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jeudi, mars 10, 2011

Très brève: Jn3,14 "Et comme Moïse a élevé le serpent..."





En réfléchissant ce matin, je me disais qu'une tumeur cancéreuse peut parfois arrêter son oeuvre de mort si on bouche tous les canaux qu'elle a crée pour l'alimenter et pour diffuser. Elle se sclérose et meurt. Je ne suis pas sûre que cela ait été réalisé, mais c'est une piste de recherche.


D'une certaine manière la tumeur attire tout à elle.  Elle se nourrit de tout l'organisme, elle le colonise et elle finit par faire mourir celui qui en est porteur. Peut être peut on y voir une sorte de représentation du mal. Pour que celui ci soit vaincu, il faut d'une certaine manière cesser de l'alimenter, boucher les canaux, combler. 


Alors je me suis demandée si quand Jésus dit Jn3, 14 "Et comme Moïse a élevé le serpent dans le désert, il faut que le Fils de l'homme soit élevé"en ne tenant pas compte du verset suivant), s'il ne faudrait pas regarder Celui qui est sur la croix est une représentation du mal (après tout le serpent en est une). Il attire ainsi sur le Lui le mal (Paul ne dit-il pas que Jésus s'est fait péché pour nous) ce qui nous en délivre. Mais être comme un malfaisant c'est être un mauvais. 


Si Jésus attire ainsi le mal en Lui, un peu comme un paratonnerre, alors il nous en délivre, et il est conforme à ce qu'écrivait le prophète Esaïe dans le 4° chant du serviteur Es 53. 


Voir en cet homme une représentation du Mal c'est comprendre que Jésus en prenant le Mal sur Lui et en Lui , en en mourant, est Celui qui nous donne "La vie éternelle" (verset 15) vie qui commence dès aujourd'hui avec la Présence de Dieu en nous.


La résurrection étant comme la preuve que le Mal peut être vaincu, que la tumeur peut être asséchée et que l'homme peut vivre.


Sauf que le combat est loin d'être terminé, mais que le don de l'Esprit Saint permet jour après jour, heure après heure, seconde après seconde de travailler à assécher cet autre "qui rôde cherchant qui dévorer". 





dimanche, août 15, 2010

2Cor 4, 7:Ce trésor nous le portons dans des vases d'argile;


Pendant la messe de l'Assomption, je pensais à l'Esprit Saint et sur ce don qui peut nous être fait chaque jour si nous le demandons, cet Esprit qui a rempli Elisabeth et bébé Jean quand Marie, l'Arche de l'alliance s'est approchée d'eux. 


Il m'est alors venu en mémoire une des phrases de la seconde épître aux corinthiens:
 2Cor4,7: "et ce trésor nous le portons dans des vases d'argiles pour que cette incomparable puissance de Dieu soit en nous..."


Alors je me suis dit que comme l'argile est poreux, l'Esprit ce don de Dieu ne peut pas demeurer totalement en nous, il s'échappe, alors c'est tous les jours que nous avons à demander d'être remplis de cet Esprit, de manière à ce que l'argile ne se fissure pas, ne se dessèche pas. Cela c'est de notre responsabilité. 



samedi, avril 10, 2010

"Noli me tangere"Jn 20,17



Résurrection

Quand on est au chevet de quelqu’un qui est en train de mourir et si cette personne a été le compagnon ou la compagne de toute une vie ou s’il s’agit d’être très cher, il peut arriver, que au plus profond de soi, on se sente capable de dire à cette personne, même si elle est dans le coma, qu’on lui donne la permission de s’absenter de son corps, de partir, d’aller là où elle doit aller, bref qu’on lui permet de mourir.

Je crois que c’est peut être la plus belle preuve d’amour que l’on puisse donner, je ne te retiens pas, même si pour moi ce sera terrible, mais je t’aime alors quitte ce lieu où tu n’as plus rien à faire.Vas là où tu dois naître.

Quand Jésus au petit matin de Pâques dit à Marie Madeleine « noli me tangere » je crois qu’Il lui demande quelque chose de cet ordre : laisse moi aller vers mon Père, car c’est ce qu’il y a de mieux pour moi. Si tu m’aimes, laisse moi partir. Si tu m’aimes laisse moi aller là où je dois être, vers mon Père et dans son amour. Et réjouis toi de ce départ, de cette absence, car je retourne là d'où je suis venu.

Ton amour si intense soit-il, est un amour qui lie, qui d'une certaine manière me retient, qui pèse. Délies moi de cet amour qui a été bon mais qui doit se transformer, laisse moi partir. Et ainsi tu seras reliée à moi autrement car je pourrais te faire don de l’Esprit Saint, de cet amour transformant qui doit être donné à tous.

Si tu me retiens, (ou si je me laisse retenir) ma mort ne donnera pas les fruits qu’elle doit apporter.

Lier, délier, relier, c’est cela la résurrection pour chacun d’entre nous. Avoir certes de l'amour, mais accepter de ne pas s'y cramponner, apprendre à le laisser mourir pour que quelque chose de neuf de radicalement nouveau puisse advenir. Ce peut être le passage du "philein" à "l'agape" cet amour qui laisse l'autre totalement libre. Sortir d'un amour essaye malgré tout de s'approprier l'autre pour accéder à une autre relation d'amour. Le Christ ressuscité n'est plus le Christ terrestre.

vendredi, février 12, 2010

Jn6,57: "de même celui qui me mange, lui aussi vivra par moi".




Jn,6,57 "De même que le Père, qui est vivant, M'a envoyé et que Je vis par le Père, de même celui qui Me mange lui aussi vivra par Moi".

Une des difficultés avec le discours sur le pain de vie (Jn 6), c’est son côté cannibalique : manger la chair (la viande) boire le sang. D’ailleurs la fin du chapitre montre bien combien ce discours fut insupportable, même pour ceux qui se pensaient être des disciples.

Mais ne peut-on entendre du moins aujourd’hui et dans notre culture française les choses autrement ?

Mais ne dit on pas de quelque qu’un que l’on aime que l’on se « nourrit de sa présence » ?
Ne dit-on pas que « l’on boit » les paroles de quelqu’un ?

Les paroles ne sont elles pas ce qui sort comme un flot de la bouche de quelqu’un (un flot de paroles), un peu comme un fleuve ? Chacun sait que les paroles peuvent parfois tuer… les paroles qui sortent de la bouche de jésus sont porteuses de Vie et cela nous le savons, même si parfois elles sont difficiles à entendre et à mettre en pratique. Alors les paroles qui sont source sont aussi comme le sang (transfusion) qui donne la vie. Les paroles qui sortent de la bouche de Dieu, ne tombent pas sur le sol, mais en nous si nous ouvrons l’oreille et le cœur et elles nous font vivre : Es55,11 « ainsi en est-il de la parole qui sort de ma bouche, elle ne revient pas vers moi sans effet, sans avoir accompli ce que j'ai voulu et réalisé l'objet de sa mission."

Quant à se nourrir de la présence de quelqu’un, c’est peut-être quand nous sommes confrontés à un deuil que nous nous rendons compte combien la présence de l’autre nous avait nourris et rassasiés jusque là. C’est aussi l’expérience de toute relation amoureuse (quand on a l’impression que l’autre juste quand il est là vous rend plus vivant, plus heureux. On se nourrit de l’autre quand on le regarde, quand on le sent, quand on le touche, quand on entend le son de sa voix (ne peut-on penser à Marie de Magdala qui est comme régénérée, vitalisée quand elle appelée par son prénom au matin de la résurrection ?). L’autre expérience que nous avons de nous nourrir du corps de l’autre c’est quand nous avons la chance d’avoir un bébé: il se nourrit de nous comme nous nourrissons de lui, quand nous nous émerveillons quand nous sommes comblés, rassasiés par le présence de cet être en devenir.

Alors bien au delà du cannibalique, il y a bien dans ces paroles de Jésus l’annonce de ce qui sera la symbolique de l’eucharistie : faire mémoire de sa présence par le rappel à la fois de ses paroles qui nous rendent vivants et de son amour qui a pris corps et qui nous donne paix et joie.

Il ne s’agit pas d’incorporer du sang et de la viande pour voler la force de celui qui se dit fils du Père, mais de recevoir ce dont nous avons besoin pour sortir de notre animalité, et de devenir des Vivants, des hommes debuts et ce même au moment de la mort.

lundi, février 08, 2010

La parabole de la graine de moutarde.Mat13, 31-32




"Le royaume de Dieu est semblable à un grain de moutarde qu'un homme a pris et semé dans son champ. C'est la plus petite de toutes les semences; mais quand elle a poussé, elle est plus grande que les légumes et devient un arbre, de sorte que les oiseaux du ciel, viennent habiter dans ses branches"

C'est une parabole qui m'a toujours mise mal à l'aise, parce que le mini arbuste qui sort de cette graine n'est pas si grand que cela et globalement c'est bien rare que l'on voit des oiseaux dessus sauf pour peut-être se nourrir des graines puisque je suppose que les fleurs donnent les graines. Alors pour moi la pointe de la parabole n'est pas le développement du royaume, même si c'est le développement donné habituellement.



Ce qui me frappe (que ce soit la graine de moutarde ou la graine de sénevé) c'est qu'il ne s'agit pas de n'importe quelle graine. la moutarde comme le sénevé, on s'en sert entra autre dans les sinapismes et pour les personnes de ma génération qui ont connu les cataplasmes pour soigner les bronchites, c'est la notion de brûlure qui s'attache à ce mot.

