lundi, avril 27, 2026

Jean 6, 1-16 la multiplication des pains.

 Jn 6, -1-16   Multiplication des pains : Philippe et le jeune garçon et racontent.

 

 

Pourquoi écrire une fois de plus sur ce texte, puisque le dernier date de 2024 et que j'avais pris Philippe pour rapporté ce qui avait été vécu, de signe. https://giboulee.blogspot.com/search?q=Multiplication+des+pains.

 

Pourquoi le rédacteur insiste-t-il sur le fait que si Jésus s'adresse à lui, c'est pour "le mettre à l'épreuve", puisque lui Jésus sait ce qui va se passer. Mais c'est quand même assez sibyllin car j'imagine mal que Jésus demande à Philippe s'il pense que lui Jésus va, soit sortir de l'argent de sa ceinture, soit fabriquer du pain à partir de rien. Mais pourtant quand on parle d''épreuve dans la Bible, il est toujours question de foi. Donc Jésus éprouve la foi de Philippe, crois-tu que je puisse nourrir cette foule à partir de rien? Philippe n'a-t-il pas vu l'eau des jarres de Cana devenir vin des noces? 

 

Reprenons le texte, puisque c'est ce travail quotidien qui me donne envie de raconter. C'est ce commentaire du rédacteur: "il savait bien de qu'il allait faire" qui est un des fils rouges de cet bonne nouvelle, Jésus "sait" Jésus ne laisse rien ou presque rien au hasard.


En reprenant ce texte, bien des jours après, j'ai pu laisser le jeune garçon raconter.

 

Travail préalable sur le texte : Jn  6, 1-16

 

 

1 En ce temps-là, Jésus passa de l’autre côté de la mer de Galilée, le lac de Tibériade.

 

Déjà la traduction AELF me pose question. Pour moi, l'autre côté c'est territoire païen. Je sais bien que la finale du chapitre 5, fait penser qu'il vaut mieux que Jésus quitte Jérusalem et la Judée, mais a priori la Galilée ne lui est pas hostile, d'autant qu'il a guéri le fils d'un fonctionnaire royal. Certaines traductions font comprendre que mer de Galilée ou Lac de Tibériade c'est la même chose. Mais c'est quand même de l'autre côté.

 

 

2 Une grande foule le suivait, parce qu’elle avait vu les signes qu’il accomplissait sur les malades.

 

Là, il faut croire le rédacteur. Des guérisons les synoptiques en rapportent un certain nombre. Mais Jésus traîne à sa suite, outre les disciples "une grande foule", qui a envie de voir ce thaumaturge.

 

 

 

3 Jésus gravit la montagne, et là, il était assis avec ses disciples.

4 Or, la Pâque, la fête des Juifs, était proche.

 

Pour moi, cela évoque presque les béatitudes, dans l'évangile de Matthieu. On est dans du solennel. On peut s'attendre à quelque chose d'important. 

 

Jésus est assis, posture de l'enseignant. Peut-être que cela fait un certain temps qu'il les enseigne ses disciples. Peut-être parle-t-il de cette libération, de ce passage de Dieu, de ce sang versé sur les linteaux et qui chasse la mort, de l'agneau pascal, puisque la Pâque est proche?  

 

5 Jésus leva les yeux et vit qu’une foule nombreuse venait à lui.

 

Il y a un verset au chapitre 3 qui dit "Quand je serai élevé de terre, j'attirerai tout à moi". Quand je lis ce verset, j'ai toujours l'impression que Jésus est comme un aimant qui attire la limaille de fer. Mais l'aimant l'objet, ne se rend pas compte de ce qui se passe. Là il semble que ce soit un peu pareil. Jésus est tellement pris pas son enseignement qu'il est un peu ailleurs. C'est quand il reprend son souffle, quand il lève les yeux, qu'il découvre tout ce monde qui s'est agglutiné autour de lui. 

 

Il dit à Philippe : « Où pourrions-nous acheter du pain pour qu’ils aient à manger ? »

6 Il disait cela pour le mettre à l’épreuve, car il savait bien, lui, ce qu’il allait faire. 

7 Philippe lui répondit : « Le salaire de deux cents journées ne suffirait pas pour que chacun reçoive un peu de pain. » 

 

 

C'est très étonnant, ce qui se passe là. Dans les synoptiques, la foule a écouté depuis un certain temps et Jésus s'inquiète pour cette foule qui est comme un troupeau sans berger. Cette foule il faut bien la nourrir. Ici, Jésus semble penser tout de suite à la foule qui est affamée, mais de quoi est-elle affamée? Pour Jésus, il semble impératif de la nourrir. On comprend mieux ce qui se passe par la suite, puisque Jésus en donnant ce "pain" pourra être comme Moïse qui a donné la manne descendue du ciel. Mais cela ne prend sens que plus tard.

