dimanche, octobre 04, 2020

Mt 21,33-43 La parabole des vignerons homicides

Dans l'évangile de Matthieu, au chapitre 21, on est à Jérusalem; Jérusalem où Jésus est entré peu de temps avant, avec un accueil somme toute assez triomphal. Pour les grand-prêtres et les anciens, qui vivent à Jérusalem, c'est la découverte de cet homme, qui enseigne dans le Temple, qui parle beaucoup, et qui en fustigeant les pharisiens, les fustige eux aussi. Par ailleurs, quand on veut le mettre en échec, ce qui permettrait à la foule, ou à des gens payés pour cela, de le lapider, ça ne marche pas. Il a toujours le dernier mot, et surtout il s'appuie sur l'écriture. On peut juste noter que, durant cette période qui va conduire Jésus à la mort, il n'y a pas de miracles, sauf peut-être celui du figuier desséché. 

 

On voit comment le conflit entre Jésus et le pouvoir se noue de plus en plus, et comment Jésus ne se fait pas des amis chez ces notables, même si certains d'entre eux (Nicodème) lui sont favorables. 


Il est assez facile d'imaginer la rage des prêtres et des anciens, à la suite des paraboles sur les deux fils, sur les vignerons homicides, et sur les invités à la noce, qui sera proclamée dimanche prochain. 

 

Alors j'ai laissé parler l'un d'entre eux, mais je me suis un peu servie des récits venant des autres évangiles.



Un prêtre ou un ancien parle

 

Mais pour qui se prend-il, celui là qui nous fait la morale? On sait qu'il vient de ce village de Nazareth, qui n'est pas le lieu d'où le Messie doit venir! Pourtant certains racontent qu'il est né à Bethléem, au temps du recensement; mais les racontars, on connaît, et nous sommes les premiers à en faire naitre. C'est sûr que s'il venait de Bethléem, la ville du roi David, il aurait l'avantage de réaliser les prophéties, mais Nazareth, ce village de Galilée, ce n'est pas de là que le Messie doit ou devrait venir. 

 

Et puis, il faut voir aussi qui sont ses adeptes. Des pêcheurs, qui ne savent même pas lire, un ancien collecteur d'impôts, des femmes - comme si les femmes ne devaient pas rester chez elles s'occuper des enfants, un zélote, et j'en passe. 

 

L'ennui, c'est que des miracles il en a fait énormément, et que beaucoup le prennent pour un prophète; ils disent même qu'il est le nouvel Elie, le prophète annoncé par notre Père Moïse; d'autres le prennent carrément pour le Messie, et il se permet de faire des guérisons le jour consacré à Dieu, le jour du repos. Il dit des choses étonnantes, que le Sabbat a été fait pour l'homme, que les péchés sont pardonnés...

 

Il en veut aux pharisiens, il leur reproche de se réfugier sans cesse derrière la loi, mais de ne pas ouvrir les yeux sur leurs frères. Et il connaît bien les écritures, même s'il n'a pas fait d'études.

 

A nous, il nous reproche de ne pas avoir entendu l'appel de Jean, de ne pas nous être convertis... Mais se convertir, ce sont ces mots que nous répétons à longueur d'années dans les psaumes; et qui sont devenus vides de sens pour nous. Et voilà qu'aujourd'hui, il s'affirme comme étant le Fils de Dieu. Il ne se prend pas pour rien, cet homme qui parle avec cet affreux accent de Galilée. 

 

Mais le mettre à mort, pour qu'il se taise, qu'il cesse ses critiques, qu'il cesse ses miracles, qu'il cesse de s'affirmer être l'envoyé du très haut, le fils du très haut, ce ne sera guère facile; à moins de trouver quelqu'un parmi les siens qui pourrait nous dire où il se cache; parce qu'il disparait facilement, et que comme il a beaucoup d'adeptes qui peuvent le cacher, on ne sait jamais où il est. 


L'arrêter dans le Temple n'est pas possible, il y a trop de gens qui viennent écouter son enseignement où il dit que les petits, les pauvres, les publicains seront les premiers dans le royaume de celui qu'il appelle son père. 

 

Alors oui, on va trouver un moyen pour le faire disparaître, quitte à utiliser la force romaine pour cela; car il est un agitateur, il a chassé les vendeurs qui étaient dans le temple, il a refusé de faire lapider une femme adultère, il parle avec les samaritains et il nous critique sans arrêt. Et qu'il ne s'imagine pas être la pierre angulaire: nous allons la casser en petits morceaux cette pierre, et même Dieu, Béni soit-il, ne pourra pas la restaurer. 

 

Alors, pour le moment, faisons semblant de l'écouter, mais au moment voulu, nous aurons sa peau, ses adeptes se disperseront, et nous serons tranquilles. Puisque nous avons le pouvoir, c'est que nous le méritons et que Dieu est avec nous. Lui, il n'a rien et il n'aura rien, c'est un pauvre qui veut nous faire la morale. A nous la gloire, à lui la mort. 

 

La seule chose, c'est qu'il a dit qu'il serait mis à mort, mais qu'il reviendrait à la vie. Alors ça, à d'autres... Et nous ferons tout pour étouffer cela dans l'œuf.

 

Oui, la vigne nous appartient, nous en faisons ce que nous voulons, nous gardons son fruit; et notre nation vivra éternellement, quoi que que raconte ce Galiléen.

 

dimanche, septembre 20, 2020

Matthieu 20 1-16. Les ouvriers de la onzième heure

"Beaucoup de premiers seront derniers et beaucoup de derniers seront premiers". 

 

Cate phrase termine le chapitre 19 de l'évangile de Matthieu. A Pierre, qui demande quelle récompense auront ceux qui ont tout quitté pour le suivre, Jésus donne une réponse curieuse: d'abord il annonce que celui qui aura tout quitté pour le suivre recevra le centuple, et surtout aura la vie éternelle; ce qui peut sembler satisfaisant. Mais il y a cette petite phrase: "Beaucoup de premiers seront derniers, et beaucoup de derniers seront premiers", qu'à mon avis on interprète un peu de travers dans un sens moralisateur du moins pour nous. Les derniers appelés à la mission, sont toujours les ouvriers de la onzième heure, et alors... Bien sûr on peut parler de gratitude de notre part de savoir que beaucoup auront la même récompense que les "anciens", mais chacun supporte le poids du temps à sa manière. Et ce qui compte c'est le "beaucoup". Pas tous, mais beaucoup. Et là c'est l'abondance qui se dit. On sort de la rétribution pour aller ailleurs; cet ailleurs est bien la bonne nouvelle. 

 

Cette petite phrase notée ou rajoutée par Matthieu, et qui en quelque sorte encadre la parabole qui suit, permet de comprendre que dans le Royaume il y aura des inversions, que cela ne marche peut-être plus au mérite, mais à la mise en route, au changement. On connaît la réponse de Jésus au bandit crucifié en même temps que lui et lui, on peut bien le considérer comme un ouvrier de la dernière heure!


 

Dans cette parabole, il est question d'une vigne. 


Dans la Bible, la vigne c'est le domaine du Dieu, c'est Israël. Alors, dans une première approche, vendanger cela permet de faire le vin des noces, noces de la rencontre entre le Très Haut et l'Humanité, parce qu'avec Jésus, du moins dans les évangiles, il y a un changement de perspective. Et le vin, il est composé d'une multitude de grains; et parfois ce peut être un grain (un autre cépage) qui fait la différence. Alors peut-être que celui qui arrive en dernier donne au vin son goût particulier.