Il me semble que c'est bien la notion de feu qui est sous jacente et qui est pour moi la "pointe" de cette parabole.Jésus ne dit-il pas, Lc 12, 49: Je suis venu pour allumer le feu sur cette terre et comme je voudrai qu'il fut déjà allumé".Il suffit d'une toute petite braise pour que le feu se propage. Et je pense que la couleur de cette fleur, jaune n'a pas été choisie au hasard;

Alors pour moi, cette parabole me dit qu'il faut un tout petit peu de feu, une petite graine d'amour pour que cela s'enflamme que cela pousse et que d'autres puissent venir s'y chauffer;

samedi, février 06, 2010

Abondance...

Jn 10, 10 « Je suis venu pour qu’on ait la vie et que vous l’ayez en surabondance ».


"Quand le silence devient créateur de plénitude"

Quand on lit les évangiles, on (je) est souvent frappé par la notion d’abondance. Jésus guérit « tous les malades, tous les possédés », il se laisse toucher (à la limite de l’étouffement) par tous, il nourrit toute la foule et il y a des restes, et il donne sa vie pour la multitude.

Or même si j’ai la chance d’être dans l’église du 21° siècle, souvent le rituel sacramentel ne me semble pas aller dans le sens de cette abondance qui symboliquement renvoie pour moi à l’ une des caractéristique de Dieu Père.

Je sais très bien que la communion quotidienne des laïcs n’est pas si ancienne que cela et je me réjouis de cette possibilité. Mais ce petit morceau qui colle parfois au palais, absolument sans saveur (je parle des hosties blanches par rapport aux hosties brunes qui ont du goût et un certain craquant) d’une certaine manière me laisse sur ma faim, même si je sais que ça n’a pas d’importance. Seulement je suis un être humain et les signes utilisés sont importants. Je voudrais relater ce que j’ai vécu lors d’une assemblée eucharistique du dimanche il y a quelques temps, et comment j’ai pu vivre cette divine abondance.

Au moment le la consécration, le célébrant a laissé un silence important s’installer entre « prenez et mangez », et « ceci est mon corps livré pour vous». En fait aujourd’hui je me demande même si le « et » de la première phrase n’a pas été remplacée par un premier silence (le temps d’un soupir en solfège).

Cette scansion et la manière dont ces deux mots étaient dits : « prenez »c’est à dire servez vous, il y en a pour tout le monde et « mangez » à savoir vous pouvez vous sentir remplis par ce pain, rassasiés en quelque sorte, m’a fait immédiatement penser à la multiplication des pains et à cette abondance donnée par Jésus (ils en remplirent 12 couffins), abondance qu’il nous a promise : Jn 10, 10 « Je suis venu pour qu’on ait la vie et que vous l’ayez en surabondance ». Cette image de surabondance, de plénitude étant fréquente dans le quatrième évangile. Je pouvais me représenter Jésus,disant cela à ses disciples.

Il me faut aussi dire que les frères bénédictins du prieuré d’Etiolles, ne consacrent pas une hostie, mais en général trois si ce n’est plus, et que celles ci seront rompues pendant le chant de l’agneau de Dieu. Il y a différentes tailles et chacun peut choisir ce qui lui convient et passe ensuite le plat à son voisin ce qui permet réellement d’être dans le partage. Il n’y a pas surabondance mais abondance et le fait de prendre son temps et pour choisir le morceau d’hostie consacrée et pour la présenter à son voisin étaye en quelque sorte cette manière de prononcer les paroles de la consécration.

Mais dans les eucharisties aux quelles je participe habituellement il n’en est rien, et du coup je me suis posée une question sur cette abondance que Jésus dit nous donner. J’ai parfois l’impression qu’il traîne une image de l’être humain qui est si mauvaise, (il est si pécheur, il est si mauvais) qu’il ne faut jamais lui donner quelque chose qui pourrait le rassasier parce qu’il pourrait s’y habituer et réclamer toujours plus. Loin de moi de faire l’apologie de la gloutonnerie, mais quand jésus se donne il ne retient rien et parfois les signes permettent de mieux rentrer dans le mystère.Parfois j'ai un peu l'impression que'il traîne dans une certaine église la peur de donner des perles à des cochons..

Bien sûr dans la célébration à laquelle je fais référence, il en a été de même pour le vin. Dans le « Prenez et buvez », il y avait cette idée qu’il n’y a pas à se restreindre, qu’il y en aura pour tous.

Quand Jésus se donne, Il fait totalement, Il ne retient rien par devers Lui (et c’est bien en cela aussi que sa divinité et sa différence se manifeste). Ce n’est pas la peine de se dépêcher, de vouloir être servi le premier, non Il se donne et même s’Il se donne et est détruit, il demeure « entier », Il ne diminue pas. Et là encore j’ai ressenti cette même impression de plénitude. Une sorte de permis qui s’oppose tellement au défendu (ne pas toucher, ne pas lever les yeux comme si on allait être foudroyé par cette présence qui se réduit juste à un morceau de pain et à un peu de vin coupé d’eau).

Même si nous le consommons, même s’il devient partie intégrante de nous, même si dans la réalité il est détruit comme son corps a été détruit sur la croix, Il demeure inchangé, lui le Ressuscité. Il y a une plénitude, une totalité que cette minuscule hostie, souvent si fine ne permet pas de restituer.

Et puis dans la réflexion qui a suivi cette perception de plénitude, je me suis dit que ce pain, ce pain azyme au moment du repas pascal devait être servi chaud, et qu’il devait y avoir de quoi se nourrir. Je veux dire que ce devait être « bon » même s’il ne s’agit pas de pain levé. Jésus est l’agneau pascal qui va être immolé le lendemain.

L’agneau de la Pâques (celle de la sortie du pays d'esclavage) d’après ce qu’on peut lire dans l’Exode entièrement consommé, il ne devait rien en rester. Quant au sang de l'agneau de cet agneau, contrairement à ce qui se passe dans les sacrifices des prêtres dans le temple où le sang de l'animal est laissé à Dieu, il devait servir (en enduire les linteaux des maisons)t de signe pour que l’Ange exterminateur ne s’en prenne pas aux premiers nés du peuple choisi.

Désormais le sang tout signe de la vie qu'il soit n'est plus interdit à l'être humain. La permission de prendre la coupe et de boire ce qui représente le sang de celui qui va se donner me semble très important. C’est à la fois la fin d’un interdit de la première alliance (ce qui montre peut être que l’ancien monde s’en est allé Ap 21, 4) et que le signe que le salut "couvre" tous les hommes et les mets en relation avec le Père.

Maintenant quand on prononce d’un coup, "prenez et mangez, ceci est mon corps livré pour vous", ce que j’entends c’est " livré pour vous » parce souvent la voix du célébrant appuie sur la finale. Et peut être que je n’ai pas trop envie d’entendre cela parce que même si c’est vrai c’est un peu culpabilisant.

Je sais que j’exagère, mais je crois que je suis bien plus sensible à l’Amour de Celui qui donne et se donne qu’à me voir toujours de manière négative. Se savoir l’objet d’amour de quelqu’un change complètement aussi le regard que l’on porte sur soi.

Parfois j’aimerai que les mots de la consécration reprennent ceux de l’épitre aux corinthiens 1 Cor 11, « 23 « En effet, voici ce que moi j'ai reçu du Seigneur, et ce que je vous ai transmis : le Seigneur Jésus, dans la nuit où il fut livré, prit du pain, 24et après avoir rendu grâce, il le rompit et dit : « Ceci est mon corps, qui est pour vous, faites cela en mémoire de moi. » 25Il fit de même pour la coupe, après le repas, en disant : « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang ; faites cela, toutes les fois que vous en boirez, en mémoire de moi. » 26Car toutes les fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur, jusqu'à ce qu'il vienne. ».




Puis le temps passant il m’est apparu autre chose. A savoir que le fruit de ce corps donné et de ce sang versé ( la passion et la croix) c’est l’Esprit Saint et que cet Esprit Saint il nous suffit de le demander pour le recevoir en abondance.

L’esprit saint désormais n’est plus l’apanage de certains qui seraient appelés à une fonction particulière comme les premiers rois d’Israël (1 exemple les premiers rois d’Israël,: 1 Sam 13,9-10 ou 1SAM 16 13 ou l’esprit de Dieu, fond sur les futurs Rois. Certes cet Esprit les prophètes en parlent mais il s’agit d’un futur.

Aujourd'hui, Il est là pour tous ceux qui reconnaissent que Jésus est l’Oint, celui qui nous permet d’être vivants même si la mort physique reste la butée. La vie éternelle est déjà commencée aujourd’hui et maintenant. Désormais l’Esprit Saint nous est donné, nous pouvons avoir ses dons en abondance, alors tant pis si nous ne sommes plus rassasiés physiquement par le petit morceau de pain azyme. L’esprit qui unit le père et le Fils nous est donné en plénitude et nous rend ministres, participant à cette Vie qui est celle qui nous a été promise et donnée.

Jésus ne dit Il pas: Lc 11, 13 " Combien plus le Père du ciel donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui l’en prient".Et là, nous retrouvons bien le Dieu qui donne et se donne en abondance. A nous d’ouvrir les yeux et de comprendre les signes et de ne pas hésiter à demander ce qui nous proposé gratuitement...

jeudi, décembre 17, 2009

"Pardonne nous nos offenses comme.." Mt 6,12


Renoncer à la vengeance : première étape du pardon.

Lors d’une rencontre autour de l’évangile de Matthieu, la phrase qui suit la prière enseignée par Jésus : Mt 6,14« En effet, si vous pardonnez aux hommes leurs fautes, votre Père céleste vous pardonnera à vous aussi ; 15 mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père non plus ne vous pardonnera pas vos fautes » a résonné en moi un peu comme un sorte du loi du talion ; Si tu ne pardonnes pas, Je ne pardonne pas.

