lundi, avril 05, 2021

Matthieu 28, 9 - " Elles s’approchèrent, lui saisirent les pieds et se prosternèrent devant lui"

Récits de la résurrection.

 

Lundi, premier jour de l'octave de Pâques, la liturgie propose le récit de Matthieu: Mt 28, 8-15, du moins la seconde partie, qui rapporte à la fois la rencontre des deux Marie - Marie-Madeleine et l'autre Marie - avec le Ressuscité, et la mauvaise foi des grands prêtres qui achètent le silence des soldats et leur demandent de faire croire que des disciples sont venus prendre le corps de Jésus pendant qu'ils dormaient, ce qui en soi est un peu fort, puisque justement, on les a mis là pour que cela n'arrive pas.

 

On peut noter que dans tous ces récits, Marie-Madeleine est toujours présente; mais elle peut être seule comme chez Jean, accompagnée d'une autre personne comme chez Matthieu, ou se retrouver avec plus de compagnes.

 


Chez Jean, elle part dans les ténèbres (il fait encore nuit), mais elle-même est dans les ténèbres; elle arrive au sépulcre; elle le trouve ouvert et là, elle laisse tout en plan pour demander de l'aide à Simon Pierre et au disciple dont on ne connaît pas le nom. Il faut qu'ils viennent pour retrouver le corps. Dans ce récit, elle est seule et elle sera la seule à le voir.

 

Dans l'évangile de Marc, que nous avons entendu lors de la Vigile Pascale, elles sont trois femmes, Marie-Madeleine, Marie mère de Jacques, et Salomé. Elles trouvent la pierre roulée, elles entrent dans le tombeau, voient un homme vêtu de blanc qui leur dit de dire aux disciples de retrouver Jésus en Galilée, mais elles sont mortes de peur et ne disent rien.

 

Dans l'évangile de Matthieu, que nous venons de lire, il y a Marie-Madeleine et l'autre Marie. Contrairement à l'évangile de Marc, elles courent pour annoncer la nouvelle et transmettre l'ordre de Jésus, de le retrouver en Galilée.

 

Enfin, dans l'évangile de Luc, au début du chapitre 24, il est question de femmes qui arrivent pour embaumer le corps, et ce n'est qu'au verset 10 que l'on apprend qu'il s'agit de Marie-Madeleine, de Jeanne et de Marie mère de Jacques, et manifestement d'autres femmes. Elles vont voir les disciples, et ceux-ci pensent qu'elles sont folles; mais Pierre va quand même au tombeau...

 

Bref il n'est pas facile de savoir quelle serait la version la plus proche de la réalité. Il est certain que l'évangile de Jean est de loin le plus séduisant, mais… Ce qui semble évident, c'est que ces femmes, ces premiers témoins, ont bien du mal à se faire entendre. Elles ont vu, elles ont cru, elles ont - du moins dans trois récits sur quatre - témoigné, transmis, mais ce n'est que dans l'évangile de Matthieu que le témoignage semble porter du fruit, et encore…

 

Pour en revenir au texte de Matthieu, une fois de plus je me demande comment on peut saisir les pieds de Jésus et se prosterner. Je ne comprends pas trop. C'est peut-être un moyen de l'empêcher de partir, de se sauver: le retenir. Peut-être qu'elles n'osent pas le toucher, lui.

 

Or dans l'évangile de Jean, Jésus (traduction liturgique) dit à Marie-Madeleine: "Cesse de me tenir". Alors peut-être que Matthieu, montre là le même geste: tenir, retenir. 

 

Je me disais aussi que les femmes doivent être déconcertées, elles qui viennent de voir un ange, assis sur la pierre qui fermait le tombeau. Maintenant qu'elles voient le Maître en personne, il y a de quoi être complètement déboussolé. Peut-être que saisir, toucher les pieds de celui dont on ne sait pas trop si ce n'est pas un fantôme, c'est un moyen de se rassurer. Il est bien de chair et d'os. Alors on peut se prosterner devant lui. Est-ce que les femmes font cela pour éviter que le Seigneur ne s'envole, ne disparaisse? 

 

Je ne sais pourquoi, mais en réfléchissant, ce passage a évoqué pour moi l'enlèvement d'Elie. Car Jésus, si on se réfère Jean, doit aller vers le Père. Et cela montrerait que Jésus, lui, n'a pas besoin d'un char de feu pour être enlevé, que la puissance est en lui. Peut-être que cette approche typologique est celle qui me plaît le plus. Et ces deux là, nul ne peut les retenir...

 

 

Comme nous avons entendu l'évangile de Matthieu aujourd'hui, je laisse donc les deux femmes raconter.

 

Les deux Maries racontent

 

Notre Jésus, notre Maître, celui que nous aimons plus que tout, - nous ne pouvons pas dire que nous "aimions", parce que même s'il est mort, pour nous il est vivant - a été déposé à la hâte dans un tombeau vide, dans un jardin. Un jardin, un grand jardin pour lui qui les aimait tant. Il repose dans un jardin, il se repose durant ce Shabbat. Nous avons juste regardé, parce qu'il fallait rentrer avant la tombée de la nuit.

 

Nous nous sommes lamentées sur lui, nous avons pleuré. Certes c'est la Pâque du Seigneur, mais lui qui avait célébré la libération, il était l'agneau immolé, et il était dans son tombeau; et nos larmes débordaient.

 

On nous a dit que les grands-prêtres avaient demandé à Pilate d'envoyer des hommes pour garder le tombeau, parce que comme Jésus avait clamé haut et fort qu'il serait mis à mort, mais qu'il reviendrait à la vie le troisième jour, ils ne voulaient pas que des disciples viennent enlever le corps et fasse passer cela pour une résurrection. Alors nous étions craintives avant de nous mettre en route, parce que ces soldats romains, ce sont ce sont des brutes… Comment allaient-ils accepter notre présence, accepteraient-ils de nous laisser entrer dans le tombeau pour lui redonner figure humaine? Il faut voir dans quel état ils l'ont mis, les soldats. Son pauvre visage, son pauvre nez, sans parler de la couronne d'épines. .

 

Dès que le jour s'est mis à poindre, nous sommes parties.

 

Nous avons franchi cette porte de Jérusalem qui mène au jardin, et nous pensions au Cantique des Cantiques: "Je me suis levée et j'ai cherché celui que mon cœur aime… Ils m'ont trouvée, les gardes qui tournent dans la ville". À un moment, nous avons senti sous nos pieds la terre trembler. Cela nous a fait peur, mais nous avons pensé que cela ferait peut-être rouler la pierre, et que notre Maître en sortirait tout resplendissant. Et nous avons continué notre chemin.

 

Quand nous sommes arrivées, la pierre était roulée, il y avait quelques gardes là, qui gisaient sur le sol. C'était bizarre. Et il y avait un homme de lumière, vêtu de blanc, sur la pierre. Après coup, nous nous sommes dit que ces anges envoyés par le Très Haut ont souvent de drôles de lieux pour s'asseoir. Il nous a dit de ne pas avoir peur, que Jésus était bien ressuscité et que nous devions annoncer aux disciples qu'ils devaient aller en Galilée.