 

Maintenant c'est vrai aussi, et je viens de le lire dans un commentaire sur cet évangile, que nous sommes temporellement les ouvriers de la onzième heure, comme on disait autrefois, parce que nous sommes les derniers appelés. Sauf que nous ne savons pas quand aura lieu le Retour et s'il y en aura d'autres qui viendront après nous. 

 

Alors il n'y a pas à se battre la coulpe d'être dans ce temps là. 


Mais si on pense que Jésus s'adresse certes à ses disciples, mais aussi à d'autres tels que les pharisiens, qui depuis un certain nombre d'années se battent pour que le nom de Dieu soit respecté et sanctifié, pour que le règne de Dieu arrive (les jeûnes et les prières, c'est aussi pour cela), alors oui, ils peuvent trouver anormal que les disciples de Jésus (et parmi eux il y a des publicains, des prostituées, bref des pêcheurs) aient comme eux la vie éternelle. Ils se considèrent comme les premiers, et c'est aussi à eux, autant qu'à nous aujourd'hui, que Jésus s'adresse. Faire de bonnes choses, c'est bien, mais ce n'est pas cela qui ouvre le royaume. On aura peut-être de sacrées surprises de l'autre côté… Alors ne soyons pas surpris… Il y a des personnes que nous jugeons pas bien et qui pourtant seront - si on accepte la notion de classement (ce que je n'aime pas) - bien mieux classées que nous, après l'examen de passage qu'est la mort.

 

 

Maintenant si on relit cette parabole, on peut aussi penser à la joie de ceux de la dernière heure... Et c'est ce que j'ai voulu exprimer, parce que ces laissés pour compte, en étant embauchés, retrouvent une dignité; et c'est bien là le travail de restauration que fait en chacun l'Esprit saint, à un moment où à un autre.

 

 

 

C'est un de ceux de la dernière heure qui raconte, à sa manière.

 

Si vous aviez vu la tête des autres...


Nous, et là je veux dire moi et mes amis, qui sommes considérés comme des fainéants - et c'est vrai que le travail, surtout la vendange, ce n'est pas trop notre truc-

 on a reçu le même salaire que ceux qui avaient été embauchés dès le petit matin! 


Mais il fallait voir aussi notre tête: parce que le Maître n'avait pas parlé vraiment de salaire. Un denier, vous vous rendez compte? Avec un denier on allait pouvoir payer un peu nos dettes, acheter des figues, acheter des choses que nous ne mangions plus depuis longtemps, et rentrer chez nous les mains pleines.

 

Je vous raconte. 


Le maître de ce domaine là, il aime bien savoir qui il fait travailler chez lui, et il ne laisse pas son intendant se charger de l'embauche. Il sait que le travail est rare par ici, alors quand la vigne a donné son fruit, il embauche. Bon ça, on le sait, mais comme j'ai dit, c'est dur... Bref, au petit matin, il va sur la place du village, il demande aux hommes qui sont là s'ils veulent travailler à sa vigne. D'après ce que je sais, ils aiment travailler, ils aiment vendanger, ils sont même habiles. Un salaire a été fixé un denier pour la journée. C'est un bon salaire, même si la journée va être longue pour eux. Le travail de vendangeur ce n'est pas rien, mais le soir il y a le repas partagé, et surtout le gout du jus du raisin pressé.

 

Alors ils ont convenu d'un salaire et ils sont partis travailler. Puis le maître est revenu à la troisième heure. Il y avait à nouveau des hommes qui attendaient. Il les a embauchés, sans dire le salaire: il a dit "le juste prix". Ensuite, vous n'allez pas me croire, mais il est revenu au moment des heures les plus chaudes, à midi et à trois heures. Il veut vraiment que tout le raisin soit cueilli. Puis il a vu que du raisin il en restait encore et il est revenu et c'est là qu'il nous a trouvés. Il nous a demandés d'un ton pas très aimable pourquoi nous étions là, à attendre on ne sait trop quoi. Et il nous a dit d'aller à sa vigne. Et on s'est mis à cueillir ce qui restait, mais aussi à ramasser le bois mort, et faire du propre..

 

Le temps a passé, et celui qui devait nous payer est arrivé, l'intendant. Il nous a appelés en premier; on s'attendait à quelques grappes et peut-être quelques pièces, mais il nous a donné à chacun une pièce d'un denier. Nous n'en croyions pas nos yeux. 

 

Puis il a appelé ceux de la neuvième heure, puis ceux de la sixième heure, et il a fini par ceux qui avaient été embauchés au petit matin. Et à ceux là, il a donné une pièce d'un denier, comme à nous tous. Alors là, il y en a un qui s'est mis à ronchonner. En général quand ça ronchonne, le Très Haut n'aime pas, souvenez vous de ce qui se passait dans le désert à la sortie d'Egypte. Et le maître est arrivé, pas trop content. Il lui a demandé pourquoi il se sentait lésé, puisqu'un contrat avait été passé. Et il a dit une phrase qui résonne encore dans mon cœur: "Pourquoi ton regard est-il mauvais, alors que moi je suis bon". Bon c'est ce que dit le très Haut quand il crée la lumière, quand il sépare les eaux d'en bas avec les eaux d'en haut, quand il crée les animaux, quand il crée l'homme. Alors croyez moi ou pas - cela n'a pas d'importance - mais moi, ce n'est pas tant cette somme que je n'avais pas vraiment méritée qui m'a rendu heureux, mais cette parole. 

 

Moi aussi, je veux que désormais mon regard devienne bon, pour que je sois à l'image et à la ressemblance du Créateur. Je suis heureux, et je travaillerai toujours pour ce maître qui est juste parce qu'ill est bon, et qui est capable de nous transformer au dedans de nous, de changer notre regard. Je suis heureux d'avoir été un dernier et peu importe si je deviens premier ou pas; ce n'est pas cela qui compte, c'est que mon regard devienne autre, que mon regard ne soit pas dans la comparaison ou la jalousie, que je cesse de récriminer, parce que récriminer, je connais; mais que tous les jours de ma vie, je me laisse prendre par cette parole. Le regard du maître de la vigne est un regard de bonté et d'amour, qui voit au-delà et qui permet aux derniers de devenir comme les premiers.


mardi, septembre 08, 2020

Luc 6, 6-11. Guérison de l'homme à la main desséchée.

La guérison de l'homme à la main "desséchée". Lc 6,6-11

 

On trouve le même récit chez Marc (Mc 3,1-5) et chez Matthieu (Mt 12,9), mais à des endroits différents. Chez Luc cet épisode, qui se trouve au début de la vie publique, suit celui des épis, non pas "arrachés" mais "froissés", montre clairement le dialogue de sourds qui s'installe entre Jésus et les pharisiens. Cette guérison est ici suivie par la création du collège des apôtres. 


Chez Marc, ce texte est aussi suivi de l'appel des Douze, et c'est chez lui que l'on trouve ce commentaire sur le regard que Jésus porte sur ceux qui veulent lui faire du mal: "un regard de colère, navré de l'endurcissement de leur cœur" J'ai écrit un billet sur ce texte:   https://giboulee.blogspot.com/2018/01/etends-ta-main-mc-35.html


Quant à Matthieu, au chapitre 12, les apôtres ont été nommés, et on arrive à ce tournant où les pharisiens discréditent Jésus et parlant d'une alliance avec le Mauvais, ce qui fera réagir Jésus avec beaucoup de vigueur. 

