mardi, janvier 27, 2026

Marc 6, 30-54 : multiplication des pains et marche sur la mer démontée.

De la déception à la dureté du cœur. Marc 6, 30-54"

 

Nous avons entendu cette semaine (il s'agit de la semaine après l' Épiphanie) deux péricopes du chapitre 6 de l'évangile de Marc, la multiplication des pains et la tempête apaisée. Or la seconde se termine par une phrase assez rude :" ils n'avaient pas compris le miracle des pains, leur cœur était endurci ". Et c'est bien la question de l'endurcissement qui sera en filigrane dans la manière dont je vais essayer de raconter à ma manière, ces deux épisodes.

 

Je dois dire que l'envie de retravailler ces textes est venue lors de l'écoute de la multiplication des pains. Il me semblait qu'il manquait quelque chose, je veux dire que Jésus et ses disciples ne s'étaient pas retrouvés là, par hasard. Effectivement il manque les verset 30 et 31, "Les Apôtres se réunirent auprès de Jésus, et lui annoncèrent tout ce qu’ils avaient fait et enseigné.31 Il leur dit : « Venez à l’écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu. » De fait, ceux qui arrivaient et ceux qui partaient étaient nombreux, et l’on n’avait même pas le temps de manger. 

 

Les disciples reviennent de leur première mission, certainement heureux mais épuisés. Ils découvrent une maison, où il est impossible de se restaurer parce que le maître est sans cesse sollicité. Alors Jésus leur demande d'aller à l'écart, dans un endroit sans maison, pour prendre un temps de repos. Ce verset que je cite :  Mc 6, 30 " propose simplement aux missionnaires d'aller dans un endroit désert (loin des villages), au bord du lac. Une de ces petites criques où se trouve une source, des arbres, et le clapotement du lac et d'y prendre un moment de repos. 

Or, il est bien évident que ce n'est pas du tout ce qui s'est passé.

 

 

Or pour moi, cet endurcissement peut avoir une origine, la déception qui augmente au fil des heures. Or la déception, la frustration, cela peut provoquer aussi de la colère, de la rogne, de la jalousie. On peut ou on pourrait parler de péché, mais cela me dérange un peu. Mais ce qui est certain, c'est que cela provoque une sorte d'enfermement, d'emmurement sur soi, et qu'on peut rester complètement imperméable, même face à un miracle. D'ailleurs Jésus dira bien dans la parabole de Lazare, que même si quelqu'un revenait du chez les morts, cela ne servirait à rien., 

 

J'ai donc essayé de relire le texte, avec peut-être un peu de psychologie, pour essayer de comprendre comment les apôtres eux, ont vécu ces différents temps de ce que Marc nous rapporte. Je reviendrai ensuite sur l'endurcissement et je tâcherai d'en trouver quelque chose pour moi, parce que s'endurcir, s'enfermer dans ses convictions, c'est tellement habituel !

 

Le texte de Marc : une approche un peu psychologique.

 

Ils étaient revenus de leur première mission, heureux, épuisés. Ils avaient trouvé la maison pleine d'inconnus, qui entraient et sortaient. Manger il n'en n'était même pas question. Jésus semblait heureux de ce qu'ils racontaient. Il leur a proposé de trouver un end où l'on peut se rendre discrètement en barque, pour avoir un havre de paix. 

 

Et les disciples avaient le droit à leur petite récompense, avoir leur "rabbi" pour eux tous seuls, partager du pain et du poisson, bref une belle et bonne journée. 

 

Or, c'est bien cela qui va faire défaut, et il peut y avoir de quoi se sentir frustré, pour parler avec des mots d'aujourd'hui. En effet, quand la barque arrive, quand la petite troupe débarque, le lieu est loin d'être désert. Il y a du monde, beaucoup de monde. Leur départ n'a pas été assez discret.  Et quelque part, c'est la tuile. Ils ne vont pas être tranquilles. Car il y a du monde, des bien-portants, et des malades? C'est certain que Jésus ne va pas pouvoir résister, puisque c'est pour eux qu'il a été envoyé. 

 

Le repos Jésus lui, ne semble ne pas connaître. Il est vrai aussi que son temps est compté, mais cela lui seul le sait. Ne passe-t-il pas certaines nuits à prier? Son cœur est ému, cette foule, elle est là comme un troupeau de brebis sans berger. Alors lui, il fait ce qu'il aime, il guérit, il enseigne. Une fois de plus les heures passent. Il commence à se faire tard et à mon avis, les disciples qui voient le temps filer s'impatientent. Ont-ils pris le temps de manger un peu, eux? Lui non, mais quand il se donne ainsi, il est hors du temps. Ce qui n'empêche pas les disciples de se demander quand est-ce qu'il va se décider à renvoyer ces intrus qui leur ont volé leur maître? 

 

Pourtant ils ont beaucoup patienté. Jésus devrait apprécier leur patience.  C'est lorsque le soleil commence sa course vers l'horizon, qu'ils essayent enfin de lui suggérer qu'il serait bon qu'il renvoie les foules. Comme cela, eux auront un peu de temps avec lui, un feu, une soirée tranquille avant de repartir, d'autant que depuis la mort de Jean le baptiste, une certaine inquiétude règne. Cela permettrait aux autres, les intrus, d'aller acheter de quoi se substanter. Mais comment s'y prendre pour que le Maître rentre dans leur désir? 

 

Alors ils vont lui font remarquer que l'heure est tardive, et qu'il serait bon que ces hommes, ces femmes, ces enfants, aillent acheter de quoi manger. Dire cela, c'est appuyer sur un bon levier. C'est insister sur le bien-être, et normalement Jésus y est sensible, lui qui ne vit que pour ça. Pourtant, Seulement Jésus manifestement n'apprécie pas et il leur répond (j'imagine assez sèchement), qu'ils s'en occupent eux-mêmes, puisque c'est leur idée. 

 

Là, c'est un peu la panique. Trouver du pain pour autant de personnes, c'est impossible. Certes Dieu a bien donné de la manne quand le peuple récriminait contre Moïse, mais c'était autrefois. Bien sûr Élisée avec un petit nombre de pains a donné à manger à une centaine de personnes, mais eux, ils ne sont pas Moïse, ils ne sont pas Élisée, et ils savent bien qu'il faut de sous, que le pain comme on dit, ça ne pousse pas tout seul sous les sabots d'un cheval. Et les voilà qui baissent la tête.  

 

Des sous ils en ont un peu, mais c'est pour eux. Du pain ils en ont aussi un peu, mais de là à le donner? Et ce serait une goutte d'eau. C'est alors que Jésus leur demande de trouver de quoi manger parmi ceux qui sont installés là. Et les voilà qui quémandent. Quémander ce n'est pas si simple, et trouver encore moins. Certes ils ne reviennent pas les mains vides, mais cinq pains et deux poissons, c'est bien maigre comme butin. Seulement ce pain- là, c'est du pain donné pour être partagé, ce n'est pas du pain acheté. C'est différent ! Mais eux ils en restent au nombre ridicule de cinq pains et deux poissons. Que peut-on faire avec ça. 

 

Comme le dira Marc quelques versets plus loin, "ils n'avaient pas compris le miracle des pains, leur cœur était endurci", mais quand le maître leur demande de faire asseoir tout le monde, donc de ne pas les renvoyer, ils obéissent, mais peut-être avec un peu de rage dans le cœur.

 

L'inattendu se produit. De ces pains donnés, de ces poissons posés devant Jésus, Jésus fait quelque chose d'unique. Je dirai que l'image qui me traverse c'est celle d'un pain unique, d'un pain qui est comme l'union de ces cinq pains, d'un pain " autre ". Et c'est ce pain- là, ce pain multiplié qui est passé de cinq à un qui est distribué par les disciples. Ce qui se passe là semble fou, dans la démesure, mais n'est-ce pas là, la caractéristique de Jésus? Seulement n'oublions que le verset 42, ils mangèrent tous et furent rassasiés, évoque le psaume 21, psaume que Jésus dira sur la croix Mc 15, 34, montre (de mon point de vue) le lien entre ce miracle des pains, et le miracle du corps-pain ou du pain-corps. 

