lundi, août 01, 2022

Matthieu 14, 13-36. Multiplication des pains et tempête sur le lac.

 Chapitre 14: Multiplication des pains et tempête sur le lac.

 

La lecture plus ou moins continue de l'évangile de Matthieu propose, sur deux jours, la multiplication des pains et le récit de la nuit sur le lac dans la tempête.

Le chapitre 14, démarre par le récit de la mise à mort de Jean le baptiseur, et les conséquences de cet acte sur Jésus: partir, aller ailleurs, aller au loin.

 

 Dans un premier temps, Jésus quitte un endroit sans doute dangereux pour lui parce que trop proche d'Hérode, dont on sait qu'il prend Jésus pour une réincarnation de Jean, donc quelqu'un de dangereux pour lui. Il va,, en barque, dans un endroit loin des villes et villages, et ce sera la multiplication des pains; puis il va ailleurs, sur l'autre rive, et ce sera la tempête apaisée. Puis il ira encore plus loin, dans le territoire de Tyr et de Sidon, et ce sera la rencontre avec la femme cananéenne. Quel que soit le lieu, Jésus est maintenant reconnu et sollicité.

 

Ce qui m'a étonnée (enfin pas vraiment, parce que l'évangile de Luc que nous avons entendu dimanche, va pour moi un peu dans le même sens) c'est que d'habitude on ne donne pas d'ordres à Jésus; c'est lui qui prend l'initiative, et parfois il peut refuser (ce qu'il fait avec l'homme qui lui demande de dire à son frère de partager son héritage). Or là, ce sont les disciples qui demandent à Jésus de renvoyer la foule (leur désir). Mais pour Jésus ce n'est pas le moment. La foule, il la renverra bien, mais plus tard et quand il sera sûr que cela ne sera pas dommageable pour elle.

 

C'est sur cet aspect de maîtrise que j'ai centré le récit de la multiplication des pains et de la tempête apaisée. Jésus, maître des circonstances et des événements.

 

Un disciple raconte.

 

Les disciples de Jean étaient venus voir notre Rabbi, et lui avaient raconté comment leur maître avait été assassiné par la traitrise d'Hérodiade. Est-ce que maintenant Hérode n'allait pas s'en prendre à notre Jésus? Alors il a décidé de quitter ce lieu un peu trop proche du pouvoir, et nous sommes partis en barque vers un endroit loin des villages et des villes. 

 

Seulement quand nous sommes partis, il y avait des gens qui traînaient là, et ils se doutaient bien du lieu où nous irions. Alors quand nous sommes arrivés, il y avait déjà plein de monde sur la plage. Et parmi eux, des malades et des possédés. Jésus n'a pas résisté à son bon cœur. Il a guéri, guéri, guéri. Le temps a passé, et le soir commençait à arriver.

 

Nous, je reconnais que nous en avions un peu assez de voir tous ces gens qui arrivaient sans arrêt. Nous avions besoin de nous retrouver au calme avec lui. Alors nous lui avons demandé, puisque le soir commençait à tomber, de dire à toute cette foule, de partir, de trouver à manger et de revenir demain. Seulement ça, Jésus l'a mal pris. Je me suis bien rendu compte que s'il y a quelque chose qu'il n'aime pas, c'est qu'on décide à sa place de ce qu'il doit faire. 

 

Il nous a regardés et nous a dit que c'était à nous de leur donner à manger. Là, j'ai cru qu'il était devenu un peu fou. Nous, leur donner à manger? Alors que nous n'avions en tout et pour tout que cinq pains et deux poissons! C'est ce que nous lui avons répondu quand il nous a demandé ce que nous avions. Il nous a dit de lui apporter les pains et les poissons.

 

Il a regardé la foule et lui a ordonné de s'asseoir; ils ont obéi comme de gentils petits agneaux. Il nous a regardé, nous; il a pris les pains et les poissons, et a levé les yeux vers le ciel: cela c'est ce qu'il fait quand il prie. Il a prononcé la bénédiction que nous prononçons sur le pain. Et ce qui s'était passé avec Elisée autrefois s'est reproduit.: des pains et des poissons, il y en avait à profusion. 

 

Et il nous a dit de les distribuer, et c'est ce que nous avons fait. Et, croyez-le ou pas, mais tous ont mangé, les cinq mille hommes, sans parler des femmes et des enfants. Et on a eu des restes: vous vous rendez compte, douze corbeilles pleines. 

En moi chantait la phrase du cantique: "Ils mangeront et seront rassasiés, ils loueront le Seigneur, ceux qui le cherchent". Ce cantique chante un juste qui se pense abandonné par le Très Haut, qui souffre mille morts, et qui est sauvé, et peut chanter et louer le très Haut en pleine assemblée. 

 

Puis la nuit est vraiment tombée et là, alors que nous pensions enfin être tranquilles, il nous a obligés à remonter dans la barque, de partir sur l'autre rive, pendant que lui renverrait enfin la foule. Peut-être qu'il voulait être seul, et prier son Père, lui rendre grâce. Toujours est-il que nous sommes partis; et que le vent s'est levé. La mer s'est mise en colère sous la force du vent, et nous ne savions plus ce que nous allions devenir. Les tempêtes en pleine nuit, elles font parfois des morts. 

 

Tout à coup, au petit matin, enfin à la fin de la nuit, nous avons vu comme une ombre qui s'approchait. Et nous avons tous hurlé, sauf que l'ombre c'était Jésus, qui nous a dit de ne pas avoir peur. Sauf que, malgré tout, on ne voyait pas bien; et les vagues étaient toujours là. Alors Simon a joué le tout pour le tout, il voulait une preuve que c'était bien Jésus: que ce n'était pas un fantôme qui voulait qu'on le prenne pour lui et qui nous ferait sombrer. 

 

Il lui a dit: si c'est bien toi, ordonne-moi de venir à toi. Et celui que nous pensions bien être Jésus, lui a dit: "viens". Et Simon a enjambé la barque et s'est mis à marcher vers Jésus. Là, nous étions sans voix. Sauf que d'un coup, il a commencé à s'enfoncer. Il s'est mis à crier, il a appelé Jésus au secours en lui disant "Seigneur, sauve-moi"; et Jésus l'a pris par la main, il lui a dit d'un ton pas content: "Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté," et ils sont montés tous les deux dans la barque, comme si la mer sous eux était un plancher. Le calme est revenu, mais un calme presque surnaturel.

 

Alors quelque chose s'est passé en nous. Cet homme, ce Jésus, notre maître, celui qui nous a choisis, il est bien plus qu'un homme. Il est le Fils de Dieu, le Messie que nous attendons, et nous nous sommes prosternés devant lui, lui qui est bien plus que tout ce que nous pouvons imaginer, lui qui est le maitre des vents et de la mer, lui qui guérit, lui qui délivre les possédés. 

 

Nous avons accosté, nous étions à Génésareth. Tout de suite, Jésus a été reconnu, et une fois de plus des malades sont venus pour être guéris. Il y avait tellement de monde! Ils ont demandé s'ils pouvaient simplement toucher la frange du vêtement du maître pour être guéris; et ils l'étaient. Que notre maître est grand! Que Dieu soit loué de se manifester ainsi parmi nous!

Nous sommes ensuite partis beaucoup plus loin, en plein territoire païen, espérant que là, nous serions enfin tranquilles, et aurions le Maître pour nous.

 

 

lundi, juillet 25, 2022

Lc 11, 1- 10. La Prière enseignée par Jésus. 17 ème Dimanche du temps ordinaire. 24 Juillet 2022.

  

Belle thématique ce dimanche, autour de la prière. Celle d' Abraham qui "marchande", comme on dit, pour essayer d'obtenir la grâce de Sodome et Gomorrhe.


Et j'aime beaucoup ce Dieu qui dit avoir entendu monter une clameur contre ces villes, mais qui veut vérifier si vraiment la clameur est fondée. Abraham a son neveu Lot qui a choisi de s'installer là, alors je pense qu'il fait tout pour le sauver, ce qui explique ce marchandage où il passe de 50 à 10. il espère surement que dans la famille de ce dernier, il y aura les dix justes. 

 

Quant au texte du début du chapitre 11 de Luc, c'est le seul épisode de ce chapitre que nous lisons cette année. Il y a la demande de ce disciple qui voudrait que Jésus lui (leur) apprenne à prier. Et je trouve que pour nous, ce disciple, qui a posé la question quitte à déranger Jésus,  il est bien celui qui demande, celui qui cherche, celui qui frappe et il a sa réponse. Peut-être que l'épitre aux Colossiens nous permet de comprendre que Jésus, le Juste, nous libère du mal; ce qui n'est pas dit dans le texte de Luc. 

 

J'aime bien ce Notre-Père, différent de celui de Matthieu. Il est plus concis, et finalement dire simplement "Père" est plus parlant pour moi que le "notre" que l'on trouve chez Matthieu, qui est certes plus collectif, mais qui pour moi gomme un peu la relation que je cherche avec le Seigneur Dieu. 