 

Ayant travaillé avec des personnes I.M.C., "infirmes moteurs cérébraux", que ce handicap soit lié à des séquelles de naissance ou à des séquelles d'accidents cardio-vasculaires (AVC), je peux dire que lorsque le membre supérieur est lésé, la main prend une position anormale, légèrement recroquevillée sur elle-même; qu'arriver à détendre est très difficile. C'est une main raide, qui ne se laisse pas faire, une main morte, une main qui a perdu toute vigueur, une main desséchée, un peu comme une feuille morte. 


Cette main, bien souvent il faut la cacher, d'autant qu'elle n'est pas ou peu fonctionnelle. Une jeune fille dont je me suis occupée un certain temps disait de cette main, qu'elle refusait de montrer, qu'elle était "pourrite"; cette main, elle la cachait dans la manche de son pull-over, hiver comme été. Et je me suis rendue compte qu'elle-même se voyait comme cette vilaine main, cette main pas belle: bonne à jeter aux ordures! 

 

Alors, quand j'entends lire cette péricope, c'est d'abord à cela que je pense: vivre avec une main toute pourrite. Lorsque Jésus demande à cet homme de se lever, d'aller au milieu de l'assemblée, j'ai toujours pensé que Jésus lui demandait quelque chose de difficile - devenir le centre des regards, être regardé - mais aussi qu'il le sortait de son statut d'infirme, statut qui à l'époque était souvent un statut de pécheur. Le verbe utilisé dans la traduction AELF, "il se dressa", montre bien me semble-t-il ce qui se passe pour cet homme, qui n'a peut-être pas demandé à venir là, mais qui est censé servir de piège pour Jésus, donc être un instrument de mort; et qui en se dressant, un peu comme un un étendard, se sent vivant... 

 

C'est cela que j'ai voulu mettre en évidence en laissant parler cet homme. 

 

Mais on peut aussi faire un lien avec la vision des ossements desséchés qui reprennent vie (Ez 37), car il en va de même pour cet homme, qui reprend vie, même s'il n'y a pas de paroles de guérison explicitement prononcées. Les mots "étends ta main", (montre ta main à tous), montre alors la puissance de vie qui est en Jésus. La main devient vivante grâce à la présence de celui est rempli de la force de l'Esprit.

 

L'homme infirme raconte

 

En général, moi je ne vais pas à la synagogue pour le shabbat. Depuis qui j'ai eu cette crise qui a pris ma main, et un peu aussi tout mon côté droit, je n'aime pas me montrer. 


Ma main, je la cache et moi aussi je me cache, parce que je sais bien ce qu'ils disent de moi, les bien-pensants; que j'ai fait quelque chose de mal et que le Très-Haut m'a puni. Sans ma main droite, je ne peux pas faire grand chose… Je suis dépendant des uns et des autres. Certains me font l'aumône, alors je n'ai pas pu refuser quand ils m'ont dit de venir pour prier et écouter les textes. 

 

Ce qu'ils ne m'avaient pas dit, c'est que Jésus, le nouveau prophète, serait là. Alors j'ai compris qu'ils se servaient de moi pour lui tendre un piège. On n'a pas le droit de travailler ce jour là, et pour eux la guérison est un travail. Je pense que cette manière de voir est fausse, mais eux, ils sont comme ça. Du coup je me suis installé tout au fond, comme pour disparaître, ne pas être vu. 

 

Et Jésus était là. Il enseignait. Il parlait justement du livre de Daniel, la vision des ossements desséchés. Et il disait que le souffle de l'Esprit était là aujourd'hui, et qu'il pouvait donner vie à ce qui semblait mort. Quand il a eu fini de parler, son regard a balayé l'assemblée, et s'est arrêté sur moi. Il m'a demandé de me lever, et me mettre au milieu. Alors, malgré ma main bien cachée dans la manche de mon manteau, il a dû la voir, ma main desséchée. Et quelque chose en moi s'est mis à espérer. 


Et moi, qui étais tassé sur moi-même, je me suis redressé, je me suis dressé fièrement (et il y avait longtemps que ça ne m'était pas arrivé), et je suis allé auprès de lui au centre. 

 

Je me demandais ce qu'il allait dire, me dire, je pensais à quelque chose comme" ta main est guérie".


Mais il ne s'est pas adressé à moi, il a demandé aux autres si c'était permis de faire le bien le jour du sabbat, de sauver une vie. Personne n'a répondu; moi j'avais envie de hurler: "Tu as le droit de me guérir, tu as le droit de me sauver, parce que moi je ne vis plus depuis que ma main est morte!" 

 

Le silence était pesant. Je sentais bien qu'il était malheureux, qu'il aurait voulu que ceux qui se disent des pratiquants sortent de leur paralysie mentale. Il s'est tourné alors vers moi, et m'a dit de tendre ma main. Mon Dieu, qu'est ce que j'aimerais la tendre cette main! J'ai déplié mon bras, et ma main a repris sa souplesse, elle est redevenue vivante, elle est devenue légère, elle est devenue chaude, elle était ma main... 

 

Il n'a rien ajouté. Il est parti sans se retourner, sans me regarder. 


Moi je suis resté sur place. Et tout d'un coup, je me suis senti des ailes. Je suis sorti aussi, j'ai couru après lui, je l'ai invité chez moi. Et lui, et certains de ceux qui vivent avec lui, sont venus; et ma maison s'est remplie de rires, et ma maison est redevenue vivante; et ma femme a retrouvé elle aussi le sourire, sans parler de mes enfants.

 

La vie qui est en lui, il nous l'a donnée. Que Dieu soit béni.


vendredi, août 07, 2020

Transfiguration, Mt 17, 1-9: "Ne parler de cette vision à personne avant que le fils de l'homme soit ressuscité d'entre les morts".

 

Quand on lit attentivement les trois textes qui parlent de cet événement, que seuls trois apôtres ont vu, Pierre, Jacques et Jean - les mêmes qui avaient pu assister la "ressuscitation" de la fille de Jaïre (Lc 8,41-56) - on se rend compte que ces trois hommes ne doivent pas en parler avant que Jésus ne ressuscite. 

 

Dans tous les cas, cette "vision" est suivie par guérison de l'enfant épileptique. Quant au contexte, on peut dire, malgré les différences, que cette vision vient après la première annonce de la passion et la réaction de Pierre qui se fait traiter de Satan comme quelqu'un qui vient entraver le projet du salut, ou des disciples qui sont décontenancés.

 

Matthieu 17

Marc 9

Luc 9




09: En descendant de la montagne, 

 

Jésus leur donna cet ordre : « Ne parlez de cette vision à personne, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts. »

 

 





09 Ils descendirent de la montagne, 

 


et Jésus leur ordonna de ne raconter à personne ce qu’ils avaient vu, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts.

 

10 Et ils restèrent fermement attachés à cette parole, tout en se demandant entre eux ce que voulait dire : « ressusciter d’entre les morts ».

 

36 Et pendant que la voix se faisait entendre, il n’y avait plus que Jésus, seul.

 

 

 

 Les disciples gardèrent le silence et, en ces jours-là, ils ne rapportèrent à personne rien de ce qu’ils avaient vu.

 



 

J'ai toujours considéré cet épisode, qui est une sorte de théophanie, comme un tournant dans la vie de Jésus. À partir de ce moment là, Jésus prépare ses disciples à ce qui va se passer et qui les conduira à voir un homme défiguré, à peine reconnaissable. C'est d'ailleurs je pense pour cela que les rencontres avec le Ressuscité ont été si difficiles. Comment reconnaître, en cet homme qui vous aborde sur une route entre Jérusalem et Emmaüs, un homme "normal", sans la moindre cicatrice qui pourrait évoquer les sévices dont il a été victime. 