 

Mais cela, ils le comprendront bien plus tard. 

 

Et tout le monde mange, tout le monde est heureux, sauf peut-être eux, les proches, parce qu'ils voudraient bien que ça se termine. 

 

Puis on ramasse, on ramasse, et il y a des restes. Douze corbeilles. Bon, ça y est, c'est tout bon. Mais non, ce n'est pas tout bon, car maintenant Jésus les renvoie eux, à Bethsaïde, alors que la nuit est bien là. Il dit qu'il va renvoyer les foules. C''est tout ce qu'il leur dit.

 

Les voilà, dans leur barque, en pleine nuit, pas trop contents. Il va falloir ramer. Dire qu'ils devaient se reposer. Et pour comble de comble, la lune se voile, les nuages arrivent, le vent souffle fort. Ils rament, rament, mais ils font presque du sur place.  Cela c'était déjà arrivé, mais Jésus était avec eux. Là, ils sont seuls et eux qui connaissent bien le lac, ils savent qu'une tempête parfois ça ne pardonne pas. Ils ne savent plus trop à quel saint se vouer (pardonnez l'expression), quand tout à coup, ils voient une forme lumineuse qui vient vers eux. Une lumière dans leur obscurité, une lumière qui bouge, qui se déplace, qui va les dépasser.

 

Peut-être auraient-ils pu penser à la nuée qui précédait le peuple hébreu lors de la traversée de la mer, mais ils ont bien trop peur. Des histoires de fantômes qui viennent les nuits attirer les marins dans les profondeurs, ça ils connaissent ! Et eux, des hommes qui ne sont plus des enfants, se mettent à crier comme des femmes.

 

Plus tard, Jésus leur dira qu'après avoir renvoyé les foules, il était resté pour prier, tout seul parce que lui, il avait besoin de reprendre son souffle, de retrouver sa respiration, de respirer au même tempo que celui que lui seul, peut appeler Abba. Il avait vu qu'ils avaient à lutter contre des vents contraires, ce qui l'avait décidé à venir à leur secours. Mais eux, ils ont peur. Peut-être comprendront-ils plus tard que même absent, Jésus est avec eux. N'est-il pas Emmanuel? 

 

Ils ont bien vu que cette lueur avait une forme humaine, mais de là, à comprendre que c'était Lui qui venait à eux, ils ne le pouvaient pas. Il a fallu que Jésus leur parle, leur dise d'avoir confiance, de ne plus avoir peur pour que leur peur diminue un peu. Certes ils avaient bien reconnu le son de sa voix, mais le vent ne s'était pas apaisé pour autant. . Il a fallu qu'il monte dans la barque et que le vent s'apaise enfin.

 

C'est là que Marc insiste sur leur stupeur (on pourrait presque parler de traumatisme de nos jours), de leur incapacité à comprendre, donc finalement de "faire confiance ou d'avoir confiance", et de la dureté de leur cœur. La stupeur c'est quelque chose qui paralyse, qui renvoie à la peur, à une vision terrible, mais qui parfois peut permettre de se tourner Dieu, en dernier recours. Puis il parle de la dureté de leur cœur, et il faudra bien essayer de comprendre ce qui a pu se passer pour que ce miracle passe au-dessus de leur tête, si je puis dire. 

 

 

Voilà donc pour le récit. Mon hypothèse est que dans un premier temps, les disciples vivent une grande déception : ils n'auront pas leur maître pour eux tout seuls, déception qui parce que la frustration augmente, va peut-être même se teinter de colère. Impossible de chasser cette foule . Et en plus il faudrait la nourrir. Alors peut-être que dans cet état de rogne intérieure, le miracle de la multiplication des pains, leur passe au-dessus de la tête. Ils ne comprennent pas que se renouvelle devant eux ce qui s'est passé dans le désert autrefois, pendant l'Exode. Ils ne comprennent pas que Jésus, quand on lui donne un peu, est capable de faire de ce peu un "tout". Cela leur passe au-dessus de la tête. Et c'est dans un état de fatigue et quand même de frustration, qu'ils s'embarquent en pleine nuit pour aller là où il leur a dit d'aller, et en plus, il ne vient pas avec eux, ce qui est source d'inquiétude. 

 

Puis c'est la tempête, la peur, le noir et pour combler la coupe, cet esprit qui vient à leur rencontre. Là c'est la peur, la panique. Il y a déjà eu une tempête, mais Jésus était avec eux. Faire mémoire de ce que Jésus a accompli en nourrissant cinq mille hommes, ils n'en sont pas capables, ils ont trop peur. Ils se sentent juste abandonnés, terrorisés. Leur foi en celui qui se dit le Fils d’l'homme, elle est comme partie, et c'est bien cela que Jésus va leur reprocher? Lui qui guérit tant et tant d'hommes et de femmes, va-t-il laisser ses amis périr?  Il s'agit bien de la perte de la confiance. La peur submerge tout. Et quand on ne sait plus à quel saint se vouer, on fait souvent n'importe quoi. Et c'est bien ce que fait trop souvent le peuple juif, qui prend les dieux de ses voisins, ou qui oublie que l'autre est un frère qui doit être respecté. 

 

Ce qui se passe là, pour nous qui connaissons la suite est aussi une image de ce qui se passera au moment de l'arrestation de Jésus, de sa mise à mort. Les disciples sont dans la tempête, ils sont atterrés. Croire qu'un futur est possible, malgré tout ce que Jésus a pu leur dire, c'est impensable. La foi en la parole, est morte.  Comment croire en la résurrection? Même les femmes n'osent pas aller voir les apôtres (dans cet évangile là-);

 

De fait jésus ne leur reproche pas leur endurcissement ce qu'il fera après la deuxième multiplication des pains, Mc 8 17 : Jésus s’en rend compte et leur dit : « Pourquoi discutez-vous sur ce manque de pains ? Vous ne saisissez pas ? Vous ne comprenez pas encore ? Vous avez le cœur endurci ?18 Vous avez des yeux et vous ne voyez pas, vous avez des oreilles et vous n’entendez pas ! Vous ne vous rappelez pas ?" est plutôt un commentaire qui peut nous être utile. La stupeur peut bloquer la compréhension, l'intelligence. Or ce fantôme qui marche sur les eaux démontées, qui monte dans leur barque, qui fait tomber la tempête par sa simple présence; peut complètement désarçonner. 

En français, dans stupeur, il y a peur, et il est plus que possible que ces hommes aient eu très peur, peur de mourir, mais peur aussi d'être entrainé dans les eaux par un esprit mauvais, peur ou crainte de cet homme qui est le maître du vent.

 

La question est donc, qu'est ce qui peut provoquer l'endurcissement du cœur, parce qu'il est bien évident que ce reproche de Jésus, je peux l'entendre aussi pour moi. Comment laisser mon cœur faire confiance dans la tempête? Comment faire mémoire de tout ce qui a déjà été fait pour moi? Comment espérer quand les repères partent? 

 

De l'endurcissement dans l'ancien testament et le nouveau testament;.

 

On parle souvent de cœur endurci. Or il me semble que chez les hébreux, le cœur n'est pas comme de nos jours le lieu des émotions, mais le lieu de l'intelligence et de la volonté. Ce qui est reproché serait donc le refus pur et simple. 

 

-L'endurcissement nous le trouvons dans le livre de l'exode avec Pharaon qui avec son cœur endurci refuse de voir en celui qui envoie Moïse lui demander de libérer le peuple hébreu, un Dieu plus puissant que lui, donc on pourrait dire un refus de croire en quelque chose qui le dépasse, et ce malgré les catastrophes qui s'abattent sur son pays et qui montrent bien que ses dieux ne sont pas capables de lutter, est quelque chose qui nous fait un peu peur. Avons-nous le cœur endurci? 

