mercredi, novembre 09, 2022

Jn 2, 13-22. Les vendeurs chassés du temple. Dédicace de la Basilique St Jean de Latran. 9 Novembre 2022.

En cette fête de la dédicace de la cathédrale du Pape, la liturgie (année C) propose l'évangile de Jean, chapitre 2: la première Pâque de Jésus avec ses disciples à Jérusalem, mais aussi son premier contact avec ceux que Jean l'évangéliste appelle les "Juifs", ces hommes qui restent dans la réalité, dans le matériel, ce qui ne leur permet pas de voir quel est l'homme qui agit et qui leur parle. 

 

Le texte proposé.

 

13 Comme la Pâque juive était proche, Jésus monta à Jérusalem.

 

Cela se passe juste après Cana; on peut penser que Jésus monte avec sa famille et les disciples cités par Jean, soit un tout petit groupe. Mais cela pose aussi la question de la proximité de l'eau changée en vin et de ce qui se passera lors de la dernière Cène: le vin qui devient sang versé.

 

14 Dans le Temple, il trouva installés les marchands de bœufs, de brebis et de colombes, et les changeurs.

15 Il fit un fouet avec des cordes, et les chassa tous du Temple, ainsi que les brebis et les bœufs ; il jeta par terre la monnaie des changeurs, renversa leurs comptoirs,

16 et dit aux marchands de colombes : « Enlevez cela d’ici. Cessez de faire de la maison de mon Père une maison de commerce. »

 

C'est la colère bien connue de Jésus; que l'on retrouvera dans les synoptiques après l'entrée dans Jérusalem, peu de temps avant la passion; et les reproches violents: ne pas faire de la maison de son père une maison de voleurs, de bandits, de commerc.e. On peut noter sur les marchands de colombes dont les oiseaux sont en cage, ont juste droit à une semonce: enlevez cela d'ici.La fin peut s'adresser cependant à tous les marchands. Quant à se représenter les brebis, les boeufs en train de se disperser et les vendeurs qui essayent de les rassembler, cela reste difficile, mais quel bazar pour dire les choses poliment

 

17 Ses disciples se rappelèrent qu’il est écrit : ‘L’amour de ta maison fera mon tourment.’

 

Il y a là quelque chose sur la compréhension "dans l'après-coup". Les disciples appliqueront,  dans le futur, ce verset à Jésus qui est le juste persécuté: celui dont parle ce psaume 68, au verset 10, celui qui est dévoré par le zèle pour son Dieu, celui qui sera insulté, bafoué, déshonoré. 

 

18 Des Juifs l’interpellèrent : « Quel signe peux-tu nous donner pour agir ainsi ? »

 

Et voilà les juifs qui arrivent et qui posent la question qui reviendra sans cesse, celle du signe. 

 

19 Jésus leur répondit : « Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai. »

20 Les Juifs lui répliquèrent : « Il a fallu quarante-six ans pour bâtir ce sanctuaire, et toi, en trois jours tu le relèverais ! »

21 Mais lui parlait du sanctuaire de son corps.

 

Là, c'est de la prophétie. Car le corps sera bien détruit, mais il sera relevé d'entre les morts le troisième jour; allusion au prophète Amos: "Le troisième jour tu nous relèveras". 

Mais concernant la construction du temple, il avait fallu plus de cent ans, au retour de l'exil à Babylone, pour le reconstruire totalement, donc nettement plus que les 46 ans dont parle le texte. Sans doute veulent-ils parler des travaux d'Hérode, travaux grâce auxquels le mur des Lamentations a pu être rétabli, grâce aux énormes travaux réalisés sur les fondations.

 

22 Aussi, quand il se réveilla d’entre les morts, ses disciples se rappelèrent qu’il avait dit cela ; ils crurent à l’Écriture et à la parole que Jésus avait dite.

 

C'est le travail de l'Esprit Saint, bien plus tard, qui donne sens et qui permet, et cela est important dès le début de cet évangile, de croire et en l'écriture et en la bonne nouvelle. 

 

 

Comme il est question de la Pâque dans ce texte, j'ai cherché ce qu'il en est des autres Pâques, celles qui séparent celle-ci de la Pâque de la Passion. Il y a bien eu une toute première Pâque, rapportée par Luc, où Jésus dit à ses parents qu'il se doit aux affaires de son Père, ce qui est un peu la même formulation que "vous avez fait de la maison de mon Père, une maison de commerce".

 

J'ai trouvé un site évangélique, mais je ne sais pas s'il est très fiable. 

https://www.eglisedieuvivant.org/articles/des-lecons-de-quatre-paques-a028

 

-       En l'an 28, on a cette Pâque à Jérusalem.

 

-       En l'an 29, on aurait l'épisode des épis arrachés. Les auteurs notent que seul Luc précise l’époque exacte de cet événement, qui eut lieu « un jour de sabbat appelé second-premier » (Luc 6 :1). Que signifie cette expression ? Le terme grec utilisé est sabbato deuteroproto. Il se réfère au second sabbat du premier « rang » ; autrement dit, le dernier Jour saint de la Fête des Pains sans Levain. Luc place donc cet événement au cours de la deuxième saison pascale du ministère de Jésus, en l’an 29 de notre ère.

 

-       En l'an 30, on serait en Jn 6, la mutiplication de pains qui a lieu juste après la pâque.