 

Alors la question qui s'est posée à moi, c'est "quand". Quand les trois se sont-ils résolus à en parler aux autres?

 

On sait que Pierre en parle dans une de ses lettres: 2P 1,16 En effet, ce n’est pas en ayant recours à des récits imaginaires sophistiqués que nous vous avons fait connaître la puissance et la venue de notre Seigneur Jésus Christ, mais c’est pour avoir été les témoins oculaires de sa grandeur.

17 Car il a reçu de Dieu le Père l’honneur et la gloire quand, depuis la Gloire magnifique, lui parvint une voix qui disait : Celui-ci est mon Fils, mon bien-aimé ; en lui j’ai toute ma joie.

18 Cette voix venant du ciel, nous l’avons nous-mêmes entendue quand nous étions avec lui sur la montagne sainte.

 

Ce qui est intéressant dans ce texte, c'est que Pierre insiste sur ce qu'il a entendu; au moins autant que sur ce qu'il a vu, lui qui voulait comme figer le temps en dressant ces trois tentes pour Moïse, pour Elie et pour Jésus. Alors j'ai imaginé qu'il a raconté ce vécu après la Pentecôte, car avec le don de l'Esprit, les évènements passés prenaient un autre sens; et c'est cela qu'il fallait transmettre pour que cette théophanie soit connue de tous. 

 

Pierre raconte

 

Mes frères et mes sœurs, il y a eu autrefois, et pour moi autrefois, c'est durant la vie de notre Maître, quelque chose dont il nous avait interdit de parler, à moi et aux fils de Zébédée. Vous vous souvenez peut-être qu'alors que nous étions dans la région de Césarée de Philippe; il nous avait pris avec lui tous les trois, seulement tous les trois, nous qui avions dans le passé assisté à la résurrection de la fille de Jaïre. 

 

Nous avions gravi la montagne et nous étions bien fatigués. Je pensais un peu à notre Père Moïse qui était monté sur la montagne du Sinaï, mais je ne sais pas trop pourquoi j'avais cette pensée. Nous, quand nous sommes fatigués, nous essayons de lutter, mais en général nous dormons. Lui, ça nous le savons, il prie. 

 

Alors oui, nous nous sommes endormis tous les trois, mais c'était un sommeil étrange, dormions-nous ou pas? Il y avait une petite brise, et le soleil était un peu voilé. Et voilà que tout à coup nous vu Jésus, mais un Jésus comme nous ne l'avions jamais vu. On aurait dit que son enveloppe de chair était partie et que sous cette enveloppe apparaissait un être lumineux, brillant, rayonnant, réfléchissant la Gloire qui est celle qui entoure le Très-Haut.

 

Avec cette torpeur, impossible de parler. Et nous avons vu qu'il conversait avec deux hommes qui eux ne brillaient pas de la même lumière que Lui. L'un était Moïse, l'autre Elie. Elie, nous l'avons reconnu à son manteau, Moïse aux rayons de son visage. Je crois qu'ils parlaient de ce qui allait se passer, de cette montée vers Jérusalem, mais de cela, je ne suis pas sûr.

 

Il y avait une sorte de beauté, une sorte de quiétude. Et je me suis entendu demander à Jésus s'il voulait que je dresse trois tentes, une pour lui, une pour Moïse, une pour Elie. J'aurais voulu que ce temps ne s'arrête pas. J'avais à peine fini de parler qu'une nuée lumineuse est apparue, elle est descendue sur l'endroit où nous étions. Et cette nuée, elle était cette nuée qui avait guidé le peuple dans le désert autrefois, mais aussi cette nuée qui était dans la Tente du Témoignage et qui était le lieu de la Présence. 

 

Une voix douce et forte s'est fait entendre. Elle nous disait que Jésus était le fils bien aimé du Très Haut, et que le Très Haut, dont nous devinions l'infinie présence avait fait reposer en son Aimé toute sa Joie et que nous devions l'écouter.

 

Mais je crois que c'était trop… Nous ne sommes pas Moïse qui avait fait l'expérience de la présence du très Haut, dans la grotte où il s'était caché (Ex 34), ni Elie (2R 2), enlevé dans un char de feu. La crainte nous a envahis. Tous les trois nous nous sommes mis à plat ventre sur le sol, remplis de terreur. Et nous avons alors senti un contact sur notre épaule. C'était Jésus, redevenu le Jésus que nous connaissons, qui nous rassurait; mais qui nous a demandé instamment de ne parler à personne de cette vision. Il a parlé de vision, je ne pensais pas qu'une vision pouvait nous mettre dans un monde autre. 

 

Il a ajouté, que nous devions pas en parler avant que le Fils de l'Homme ne soit ressuscité d'entre les morts. Qu'est ce qu'il voulait dire? Il avait bien dit, avant que nous ne montions avec lui, que de très mauvaises choses devaient lui arriver, que le Fils de l’homme souffrirait beaucoup, qu’il serait rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu’il serait tué, et que, trois jours après, il ressusciterait, mais vu sa réaction quand naïvement je lui ai dit que je ferais tout ce qui est en mon pouvoir pour cela n'arrive, on ne lui posait plus de questions.

 

Ce que je crois, mes frères, c'est qu'il voulait que cette vision nous permette de voir, sous son visage qui allait être défiguré par les coups des soldats, par la fatigue, par la torture de la croix, le visage rempli de lumière de celui qui fait totalement la volonté de son Père, et qu'ainsi nous soyons prêts à l'accueillir quand il serait ressuscité d'entre les morts. Et ce visage défiguré, il était déjà là, au jardin des Oliviers, mais je n'ai pas su ou pas voulu le regarder; et parfois je m'en veux. Je crois qu'il aurait juste voulu que je sois là avec lui; et au lieu de cela, j'ai dormi. 

Mais vous savez combien cela a été difficile pour nous, et que ce n'est vraiment que maintenant, depuis que nous avons été baptisés dans son Amour, que nous pouvons parler de cette vision et en témoigner. 

Oui, Jésus que nous avons côtoyé sur notre terre, est bien le Fils du Très Haut, il est vrai homme et vrai Dieu. 

jeudi, juillet 23, 2020

"J'ai vu le Seigneur" Jn 20, 18

Fête de Marie Madeleine. Jn 20, 11-18

Je pensais ne plus écrire de tels textes, mais en feuilletant mon blog, j'ai vu que certes il y  avait pas mal de billets, mais que je n'avais pas laissé cette femme, qui dans l'évangile de Jean, Marie de Magdala n'apparaît qu'à la fin: Jn 19, s'exprimer. 


Il faut dire aussi que le titre de La Vie Catholique: " Marie Madeleine, fille publique est l'amie intime de Jésus" m'a fortement déplu. Que cette femme ait choisi de vivre à la manière grecque oui, mais en faire une fille de joie qui vend ses charmes, qui se vend au plus offrant, non. Vivre comme on le disait après mai 68 d'une manière libérée, ce n'est pas se prostituer.


Marie de Magdala raconte…


J'étais là quand il a incliné la tête et quand il a cessé de respirer. 
J'étais là quand Joseph et Nicodème l'ont déposé dans ce tombeau neuf, dans le jardin.
 j'étais là quand ils ont roulé la pierre après l'avoir mis dans un linceul et l'avoir entouré d'aromates. 