 

La parabole sur le père qui donnerait un serpent pour du pain, ou un scorpion pour un œuf m'a toujours interloquée. Je me suis demandée s'il y avait des similitudes de prononciation entre pain et serpent ou scorpion et œuf, mais pas la moindre idée. Par contre le pain est nécessaire à la vie, l'œuf c'est aussi un symbole de vie, et que ce soit le serpent ou le scorpion, l'un et l'autre sont des porteurs de mort. Je pense que Jésus dit, en prenant ces exemples, que lorsque nos enfants nous demandent ce qui est nécessaire à leur vie, nous leur donnons ce qui est bon pour eux, nous ne leur donnons pas ce qui va vers la mort; et que Dieu, qui est infiniment meilleur que nous, le fera encore plus, si nous le lui demandons. 

 

Ce qui a nourri ma réflexion ou mon court temps de prière de ce matin, c'est "cherchez et vous trouverez", avec en arrière-tu plan un chant: "Je te cherche Dieu, tu es mon Dieu et je t'appelle, je te cherche Dieu, entends la voix de ma prière". Il y a aussi ces autres paroles de St Augustin: "Tard je t'ai aimé; tu étais au-dedans de moi, et moi, j'étais au-dehors, et c'est là que je t'ai cherché". Mais Jésus dit "qui cherche, trouve", et je trouve cela plus que rassurant. Et puis il y a eu un verset du chapitre 45 d'Isaïe, "Vraiment tu es un Dieu qui se cache", et il m'a semblé que justement dans cette prière, il se laisse trouver.

 

 

Travail sur le texte.

 

1 Il arriva que Jésus, en un certain lieu, était en prière. Quand il eut terminé, un de ses disciples lui demanda : « Seigneur, apprends-nous à prier, comme Jean le Baptiste, lui aussi, l’a appris à ses disciples. »

 

Je peux imaginer que quand Jésus prie, que ce soit dans un lieu désert ou à proximité de ses disciples, quelque chose de lui, de sa relation, se donne à voir. Il ne récite pas, il est avec, et ceux qui le voient doivent avoir envie à leur tour de faire comme lui. Et voila la réponse.

 

Ce qui est intéressant c'est qu'il y aura un peu plus tard: "Demandez et on vous donnera… quiconque demande, reçoit." 

 

2 Il leur répondit : « Quand vous priez, dites : Père, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne.

 

On peut remarquer que c'est Père sans adjectif possessif, ce que pour ma part j'aime beaucoup. Et qu'il n'y a que deux demandes et non pas trois, comme chez Matthieu. Là je peux laisser ces deux demandes chanter en moi. 

 

3 Donne-nous le pain dont nous avons besoin pour chaque jour.

 

Je suis sensible à ce pain pour "chaque jour". C'est dépendre de Dieu, un jour après l'autre, recevoir au fur et à mesure ce dont j'ai besoin, c'est ne pas faire de provision. Le pain que Dieu donne, c'est à la fois le pain biologique, mais aussi cet autre pain, parole et corps; et là, je pense qu'on ne peut pas en faire des provisions: c'est au jour le jour. Ce qui a été reçu ou pas la veille n'influence pas le présent; on ne peut pas thésauriser.

 

 

Pardonne-nous nos péchés, car nous-mêmes nous pardonnons aussi à tous ceux qui ont des torts envers nous.

 Et ne nous laisse pas entrer en tentation

 

 

Chez Matthieu il y avait: "remets-nous nos dettes, car nous remettons à ceux qui ont des dettes envers nous", ce qui je crois est plus ou moins demandé dans le Lévitique, avec une remise des dettes tous les sept ans. Ici, c'est bien de pardon dont il est question, pardon lié aux torts des autres. Et cela montre l'effort de celui qui se dit disciple. 

 

Et cela se termine par cette demande de ne pas nous laisser entrer en tentation. Et la tentation, Jésus en sait quelque chose…  

 

5 Jésus leur dit encore : « Imaginez que l’un de vous ait un ami et aille le trouver au milieu de la nuit pour lui demander : “Mon ami, prête-moi trois pains, car un de mes amis est arrivé de voyage chez moi, et je n’ai rien à lui offrir.”

7 Et si, de l’intérieur, l’autre lui répond : “Ne viens pas m’importuner ! La porte est déjà fermée ; mes enfants et moi, nous sommes couchés. Je ne puis pas me lever pour te donner quelque chose.”

8 Eh bien ! je vous le dis : même s’il ne se lève pas pour donner par amitié, il se lèvera à cause du sans-gêne de cet ami, et il lui donnera tout ce qu’il lui faut.

 

Arrive là une sorte de parabole, pour montrer que le Père, on peut finalement le déranger n'importe quand. Il n'y a pas d'horaires. Certes il faut le prier sept fois par jour, mais finalement ce n'est pas cela l'important. L'important, c'est la confiance de cet ami qui va chez un autre en pleine nuit, qui le réveille et qui finalement aura ce dont il a besoin.

 

Moi, je vous dis :

 Demandez, on vous donnera ;

 Cherchez, vous trouverez ; 

Frappez, on vous ouvrira.

 

10 En effet,

quiconque demande reçoit ;

qui cherche trouve ; 

à qui frappe, on ouvrira.

 

Ce sont ces versets qui ont résonné en moi. Surtout "cherchez et vous trouverez". 

 

 

11 Quel père parmi vous, quand son fils lui demande un poisson, lui donnera un serpent au lieu d'un poisson ?

12 Ou lui donnera un scorpion quand il demande un œuf ?

 

 

Une nouvelle petite histoire, pour faire comprendre que Dieu, Dieu Père, Dieu reconnu comme Père, est bon, bien meilleur que nous, qui sommes quand même capables de donner à nos enfants ce dont ils ont besoin pour vivre, et non pas des situations qui les feraient mourir.

 

 

13 Si donc vous, qui êtes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père du ciel donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent ! »

 

Quelle promesse! Le don de l'Esprit Saint. Ce qui me frappe, c'est que c'est à nous de le demander.  

 

Je ne m'étais jamais risquée à raconter à ma façon ce qui s'apparente à des "discours" de Jésus. C'est donc une première pour moi. Comme c'est un disciple qui a posé la question, et qui a donc importuné peut-être Jésus, c'est lui qui raconte. 

 

Le disciple qui voulait apprendre à prier, raconte.

 

Quand le Maître s'écarte pour prier, on ne sait jamais combien de temps ça va durer. Parfois cela peut durer longtemps. Souvent il prie la nuit. Mais aujourd'hui, il nous avait laissé et vraiment ça nous a paru très long. Pour moi, il n'était plus du tout avec nous. Ses lèvres bougeaient par moments. Est-ce qu'il récite les psaumes? Est-ce qu'il entend directement la voix du très Haut, est-ce qu'il le voit? Qu'est-ce que j'aimerais le savoir! Ce que je sais, c'est que quand il prie, il est autre. Alors, quand il est sorti de ce temps-là, je lui ai demandé qu'il fasse comme Jean le Baptiste, qu'il nous apprenne à prier.

 

 

Il nous a tous regardés, et il ne nous a rien dit sur la manière dont nous devions nous tenir. Il nous a juste dit, quand vous priez dites: Père.

Et là il a eu un temps de silence. Un long temps. Il semblait lui heureux de dire ce simple mot. Appeler le Très Haut, Père. Et il y avait une telle affection quand lui prononçait ce mot! Cela m'a fait penser à un psaume, mais c'est le Très Haut qui dit de David (Ps89): "Il me dira: Tu es mon Père, mon Dieu, mon roc et mon salut!" C'est comme une permission.
Là, dans la bouche de Jésus c'est autre chose. C'est être comme lui, dire Père à ce Dieu qui est notre créateur, notre bienfaiteur, et qui est là présent pour nous. Déjà cela, c'était un vrai don.

 

Puis il a continué en disant: "Que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne". Cela nous a un peu étonnés, que l'on souhaite cela à Dieu, mais n'est-ce pas ce qu'il veut que nous fassions, à nous qu'il a envoyés proclamer que le Royaume est là? Et puis ce sont des mots que j'ai déjà entendus. Mais faire des souhaits pour le Seigneur Dieu, moi pauvre petit mortel, c'est important.

 

Ensuite il nous a dit de demander qu'il nous donne chaque jour de quoi manger, notre pain de ce jour. Cela me parait normal, n'est-ce pas le rôle d'un père, de donner à ses enfants de quoi manger; et lui-même, en donnant du pain et du poisson à cette foule qui était venu l'écouter, n'est-ce pas ce qu'il a fait? 

 

Ensuite il a dit quelque chose qui me paraît autrement plus compliqué. Il faut demander que Dieu nous pardonne, parce que nous, nous pardonnons à ceux qui nous ont fait du tort. J'aimerais bien y arriver, mais moi, j'ai la rancune tenace. Alors est ce que le très Haut me pardonnera quand même quand sera venu le jour du jugement? Là je dois dire que pour moi ça coince. Il a ajouté une demande qui, elle, me plait beaucoup, celle de nous délivrer de la tentation. Parce que si j'ai l'aide du très Haut pour justement cesser d'en vouloir à ceux qui me font du tort, alors, cela c'est une promesse qui me réjouit. 