 

Mais dans la traduction de l'exode AELF, on trouve des mots comme s'entêter, s'obstiner, ne pas écouter, mais c'est une traduction qui dédouane Dieu, et qui évite de se poser des questions. Dieu ne veut pas la mort du méchant, mais qu'il se convertisse, dira le prophète Ézéchiel. Seulement entre Dieu et Pharaon, c'est une bataille de dieux, car pharaon est bien dieu lui aussi, du moins c'est ce qu'il croit de lui. Alors va-t-il céder devant ce Dieu dont il n'a jamais entendu parler et qui prétend lui voler sa main c'œuvre, ses esclaves? Certainement pas. Pharaon n'a pas besoin de Yahvé pour refuser. Obéir, il ne connaît pas. C'est à lui qu'on obéit.  En d'autres termes Pharaon refuse d'entendre ce qui lui est demandé, et il n'a pas besoin de du Dieu des hébreux pour cela, il refuse de voir, il refuse d'entendre, c'est son orgueil est en cause, et qui conduit aux désastres dans son pays. 

 

L'endurcissement ici, il est enfermement, repli sur soi, fermeture, emmurement. La certitude d'être le plus fort, d'avoir raison. Il est aussi le refus d'entendre ce que l'autre peut avoir à dire, le refus de la relation. Il faudra que pharaon soit atteint dans sa propre chair pour qu'il baisse enfin les armes, mais que pour un temps, puisqu'il va se mettre en "chasse" pour récupérer ceux qui ont osé lui échapper;  

 

 

Quand les reproches d'adressent au peuple, il s'agit aussi bien souvent de refus, parce qu'on n'a pas envie de faire du bien. On refuse à la fois le très haut et aussi ses commandements. 

 

On le trouve par exemple dans le livre des juges; au tout début de ce livre, et ce sera un peu un leitmotiv. Dieu sauve, envoie un Juge, le peuple oublie et se détourne et adopte les coutumes des envahisseurs. Il devient alors esclave, souffre et crie pour avoir un secours. 

 

Jg 2, 19, (donc au tout début du livre), on trouve :  Mais, à la mort du juge, ils se corrompaient de nouveau plus que leurs pères, en allant après d'autres dieux pour les servir et se prosterner devant eux, et ils persévéraient dans la même conduite et le même endurcissement.  Il s'agit bien de renier le Très Haut.

 

L'endurcissement, ou avoir la nuque raide, parce que finalement c'est un peu pareil, a pour conséquence le refus du dieu de regarder son peuple, sauf que les prophètes donnent toujours un espoir, Dieu quoique fasse le peuple, ou son roi, finit par regarder son peuple et le sauver.

 

Il me semble pour schématiser que l'endurcissement, dans l'ancien testament, c'est bien un conflit avec Dieu, le refus de l'écouter, le refus de lui obéir, donc le refus de croire en lui en en sa puissance. C'est faire de soi son propre Dieu.

 

Dans le nouveau testament, seuls Marc et Luc utilisent ce terme. Marc l'utilise trois fois, Luc une fois, bien que ce soit un peu différent "leur cœur était empêché de voir". Il me semble que le comportement des disciples est différent. Ils n'ont pas la force de croire quand tout semble s'effondrer, ils n'arrivent pas à faire mémoire (ce qui est pourtant souvent demandé dans les psaumes). Je dirai que nous sommes souvent  (ou que je suis) comme eux. Il y a des moments où on n'arrive pas à croire, et pourtant. Mais ce n'est pas un refus, c'est ne pas pouvoir ce qui est différent.

 

Si on prend le reproche du chapitre 16, 14 Enfin, il se manifesta aux Onze eux-mêmes pendant qu’ils étaient à table : il leur reprocha leur manque de foi et la dureté de leurs cœurs parce qu’ils n’avaient pas cru ceux qui l’avaient contemplé, ressuscité. Là; il s'agit bien du manque de confiance envers ceux qui disent avoir l'avoir vu vivant. C'est aussi le refus de croire en sa parole, puisque tout cela il l'avait annoncé. 

 

Réflexions autour de la déception.

 

Ceci dit, quand on vit un traumatisme, et c'est bien ce qui se passe pour les disciples à ce moment-là, il est difficile d'avoir un cœur ouvert. On reste comme le dit Luc, quand il parle des disciples qui s'en retournent de Jérusalem à Emmaüs, dans l'accablement, dans la tristesse, dans l'incapacité d'imaginer du positif et de croire que l'impossible est devenu possible. 

 

Mais si je reprends ces deux péricopes de Marc, il me semble que la déception (et c'est peut-être ce qui s'est passé pour Judas, quand il a cru que ce Jésus en qui il avait cru, ne serait pas le Messie qui sauverait du joug des romains), est parfois un préalable à l'endurcissement 

 

Je dirai que les apôtres ont attendu quelque chose qui n'est pas venu. Ils voulaient Jésus pour eux touts seuls. Lui, n'est pas rentré dans ce désir qui leur parait légitime, il les a en quelque sorte délaissés pour s'occuper de ces autres, des ces malades qui pour les disciples, n'avaient rien à faire là, de ces hommes qui auraient dû ou pu être au travail. 

 

Et puis, parfois quand on attend quelque chose et que ce quelque chose ne vient pas, on n'en veut plus, c'est trop tard. Winnicott disait que lorsqu'un tout petit (nourrisson) attend trop le sein dont il a besoin, quand le sein arrive, il se détourne, il n'en veut plus. Ce qui était bon à un moment donné, ne l'est plus. Il est même devenu mauvais méchant, et dangereux.

 

 Et là, c'est un peu pareil. Bien sûr il y a eu ce miracle inconcevable de ce pain unique devenu pain qui rassasie tous les présents, mais eux, ce n'est pas de cela dont ils avaient envie. Eux, ils voulaient ne pas partager leur maître. Alors le pain oui, mais bon, ce n'était pas ce qu'ils désiraient. 

 

Je dirai même qu'il pouvait y avoir de la colère en eux, de la jalousie. Pourquoi est-ce que le Maitre s'occupe autant des autres? Pourtant il avait promis, et il ne tient pas sa promesse? La déception est une excellente porte d'entrée à l'endurcissement. On en veut à quelqu'un qui n'a pas tenu sa promesse (et peu importe s'il avait de bonnes et vraies raisons pour cela). Et cela crée un enfermement, une espèce de coquille bien dure, à l'intérieure de laquelle on s'isole de tout, et on peut garder son ressentiment.

 

Si pour pharaon l'endurcissement du cœur est vraiment un refus lié à la volonté, pour les disciples (les apôtres) ce serait plus de l'ordre de l'incapacité. À ce moment-là, ils ne sont pas capables, ils ne peuvent pas, ce qui est différent de ne pas vouloir. L'endurcissement est presque protection.

 

Pour en revenir à Marc, la dispute parce qu'il n'y a qu'un seul pain dans la barque, alors que Jésus essaye de les faire réfléchir et de les mettre en garde contre les belles paroles (le levain) des pharisiens, c'est oublier que ce que Jésus a fait pour une foule, il peut le faire pour eux. Mais cela, ils l'ont oublié, la confiance n'est pas au rendez-vous. 

 

L'impossibilité après la résurrection de croire le récit des femmes, et le récit des disciples d'Emmaüs, leur incrédulité que Jésus lie à la dureté de leur cœur, ne sera levée si je puis dire, que lorsque l'Esprit leur sera donné, et aura fait d'eux, des hommes renouvelés, des hommes nouveaux, prêts à donner leur vie pour que cette vie que l'homme Jésus vient de donner, devienne source pour tous.