Autant dire que je n’ai pas tellement aimé parce que le pardon est pour nous les humains quelque chose de très difficile (la mémoire ne permet pas l’oubli) et de plus souvent celui qui nous a fait du mal ne s’en est absolument pas rendu compte ce qui complique encore les choses.Bien souvent portons des blessures en nous qui nous ont été infligées soit par ignorance, soit "pour notre bien". De nos jours et dans bon nombre d’homélies, la pardon est comme la condition première pour être reconnu comme disciple du Christ; je connais certaines personnes auxquelles le sacrement de réconciliation n'a pas été donné parce qu'elles ne pouvaient pas pardonner les abus subis. Je sais très bien que le pardon libère (voir mon billet sur le lâcher prise), mais il faut des années, parfois une vie entière pour pardonner en vérité.


Jésus s’adressait à des juifs et ceux-ci savaient bien que bon nombre de péchés pouvaient être rachetés par un sacrifice d’expiation (holocauste), même si le "ritualisme" de l’holocauste était déjà battu en brèche dans de nombreux psaumes (un cœur brisé vaut mieux que tous les holocaustes) : un certain faire ne donne pas automatiquement le pardon (la rémission de la dette) et cela Jésus le criera haut et fort dans ce même chapitre 6.

J’ai essayé de transformer cette phrase, car il y a d'une certaine manière les péchés envers Dieu (5 premiers commandements) et ceux envers les frères (ceux de la communauté de vie). Les premiers se résument par idolâtrie, les seconds par convoitise. Si on fait référence à la fête du Yom Kippour, les péchés envers Dieu sont pardonnés, effacés, mais pas ceux envers les frères. Cela pourrait donner "Si vous pardonnez aux hommes leurs manquements en vers vous, (pas facile) alors moi, Dieu je ne tiendra pas compte des manquements envers moi". Mais cela ne me satisfaisait pas et je trouvais que Jésus mettait la barre bien haut, peut être trop haut compte tenu de ce que nous sommes. Et puis je pensais à la phrase du prophète Isaïe 1,18: Quand vos péchés seraient comme l'écarlate, comme neige ils blanchiront; quand ils seraient rouge comme la pourpre, comme laine ils deviendront".

Alors la miséricorde de Dieu où est-elle? Et puis, il y a offenses et offenses: si mon frère me fait une réflexion que je n’aime pas c’est une chose, mon orgueil en prend un coup, mais s’il fait quelque chose qui nie complètement ce que je suis, s’il me fait du mal pour me faire du mal, alors c’est une autre paire de manches. S'il fait de moi "son objet", son esclave, comment puis-je lui pardonner? Je sais bien que l’amour excuse tout, pardonne tout, mais, il y a un mais…Ce n’est pas facile.

Quand Jésus remet ses fautes au paralytique il est considéré comme un blasphémateur, Lc 5,21:"Qui est-il celui-là, qui profère des blasphèmes ? Qui peut remettre les péchés, sinon Dieu seul ?". Alors comment pardonner?

Par ailleurs il faut attendre des écrits tardifs pour que le pardon accordé au frère par le frère soit abordé. Dans les psaumes, c’est Dieu qui pardonne et qui est chargé de la défaite de l’ennemi ou de l’impie. Par contre dans le Siracide on trouve quelque chose qui est très proche de ce que Jésus nous demande
: Si 28 1-7
1 Celui qui se venge éprouvera la vengeance du Seigneur
qui de ses péchés tiendra un compte rigoureux.
2 Pardonne à ton prochain l'injustice commise ;
alors, quand tu prieras, tes péchés seront remis.
3 Si un homme nourrit de la colère contre un autre homme,
comment peut-il demander au Seigneur la guérison ?
4 Il n'a nulle pitié pour un homme, son semblable ;
comment peut-il prier pour ses propres péchés ?
5 Si lui qui n'est que chair entretient sa rancune,
qui lui obtiendra le pardon de ses propres péchés ?
6 Songe à la fin qui t'attend, et cesse de haïr,
à la corruption et à la mort, et observe les commandements.
7 Souviens-toi des commandements, et ne garde pas rancune à ton prochain,
de l'alliance du Très-Haut, et passe par-dessus l'offense.



Alors il m'est venu une autre approche...

Si le peuple a connu l’exil et l’occupation, c’est bien parce qu’il a rompu l’alliance avec Dieu, en ne lui faisant pas confiance. Ces événements peuvent bien s’entendre comme une punition, mais aussi comme une « vengeance » du Tout Puissant. La mauvaise conduite envers les frères provoque aussi le courroux de Dieu et une action spécifique (punition) : Ez 34, 2-10 « Fils d’homme prophétise contre les pasteurs d’Israël… Ainsi les pasteurs ne paîtront plus eux-mêmes, j’arracherai les brebis de leur bouche. ».
Je me suis demandé à ce moment là de ma réflexion sur le pardon si la première étape du pardon n’était pas de renoncer à la vengeance, et si on accepte cela les choses deviennent beaucoup plus faciles, et je dirais plus à notre portée. Il ne s'agit plus de rentrer dans des considérations psychologiques sur nos blessures, sur nos péchés, sur nos fragilités, mais simplement de ne pas agir ce que nous dicte notre colère (même si elle est juste), notre convoitise, notre envie. Et cela c’est bien ce que Jésus a fait: ne pas rendre le mal pour le mal...

Dans la Bible, la vengeance apparaît dès le quatrième chapitre de la Genèse. Or Caïn est averti par Dieu qu'il doit lutter contre quelque chose qui est en lui, à savoir (si on met un peu de psychologie là dedans) de ne pas donner libre cours à la mise en acte de l’envie.

Ne peut-on penser que le fait que YHWH accepte l’offrande d’Abel et non celle de Caïn est une sorte de mise à l’épreuve de ce dernier? Saura-t-il enfin regarder son frère, celui qui n’a pas de consistance puisque son nom même signifie "brume" (j’ai envie de dire Abel le nébuleux) comme quelqu’un qui a du poids pour Dieu et qui doit être regardé autrement. Apprendre à regarder son frère autrement, peut-être tout simplement le regarder et voir de quoi il est capable.

Et c’est là où Caïn échoue. Au lieu d’en vouloir à Dieu il se venge sur son frère car il a subi une sorte d’affront qui touche à son sentiment d’existence. Que son offrande ne soit pas acceptée veut dire qu’il ne vaut rien, et que seul Abel a de la valeur. Or c’est justement cela que Caïn doit reconnaître, et qu’il est incapable de faire. La blessure est profonde. Abel n’y est pour rien, mais c’est lui qui subit. L’envie provoque le désir de se venger, il faut que quelqu’un paye, et peu importe la personne. Cette épreuve là, nous la vivons tous à un moment de notre vie.

Les histoires de vendetta montrent bien l’escalade de la vengeance, et c’est déjà ce que l’on lit dans la Genèse dans la bouche de Lamek: Gn4,23 : «23. Lamek dit à ses femmes : « Ada et Cilla, écoutez ma voix ! Femmes de Lamek, tendez l'oreille à mon dire ! Oui, j'ai tué un homme pour une blessure, un enfant pour une meurtrissure. 24. Oui, Caïn sera vengé sept fois, mais Lamek soixante-dix-sept fois. ».

Le Penteuque avec son aspect juridique permet de sortir des représailles et de la vengeance et de laisser celle ci à YHWH: Dt 32,35 : « A moi la vengeance, à moi la rétribution »

Il n’en demeure pas moins que la vengeance, même si elle est laissée à Dieu, est quelque chose de terrible. Je pense à la finale du psaume 149, qui est lu presque journellement lors de l’office des laudes : «7. pour exercer la vengeance sur les nations, des châtiments parmi les peuples, 8. pour lier leurs rois avec des chaînes et leurs dignitaires avec des entraves, 9. pour exécuter contre eux le jugement qui est écrit ! C'est un honneur magnifique pour tous ses fidèles. Louez le SEIGNEUR (Yah) ! »

Sur la croix Jésus dit: "Père, pardonne leur car ils ne savent pas ce qu’ils font", c’est à dire qu’il remet le pardon à son Père, et que l’on peut entendre (ce que hélas l’église n’a pas voulu entendre) c'est:" Ne Te venges pas ce qu’ils m’ont fait, n’exerce pas de vengeance envers eux, ne les détruis pas. Laisses leur le temps de comprendre et de se convertir".



Ne pas se venger c’est accepter de ne pas faire du mal à celui qui nous en a fait, c’est ne pas agir (action) le désir de vengeance. Ce n’est pas faire "ami ami" avec lui, car cela c'est impossible, mais c’est le laisser exister tel qu’il est. C'est aussi ne plus tourner dans notre tête et ce qu'il nous a fait et comment nous allons le lui faire payer. S’il devient un jour capable reconnaître le mal commis ce sera bien, mais la vengeance nous pouvons y renoncer et en cela nous sommes à l’image de Jésus.

Cela ne veut pas dire qu’il ne faille pas mettre les actes délictueux dans les mains de la justice, mais c’est renoncer à faire justice soi-même, à se faire justice. C’est aussi ne pas se réjouir de ce qui peut arriver de mauvais à l’autre.

Et cette manière de voir les choses allège considérablement la culpabilité, dont on charge si facilement celui qui n’est pas à même de pardonner compte tenu des sévices qu’il a subi et dont l’agresseur n’est pas forcément conscient.

J’ose espérer que la mort de Jésus sur la croix nous a permis de sortir de la peur de la vengeance de Dieu pour passer dans le registre de l’amour grâce au don de l’Esprit. Je pense que cet acte de ne pas se venger (même si dans la réalité on n’a pas les moyens de le faire) est le premier pas qui nous permettre peut-être un jour de bénir celui qui a voulu notre mort, qu’elle soit physique ou psychique, mais cet acte là il est en notre pouvoir, nous pouvons le choisir.

mercredi, septembre 09, 2009

A vin nouveau outre neuve.