 

-       Et en l'an 31, La dernière Pâque. Enfin, les Écritures rapportent en détail la dernière saison pascale de Jésus – lorsqu’Il fut crucifié en l’an 31. Les quatre Évangiles décrivent ce qui s’est passé à partir de l’arrivée de Jésus à Béthanie (en banlieue de Jérusalem), une semaine environ avant la Pâque, jusqu’à sa crucifixion et sa résurrection. Près d’un tiers des Évangiles est consacré aux événements qui ont entouré la dernière Pâque du Christ.

 

 

Cela m'a amenée à une première lecture plus personnelle de cette première Pâque publique de Jésus.

 

Le chapitre 2 de l'évangile de Jean rapporte le miracle de Cana - donner du vin à tous, ce qui peut préfigurer ce qui se passera quelques années plus tard lors du dernier repas de Jésus (ceci est mon sang donné pour la multitude), et ce qui se passe lors de cette première Pâque publique, puisque Jésus monte à Jérusalem en venant de Galilée, peut-être avec sa famille que l'on a vue à Cana, mais aussi avec ses disciples. Si je reste dans cet évangile, ils sont cinq, comme les doigts de la main: André et Pierre, Philippe et Nathanaël, et le rédacteur, celui que nous appelons le disciple bien-aimé, le clair voyant. 

 

Et là ce qui se passe a dû créer quand même une certaine frayeur. Voilà Jésus, qui jusque-là n'a fait que du bien autour de lui, lui qui est au dire du Baptiste l'agneau pascal, donc pas vindicatif pour deux sous, qui fabrique un fouet avec des cordes et qui chasse vendeurs et changeurs, qui n'ont, de son point de vue, rien à faire dans le Temple. On sait par ailleurs que leur présence, décision récente qui permettait aux gestionnaires du Temple de se faire plus d'argent, n'était pas du goût de tout le monde!. La phrase très forte que Jésus prononce établit son identité et sa colère: "Cessez de faire de la maison de mon père une maison de commerce". Curieusement, quand je lis ce mot: maison de commerce, j'ai presque envie de le remplacer par prostitution, ou bordel.

 

On peut imaginer le bazar que cela a dû créer. Ce qui est étonnant, c'est la passivité des vendeurs, ce qui laisse à supposer que Jésus, comme Pinhas jadis ou peut-être même comme Samson qui fait s'écrouler les colonnes d'un temple, est un peu comme une tornade blanche. Je peux aussi penser que sa famille, si elle était là, ne devait plus où savoir se mettre, et que les cinq n'ont rien compris. Bien sûr le rédacteur trouvera un sens en se référant aux écritures, mais je suppose que ce ne fut pas sur le coup. Et cela c'est important. Certaines choses ne prennent sens que dans l'après-coup, et cela reste vrai pour nous, aujourd'hui.

 

Ce qui se passe ensuite avec ceux que l'évangéliste appelle "les juifs" est le prototype de tous les discours que l'on trouvera par la suite: Jésus pose un acte, jugé répréhensible, et il est alors sommé de s'expliquer; en quelque sorte de donner son identité et de justifier son geste. Il suffit de penser à la guérison de l'aveugle-né, ou du paralytique de la piscine aux cinq portiques. 

 

 Et ce sera le début du ce ou de ces quiproquos permanents. Jésus parle de lui. Mais cela, c'est - il faut bien en convenir - incompréhensible pour les questionneurs. 

 

"Détruisez ce sanctuaire et en trois jours je le relèverai". Son corps est bien sanctuaire, car en lui réside le Père et l'Esprit. Et ce corps sera bien relevé, redeviendra vivant; mais cela, qui peut le comprendre? La répartie des auditeurs est normale face à ce langage sibyllin; ce qu'on lui rétorque en se servant d'une réalité (le temps mis pour reconstruire le temple), dit bien: 'Tu racontes n'importe quoi. De quoi parles-tu? Tu n'es pas un magicien, tu es un homme. Et il a fallu quarante-six ans, pour rebâtir ce temple et qui plus est, avec un grand nombre d'hommes.  Tu racontes vraiment n'importe quoi".  

 

Le dernier verset est un verset prophétique, qui annonce la résurrection. Oui, ce sanctuaire sera bien détruit; mais oui, ce sanctuaire sera relevé (ressuscité). Cela ne prendra sens pour les disciples que bien plus tard.

 

 

Regards croisés

 

Un pharisien raconte

 

La Pâque était proche, toute proche. Les gens se pressaient pour acheter les agneaux et les brebis, et les changeurs faisaient de bonnes affaires, car souvent les gens ne discutaient pas. Normalement cela n'aurait pas dû se passer comme cela, mais comme le Temple a sans cesse besoin de travaux d'embellissement, nos anciens et nos grands-prêtres ont décidé que les vendeurs pouvaient désormais se tenir dans les parvis extérieurs du temple. Bref une belle effervescence. 

 

Et voilà qu'un homme, un homme bien bâti je dois le reconnaître, un Galiléen, s'est fabriqué un fouet avec des cordes, et a chassé les vendeurs et les changeurs. Cela a créé une vraie panique. Il criait "ne faites pas de la maison de mon père une maison de commerce". Un vrai prophète cet homme. Il m'a fait penser au prophète Amos (Am 8, 5), qui parle des balances faussées, et des affaires que l'on fait sur le dos du Très haut. Mais d'où sortait-il pour se permettre cela? Je dois dire qu'il me faisait un peu penser à Judas Maccabée, lorsqu'il a massacré un homme qui se soumettait aux Grecs. Mais quand même, nous sommes en paix, alors pour qui se prend-il? 