 

Là, je ne sais pas ce qui nous a pris, parce que nous sommes des femmes raisonnables, mais notre joie était telle, que nous nous sommes mises à courir pour annoncer la bonne nouvelle aux amis du Maître..

 

Avant d'entrer dans la ville, nous avons vu un homme qui venait dans notre direction. Quand nous nous sommes croisés, nous l'avons reconnu, c'était lui! Mais en même temps ce n'était pas lui. Il était changé. Il était comme éclairé, et cela nous remplissait de crainte.

 

 Alors nous nous sommes jetées à ses pieds, et ses pieds nous les avons touchés, sans trop savoir pourquoi. Il marchait pieds-nus. Il n'y avait plus de trace de sang, plus de trace du clou, enfin si, mais comment le dire; le trou était cicatrisé, mais pourtant il était là. Il nous a parlé et sa voix nous a rassurées, car c'était bien la sienne. Il nous a dit de ne pas avoir peur, puis il a ajouté la même chose que l'ange nous avait dit: de retourner en Galilée, et qu'il nous y attendrait. Puis d'un coup, il n'était plus là.

 

Nous avons vu alors passer quelques uns des soldats qui gardaient le tombeau. Ils semblaient très pressés. Mais nous, nous avons continué notre chemin pour annoncer aux disciples qu'il était relevé des morts comme il l'avait dit, et qu'il nous attendait tous en Galilée.

 

Maintenant, est-ce que les hommes vont vouloir nous croire, rien n'est moins sûr. Nous les entendons déjà nous traiter de folles. Mais nous, nous l'avons vu, nous l'avons touché, et personne ne pourra nous faire taire.

 

 

 


lundi, mars 29, 2021

Jean 12,3 - "La maison fut remplie de l'odeur du parfum"

Lundi Saint. 

L'évangile propose le repas pris à Béthanie, au cours duquel Marie va "oindre " les pieds de Jésus. On sait que Lazare fait partie des convive, que Marthe s'affaire, et que le repas est donné en l'honneur de Jésus. Si on relit la fin du chapitre 11, on sait qu'après le réveil de Lazare, les prêtres décident de tuer Jésus, et que celui-ci part se mettre à l'abri avec ses disciples dans la région proche du désert, dans la ville d'Ephraim. Comme la fête de la Pâque approche, on commence à se demander dans Jérusalem si Jésus va venir ou non, puisque sa tête est mise à prix. Six jours avant la Pâque, Jésus quitte donc sa ville refuge et va à Béthanie, où il sait qu'il est en sécurité chez son ami Lazare. Mais si on fait référence aux synoptiques, ce repas se passe chez Simon le lépreux; alors on ne peut pas affirmer que cela se passe dans la maison de Lazare, ce qui pourtant me plairait mieux. 


On peut aussi noter que dans les synoptiques ce sont les participants au repas qui critiquent ce cadeau, et que Jésus est obligé de défendre la femme. Jean, lui, fait porter le chapeau à Judas... 


Mais, quelque soit le lieu, ce que Jean raconte est une scène qui ne peut que nous toucher. Il y a un geste d'amour. C'est Marie, la soeur de Marthe, qui raconte. 


Marie de Béthanie raconte.


Il y a quelque temps, mon frère était malade; nous avions appelé Jésus mais il n'était pas venu. Puis il est venu, trop tard. Mais il a fait sortir mon frère de son tombeau, il l'a réveillé! Et cela faisait pourtant quatre jours qu'il était mort!

Puis il est parti, avec ses disciples, parce qu'il savait que les prêtres voulaient le mettre à mort. Il a disparu. 

Mais moi, je l'attends, je sais qu'il va revenir. Je sais comment je vais le remercier. Je répandrai sur lui non pas une eau pure pour le purifier, parce qu'il n'a pas à être purifié, lui qui est la pureté même, mais un parfum, comme on en répandait sur la tête d'Aaron; mais moi, je le répandrai sur ses pieds, sur ses pieds qui ont foulé cette terre qu'il aime tant, sur ces pieds qui un jour quitteront cette terre, pour aller vers son Père. 

Et le jour où nous commençons à célébrer la fête des pains sans levain, il est venu, avec ses disciples, et en particulier Jean, ce petit jeune si beau, que j'aime bien. Bien sûr Marthe a voulu faire les choses en grand, car nous n'avions pas pu vraiment le remercier. Et comme d'habitude elle s'est affairée, enfin elle en a fait voir de toutes les couleurs aux servantes. Lazare, lui, n'est pas encore vraiment remis, il reste à côté de Jésus. Et le repas a commencé; et c'est là qu'au fond de moi j'ai su que le moment était venu de répandre ce parfum sur ses pieds. 

Dès que j'ai cassé le col du flacon qui était rempli de parfum, l'odeur a commencé à se répandre, et tous les convives ont arrêté de manger. Ils me regardaient, ils se regardaient. Jésus souriait. Je suis allée vers lui, et j'ai versé le parfum sur ses pieds, il avait l'air tellement heureux, mais curieusement il y avait aussi de la tristesse dans son regard. A quoi pensait-il?

Et j'ai dénoué mes cheveux, et j'ai essuyé ses pieds, ses beaux pieds. Un peu pour lui donner de la tendresse, comme une mère essuie les pieds de son tout petit. Alors mes cheveux sont devenus odorants, et lui et moi, nous avions la même odeur; lui, moi et même les convives. Nous étions comme enveloppés par un cocon de senteurs. J'aurais voulu que le temps s'arrête. C'était comme si dans toute la pièce il y avait une voûte d'odeur, une voûte de douceur, une voûte sous laquelle nous étions comme des frères. 

Mais Judas - et celui-là il me fait peur - a pris la parole, en disant que j'aurais dû lui donner le parfum, qu'il l'aurait vendu et qu'on aurait pu faire du bien aux pauvres. Mais moi, ce n'était pas ce que je voulais. Et je ne voulais rien avoir à faire avec lui. 

Heureusement Jésus a pris ma défense, mais avec douceur. Il a dit que des pauvres il y en aurait toujours, mais que lui, il ne serait pas toujours là, et mon cœur a frissonné; et il a dit que ce que j'avais fait, c'était de faire pour lui ce que l'on fait pour les morts. Et là, mon cœur a encore plus frissonné. Mais je sais bien au fond de moi que ses jours sont comptés, il l'a dit à ses proches. 

Le repas s'est terminé, ceux qui étaient venus de Jérusalem, un peu en curieux, sont repartis et je suis sûre qu'ils sont allés faire leur rapport aux grands prêtres; et tels qu'ils sont, ils vont vouloir tuer aussi Lazare, parce que ceux qui viennent le voir comprennent que quelque chose doit changer.

J'ai hâte que cette Pâque soit finie. J'ai peur pour lui, j'ai peur pour nous, peur de le perdre. Mais je le suivrai jusqu'au bout. 