J'étais chez moi, durant la Pâque, attendant avec impatience que le repos du Sabbat se termine pour que je puisse m'occuper du corps de celui que j'aime. Je suis encore comme paralysée par ce qui s'est passé. Pourquoi, pourquoi?
Je sais qu'il a dit qu'il reviendrait à la vie, mais quand on l'a vu comme moi, pendre sur cette croix, comment peut-on encore espérer cela? L'agneau de Dieu est mort.. Et moi, je pleure. 

Puis, dès que les ténèbres ne sont dissipées, je suis sortie pour aller voir son corps, le toucher une dernière fois, parce que c'est le travail des femmes de faire ça, pas celui des hommes, et que je ne leur fais pas trop confiance. Ont-ils bien mis les bandelettes? Ont-ils bien posé le suaire? Et les aromates? 

En arrivant, j'ai vu que le tombeau n'était plus fermé, que la pierre avait été roulée et mon cœur s'est affolé. Qui avait roulé la pierre?

Alors prise de peur, je suis allée chercher Jean et Pierre. Ils se sont habillés à la hâte, sont venus au pas de course, et ils ont constaté que le corps avait disparu. Jean avait un sourire étonnant quand il est ressorti de cette grotte tombeau. Je n'ai pas compris. 

Ils sont partis, moi, je suis restée. Et j'avais toujours cette peur au plus profond de moi. Où est-il? 

J'étais comme paralysée devant l'entrée de la tombe, ce couloir…. Impossible de bouger, j'étais comme une statue de sel, comme la femme de Loth. Puis j'ai bougé un tout petit peu, j'ai osé regardé et j'ai vu ou du moins j'ai cru voir deux personnages assis sur la pierre sur laquelle le cadavre avait été posé. 

J'ai remarqué que l'un était assis là où se trouvait sa tête, et l'autre là où se trouvaient ses pieds. Un peu comme les anges de l'Arche de l'alliance. Ils m'ont demandé pourquoi je pleurais. Quelle question.. J'ai  pensé qu'ils étaient vraiment idiots… Qu'est ce qu'ils faisaient là eux? Qu'est ce qu'ils attendaient? Pourquoi est-ce qu'ils ne me disaient pas où était le corps de mon Seigneur. 

Alors j'ai juste dit que je  ne savais pas où on l'avait déposé, mais en moi, je pensais que quelqu'un était venu emporter le corps, pour le laisser pourrir quelque part. Et cela, ce pouvait bien être une manœuvre de ceux qui l'avaient condamné à cette mort sur la croix. Lui voler son corps, lui voler sa sépulture pour qu'il ne repose pas en paix. 

Et ça pleurait toujours en moi et mes larmes coulaient.

Je suis ressortie à l'air libre, dans le jardin, et là j'ai vu un homme, grand, bien bâti et j'ai pensé que c'était le jardinier, enfin l'homme qui s'occupe des tombes dans ce jardin et qui sait bien que ce tombeau là n'aurait pas dû être utilisé. 

Il m'a demandé pourquoi je pleurais et qui je cherchais. Mais même si j'étais dans une sorte de brouillard, même si le soleil commençait à poindre, il s'est adressé à moi en me disant "femme". Jésus avait dit le même mot à sa mère, juste avant de mourir. Et cela me faisait bizarre d'entendre cela. 

Pourquoi je pleure, ça ne le regarde pas. Mais lui au moins, pas comme les hommes dans la grotte, il m'a demandé qui je cherchais, et ça c'était la bonne question.

Je lui ai répondu que je voulais qu'il me dise où il avait jeté le corps pour que je le reprenne. Il n'a pas répondu, enfin si, il a répondu...

Il a dit mon prénom, et là quelque chose s'est ouvert en moi. Je suis sortie de mes ténèbres, je suis sortie de mon doute, de ma peur, de mon envie de mourir. Quelque chose s'est retourné en moi, comme un bébé se retourne dans le sein de sa mère avant de naître.

C'était Lui, c'était Lui revenu à la vie, mais pas comme Lazare, qui a dû réapprendre à vivre quand il est sorti du tombeau.

Lui, la vie palpitait en lui, ça lui faisait comme un halo qui vibrait, comme une musique. Et ça me donnait envie de chanter, de m'unir à cette vibration qui sortait de lui..

Un seul mot est sorti de ma bouche: Rabbouni, parce que oui, il est le Maître, maître de la mort, la mort a été vaincue, il est le vivant, le Maître, pas celui qui sait ou qui enseigne, non il est tellement plus que cela. Il Est. 

 Je n'avais qu'une envie, le toucher, comme pour partager ce qui sortait de lui, mais il n'a pas voulu. Il a même anticipé ce que je voulais faire, poser ma main sur lui, pour sentir la chaleur de la vie. Il m'a demandé de ne pas le retenir. Mais je ne voulais pas le retenir, juste toucher..

Mais Il a sûrement ses raisons pour dire cela. Il a ajouté qu'Il qu'il n'était encore monté vers son Père ..

Monter vers son Père.. Et pourtant tant de fois il nous a dit qu'il demeurait dans le Père et que le Père demeurait en lui.

Et ce mot, monter, m'a fait penser à cette montée de la Galilée à Jérusalem, à ce long chemin des montées,  comme ces psaumes des montées, que nous chantons.  Monter à Jérusalem, monter vers la ville de son Père, monter vers le Temple, monter vers son Père…

Il allait donc monter vers Lui, gravir les échelons de l'échelle que notre père Jacob, avait vu en songe, retrouver son Père.

Pour moi, le ciel est ouvert, il n'est plus fermé; et et Celui qui réside dans le ciel, Celui dont nous ne prononçons pas le nom, celui que nous appelons le Seigneur, Celui qui, enfin c'est ce que je pense, parce qu'il a fait l'expérience de la mort de son Unique, est devenu le Père dont nous avons tant besoin, le Dieu qui se fait certes adorer, mais surtout aimer et qui aime, comme seul Dieu peut aimer. 

 Et une joie sans nom m'a envahie et j'avais envie de danser. J'avais été comme veuve pendant trois jours, je suis revenue à la vie, je suis une jeune mariée.  

Et comme Jésus le l'a demandé, je suis allée dire aux disciples que j'avais vu le Seigneur, qu'il était le Vivant, et qu'Il nous aimait et qu'il nous attendait. 

Mais l'ont ils cru? 

vendredi, mai 29, 2020

Tous furent remplis d'Esprit Saint. Ac 2,4

Pentecôte. 

Chaque année, quand arrive le récit de ce qui se passe dans la chambre haute où sont réunis les apôtres et quelques femmes dont Marie, je ne peux m'empêcher de faire un lien avec de que rapporte le Livre des rois au chapitre 19, à savoir la rencontre d'Elie avec son Dieu sur le Mont Horeb, après avoir marché quarante jours et quarante nuits.

Il est lui aussi, si l'on peut dire, dans une chambre haute (au sommet de la montagne), et j'ai toujours pensé que la caverne où il passe la nuit n'est autre que ce creux dans le rocher où le Seigneur a posé Moïse alors que Lui-même passait et parlait: passage du Seigneur, Pâque du Seigneur (Ex 33, 22).

 Mais c'est surtout ce qui se passe sur l'Horeb, au niveau du déchaînement des éléments, qui évoque ce qui se passe à Jérusalem le matin de la Pentecôte. Pour mémoire, il est question "d'un ouragan qui fend les montagnes et brise les rochers, puis d'un tremblement de terre, puis d'un feu", puis "du murmure d'une brise légère". La brise légère, cela peut évoquer aussi le Seigneur qui va rencontrer Adam dans le jardin; ou peut-être ce souffle du livre de la Genèse, qui planait sur les eaux.