 

Il a ensuite dit qu'il fallait demander à ne pas entrer en tentation. Lui, d'après ce qu'il nous a raconté, il en connaît un bout sur la tentation, parce que le démon s'est attaqué à lui, pour le détourner de son chemin. Moi, les tentations, avec mon caractère, j'en ai plein; mais souvent, avec l'aide du Très Haut, elles passent derrière; mais ce n'est pas toujours facile. Donc je retiens qu'il faut demander cela.

 

Après il a raconté une drôle d'histoire que j'ai prise un peu pour moi, parce que peut-être que je l'ai dérangé en lui demandant de nous apprendre à prier, juste au moment où lui-même sortait de sa prière. Bref c'est l'histoire de deux hommes qui sont des amis. L'un d'entre eux reçoit pendant la nuit une visite inattendue, et se rend compte qu'il n'y a rien à manger chez lui. Alors il ne fait ni une, ni deux il va chez son ami, qui est couché et qui dort. Il le réveille et il lui demande trois pains. Inutile de vous dire que ce dernier n'est pas content, au début il râle; il trouve de bonnes raisons de ne pas se lever, mais finalement, parce que c'est son ami, il lui donne tout ce dont il a besoin. Je pense que Jésus veut nous faire comprendre qu'on a le droit d'importuner celui que lui appelle son Père et qu'il nous demande d'appeler nous aussi de ce nom. 

 

Après il a dit ces mots qui me sont allés droit au cœur. Il a dit que c'était finalement normal de demander, comme cet homme l'a fait auprès de son ami. Qu'il fallait ne jamais se décourager, qu'il fallait chercher et que l'on trouverait et aussi qu'on ne laisserait pas dehors celui qui frappe. Et moi, j'ai frappé à sa porte et il m'a pris comme disciple, moi je cherchais un maître et je l'ai trouvé, enfin je crois que c'est lui qui m'a trouvé et j'ai osé poser une question, j'ai demandé, et il m'a répondu. 

 

Et il a raconté une autre histoire, mais il va falloir que je cherche pour bien comprendre. 

 

Il nous a dit que si nos enfants nous demandent du pain, nous donnons du pain ou même parfois plus, mais que jamais nous donnons quelque chose qui prend la vie, comme un serpent ou un scorpion. Et il a dit que si nous nous étions capables de donner de bonnes choses à nos enfants alors que nous sommes loin d'être des justes, combien plus son Père donnerait de bonnes choses à nous qui sommes ses amis. Et il a ajouté que le Père donnerait l'Esprit Saint à ceux qui le lui demandent. 

 

Je ne sais pas trop ce que c'est cet esprit dont Jésus parle, mais je crois que c'est cet Esprit qu'il a reçu lors de son baptême, qui le remplit, quand il prie et qui lui permet d'être ouvert à tous. 

 

Si cet esprit peut me permettre de m'ajuster à la volonté du Très Haut, pour que je puisse annoncer les merveilles de la présence de son Fils, alors je vais le demander et le demander et le demander et je suis sûr que je le trouverai. 

 

Moi qui voulais qu'il nous apprenne à prier, comme Jean le fait pour ses disciples eh bien j'ai été comblé, et je suis bien sûr que ce qu'il nous a appris là, et ce que nous avons à faire nous, les disciples, personne ne l'a jamais aussi bien enseigné. 

 

 

Comme je l'ai dit au début de ce billet, c'est le "Cherchez et vous trouverez" qui a été ma ligne directrice. Être à ma manière une chercheuse, comme je l'ai fait dans le passé pour arriver à synthétiser une molécule chimique. Mais ce que j'ai appris, c'est que pour y arriver, il faut parfois prendre des initiatives, changer le protocole, parce que celui qui est proposé ne marche pas. Et ce changement de perspective, pour moi, c'est l'Esprit Saint qui souffle; et cela rejoint bien le dernier verset du texte de ce jour.

mardi, juillet 19, 2022

Luc 10, 38-42, Marthe et Marie. Année C, 16 ème dimanche ordinaire. 17 juillet.

 

 

Premières réflexions

 

C'est un texte bien connu, ce texte qui semble opposer contemplation et activité. On lit ce texte le 29 Juillet pour la Ste Marthe, parce que le nom de de Marthe y figure, mais ce n'est pas un texte qui la valorise vraiment, puisque Jésus refuse d'écouter sa demande.  


J'avais laissé, il y a très longtemps, Marthe raconter cet épisode de sa vie - https://giboulee.blogspot.com/2005/08/marthe-et-marie-lc-1038-43.html - puis plus récemment c'est Marie qui a pris le relais: https://giboulee.blogspot.com/2021/07/luc-10-38-42-jesus-est-recu-dans-la.html

 

C'est un texte court, donc facile à mémoriser. En le laissant travailler en moi ce dimanche - mais je l'avais déjà lu la veille - est venu se mettre à résonner ce terme de "Seigneur" que Marthe emploie quand elle interpelle Jésus, au moment où elle commence à ne plus supporter la situation. 

 

Elle coupe Jésus dans ce qu'il est en train de raconter, pour lui dire:" Seigneur est ce que cela ne te fait rien que ma sœur me laisse faire toute seule le service? Dis-lui donc de m'aider." Et je me suis demandée ce qu'il y avait derrière ce "Seigneur", qui pour moi est une simple formule de politesse: Monsieur. Et, juste après" le narrateur écrit "Le Seigneur lui répondit", ce qui, là, renvoie à Jésus qui est Seigneur, Jésus passé de la mort à vie, Jésus qui est LE SEIGNEUR. 

 

Ce que je veux dire, c'est que ce mot s'est imposé à moi, et m'a renvoyée à la manière dont je m'adresse, moi, à celui qui est mon Seigneur. 

 

Cela m'a permis, dans un premier temps, de laisser simplement ce mot chanter un peu en moi, au rythme de ma respiration; et cela c'est toujours pour moi un cadeau qui m'est offert. Peut-être qu'ensuite est venu s'associer un chant - "Jésus, toi qui a donné l'Esprit à ceux qui te prient…" - parce que, comme je vais le dire, je pense que quand je parle au Fils du Très Haut, je l'appelle par ce nom de Jésus.

 

Dans la prière du cœur que je pratique, je répète "Seigneur Jésus"; mais, de fait,  qu'est-ce que je dis?  Est-ce que ces deux noms accolés n'en forment plus qu'un seul? Ce n'est pas impossible. 

 

Cependant, je crois que lorsque je prie, j'utilise essentiellement le prénom, Jésus. Je n'ai pas à réfléchir. C'est comme cela, et je pense que c'est lié au fait que ce Jésus, je l'ai rencontré quand j'avais une dizaine d'années, à un moment de rupture puisque je quittais ma mère pour entrer dans l'univers de mon père; je quittais aussi un lieu agréable à vivre pour me plonger dans un autre univers. Et ce Jésus-là a été mon frère, mon ami; alors c'était, et c'est, Jésus tout court. Dans le besoin, c'est: "Jésus s'il te plait". 

 

Il y a des années, j'ai été un peu perturbée quand je me suis rendue compte qu'en Allemand, le mot employé pour parler à Dieu, certes avec une majuscule c'est simplement Herr, Monsieur. Mon Sieur (Seigneur). Je m'étais alors demandé, puisque la langue structure la pensée, comment les allemands se représentaient ce monsieur Dieu! Mais il me semble qu'en allemand il y a une notion de respect infiniment plus considérable qu'en Français pour ce même mot.

 

Je crois surtout que, pour moi, "Monsieur" introduit de la distance. Comme on disait autrefois, on n'a pas gardé les cochons ensemble; et cela reste pour moi un fondement dans la relation avec Dieu, Dieu Père, mais surtout avec Jésus, le Fils. Car même si j'ose l'appeler par son prénom, c'est le nouveau nom, celui de la résurrection, celui que je connais sans le connaître, ce qui me permet de ne pas le posséder. On dit que connaître le nom de quelqu'un c'est avoir un pouvoir sur lui. Moi, j'ai la chance de connaître ce nom, qui comme le dit Paul, est au-dessus de tout nom, de fléchir le genou, mais de ne pas le chosifier. 

 

Ce qui m'a aussi touchée dans ce texte, c'est Marie qui s'assoit aux pieds de Jésus; et cela c'est actif, c'est sa décision. Et c'est ce choix qui lui permet ensuite d'écouter, de garder dans son cœur, de contempler. Mais l'action précède la contemplation. Il y a de la volonté la-dedans.

 

Revenons à ce qui nous est raconté par Luc.

 

Réflexions sur le texte.