 

Ce qui reste quelque part sidérant, c'est que ces hommes choisis, ont eu Jésus pour eux et avec eux pendant des mois, mais qu'il a fallu que Jésus ressuscite d'entre les morts, que l'esprit saint leur saint donné, pour que l'incrédulité tombe enfin, pour que les yeux voient ce qui était pourtant là, et que les cœurs s'ouvrent et puissent chanter leur admiration et leur reconnaissance;

 

Et aujourd'hui

 

Qui d'entre nous n'a jamais vécu cela? Je veux dire que lorsqu'on est déçu, la colère vient très vite et déforme même la réalité en autre chose qui n'a plus de sens. Oui, ils ont vu les pains; oui, ils ont vu les poissons, mais cela n'a pas pris sens pour eux, du moins pas cette fois là. 

 

Je peux ici rapporter un souvenir très ancien. Il s'agissait au cours d'un pèlerinage en Terre Sainte du moment où nous devions entrer dans Jérusalem, revivre en quelque sorte le dimanche, acclamer celui qui vient au nom du Seigneur. Seulement le départ de cette marche nous a été donné très en retard, et au mois d'Août le soleil tape bien, la chaleur monte vite. Ce n'était pas une époque à laquelle on songeait à boire comme de nos jours. Pour respecter l'horaire, car nous devions aller au St Sépulcre, et les horaires doivent être impérativement respectés, les haltes horaires qui étaient prévues ont été annulées, et tout ça parce que le groupe des garçons s'était réveillé en retard. Nous les filles, nous avons dû les attendre. Du coup cela m'a mis de très mauvaise humeur, puis en colère. 

 

Quand nous sommes épuisées arrivées à Jérusalem (on venait du mont des Oliviers), on nous a distribué des palmes. Et ma mauvaise humeur a fait que je me suis sentie complétement ridicule à agiter ce branchage, que cela n'avait pour moi plus aucun sens et que ce qui aurait pu être un beau souvenir, voire une émotion, fouler la terre que Lui avait foulée, a perdu tout son sens. Je ne sais pas si mon cœur était endurci, mais je n'ai rien compris à ce qui se vivait ce jour-là. Ce que je veux dire c'est que la déception, peut obscurcir le regard, fermer les yeux du cœur 

 

L'endurcissement, l'emmurement, est un risque toujours actuel. Préférer sa manière de voir, sa manière d'être, ne pas croire que seul l'Esprit donné peut chaque jour faire craquer un tout petit peu ce sarcophage dans lequel nous pouvons nous sentir si bien, et mettre la vie en nous. 

 

Une prière. 

 

Jésus, tu sais qu'il m'en faut si peu pour que je m'enferme dans mes convictions et que j'oublie que tu es la source de la vie, la source de ma vie. Que ton esprit soit présent en moi pour que ta lumière pénètre en moi, et que je te laisse un peu transparaître. Que ton Esprit vienne en moi pour que mon endurcissement soit plus dû à ma pauvreté, à mon incapacité à voir qu'à mon refus. A toi la louange et la Gloire pour ce don de l'Esprit. 

 

 

Curieusement, une fois ce long texte rédigé,  il m'a été possible de proposer un récit écrit en nous (ou en je), pour raconter ce que peut-être les apôtres avaient vécu à ce moment-là.

Un autre récit

 

Il nous avait envoyé en mission pour la première fois. Il nous avait dit que nous devions annoncer la bonne nouvelle, que le royaume de Dieu est proche, guérir les malades et expulser les esprits mauvais. Jamais nous n'aurions pu imaginer à quel point le mal est présent dans notre monde. Nous étions épuisés mais heureux et pleins de reconnaissance quand nous sommes rentrés, du moins quand nous avons essayé de rentrer. Car c'était presque impossible de passer le seuil, et il était impossible de se poser pour partager le repas. Alors Jésus nous a dit de prendre la barque et d'aller dans un endroit désert pour prendre un peu de repos. 

 

Cela c'était une bonne nouvelle. Prendre du temps avec lui, tout lui raconter, entendre ses commentaires, prendre du temps. Seulement quand nous sommes arrivés, catastrophe. Il y avait déjà plein de monde, des malades, des possédés de tous les villages. Naturellement Jésus ne s'est plus occupé de nous, de son projet et il a guéri, guéri. Nous on attendait. Moi, je dois dire que je n'aime pas attendre, je n'aime pas qu'une promesse ne soit pas tenue. 

 

Le soir tombait. On s'est dit que ce serait le bon moment pour lui suggérer de renvoyer tout le monde. Qu'ils aillent acheter de quoi manger. C'était une bonne idée non? Et bien non ce n'était pas une bonne idée. Il nous a dit de leur donner nous-mêmes à manger. Des fois il est complètement fou, vous ne trouvez pas? On lui a dit qu'il faudrait au moins deux cent deniers et il sait très bien que nous ne les avons pas. Il nous a alors demandé de voir combien de pains on avait. On avait un peu pour nous et des gens avaient un peu dans la foule. Au total cinq pains et deux poissons. Il a eu l'air content. Pas nous, d'abord c'était aussi ce que nous avions apporté. Il nous a dit de faire asseoir tout le monde. 

 

On l'a fait. Et on a attendu. Tout le monde attendait. Il a regardé les pains, il a regardé les poissons, il les a bénis comme on le fait à chaque repas, et là, il n'y a plus cinq pains mais un pain qu'il partageait, partageait , et nous nous donnions. Mais en tous les cas moi, je n'étais pas content. Il fallait encore se démener; donner, donner du pain et des poissons. Il y a eu des restes. Avec ça, on aurait peut-être pu manger tranquilles, mais non. Il nous a dit de prendre la barque et d'aller à Bethsaïde. Décidément l'avoir pour nous, ce n'était pas ou ce n'était plus dans ses préoccupations. C'était sûr qu'il allait passer sa nuit à prier. Peut-être qu'il trouverait un âne pour aller à Bethsaïde par les routes. 

 

Nous sommes donc partis, en râlant un peu. Obéir, Obéir, ce n'est pas si facile et on aurait bien voulu se reposer. Puis le vent s'est levé. Un vilain vent. On faisait presque du surplace, on ne voyait rien, et la peur était là. Et pour couronner le tout, voilà qu'une sorte de lueur a commencé à se déplacer sur la mer. Elle allait vers nous. Elle avait une forme humaine. Là, la peur est devenue terreur. Nous avions tous entendu parler des âmes des marins qui sont morts dans ce lac et qui partent à la chasse des vivants par les nuits de tempête. La forme s'est mise à parler, c'était Jésus. Il est monté dans la barque et le vent est tombé d'un coup. C'était trop pour nous. Nous ne comprenions plus rien. Nous avons touché terre, et la mission a repris. 

 

Aujourd'hui, maintenant que Jésus est revenu vivant d'entre les morts, maintenant que les écritures sont accomplies, maintenant qu'il nous a donné l'intelligence des écritures, je peux dire que notre cœur était endurci, que nous ne comprenions rien, que nous ne faisions pas de liens, que nous ne comprenions pas que Dieu était avec nous, que Jésus était Emmanuel, qu'il était le Verbe de Dieu, sa parole. 

 

Aujourd'hui, maintenant que l'Esprit nous a été donné, qu'il a fait fondre notre endurcissement comme les soleil ramolli la cire, je ne peux que rendre grâce, et me dire que comme ceux de mon peuple, j'ai été quelqu'un à la nuque raide. Je ne peux que rendre grâce pour tous les bienfaits que nous avons reçu et pour notre cœur qui s'est enfin ouvert.

 

mercredi, novembre 19, 2025

LUC 19, 1- 10 ZACHÉE

 MARDI 18 NOVEMBRE. Lc 19 1-10


Peut-être une autre approche d'un texte tiré de l'évangile, avec mes interrogations, en particulier en ce qui concerne la foule, et qui se pose quand même dans les assemblées du dimanche, est ce que nous sommes un obstacle pour que ceux qui viennent pour essayer de rencontrer Jésus dans une église, un dimanche, puissent le rencontrer. 