 

mercredi, mars 10, 2021

Matthieu 18, 35: "si chacun d'entre vous ne pardonne pas à son frère du fond du coeur"

 A partir de la parabole du débiteur impitoyable - Mt 18,21-35

 

C'était l'évangile proposé hier, mardi de la troisième semaine du temps de Carême. C'est un texte avec lequel j'ai du mal. Il a fallu presque deux jours pour que ce texte, d'un coup, prenne une autre dimension, que je sorte de ce que j'avais pu lire, pour comprendre que la "logique de Dieu" n'a rien à voir avec la logique des hommes, et qu'il se joue de nos petits calculs bien mesquins; parce que sa logique à lui, c'est celle du cœur (finale de ce texte: pardonner du fond de votre cœur). 

 

J'ai lu beaucoup de commentaires sur ce texte, sur le fait que le serviteur impitoyable a oublié que derrière le don (la remise de la dette), il y a le donateur. 

 

Il y a les commentaires qui font des parallèles avec la prière du Notre Père: "Remets-nous nos dettes, comme nous remettons leurs dettes à nos débiteurs" et "Car si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père non plus ne pardonnera pas vos fautes". Mais pour pardonner, nous avons normalement en tant qu'enfants été pardonnés par nos propres parents, et c'est cet apprentissage qui permet la bienveillance envers les autres. On passe quand même ici du juridique (qui a des règles précises dans le Lévitique) à quelque chose de différent, la notion de faute.

 

Ce texte se trouve dans le chapitre 18 de Matthieu, qui est consacré au "vivre ensemble", donc aux règles qui doivent avoir cours dans la jeune communauté des disciples de Jésus. Se pose à partir du verset 15 la question du péché commis par un frère contre un frère, et du rôle de la communauté qui peut exclure; et ensuite celle du pardon, ce qui paraît assez logique. 

 

On peut noter que les mots rembourser, dettes, sont sont omniprésents, ce qui renvoie presque à du juridique, comme dans le passage précédent (Mt 18, 15-18) qui est centré sur le péché.. 

 

Je vais dans un premier temps laisser ce débiteur qui ne se laisse pas fléchir raconter ce qui s'est passé, puis j'analyserai le texte à ma manière, et enfin je proposerai une interprétation.

 

 

L'homme raconte

 

Il paraît que le maître est revenu d'une longue absence et qu'il va voir avec chacun d'entre nous ce que nous lui devons. L'ennui, c'est que moi, ça fait des années et des années que j'emprunte, parce que je suis un joueur et que je perds et je perds; et je gagne et je reperds. Peut-être qu'il n'aurait pas dû me laisser emprunter autant. Alors je vais essayer de m'enfuir, parce que c'est sûr que je vais être vendu moi et ma famille, je vais perdre les quelques biens que ma femme a réussi à garder, et ce sera pour toute notre vie. C'est de sa faute à lui, d'abord, il n'aurait pas dû me laisser m'endetter à ce point là. 

 

Seulement je n'ai pas pu prendre la fuite, parce que les autres employés, à qui je dois aussi des sous, même si certains m'en doivent, m'ont rattrapé. Ils m'ont conduit manu militari devant lui. Et Là j'ai peur, très peur. 

 

Il ne me reste qu'une chose à faire: jouer le tout pour le tout, lui demander de prendre patience, prendre un air contrit, me jeter à ses pieds. C'est ce que j'ai fait, et curieusement ça a marché. Il est étonnant ce maître, et maintenant je ne suis pas en prison; ma dette est remise, et je peux reprendre ma vie. Que ma femme va être contente!

 

En sortant, j'étais sur un petit nuage! Mais j'ai croisé un de mes amis qui me doit de l'argent. Ce n'est pas énorme à côté de ce que moi je devais, mais je n'ai aucune ressource. Alors mon sang n'a fait qu'un tour, je lui ai sauté à la gorge en lui demandant de me rembourser sur le champ. Il m'a supplié d'être patient, mais j'ai trop besoin de cet argent alors je l'ai fait mettre en prison, lui et sa famille. Quelques jours ont passé, et je coulais des jours assez heureux; seulement j'avais oublié que dans une ville, finalement tout se sait. Les autres ont su ce que j'avais fait et ils m'ont dénoncé au maître. Celui-ci m'a convoqué, et là, je savais que ça sentais mauvais pour moi. Je ne sais pas pourquoi je me suis conduit ainsi, mais quand la colère me prend, rien ne m'arrête. Et après tout, cet argent il me le devait. 

 

Le maître lui, était très en colère, je n'ai rien pu dire. Il criait en me disant que lui avait eu pitié de moi et moi j'aurais dû faire pareil. Et il m'a livré à la justice et me voilà mis en esclavage moi, ma femme et mes enfants pour un nombre d'années que je ne peux même pas calculer. Pourtant ma dette, il me l'avait bien remise, pourquoi ai-je été aussi stupide? 

 

Raconté comme cela, c'est l'histoire d'un type mauvais, qui ne pense qu'à lui, qui ne sait pas ouvrir les yeux, qui ne se rend pas compte de la chance qu'il a d'avoir quelqu'un qui lui remet sa dette - pourtant énorme, et qui au final est obligé de subir sa peine. 

 

Analyse du texte

 

C'est une analyse où je souligne certains mots qui me paraissent importants, et où je me laisse aller, au fil de la plume, à commenter, à laisser venir assez librement ce que cela me dit.

 

21 En ce temps-là, Pierre s’approcha de Jésus pour lui demander: «Seigneur, lorsque mon frère commettra des fautes contre moi, combien de fois dois-je lui pardonner ? Jusqu’à sept fois?» 

22 Jésus lui répondit: «Je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à soixante-dix fois sept fois.» 


Bien sûr, il faut faire un parallèle avec le livre de la Genèse (Gn 4,24): "Caïn sera vengé sept fois et Lamek soixante-dix -sept fois". Mais Jésus remplace vengeance par pardon, et c'est encore plus...

 

Pauvre Pierre, qui devait trouver que pardonner sept fois, c'était déjà beaucoup. Et ce que Jésus répond, c'est quasiment impossible; ce qui laisse penser qu'on est dans un autre registre. Et puis, le juste pèche sept fois par jour. Mais faute et péché, est-ce la même chose? Je ne le pense pas.

 

Il est question ici du nombre de fautes: pas du temps, ou de la durée. Je veux dire que si quelqu'un commet envers moi sept fautes dans la même journée, ce n'est pas la même chose que si c'est en une semaine ou en un mois. La faute (mais il faudrait savoir si le mot grec est différent du mot employé pour parler du péché), c'est souvent quelque chose que l'autre ne fait pas exprès, mais qui peut tout à fait insupporter, voire même faire exploser. Faut-il se laisser faire, faut-il répondre systématiquement oui à l'autre, si - conscient de sa faute - il demande pardon? 

 

La réponse de Jésus est sans équivoque: toujours pardonner. Et soixante-dix fois sept fois, c'est de la démesure. Et je crois que c'est bien là que se trouve la pointe de la parabole: ne pas rester dans le "compter", parce qu'avec Dieu, ça ne fonctionne pas comme ça.

 

 

23 Ainsi, le royaume des Cieux est comparable à un roi qui voulut régler ses comptes avec ses serviteurs. 

24 Il commençait, quand on lui amena quelqu’un qui lui devait dix mille talents (c’est-à-dire soixante millions de pièces d’argent). 