 

Nous - je veux dire, moi et les autres d'entre nous qui étions présents - nous lui avons demandé (je dirais nous l'avons sommé) de nous donner un signe pour prouver qu'il n'est pas fou, qu'il n'est pas un malade, qu'il est un envoyé de Dieu, peut-être un nouveau Moïse ou un nouveau David, sait-on jamais. Mais il y a tellement d'hommes qui se prennent pour des messies que nous sommes très, très prudents.

 

Alors il a eu une réponse étonnante. Il nous a répondu: "Détruisez ce sanctuaire, et moi je le relèverai en trois jours". Cela évoque le prophète Osée (Os 6,2), qui dit que Dieu nous relèvera le troisième jour. Le temple détruit par nos ennemis, les murailles dévastées, les portes brisées, les pierres emportées, cela c'est notre passé; et nous savons le temps qu'il a fallu pour le relever de ses ruines. Alors, lui qui raconte qui serait capable de le relever en trois jours, c'est vraiment fou. Il doit être complètement fou cet homme, fou, et dangereux, parce qu'il a l'air bien sûr de lui. Je sens qu'on n'en a pas fini avec lui. Alors, méfiance de ce beau parleur.

 

Un disciple, le rédacteur de cet évangile, raconte

 

Nous l'avions suivi depuis les bords du Jourdain. Nous étions allés avec lui à une noce en Galilée, à Cana, et là il avait, à la demande de sa mère, donné du vin - à partir de l'eau - à ces hommes et ces femmes qui étaient sur le point d'en manquer. Je n'ai pas compris, mais les gens étaient heureux et nous aussi. Une noce, c'est une noce. 

 

Puis nous avons passé un peu de temps chez lui et, la Pâque arrivant, nous sommes, nous les cinq et sa famille, montés à Jérusalem pour la Pâque. 

 

En arrivant au Temple, nous avons vu que le parvis, celui qui est proche de la porte des brebis, était envahi par les changeurs de monnaie et par les vendeurs. Nous en avions entendu parler, mais là, c'était vraiment choquant, une sorte d'irrespect de la présence du Très-Haut. 

Le visage du Maître avait changé. Il était dur, froid, en colère. Il s'est fait un fouet avec des cordes et il a tout mis par terre. Il était vraiment en colère. Le bazar que cela a créé était indescriptible. Il me faisait penser à ces hommes de notre histoire qui ne supportaient pas la profanation. En y repensant dans la nuit, une phrase est venue en moi, une phrase qui allait si bien à Jésus: "Le zèle pour ta maison me consume". Je trouvais que cela lui allait parfaitement bien. Je crois que oui, cela le consumera, cet amour qui est en Lui. 

 

Naturellement les pharisiens qui étaient là, pour leurs achats ou pour surveiller, lui ont demandé pour qui il se prenait, pour avoir osé faire cela. Il leur a répondu quelque chose qui n'avait aucun sens; et ils le lui ont bien fait remarquer. Il leur a dit: "Détruisez ce sanctuaire et moi en trois jours je le relèverai". Alors, bien entendu, ils lui ont rétorqué qu'il avait fallu plus de quarante six ans simplement pour le relever de ses ruines, et qu'il disait vraiment n'importe quoi. Sauf que, aujourd'hui, moi qui rapporte cela, je sais que le sanctuaire dont il parlait c'était son corps; et que son corps serait détruit, mais qu'il redeviendrait vivant, parce que cela - moi qui rapporte cela aujourd'hui - je l'ai vu, et ce corps je l'ai touché de mes mains.

 

Alors, moi qui écris aujourd'hui, moi qui ai mis tellement de temps pour comprendre, je vous le demande à vous mes lecteurs, acceptez de ne pas comprendre, mais gardez cela dans votre cœur; et en temps voulu, la lumière sera là et vous illuminera. Ne vous fiez pas aux apparences, qui sont souvent trompeuses.  

 

 

Le prêtre qui commentait ce texte a beaucoup insisté sur le ménage. Peut-être que c'est plus que nécessaire dans notre église de France. Mais peut-être que ce texte nous dit aussi que tout a un sens, que ce sens peut nous échapper complètement, mais que quand le moment sera venu, la lumière sera là, même si c'est un tout petit lumignon. 

La lumière est venue dans les ténèbres et les ténèbres ne l'ont pas retenue. 

vendredi, septembre 30, 2022

Luc 15 et Nb 21: J'ai péché contre le Ciel et contre toi.

 Livre des Nombres (Nb 21) et Parabole du fils perdu: "J'ai péché contre le ciel et contre toi". 

