'impose les mains, parce que ces mains-là, elles ont chassé une légion de démons d'un homme qui vivait à Gérasa. C'est vrai aussi, qu'ils pensent que je suis possédé, mais pour eux, toute maladie est provoquée par un esprit mauvais. Et pourtant , on en a offert des sacrifices aux Dieux , mais Esculape n'a rien pu faire pour moi. 

 

Bref, voilà qu'il me prend par la main et qu'il me fait sortir du village. Il ne dit rien, moi non plus, et pour cause. On s'arrête sous un arbre. Il fait bon. Il doit y avoir des oiseaux, des chiens qui aboient mais je ne les entends pas. Je le regarde, il me regarde. J'aime son regard. Que va-t-il me faire? 

 

Et voilà, qu'il met ses doigts dans mes oreilles. Et là je sens comme une vibration infime en moi, mais ça ne dure pas. Il me fait ouvrir la bouche et crache dans la mienne. Je sais que les guérisseurs font cela. Je ne suis pas très rassuré. Puis rien. Le temps s'arrête. Je ne peux pas dire les choses autrement. Jusque-là il me regardait, là, il ne me regarde plus. Et moi j'ai le goût de sa salive sur ma langue, ma langue qui est comme entravée puisqu'elle déforme les mots. Je ne bouge plus, je ne sais pas que faire.  

 

 

Il lève les yeux vers le ciel, et là je certain qu'il doit prier son Dieu. Est-ce pour moi qu'il prie? Pour que son Dieu me guérisse? Un profond soupir sort de lui. Je sens son souffle arriver sur moi. Ses lèvres bougent, il prononce donc un mot. Je l'entends ou plutôt j'en devine la musique. Il a dit effata, un mot de son pays à lui, un mot qui veut dire ouvre-toi, mais aussi sois ouvert.

Là, je m'ouvre à lui, je m'ouvre à sa présence. Je me rends compte que depuis longtemps je me suis coupé du monde, que je ne veux plus les entendre, plus les voir, plus leur parler, que je me suis lié tout seul, et que je sors grâce à lui de cet enfer. Mais s'ouvrir ce n'est pas si simple. Heureusement qu'il est là, avec moi et pour moi. 

 

Je sais que je suis guéri, parce que je lui fais confiance. La petite vibration que j'ai senti dans mes oreilles revient, mais plus forte et pourtant elle reste dans la douceur. J'entends le chant des oiseaux, j'entends le bruit du vent dans les feuilles de l'arbre; j'entends et ma bouche, ma langue n'est plus paralysée. Je suis bouleversé. Il m'a délivré, il a ouvert mes oreilles, il a délié ma langue. Le mauvais qui avait pris possession de moi est parti.

 

 

Nous rentrons au village. Les autres nous accueillent, Et moi, je parle, je parle, je ne peux plus m'arrêter. Si je le pouvais je voudrais chanter ses louanges. Mais lui, il nous nous demande de ne rien dire à personne. Moi je veux bien mais les autres n'en n'ont que faire, la nouvelle se répand vite. Alors il ne reste pas, il reprend sa route en nous laissant avec une question sans réponse. Qui est-il celui-là.

 

Un des juifs qui habite avec nous, nous donne une réponse, celui qui fait entendre les sourds et parler les muets, dans leurs écritures c'est leur Dieu. Alors qui est-il celui-là?  Est-ce que le Dieu des Juifs est venu me visiter? 

 

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 Annexe: travail sur le texte.

 

S'il n'y avait pas eu ce travail préliminaire, le récit précédent n'aurait pas pu prendre forme. 

 

31 En ce temps-là, Jésus quitta le territoire de Tyr ; passant par Sidon, il prit la direction de la mer de Galilée et alla en plein territoire de la Décapole.

 

32 Des gens lui amènent un sourd qui avait aussi de la difficulté à parler et supplient Jésus de poser la main sur lui.

 

Lu, le sourd, ne sait pas ce qui se passe. Il est passif, comme souvent les porteurs de handicap. On le conduit à un homme qu'il ne connait pas, on parle devant lui. Peut-être que s'il parle il sait un peu lire sur les lèvres. Qui est cet homme?  On est dans un certain anonymat; des gens, un village inconnu, un homme dont on ne connait pas le nom.