25 Comme cet homme n’avait pas de quoi rembourser, le maître ordonna de le vendre, avec sa femme, ses enfants et tous ses biens, en remboursement de sa dette. 

26 Alors, tombant à ses pieds, le serviteur demeurait prosterné et disait : “Prends patience envers moi, et je te rembourserai tout.” 

27 Saisi de compassion, le maître de ce serviteur le laissa partir et lui remit sa dette

 

Ce qui est étonnant, c'est qu'on est dans une scène presque banale d'un roi (d'un maître, d'un gros propriétaire) qui veut régler ses comptes, à un moment donné; s'agit-il de quelque chose qui peut évoquer la fin des temps? Et avant même qu'il ne commence à "rendre justice", on lui amène un homme qui très certainement voulait prendre la fuite. Et là, ce sont les autres, les frères si on peut dire, qui ne le laissent pas faire. Il faut dire que cet homme là, clairement, doit beaucoup plus que les autres. De qui est-il le prototype? Peut-être justement de nos dettes envers Dieu, dont nous ne nous rendons pas compte, mais que les autres comptabilisent ... 

 

La suite on la connaît: il y a la demande, la promesse; et la compassion finalement très étonnante du maître de ce serviteur. On n'est plus dans le registre du maître implacable face à son serviteur; c'est autre chose qui se passe. Il y a de la pitié, il y a de l'amour. Et là normalement le serviteur devrait être éperdu de reconnaissance et se précipiter chez lui, par raconter à sa femme, la bonté de leur maître. Et "le remettre sa dette" va s'opposer au "rembourse ta dette" du verset suivant. 

 

28 Mais, en sortant, ce serviteur trouva un de ses compagnons qui lui devait cent pièces d’argent. Il se jeta sur lui pour l’étrangler, en disant : “Rembourse ta dette !”

29 Alors, tombant à ses pieds, son compagnon le suppliait: “Prends patience envers moi, et je te rembourserai.” 

30 Mais l’autre refusa et le fit jeter en prison jusqu’à ce qu’il ait remboursé ce qu’il devait.

31 Ses compagnons, voyant cela, furent profondément attristés et allèrent raconter à leur maître tout ce qui s’était passé. 

 

C'est donc la même scène, mais cette fois c'est le premier qui a la place du maître, et qui n'agit pas du tout comme ce dernier. C'est aussi parfaitement symétrique par rapport à la première scène. Mais, Il y a eu en plus un acte très violent, presque un désir de meurtre (l'étrangler). Cela peut jouer dans la phrase "serviteur mauvais" qui sera employée par la suite. Et "serviteur mauvais", cela renvoie aussi à la parabole des talents, où le serviteur n'a pas compris qui était ce maître qui lui confiait cette somme. 

 

 

32 Alors celui-ci le fit appeler et lui dit : “Serviteur mauvais ! je t’avais remis toute cette dette parce que tu m’avais supplié. 

33 Ne devais-tu pas, à ton tour, avoir pitié de ton compagnon, comme moi-même j’avais eu pitié de toi ?” 

34 Dans sa colère, son maître le livra aux bourreaux jusqu’à ce qu’il eût remboursé tout ce qu’il devait. 

 

35 C’est ainsi que mon Père du ciel vous traitera, si chacun de vous ne pardonne pas à son frère du fond du cœur. »

 

 La "sentence" qui termine cette histoire, c'est voici ce qui vous arrivera si vous ne pardonnez pas à votre frère, du fond du cœur. Et là, c'est autre chose que pardonner du bout des lèvres. Cela montre aussi que quand Dieu pardonne, il pardonne du fond du cœur. Et de cela, Pierre fera l'expérience, bien plus tard, après la résurrection en Jn 21,15-17.

 

    La pointe de la parabole: sortir de la logique du nombre.

 

La pointe de cette histoire pour moi, c'est de ne pas s'empêtrer dans du juridique, dans de l'obsessionnel, parce qu'avec Dieu ce n'est comme cela que ça se passe. Passer de 7 fois à 70 fois 7 fois, c'est complètement fou...


Remettre une dette qu'on ne peut pas se représenter (comme la dette de la France en ce moment), c'est complètement fou. Cela brise toutes les références.

 

Dieu n'a pas besoin de compter. Ce qui compte pour lui, c'est justement de ne pas entrer dans une relation de compte, mais d'amour. 

 

Si ce n'est pas possible à un moment donné, parce que l'homme n'est pas prêt à ce fonctionnement-là, alors oui, le juridique pourra reprendre le dessus, mais c'est bien dommage et ce n'est pas la démarche désirée par Dieu, même si une justice doit être rendue.

 

Si Jésus parle du cœur, pardonner de tout son cœur, c'est que si on pardonne avec son cœur, on ne compte plus. On sort de la logique du donnant-donnant, de la rétribution, pour entrer dans la logique de l'amour qui sera la logique de Jésus: logique de la Croix.. 

 

Ce que je veux dire, c'est que quand Pierre pose la question du pardon en termes juridiques, Jésus, par la démesure, fait sauter cette conception étriquée. Et il enfonce le clou en montrant que Dieu (le roi, le maître) ne rentre pas dans cette manière de fonctionner. Peu importe la somme, il ne se place pas dans le juridique, mais s'il fait grâce, s'il a pitié, c'est que cela change d'ordre. 


J'ai envie de dire que cela se passe dans l'affectif, et que ce qui est demandé aux disciples, c'est de sortir d'une logique de rétribution pour entrer dans une logique de l'amour. C'est ce que le serviteur mauvais, au cœur fermé, n'a pas été capable de comprendre.

 

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dimanche, mars 07, 2021

Luc 15, 14. Il avait tout dépensé quand une famine survint dans le pays et il se trouva dans le besoin.

J'ai raconté, dans un commentaire sur le chapitre 15 de Luc, les paraboles de la miséricorde, https://giboulee.blogspot.com/2016/09/les-paraboles-de-la-misericorde-luc-15.html , ce que le père de la parabole a pu ressentir. 


J'ai raconté très récemment ce que l'aîné, celui qui est le modèle pour les scribes et les pharisiens qui récriminent contre Jésus, a pu vivre au moment où son frère, modèle des impies, est revenu à la maison.


Ce matin j'ai eu envie de compléter le tableau (peut-être manque-t-il une figure féminine), en me penchant sur le vécu de celui qu'on appelait autre fois le fils prodigue, ce prototype de ceux qui vivent mal mais qui sont capables de rentrer en eux-mêmes et de se mettre en route.


Matthias, le benjamin, celui qui est sûrement considéré comme un impie, raconte

 

Je dois dire que cette famille où l'on n'a aucun droit sauf celui de travailler, d'aller à la synagogue, de respecter la Loi, elle me gonfle. Impossible de vivre sa vie, de faire ce que l'on veut. Alors on pensera de moi ce qu'on pensera, et je suis sûr que mon frère aîné va hurler, mais je me tire. Celui-là ce Samuel, qu'est ce qu'il est pénible! Quand on était petit c'était bien, il me défendait, mais maintenant il se prend pour mon père, il critique tout, tout le temps, et il a une vie dont je ne veux sous aucun prétexte. Moi je m'appelle Matthias, mais je ne crois pas que je sois un cadeau! Moi, je veux vivre comme je l'entends, avec mes règles à moi.