Dans les deux périscopes qui se passent à Jéricho, la foule, on en a déjà entendu parler. Pour L'aveugle (qui n'a pas de nom chez Luc, contrairement à l'évangile de Marc), la foule, elle est  repérée par ce dernier par le bruit qu'elle fait en se déplaçant, le bruit des pas. Elle sera celle qui veut  étouffer les cris du mendiant. Elle sera ensuite capable de s'écarter pour ne plus bloquer le passage entre l'infirme, ceux qui l'accompagnent, et Jésus. Elle deviendra ensuite  image du peuple qui  adresse une louange à Dieu. Pour Zachée, elle est plutôt hostile la foule. D'abord on ne l'aime pas, puisqu'il est du côté des romains, des pilleurs. Elle est aussi la foule qui étouffe,  la foule qui aveugle, puisqu'il n'y a pas d'espace pour que Zachée puisse trouver une petite place et voir.

 

je prends donc le texte, tel qu'il se présente. Que puis-je en dire? 


1 En ce temps-là, entré dans la ville de Jéricho, Jésus la traversait. Or, il y avait un homme du nom de Zachée ; il était le chef des collecteurs d’impôts, et c’était quelqu’un de riche. 

3 Il cherchait à voir qui était Jésus, mais il ne le pouvait pas à cause de la foule, car il était de petite taille. 

4 Il courut donc en avant et grimpa sur un sycomore pour voir Jésus qui allait passer par là. 

 

Tel que c'est dit, on a l'impression que Jésus n'a pas l'intention de s'arrêter. Jéricho, il vient déjà de s'arrêter à l'entrée, ce qui n'était pas prévu dans son "organigramme". Peut-être faut-il rattraper le temps non pas perdu, mais imprévu. Et voilà que de l'imprévu, il va encore en avoir.


Il y a quelqu'un qui fait quelque chose d'insolite, quelqu'un et pas n'importe qui, un homme que beaucoup voudraient surement voir plus bas que terre, qui lui veut le voir. Ou simplement voir cet homme, dont il a entendu parler, cet homme qui lui a pris ce si bon précepteur à Capharnaüm, ce Lévi. 


Mais comment voir un défilé quand on est petit. Quand on est un enfant, on grimpe sur les épaules de son père. Mais un adulte… Qui le prendrait sur ses épaules, lui qui est détesté, montré du doigt, considéré comme un impur, un bon à mettre la poubelle, à envoyer en enfer. 


Oui, il faut courir pour devancer le flot, trouver un arbre, et y grimper et être caché par les feuilles. Là c'est vraiment une bonne idée. Mais déjà courir ce n'est pas facile, les bons repas, ça n'aide pas; et grimper, même si les branches sont basses, cela demande un bel effort, quand on a des petites jambes. 


Et le voilà hissé notre Zachée, bien à l'abri sur son perchoir. Il va le voir ce Jésus de Nazareth. Il est bien content Zachée. Il a eu du mal, mais là il est bien. Et puis si Jésus avait voulu séjourner à Jéricho, ses disciples auraient trouvé une maison. Ne dit-on pas qu'il va à Jérusalem?  Alors oui, Zachée, il est bien tranquille sur son perchoir, bien à l'abri aussi. 

 

5  Arrivé à cet endroit, Jésus leva les yeux et lui dit : « Zachée, descends vite : aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison. » 

6 Vite, il descendit et reçut Jésus avec joie. 

7 Voyant cela, tous récriminaient : « Il est allé loger chez un homme qui est un pécheur. » 

8 Zachée, debout, s’adressa au Seigneur : « Voici, Seigneur : je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens, et si j’ai fait du tort à quelqu’un, je vais lui rendre quatre fois plus. » 

9 Alors Jésus dit à son sujet : « Aujourd’hui, le salut est arrivé pour cette maison, car lui aussi est un fils d’Abraham. 

10 En effet, le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. »

 

La foule arrive, Jésus est en vue, il va le voir, attendre que tout le monde soit parti et redescendre tranquillement. Il est tout content Zachée, il voit Jésus. Seulement Jésus, quand il arrive au pied de l'arbre s'arrête, lève la tête et se met à parler. Ceux qui le suivent se demandent ce qui se passe, eux, ils ne regardent que leurs pieds. Ce qu'il dit est étrange. Il s'adresse à quelqu'un. Il y aurait donc quelqu'un dans cet arbre?  Et ce quelqu'un ce n'est pas n'importe qui, c'est le chef des précepteurs d'impôts, ce sale type, ce Zacchée. Et Jésus lui adresse la parole, Jésus connaît même son nom. Lui Jésus il sait regarder. Quand il lève les yeux vers le haut, ce n'est pas seulement pour prier. C'est pour dénicher celui qui était perdu ! 

 

Il lui adresse la parole, lui demande de descendre vite, c'est drôle ce vite, mais pour un petit homme qui doit quand même prendre des précautions pour ne pas tomber, ça veut dire que Jésus est pressé, et que Zacchée doit se débrouiller pour descendre, rentrer chez lui et préparer un repas. 

 

Allez manger chez un type pareil? Vous vous rendez compte? Il est vraiment fou ce Jésus. 

 

Ce qui est encore plus fou c'est ce qui s'est passé. Pendant le repas, Zachée s'est levé, il s'est mis debout, bien campé sur ses petites jambes, et devant tout le monde, il a dit qu'il allait donner la moitié de ses biens aux pauvres et que s'il avait fait du tort à quelqu'un il lui rendrait quatre fois plus. La tora n'en demande pas autant, mais ça c'est un beau geste. Et peut-être que beaucoup se précipiteront chez lui pour réclamer. 

 

Seulement ces actions-là, pour les pharisiens qui sont un peu comme des vautours autour de Jésus, ce n'est pas assez. Et ça Jésus le sait bien. 


Lui aussi s'est levé, et il n'a pas terminé le repas, parce que Jérusalem l'appelle, mais il a dit qu'en ce jour, le salut était arrivé pour cette maison, car quoiqu'en pensent certains même pécheur Zacchée est un fils d'Abraham comme beaucoup des suiveurs, et que le Fils de l'homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. Il se montre comme le berger qui va chercher sa brebis, qui la trouve non pas dans un trou, mais accrochée à un tronc d'arbre, et grimpe pour la délivrer et qui la ramène dans le troupeau. 

 

Loué soit Dieu pour cet homme qui n'a pas froid aux yeux, et qui accepte de se faire mal voir parce que l'amour du nom de Dieu le dévore.


Cette dernière phrase, c'est aussi mon action de grâces si j'ose dire pour ce texte que je connais pourtant si bien. 

vendredi, novembre 14, 2025

Luc 16, 1-7. À PROPOS DE LA PARABOLE SUR L'INTENDANT MALHONNÊTE. COMPARAISON AVEC LE FILS PRODIGUE.

 

C'est la lecture de cette parabole qui vient juste après celle du fils perdu et retrouvé, et du "encore " qui l'introduit, qui est à l'origine de ce billet de blog. 

 

 

Préambules

 

 

Cette histoire qui permet ensuite à Jésus de parler du comportement qu'il attend de ses disciples par rapport à l'argent, vient tout de suite après la parabole du fils perdu et retrouvé comme on dit maintenant. En général quand on l'entend un dimanche (ce qui n'a pas été le cas cette année C, parce que la fête de l'exaltation de la Ste Croix a pris le dessus), c'est une parabole qui passe mal, pour ne pas dire très mal. Pourquoi cet intendant malhonnête est-il loué par le maître qu'il a escroqué pendant des années? Nous avons entendu ces versets cette semaine, c'est pourquoi j'en parle maintenant.