Et si l'on compare avec ce qui est décrit dans le deuxième chapitre livre des Actes, on trouve aussi ce vent qui fait tout trembler et ce feu qui tombe sous forme de langues de feu, mais alors que dans le livre des Rois le Seigneur s'adresse à Elie, ce qui se passe à Jérusalem est tout autre, puisque tous ceux qui sont dehors entendent proclamer les merveilles de Dieu dans leur langue originaire.

Le tremblement de terre n'est pas présent ici, mais on le retrouvera par la suite, dans les manifestations de l'Esprit Saint qui émaillent le livre des Actes des Apôtres.

Il y a juste ces deux formes qui symbolisent l'Esprit Saint: ce vent qui fait trembler, et le feu.

Peut-être que ce vent qui fait tout trembler, qui ouvre portes et fenêtres, qui peut faire voler les branchages ou les tuiles, c'est ce que les apôtres ont ressenti en eux. Quelque chose qui les poussait presque à sortir d'eux-mêmes, à se laisser emporter par cet autre défenseur dont Jésus avait parlé. 

Peut-être que ce feu, c'est le feu du buisson ardent, qui se consume sans se consumer et qui chez les apôtres purifie ce qui doit l'être, ces branches desséchées, mais qui est aussi actualisation de l'amour du Père pour le Fils, du Fils pour le Père, amour fécond qui se déverse et qui donne enfin à l'humain d'aimer.

Si on se souvient qu'Elisée demande à Elie, au moment de son enlèvement spectaculaire sur un char de feu, d'avoir une double part de son Esprit, on peut penser que Jésus ressuscité donne, comme d'habitude en abondance, cet Esprit qui est en Lui; cet esprit qui va permettre aux apôtres d'aller, de baptiser et d'enseigner…

Il m'a semblé intéressant de faire un lien avec la mythologie grecque. Le feu a été dérobé aux Dieux par Prométhée, ce qui veut dire qu'ils le gardaient pour eux, et se souciaient peu des hommes. Les Dieux grecs sont très égoïstes… . Or le feu permet la civilisation, telle que nous la concevons, car le feu permet de passer du cru, qui est la manière de manger des animaux, au cuit qui est le propre de l'humain qui cuisine, et qui permet d'avoir des poteries, donc là encore ne pas manger à même le sol; d'avoir des métaux - ce qui peut conduire à la guerre, mais qui permet l'agriculture. Le don du feu est donc quelque chose de capital. Là, il n'y a pas vol, Jésus donne ce qui est de Lui, mais qui est aussi de son Père, il le donne entièrement, gratuitement, dans l'abondance et cela permet bien un saut entre la Loi donnée et la Vie donnée. Et ce don de l'Esprit permet un changement de culture. 

Le verset 4,"ils furent rempli d'Esprit Saint" et non pas "ils furent rempli par l'Esprit Saint" me remplit toujours de joie quand je le lis, ou l'entends proclamer. En effet, cela renvoie à la plénitude, plénitude dont on ne se rend peut-être pas compte, mais qui montre que les vides sont remplis, que ça peut déborder, et que tout est donné.

Ce qui est étonnant d'ailleurs c'est que la maison est remplie par le vent (comme autrefois la maison de Lazare avait été remplie par l'odeur du parfum répandu par Marie de Béthanie sur les pieds de Jésus), et que ce vent est suivi par le feu, feu qui se partage (ce qui peut évoquer le pain partagé lors des multiplications des pains, mais aussi de la Cène), qui ici se divise sans rien perdre de lui. Alors, goûter l'ivresse du don, et recevoir ce feu, voilà ce qui se passe ce jour là. 

Et si certains ont pu dire que les apôtres étaient ivres dès le matin, que c'était du vin qui leur avait délié la langue (eux qui venaient de recevoir des langues de feu), c'est qu'ils étaient bien ivres, ivres car qu'ils venaient de goûter au sens fort la présence de l'Esprit; présence qui se déguste, dans la paix, dans la joie, dans l'amour, d'une manière radicalement autre, qui remplit totalement, qui comble et qui peut donner envie de s'envoler, de chanter et de danser. Quand j'ai reçu le baptême dans l'Esprit Saint, quelqu'un a eu pour moi l'image d'une petite fille sur une balançoire, poussée par un homme en blanc, et je crois que c'est une sorte de représentation de cette joie qui donne envie de s'envoler. 

Que Marie ait été remplie d'Esprit Saint depuis l'Annonciation, et peut-être avant, c'est évident; alors c'est pour cela qu'il m'a semblé qu'elle était la mieux placée pour raconter ce qui s'est passé à Jérusalem, ce jour qui est venu 50 jours après la fête de la Pâque.


Marie raconte ce qui s'est passé le jour de la fête de 7 semaines

Je vais vous étonner, parce que l'Esprit Saint a reposé sur moi, et en moi, dès le début; puisque le Très Haut m'a prise sous son ombre, que je suis l'arche de la nouvelle alliance, et que son souffle en moi a pris forme et consistance dans son fils. Mais pourtant, ce jour là, quelque chose, qui a changé l'ordre du monde, s'est passé. Sur la croix, mon Fils m'a confié à son ami en lui disant "Voici ta mère", et moi j'ai compris que désormais ceux qui l'avaient suivi devenaient mes fils et même si l'esprit m'a été donné, il était important que je reçoive en même temps qu'eux et comme eux ce Défenseur, ce Consolateur qui a fait de nous son Eglise. 

Je me souviens qu'un jour mon fils avait dit à ses disciples qu'il était venu pour allumer un feu sur la terre et qu'il avait hâte que ce feu brûle (Lc 12, 49). Je sais que beaucoup ont pensé à la colère de Dieu, cette colère qui vient pour détruire le monde mauvais, pour purifier, pour faire du neuf, pour faire ce pur sans partage qui est à l'image de Dieu, mais moi, je savais que le feu dont il parlait c'était un autre feu.

Depuis que mon fils a disparu à nos yeux de chair, mais pas à nos autres yeux, ces yeux du cœur qu'il a travaillé à ouvrir avant son véritable départ; quand la nuée l'a dérobé à nos yeux, il y a eu du changement chez ceux qu'il avait choisi depuis le début, ceux qui sont ma famille maintenant. Ils ne sont plus dans la crainte, ils sont dans l'attente de cette force qu'il a promise, cette force qui sortait de lui quand il guérissait les malades qui se jetaient littéralement sur lui pour être guéris, cette force de conviction, mais aussi cette force de douceur. 

Alors donc, le jour de la fête de Shavouot, nous étions réunis dans cette salle où avait été partagée la Pâque. Et voilà que quelque chose s'est passé. Ce feu, je l'ai vu tomber en ce jour où nous célébrons à la fois les premières récoltes, où comme Abel, nous offrons ce qu'il y a de plus beau à notre Dieu (peut-être nous-mêmes), mais où nous célébrons aussi le don qu'il nous a fait en nous donnant la Loi, Sa loi. Peut-être que cette Loi ne nous a pas permis hélas de devenir des justes, de nous accorder à sa volonté, de la reconnaître dans les petits faits de tous les jours, mais elle a fait de nous le peuple choisi, le peuple élu, le peuple dont la mission est de faire connaître notre Seigneur au monde entier, à toutes les nations. 