C'est en Marc chapitre 2 verset 22: " Personne non plus ne met du vin nouveau dans des outres vieilles ; autrement, le vin fera éclater les outres, et le vin est perdu aussi bien que les outres. Mais du vin nouveau dans des outres neuves !" .

En fait ce texte m'a posé des questions. Le vin nouveau quel est-il? S'agit il du vin que l'on vient d'obtenir d'une nouvelle récolte et qui n'a pas eu le temps de vieillir, donc qui est comme on dit un peu vert? Chez nous (je suis allée regarder )le vin nouveau, le beaujolais nouveau pour ne pas le nommer, est un vin qui se fait dans des conditions de vinification particulières et je doute fort qu'il s'agisse de cela.

On dirait plutôt qu'il s'agit d'un vin de l'année, qui n'a pas terminé sa fermentation et qui de ce fait peut faire éclater l'outre ancienne, qui elle a déjà vécu (si je puis dire) le contact avec le vin ancien, vieilli selon les règles de l'art. Ce vin est donc dangereux si l'on peut dire à deux titres: il lui faut un récipient neuf, sinon il détruit l'ancien, et il a un goût inattendu. Peut-être aussi qu'il monte plus vite à la tête et que l'on peut s'enivrer plus facilement. En général on imagine le vin dans des amphores, pas dans des outres. peut-être s'agit-il là d'une coutume de nomades, de bergers?

Or Jésus semble se définir comme ce vin nouveau, ce vin au goût inconnu, ce vin qui va agacer d'une certaine manière (et c'est bien ce qui se passe avec les pharisiens) et il demande que ce vin ne soit pas mis dans de veilles outres. Il dit même qu'il y a danger. Et pourtant je crois que les disciples eux, s'enivrent de sa présence puisqu'ils ne suivent plus les préceptes.

SI Jésus est le vin nouveau, il y a donc un risque à suivre son enseignement. Il lui faut un contenant approprié; car on ne peut pas le mettre dans une outre qui a servi au vin ancien.

Or il extrêmement facile quand on a goûté à quelque chose, quand on aime cette chose, de ne pas vouloir changer sa manière de voir, de goûter, de comprendre.

Quand on a des certitudes, on s'y accroche. On n'a pas du tout envie d'essayer quelque chose qu'on ne connaît pas. Et on va même penser que le nouveau est dangereux (pour notre sécurité). Cela se vit bien aujourd'hui dans nos églises:il est si difficile de changer sa manière de voir et même de renoncer à s'approprie la parole.

La finale de cette péricope (enfin pas tout à fait, car là je fais référence à l'évangile de Luc: Lc 5,39 , dit que celui qui a goûté au vin vieux ne veut pas de vin nouveau. En d'autres termes, il n'est  pas facile de quitter ses certitudes, de se laisser interroger renouveler par une parole que l'on croit connaître et maîtriser.

Il n'est pas facile d'être une outre neuve. Mon désir d'aujourd'hui, est que ce vin nouveau fasse exploser la vieille outre que je suis, pour qu'une nouvelle se crée et soit apte à conserver ce vin nouveau. Que ce mouvement de renouvellement soit un mouvement incessant. Pour moi le vin nouveau est d'une certaine manière un vin qui pétille, et a de la vie en lui. Le vin vieux a certes sa valeur, mais il faut pour qu'il mûrisse le conserver dans un certain immobilisme je ne suis pas sûre d'avoir cette patience.

Il y a deux versets de psaumes que j'aime et qui parlent du vin. Il s'agit du psaume 4, verset 8: "tu as mis en mon cœur plus de joie qu'aux jours ou leur froment, leur vin nouveau débordent" et du psaume 104 verset 15: "et le vin qui réjouit le cœur de l'homme, pour que l'huile fasse luire les visages et que le pain fortifie le cœur de l'homme".

Ces versets surtout le premier me disent que vivre avec Dieu apporte encore plus de joie que celle donnée par le vin. Et cette joie, c'est ce que que Jésus est venu apporter: Jn15, 11:" Je vous dis cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit complète".

Avec Lui on quitte une loi de contrainte pour entrer dans une loi d'amour. Mais il y a un risque à entrer dans ce type de loi, car elle ne présente pas la sécurité de la loi des règles. Jésus fait exploser les règles et en cela il est le vin nouveau qui donne la joie.

Cette réflexion a pour moi débouché aussi sur autre chose. Lors de la Cène, Jésus donne le vin à ses disciples en disant "Prenez et buvez, ceci est le sang de la nouvelle alliance...". Et plus que le sang, je me représente aujourd'hui Jésus comme l'homme nouveau, qui nous donne le vin nouveau qui fait entrer dans la Vie. Il est le vin nouveau qui me réjouit.

Alors que la parole soit toujours neuve pour moi et si elle doit faire exploser la vieille outre, ma foi tant mieux.

jeudi, août 13, 2009

Les Signes et les Oeuvres Jn 6, 28-32

Des signes et des œuvres.

Lors de la célébration eucharistique du dimanche 9 août, il était encore question de signe, puisqu’il s’agit de la suite du chapitre 6 de l’évangile de Jean. Cette fois ci ma réflexion est partie sur l’espèce d’opposition entre signes (miracles) et œuvres et au dialogue de sourds entre Jésus et son auditoire. Il m’est revenu en mémoire la traduction de Marc 8, 11-13 (Bible Bayard) de la réponse de Jésus aux pharisiens qui réclament des « signes » « Plutôt crever ! » et de me dire que cette réponse considérée comme scandaleuse est pourtant une réponse prophétique : c’est bien parce que Jésus est mort (crevé) que le miracle de la résurrection a pu advenir et la propagation du christianisme.

J’ai recherché quelques définitions de ce mot signe (qui dans l’évangile est souvent synonyme de miracle).

Le sens premier serait : Chose, phénomène perceptible ou observable qui indique la probabilité de l'existence ou de la vérité d'une chose, qui la manifeste, la démontre ou permet de la prévoir. Signe évident, perceptible, visible.
On peut donc dire que d’une certaine manière, derrière le signe visible, il y a autre chose. Ce que les psy appellent aussi contenu manifeste, contenu latent.

Dans le domaine de la linguistique le signe est une unité linguistique constituée d'une partie physique, matérielle, le signifiant, et d'une partie abstraite, conceptuelle, le signifié.

Dans le domaine de la sémiotique le signe est un objet matériel, perceptible, valant pour une chose autre que lui-même qu'il évoque ou représente à titre de substitut.

On peut se demander à lire ces définitions si Jésus ne se situe pas dans le domaine de la sémiotique, ce qui pour des auditeurs juifs, devait forcément provoquer une incompréhension massive.

Il est intéressant de noter que ce débat (technique chère l’auteur du 4° évangile) autour de ces deux mots : signe et œuvre, va permettre à Jésus d’annoncer son identité de Fils de Dieu et de nourriture pour la salut du monde (comme cela est rappelé à chaque eucharistie) et provoquer un clivage entre ceux qui peuvent entendre et ceux qui ne le peuvent pas.

Si on revient au contexte de ce chapitre, le signe que Jésus vient de faire (œuvre ?) c’est la multiplication des pains. Cette œuvre (ouvrage, fait matériel) fait est censé être un signe qui aurait un sens différent de celui que la foule lui donne.

Jésus veut nous pousser à aller au delà du matériel (avoir l’estomac bien rempli) pour désirer que cette plénitude advienne aussi à notre esprit. La nourriture matérielle permet de vivre, la permanence de la présence de Jésus en nous, permet aussi de vivre : « un jour en tes parvis, vaut mieux que mille ailleurs », mais elle fait grandir ce qu’il en est du divin en nous, elle nous conforme à l’image de Dieu.

Je reprends quelques versets de ce dialogue entre Jésus et son auditoire (Jn 6 26-31)
26 Jésus leur répondit : « En vérité, en vérité, je vous le dis, ce n'est pas parce que vous avez vu des signes que vous me cherchez, mais parce que vous avez mangé des pains à satiété.

Ici Jésus emploie un pluriel : (les pains), ce qu’il semble leur reprocher c’est leur quête de nourriture, qui renvoie à l’avidité orale (petite table couvre toi des contes de Grimm) qui d’une certaine manière ne tient pas compte de celui ou de celle qui recouvre la table de nourriture. En d’autres termes, que cherchez vous et non pas qui cherchez vous ? (Ce qui évoque la question que jésus posera aux gardes venu l’arrêter et que les anges poseront au matin de Pâques : qui cherchez vous ?.

27 Il faut vous mettre à l'œuvre pour obtenir non pas cette nourriture périssable, mais la nourriture qui demeure en vie éternelle, celle que le Fils de l'homme vous donnera, car c'est lui que le Père, qui est Dieu, a marqué de son sceau. »

Qu’est ce que Jésus entend par se « mettre à l’œuvre « ? Manifestement un changement radical, ce que les synoptiques appellent peut-être une conversion. Se mettre à l’œuvre, c’est se mettre en mouvement. Certes les foules se sont mises en mouvement pour le retrouver au bord su lac, mais c’est pour être ensuite reprise par un immobilisme : se faire nourrir. Or ce n’est peut-être pas cela que Jésus attend de ses disciples. Il y a aussi le mot demeurer, mot cher à l’évangéliste. Ici il est signifié que cette nourriture ne disparaît pas (ce qui était le propre de la manne que l’on ne pouvait mettre en réserve). Il y a là une autre promesse, mais il y a un futur. La condition pour obtenir cette nourriture c’est bien de reconnaître en Jésus le fils (et cela est loin d’être gagné).