 

Quand Marthe reçoit Jésus, il se présente comme quelqu'un qui a des disciples et qui demande l'accueil. Mais qui est-il pour elle? Je pense qu'il est un homme intéressant, dont elle peut-être un peu entendu parler, un Monsieur si je puis dire. 

 

Elle ne l'appelle pas par son nom, par son prénom, mais cela ne semble pas se faire dans les évangiles. Personne n'appelle Jésus "Jésus", ou même "Seigneur Jésus". Là, elle lui parle comme Marie de Magdala parlera au jardinier, du moins à celui qu'elle pense être un jardinier, au matin de la résurrection. 

 

Ensuite elle veut juste qu'il use de son autorité, et sa phrase est assez subtile, puisqu'elle en appelle à la sensibilité de Jésus. Est-ce que cela ne te fait rien qu'elle me laisse toute seule à tout faire pour te recevoir?

 

Marie, on ne sait pas comment elle l'appelle, cet homme aux pieds duquel, elle est allée s'installer, un peu comme un chien qui se met aux pieds de son maître. Si Marie de Béthanie est Marie de Magdala, mais cela rien ne le prouve, cet homme est pour elle son "Rabbouni"; j'aime les mots qui ont cette consonance en "ou". C'est un mot que moi, j'emploierais facilement. Mais dans ce qui est rapporté là, cette jeune femme, cette disciple, ne dit rien; elle attend.

 

Jésus répond directement à Marthe; en lui faisant remarquer qu'elle se prend la tête, qu'elle se soucie, qu'elle s'agite pour bien des choses. Il me semble que s'agiter, ce serait un peu le propre du sot, de l'insensé, ce qui ne doit pas trop plaire à Marthe qui se prend peut-être pour la femme parfaite de ce même livre des Proverbes. Là, elle se disperse, elle a perdu son assise, celle que Marie a justement trouvée en se mettant aux pieds de Jésus. 

 

Alors ce qui lui est demandé, au lieu de faire porter la responsabilité à sa sœur de cette sorte de colère qui gronde en elle à ce moment-là, c'est de prendre le temps de se poser, de réfléchir, de trouver ce qu'il y a de plus important, ce jour-là, à ce moment-là, parce qu'elle n'a peut-être pas compris que Jésus n'est pas qu'un guérisseur qui va de village en village, mais son Seigneur qui vient visiter son peuple. 

 

Et le texte s'arrête là, avec: "Marie a choisi la meilleure part, elle ne lui sera pas enlevée" ( ni par toi, ni par lui). Jésus prend en quelque sorte la défense de Marie; il est son prochain.

 

Je peux imaginer que ce qui s'est passé là a quand même pu faire réagir ceux qui ont accompagné Jésus dans la maison de Marthe (maison qui n'est pas la maison de Marie, il y a bien une différence de statut entre les deux sœurs). Peut-être pensaient-ils comme Marthe qu'une femme n'avait rien à faire aux pieds de Jésus, que la place d'une femme ce n'était pas là, et qu'elle faisait honte à sa sœur. 

 

Un disciple raconte

 

Le Maître avait un peu cloué le bec d'un pharisien qui avait demandé qui était son prochain, en racontant une sorte de parabole où il était question d'un homme attaqué par des brigands sur la route de Jérusalem à Jéricho, qui avait été volé, blessé, et presque tué. Il avait ensuite été question de trois personnes qui passaient là; et seule l'une d'entre elles, un Samaritain, prenait le temps de s'arrêter, de le soigner, de le conduire dans une auberge, de dépenser de l'argent pour lui. Les deux autres, un prêtre et un lévite, n'ont pas bougé le petit doigt, ils ont même changé de côté, pour ne pas être souillés par le blessé. Alors quand Jésus avait demandé au pharisien lequel avait été le prochain, il avait répondu que c'était celui qui avait fait quelque chose. Jésus lui a dit qu'il avait bien répondu - mais il est évident qu'il n'y avait pas d'autre réponse - et qu'il devait faire de même. 

 

Du coup je me suis demandé si en racontant cela, Jésus n'avait pas été le prochain du pharisien. Il me semble que quand Jésus guérit, il se fait bien le proche de tous. 

 

Nous sommes arrivés dans un village pour y passer la nuit et refaire nos forces. Parfois nous sommes accueillis, parfois pas. Là on a eu de la chance. Une femme s'est présentée, elle s'appelle Marthe et elle nous a invité chez elle. Je pense qu'elle avait dû entendre parler de nous et de Jésus. 

 

Nous sommes entrés chez elle; elle nous a donné de quoi nous rafraîchir, et elle est partie donner des ordres pour préparer le repas. C'est là que j'ai découvert qu'elle avait une sœur, plus jeune, Marie. Un très très joli brin de fille. Être disciple n'empêche pas de regarder. 

 

Et voilà qu'elle entre dans la pièce où nous étions, elle s'installe aux pieds de Jésus, comme le font les disciples; et elle buvait littéralement ce qu'il disait. Moi je me demandais si c'était vraiment sa place. Mais le Maître semblait heureux. Et il parlait de tout et de rien. Il y avait de la Paix entre nous. 

 

Mais ça s'est gâté d'un coup. En fait on entendait bien la voix de Dame Marthe qui donnait des ordres, les annulait, en donnait d'autres, et on avait l'impression qu'elle avait du mal à savoir où donner de la tête. Elle est arrivée dans la pièce, elle a regardé Jésus et elle lui a demandé sur un ton très autoritaire si ça ne lui faisait rien qu'elle soit toute seule à faire le service. Et qu'il devait dire à Marie de l'aider; vraiment elle n'avait pas l'air contente. Moi je sais que quand on donne des ordres comme cela à notre Maître, il n'aime pas du tout.

 

Il a pris un peu de temps, il l'a regardée et lui a dit une phrase étonnante pour moi. Je veux dire qu'il ne lui a pas donné raison, mais en quelque sorte il l'a renvoyée à elle-même. Il ne lui a pas dit si c'était bien ou mal, il lui a fait remarquer qu'elle s'agitait pour beaucoup de choses, alors qu'une seule était nécessaire; mais il n'a pas dit laquelle. Je crois qu'il voulait qu'elle la trouve toute seule cette chose. 

 

Il a conclu en disant que Marie avait choisi la meilleure part, et que le choix qu'elle avait ce jour-là lui appartenait; que c'était son choix à elle. Et que lui, Jésus, n'allait pas la faire sortir de cette pièce où il y avait une telle concorde.

 

Marthe est repartie, mais j'ai bien vu qu'elle s'était calmée. Marie est restée là. Le repas a pu commencer un peu plus tard, et surtout Marthe est venue s'asseoir avec nous, avec sa sœur, avec Jésus, et je crois que c'était cela le principal. Là encore, il avait mis de la Paix, il avait sûrement guéri, il avait été le prochain de ces deux femmes. 

 

Que j'en ai de la chance d'avoir été choisi par un tel Maître.

 

Puis Jésus partira de là, il ira ailleurs, et il parlera à ses disciples de la prière et de la bonté de son Père.

jeudi, juillet 14, 2022

Luc 10, 25-37. Le bon Samaritain. Année C 15° dimanche du temps ordinaire.

 

Lecture bien connue de ce passage de l'évangile de Luc, d'autant que c'est un épisode qui n'appartient qu'à cet évangéliste, et que cet adjectif de bon, comme pour le bon larron, de mon point de vue, ne veut pas dire grand-chose. Mais c'est une convention de langage. À ce propos, nous les français, rajoutons du pauvre un peu partout, alors qu'en latin il n'existe pas. "Peccatores" pécheurs, se suffit largement à lui-même!

 

J'en commenté ce texte il y a bien des années: https://giboulee.blogspot.com/2014/10/le-bon-samaritain-luc-10-25-37.html

 

Ma conclusion était que Jésus, qui est mis à l'épreuve par ce pharisien, se trouvait dans la situation de celui qui est attaqué, et qui risque de se faire tuer. 

 

Il est alors possible de voir en lui cet homme blessé qui git sur la route, et dont nous avons aussi à prendre soin; ou encore: prendre soin de son église; et je sais que traditionnellement, les Pères de l'Église, disent que dans cet homme nous pouvons voir l'espèce humaine blessée, qui git sur le bord de la route, à cause du mal qui lui est fait par le malin, ou par son péché. Jésus vient à son secours, à notre secours. J'ai aussi entendu il y a fort longtemps une autre interprétation, qui parle de cet homme qui descendait des hauteurs de Jérusalem, lieu de la Présence, et qui n'est plus sur ses gardes, et qui en se rendant dans les profondeurs de notre vie de tous les jours (Jéricho est en dessous du niveau de la mer), se fait attaquer par le Malin. 

Je crois me rappeler que le frère Hugues, moine "bénédictin dans la ville", nous mettait un peu en garde sur ce qui peut se passer quand on sort de la messe du dimanche...