 

Ce qui est certain c'est que Philippe, a la question sur le "où" répond par la réalité : peu importe le où, puisqu'il faut une grosse somme et que cette somme personne ne l'a.

 

 

8 Un de ses disciples, André, le frère de Simon-Pierre, lui dit :

9 « Il y a là un jeune garçon qui a cinq pains d’orge et deux poissons, mais qu’est-ce que cela pour tant de monde ! »

 

André a un regard différent. Peut-être que ce jeune garçon, a entendu la demande de Jésus, et qu'avec son bon cœur, il va voir André et lui dit ce qu'il a et qu'il est prêt à partager. André on ne le voit pas beaucoup dans cet évangile. Il est allé chercher Pierre. Puis Jésus a appelé Philippe qui a cherché Nathanaël. 

 

Jésus a posé la question du "Où", Philippe répond par le côté impossible. Chez André il y a de la confiance. Et ce petit garçon, peut-être que pour lui c'est possible de donner à tout le monde avec ce qu'il a lui. On appelle cela la pensée "magique", mais pourquoi pas?

 

10 Jésus dit : « Faites asseoir les gens. » Il y avait beaucoup d’herbe à cet endroit. Ils s’assirent donc, au nombre d’environ cinq mille hommes.

 

Jésus a désormais ce qu'il lui faut : quelque chose donné avec de l'amour et de la foi; Il ne va pas décevoir ce petit garçon qui a tout donné; Et pourtant il y en a du monde. Il fait asseoir sur l'herbe, ce qui évoque le psaume 23.

 

11 Alors Jésus prit les pains et, après avoir rendu grâce, il les distribua aux convives ; il leur donna aussi du poisson, autant qu’ils en voulaient.

 

Là, c'est Jésus qui prend de fait l'initiative pour tout; il veut donner à manger, il prend ce peu et il en fait de l'abondance, puisqu'il y a des restes, ce qui n'était pas le cas de la manne.

 

12 Quand ils eurent mangé à leur faim, il dit à ses disciples : « Rassemblez les morceaux en surplus, pour que rien ne se perde. »

13 Ils les rassemblèrent, et ils remplirent douze paniers avec les morceaux des cinq pains d’orge, restés en surplus pour ceux qui prenaient cette nourriture.

 

Dieu nourrit comme dans le désert, mais avec abondance. 

 

 

14 À la vue du signe que Jésus avait accompli, les gens disaient : « C’est vraiment lui le Prophète annoncé, celui qui vient dans le monde. »

15 Mais Jésus savait qu’ils allaient venir l’enlever pour faire de lui leur roi ; alors de nouveau il se retira dans la montagne, lui seul.

 

 

La suite du texte nous la connaissons, c'est la marche de Jésus sur les eaux, les disciples qui le prennent pour un esprit, comme ils le prendront pour un esprit le jour de la résurrection quand il se manifeste à eux, les portes étant verrouillées et eux-mêmes étant en pleine tempête !

 

J'avais pensé laisser le jeune garçon raconter, mais… Alors comme Philippe est l'interlocuteur privilégié, il a pris la parole. Je dois reconnaitre que les similitudes avec le texte de 2024 sont nombreuses, mais le texte est venu tout seul ou presque.

 

Philippe raconte.

 

Hors de question de rester à Jérusalem depuis la guérison de ce paralysé qui avait comme le lui avait demandé Jésus porté son grabat le jour du Sabbat. Il faut dire qu'oser affirmer que Dieu était son propre Père et que lui Jésus, ne faisait que faire comme Lui, cela ne pouvait pas passer, ils ne pouvaient pas entendre, ils ne pouvaient pas comprendre, comprendre qu'écouter et croire en la parole de cet homme, c'est cela qui donnerait la vie éternelle et non la pratique aveugle de la Loi. Ils ne pouvaient surtout pas entendre tout l'amour qui était là. Alors oui, pour conserver la vie, il valait mieux retourner en Galilée et pourtant la fête de la Pâque était proche, cette fête que nous célébrons chaque année qui fait mémoire de notre libération, du sang de l'agneau posé sur les linteaux de nos portes, les pains sans levain. Le passage de l'Ange du Seigneur et notre passage à travers la mer. 