 

33 Jésus l’emmena à l’écart, loin de la foule, lui mit les doigts dans les oreilles, et, avec sa salive, lui toucha la langue.

 

 

Et voilà que cet homme le prend par la main (ou pas) ou lui fait signe de le suivre, mais les autres restent là. Cela l'homme l'apprécie. Ce "être à l'écart", on l'a entendu quand les apôtres reviennent de leur première mission; Jésus leur propose d'aller à l'écart, pour se reposer. Il fera de même, dans une autre péricope, la guérison (en deux temps) d'un aveugle Mc 8, 22 et suivants. La démarche est très semblable. Il n'impose pas les mains devant tout le monde, mais il prend par la main et il guide là aussi "à l'écart". Pour ma part, j'aime cette sollicitude de Jésus. C'est bien quelque chose de très particulier qui va se nouer.

 

Là Jésus se comporte avec lui comme tout guérisseur. Il touche les oreilles, il met sa salive sans sa langue (je dirai presque dans sa salive, comme pour la changer, la transformer). Peut-être que ces gestes sont là pour expliquer ce que Jésus veut pour lui, à la demande de ces "gens" qui l'ont conduit à cet homme.

 

34 Puis, les yeux levés au ciel, il soupira et lui dit : « Effata ! », c’est-à-dire : « Ouvre-toi ! » 35Ses oreilles s’ouvrirent ; sa langue se délia, et il parlait correctement

 

Jusque-là Jésus le regarde, maintenant il ne le regarde plus. Il a les yeux tournés vers le ciel et manifestement il prie. Il soupire et le souffle divin est là, sur cette souffrance. Une parole, ouvre-toi ou sois ouvert. 

 

Si c'est "sois ouvert", cela respecte d'avantage la liberté. L'homme peut accepter ou refuser. Parfois l'enferment a du bon, il peut être protection. Mais dans tous les cas, il s'agit bien se sortir d'un enfermement.

 

Puis, j'imagine, le ressenti de l'homme qui entend le bruit du vent autour de lui, qui comprend qu'il est guéri et qui se met à parler. Libération. Il est libre, libre comme l'air qui l'a enveloppé à un moment. Il n'est plus infirme, il est guéri.

 

Le correctement, me fait penser à la guérison du possédé dans Luc. L'homme est vêtu correctement. Le lien social est rétabli. Cela irait dans le sens de maladie possession. 

On retrouve le "il soupira" juste après quand les pharisiens demandent à Jésus un signe. Mais là, il me semble que c'est un soupir de lassitude, sauf qu'il s'agit bien aussi de surdité, sauf que là, Jésus ne peut rien faire, car il n'y a pas de demande de guérison.

 

36 Alors Jésus leur ordonna de n’en rien dire à personne ; mais plus il leur donnait cet ordre, plus ceux-ci le proclamaient.

 

On retrouve cela dès la guérison de lépreux, dans les expulsions d'esprits mauvais, lors de la guérison de la fille de Jaïre. Ne pas répandre la nouvelle parce que le temps n'est pas encore le bon. Et que Jésus respecte le "tempo". 

 

37 Extrêmement frappés, ils disaient : « Il a bien fait toutes choses : il fait entendre les sourds et parler les muets. »

 

Les habitants sont plus frappés de stupeur comme les apôtres dans la barque, devant la puissance de cet homme. Qui est cet homme qui a de tels pouvoirs? Faire bien toutes choses, seul Dieu peut le faire.

 

Il y aurait deux références, une à Isaïe 29, 18, 17 Ne le savez-vous pas ? Encore un peu, très peu de temps, et le Liban se changera en verger, et le verger sera pareil à une forêt.18 Les sourds, en ce jour-là, entendront les paroles du livre.Quant aux aveugles, sortant de l’obscurité et des ténèbres, leurs yeux verront. 19 Les humbles se réjouiront de plus en plus dans le Seigneur, les malheureux exulteront en Dieu, le Saint d’Israël. Cela renvoie aux temps messianiques.

L'autre au psaume 113.à un psaume : Comme leurs idoles ils « ont une bouche et ne parlent pas… des oreilles et n’entendent pas. » (Psaume 113) 

 

 

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