 

En travaillant ce texte aujourd'hui, en l'étudiant, il me semble que cette parabole, donnée en réponse à ce pharisien qui veut mettre Jésus à l'épreuve, arrive dans un certain contexte. Et on peut noter que, contrairement à ce qui se passe pour le notable riche (je reste dans l'évangile de Luc) - qui ne suivra pas Jésus à cause de ses richesses, ce qui permet à Jésus d'en tirer tout un enseignement - ici, il ne se passe rien. On ne sait pas du tout ce qui a pu se passer dans la tête de cet homme.

 

Revenons au chapitre précédent. C'est le chapitre où se trouve, après ce que nous appelons la confession de foi de Pierre, la première annonce de la passion (verset 9,22) « Il faut que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu’il soit tué, et que, le troisième jour, il ressuscite. »; on peut imaginer que les disciples ont eu bien du mal à entendre cela. Ce qui est un peu confirmé par la version mathéenne, Mt 16, 23, où Jésus traite Simon-Pierre de Satan.

 

 Adviennent ensuite la transfiguration, la seconde annonce de la passion, et - seulement pour Pierre, Jean et Jacques - la guérison de l'enfant épileptique (racontée ici très sobrement); puis le village samaritain que refuse de recevoir Jésus et sa troupe - car ils vont en direction de Jérusalem, et, peut-être parce que Jésus se rend compte que le temps lui est compté et que l'annonce doit être faite, la nomination des soixante-douze au début du chapitre 10, celui que la liturgie continue à nous fait découvrir ce dimanche.

 

Quand les nouveaux missionnaires reviennent fourbus mais certainement très fiers d'eux, c'est un peu la douche froide qui leur tombe dessus, car Jésus leur dit: 44 "Ouvrez bien vos oreilles à ce que je vous dis maintenant : le Fils de l’homme va être livré aux mains des hommes", ce qui reprend ce qui a déjà été dit mais seulement aux Douze. 

 

Si le verset suivant ajoute que "les disciples ne comprenaient pas cette parole; qu'elle leur était voilée, si bien qu’ils n’en percevaient pas le sens, et qu'ils avaient peur de l’interroger sur cette parole", cela montre bien que cette affirmation ne pouvait être acceptée. En effet, elle fait trop peur, parce que l'avenir glorieux s'éloigne.

 

Et en parler à Jésus, demander des explications, c'est quand même prendre un sacré risque, si on se réfère à l'évangile de Matthieu. 


Luc rapporte ensuite que c'est à ce moment-là que la décision de monter à Jérusalem est prise. L'évangéliste parle au verset 51 de l'aspect pris par le visage de Jésus, que certaines traductions rendent par "durci" ce qui évoque le troisième chant du serviteur du prophète Isaïe. 50, 7 "Le Seigneur mon Dieu vient à mon secours ; c’est pourquoi je ne suis pas atteint par les outrages, c’est pourquoi j’ai rendu ma face dure comme pierre : je sais que je ne serai pas confondu". 

 

Et alors c'est la rencontre avec trois hommes, l'un, un notable qui veut s'engager à la suite de Jésus, mais que ce dernier décourage en insistant sur le fait que même si Jésus est un Rabbi, il n'a pas de lieu pour reposer sa tête; l'autre un inconnu, qui vient de perdre son père et qui demande un délai et que Jésus appelle à devenir un homme de vie, enfin un troisième qui voudrait faire ses adieux à sa famille et que Jésus semble rejeter. Et c'est le nouveau chapitre que la liturgie nous demande d'explorer.

 

Après l'appel des soixante-douze, leur retour, leur joie, et l'exultation de Jésus, sous l'action de l'Esprit Saint, qui conclut en leur disant « Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez ! Car, je vous le déclare : beaucoup de prophètes et de rois ont voulu voir ce que vous-mêmes voyez, et ne l’ont pas vu, entendre ce que vous entendez, et ne l’ont pas entendu. », c'est alors qu'arrive la péricope de ce jour. Peut-être est-ce là que ce "ce "monsieur pharisien", qui se trouve là, peut penser que cet homme, qui vient de dire que l'important c'est d'avoir son nom inscrit dans les cieux, il est quand même un peu étonnant. Alors il veut savoir ce qu'il a dans le ventre, cet homme qui se prend pour un prophète, voir s'il est un bon juif, malgré tout ce qu'il peut raconter. 

Car, si je reprends ce que Luc rapporte, Jésus fait comprendre que ce qui arrive dans l'aujourd'hui à Israël, c'est ce qui avait été annoncé par les prophètes, qui eux, n'ont pas eu la chance d'en voir la réalisation, Et que cela se réalise grâce à lui Jésus, qui n'a même pas fait d'études et qui se fait appeler Rabbi.

 

Et le voilà, lui le pharisien, qui pose une demande classique, à savoir comment avoir en héritage la vie éternelle. Là ce n'est pas la polémique sur le plus grand des commandements, ce qui sera demandé bien plus tard, soit par un scribe (évangile de Matthieu 22? 36-40), soit par un docteur de la loi Marc Mc 12, 21-31; ces épisodes se passeront peu de temps avant la passion. 

 

Le texte

 

 

25 En ce temps-là, voici qu’un docteur de la Loi se leva et mit Jésus à l’épreuve en disant : « Maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle ? »

 

Il s'agit donc d'une "épreuve", d'un test; on sait que ce même mot apparaît dans la Genèse, quand Le Seigneur met Abraham à l'épreuve. Et la question "avoir en héritage la vie éternelle" m'a toujours interrogée. Qu'est-ce qu'on met derrière cela? Et peut-on posséder cette vie, comme on possède une chose?

 

Dans l'évangile de Jean, on a des réponses qui sont centrées sur le Christ. "La vie éternelle, c'est qu'ils te connaissent toi,  le vrai Dieu ,et celui que tu as envoyé Jésus-Christ". Et plus tard, Matthieu donnera lui-même une autre réponse Mt 22, 27-29, mais on est proche de la fin et Jésus dit que ceux qui ont tout quitté pour le suivre, auront en héritage la vie éternelle. Ce sont deux approches centrées sur la personne de Jésus, qui sont quand même bien différentes dans leur teneur.

 

Par ailleurs il me semble que le prophète Michée donne une réponse au "faire" (Mi 6,8): "On t'a fait connaître ô homme ce qui est bien: C'est que tu pratiques la justice, que tu aimes la miséricorde et que tu marches humblement avec ton Dieu."

 

 Mais ici, il s'agit d'une peur de mourir et de passer à côté de quelque chose, d'être exclu de l'héritage, de ne pas recevoir ce qu'on pense être dû. Retrouver peut-être l'héritage qui a été perdu par Adam, car c'est bien ce que content certains Midrashims: il me semble y avoir lu, qu'après avoir mangé le fruit, Adam qui était très grand a rapetissé ,et perdu aussi de ce fait une vie qui n'aurait pas dû connaître la mort.

 


26 Jésus lui demanda : « Dans la Loi, qu'y a-t-il d'écrit, comment lis-tu?

 27 L’autre répondit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force et de toute ton intelligence, et ton prochain comme toi-même. »

 

28 Jésus lui dit : « Tu as répondu correctement. Fais ainsi et tu vivras. »

29 Mais lui, voulant se justifier, dit à Jésus : « Et qui est mon prochain ? »

Qu’y a-t-il d’écrit ? Et comment lis-tu ? »

  

Jésus se met à son niveau, il lui demande de trouver ce que dit l'écriture, le Pentateuque. La parole, que dit-elle et comment toi, la lis-tu? Comment, toi, lui donnes-tu du sens? Je trouve très important cette question sur le "comment lis-tu", parce que c'est une question qui nous concerne. Comment lisons-nous la parole? Avec quel filtre?

 

Ce qui est intéressant c'est que chez Marc et Matthieu, cette réponse-là, qui inclut deux commandements, et qui sera donnée à une autre question toute aussi rhétorique, celle du plus grand des commandements, apparaîtra beaucoup plus tard, Mais cela prouve que ces deux commandements étaient déjà associés, le vertical et l'horizontal. Mais du coup, c'est le questionneur qui est questionné, et il ne doit pas aimer. Même si c'est de bonne guerre. 

 

Donc, bonne réponse, bon élève, mais le bon élève veut aller plus loin et c'est la discussion sur le proche, prochain. Et puis, peut-être qu'il ne veut pas s'en laisser remontrer par ce petit prophète de Galilée.

 

30 Jésus reprit la parole : « Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho, et il tomba sur des bandits ; ceux-ci, après l’avoir dépouillé et roué de coups, s’en allèrent, le laissant à moitié mort.

 

Cet homme revient de la ville de la vie, sur les hauteurs, à la ville de la mort, en dessous du niveau de la mer. Et il n'est pas sur ses gardes. Le voilà attaqué, et on lui prend tout. Ce qui évoque un peu la parabole sur l'homme fort et bien armé qui se fait dépouiller.