 

Il se trouve que, juste après la lecture du chapitre 15 de Luc, la liturgie de semaine propose, pour la fête de l'exaltation de la croix, le texte du livre des Nombres (Nb 17, 4-9) qui est presque toujours associé à ces fêtes de la croix. L'extrait proposé rapporte l'incident où, une fois de plus, les fils d'Israël n'en peuvent plus de ce désert dans lequel Moïse les a entraînés pour qu'ils soient libérés de l'esclavage égyptien. Ils n'en peuvent plus de cette manne... Car quoi qu'en dise le livre de la Sagesse (Sg 16,20) - "À l’inverse, tu donnais à ton peuple une nourriture d’ange; tu envoyais du ciel un pain tout préparé, obtenu sans effort, un pain aux multiples saveurs qui comblait tous les goûts" -, il devait bien avoir toujours le même goût ou certainement la même texture, et il y a de quoi s'en lasser.  

 

Et les voilà qui récriminent; c'est leur bouche qui profère cela. Le terme récriminer doit être très en deçà de la réalité. Je pense que des injures devaient être proférées.

 

Du coup, c'est un peu la loi du talion; ils sont punis par où ils ont péché. 

Dans leur bouche il y a des paroles brûlantes de haine ou de colère contre leur Seigneur; et apparaissent des serpents venimeux, à la gueule brûlante, qui les mordent (comme eux ont mordu et Moïse et le Seigneur) et en font périr un grand nombre. 

 

Alors, dans l'épreuve, vient la réflexion: si nous n'avions pas récriminé contre le Seigneur et contre Moïse, cela ne serait pas arrivé. Ce qui nous arrive c'est une punition. Et du coup, même si c'est un peu simpliste, un peu infantile, un peu pensée magique, les voilà qui font le lien entre leurs injures et les morsures. 

 

Et c'est tout penauds qu'ils vont voir le seul qui peut trouver une solution. C'est la phrase de reconnaissance du péché, de la faute: "Nous avons péché contre Dieu et contre toi " 

 

Puisque toi, tu es l'ami du très Haut, puisqu'il te parle comme un ami à son ami, fais quelque chose pour nous. Nous reconnaissons que nous avons dû l'offenser par nos récriminations et oublier tout le bien qu'il nous a fait, (on peut noter qu'ils ne demandent pas pardon, comme on le ferait aujourd'hui). C'est à Moïse d'intercéder pour que ces attaques cessent. 

 

On peut d'ailleurs remarquer que bien souvent dans la suite il suffira, par exemple à David ou même au roi Achab, de reconnaître leur faute, de s'humilier devant Dieu, pour que la sanction, sans être forcément levée, soit allégée, ou déplacée dans le temps.

 

Après le meurtre de Nabot, on peut lire (1R 21, 27): Après avoir entendu les paroles d'Elie, Achab déchira ses habits, se couvrit d'un sac à même la peau et jeûna. Il dormait avec ce sac et il marchait tout lentement. 28 La parole de l'Éternel fut adressée à Elie le Thishbite:. 29 «As-tu vu qu'Achab s'est humilié devant moi? Eh bien, parce qu'il s'est humilié devant moi, je ne ferai pas venir le malheur durant sa vie. Ce sera pendant la vie de son fils que je ferai venir le malheur sur sa famille.»,

 

Ou encore dans les Chroniques (2Ch 33, 12): Manassé s'humilie devant le Seigneur, et l'Éternel se laisse fléchir.

 

Je ne m'attarderai pas sur la suite: la confection du serpent d'airain, dressé sur un mat, et qui permet à celui qui le regarde d'être sauvé de la mort, à défaut de la douleur de la morsure.  

 

Mais ce qui m'a frappé, ce qui a résonné en moi, c'est que le début de la demande du peuple est, à un mot près (ciel à la place de Dieu), la même phrase qu'élabore le fils prodigue dans sa misère: "Je me lèverai et j'irai vers mon père, et je lui dirai : J'ai péché contre le ciel (Dieu) et contre toi, je ne suis pas digne d'être appelé ton fils. Traite-moi comme l'un de tes ouvriers."

 

Cette parabole des deux fils est racontée par Jésus pour que les pharisiens renoncent à leur perception d'un Dieu qui punit, qui juge; pour qu'ils comprennent sa bonté, sa fidélité et sa miséricorde. 

Alors, entendre cette phrase, qu'est-ce que cela peut générer en eux? 

 

Se rendent-ils compte que, comme le fils cadet, ils sont coupables de ne pas faire confiance en l'amour de ce père, qui sans se lasser, attend le retour de son fils; fils qui, certes, n'a pas été emmené en exil, mais qui s'est exilé lui-même? Donc que, contrairement à ce qu'ils peuvent penser, eux aussi sont attendus. Et pas seulement ceux qu'ils considèrent comme des pécheurs?

 

Se rendent-ils compte que cet homme, Jésus, pourrait être, comme un nouveau Moïse, un intercesseur entre eux et leur Dieu? Cela semble inimaginable, mais sait-on jamais. Il suffit parfois que la parole tombe dans un bon terrain pour qu'elle fructifie et rapporte ce qu'elle peut rapporter. Je veux dire que peut-être certains des auditeurs de Jésus l'auront entendu cette parole, cette parabole, et qu'elle aura porté du fruit.

 

Se rendent-ils compte qu'eux aussi, malgré tout leur savoir, parfois malgré leurs richesses - et leur amour de l'argent reproché par Jésus - sont cependant dans un temps de famine? Qu'il leur manque quelque chose? Qu'ils sont dans le besoin? Est-ce que cette parabole va leur ouvrir les yeux? 

 

Se rendent-ils compte qu'ils ont besoin de Jésus pour aller vers cette vie éternelle qu'ils cherchent avec une telle ferveur, alors qu'ils sont étouffés par leur savoir? 