Tout d'abord il y a eu comme un fort coup de vent, et en moi résonnait la phrase qu'il avait dit à Nicodème: "Le vent souffle ou il veut, tu entends le son de sa voix, mais tu ne sais ni où il va ni où il vient". C'était un vent fort, mais ce n'était pas un ouragan, c'était un souffle, mais il brassait, mélangeait, bruissait, bruitait. 

Et puis j'ai vu comme des étincelles de feu, je veux dire ces flammes minuscules qui s'échappent d'un feu de bois, qui s'envolent vers le ciel, et qui pour certaines dansaient, et pour d'autres grossissaient , devenaient comme des petites langues de feu, et allaient se déposer sur chacun d'entre nous. Des étincelles vivantes, qui faisaient d'eux, qui faisaient de moi avec eux, comme un seul corps. Je sais que les disciples, eux, ont vu comme des petites langues de feu qui se seraient détachées d'un feu qu'ils devinaient, qui brûlait loin au-dessus d'eux; et qui entraient doucement en eux. 

Ce qui est étonnant, c'est que le feu lui-même, nous ne l'avons pas vu. Mais nous le sentions au-dessus de nous, comme une présence remplie d'amour, de chaleur; mais aussi de majesté. Je veux dire que l'origine de ces petites flammes, je ne l'ai pas vue. Mais la source était là, au-dessus de nous, là où mon fils est parti depuis quelques jours; et peut-être que ce feu, c'était Lui, Lui dans son Père, son Père dans Lui, avec ce tourbillon de Présence. 

C'était comme si le temps s'était arrêté, comme le soir où la mer s'est fendue pour que nous puissions être délivrés des armées de Pharaon, ou comme ce jour où le Jourdain s'était lui aussi arrêté de couler, le jour où nous avons pris possession de la terre promise avec Josué.… 

Le toit de la maison n'existait plus, le ciel était là, le soleil entrait à flots, avec sa douce chaleur. Et de ce soleil sortaient des rayons qui devenaient des flammes qui se déposaient sur chacun d'entre nous. Je ne sais pas si vous avez pris le temps de regarder le lac de Tibériade quand le soleil se réfléchit sur les vaguelettes. On a l'impression que lac lui-même est vivant, empli de petites étincelles; et le temps s'arrête. Là le temps s'est arrêté. C'est ce que moi j'ai ressenti, car je l'avais déjà vécu lors de ma rencontre avec l'Ange du Seigneur. 

Quand le temps a repris son cours, tous, un peu comme les trois enfants dans le livre de Daniel, tous les disciples qui avaient reçu ce feu, se sont mis à célébrer les merveilles de Dieu, mais chacun dans une langue inconnue, un peu comme si une nouvelle langue se créait qui était la fusion de toutes les langues qui existent sur la terre, et qui serait la nouvelle langue de ceux qui croient que Jésus est Seigneur. Et moi, j'écoutais et ma joie était totale et je me suis mise à chanter avec eux. Un monde nouveau était là, en train de naître. 

Et il y a eu plein de gens qui s'attroupaient devant la maison où nous étions. Pierre est allé avec les autres sur la terrasse. Nous avons compris que tous ceux qui étaient en route vers le Temple avaient entendu le bruit du vent, qu'ils s'étaient arrêtés dans leur marche et qu'ils avaient entendu célébrer les merveilles du Très Haut, chacun dans leur propre langue et non pas dans cette langue utilisée par les prêtres et que beaucoup ne comprennent pas. 

Seulement certains ont imaginé que c'était parce que nous étions ivres que nous étions capables de parler dans toutes ces langues… C'est quand même étonnant, que quand arrive quelque chose qu'on ne comprend pas, il y a toujours des gens pour donner des explications qui font du mal, qui cassent la beauté. C'est un peu comme ceux qui disaient que les guérisons des possédés étaient dues à un pacte entre mon fils et le Mauvais. 

Ils n'avaient pas complètement tort, car ce feu qui était, qui est en nous, il crée bien une sorte d'ivresse, comme l'amoureux est ivre de la beauté de sa compagne. C'était bien comme une nourriture, qui nous remplissait, nous changeait, nous permettait aussi d'être comme en lien avec tous les autres, une immense famille qui se créait là. Une autre famille, celle de mon Fils. 

Simon Pierre, celui que mon fils avait choisi pour être pêcheur d'hommes a fait sa première pêche. Il a parlé à cette foule, il a parlé de mon fils qui a donné sa vie, qui est revenu à la vie, qui donne la vie en délivrant du péché, et qui donne la vie éternelle par le don de l'Esprit; et plus de trois mille personnes se sont jointes à nous. 

Cette journée là, c'est une des plus belles de ma vie... C'est le don de l'Esprit pour tous, c'est la réalisation des promesses, c'est le début du monde nouveau où les hommes pourront, avec la force de l'Esprit, aimer comme mon Fils a aimé; et entrer et découvrir l'Amour. Comme le dira plus tard celui qu'on appellera l'apôtre des Nations, un monde ancien s'en est allé, un monde nouveau est déjà là.

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mardi, mai 19, 2020

" Il se sépara d'eux" - Luc 24,51

Ascension

Peut-on dire que l'Ascension est la véritable fin du confinement de Jésus sur la terre, sur sa terre? Il y a la mort, le corps mort, le souffle donné, perdu, puis retrouvé et redonné. Il y a ce temps, variable d'un évangile à l'autre, avec ce corps différent, qui est là, qui se trouve là où on ne l'attend pas, qui semble disparaître quand on se rend compte que celui qui était là est celui qui est. Et le départ…

Je me suis toujours demandée comment les apôtres avaient pu faire leur deuil , parce que quand même. Il y a bien eu un sacré traumatisme avec la mort de celui en qui ils avaient mis leur confiance. Et pas le temps de le faire le deuil, puisque le corps a disparu. Et ensuite ce temps étrange, qui précède cette phrase de Luc que j'aime tant: "il se sépara d'eux"; un peu comme si le groupe de ceux étaient là (que ce soit à Jérusalem ou ailleurs) était une sorte de matrice à l'intérieur de laquelle Jésus pleinement homme avait vécu son temps d'homme, et que le temps était arrivé, comme une naissance, de partir vers ce lieu où il devait nous préparer une place; ce lieu où il retrouvait pleinement celui qu'il nomme son Père; ce lieu d'où il allait envoyer l'Esprit, feu qui n'est pas volé aux dieux, comme le fit jadis Prométhée, mais qui fait de nous des humains renouvelés, animés, fils du Père et frères du Fils.

Je voudrais juste mettre en parallèle les récits de l'Ascension, commenter brièvement, et ensuite laisser parler Simon, ce Simon si triste qui prenait la route d'Emmaüs, qui a vécu ce temps entre le matin de la résurrection et le matin de l'Ascension, et qui une fois de plus s'est, comme chacun d'entre nous, retrouvé quand même seul sur le chemin de sa vie, mais avec cette joie imprenable du voir.

Matthieu 28
Marc
Jean
Luc - évangile
Luc - Actes

















16 Les onze disciples s’en allèrent en Galilée, à la montagne où Jésus leur avait ordonné de se rendre.

17 Quand ils le virent, ils se prosternèrent, mais certains eurent des doutes.





18 Jésus s’approcha d’eux et leur adressa ces paroles : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre.

19 Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit,
20 apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde. »
.

14 Enfin, il se manifesta aux Onze eux-mêmes pendant qu’ils étaient à table : il leur reprocha leur manque de foi et la dureté de leurs cœurs parce qu’ils n’avaient pas cru ceux qui l’avaient contemplé ressuscité.


