 

31 Par hasard, un prêtre descendait par ce chemin ; il le vit et passa de l’autre côté.

32 De même un lévite arriva à cet endroit ; il le vit et passa de l’autre côté.

 

Les religieux qui connaissent trop bien la loi. On ne touche pas ces gens-là de peur d'être souillé pas eux. Mais voilà: c'est le légalisme qui bloque l'amour. Jésus n'a pas dit un pharisien, qui passait par là, certainement pour ménager l'homme et c'est beau. La légalité plus forte que la compassion et l'amour.

 

33 Mais un Samaritain, qui était en route, arriva près de lui ; il le vit et fut saisi de compassion.

34 Il s’approcha, et pansa ses blessures en y versant de l’huile et du vin ; puis il le chargea sur sa propre monture, le conduisit dans une auberge et prit soin de lui.

35 Le lendemain, il sortit deux pièces d’argent, et les donna à l’aubergiste, en lui disant : “Prends soin de lui ; tout ce que tu auras dépensé en plus, je te le rendrai quand je repasserai.”

 

Les autres passent, lui il est en route, mais on ne sait pas pour où. Et lui, il ne détourne pas son regard.  Et il prendra des nouvelles, quand il repassera. 

 

36 Lequel des trois, à ton avis, a été le prochain de l’homme tombé aux mains des bandits ? »

37 Le docteur de la Loi répondit : « Celui qui a fait preuve de pitié envers lui. » Jésus lui dit : « Va, et toi aussi, fais de même. »

 

Et c'est la question: lequel a été le prochain (proche, fraternel, amical, sauveur) de l'homme qui est seul, abandonné, mourant.

 

Ce qui me frappe, c'est que le pharisien ne dit pas "le Samaritain", comme si cela lui aurait écorché la bouche. Non, il se contente de répondre en disant: "celui qui a fait preuve de pitié".

 

La réponse de Jésus est sobre. 

C'est d'abord le "va" qui peut évoquer celui du Très Haut à Abraham: Va vers toi, va sur ton chemin; poursuis ta route; sur ta route.

 

Puis c'est "et fais de même". Ne te laisse pas engluer par ce que tu sais, par le légalisme, et fais comme ce samaritain que tu méprises. 

 

C'est un chemin de vie qui lui est proposé. Entendra-t-il?

 

Le pharisien raconte.

 

J'ai entendu parler de ce Jésus de Nazareth, et j'ai voulu me faire une opinion sur lui. On dit qu'il a nourri une foule avec cinq pains et deux poissons. On m'a dit aussi qu'il avait guéri un enfant épileptique en expulsant le démon qui était en lui. On dit beaucoup de choses, alors moi aussi je veux voir, je veux savoir. Serait-il celui que certains disent qu'il est: le nouvel Elie? 

 

Alors je me suis mêlé à la foule qui l'entoure. Avec les disciples qui sont autour de lui ce n'est pas si simple. À ce qu'on dit, il compte aller à Jérusalem. Et puis j'ai pu l'approcher. Et je l'ai entendu dire à ses disciples qu'ils étaient heureux de voir ce qu'ils voyaient. Que beaucoup de prophètes et de rois ont voulu voir ce qu'eux voyaient, entendre ce qu'ils entendaient, mais qu'ils ne l'avaient pas entendu. Je me suis vraiment demandé qui il était, pour qui il se prenait. J'étais assis au milieu de tous ces autres, ces publicains, ces pécheurs, et les disciples. Et je me suis levé comme on le fait quand on veut poser une question, pour être entendu de tous. Je me suis mis debout, mes pieds bien sur le sol, parce que je suis sûr de moi, sûr de ma foi, sûr de mon Dieu. Et parce que je voulais voir s'il était capable de répondre à ces questions qui nous agitent tant, nous qui essayons de vivre le plus parfaitement possible, et qui espérons être des justes aux yeux du Très Haut.

 

C'était un peu le mettre à l'épreuve. Mais en fonction de sa réponse, je saurai s'il faut prévenir ceux de Jérusalem de le mettre à mort. Je lui ai demandé ce que je devais faire pour avoir la vie éternelle en héritage. Je reconnais que c'est une question qui nous agite beaucoup. Et là, il n'a pas répondu, il a osé me retourner ma question. Il m'a demandé ce qu'il y avait d'écrit dans la loi pour répondre à cela, et comment moi, j'interprétais cela. Je me suis senti coincé, mais avec les disciples tout autour de nous, j'ai répondu que je devais aimer le Seigneur de tout mon cœur, de toute mon âme, de toute ma force et de toute mon intelligence. Et j'ai ajouté, que je devais aussi aimer mon prochain comme moi-même. 

 

Je sais que cela je le dis, mais de là à le vivre, c'est autre chose. Mais que pouvais-je dire d'autre? Lui m'a dit que j'avais bien répondu. Et je me suis retrouvé comme un disciple débutant qui a bien répondu à une question posée par son Maître. Je ne pouvais pas en rester là. Alors je lui ai demandé qui était mon prochain.

 

Et là, à ma grande surprise, il s'est mis à raconter une histoire. Les autres étaient suspendus à ses lèvres. Il a parlé d'un homme qui descendait de Jérusalem à Jéricho et qui était tombé sur des brigands. C'est vrai que la route n'est pas sûre. Ceux-ci lui avaient tout pris, l'avaient battu et l'avaient laissé à moitié mort au bord du chemin. Je me suis demandé si cela aurait pu m'arriver, en revenant de Jérusalem. On ne sait rien de l'homme attaqué par les bandits. 

 

Puis il a dit qu'un prêtre était passé, mais ne s'était pas arrêté. Non seulement il ne s'est pas arrêté, mais il est passé au loin, de l'autre côté, comme pour ne pas être contaminé. A dire vrai cela ne m'étonne pas. Un prêtre n'a pas le droit de toucher un homme qui baigne dans son sang.

 

Puis un lévite était passé, et lui non plus ne s'était pas arrêté. Et avait lui aussi changé de côté.  Au fond de moi, je me disais que quand même, ils auraient pu au moins s'arrêter, voir dans quel état il était, prévenir. Mais non, rien. Ni l'un ni l'autre. 

 

Un samaritain était alors arrivé. Mais lui, il s'est arrêté. Il a vu qu'il y avait un homme à terre, il a eu pitié de cet homme et il lui a porté secours. Il a pansé ses blessures en versant du vin et de l'huile, il l'a chargé sur sa monture et l'a déposé dans l'auberge où lui-même comptait passer la nuit. Et il a pris soin de lui. Le lendemain, comme il devait repartir, il a laissé deux pièces d'argent à l'aubergiste en lui disant de prendre soin de cet homme, de dépenser ce qu'il fallait et qu'il le rembourserait si les deux pièces ne suffisaient pas. Mais pourquoi diable ce Jésus a-t-il parlé d'un samaritain, ces maudits, ces adultères? 

 

Et il m'a demandé lequel des trois s'était montré le prochain de l'homme qui était tombé aux mains des bandits. Que pouvais-je répondre? Bien sûr que seul le samaritain s'était montré le prochain, mais dire samaritain ça m'aurait brûlé les lèvres. J'ai alors répondu: "Celui qui a fait preuve de pitié envers lui". je n'avais pas le choix. Et là Jésus a eu une phrase étonnante. Il m'a dit " Va, et fais de même". 

 

Je veux dire que ce "va", que je pouvais entendre comme: Je t'ai répondu, poursuis ton chemin, retourne chez toi; je l'ai entendu comme jadis Abraham, lorsque le Seigneur lui dit: quitte ton pays, ta parenté, la maison de ton père, et va vers le pays que je te montrerai. C'est comme s'il me disait ouvre ton cœur, quitte ta manière de voir, ta loi, tes commandements, tes préceptes, et va, ouvre les yeux et sois le prochain de ceux qui sont dans le besoin. Ne fais plus des catégories pour savoir qui a besoin de toi. Et je suis parti, transforméJe crois que ce Jésus, il a été mon prochain. 


 

 En général après avoir laissé les mots venir pour raconter ce qui s'était passé, j'ai envie de deux choses. La première est de laisser Jésus raconter, la deuxième de m'interroger sur le mot pharisien. 

 

Comme je l'ai écrit, tous les évangiles parlent de cet homme riche, qui appelle Jésus "bon maître" et qui désire lui aussi avoir la vie éternelle en héritage. On sait que Jésus lui demande de mettre en pratique les commandements qui pour nous démarrent avec l'ordre d'honorer son père et sa mère et qui interdisent l'adultère, le vol, le meurtre. La réponse de l'homme (du jeune homme), provoque quelque chose chez Jésus, qui le regarde et qui l'aime et qui lui dit que s'il veut plus, il doit vendre tous les biens, les donner aux pauvres et le suivre, ce que cet homme ne veut faire à cause de ses biens. Mais aussi le regard de Jésus qui a changé durant l'entretien. Ce que je veux dire, et c'est ce qui m'a été comme soufflé, c'est que ce pharisien, Jésus a été capable de l'aimer lui aussi. Or quand nous lisons le mot pharisien, d'emblée, nous avons tendance à nous raidir, à penser pas bon, obsessionnel, calculateur; bref: mauvais. Et je me suis dit que moi, des personnes que j'ai tendance à considérer comme des pharisiens, j'en connais, et que mon jugement était loin de leur être favorable. Alors peut-être que cette parabole elle est aussi pour moi. Il y a des personnes que l'évite, dont je me détourne parce que j'ai trop tendance à ne voir en elles que des personnes rigoristes, légalistes, alors qu'elles ont, elles aussi besoin d'être écoutées, qu'on leur tende la main, bref que je sois leur prochain. Mais je reconnais que c'est de l'ordre des travaux d'Hercule. Mais qui sait… 

 

Et là je peux terminer en revenant à Jésus et à le laisser raconter.