 

Ce qui est étonnant c'est que le premier verset commence par "Jésus disait encore à ses disciples", ce qui peut laisser supposer qu'il y a une continuité avec les récits précédents. 

C'est cet "encore" qui a été à l'origine de ce travail. 

 

Dans ce qui précède, ce sont les paraboles que Jésus raconte aux pharisiens qui ne supportent pas qu'il partage le repas des publicains et des pécheurs.  Il veut leur faire comprendre que s'il fait cela, c'est pour que ceux-ci changent de vie, se convertissent. 

 

Il insiste alors sur la joie dans le ciel ou parmi les anges quand cela se produit. Vient ensuite la parabole du fils prodigue. Là, ce qui est décrit c'est l'espérance de Dieu, qui attend le retour de celui qui s'est détourné de lui, et qui l'accueille les bras ouverts. On peut bien imaginer que cela c'est tout à fait contraire à ce que peuvent imaginer les pharisiens et que pour leur part, si un pécheur se converti, il faudra du temps pour qu'il soit accepté par leur communauté.

 

Si je reviens à cet "encore", il me semble que l'on peut faire une sorte de parallèle entre les deux hommes dont Jésus raconte l'histoire. L'un et l'autre ont dilapidé des biens, que ce soient les leurs ou ceux d'un autre, l'un et l'autre se retrouvent sans ressources, l'un comme l'autre, essayent de trouver une solution pour sortir de leur dénuement. L'un reconnaît qu'il a pris une mauvaise voie, l'autre à mon avis non. 

 

Pour moi, les mots dilapider et rentrer en soi-même (ou se dire) sont des clés de compréhension.

 

 

 

 

            Mettons en parallèle les deux récits, en soulignant les points de ressemblance.

 

 

 

 

 

 

Luc 15

Luc 16

11 Jésus dit encore :

 

« Un homme avait deux fils.

12 Le plus jeune dit à son père : “Père, donne-moi la part de fortune qui me revient.” Et le père leur partagea ses biens.

13 Peu de jours après, le plus jeune rassembla tout ce qu’il avait, et partit pour un pays lointain où il dilapida sa fortune en menant une vie de désordre.

 

1 Jésus disait encore aux disciples : 

« Un homme riche avait un gérant qui lui fut dénoncé 

 

 

 

 

 

comme dilapidant ses biens.

 

14 Il avait tout dépensé, quand une grande famine survint dans ce pays, et il commença à se trouver dans le besoin.

 

 

15 Il alla s’engager auprès d’un habitant de ce pays, qui l’envoya dans ses champs garder les porcs.

16 Il aurait bien voulu se remplir le ventre avec les gousses que mangeaient les porcs, mais personne ne lui donnait rien.

2 Il le convoqua et lui dit : “Qu’est-ce que j’apprends à ton sujet ? Rends-moi les comptes de ta gestion, car tu ne peux plus être mon gérant.”

 

7 Alors il rentra en lui-même et se dit : 

 

 

 

“Combien d’ouvriers de mon père ont du pain en abondance, et moi, ici, je meurs de faim !

 

 

18 Je me lèverai, j’irai vers mon père, et je lui dirai : Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi.

 

19 Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils. Traite-moi comme l’un de tes ouvriers.”

 

3 Le gérant se dit en lui-même :

 

 

 

 “Que vais-je faire, puisque mon maître me retire la gestion ? Travailler la terre ? Je n’en ai pas la force. Mendier ? J’aurais honte.

 

4 Je sais ce que je vais faire, pour qu’une fois, renvoyé de ma gérance des gens m’accueillent chez eux.”

 

 

 

. 20 Il se leva et s’en alla vers son père. Comme il était encore loin, son père l’aperçut et fut saisi de compassion ; il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers.

21 Le fils lui dit : “Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi. Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils.”

 

 

 

5 Il fit alors venir, un par un, ceux qui avaient des dettes envers son maître. 

Il demanda au premier : “Combien dois-tu à mon maître ?”

6 Il répondit : “Cent barils d’huile.” Le gérant lui dit : “Voici ton reçu ; vite, assieds-toi et écris cinquante.”

7 Puis il demanda à un autre : “Et toi, combien dois-tu ?” Il répondit : “Cent sacs de blé.” Le gérant lui dit : “Voici ton reçu, écris quatre-vingts.”

 

 

22 Mais le père dit à ses serviteurs : “Vite, apportez le plus beau vêtement pour l’habiller, mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds,

 

23 allez chercher le veau gras, tuez-le, mangeons et festoyons,

 

24 car mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé.”

 

Et ils commencèrent à festoyer.

 

 

8 Le maître fit l’éloge de ce gérant malhonnête car il avait agi avec habileté ; en effet, les fils de ce monde sont plus habiles entre eux que les fils de la lumière.

 

 

 

 

 

9 Eh bien moi, je vous le dis : Faites-vous des amis avec l’argent malhonnête, afin que, le jour où il ne sera plus là, ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles.

 

 

Ces péricopes nous présentent deux hommes bien différents.

 

L'un est jeune homme, qui veut vivre sa vie comme il l'entend. Pas la vie proposée par son père. Il a demandé son héritage, il l'a reçu, il a donc beaucoup d'argent, ce qui lui permet de s'en aller au loin pour faire la fête. Il a dilapidé tout son avoir (mais était-ce vraiment son avoir ou celui de son père), et il se retrouve à la rue. Personne pour l'accueillir. Tout lui monde lui tourne le dos. La famine sévit dans le pays, c'est chacun pour soi. Il est réduit pour survivre de garder des cochons. On peut imaginer ce que cela veut dire pour un juif ! 

 

L'autre, est certainement un homme plus âgé, je dirai d'âge mur, puisqu'on lui a confié une gérance de biens. Seulement lui a pioché là où il ne fallait pas, lui aussi a dilapidé ce qui lui était confié. On ne peut plus lui faire confiance. Il est alors démis de sa charge et comme le plus jeune, il est à la rue, avec la même question, comment retrouver un toit, et si possible, le gîte et le couvert, car le plus jeune, a peut-être un gîte, mais il crève de faim. 

 

L'un comme l'autre, à un moment de leur vie, se retrouvent à la rue ; l'un comme l'autre, cherchent un moyen de s'en sortir. L'un et l'autre "rentrent en eux-mêmes". Je sais que pour l'intendant, ce n'est pas dit en ces termes là, mais cela revient au même.  L'un comme l'autre, trouvent une solution. Mais ils vont s'y prendre de manières bien différentes, opposées. L'un est dans la confiance, l'autre continue ses malversations en achetant les débiteurs de son maître. Il demeure fidèle à lui-même, il ne change pas. On dirait qu'il va truander son maître, comme il l'a toujours fait.


Le jeune, pense donc à son père, et se dit qu'il pourrait bien rentrer chez lui. Il pourrait lui dire qu'il a mal agi, qu'il s'est mal conduit, qu'il lui a fait honte, qu'il a perdu son statut de fils. Au fond de lui il est certain que son père, parce que son père il le connait bien, acceptera de le prendre comme un de ses ouvriers.  Il aura alors un toit et de quoi manger. 

 

Si on lit bien le texte, sa manière de réfléchir n'est pas très glorieuse, mais qu'est- ce qu'il risque.

 

 Il va alors découvrir un père qu'il ne connaissait pas, un père qui l'attend, un père qui finalement ne lui demande rien et qui le rétablit comme fils. Il y a d'ailleurs dans la vêture qui lui est proposée (sandale, bague au doigt, vêtements neufs), quelque chose qui évoque pour moi le livre de Zacharie Za 3, 2-5), où le grand prêtre Josué est présenté comme vêtu de vêtements sordides. Dieu passe sur sa faute et un vêtement neuf lui est donné, ainsi qu'un turban immaculé. Le Père, passe sur la faute du fils et lui redonne sa dignité en le faisant vêtir de vêtements neufs. On peut dire que le fils passe de la mort à la vie, qu'il a reconnu sa faute et c'est bien ce que le père dira au fils ainé. 