Le reconnaître comme celui qui est marqué du sceau c’est le reconnaître comme Messie (comme David jadis) et c’est là que les choses se compliquent. Voir en Jésus un guérisseur ou un thaumaturge oui, voir en Lui le Fils, non. Et pourtant dans la genèse au chapitre 4, Dieu, met bien un signe sur Caïn le meurtrier, pour qu’il ne soit pas mis à mort. Quel est le sceau posé par Dieu sur le Fils ? Est ce le sceau du cantique des cantiques : chap. 8, 6 : « Pose-moi comme un sceau sur ton cœur, comme un sceau sur ton bras. Car l'amour est fort comme la Mort, la passion inflexible comme le Shéol, Ses traits sont des traits de feu, une flamme de Yahvé ». Est cela le sceau dont Jésus est porteur ?Au delà du signe du pain en abondance, peut-on voir le signe de l’amour ?

28 Ils lui dirent alors : « Que nous faut-il faire pour travailler aux œuvres de Dieu ? »
29 Jésus leur répondit : « L'œuvre de Dieu c'est de croire en celui qu'Il a envoyé. »

On a l’impression que quelque chose a été entendu, seulement il y a un pluriel (les œuvres, ce qui renvoie certainement à la loi mosaïque et au faire) alors que jésus renvoie à un singulier, qui renvoie à un autre faire qui est celui de la foi. La foi serait alors un acte (et d’une certaine manière c’est un acte que nous avons à poser) mais cet acte, n’est pas le fruit de la volonté.
Et face à cette demande de Jésus : ne faites pas pour faire, mais laissez vous faire par ce que vous voyez (ce qui fait penser à l’aventure de thomas qui voit et croit enfin), à nouveau la polémique reprend.

30 Ils lui répliquèrent : « Mais toi, quel signe fais-tu donc, pour que nous voyions et que nous te croyions ? Quelle est ton œuvre ? 31 Au désert, nos pères ont mangé la manne, ainsi qu'il est écrit : Il leur a donné à manger un pain qui vient du ciel. »
On revient bien au « voir pour croire » et l’opposition entre cet homme qui est là, dont on connaît la filiation et le Dieu tout puissant qui a donné la manne. En d’autres termes : "Tu te prends pour qui toi, qu’est ce que tu racontes" ? Et d’un coup ce qui s’est passé sur la montagne est comme minimisé. D’ailleurs d’autres avant lui comme Elisée (l’homme de dieu) ont déjà fait de tels signes, et n’en n’ont pas fait tout un fromage.

32 Mais Jésus leur dit : « En vérité, en vérité, je vous le dis, ce n'est pas Moïse qui vous a donné le pain du ciel, mais c'est mon Père qui vous donne le véritable pain du ciel. 33Car le pain de Dieu, c'est celui qui descend du ciel et qui donne la vie au monde. »

Et là, on revient dans le ici et maintenant. Il y a eu un passé : c’est à la demande de Moïse que le peuple qui récriminait a eu la manne. Maintenant c’est à la demande du Fils qu’ un autre pain est donné, un pain qui est nourriture non plus du corps biologique, non plus d’un peuple choisi, mais nourriture spirituelle de tous ceux qui reconnaissant que Jésus est Dieu.

Or ce dialogue entre Jésus et ceux que Jean appelle les Juifs, il existe aussi en nous, que nous le voulions au non. Comment passer du contenu manifeste au contenu latent ? Peut-être est ce le travail (l’œuvre de l’Esprit Saint) de nous permettre de comprendre ce qui est parfois au delà du visible.

jeudi, août 06, 2009

Quand deux ou trois sont réunis en mon nom... Mt18,20



« Quand deux ou trois sont réunis en mon nom Je suis au milieu de vous»


Curieusement ce verset m’est venu en mémoire pendant que j’écoutais au festival de musique de chambre des Arcs de la musique dite de chambre de Brahms. En regardant ce petit groupe de personnes réunies pour nous donner le plaisir de découvrir ces œuvres, pas toujours tellement connues et jouées, je me suis demandée (et c’est une question qui me taraude toujours) comment fait-on pour jouer sa partie, pour jouer à l’unisson et ce à la perfection sans pour autant perdre son individualité. Et je me demandais aussi, Qui est au milieu d’eux ? Brahms, Schumann
..
Une réponse non sur le Qui, mais sur « ce qui unit » a été apportée par un compositeur contemporain qui a crée de courtes œuvres pour instrument seul pour ce festival. Il disait que ce qui caractérise tous ces musiciens qu’ils soient interprètes ou compositeurs, c’est l’amour de la musique et le désir d’aller toujours plus loin c’est à dire de découvrir des possibilités nouvelles que ce soit dans la technique que dans la composition. Il y a une sorte de curiosité et c’est peut-être cela le moteur. Il me semble donc que ces deux mots amour et curiosité sont importants.

Nous les chrétiens quand nous nous réunissons avons nous ce même amour et ce même désir d’aller au delà ? Qu’est ce qui nous réunit, que nous soyons en assemblée dominicale ou en groupe ?




Il me semble donc que le moteur qui constitue tout groupe et qui lui permet de prendre corps c’est bien l’amour de quelque chose (ou de quelqu’un) et le désir de dépasser ce que l’on sait, ce que l’on fait. Simplement, mais est ce si simple que cela, ceux qui se disent chrétiens sont mus par une source qu’il n’est possible de localiser : je veux dire l’Esprit Saint. Car c’est bien cette présence là, qui nous permet de faire corps.

Ces interprètes permettent à la musique de prendre corps, car eux font corps. Et nous qui écoutons, nous devenons le corps des « mélomanes », corps qui a une existence éphémère puisqu’il n’existe plus dès la fin du concert. Est ce au corps ecclésial de faire de nous le corps des croyants ? Ceci peut poser la question de la transmission et aussi de la hiérarchie, mais cela c’est une autre histoire.


Je suis revenue au verset, Mt18, 19-20« Je vous le déclare encore, si deux d'entre vous, sur la terre, se mettent d'accord pour demander quoi que ce soit, cela leur sera accordé par mon Père qui est aux cieux. 20Car, là où deux ou trois se trouvent réunis en mon nom, je suis au milieu d'eux. »

Et comme souvent je me suis rendue compte que ce verset, même si cette fois ci je ne l’avais pas tronqué, venait compléter une affirmation que nous évacuons quand nous utilisons ce verset. Jésus est présent « au milieu » comme le cœur au milieu de corps, parce qu’il y a prière adressée au Père, au nom de son Fils.

Et ce verset succède à un questionnement sur ce qu’il faut faire quand un frère a un comportement qui risque de le faire exclure de la communauté. On retrouve la phrase « tout ce que vous lierez sur terre sera lié au ciel. » qui donne un pouvoir énorme à la nouvelle communauté crée par Jésus.



S’il s’agit de la force donnée aux disciples de lier les forces du mal, mais pas la personne qui est en proie à ces forces, alors c’est superbe, car il s’agit alors de délivrance et Jésus est venu pour cela. Mais s’il s’agit de condamner un frère que l’on considère pécheur (sans que le péché soit nommé dans le texte retenu par la tradition) frère qui semble être devenu aveugle et sourd, et que la condamnation soit pour l’éternité, cela me semble dramatique, et presque contraire à ce qu’a pu écrire le prophète Ézéchiel sur le Juste qui se détourne et du Méchant qui se convertit. (Ez 18 23. Prendrais-je donc plaisir à la mort du méchant - oracle du Seigneur Yahvé - et non pas plutôt à le voir renoncer à sa conduite et vivre ? » Jésus ne dit –il pas, « Je suis venu pour que tous aient la vie et l’aient en abondance ».

Jésus a pratiqué pour son compte la prière « individuelle ». S’Il insiste sur la présence de deux ou trois, c’est peut-être que la demande se situe dans du juridique : que faut il faire pour le frère qui « offense » soit un autre frère, soit la communauté ?

Il faut aussi se référer au premier testament et à ce que la loi dit sur les témoins et le témoignage : à savoir que le témoignage d’un seul n’est pas suffisant pour condamner quelqu’un à mort. Dt 19.15 « Un seul témoin ne suffira pas contre un homme pour constater un crime ou un péché, quel qu'il soit; un fait ne pourra s'établir que sur la déposition de deux ou de trois témoins. »

La première des choses est déjà de passer dans l’objectif: ce n’est pas mon propre ressenti qui compte, ce n’est pas ma sensibilité. Ce que moi je pense être mauvais, est ce que d’autres l’ont aussi vu ainsi? Et je pense que cela est important, car nous avons bien souvent tendance à faire cavalier seul. Quand on veut noyer son chien on l’accuse de la rage et Jésus qui connaît bien l’être humain, sait à quel point il faut parfois se méfier de ce que nous croyons être la poutre chez l’autre.
Ce verset est inséré dans toute une réflexion sur ce que doit faire l’église quand il s’agit justement de condamner quelqu’un.

Pour en revenir au verset 20, je trouve que ce verset nous l’utilisons souvent, en particulier quand nous nous réunissons entre chrétiens. Mais parfois durant ces réunions, on parle de tout autre chose, ça dérive, on (je) s’ennuie pendant ces réunions, on (je) se demande ce que l’on fait là, et quand on pense à cette petite phrase : « je suis au milieu de vous », on a un support, une sorte de récompense : non on ne perd pas son temps ni celui des autres ; Mais Jésus est Il là comme avec les les disciples d’Emmaüs, je suis loin d’en être certaine.