15 Puis il leur dit : « Allez dans le monde entier. Proclamez l’Évangile à toute la création.
16 Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé ; celui qui refusera de croire sera condamné.
17 Voici les signes qui accompagneront ceux qui deviendront croyants : en mon nom, ils expulseront les démons ; ils parleront en langues nouvelles ;






19 Le Seigneur Jésus, après leur avoir parlé, fut enlevé au ciel et s’assit à la droite de Dieu.








20 Quant à eux, ils s’en allèrent proclamer partout l’Évangile. Le Seigneur travaillait avec eux et confirmait la Parole par les signes qui l’accompagnaient.


36 Comme ils en parlaient encore, lui-même fut présent au milieu d’eux, et leur dit : « La paix soit avec vous ! »







49 Et moi, je vais envoyer sur vous ce que mon Père a promis. Quant à vous, demeurez dans la ville jusqu’à ce que vous soyez revêtus d’une puissance venue d’en haut. »



























50 Puis Jésus les emmena au dehors, jusque vers Béthanie ; et, levant les mains, il les bénit.
51 Or, tandis qu’il les bénissait, il se sépara d’eux et il était emporté au ciel.

52 Ils se prosternèrent devant lui, puis ils retournèrent à Jérusalem, en grande joie.
53 Et ils étaient sans cesse dans le Temple à bénir Dieu..

03 C’est à eux qu’il s’est présenté vivant après sa Passion ; il leur en a donné bien des preuves, puisque, pendant quarante jours, il leur est apparu et leur a parlé du royaume de Dieu.





04 Au cours d’un 
repas qu’il prenait avec eux, il leur donna l’ordre de ne pas quitter Jérusalem, mais d’y attendre que s’accomplisse la promesse du Père. Il déclara : « Cette promesse, vous l’avez entendue de ma bouche :
08 Mais vous allez recevoir une force quand le Saint-Esprit viendra sur vous ; vous serez alors mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu’aux extrémités de la terre. »




















09 Après ces paroles, tandis que les Apôtres le regardaient, il s’éleva, et une nuée vint le soustraire à leurs yeux.




10 Et comme ils fixaient encore le ciel où Jésus s’en allait, voici que, devant eux, se tenaient deux hommes en vêtements blancs,
11 qui leur dirent : « Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? Ce Jésus qui a été enlevé au ciel d’auprès de vous, viendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel. »

Pour Matthieu, cela se passe en Galilée. Avec l'ordre de baptiser au nom du Père, du Fils et de l'Esprit saint. Mais on ne sait pas quand.
On sait qu'il y a deux finales chez Marc. La deuxième (citée ici), parle bien d'une ascension, qui semble avoir eu lieu très peu de temps après le Résurrection.
Dans cet évangile, il n'y a pas d'ascension, mais don de l'Esprit le jour de la résurrection, et ce Jésus dans un autre corps
Premier récit. A Jérusalem; qui semble avoir lieu le premier jour de la semaine.
Deuxième récit, qui permet d'introduire le don de l'Esprit.



Simon raconte

Quand ils l'ont crucifié, le monde s'est écroulé pour nous. Il n'a rien fait pour montrer qui il était, il s'est laissé faire, il s'est laissé battre, il s'est laissé humilier, et il est mort, mort, mort. Alors, parce que nous avons dû attendre le premier jour de la semaine pour rentrer chez nous, nous étions abattus, las, tristes à en mourir. Nous étions en deuil, en nous ça pleurait, ça criait, ça gémissait. La Pâque pour nous, c'est une fête, c'est la fête de la libération, mais là, nous nous sentions enchaînés dans notre tristesse, dans notre "à quoi bon". 

Ce qui est étonnant, c'est que quelqu'un a vu que nous étions tout sauf festifs, et qu'il nous a posé des questions. Il était très simple cet homme, et il connaissait les écritures, parce qu'il s'est mis à expliquer des choses auxquelles nous n'avions jamais pensé, et qui permettaient de comprendre que cette mort ce n'était pas un échec, mais que c'était ce que Dieu avait prévu dans sa sagesse, depuis toujours, pour que nous puissions devenir participants à sa divinité, sauvés de l'esclavage du péché: des vivants. Et puis le temps a passé, et puis on est arrivé chez nous, et puis on lui a proposé de manger avec nous. Et là, comme tout hôte, il a prononcé la bénédiction, rompu le pain et là… Là nos yeux se sont ouverts, et nous qui avions en tête l'image de Jésus pendu à sa croix, avec des plaies partout, nous avons compris que c'était lui, redevenu vivant qui avait cheminé avec nous. Et nous sommes partis à Jérusalem prévenir les autres que les femmes ne s'étaient pas trompées, qu'il était bien vivant, comme il l'avait dit..

Quand on est arrivé, on a raconté, et il a été là, au milieu de nous. A la fois le même et pas le même.

Du temps a passé.. Il a fallu s'habituer à ce qu'il soit là, et à ce qu'il disparaisse. Il parlait beaucoup, il expliquait beaucoup, mais là, on comprenait le sens, pardonnez moi l'expression, ça rentrait en nous comme dans du beurre.  Cela a duré quarante jours, quarante jours qui ont passé si vite et si lentement.

Quarante jours, c'est important pour nous. Certains rabbins disent que c'est le temps qu'il faut à un homme pour se rendre compte qu'il ne combat pas contre Dieu, mais avec Dieu.. Quarante jours, c'est le temps que Moïse a passé avec Dieu sur le Sinaï; et nous, nous étions un peu des Moïse avec notre Jésus, avec notre " Dieu Sauve". 
Quarante jours…

Le quarantième jour, il nous a fait sortir du Cénacle. Il nous a emmenés au Mont des oliviers, là où il avait accepté de se laisser arrêter. En fait, on est allés jusqu'à Béthanie. Là il nous a tous regardés, les uns après les autres. Il nous a bénis… Et nous avons vu comme un nuage doré qui l'enveloppait, peut-être cette nuée qui est signe de la présence de Dieu; et il a disparu à nos yeux. Mais ce n'est pas vraiment cela. Il n'a pas été enlevé comme le prophète Elie; il s'est séparé de nous, comme un enfant se sépare du ventre de sa mère quand le temps de la naissance est venu. C'est un peu comme si pendant ce temps passé avec nous, il nous avait pétris et re-pétris par sa parole et par sa présence, qu'il nous avait nourris, et que là, nous étions sortis du four... 

C'est difficile à exprimer, mais nous étions vraiment prêts à ce qu'il se sépare de nous pour toujours, pour que nous devenions ses témoins. C'était à nous de devenir Lui, et pour cela il nous a promis la force de l'Esprit qui ferait de nous ses témoins. 

Seulement, parce que nous sommes des humains, une partie en nous était triste, triste; et nous regardions le ciel qui avait repris son aspect habituel. Alors nous avons tous vu et entendu la voix de deux êtres qui nous ont remis les pieds sur terre, nous qui nous avions la tête dans les nuages... Ils nous ont dit de ne pas rester là à bailler aux corneilles: que le Seigneur reviendrait dans sa Gloire.


Cela nous a changés. Il nous avait promis de nous donner son Esprit; alors au lieu de rester entre nous dans cette salle que nous aimons, parce qu'il y a vécu avec nous, nous avons repris le chemin du Temple et de la prière. Nous n'avons plus peur, nous sommes juste dans l'attente de ce Feu d'Amour qu'il nous a promis.