 

Je ne sais pas. Mais je sais que cette petite phrase venue d'un livre ancien, ce livre qui raconte ce temps d'exil dans le désert, m'a permis d'entendre un peu autrement cette parabole des deux fils.: de ne pas oublier que Jésus, le nouveau Moïse, nous fait sortir de notre terre d'exil, à condition tout simplement que nous reconnaissions que seuls nous ne pouvons pas faire la traversée. Bien souvent nous nous empêtrons dans des tas de règles qui ne servent à rien, qui rigidifient tout alors qu'il suffit de reconnaître notre impuissance pour que, avec nous, il intercède son père pour que la terre promise nous soit donnée. Et enfin ce serait ne jamais oublier cette figure du père, de ce père chaleureux, qui attend ce simple retournement vers lui pour ouvrir les bras, et accueillir. 

 

Pour faire parler Jésus, ou pour le laisser raconter, lui, dans la mesure où j'ai réfléchi sur ce verset que l'on trouve à la fois dans l'évangile et dans le livre des Nombres, je ne peux pas utiliser comme je le fait d'habitude le texte de l'évangile de Luc. J'ai besoin de celui de Jean, de la rencontre avec Nicodème (Jn 3), car c'est là que l'on trouve en filigrane la présence du texte des Nombres, avec la phrase: "Quand je serai élevé de terre, j'attirerai tout à moi". C'est un verset que j'aime énormément. Souvent quand je l'entends, je vois, parce que j'ai fait des études scientifiques, la limaille de fer attirée par un aimant: Jésus, l'Aimant, sur la croix, élevé entre terre et ciel, attire à Lui tous ceux qui veulent bien le reconnaître, et leur donne la Vie. 

 

Jésus raconte - Jésus nous raconte.

 

Je ne suis plus tellement loin de terminer le temps qui m'a été imparti sur cette terre. Ma mort approche de jour en jour. Et de jour en jour, aussi grandit l'écart, l'incompréhension, entre ma bonne nouvelle, celle du Père qui est là pour tous ses enfants, pour tous ceux qui le reconnaissent qu'ils sont besoin de lui pour entrer dans le royaume, et les pharisiens; qui m'en veulent de plus en plus, pour tout et pour rien.

 

Je sais très bien que guérir un homme un jour de Sabbat, un homme qui n'a rien demandé, mais qui pourtant est venu parce que moi, j'étais invité au repas, ce jour-là par un notable pharisien, cela les choque. Ils ne veulent pas entendre, pas comprendre, que je suis là, que mon père est là, pour sauver, pour donner la vie. Et la vie, cet homme malade en avait besoin. 

Alors, une fois de plus, j'ai voulu leur faire comprendre que certes, ils peuvent penser être justes, parce qu'ils respectent certaines prescriptions de Moïse... Ils en ont rajouté tellement d'autres, avec leur tradition des anciens, qu'ils ne sont plus si justes que cela, et eux aussi ont besoin de conversion; mais cela ils ne veulent pas l'entendre. Avec Jean c'était déjà la même chose.

 

La parabole que je leur ai racontée parle de deux fils, de deux frères. Le cadet, celui qui si souvent dans nos écritures est le mieux aimé, celui qui est choisi, comme Abel, comme David, celui-là décide de partir, de faire sa vie, alors que l'autre reste près du père; mais il reste là parce que ça ne se fait pas de partir, et qu'il est sûr d'hériter du domaine en bonne et due forme par la suite. Son père, il le sert, mais au fond il ne l'aime pas. 

 

Le petit, qui est parti pour avoir la belle vie, un jour, parce qu'il a tout perdu, parce qu'il se sent dans les griffes de la mort; quelque chose en lui se réveille. Bien sûr, c'est intéressé, mais si j'ai mis dans sa bouche la phrase que disent nos ancêtres qui, dans le désert, avaient récriminé contre Moïse et contre mon Père et qui avaient été confrontés à la mort par l'attaque de serpents venimeux, ce n'est pas pour rien.

 

 La faim, c'est un peu comme un serpent, ça vous brûle en permanence. Les anciens, eux, ont compris que s'ils n'avaient pas récriminé contre Moïse et contre le Seigneur, cela ne serait pas arrivé, et ils ont reconnu, comme le garçon le reconnaît, qu'ils ont péché contre le Seigneur et contre Moïse; et cette reconnaissance donne le remède.

 

Accepteront-ils de me regarder, le jour où ils m'auront suspendu au bois de la croix, pour reconnaître que je leur donne cette vie éternelle, qu'ils essayent d'attraper, de posséder comme un dû? 

 

La fin de mon histoire montre la jalousie entre les deux frères. Quand l'aîné entend le son des flûtes, et qu'il sent les bonnes odeurs du festin, il est incapable de se réjouir. Il reproche à son père d'accueillir le paria, celui qui de son point de vue est devenu un maudit, un intouchable, et de lui donner l'amour dont il avait besoin. Acceptera-t-il de partager ce repas de fête, lui qui est dans la haine? Et eux, ils sont dans la haine.

 

Pourquoi refusent-ils de comprendre que je suis le Berger, le bon Berger qui donne sa vie pour son troupeau et pour ses brebis; pourquoi refusent-ils de comprendre que la miséricorde est tellement plus importante que la condamnation; pourquoi refusent-ils de comprendre que je ne suis pas venu pour condamner; que je suis la lumière du monde? Pourquoi restent-ils dans leur aveuglement? 