Car si on remet la phrase dans le contexte, ce que je vais faire maintenant, il ne s’agit pas simplement d’être ensemble au nom de Jésus, mais de demander quelque chose de précis au Père qui est au ciel. Il s’agit d’être ensemble et de prier, et si je fais le lien avec le verset du prophète Ézéchiel, ne s’agit il pas de prier pour celui qui semble pécheur change, mais de demander que cette force mauvaise qui semble être en lui, soit « lié » pour qu'il en soit délivré. Que cette force ne le ligote plus, qu'elle l’empêche plus de laisser vivre Christ en lui. Alors cette demande là sera entendue au ciel.


Si on se réfère encore au premier testament, pour être entendu de Dieu, il faut bien souvent (permettez moi l’expression) faire un sacré ramdam. Il s’agit des fêtes rituelles, avec ses sacrifices, ses chants, son cérémonial.



Là Jésus annonce quelque chose de différent. Pas besoin de battre du tambour ou de la trompette, si deux sont d’accord pour demander une chose au nom de Jésus (au nom de Seigneur) alors Jésus lui –même est au milieu d’eux.

Si on fait une recherche sur ce mot « au milieu », indépendamment du sens géométrique Jésus est au milieu de deux malfaiteurs, un à droite, l’autre à sa gauche, il y a ces expressions ou YHWH dit être au milieu de son peuple . Il y a toujours cette impression qu’il faut qu’il y ait un rassemblement pour que Dieu soit présent (ce qui ne l’empêche pas d’entendre le cri du malheureux).

Je reprends maintenant les versets de 15 à 20 ;
18 ,15 « Si ton frère vient à pécher, va le trouver et fais-lui tes reproches seul à seul. S'il t'écoute, tu auras gagné ton frère.

Attitude première : si tu te rends compte qu’il y a déviance chez ton frère, va le voir, dis lui ce que tu ressens et peut-être que cela aura un effet, mais avant de faire un scandale, va le voir et parle. Ce qui insiste sur la force de la parole. Pas si facile comme attitude, parce que on prend aussi un risque de se faire jeter.


16 S'il ne t'écoute pas, prends encore avec toi une ou deux personnes pour que toute affaire soit décidée sur la parole de deux ou trois témoins.

Attitude deux : constituer un petit groupe, ce qui fait que la parole prend du poids. Et à nouveau discuter avec lui. Il ne s’agit plus de le prendre en quatre z yeux, mais de convoquer une réunion où les autres peuvent aussi trouver que le premier s’est trompé dans son jugement.


17 S'il refuse de les écouter, dis-le à l'Eglise, et s'il refuse d'écouter même l'Eglise, qu'il soit pour toi comme le païen et le collecteur d'impôts.

Troisième temps, la communauté large qui a le droit d’exclure, de mettre dehors. Il me semble intéressant de noter que Matthieu qui était collecteur d’impôt à du vraiment souffrir de l’exclusion de la synagogue. Peut-être a t il commencé à vivre quand jésus l’a appelé.. (Ceci est un commentaire personnel).


18 En vérité, je vous le déclare : tout ce que vous lierez sur la terre sera lié au ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié au ciel.

On retrouve ici la phrase donnée à Pierre, mais dans un sens plus large et surtout avec un pouvoir considérable ; on pourrait presque dire d’une manière triviale : "ce que tu as fait là, ne t’imagines pas que ça va en rester là. Tes actes ont une portée éternelle et tu ne l’emporteras pas au paradis". C’est peut-être oublier la miséricorde de Dieu, mais une église qui se construit a peut-être besoin de règles simples.

Vient alors le verset au quel j’ai fait allusion, Mt 19-20« Je vous le déclare encore, si deux d'entre vous, sur la terre, se mettent d'accord pour demander quoi que ce soit, cela leur sera accordé par mon Père qui est aux cieux. 20Car, là où deux ou trois se trouvent réunis en mon nom, je suis au milieu d'eux. »

Je préfère scinder ces versets en trois, car la notion même de « être au milieu » n’est pas si simple.

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19 « Je vous le déclare encore, si deux d'entre vous, sur la terre, se mettent d'accord pour demander quoi que ce soit, cela leur sera accordé par mon Père qui est aux cieux.

Les mots terre et ciel font certainement lien avec ce pouvoir du lien donné à l’église.

De par la présence de Jésus, il y a comme une ouverture et les deux lieux communiquent. Cela évoque un peu pour moi la prière de Daniel dans la fournaise, où le lien entre la terre et le ciel est manifeste. Je sais que c’est un peu elliptique. Mais ces hommes sont sur la terre dans un lieu de mort, et le ciel sous la forme d’un ange est aussi présent. La louange permettant cette jonction de deux univers qui sont disjoints.

Si on admet que l’on est dans un contexte juridique qu’est ce que ces deux ou trois (ces témoins d’une action d’un frère) vont demander au Père dans la prière ?

Ce n’est pas toujours si simple de se « mettre d’accord » et c’est peut-être déjà cela (œuvre pour moi de l’esprit saint) qui fait que ces deux là deviennent quelque chose de plus que un plus un. Le « quoique ce soit » est très vague. Est-on dans la démarche précédente de demander que le frère reconnaisse ses erreurs, ou prier pour lui pour qu’il se convertisse, ou pour que cet incident ne soit pas cause de division, ou encore pour que l’ennemi soit lié je ne sais. En général ce verset est entendu dans le cadre d’une prière de demande, d’intercession et il insiste sur le fait que prier ensemble pour demander la même chose a du poids.

C’est le fait d’être réuni au nom de Jésus qui permet que le ciel s’ouvre et que la demande soit exaucée. Cela change considérablement des sacrifices qui devaient être offerts à date régulière et en nombre non négligeable, pour que Dieu s’occupe de son peuple et en quelque sorte manifeste sa présence. Il y a donc quelque chose de radicalement nouveau la foi en Jésus libère du poids d’une certaine tradition sacrificielle.

20 »Car, là où deux ou trois se trouvent réunis en mon nom, Je suis au milieu de vous»
Le « car « est important. il se passe quelque chose d’autre. Ce n’est pas du « je+ je » c’est du nous et ce nous incluse Jésus qui est notre centre. Jésus est présent et si le Père et Lui ne sont qu’Un alors notre prière prend une autre dimension, mais les pensées de Dieu ne sont pas les pensées des hommes alors peut-être que l’exaucement aura lieu, mais pas du tout comme nous l’avions prévu.

Quant à cette notion de milieu, aujourd’hui je la ressens non comme une présence de quelqu’un lui serait là parmi nous (un parmi d’autre) mais comme une présence à la fois interne et singulière pour chacun et en même temps unifiante. Il est en nous, il est au milieu de nous, mais c’est lui qui décide, ce n’est pas nous qui le tenons.

Comme je l’ai noté ce chapitre est presque uniquement consacré au pardon. Il est dit à Pierre de pardonner à l’infini et que vient ensuite la parabole du roi qui remet une dette qui ne peut être remboursée.

Petites réflexions sur le pardon.

Il m’arrive souvent de penser que pardonner systématiquement à quelqu’un qui soit refait sans cesse la même chose qui vous irrite, soit qui trouve plus facile de vous demander de pardonner que de changer de comportement, c’est stupide, et tant pis si ce n'est pas évangélique.

Ce que je veux dire, c’est qu’il me semble que dans l’écriture, le pardon va de pair avec la conversion. La pardon pour le pardon, ça ne me va pas

Alors parfois je trouve qu’il est bien plus thérapeutique de dire non, surtout si l’autre s’attend à un pardon automatique. Je peux ne pas pardonner un acte ou une parole, mais continuer à aimer et à éprouver de la compassion. Et dire non cela me permet aussi de dire ce que moi je ressens et vis.

Il y a des non qui de mon point de vue, peuvent provoquer une prise de conscience, un changement et si ce non est prononcé avec respect et amour, alors il a bien plus de profondeur qu'un pardon accordé comme cela, avec oui faut bien que je le fasse, si je veux être chrétien.

Normalement le fait de pardonner devrait provoquer le changement, mais si ça ne marche pas, alors pourquoi ne pas essayer autre chose. Je veux dire que si l’on s’attend à un pardon automatique, il y a quelque chose qui est perverti.

Mais au fond de moi (peut-être changerai-je) je refuse de faire comme si ça ne m’avait rien fait. Bien sûr ce que je dis concerne un adulte, pas d’un enfant. Je peux dissocier l’acte de la personne, mais je n’ai pas envie de dire, je vais faire comme si tu ne m’avais rien fait, alors que j’ai été blessée par ce que tu as dit ou fait. Cela reviendrait à nier ce que je vis pour te donner bonne conscience.. Il faut du temps pour qu’une blessure guérisse et Jésus sur la croix n’a pas pardonné mais à demandé à son Père de pardonner.

Si mon « Je » ne peut pas accorder le pardon demandé, il peut comprendre pourquoi on en est arrivé la dans la relation, il peut se mettre en cause et demander à l’Esprit Saint d’agir.

Et peut-être que là si deux ou trois sont avec moi pour demander que j’apprenne à pardonner, alors la présence de Jésus parmi nous rendra possible l’impossible.

lundi, août 03, 2009

Rabbi, quand es-tu arrivé ici ? Jn6,25


En écoutant la lecture du début de l'évangile de ce dimanche Jn 6, 24-35, j'ai été un peu estomaquée par la brutalité de la question posée à jésus: "Quand es-tu arrivé ici?" Cela fait penser à des parents pas contents qui engueulent leur progéniture, ce qui pourrait d'ailleurs faire penser que les pharisiens considéraient (à ce moment là) Jésus comme un des leurs.

je cite les premiers versets qui vont ensuite provoquer la controverse sur les signes, mais ce n'est pas mon propos dans l'immédiat.