 

En Galilée nous avons beaucoup marché, Jésus avait guéri beaucoup de malades, et nous nous trouvions sur les bords du lac. Ce jour-là, il nous avait pris avec lui sur la montagne, il s'était assis et nous avait parlé. Le temps nous ne l'avions pas senti passé, nous étions bien avec lui. 

 

Mais de fait nous n'étions pas seuls, des gens étaient arrivés petit à petit, puis d'autres et encore d'autres qui voulaient certainement demander des guérisons. Jésus a cessé de parler, et a vu tous ces gens. Il m'a alors demandé où nous pourrions acheter du pain pour donner à manger à toute cette foule. Je dois dire que sa question m'a interloqué, où diable veut-il que nous trouvions autant d'argent, même avec le salaire de deux cent journées, il n'y airait qu'n tout petit peu de pain pour chacun d'entre eux. Des fois je me demande ce qu'il a en tête. Pour moi c'était vraiment impensable et pourtant à Cana en Galilée n'avait-il pas fait mettre de l'eau dans les jarres de purification pour que celle-ci devienne un vin capiteux, comme le vin dont parle le prophète Isaïe ?  Bref pour moi, il me demandait l'impossible. 

 

Là-dessus arrive André, avec un jeune garçon qui avait entendu la demande de Jésus et qui apportait cinq pains d'orge et deux poissons. Lui aussi devait être un peu fou, comment nourrir une foule avec si peu, mais parfois les enfants ils pensent de drôles de chose. Mais Jésus dit souvent qu'il s'agit de croire et ce petit il croyait vraiment. 

 

Jésus a souri, il n'a pas renvoyé le garçon en lui disant que c'était pour lui, ce pain et ces poissons. Il lui a souri, et c'était comme une connivence entre eux. Avec ce peu, il allait faire beaucoup. Le garçon lui, il avait foi en lui. 

 

il a pris les pains, des pains d'orge, la farine du pauvre, mais aussi la farine qui sert pour la fête de la Pâque.

 

 Il nous a demandé de faire asseoir tout le monde, car il y avait une belle herbe verte à cet endroit. Il y a eu comme un silence; un beau silence, un bon silence.; il les a bénis, comme on le fait toujours, et s'est mis à les distribuer à la foule, seulement là, ce n'étaient plus cinq pains et deux poissons, mais tout à profusion, un peu comme l'avait le prophète Élisée autrefois, qui de 20 pains en avait fait 100.  Et il y a eu bien plus que ce que l'on aurait pu acheter avec mes deux cents deniers.

 

Quand tout le monde a fini de manger il nous demandé de rassembler ce qui restait et croyez- moi ou pas, mais il y avait douze panières remplies des morceaux qui restaient. Cela m'a fait au psaume qui parle du juste qui se sent abandonné par le très haut, mais sauvé par le très haut tient ses promesses et donne à manger en abondance, car là c'était l'abondance. Il leur avait donné comme autrefois l'avait Moïse, enfin pas Moïse mais le Très- Haut de la manne, mais en abondance, une manne qui ne périssait pas. C'était peut-être cela le signe au-delà du miracle, voir en Jésus non pas un prophète, mais l'Envoyé, Dieu présent parmi nous.

 

Un tel miracle, un tel signe, ça fait du bruit si je puis dire et cette foule, cinq mille hommes, sans compter les femmes et les enfants, ils voulaient le prendre pour le proclamer leur roi. Un roi qui donne à manger à tous, ça, c'est un roi comme on l'espère tous, un roi qui fera sortir de la pauvreté et de la misère. Seulement Jésus, et ça, nous le savons, il ne sera pas ce roi-là. Alors comme il s'est si bien le faire, il a disparu dans la montagne. Il faut dire qu'en Galilée il est chez lui et qu'il connait toutes les grottes. Mais du coup, nous nous sommes retrouvés seuls à ne pas savoir que faire. La meilleure solution était de retourner à Capharnaüm. Pourquoi ne l'avons-nous pas attendu? Je ne le sais pas, quelque chose nous poussait à partir. Et nous sommes partis dans la nuit.

 

Le jeune garçon raconte.