 

Jésus raconte

 

J'avais envoyé mes soixante-douze nouveaux disciples dans tous les villages et les villes où je compte me rendre avant de monter à Jérusalem, parce que maintenant le temps m'est compté. Je sais que cette Pâque sera la dernière. Quand ils sont revenus, ils étaient beaux malgré leur fatigue. Le prophète Isaïe n'a-t-il pas écrit: "Qu'ils sont beaux, les pieds de celui qui annonce les bonnes nouvelles, qui publie la paix! Qui apporte le salut, et dit à Sion que son Dieu règne" (Is 52, 7). 

 

J'ai exulté de joie, et j'ai proclamé que je n'étais que louange pour mon Père qui avait choisi des pauvres et des petits pour remplir leur bouche de son Esprit et qui n'avait pas choisi les savants et ceux qui croient tout connaître. Et je l'ai loué mon Père. Et je leur ai dit qu'ils étaient heureux de voir se réaliser ce que les prophètes avaient tant souhaité. Et moi, j'étais tellement heureux avec eux. 

 

Et là, brutalement quelqu'un s'est levé, comme s'il avait été éjecté de son siège, bien qu'il ait été comme tous les autres assis sur le sol. C'était un pharisien, vêtu comme il le faut. Il a pris un air un peu soumis, comme si j'étais un de ces maîtres qui enseignent dans le Temple, et il m'a demandé ce qu'il devait faire, lui, pour avoir en héritage la vie éternelle. Comme si je ne savais pas que cette question-là, ils en débattent entre eux depuis des lustres? J'avais l'impression qu'il voulait me tester, savoir ce que j'avais dans le ventre, moi le prophète de Galilée qui ose appeler le Très Haut son Père. Et je l'ai pris à son propre jeu, en lui demandant ce qu'il y avait dans la Loi, ce que lui y lisait et comment lui, il la lisait cette loi. 

 

Je pense qu'il a été déçu, car il n'y aurait peut-être pas de joute oratoire avec moi, mais sait-on jamais. Il m'a répondu en citant le premier commandement du Deutéronome, celui qui concerne mon Père, et le commandement du Lévitique qui concerne le prochain. J'étais content qu'il cite les deux. Le premier vers le haut si je puis dire, le second vers l'horizontal, comme le sera un jour la croix sur laquelle je reposerai. Et je lui ai dit qu'il avait bien répondu. 

 

Seulement, comme je m'y attendais un peu, il en voulait plus. Que voulait-il vraiment? Je ne sais pas, mais j'ai eu envie de lui raconter une parabole pour lui, pour lui tout seul. Il me plaisait bien cet homme, il cherchait quelque chose, et ce quelque chose, je voulais qu'il le trouve. Il m'a alors demandé, histoire de relancer le débat, qui était son prochain. Cela je sais que c'est aussi un grand sujet de discussion entre eux. Dans la Torah, il y a des peuples qu'il faut haïr encore aujourd'hui. Et s'il y a tant de lois dans le Lévitique, c'est bien que les choses de la vie ne sont pas simples, et que la haine est souvent plus à leur portée que l'amour du prochain.

 

Alors je lui ai raconté l'histoire d'un homme qui après avoir été à Jérusalem (comme lui quand il y monte pour les grandes fêtes et pour retrouver certains de ses amis), redescendait chez lui, un peu sur un petit nuage, pas sur ses gardes. Cela je ne l'ai pas dit.

 

Et il avait été attaqué par des bandits, dépouillé de tous ses biens, frappé, laissé pour mort sur le bord du chemin. Et sa vie ne tenait qu'à un fil, avec la chaleur qui allait venir.

 

Et des hommes sont passés. Le premier, j'ai dit que c'était un prêtre, parce que les prêtres il les connait bien mon ami le pharisien. Et le prêtre s'est empressé de changer de côté, ne pas le voir, ne pas le toucher, ne pas être souillé. Cette peur du sang, cette peur de la souillure qui empêcherait d'accomplir son office, comme si c'était cela que voulait mon père. "Si j'ai faim ou soif irai-je vous le dire? Le ciel et la terre m'appartiennent". C'est pourtant un des psaumes qu'ils récitent souvent (Ps 49,12). Et il a poursuivi son chemin.

 

Puis c'est un lévite que j'ai fait venir sur le chemin; et lui non plus, il n'a rien fait. Et pourtant mon prophète Michée, ils le connaissent. Ils savent bien ce qu'il faut faire pour m'être agréable, pratiquer la justice, aimer la miséricorde et marcher humblement avec Moi. L'homme me regardait. Je ne sais ce à quoi il pensait. 

 

J'ai alors choisi de faire descendre sur cette route qui va de Jérusalem à Jéricho, cette route que je connais bien et que je prendrai moi aussi un jour, mais dans l'autre sens, un Samaritain. Je sais que les pharisiens les détestent tous. Lui, il n'a fait ni une ni deux. Il ne s'est pas posé de questions. Il s'est approché du blessé, il l'a soigné, est allé jusqu'à le mettre sur sa propre monture, et l'a déposé à l'auberge dans laquelle il allait passer la nuit. Il lui a donné son lit, il l'a veillé. Au matin, il est parti, mais en donnant deux pièces d'argent à l'aubergiste pour le soigner et en lui disant de ne pas compter, qu'il lui rembourserait lors de son prochain passage ce qu'il lui devait s'il devait dépenser plus.

 

Je me suis arrêté là, et je lui ai demandé lequel des trois avait été le prochain de l'homme à terre. Il aurait pu me dire, le Samaritain, mais je pense que c'était trop difficile pour lui de prononcer ce mot; alors il a juste répondu "le troisième". Mes disciples pensaient bien la même chose, cela se voyait sur leur visage. 

 

Je l'ai alors regardé et je lui ai signifié qu'il pouvait partir, qu'il pouvait aller, qu'il était comme armé pour retourner d'où il venait, et qu'il lui fallait faire de même, être miséricordieux non pas comme ce samaritain mais comme mon Père. Et j'ai bien vu que ma parabole avait fait son chemin en lui. Et moi, je prends la route, ma route, l'autre route. Et je vais encore en voir des pharisiens, des lévites, des prêtres. 

dimanche, juillet 03, 2022

Lc 10, 1-20. 21-22. l'envoi des disciples

 DIMANCHE 3 JUILLET. Lc 10, 1-12, 17-19

 

1 En ce temps-là, parmi les disciples, le Seigneur en désigna encore soixante-douze, et il les envoya deux par deux en avant de lui, en toute ville et localité où lui-même allait se rendre.

 

2 Il leur dit : « La moisson est abondante, mais les ouvriers sont peu nombreux. Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers pour sa moisson.

Allez ! Voici que je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups.

Ne portez ni bourse, ni sac, ni sandales, et ne saluez personne en chemin.

5 Mais dans toute maison où vous entrerez, dites d’abord : ‘Paix à cette maison.’

6 S’il y a là un ami de la paix, votre paix ira reposer sur lui ; sinon, elle reviendra sur vous.

 

Restez dans cette maison, mangeant et buvant ce que l’on vous sert ; car l’ouvrier mérite son salaire. Ne passez pas de maison en maison.

8 Dans toute ville où vous entrerez et où vous serez accueillis, mangez ce qui vous est présenté.

Guérissez les malades qui s’y trouvent et dites-leur : “Le règne de Dieu s’est approché de vous.” »

 

10 Mais dans toute ville où vous entrerez et où vous ne serez pas accueillis, allez sur les places et dites:

11“Même la poussière de votre ville, collée à nos pieds, nous l’enlevons pour vous la laisser. Toutefois, sachez-le : le règne de Dieu s’est approché.”

12 Je vous le déclare : au dernier jour, Sodome sera mieux traitée que cette ville. »

 

17 Les soixante-douze disciples revinrent tout joyeux, en disant : « Seigneur, même les démons nous sont soumis en ton nom. »

18 Jésus leur dit : « Je regardais Satan tomber du ciel comme l’éclair.

19 Voici que je vous ai donné le pouvoir d’écraser serpents et scorpions, et sur toute la puissance de l’Ennemi : absolument rien ne pourra vous nuire.