 

Oui, il me reste peu de temps. Bientôt je serai à Jérusalem, ce sera la Pâque, et je serai l'Agneau Pascal. Comprendront-ils qu'une fois élevé, j'attirerai tout à moi? 

  

mardi, septembre 13, 2022

Lc 15;1-32. Les trois paraboles de la joie: quand un pécheur se convertit - 24° dimanche du temps ordinaire année C - Septembre 2022

  

La parabole du fils prodigue, nous l'avons entendue pendant le temps du Carême (année C), et la revoilà pour ce 24° dimanche du temps ordinaire, de cette même année C. 

 Pour ma part, j'ai proposé au fil des années plusieurs regards sur ce passage de Luc. Celui du père, https://giboulee.blogspot.com/2016/09/les-paraboles-de-la-misericorde-luc-15.html

celui de l'aîné, qui semble rempli d'envie et de rancœur,  https://giboulee.blogspot.com/2021/03/luc-15-32-32-il-fallait-festoyer-et-se.html et enfin celui de ce fils qui a pris un jour de sa vie la clé des champs pour faire une expérience de ce qu'il pensait être la liberté:  https://giboulee.blogspot.com/2021/03/luc-15-14-il-fait-tout-depense-quand.html . Donc trois regards sur cette parabole du fils perdu et retrouvé comme on dit aujourd'hui. Comme le font remarquer certains, il s'est perdu tout seul, un peu comme la brebis, mais personne n'est vraiment parti à sa recherche. Et on assiste plutôt à des retrouvailles dans ce texte, du moins pour ce fils-là, car pour l'aîné, on est plutôt dans une scène de rupture. 

 

 Peut-être manque-t-il le regard de Jésus. Qu'est ce qui le pousse encore et encore à essayer de convertir ces pharisiens qui par certains côtés ont comme lui un amour dévorant pour la parole, pour son père, mais qui se sont enraidis à vouloir obéir sans discerner ce qu'il en est de la volonté de Dieu, et peut-être à se façonner un Dieu à leur image.  Dans le chapitre qui précède celui qui nous est proposé aujourd'hui, il avait été question de la guérison de l'homme atteint d'hydropisie, un jour de Sabbat dans une synagogue. Jésus avait posé une question aux pharisiens qui sont là: "Est-il permis oui ou non de faire une guérison le jour du Sabbat", question presque analogue à celle qu'il avait déjà posée lors de la guérison de l'homme à la main desséchée dans une synagogue. Devant l'absence de réponse, Jésus guérit l'homme et le renvoie chez lui. Mais quand j'entends ce texte, je l'associe automatiquement à ce qui passe dans l'évangile de Marc, lors de la guérison de l'homme à la main desséchée (Mc 3,1-6),où l'évangéliste rapporte que devant l'absence de réponse à sa question 'Est-il permis un jour de sabbat de faire le bien ou de faire le mal, de sauver une vie ou de la perdre', il promène sur eux un regard navré de colère (trad B.J.), ce qui traduit bien sa tristesse devant cette rigidité. 

 

Alors peut-être qu'un jour je laisserai la parole à Jésus, car je me demande parfois si ce fils qui quitte la maison de son père, non pas pour brûler la vie par les deux bouts, mais pour se frotter à nous qui sommes infréquentables et nous aimer encore et encore, et donner sa vie pour que nous puissions retourner à notre maison, ce n'est pas lui ce fils prodigue qui distribue tout. 

 

Mais j'ai choisi de laisser parler un pharisien, un de ceux pour lesquels ces trois paraboles, ces trois histoires sont racontées; peut-être un de ceux qui n'a pas du tout apprécié cette guérison un jour de Sabbat et les réflexions de Jésus sur ceux qui se précipitent sur les premières places au cours d'un repas, et inviter ceux qui ne peuvent rendre l'invitation; sans parler de cette parabole où ceux pour lesquels un repas de noces, préparé de longue date, sera finalement donné à d'autres, qui n'en sont peut-être pas dignes au regard des pharisiens.  

 

Un pharisien raconte.

 

Ce qui est sûr, c'est qu'il faudra bien trouver un moyen pour le faire taire, ce Jésus de Nazareth. Il se prend pour un prophète, pour l'envoyé. Il ose dire qu'il est le maître du Sabbat. Il ne réprimande pas ses disciples quand ils transgressent l'interdiction de tout travail agricole le septième jour. Il fait des guérisons ce jour-là, alors qu'il y a six autres jours dans la semaine pour venir se faire guérir. Il risque de pervertir nos propres disciples. 

 

Et parfois, pourtant, il dit et il enseigne de beaux préceptes. Ne dit-il pas qu'il faut aimer et prier pour ses ennemis, donner tout ce que l'on a et tout ce que l'on est? Sauf que, de cela, qui en est capable? Mais sa prédilection pour les pécheurs, pour les femmes de mauvaise vie, pour les collaborateurs, est vraiment insupportable. Il se permet de nous donner des leçons de morale: ne pas prendre la première place quand on est invité à un festin, mais surtout il semble vouloir nous faire comprendre que nous, nous n'entrerons pas dans le Royaume; alors qu'en respectant la Tora comme nous le faisons, c'est pourtant cela que nous désirons de toute notre force.