 

La fête de la Pâque était proche et ma mère était dans les préparatifs. Nous, nous sommes pauvres, alors elle a commencé à faire cuire des pains d'orge. Comme elle ne voulait pas que je reste dans ses pattes, elle m'a dit de sortir et de faire ce que je voulais. J'ai pris cinq pains d'orge et deux poissons, on ne sait jamais. Dehors il y avait des gens qui passaient un peu dans tous les sens. Je les ai suivis. On est arrivé sur une colline qui surplombe le lac, un bel endroit. Je crois qu'ils voulaient qu'il guérisse certains d'entre eux. Moi je me suis faufilé et je suis arrivé tout près du petit groupe qui suivait cet homme. J'ai entendu Jésus, puisque c'est son nom demander à l'un d'entre eux, où on pourrait trouver du pain pour nourrir tout le monde. Et du monde il y en avait énormément maintenant. Du coup, je me suis approché et j'ai dit à l'un d'entre eux, que moi, j'avais du pain et des poissons. Il est allé le dire et Jésus a pris mes pains et mes poissons avec un grand sourire. Ma mère m'a parlé d'un prophète des temps anciens, un certain Élisée qui avait reçu vingt pains et qui avait donné à manger à cent personnes. Alors pourquoi pas lui?  

 

C'est ce qui s'est passé. Vous vous rendez compte, mes pains à moi, mes poissons à moi, ils ont nourri tout ce monde-là. Quand ma mère le saura elle ne voudra pas me croire, mais moi j'ai vu et moi je crois en lui. Je ne sais pas trop qui il est, mais ce qu'il a fait je le raconterai et il sera certainement aussi célèbre que notre père Moïse.

 


 

 

La suite

 

16 Le soir venu, ses disciples descendirent jusqu’à la mer.

17 Ils s’embarquèrent pour gagner Capharnaüm, sur l’autre rive. C’était déjà les ténèbres, et Jésus n’avait pas encore rejoint les disciples.

18 Un grand vent soufflait, et la mer était agitée.

 

le moins qu'on puisse dire, c'est que tout va mal. Ils sont partis un peu comme des voleurs, ils ont laissé Jésus seul dans la montagne. Ils vont vers Capharnaüm de leur propre initiative. Il sont seuls, livrés à eux-mêmes, ils n'ont certainement rien compris et peut-être sont-ils déçussiez que Jésus n'ait pas cédé au désir de la foule, donc dans les ténèbres intérieures et extérieures. Le vent se lève, les attaque, ils sont dans le noir et dans la tempête. Si la Pâque est célébrée à la nouvelle lune, là la lune n'est pas là pour les guider.

 

 

19 Les disciples avaient ramé sur une distance de vingt-cinq ou trente stades (c’est-à-dire environ cinq mille mètres), lorsqu’ils virent Jésus qui marchait sur la mer et se rapprochait de la barque. Alors, ils furent saisis de peur.

20 Mais il leur dit : « C’est moi. N’ayez plus peur. »

 

 

 

c'est assez semblable à ce qui se passe dans les synoptiques. La peur, le prendre pour un esprit. Mais il y a la voix : "c'est moi" cette voix qui est celle du berger et que connaissent ses brebis.

 

21 Les disciples voulaient le prendre dans la barque ; aussitôt, la barque toucha terre là où ils se rendaient.  

 

Ce qui se passe là est très étonnant. Si on en croit le rédacteur, ils sont en plein milieu de la traversée et d'un coup les voilà qui touchent terre, comme si la barque avait été transportée par une force inconnue.

 

 

 

 

Philippe continue son récit.

 

 

Seulement la tempête s'est levée; Comme vous le savez la date de la Pâque coïncide avec la nouvelle lune, alors c'était une nuit bien noire. Le vent s'est levé, et la tempête était vraiment une très mauvaise tempête et nous étions complétement perdus. Et voilà qu'une silhouette apparait, une silhouette un peu comme un fantôme et nous, qui sommes pourtant des hommes faits, nous étions morts de peur. Mais une voix est sortie de cette ombre, c'était celle de Jésus qui nous a dit "c'est moi, n'ayez plus peur". Entendre le son de sa voix quel soulagement, quel bonheur. Nous voulions qu'il vienne dans la barque avec nous, mais et là c'était vraiment incompréhensible, alors que nous étions en plein milieu du lac quand la tempête nous est tombée dessus, nous avons accosté, comme s'il était le maître du temps mais aussi de l'espace, Jésus Dieu, le Verbe.

 

Je me demande aussi si ce que nous avons vécu là, ce n'est pas ce que nous serions amenés à vivre après sa mort, quand nous étions réfugies dans la salle haute. Sa mort avait été une vraie tempête, nous étions désemparés, perdus, et d'un coup, comme ce soir-là ii était là, vivant, et il nous donnait sa paix. 

 

Mais ce matin-là en arrivant à Capharnaüm, nous ne pouvions pas imaginer ce que notre maître allait dire sur cet autre pain qui donne la vie et de la polémique qui en suivrait.