 

J'ai un peu parlé avec des amis, qui comme moi ne supportent plus leur famille; et ils m'ont dit que j'avais le droit de réclamer ma part d'héritage. Faire comme si mon père était mort, c'est étonnant, mais c'est permis, alors je l'ai fait. Je ne veux pas attendre, je veux ce qui me revient: je veux dire l'héritage de mon père, gonflé par celui de ma mère. Et ce qui m'a étonné, c'est que ça s'est fait facilement, comme si mon père s'y attendait. 


Alors à moi la belle vie! Parce que les champs, les moutons, les bœufs, ça ne m'intéresse pas. Ce que moi, je veux, c'est des sous pour vivre comme je l'entends, me faire des amis, avoir des filles, me saouler, et même si je dois comme on dit brûler la chandelle par les deux bouts, c'est ce que je veux; et aussi me casser très loin d'eux.


Et les sous je les ai eus! Et je suis parti, là où les filles sont plus belles, là où les filles sont jolies, là où on peut vivre, là où on peut boire jusqu'à plus soif.

 

Là où je suis allé, je me suis fait plein d'amis, qui venaient à mes fêtes. J'avais de l'argent plein les poches, alors ils étaient là. Seulement, les meilleures choses ont une fin. Une famine est arrivée, et tous les prix se sont mis à flamber. Ceux que je croyais être des amis ont disparu, et je me suis retrouvé seul, sans rien; et j'ai eu faim, tellement faim, faim de nourriture, mais aussi faim liée à la solitude. 

 

Et j'ai fini par trouver un marchand de porcs qui a bien voulu m'embaucher pour que je garde ses bêtes. Eux ils avaient des glands à satiété, et moi je les regardais et mon estomac se tordait en moi et à force de les regarder, j'avais l'impression de devenir comme eux: sale, laid, ne pensant plus qu'à manger, et cela ça ne me plaisait pas.

 

Et je ne suis mis à penser, surtout que je n'avais que ça à faire... Peut-être qu'il était temps de rentrer un peu en moi-même, de réfléchir à comment j'en étais arrivé là. Peut-être que j'aurais dû employer mon argent autrement, penser à faire des réserves. Mais je ne l'ai pas fait. 


Par contre ce que je sais, c'est que dans la maison de mon père, il y a des ouvriers qui sont mieux payés que je ne le suis, et surtout qui ont de quoi manger. 


Alors mon orgueil, je vais faire une croix dessus, et je vais me lever.  Je ne veux plus rester vautré à garder des cochons, et j'irai chez moi, enfin chez lui, mon père. Et quand je le verrai, je lui dirai que j'ai péché contre le ciel et contre lui (c'est une phrase qui lui plaira sûrement), que je ne suis plus digne d'être appelé sont fils (et peut-être qu'il ne me reconnaît plus comme son fils, qu'il m'a renié, un peu comme moi je l'ai renié); et je lui demanderai qu'il me traite comme un de ses ouvriers. Au moins j'aurai à manger, même si c'est la honte. Il faut bien que je me sorte de là.

 

Et je suis parti. J'ai mendié sur la route, et je n'étais vraiment pas fier de moi, surtout que certains m'ont reconnu et ont vu ma crasse et ma misère. Quand je suis arrivé au domaine, à ma surprise j'ai vu mon père qui déboulait littéralement vers moi, comme s'il m'avait attendu. Moi qui pensais qu'il m'avait renié, je n'en croyais pas mes yeux. Et j'ai eu du mal à lui dire ma jolie petite phrase que j'avais si bien préparée, cette phrase qui reconnaissait que j'avais péché contre le ciel et contre lui, que je n'étais plus digne d'être appelé son fils… 


Sauf que ma phrase je ne l'ai pas terminée. Il m'a pris dans ses bras, il m'a regardé avec un tel regard, que je me suis senti fondre.. Je suis redevenu son fils, son petit, son benjamin, son aimé...

 

Il a appelé ses serviteurs, il leur a ordonné de me vêtir, de me mettre des sandales, de passer un anneau à mon doigt et de préparer un festin. Bien sûr, je suis entré dans la maison et j'ai eu droit à un bain... Et ça a été la fête, et quelle fête! Je me sentais presque le roi, sauf qu'à dire vrai, je n'avais pas très faim... Mon père avait un sourire comme je ne lui en avais jamais vu.

 

Là où il y a eu un problème, c'est quand mon frère est arrivé. Comment pouvait-il comprendre? Il était comme enragé contre mon père. Moi je me faisais tout petit mais en même temps, j'étais à l'abri de cette colère dirigée comme mon père.

 

Il ne voulait pas entrer; il était fou furieux. Il a dit qu'il ne comprenait pas pourquoi on avait tué le veau gras pour moi, un moins que rien, alors que lui, on ne lui donnait même pas un agneau pour faire la fête. 

 

Et là mon père lui a dit que tout ce qui était à lui lui appartenait, et surtout qu'il fallait faire la fête parce que pour lui, j'étais revenu à la vie. 

 

Oui, je suis revenu à la vie. Il a juste fallu que je me lève que je quitte cette fange qui essayait de m'aspirer; et les bras de mon papa se sont ouverts, et j'ai retrouvé ma place. Peut-être que si je n'avais pas vécu comme cela, je n'aurais jamais pu comprendre qui était mon père. Car le père qui est le mien, il n'est pas comme les autres.  

samedi, mars 06, 2021

Luc 15,32 - « Il fallait festoyer et se réjouir ; car ton frère que voilà était mort, et il est revenu à la vie...»

 Lecture de Luc 15 - Les deux fils. 

Pas facile, ces textes un peu trop connus. Le célébrant - mais la sono était déplorable - a centré son homélie sur l'héritage, sur la nécessité d'en parler, de prévoir. C'est vrai que dans ce texte, cet héritage donné alors que le père est vivant, c'est curieux. Si le "jeune" a pris ce qui lui revenait, qu'en est-il de l'aîné? À lire le texte, on a l'impression que lui, il n'en n'a pas vu la couleur: qu'il continue à faire fructifier ce qui appartient en propre à son père, qu'il se considère comme un bon ouvrier. Alors, quand il rentre du travail, on peut comprendre que ça le mette en colère, et c'est cela ce que j'ai voulu montrer en laissant parler ce fils aîné, qui dans la parabole est la figure des scribes et des pharisiens (ceux qui pensent être au service), qui récriminent contre Jésus qui prend le temps de festoyer avec ceux qui vivent mal. 

Samuel, le fils aîné, raconte.

 

Là, c'est vraiment le comble. Je rentre des champs où je me suis crevé le cul à travailler comme une bête pour faire fructifier les champs de mon père. Et de la pierraille il y en a. Plusieurs fois j'ai du redresser le soc de la charrue, plusieurs fois, j'ai dû m'occuper des bœufs, et cela à la longue c'est usant, d'autant que le père, il ne dit même pas merci. Je sais bien que c'est mon héritage, mais quand même.. Des fois j'en ai vraiment assez de cette vie, moi aussi je voudrais me barrer...Mais bon, ça je ne le dis pas.