 

Et là, comme en nous-mêmes nous pestions parce que ceux qui le suivent, ce sont comme je l'ai dit des pécheurs et des publicains, il s'est adressé directement à nous, et nous a raconté trois histoires, ces histoires dont il a le secret. Je crois qu'il veut nous prouver qu'un pécheur, qui renonce à ses péchés, fait quelque chose de bien; et que cela est agréable à notre père céleste. Cela le prophète Ézéchiel le disait aussi.  

 

Mais je dois dire que le voir en permanence ou presque, même si ses disciples disent qu'il passe des nuits entières à prier, avec ces pestiférés, prendre ses repas avec eux, alors que toute la loi nous dit de ne pas frayer avec eux, c'est insupportable. Et pourtant il chasse des démons, il guérit des malades, et il mange avec les pécheurs. Qui est-il? Puisqu'on sait que Dieu n'exauce pas les pécheurs. 

 

Pour sa première histoire, il nous a pris à partie ou presque. Il nous a demandé si, lorsque l'une de nos brebis venait à se perdre, nous n'abandonnions pas tout le troupeau, les quatre-vingt dix-neuf autres, pour aller la rechercher. Il a parlé de brebis qui se serait perdue dans le désert. Une brebis si difficile à retrouver. Il en faut de la patience pour la faire sortir d'une crevasse, il faut espérer qu'elle ne s'est rien cassé, et il faut la porter souvent sur les épaules pour la ramener. 

 

Là, je me suis demandé de qui il parlait vraiment. De nous, de lui qui dit qu'il est venu chercher les malades, qui se prend un peu pour un berger, ou même de notre Berger, celui qu'il ose parfois appeler son Père. Parce que c'est comme cela qu'il le nomme. Ne l'avons-nous pas entendu dire: "Je te bénis Seigneur du ciel et de la terre, d'avoir caché cela aux sages et aux savants et de l'avoir révélé aux tous petits. Oui, Père, car tel a été ton bon plaisir. Tout m'a été remis par le Père, nul ne connait le Père si ce n'est le Fils, et celui à qui le Fils veut bien le révéler". 

 

Et il a ajouté, ce qui est vrai, que lorsque nous retrouvons cette brebis qui s'est sauvée, qui a quitté le troupeau, nous en sommes tellement heureux que nous convions tous nos amis et que nous faisons la fête avec eux. Et pour lui, cette joie-là, elle existe aussi au ciel, pour un seul pécheur qui change de vie. Et il a même dit qu'il y avait plus de joie pour un pécheur qui se convertit que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n'ont pas besoin de conversion. Peut-être qu'il voudrait que nous nous réjouissions pour ces foules qui le suivent; et qui, d'après ce qu'on dit, pour beaucoup changent de vie? Mais là, il peut toujours rêver. 

 

Après je dirais qu'il a enfoncé le clou, en racontant l'histoire d'une femme qui avait dix pièces d'argent et qui en perd une; et qui retourne toute sa maison pour retrouver la pièce. Si c'est la pièce de la couronne de la mariée, alors oui, je la comprends. Sans la pièce, toute la couronne est bonne à jeter. Et même si c'est une simple pièce d'argent, je comprends qu'elle remue tout,  et même qu'elle allume une lampe en plein jour, pour la retrouver. Enfin ça, c'est bien un truc de femme. Qui d'entre-nous perdrait une pièce d'argent! Et il parle ensuite de la joie qui est la sienne, quand tout le travail de retourner la maison a porté ses fruits. Et de cette joie qu'elle partage avec ses amies. Et pour lui, ce serait la même chose avec les anges qui se réjouissent dans leur chœur angélique quand un pécheur se convertit.  Mais qu'est-ce qu'il en sait? 

 

Puis il nous a raconté une histoire assez différente, celle d'un homme qui a deux fils. L'un d'entre eux, je dirai que c'est le prototype de pécheur: il demande son héritage, il prend tout, il s'en va, il fait la fête, il dilapide tout. Il brûle, comme on dit, la vie par les deux bouts. Mais voilà, un jour il se retrouve sans le sou, et bien sûr sans amis. Notre livre des Proverbes nous dit de beaux enseignements sur ces insensés. Puis quand il est vraiment au bout du rouleau, il se souvient qu'il a un père, qui donne de quoi manger à ses ouvriers, comme tout bon responsable. Il faut dire qu'il y a une famine dans le pays, et qu'il est réduit à garder des porcs, ces animaux impurs, qui eux peuvent se gaver, mais pas lui. 

 

Et là en quelque sorte cette famine lui permet de réfléchir. Il décide de bouger, de ne pas rester passif à pleurer et à se lamenter sur lui: de rentrer chez son père, et de lui dire de ne plus le considérer comme son fils (ce que je trouve très bien après ce qu'il a fait); et de l'embaucher comme un de ses serviteurs. Il se dit que comme cela il aura à manger, et tant pis pour la honte. 