24. Quand donc la foule vit que Jésus n'était pas là, ni ses disciples non plus, les gens s'embarquèrent et vinrent à Capharnaüm à la recherche de Jésus.
25. L'ayant trouvé de l'autre côté de la mer, ils lui dirent : « Rabbi, quand es-tu arrivé ici ? »

Il est donc question d'une disparition (zut celui qui donne à manger gratis à disparu), d'une recherche, mais où est il passé celui là, et enfin d'une sorte de soulagement: on l'a trouvé, on a remis la main sur lui, et pas question qu'il recommence une chose pareille.

Il me semble que cette phrase qui aurait pu commencer par" pourquoi" traduit quelque chose. Car si on reprend le texte de Jean, on se rend compte que jésus leur a échappé car ils voulaient le faire roi, qu'il s'est sauvé dans la montagne (pour prier) et que normalement c'est là qu'on aurait du le retrouver.

Nous savons nous qu'Il a rejoint les disciples alors que la tempête soufflait, mais normalement cette tempête justement interdisait tout déplacement par cette voie. Alors si je peux dire, bien feintés les pharisiens qui voulaient en faire leur chose.

On aurait pu s'attendre à une question sur le "comment as tu réussi à faire cela," qui aurait permis de reconnaître Jésus comme quelqu'un qui est différent, autre. Mais non la question posée est beaucoup plus à une mise en demeure, avec certainement une autre question non formulée: Qui es-Tu toi pour faire des choses pareilles et pour te jouer de nous?

La main mise sur Jésus n'est pas possible et il va bien le signifier dans la suite du texte avec le débat je dirais presque le dialogue de sourds sur les signes et les oeuvres. Car en fait Jésus vient de leur donner un signe fort de qui il est, mais ce signe là, ile ne peuvent l'entendre parce que cela les mettrait dans la position des "pauvres de coeur", et du coup ils jouent presque aux parents ulcérés qui savent et auxquels on doit obéissance.


Peut-être est il possible de comparer ce texte avec celui de Luc au chapitre 2, quand Marie retrouve son fils dans le temple. Là aussi il s'est échappé, la aussi il montre qui il n'est pas que le jeune adolescent soumis mais là, la compréhension de Marie fait que la tempête s'apaise. Elle comprend le signe qu'il a donné là et même s'il y a souffrance, elle ne possède pas son fils. Il revient librement à Nazareth.

Luc: 2, 48 "En le voyant, ils furent frappés d'étonnement et sa mère lui dit : « Mon enfant, pourquoi as-tu agi de la sorte avec nous ? Vois, ton père et moi, nous te cherchons tout angoissés. » 49Il leur dit : « Pourquoi donc me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas qu'il me faut être chez mon Père ? »

Jésus qui est présent avec nous jusqu'à la fin des temps n'a pas de compte à nous rendre.

Il est vrai que même si nous n'osons pas demander des signes prouvant qu'il est le Fils, nous sommes friands de petits signes, de petits clins d'oeil qui nous fortifient dans la foi, car la foi n'est pas chose facile.

Il nous faut renoncer à demander à Jésus de nous rendre des comptes quand nous ne comprenons pas. Je ne dis pas qu'il est défendu de poser des questions, mais parfois il est nécessaire de ne pas comprendre, d'être dans le noir du ventre de la baleine (signe de Jonas) et faire confiance envers et contre tout.

mardi, juillet 21, 2009

Je te donnerai le clés du royaume: temps trois

TEMPS TROIS : Simon fils de Jean m'aimes tu?


Cela fait un certain temps que j’ai envie de prendre la défense de cet apôtre. Je trouve que son reniement (somme toute compréhensible) lui colle encore à la peau et que les rédacteurs des évangiles nous donnent une image bien peu glorieuse de celui qui a reçu une telle promesse et un tel pouvoir.Je pense que le nombre d'homélies qui comparent Judas et Pierre sont aussi nombreuses que les étoiles du ciel... Mais ces deux attitudes sont elles comparables?

On a parfois l’impression qu’il y a des comptes qui se règlent(par le biais de l'écriture) bien après la mort de Jésus. Pourquoi Jésus a t il choisi cet homme là s'il est si lâche que ça? Pourquoi Jésus a t il choisi comme successeur un homme qui ne comprend presque rien et qui même après l'effusion de l'Esprit aura du mal à accepter -bien qu'il se dise avoir été choisi pour "que les païens entendent de sa bouche la parole de la bonne nouvelle" Ac15,7- le travail de Paul auprès des incirconcis (je pense à l'accrochage entre ces deux hommes rapporté en Gal 2,11 et suivants).

Et pourtant les discours et les écrits attribués à Pierre, montrent que le pécheur mal dégrossi que Jésus est allé péché sur les bords du lac a complètement changé après l'effusion de l'Esprit.Il se positionne d'emblée en chef, fait des miracles au Nom de Jésus, rassemble, se déplace. Mais comme je le disais dans mon billet précédent, la fuite de Pierre lors de la persécution de Néron (oui je sais cela n'appartient qu'à la tradition)est bien peu glorieuse et surtout très différente de l'attitude de Paul, qui ne désire qu'une chose: mourir à la fois pour rendre témoignage mais aussi pour rejoindre "Celui qui de condition divine..."

Mais les rédacteurs du premier testament n'ont jamais donné une histoire édulcorée de ceux qui ont été les "Pères". Abraham et Isaac feront passer leur femme pour leur soeur pour ne pas avoir d’ennuis avec les rois des lieux sur lesquels ils campent, Moïse est un assassin en fuite, David, le grand roi David, se comporte comme un petit mafieu (moi et mes garçons dira t il à Naval 1Sm 25,4), et utilise le mensonge sans vergogne (en particulier quand il se fait remettre les pains consacrés ainsi que l’épée de Goliath).

Ce que je veux dire c’est que ce qui caractérise les « pères fondateurs », c’est qu’ils ont fait confiance à la parole qui leur était adressée et que le cours de leur vie a changé. Mais sont ils pour autant des génies, comme nous l’entendons au 21° siècle ? Si on reste dans la lignée Abraham, Isaac et Jacob, certainement pas. Moïse est différent, mais à lui il n’a pas été fait de promesse de descendance avec laquelle le Seigneur ferait alliance, sauf que désormais ce n'est plus avec un homme que l'alliance est faite (Abraham ou Jacob) mais avec le peuple dans son entier.

Les prophètes eux sont d’une autre envergure : la parole de Dieu les a saisis et leur vie est conforme à la parole, n’empêche que certains comme Elie prononcent parfois des malédictions qui viennent d’eux et non pas de YHWH (je fais ici référence à la sécheresse provoquée par Elie, mais non demandée par le Seigneur 1R 17).

Bref, Pierre n'échappe pas à la règle. Certains psychanalystes disent que dans un rêve les différents personnages mis en scène représentent différents aspects du rêveur; je me demande s'il n'en va pas de même avec les apôtres tels qu'ils sont décrits dans les différents évangile. Ils nous représentent avec nos différents aspects.

Pierre, il fonce, mais il perd confiance à la vitesse grand V. Il est capable du meilleur et du pire. Thomas, à la fois est prêt à mourir pour Jésus et refuse de croire à la résurrection, Philippe pose des questions qui parfois nous aimerions bien poser, montre nous le père et ça nous suffit, etc…

J’ai oublié Judas. Judas, est peut-être le plus réfléchi, plus calculateur. Lui quand Jésus parle de ce qui l’attend, il comprend que c’est vrai, alors que les autres fonctionnent dans le déni. Alors peut-être que la trahison a un but : faire que d’autres ne soient pas séduits comme lui l’a été, stopper cette histoire qui a été comme pour tous les autres une histoire d’amour. Et une histoire d’amour qui se termine mal elle peut bien conduire à la mort, ce qui s’est passé pour l’un et l’autre. (On peut lire un commentaire sur Judas dans un livre d'Elian Cuviller: étranges témoins de la passion).

J'en arrive donc à l'éternelle comparaison entre Judas et Pierre, or Pierre n'a pas vendu Jésus, il a eu peur pour lui. Judas reconnaît dans l'évangile de Matthieu avoir fait une énorme erreur, et la culpabilité est telle que dans cet évangile là il se pend (alors que dans les actes des apôtres il meurt en répandant ses entrailles, ce qui est la mort réservée à l'impie, mais il meurt si je puis dire de sa belle mort). Dans cette hypothèse (mort de sa pas belle mort) l'auteur (Luc) montre la différence entre Pierre le Juste qui a trébuché mais s'est repris et l'Impie qui va vers la mort.

D’un côté il y a le baiser de Judas (ce qui montre bien que jésus n’était pas si reconnaissable que cela et peut-être pas si connu que cela) et de l'autre le coup d’épée de Pierre (j’y reviendrais) .

Pourtant, Pour l’un comme pour l’autre, il y a eu à un moment une ouverture des yeux (intérieurs). Pour Judas, cela s’est fait semble t il quand il a compris que « son » Jésus allait mourir par sa faute qu’il avait fait une erreur et que cette erreur il ne pouvait la payer que par sa mort : mort contre mort.Il faut dire que l'évangile de Matthieu pose question au niveau du déroulement temporel, car on imagine mal (enfin j'imagine mal) que la nuit de la passion ils allaient s'occuper de la demande de Judas, prendre l'argent et acheter un champ avec le prix du sang.


Pour Pierre, il y a eu ce chant du coq au petit matin. Mais ce reniement (non je ne connais pas cet homme), que cache t il ? Que fait-il Pierre quand il affirme malgré son accent de Galilée ne pas connaître cet homme?