 

Bref, j'arrive à la maison et j'entends de la musique. De la musique, mais chez nous, il n'y en a jamais. Et ça sent la viande grillée. Il n'a quand même pas tué le veau gras le Vieux? Est ce que quelqu'un serait arrivé chez nous? Quelqu'un de très important, comme les visiteurs de notre Père Abraham? Mais ça, c'est le passé... Qui ça peut bien être?


Je demande à un serviteur, et là, les bras m'en tombent. Il m'annonce que mon frère, ce petit con qui a réclamé son héritage et qui (ça je le sais parce que j'ai des amis un peu partout) a claqué son héritage en faisant la fête, et en couchant à droite et à gauche, mais aussi en faisant des placements qui l'ont ruiné - parce qu'il se fait avoir par n'importe qui, il est revenu. Revenu. 

 

Mais c'est fou ça. Il ne pouvait pas rester où il était? Le serviteur a ajouté que c'était parce qu'il était en bonne santé qu'on faisait la fête. Il est vraiment bizarre mon père. C'est un adulte mon frère, ce n'est plus un bébé dont il faut s'occuper et se réjouir parce qu'il n'est pas malade. Mais mon père, il a toujours, quoique j'en dise, été attentif à cela: que nous soyons en bonne santé. Un peu comme une mère, mais c'est normal parce que notre mère elle est morte quand nous étions très jeunes et le père a dû s'occuper de nous.

 

J'ai jeté un coup d'œil et j'ai vu que mon frère, il était habillé de neuf des pieds à la tête; sa barbe était bien taillée et ses cheveux aussi, et mon père avait l'air très heureux. Moi, si j'avais été lui, je ne l'aurais pas laissé rentrer, je l'aurais envoyé loger avec les ouvriers; et en plus, je l'aurais eu sous mes ordres - et je lui en aurais fait baver. Et je dois dire que la colère montait en moi, et j'avais l'impression que ça allait exploser. 

 

Là dessus mon père est venu vers moi. Ce qui m'a frappé, c'est qu'il avait rajeuni, comme si des années l'avaient quitté. Je lui ai dit que je ne comprenais pas qu'il fasse la fête pour mon frère, qui s'était quand même très mal comporté, qui est la honte de la famille; alors qu'à moi, il ne m'a jamais proposé de faire la fête avec mes amis. Et ma colère était là. Et moi, pas question de festoyer avec eux, de faire la fête. 

 

Et à ce moment là, quand ma colère était à son comble, quand j'avais -de fait - envie de rentrer pour foutre mon frère dehors, il a eu une phrase qui m'a retourné et qui a fait tomber ma colère. 


Il m'a dit "mon enfant". Et cela ça fait des années qu'il ne m'appelle plus comme cela. 


Et il y a eu un silence après ce "mon enfant". Puis il a ajouté: "Tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi". Ces mots là, ils ont résonné en moi. Tout ce qui est à lui est à moi. Sauf que je ne le savais pas, parce qu'il ne me l'avait jamais dit. Cela veut dire aussi que je n'ai peut-être pas à travailler comme une bête, mais que je peux trouver mon bonheur autrement. Servir oui, mais pas comme un esclave, parce que ce n'est pas ce qu'il demande. J'avais imaginé des choses sur ce qu'il attendait de moi, et du coup, je vivais avec une colère permanente en moi. Et là, la colère est partie. 

 

Alors quand il a ajouté qu'il fallait se réjouir et festoyer parce que mon frère qui était mort était revenu à la vie, je crois que j'ai compris ce qu'il voulait dire. En partant, la colère qui était en moi, elle m'a fait revenir à la vie.

Pour mon petit frère, je ne sais pas, mais si mon père dit qu'il est revenu à la vie, c'est qu'il sait ce qu'il dit et que du coup je pourrai faire la paix avec lui, le petit, et aussi avec moi et avec ma rancœur. 

mercredi, mars 03, 2021

Matthieu 20, 24 "les dix autres s'indignèrent contre les deux frères".

J'ai déjà écrit un texte à partir de cet événement, raconté par Matthieu au chapitre 20. Il s'agit de la demande de la mère des fils de Zébédée, Jacques et Jean, pour qu'ils aient une place de choix dans le royaume. Il s'agit bien du royaume, de ce lieu dont on ne sait pas grand chose, mais qui doit advenir. 


Le texte précédent - Zébédée https://giboulee.blogspot.com/2013/02/madame-zebedee.html - m'a semblé un peu chaotique à la relecture. 


Le texte d'aujourd'hui se veut plus lisse, et centré sur la manière dont Jésus se montre un véritable Rabbi, qui sait utiliser la moindre chose pour permettre à ses disciples de grandir; et de comprendre que, comme lui, celui qui veut être grand doit devenir serviteur. 

 


Madame Zébédée raconte... 

 

Moi, le Jésus, je le connais depuis longtemps, enfin depuis qu'il est venu à Capharnaüm et que mes fils ont tout laissé en plan pour le suivre. Alors il est un peu comme un fils pour moi, et souvent je pense à sa maman, qui n'est pas avec lui tous les jours. Elle doit s'en faire du mauvais sang. Sous la pression de la famille, elle est même venue pour qu'il rentre à Nazareth, mais ça n'a pas marché. Ils en ont vu des choses mes fils, depuis qu'ils sont partis avec lui.

 

Là, il y a quelques jours, ils  m'ont raconté que Jésus est allé avec eux et avec Simon sur une montagne; et que là, devant eux, il est devenu lumineux. C'est le mot qu'ils ont employé: comme le visage de Moïse était lumineux car il reflétait la Gloire de Dieu. Mais lui, c'était tout entier, comme s'il était une sorte de diamant étincelant.

 

Ensuite Moïse et Elie leur sont apparus, eux aussi resplendissants de cette lumière. Ils parlaient de ce qui allait arriver, de quelque chose qui se passerait à Jérusalem. Et Pierre, qui comme toujours a besoin de faire le malin, a demandé à Jésus s'il ne devrait pas leur construire trois tentes; comme si on pouvait les mettre sous cloche! Il a reconnu ensuite qu'il ne savait pas trop ce qu'il disait. 

 

Mes fils à moi, eux, se sont tus. Je pense qu'ils étaient sous le choc, complètement retournés. 

 

Puis une nuée, un nuage d'ombre et de lumière, est venu recouvrir le lieu où ils étaient; et ils ont entendu une voix très douce, un peu comme le murmure que le prophète Elie avait entendu lorsque la brise légère s'était levée sur le Mont Horeb, qui leur disait que Jésus était le Fils bien-aimé du Dieu de notre peuple, et qu'il fallait l'écouter. L'écouter, ouvrir les oreilles du cœur, et faire ce qu'il dirait. 


Ensuite Jésus leur avait dit quelque chose, mais ça, ils n'avaient pas le droit d'en parler. Bon ça m'énerve un peu les cachotteries, mais c'est comme ça, et Jésus c'est le Patron.

 

Quand ils m'ont raconté cela, je me suis dit qu'ils avaient bien de la chance. Déjà ils avaient été les seuls à assister à la résurrection de la fille de Jaïre; et alors là, voir ça, sûr qu'ils auront un bel avenir!