 

L'autre est plus retors. Il a une idée somme toute lumineuse, acheter les débiteurs de son maître, s'arranger pour qu'ils lui soient redevables et ainsi assurer un avenir, certes pas rose, mais qui lui permette de vivre décemment. 

 

Il ne pense pas du tout au maître. Il n'essaye pas de rétablir la relation avec lui. Il s'est servi de l'argent du maître comme si c'était le sien, pour sa propre convenance. Le maître ne compte pas pour lui. Il est normal qu'il soit mis à la porte sans compensations (des compensations il les a largement prises), et il se sert finalement des autres. 

 

Ce n'est pas que ce comportement soit louable, ou sens vrai du terme. Celui du fils cadet ne l'est pas non plus, même s'il met les formes. 

 

Et pourtant il est dit que le maître fait l'éloge de ce gérant malhonnête qui a agi avec habileté. Et curieusement il nous demande d'en faire autant.  Mais agir avec habileté c'est gérer les biens qui peuvent nous être demander de gérer pour un autre que nous, et être honnête avec cet argent. Cela peut tout à fait d'adresser aux communautés fondées par Paul. Montrez que vous savez gérer les sommes qui vous sont confiées, que vous les faites fructifier, alors vous en aurez de plus grandes et vous amasserez des bien pour la vie éternelle, car vous aurez fait du bien autour de vous. 

 

Mais peut-être faut-il lire pour comprendre un peu plus, lire les finales des textes. 

 

Le chapitre quinze.

 

 Jésus s'adresse explicitement à des pharisiens et le comportement du fils aîné, celui qui n'ose pas demander un chevreau pour faire la fête avec ses amis, qui se "crève le tronc" pour être un bon fils, et pour que le domaine rapporte, il est bien le modèle de ces pharisiens qui font tout bien, mais qui se mettent en colère quand les pécheurs ont le droit de festoyer avec celui qui parle de lui en se nommant "le fils de l'homme". Un prêtre qui commentait cette parabole, disait que pour celle-ci, certes le père, le cadet et même les serviteurs se réjouissent, mais au ciel, il ne se passe rien, contrairement aux deux paraboles précédentes. Le fait que le fils aîné ne puisse entrer dans la joie de son père, fausse les choses. 

 

Tant que les pharisiens ne pourront pas se réjouir de l'ouverture à tous, par ce Dieu qui fait pleuvoir sur les justes comme sur les injustes, ils risquent de trouver la porte de la salle des noces fermée pour eux. 

 

Chapitre seize

 

Après que le maître ait fait l'éloge de son intendant (mais ne lui rend pas pour autant la gérance), Jésus affirme que ceux qui vivent sans tenir compte de Dieu, sont parfois capables de poser des actes qui leur permettront peut-être d'entrer quand même dans le royaume après leur mort. Cela doit profondément choquer les pharisiens présents.

 

9 Eh bien moi, je vous le dis : Faites-vous des amis avec l’argent malhonnête, afin que, le jour où il ne sera plus là, ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles.

 

Peut-on se permettre de dire en paraphrasant : faites-vous les amis avec de l'argent que vous avez et dont vous ne connaissez pas toujours l'origine, faites du bien autour de vous, car cela vous sera rendu dans les demeures éternelles. 

 

Si on va jusqu'à la fin du chapitre, la parabole du Riche et de Lazare, montre bien que si le riche avait fait un geste pour le pauvre, celui-ci aurait pu l'accueillir dans les demeures éternelles, mais il n'en n'a pas été ainsi.

 

Ces versets m'ont toujours posé question. Ils ne sont pas faciles à entendre, et ils font un peu ramassis de différentes paroles ou sentences que Jésus aurait prononcées et qui sont rassemblées ici. L'important étant peut-être de retenir que le clivage avec les pharisiens s'aggrave. La parabole qui clôt le chapitre, montre que la richesse n'est pas la porte d'entrée au ciel.

 

Travail sur les versets 10 à 14 : des mises en gardes qu'il faut essayer d'entendre.

 

10  Celui qui est digne de confiance dans la moindre chose est digne de confiance aussi dans une grande. Celui qui est malhonnête dans la moindre chose est malhonnête aussi dans une grande.

 

Il doit certainement y avoir des sentences de ce type dans le livre des proverbes. Et pour nous, cela évoque "qui vole un œuf, vole un bœuf".

 

11 Si donc vous n’avez pas été dignes de confiance pour l’argent malhonnête, qui vous confiera le bien véritable ?

 

Là, se pose une autre question, qu'est -ce que le bien véritable, ce bien pour lequel marchand de perles vendra toutes ses perles pour en acquérir une, une qui sera son trésor, qui sera son unique ? Qu'est-ce que Dieu nous confie que nous devons absolument faire fructifier? On peut penser la parabole des mines. Certes les mines ne nous appartiennent pas, mais c'est à nous de les faire fructifier, d'y mettre notre énergie et notre cœur.

 

12 Et si, pour ce qui est à autrui, vous n’avez pas été dignes de confiance, ce qui vous revient, qui vous le donnera ?

13 Aucun domestique ne peut servir deux maîtres : ou bien il haïra l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’argent. »

 

Là, Jésus conclue d'une manière abrupte. Il faut faire des choix dans la vie, dans votre vie. Si vous choisissez l'argent, il deviendra votre maître, en fait il vous prendra en otages. Si vous choisissez Dieu, il vous rendra libre. 

 

Mais il me semble que du temps de Jésus, la richesse est souvent lié à la bénédiction et si les pharisiens sont riches, c'est qu'ils sont bénis du Très Haut. 

 

14 Quand ils entendaient tout cela, les pharisiens, eux qui aimaient l’argent, tournaient Jésus en dérision.

 

Pour moi, cette finale est très importante. Tourner Jésus en dérision, c'est ce que feront les grands-prêtres quand Jésus sera crucifié. Il ne s'agit plus de se moquer, c'est bien plus profond que cela. C'est disqualifier l'autre, c'est le chosifier, c'est le mettre plus bas que terre. Il semble bien que tout soit déjà joué à ce moment-là. Cet homme-là, celui qui apporte la vraie richesse, ils n'en veulent pas. 

 

 

Un disciple raconte.

 

 

C'est quand même étonnant que notre Maître qui se fait tellement malmener par les pharisiens qui passent leur temps à lui tendre des pièges, veuille encore et encore les aider à changer leur regard. Il leur a déjà dit que pratiquer la loi, dans les petits préceptes, comme de payer la dime sur les herbes, c'était bien, mais qu'il ne fallait pas négliger pour autant l'amour envers les orphelins, les veuves et les pauvres. 

 

Pour lui la miséricorde, je dirais que c'est cela qu'il veut encore et encore nous faire comprendre à nous ses disciples; le très Haut dont il nous parle, est le miséricordieux, celui qui se réjouit quand un homme change se conduite. Et cela le prophète Ézéchiel, l'avait déjà fait comprendre, mais il semble bien que la joie au ciel pour une conversion, ce ne soit vraiment pas une préoccupation pour eux. Bien gérer leurs biens et montrer ainsi à tous, qu'ils sont des bénis du Très Haut, c'est plus important. 