20 Toutefois, ne vous réjouissez pas parce que les esprits vous sont soumis ; mais réjouissez-vous parce que vos noms se trouvent inscrits dans les cieux. »

 

21 À l’heure même, Jésus exulta de joie sous l’action de l’Esprit Saint, et il dit : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. Oui, Père, tu l’as voulu ainsi dans ta bienveillance.

22 Tout m’a été remis par mon Père. Personne ne connaît qui est le Fils, sinon le Père ; et personne ne connaît qui est le Père, sinon le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler. »

23 Puis il se tourna vers ses disciples et leur dit en particulier : « Heureux les yeux qui voient ce que vous voyez !

24 Car, je vous le déclare : beaucoup de prophètes et de rois ont voulu voir ce que vous-mêmes voyez, et ne l’ont pas vu, entendre ce que vous entendez, et ne l’ont pas entendu. »

 

Les versets en rouge ne figurent pas dans la péricope de ce jour, mais pour moi, ils sont inséparables du reste du texte. Et ils sont pour moi fondamentaux. D'une part, c'est une révélation de la Trinité, mais ils sont aussi pour moi fondement de mon appel à la vie de disciple, de disciple à qui un père a été donné.

 

 

Travail sur le texte.

 

Si on fait le compte des ordres de Jésus, ça en fait beaucoup. 

 

Sur le chemin

Priez pour que d'autres s'adjoignent à vous;

Partez, même si c'est dangereux;

Ne prenez rien pour vous sécuriser ou vous alourdir.

Ne perdez pas de temps à saluer, il y a urgence.

 

Le lieu où l'on est accueilli

Donnez la paix là où vous êtes reçus.

Mangez ce que l'on a préparé.

Ne changez pas de lieu (si ça ne vous plaît pas)

 

La ville où vous arrivez

Accepter l'hospitalité. Mangez sans chipoter et tant pis si ce n'est pas de la nourriture pour les juifs.

Faites du bien: en guérissant et en disant que le règne de Dieu s'est approché. 

Si vous êtes rejetés, n'acceptez rien, même pas la poussière que vous pourriez emporter; mais malheur à cette ville.

 

Ce qui s'est alors passé?

Retour des disciples dans la joie. Et joie de Jésus qui voit l'ennemi reculer.

Don de puissance: rien ne pourra vous nuire.

La joie ne vient pas de là, mais de ce que vous êtes inscrits au livre de la vie.

 

 

Un disciple raconte.

 

Il m'a choisi, il m'a choisi! Que j'étais heureux! Et nous étions soixante-douze à avoir eu ce privilège. Nous étions un peu comme les anciens que Moïse avait choisis autrefois. Quand il nous a envoyés deux par deux pour préparer les villes et les villages où lui-même devait se rendre, j'ai sauté de joie. Enfin il nous faisait confiance, enfin il nous demandait quelque chose de concret.

 

Seulement ça n'a pas vraiment duré, ma joie. Parce que partir, oui, ça c'était bien, mais nous dire que nous ne sommes pas assez nombreux, et que nous devons prier le maître de la moisson de susciter qu'autres disciples, ça a un peu cassé ma joie. Je veux bien prier le maître de la moisson, mais pour lui demander que ça se passe bien pour nous, pour que nous ne soyons pas rejetés, pour qu'il ne nous arrive rien sur la route. Que Jésus se sente seul oui, mais pour le moment, moi, j'ai besoin de la force du Très Haut. 

 

Ensuite il a ajouté qu'il nous envoyait comme des agneaux au milieu des loups. Moi qui ne suis déjà pas trop rassuré, entendre ça, ça n'a rien arrangé. Ensuite ne rien prendre avec soi. Moi j'ai besoin d'avoir un peu d'argent sur moi, parce que c'est une sécurité, j'aime bien aussi avoir un bâton parce qu'on ne sait jamais qui on va rencontrer sur la route, les voleurs ça existe, les serpents aussi. Et puis des sandales de rechange avec les mauvais chemins, ce n'est pas du luxe. Mais bon c'est comme ça, alors j'ai laissé mon argent, mis les sandales de côté et laissé mon bâton à un ami. 

 

Et puis il nous a interdit de saluer les personnes que nous pourrions rencontrer. Là je n'ai pas trop compris. Peut-être qu'il a peur que cela nous ralentisse et pour lui, il y a urgence. Enfin rencontrer des personnes connues, je reconnais qu'il ne doit pas y en avoir beaucoup. 

 

Il nous a ensuite expliqué ce que nous devions faire quand nous aurions été accueillis dans une maison. Mais la maison, c'est vraiment celle qui voudra bien s'ouvrir pour nous recevoir, et là, j'ai un peu peur. Qui va accepter d'ouvrir sa porte? Enfin pour lui, c'est évident. 

 

Alors la première chose à faire c'est de saluer en disant Shalom. Mais pour lui, c'est plus qu'un salut, c'est vraiment envoyer la Paix du très Haut sur cette maison et sur tous ses habitants; sauf que moi, je ne les connais pas ces habitants. Et là, il a dit que si dans cette maison il y avait un ami de la Paix, la paix irait reposer sur lui, et que s'il n'y avait personne, la Paix reviendrait sur nous. 

 

Alors là, quelque chose s'est passé pour moi. Je me suis senti riche de quelque chose, le dépositaire. C'est comme si la Paix était la colombe de notre Père Noé, et que je la lâchais. Et elle allait reposer sur un autre que moi si elle sentait qu'il y avait un ami de la paix dans cette maison, ou revenir sur moi comme pour être à l'abri. C'est comme si la Paix avait fait sa demeure en moi, et là, je me suis senti riche de quelque chose, même si je devais n'avoir aucune provision avec moi. 

 

Il nous a demandé d'accepter ce que nos hôtes nous proposeraient à manger et même si ce n'était pas extra, de rester chez eux; il nous a demandé de guérir les malades et de dire que le royaume de Dieu, le règne de Dieu, je ne sais plus ce qu'il a dit exactement, s'est approché. Guérir les malades, chasser les démons, quel pouvoir il nous a donné là, mais c'est comme cela que ceux que nous allons rencontrer comprendront que quelque chose de nouveau se passe, que quelque chose de nouveau est à l'œuvre en notre Maître.

 

Il a aussi parlé de ce qui me fait tellement peur: ces villes ou ces villages qui ne voudraient pas de nous. Il a dit qu'un jour il y aurait un châtiment, mais cela c'est dans le futur, mais que nous, nous avions juste à leur montrer que puisqu'elles ne veulent pas de nous, nous non plus nous ne voulons rien d'elles, pas même poussière de leur chemin, comme si cette poussière était toxique. 

 

Il a cité ces villes où lui-même est passé, et où il a fait des guérisons, où il a enseigné, et qui n'ont pas changé de comportement, et il a parlé de châtiment. Mais bon, c'est le futur, moi je vis dans le présent. 


Et dans le présent, nous avons été accueillis, et dans le présent nous avons apporté des guérisons, et nous avons parlé de lui qui allait passer, et parlé du Salut. Et nous sommes revenus. 

 

Et là, même si nous étions fatigués, nous étions remplis de joie et notre joie est devenue la sienne. Il nous a dit que même si nous étions loin, lui il voyait ce que qui s'était passé, qu'il avait vu le Mal reculer, chaque fois que nous avions guéri ou expulsé des démons; mais il a dit de ne pas nous réjouir de cela -comme si ce n'était rien, mais d'être dans la joie parce que nos noms sont inscrits dans les cieux. Et j'ai pensé à ce que Abigaïl avait dit à David lorsqu'elle est venue à sa rencontre. Elle lui a dit que "son âme était ensachée dans le sachet de vie auprès du Seigneur Dieu". Et c'est comme si Jésus nous disait la même chose. Notre nom était dans le livre de la vie.

 

Et tandis que cette pensée de reconnaissance était en moi, Jésus s'est mis debout, il a exulté je pense sous l'action de l'Esprit. Et ça se voyait dans ses yeux, dans sa voix, et il a chanté la louange de celui qu'il appelle son Père, en disant: "je te bénis Père, d'avoir caché cela aux sages et aux savants et de l'avoir révélé aux tous petits".

 

Et là je savais que moi, j'étais ce tout petit, et qu'à ce tout petit, ignare, le Père avait parlé, le Père s'était comme montré, et moi aussi ma joie était parfaite. Et il a ajouté, mais ai-je bien compris, que "tout lui avait été remis par le Père, que nul ne connaît le Fils si ce n'est le Père, que nul ne connaît le Père si ce n'est le fils et celui a qui le Fils veut bien le révéler". 

 

Et moi, le tout petit disciple, moi l'inculte, eh bien je rentrais dans ce tourbillon, dans cette révélation, elle était pour moi et j'irais par le monde entier pour l'annoncer.

 

Puis il nous a regardés les uns après les autres. Je buvais les paroles de sa bouche. Il nous a dit que nos yeux pouvaient se réjouir de voir ce qu'ils avaient vu, et que bien des prophètes et des rois des temps passés auraient voulu le voir, mais ne l'avaient pas vu. Et moi, j'étais dans l'allégresse.