 

Et ils ont pris la route qui monte à Jérusalem. Je dois dire que ça m'ennuie. Déjà en Galilée, beaucoup lui en veulent et veulent sa peau, mais à Jérusalem... Et il a pris les Douze à part. Je me suis approchée en douce, et j'entendu qu'il leur disait que les religieux allaient l'arrêter et le livrer aux païens, et que ceux-ci le mettraient à mort. Mais qu'il reviendrait à la vie le troisième jour... Revenir à la vie?... Qu'est ce qu'il veut dire?  Mais si ça doit se finir comme ça, cela m'inquiète énormément. 

 

Alors je me suis dit que c'était le moment de demander quelque chose pour mes garçons. Après tout, si Jésus allait avoir des ennuis, peut-être qu'eux aussi en auraient; mais d'un autre côté comme il parle de son royaume, peut-être que là, mes fils pourraient avoir un grand rôle, une belle récompense d'avoir tout quitté. 


Je me suis prosternée devant lui. Il m'a demandé ce que je voulais: et je lui ai dit que je voulais que mes fils aient des places de choix dans son royaume, l'un à sa droite et l'autre à sa gauche. 

 

Vu la tête qu'il a faite, je me suis rendue compte que j'aurais du me taire. Il ne m'a pas regardée; il s'est tourné vers mes fils en leur demandant s'ils se rendaient compte de ce qu'ils demandaient, s'ils seraient capables de boire la même coupe d'amertume qui l'attendait. Ils ont dit que oui. Jésus semble avoir été content de leur réponse, mais il a ajouté que les places honorifiques, ce n'était pas de son ressort. 

 

Là-dessus les autres ont commencé à crier sur mes fils, et comme ils sont "grandes gueules" ça montait pas mal, ça se disputait ferme; pourtant, c'était moi qui avait demandé, pas eux. Jésus est intervenu; et comme souvent, et en cela je l'admire, il s'est servi de ce qui était en train de se passer pour leur faire comprendre quelque chose que moi, je n'avais pas imaginé. 

 

Il leur a dit que celui qui désirait être le plus grand... ne devait pas commander, mais se mettre au service du groupe, et même être comme un esclave. Vous vous rendez compte? Et il a ajouté que lui, lui qui se nomme le Fils de l'Homme, il n'était pas venu pour être servi comme un prince, mais pour servir comme un serviteur tout simple. Et là j'ai pensé à ce que le prophète Isaïe a écrit; et en particulier à ce récit du serviteur, méprisé de tous.


Jésus a alors ajouté qu'il était celui qui allait donner sa vie en rançon pour les multitudes; et là j'ai un peu compris qui il était: le Serviteur, celui qui va changer le monde, et qui va lui permettre de réfléchir la Gloire du Très Haut.

  

mardi, février 09, 2021

Marc 7, 1-23. la question du pur et de l'impur.

 Le chapitre 6 de Marc, se termine par la première multiplication des pains et la marche de Jésus sur la mer. La lecture liturgique fait ici un saut: on passe des miracles à ce que dit Jésus. Jusque là, dans cet évangile, peu de discours sont rapportés, mais on sait que les scribes et les pharisiens sont à l'affût. On peut penser qu'ils sont allés à Jérusalem pour parler de cet homme, qui ne dit pas être le Messie, mais qui dit et fait des choses étonnantes. Et ce sont eux, ces hommes de Jérusalem, qui vont lancer la première flèche: "Tes disciples ne se purifient les mains avant de se mettre à table, et tu les laisses faire. Quel Maître es-tu donc, si tu ne leur fait pas respecter la tradition des anciens". Et le débat s'instaure, et Jésus leur clôt le bec: ce sont les versets du texte de ce matin (Mc 7, 1-14). Puis dans un deuxième temps, mais Jésus est coutumier de cette manière de faire, il utilise ce qui vient de se passer pour donner un enseignement: et c'est ce qu'il dit sur le pur et l'impur. Ce ne sont pas les aliments qui rendent impur, mais bien ces pensées qui rongent le coeur de l'homme, qui le divisent (ce qui est bien la question du pur et de l'impur), et qui le coupent de l'amour. 

Et j'ai voulu laisser Jésus lui-même raconter...


Jésus raconte.

Quand je les ai vus arriver, avec leur air coincé (pardon pour ce jugement), je savais bien qu'ils allaient me chercher des noises. Je sais que les pharisiens qui vivent en Galilée ont peur de ce que je raconte, peur de mes miracles, et de mes guérisons. Ils disent même que c'est avec l'aide du prince de démons que je guéris, et rends la vie. Ils veulent ma peau, et ils l'auront un jour... Mais aujourd'hui, comme mes disciples ne s'étaient pas lavé les mains avant de prendre le repas bien mérité - car souvent il y a tellement de personnes qui vont et viennent pour se faire guérir qu'il est impossible de prendre le temps de se restaurer, ils sont venus avec leur bec enfariné, me demander pourquoi mes disciples ne respectent pas la tradition des anciens. Alors là, mon sang n'a fait qu'un tour. Comment opposer la tradition des anciens à la Loi donnée par Moïse...

 

Je sais bien que se laver les mains au moment du repas, c'est signifier qu'on entre dans une autre dimension, celle du partage, de l'hospitalité, et que mon Père est présent. Mais tant que moi, je suis avec mes disciples, ils sont purifiés; sauf que cela, jamais ils ne le savent pas. Quand je suis avec eux, leur cœur n'est plus partagé, ils font corps avec moi, ils font corps ensemble, ils ne sont pas dans la division mais dans la pureté.

 

Alors je me suis servi des paroles du prophète Isaïe pour qu'ils comprennent - parce que si je m'appuie sur la Parole, ils ne pourront rien faire contre moi: qu'ils servent mon père non avec leur cœur, mais du bout des lèvres. 


Puis je leur ai montré combien cette tradition pouvait être perverse. Mon Père, par Moïse, a dit qu'ils devaient honorer leur père et leur mère; et eux, ils poussent leurs disciples à donner leur argent pour le Temple et ainsi à laisser leurs parents dans le besoin. Et ils n'honorent plus leur père et leur mère; ils les poussent à devoir mendier. 

 

Ils sont partis, mais ils étaient très en colère. 


En fait moi aussi je l'étais, mais j'étais surtout triste, et j'ai peur que leur enseignement ne fausse complètement le jugement de ceux qui les écoutent. Alors je me suis adressé à ceux qui étaient là, qui avaient assisté à cette petite scène. Je voulais leur faire comprendre que le pur, c'est autre chose. 


Un jour mon pauvre Pierre aura une vision où il verra sur une grande nappe des animaux de toute sorte, des purs et des impurs (Moïse a développé tout cela) et une voix lui dira d'immoler et de manger; il se récriera en disant qu'il n'a jamais mangé d'animaux impurs. Et la vision lui fera comprendre qu'il n'a pas à appeler impur ce que mon Père appelle pur; et il ira vers ceux qui sont appelés les païens. 