Ce qui est certain c’est que une fois de plus Jésus ne s’était pas trompé, Jésus avait prédit ce reniement et donc tout ce qu'il avait dit sur sa fin peu glorieuse allait aussi se réaliser. Pierre réalise ce qu'il perd avec la mort de Jésus et cela peut bien faire pleurer un homme. Finalement un homme qui pleure c’est rare, ça ne se fait pas. Que le chef de l’Eglise en soit capable est pour moi assez rassurant. Ce n’est pas un sur homme et tant mieux.

Mais il y a peut être autre chose dans ce reniement. Car malgré tout, malgré sa fatigue et sa peur, il était là, dans la cour.

Bien sûr dans la nuit tous les chats sont gris, alors qui pourrait reconnaître en lui l’homme qui s’est attaqué au serviteur du grand prêtre? Nous qui connaissons l’histoire de cette nuit là, nous savons que Pierre était le futur chef, mais cela était dit à un petit comité, donc je ne pense pas que ce soit cette peur là ( si on me reconnaît comme le successeur ils vont me tuer) qui a poussé Pierre à renier. Car cette nuit là Pierre avait fait un geste très préjudiciable.

Si on reprend l’évangile de Mathieu ou de Jean, il ne faut pas oublier que Pierre est muni d’une épée et qu’il a attaqué un serviteur du grand prêtre et lui a tranché l’oreille. Il s’agit là de quelque chose qui est sanctionné par le Lévitique. Donc même si Jésus a recollé l’oreille, Pierre est passible d’une sanction qui peut peut-être aller jusqu’à la mort, car l’homme qu’il a attaqué fait partie du service d’ordre.

Ce que je veux dire c’est que dans nos pays, quand un agent des forces de l’ordre est blessé par un manifestant, la peine qu’il encoure est très lourde, car il ne s’agit pas tant de la personne, mais de ce qu’elle représente. Si Pierre dit ne pas connaître cet homme là, c’est peut-être bien pour ne pas être lapidé sur le champ.

Pour Pierre il faut donc qu’il ne soit pas reconnu, car il risque gros et d’une certaine manière le reniement ce n’est peut-être pas à prendre au premier degré : je ne peux pas donner ma vie pour cet homme là, mais au second degré : si je dis que je ne le connais pas on ne fera pas le lien entre moi et celui qui a coupé l’oreille du serviteur du grand prêtre. Certes Pierre avait dit qu’il donnerait sa vie pour son maître, et là, il se rend compte que la seule vie qui compte pour lui c’est la sienne.


Que la coïncidence du chant du coq lui ait ouvert les yeux du cœur cela me semble certain. Pierre a compris qu’il est bien incapable de donner sa vie pour un autre, que seule sa vie est importante, et qu’il s’est aimé lui-même plus que tout autre personne. Oui, il a dit qu’il ne connaissait pas cet homme, mais n’était ce pas pour lui le seul moyen de faire croire qu’il n’était pas avec lui au moment de l’arrestation, et qu’il est juste un curieux parmi d’autre.

Maintenant il faut revenir au traitement de la culpabilité. Car il y a l'épisode qui se passe sur les bords du lac de tibériade avec la triple interrogation de Jésus. Et là aussi les homélies sont nombreuses.

Je dois dire que j'aime cette scène au petit matin. Il y a cette pêche miraculeuse qui fait pendant à cette première pêche qui montre la confiance de Pierre, envers cet homme qui n'est pas du métier. Il y a Jean, qui comprend que l'inconnu sur la rive c'est Jésus et qui en informe Pierre. Pourquoi celui ci passe un vêtement alors qu'il doit nager et donc le mouiller pour aller au plus vit rejoindre "le Seigneur", cela reste un mystère pour moi et ça a toujours tendance à me faire sourire quand j'imagine la scène.

Mais le reste, ce triple questionnement je le trouve douloureux. Et pourtant... Et pourtant ce questionnement ne peut-on pas le prendre comme une sorte d'épreuve qui va permettre à Simon fils de Jean d'être restauré dans sa fonction de pasteur et de guide.

Voici le texte: Jn 21, 15-17

15 Après le repas, Jésus dit à Simon-Pierre : « Simon, fils de Jean, m'aimes-tu plus que ceux-ci ? » Il répondit : « Oui, Seigneur, tu sais que je t'aime », et Jésus lui dit alors : « Pais mes agneaux. »

16 Une seconde fois, Jésus lui dit : « Simon, fils de Jean, m'aimes-tu ? » Il répondit : « Oui, Seigneur, tu sais que je t'aime. » Jésus dit : « Sois le berger de mes brebis. »

17 Une troisième fois, il dit : « Simon, fils de Jean, m'aimes-tu ? » Pierre fut attristé de ce que Jésus lui avait dit une troisième fois : « M'aimes-tu ? », et il reprit : « Seigneur, toi qui connais toutes choses, tu sais bien que je t'aime. » Et Jésus lui dit : « Pais mes brebis.




Ce qui me semble étonnant c'est que Jésus ne le nomme pas Pierre, mais le remet dans sa généalogie: Simon fils de Jean et ce, dans les trois interrogations. Qu'est ce que Jésus veut lui faire comprendre? Qu'il n'est plus la "pierre" parce qu'il n'a pas su être à la hauteur, parce qu'il a essayé de sauver sa vie au petit matin autour d'un feu en faisant comme s'il ne le connaissait pas, ou parce qu'il a laissé "la mission" et reprenant sa vie de pêcheur? Les trois années passées auprès de Jésus auraient elles été seulement une interruption? A-t-il encore le droit de prétendre à ce nom de Képhas?

Je ne sais pas, mais je pense que ce questionnement qui parait court quand on le lit, car on peut imaginer le temps qui sépare les questions, les réponses, les silences aussi et la présence silencieuse des autres disciples qui devaient penser qu'ils avaient bien de la chance que ce soit Pierre qui prenne, a du avoir une certaine durée. Et il du se passer bien dans choses dans la tête et dans le coeur de Pierre.

Traditionnellement dans la bible quand il y a appel il y a doublement du nom:" Abraham, Abraham "," Samuel Samuel " "Saul Saul" et la réponse normale est: "me voici". Ici la question est là, directe, Simon fils de Jean, m'aimes-tu? Je reste ici avec le mot aimer tel que nous le disons en français, c'est à dire en en faisant pas la distinction entre philein et agapè.

En fait ce qui me semble intéressant c'est la manière dont Pierre répond:

Première réponse: "Seigneur tu sais que je t'aime". Mais répond il à la question du "plus que ceux ci"?Qu'est ce que cela veut dire? Est il possible de se comparer aux autres? Quant à savoir si Pierre aime Jésus plus qu'il n'aime ses compagnons, n'est ce pas une question que nous sommes amenés à nous poser en permanence? Comment aimer Jésus plus que ceux qui nous sont chers et pour lesquels spontanément nous aimerions pouvoir donner notre vie? Seulement Pierre sait (comme nous le savons) que pour Jésus aimer c'est donner sa vie (aimez vous comme je vous ai aimés) et cela il n'a pas su le faire,parce que au moment de l'arrestation de Jésus, ce n'était pas ce combat là qui était le sien, du moins c'est ce que j'imagine aujourd'hui.


Deuxième réponse: "Oui, Seigneur tu sais que je t'aime".Il y a le oui, qui est peut-être le Amen. Et qui est comme une confirmation, tu le sais alors pourquoi me poses tu la question. Je fais ce que je peux avec ce que je suis, ce n'est pas brillant, mais je suis un glaiseux.

Troisième réponse: "Seigneur toi qui connais toutes choses tu sais bien que je t'aime". Celui qui connaît tout chose c'est bien celui que Pierre avait jadis reconnu et nommé: tu es le christ le fils du dieu vivant. Pierre peut à nouveau se positionner et affirmer que en cet homme qui a préparé un repas, qui leur a donné du poisson en abondance est le Seigneur.

Peut-être avait il oublié qu'il aimait autant Jésus? Peut-être croyait-il que la peur viscérale qui s'était emparée de lui quand il avait failli être reconnu ce matin là auprès du feu, à cause de ce geste de bravoure tenté pour permettre à son maître de prendre la fuite, l'avait en quelque sorte disqualifié. Peut-être pensait-il au fond de lui que plus jamais Jésus ne pourrait l'aimer? Peut-être pensait il qu'il n'était plus bon à rien sauf à reprendre la vie là où il l'avait laissée un jour où Jésus lui avait dit de jeter encore un coup son filet alors qu'il n'avait rien pris de la nuit.

Peut-être y avait il tout cela en lui. Pas tant le reniement ou les reniements que ce sentiment que nous connaissons bien de ne pas valoir grand chose.

Alors ce que nous dit (ce que me dit) cet épisode que la seule chose qui compte, même si on s'en veut, même si on se sent très nul, c'est d'aimer. Aimer sans me comparer aux autres, aimer comme je peux avec tout ce que je suis et aussi ce que je ne suis pas.

Je crois que ce questionnement a été pour Pierre une restauration, presque une renaissance avant que le feu de l'Esprit ne tombe sur lui et sur ses amis et lui donne la force d'annoncer que

Ac 2,22« Jésus le Nazôréen, homme que Dieu avait accrédité auprès de vous en opérant par lui des miracles, des prodiges et des signes au milieu de vous, comme vous le savez,

23 cet homme, selon le plan bien arrêté par Dieu dans sa prescience, vous l'avez livré et supprimé en le faisant crucifier par la main des impies ;

24 mais Dieu l'a ressuscité en le délivrant des douleurs de la mort, car il n'était pas possible que la mort le retienne en son pouvoir.

Et ainsi de devenir le pasteur et d'ouvrir les portes du royaume de l'Amour.