 

Seulement le père de cet homme ne l'entend pas de cette oreille. Imaginez-vous (enfin cela Jésus ne le dit pas) mais que, jour après jour, il attendait le retour de son fils. Et quand il le voit arriver, en haillons, sentant mauvais, mais en vie, alors que le fils voudrait disparaitre sous terre, lui, il lui ouvre les bras, et le couvre de baisers. Je ne sais pas si beaucoup de pères seraient capables de cela, une mère peut-être, même sûrement, mais un père? Dès que le fils ouvre la bouche pour lui dire la belle phrase qu'il a préparée et où il se reconnaît pécheur et indigne d'être appelé fils, il appelle ses serviteurs pour que ceux-ci le lavent, lui donnent la plus belle robe, des sandales, et même une bague et il fait organiser un grand festin, tellement il est heureux d'avoir retrouvé ce fils qu'il pensait être mort, et qui est vivant. Je ne sais pas qui il a invité, mais j'imagine toute sa maisonnée.

 

Je pense que Jésus, veut nous faire comprendre la joie qu'il peut y avoir au ciel quand un pécheur se repent, reconnaît son péché, même si finalement la motivation qui le pousse à revenir chez lui, auprès de son père, est le désir de ne plus souffrir de la faim, et non pas de demander vraiment pardon. Je dois dire que parler du très Haut comme cela, ça m'a un peu retourné. Mais Jésus a continué son histoire et là, j'ai beaucoup moins aimé. 

 

Il a parlé de l'autre fils, le fils aîné, celui qui fait en quelque sorte marcher le domaine. Il est un peu comme un super-intendant. Car le fils revient des champs, fatigué, épuisé par sa journée de travail, et il entend le bruit de la fête. Il n'en croit pas ses oreilles, et il demande ce qui se passe. Un serviteur lui dit que son père a fait tuer le veau gras parce que son frère est revenu, et qu'il est en bonne santé. 

 

Alors là, il se met très en colère; et je le comprends, parce que ce n'est pas juste. Il est tellement en colère qu'il ne veut pas participer au festin. Il dit à son père qu'il fait la fête pour ce malpropre, alors que pour lui, le père n'a jamais rien donné, et que vraiment ce n'est pas normal. Et le père de lui dire qu'il pouvait demander et même se servir sans demander, et là le fils a ouvert des grands yeux, jamais il n'avait imaginé que son père pouvait être comme ça. Puis il ajoute qu'il fallait bien faire la fête parce que son frère est revenu à la vie. 

 

Ce que fera ce fils, Jésus ne le dit pas. Est-ce qu'il va entrer dans la maison, pour faire plaisir à son père, pour lui obéir, mais comment va-t-il réagir quand il verra son frère? Car l'ignorer, il ne peut pas le faire. Peut-il entrer dans la joie? C'est vraiment très difficile, ce qui lui est demandé là. Et là, si moi, j'étais ce fils, je ne sais pas ce que j'aurai fait. 

 

Est-ce que notre Dieu, qui nous a dit "Soyez saints comme je suis saint" peut nous demander de nous réjouir quand un pécheur se convertit? Notre tradition ne parle-t-elle pas des colères de notre Dieu, qui est - comme il l'a révélé à Moïse - un Dieu certes plein d’amour et de vérité, qui garde sa fidélité jusqu’à la millième génération, et supporte faute, transgression et péché, mais ne laisse rien passer, car il punit la faute des pères sur les fils et les petits-fils, jusqu’à la troisième et la quatrième génération? 


Quand je pense à tout ce que ce fils a fait comme péchés, imaginer que notre Dieu, Béni soit-il, puisse dans son paradis faire un festin de noces pour un pécheur qui montre son repentir, c'est pour moi impensable et presque blasphématoire. 

 

Alors oui, ces trois histoires sont bien jolies, mais moi je lui en veux à Jésus. Nous les pharisiens nous n'aimons pas les pécheurs, nous les fuyons,  parce que nous avons peur qu'ils soient un peu comme des lépreux et qu'ils puissent nous souiller, nous contaminer. Nous n'invitons pas n'importe qui chez nous, nous ne faisons pas la fête quand nous apprenons que l'un d'entre eux a renoncé à péché mais nous, toute notre vie est effort pour être agréables à Dieu. 

 

Faut-il être un pécheur pour être aimé de Lui? Je ne sais plus, je ne sais pas, mais je sais qu'un jour Jésus nous a reproché de ne pas entendre les prophètes, ceux qui disent que le sacrifice qui est agréable à Dieu, ce ne sont pas les taureaux ou les chevreaux, mais la pratique de la miséricorde. Et là, le Dieu qu'il nous présente, c'est ce Dieu de miséricorde, ce Dieu d'Amour. Mais est-ce ce Dieu-là dont moi je veux pour sauver notre peuple? Je dois dire que je ne sais pas.

 

Et tandis que je me faisais cette réflexion, une pensée étrange m'est venue. Ce Jésus dit (ou certains pensent) qu'il est le fils du très Haut; d'ailleurs il se présente parfois comme le "Fils de l'homme". Et si c'était lui le fils que nous considérons comme indigne, venu d'en haut pour se commettre avec nous les hommes, nous qui sommes tous pécheurs - car cela je dois le reconnaître; et qui viendrait nous sauver? 

 

Je n'aime pas cette pensée, parce que le messie doit être un descendant de David, et que celui-là il vient de Nazareth. Alors attendons et veillons à la pureté, et battons-nous pour que la loi soit respectée et que notre Dieu vienne visiter ton peuple et faire le grand ménage.On verra alors si ce Jésus, est bien le Messie. Mais en attendant, nous veillerons.