 

Alors il leur a raconté juste pour eux, parce qu'ils lui reprochent de manger avec des publicains et des pécheurs, trois petites histoires comme il en a le secret. La troisième parle d'un homme qui a deux fils., très différents. L'un est sérieux, travailleur, c'est l'aîné. Le second, ne pense qu'à s'amuser, à vivre comme ils disent souvent les jeunes. Finalement le cadet demande au père de lui donner sa part d'héritage, ce que fait ce dernier; Je dois dire que ça m'a étonné, mais c'est une parabole. Et il est parti vivre sa vie, loin de son père et de son frère pour avoir la paix. Des amis, il s'en est fait, jusqu'au jour où la fin de l'argent est arrivée et qu'une famine est advenue. Là, ça a été la catastrophe pour lui et il s'est trouvé pour survivre à être obligé de garder des troupeaux de porcs. Il a connu la faim, la soif, le froid et même la moquerie. Alors quand c'est devenu insupportable, il s'est dit que son père, l'accueillerait surement comme ouvrier, parce que son père, au fond il sait que c'est un brave homme, seulement il fallait y mettre les formes. Une jolie phrase s'est formée en lui qu'il dirait quand on lui aurait ouvert la porte; il dirait qu'il a péché contre le ciel et contre son père et qu'il n'est plus digne d'être appelé son fils, mais qu'il lui demande de bien vouloir l'accueillir comme un ouvrier. 

 

Il s'est mis en route, et les choses ne se sont pas du tout passées comme il l'avait espéré. Infiniment mieux, parce que le père lui a sauté au cou avant même qu'il ait pu dire la phrase préparée, lui a fait prendre un bain, lui a donné des vêtements neufs et à fait tuer le veau gras. C'était bien montrer ce qui peut se passer quand un homme change de conduite. Seulement l'aîné, quand il est rentré de sa journée de travail, ça l'a rendu fou furieux, de voir qu'on faisait la fête pour celui qui était un dépravé. Et là, c'était bien envoyé pour les pharisiens. Ils ne savent pas se réjouir quand la miséricorde est manifestée. 

 

Mais Jésus n'en n'est pas resté là. Il a raconté une autre histoire, très différente. Et je dois dire que je n'ai pas trop compris où il voulait en venir.  En fait le point commun, c'est que le fils de la première histoire et l'homme de la deuxième, à un moment se trouve sans toit, à la rue, sans ressources.

 

Il s'agit d'un intendant qui dilapide les biens de son maître, il fait comme si c'était à lui. Peut-être qu'il perd au jeu, qu'il fait de mauvais placements.  Il dilapide le bien qu'il aurait dû faire fructifier. C'est un peu comme le fils qui dilapidé le bien qui lui avait été remis. 

 

Et le voilà mis à la porte. Discuter avec maître, il ne le fait pas. Par contre, il a une idée de génie, il va s'arranger pour que les dettes des débiteurs de son maître soient allégées. Comme ça, il pourra aller les trouver et leur demander de l'accueillir chez eux, et ils ne pourront pas refuser. Je dois reconnaître que c'est très malin, et que du coup il se fait des amis (enfin c'est relatif) avec de l'argent qui ne lui appartient pas, qui est, on pourrait dire de l'argent malhonnête. C'est ce que fait remarquer Jésus. Mais même si le maître fait l'éloge de son ancien intendant, il ne le reprend pas pour autant. 

 

Ensuite Jésus s'est mis à raconter des choses que je n'ai pas bien comprises. Il a dire que nous pouvions nous aussi nous faire des amis, qui un jour nous accueilleraient dans les demeures célestes avec de l'argent malhonnête. Je suppose qu'il veut dire de l'argent qui n'est pas le nôtre. Moi je pense qu'il vaut mieux aider des personnes si on a un peu d'argent, ne pas garder pour soi, parce que l'argent on ne l'emporte pas avec nous dans la tombe, et que les personnes que nous aurons un peu aidées, nous permettront de trouver une demeure dans ce que le Maître appelle le Royaume. 

Il a continué à parler de l'argent. Mais bon, dire que si on est digne de confiance pour une petite chose, cela poussera celui qui nous a fait confiance à nous en confier de plus grandes, ça me parait évident. Dire aussi que si quelqu'un vole un œuf (ce qui est une petite chose), un jour il volera un bœuf, cela me parait évident, sauf que moi, je crois qu'on peut parfois changer de conduite. 

 

Puis il est parti dans un autre raisonnement. Peut-être que pour les rabbins, c'est bon, mais moi, j'ai du mal. Il a dit, enfin je crois que c'est quelque chose comme ça, que si sur cette terre, on a pu nous faire confiance pour des biens qui ne nous appartiennent pas vraiment mais que nous avons su faire fructifier, alors un jour, on nous confiera quelque chose d'autre, mais je ne sais pas ce qu'il veut dire. 

 

Il a ajouté que si on n'a pas été capable de gérer le bien confié par un autre, on aura peut-être imaginé que cet argent nous appartenait, mais de fait on n'aura rien au final.

 

C'est bien confus tout ça. Il a ajouté qu'on ne pouvait servir deux maîtres à la fois, et ça il a bien raison. On ne peut pas aimer Dieu et l'argent. C'est soit l'un soit l'autre. Et à mon avis, si on choisit l'argent, on a un maître qui finit par faire de vous son esclave, on ne pense plus qu'à ça, on ne peut plus aimer les autres.

 

Mais quand il a dit ça, les pharisiens qui l'écoutaient (eux ils faisaient semblant de comprendre), ils se sont mis à parler entre eux, en haussant les épaules. Je voyais bien qu'l tournaient mon maître en dérision, et j'aurais bien voulu les taper, mais le maître n'aurait pas aimé. Enfin je dis ce que je pense!  Je suis sûre que les pharisiens qui ont de l'argent, ils pensent qu'ils sont bénis de Dieu ! Et en même temps, ils oublient que ce que Dieu veut c'est la miséricorde et non les sacrifices. 

 

Jésus leur a quand même fait remarquer qu'ils disent respecter la loi, mais qu'ils n'en font qu'à leur tête. Il leur a même dit que renvoyer sa femme (ce que Moïse a écrit) et en épouser une autre, est adultère. Et ça ils n'ont pas aimé. 

 

Il a enfin raconté l'histoire d'un homme riche, donc on peut dire béni par Dieu, habillé un peu comme les prêtres, le pourpre et de lin et qui passait sa vie dans de beaux vêtements, dans des festins. Pourtant à sa porte, il y avait un pauvre, un Lazare, couvert comme Job d'ulcères et qui tendait la main à ceux qui venaient pour festoyer. Jamais le riche n'a levé le petit doigt pour le secourir. 

 

Et puis la même nuit, la mort les a fauchés tous les deux. Lazare est monté au ciel, le riche a été enterré, et il s'est même retrouvé dans la géhenne de feu. Il s'est mis à souffrir le martyr, lui qui avait eu une si belle vie. À sa grande surprise il a vu Abraham en compagnie de Lazare. Et là sans perdre le nord*, il a demandé à Abraham d'ordonner à Lazare de lui apporter un peu d'eau. Comme quoi, même dans la géhenne, un riche qui a l'habitude d'être servi ne change pas.

 

Abraham lui a, alors fait remarquer qu'un abîme séparait le lieu de souffrance et le lieu de félicité. Le riche a alors pensé à ses frères qui risquaient de subir le même sort que lui, et a demandé à ce que Lazare leur soit renvoyé, pour témoigner de ce qui se passe après la mort, mais cela a refusé, car celui qui n'écoute pas Moïse ni les prophètes, ne peut être convaincu par quelqu'un qui serait revenu d'entre les morts. 

Je pense que c'est vrai, mais au fond de moi, je suis quand même triste pour ces riches qui parce qu'ils n'ont pas su regarder avec compassion les pauvres qui gisent à leur porte, se retrouvent pour l'éternité à souffrir.  

 

En tous les cas, si les pharisiens ne veulent pas entendre, c'est qu'ils sont vraiment sourds. Ils ont des oreilles et ils n'entendent pas. Ils risquent vraiment d'avoir une mauvaise surprise quand ils se retrouveront devant leur Dieu.

 

 Enfin si j'ai compris ce que le Maître a voulu enseigner. Pourvu que moi, j'ouvre mes yeux et mes oreilles, aux splendeurs de la loi, mais aussi sur ces petits que Jésus aime tant.

 

* pardon pour l'anachronisme

 

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