Mais moi aujourd'hui, je voulais qu'ils comprennent que ce qui rend impur, séparé de mon Père, ce n'est pas ce qui pénètre par la bouche, parce que cela ne demeure pas en l'homme, mais c'est ce qui sort du cœur: ces paroles d'envie, de haine, d'orgueil.


 Qu'ils comprennent que dans le cœur de l'homme, il y a ce mauvais, cette présence du mal; et que se débarrasser de cela, c'est autrement difficile que de s'abstenir de manger certaines choses, ou de se laver les mains. Et qu'ils comprennent que moi je suis venu pour qu'ils deviennent purs à l'intérieur d'eux-mêmes; que je peux leur donner cela. 


De même que les lépreux qui me touchent sont purifiés, sans que pour autant je sois contaminé, de même s'ils se laissent toucher par moi, si leur cœur de pierre se laisse toucher, alors ils auront en eux un cœur de chair, un cœur purifié et rempli de mon amour. 


Mais la route est encore longue avant que même mes disciples le comprennent.

 

mardi, janvier 12, 2021

Marc 1,14 "Tu es mon fils bien-aimé, en toi je trouve ma joie".

Comme souvent, je sursaute en lisant ou en écoutant la traduction proposée par la Bible de la Liturgie. Dans mon souvenir, c'était "j'ai mis toute ma complaisance", ce qui n'est pas tout à fait la même chose. 

J'ai alors comparé ce qui est retenu par les différents évangélistes, et cela donne le tableau suivant:

Matthieu 3, 16-17

Marc 1, 14

Luc 3,22

Jean 1, 22

16 Dès que Jésus fut baptisé, il remonta de l’eau, et voici que les cieux s’ouvrirent; il vit l’Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui.


17 Et des cieux, une voix disait: « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il y eut une voix venant des cieux :
« Tu es mon Fils bien-aimé ;

en toi, je trouve ma joie.»

 

22 L’Esprit Saint, sous une apparence corporelle, comme une colombe, descendit sur Jésus,

 

 

 


et il y eut une voix venant du ciel : « Toi, tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie. »

 

 

32  Alors Jean rendit ce témoignage : « J’ai vu l’Esprit descendre du ciel comme une colombe et il demeura sur lui. »

 

 

Le mot joie, ce qui est cohérent, se trouve donc dans les synoptiques, mais cela me laissait un peu sur ma faim. 

La Bible de Jérusalem, elle, dit "faveur". Pourtant si on se réfère au grec, ce serait bien "complu". Et se complaire, cela renvoie au livre d'Isaïe, dans le deuxième chant du serviteur: "Voici mon serviteur, mon élu en qui je me complais. En lui (ou sur lui), j'ai mis mon esprit.

Alors il m'est venu l'envie de laisser Dieu raconter, mais avec le mot proposé aujourd'hui, à savoir "la joie"...

Dieu raconte. 

 

"Moi, dit Dieu, je n'aurais jamais pensé utiliser une parole de ces cantiques que j'ai mis dans la bouche de ceux qui venaient à Jérusalem pour me célébrer et pour célébrer la construction des murailles et de mon Temple. Après l'exil, quand ils sont revenus chez eux, quand mon Temple a été enfin reconstruit, je peux imaginer leur joie. Arriver après un longue marche, et contempler le lieu de ma Présence: "O ma joie quand on m'a dit 'allons à la maison du Seigneur'. Enfin nos pieds s'arrêtent, devant tes portes Jérusalem". 

Cette joie, je l'ai goûtée aujourd'hui...  C'est une manière de parler mais c'est pour que vous compreniez un peu …

 

Quand mon fils, mon bien-aimé, a pris place, là où Jean-Baptiste baptisait, parmi ceux qui voulaient reconnaître publiquement leur péché et changer de vie, je savais bien qu'il n'avait rien à faire là. Seulement il représente aussi mon peuple, car il s'est fait homme au milieu des hommes; et mon peuple, oui, il a bien besoin d'ouvrir ses yeux. Et pourtant, je sais qu'il ne le fera pas. 


Je sais que mon bien-aimé passera par la mort, mais c'est le prix à payer pour que le monde, et pas seulement Israël, soit sauvé. C'est un combat à mort qui se livre contre le Mal. Mais aujourd'hui je l'ai équipé pour le début de ce combat, pour qu'il révèle que j'aime mon peuple, que j'aime la terre que j'ai créée, que j'aime les hommes. 

 

Jean, quand il l'a vu, et pourtant il ne le connaissait pas, lui a dit qu'il ne voulait pas faire ce geste sur lui, que c'était lui, Jean, qui aurait dû, comme Naaman le Syrien, entrer dans les eaux du Jourdain et être purifié: parce que tout prophète qu'il est, il commet aussi des fautes, même s'il ne fait pas exprès.


Jean a une manière étonnante de parler de mon Fils...

Pourquoi dit-il de lui qu'il sera une sorte de justicier, alors qu'il sera Amour! Et l'Amour ne détruit pas. En même temps, c'est cela que le peuple a besoin d'entendre. Alors il a fait ce qu'il devait faire et dire, mais peut-être pas comme ça. 


Mon fils a été immergé dans les eaux; et les eaux, vous savez tous que c'est le symbole du mal, des forces qui veulent dominer et détruire. Je sais que Jean a maintenu la pression longuement sur la tête de mon fils, qui a presque perdu le souffle, comme il le perdra un jour, totalement, mais ce sera autre chose.

 

Je voulais que cet instant soit pour lui, mon Bien-Aimé comme une naissance, alors j'ai mis en lui comme un nouveau souffle, qui a pris la forme d'une colombe: pour dire que des cieux nouveaux et une terre nouvelle étaient là. 


J'ai ouvert le ciel, mais cela, il est le seul à l'avoir vu... Les cieux se sont déchirés, et il a été comme happé entre ciel et terre, et j'ai parlé. Ma voix ne crie pas dans le désert pour demander la conversion, ma voix est là pour qui veut l'entendre, pour qui a des oreilles ouvertes. Alors Jean aussi a entendu; il a entendu que je disais qu'en cet homme là, qui est bien plus qu'un homme, je mettais toute ma joie. D'autres ont entendu mon amour, d'autres encore ma complaisance. Peu importent les mots; ce que mon Fils, et ceux qui le pouvaient, devaient entendre c'est que la Joie était parfaite, et qu'elle allait s'enraciner en lui, pour pouvoir se déverser sur le monde entier.

 

La colombe, Jean l'a vue. Et il a alors vraiment compris, connu, su, que celui qui venait d'être immergé par lui dans les eaux du Jourdain était l'agneau, qui serait offert pour permettre enfin aux hommes de connaître que Dieu donne aux hommes ce qu'il y a de plus précieux pour lui, et leur manifeste ainsi son amour. Mais comprendront-ils? 

 

Puis, tout est redevenu calme, paisible. Jean a continué à baptiser. Mon Fils, qui était quand même un peu secoué par tout cela, a pris du repos au bord du Jourdain, mais aussi en moi. Puis il est parti pour son premier combat contre le tentateur… 

 

Et Moi, dit Dieu, je suis dans la Joie, car il est le chemin, la vérité et la vie. Celui qui est mon Unique.