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samedi, juillet 20, 2019

Marthe et Marie racontent la visite de Jésus chez elles. Lc 10, 38-42

Marthe et Marie, Luc 10. 38-42


C'est cet évangile qui sera lu - ou proclamé - le seizième dimanche du temps ordinaire. Comme le fait remarquer un commentateur, il fait suite à la parabole du Bon Samaritain. Est ce qu'il y a un lien entre les deux? Jésus est-il le samaritain de Marie qui se fait apparemment attaquer par sa sœur, ou de Marthe? Je pense qu'il est intéressant de regarder en même temps le chapitre 11 de l'évangile de Jean, où Jésus, au moment de la mort de Lazare, s'adresse successivement aux deux sœurs qui curieusement disent toutes les deux exactement la même phrase: "Si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort" (Jn 11,21 et 11, 32). 

La remarque ci-dessus, dans la bouche de Marthe, sonne un peu comme un reproche; de la même manière que ce qu'elle dit dans l'Evangile de Luc: "Cela ne te fait rien ma sœur m'ait laissé faire seule le service? Dis-lui donc de m'aider", que l'on pourrait remplacer par "Dis à ma sœur de m'aider"; phrase que pour ma part j'aime bien rapprocher de la demande de l'homme qui se pense lésé: "Dis à mon frère de partager avec moi l'héritage," auquel Jésus répondra par une fin de non recevoir. Dans l'évangile de Luc Jésus prend la défense de Marie, et fait comprendre à Marthe, qu'à ce moment là, Marie a choisi la meilleure part. Dans l'évangile de Jean, Jésus utilise la phrase de Marthe pour pousser celle-ci à poser une affirmation: "Oui je le crois, tu es le fils de Dieu"; et donc pour aller bien au-delà de ce qu'elle pouvait croire d'une résurrection dans le futur. On reconnaît bien la pédagogie de Jésus

Dans la bouche de Marie, c'est la même phrase (Jean 11), mais comme elle se jette aux pieds de Jésus (décidément c'est là qu'elle semble se sentir bien), celui-ci est bouleversé et ne parle pas; il va même se mettre à pleurer. Sa seule demande sera: "Où l'avez vous mis"? Comme si Marie, en le touchant au plus profond de lui-même, avait pu mettre en route l'acte qui va par ailleurs pousser les Juifs à décider de le tuer.

On a donc deux personnalités très différentes; et Jésus se laisse toucher par Marie, même si plus tard, à la résurrection, il lui dira ne ne pas le toucher, de ne pas le retenir. Mais il avait bien été touché par les pleurs et la volonté de cette femme de récupérer le corps de son Rabbouni. 

On a écrit bien des commentaires sur le texte de Luc; parfois très moralisateurs. Aujourd'hui, je voudrais laisser parler les deux femmes, qui ont eu certainement une vision très différente de l'hospitalité. Je veux dire que Marthe se comporte un peu comme Abraham qui va faire tuer le veau et demander à sa femme de faire cuire du pain pour ses trois hôtes, alors que Marie ne fait rien, elle est juste là, à la place qu'elle pense être la sienne, et elle écoute Celui que son cœur aime. 

Marthe raconte

Quand Marie est revenue à la maison après sa rencontre avec celui qu'elle appelle son maître, j'ai cru retrouver enfin ma sœur, mais elle n'est plus la même. Déjà avant ce n'était pas facile, mais maintenant elle est un peu dans la lune, elle ne fait pas grand chose, elle essaie de savoir où se trouve son Jésus. Et voilà que son Jésus, il est dans notre village, à Béthanie, "la maison des figues", et il s'invite chez nous. 

Naturellement il ne vient pas tout seul, et à moi de préparer le gite et le couvert. Bien entendu les serviteurs sont là, mais ils ne voient pas comme je vois; je dois, de fait, être derrière eux et veiller à tout. J'espérais que Marie, qui le connaît bien, pourrait m'aider, et même me dire ce qu'il aime manger. Mais voilà, elle s'est assise par terre, tout près de lui, à ses pieds. Lui, il parle, ou il raconte, ou il prie. Je ne sais pas. 

Et la moitié du village est là, et ma maison est envahie, et je ne le supporte pas trop. Du coup je ne sais plus où donner de la tête. Il faut bien leur donner aussi de quoi boire et de quoi manger, à tous ceux qui se sont invités. Et d'un coup, ça s'est mis à bouillir en moi. Moi aussi j'aimerais bien pouvoir m'asseoir, pouvoir écouter, pouvoir être remplie par sa parole, mais ce n'est pas possible, pas pensable. 

Alors j'ai osé l'interrompre le Jésus. Je lui ai demandé de dire à ma sœur de m'aider, ce qui est normal. Et puis, en plus, je n'aime pas qu'elle soit là, à écouter, à ne rien faire. Les autres, les pharisiens, les amis de mon frère Lazare, ils vont encore en profiter pour raconter des horreurs sur elle. 

Et lui, au lieu de faire ce que je lui ai demandé - je reconnais que ce n'était pas sur un ton très aimable, mais comme je l'ai dit, je me sentais submergée, il m'a regardée droit dans les yeux, et il m'a dit que je devais cesser de me donner du souci (tiens peut-être qu'il comprend aussi que je me soucie pour ma petite sœur), et de m'agiter pour bien des choses (et là, il a raison, je dois avoir la tête partout et c'est fatigant), mais que je ne devais pas compter sur ma sœur. Il dit qu'elle a choisi la meilleure part, et que cela ne lui sera pas enlevé. En d'autres termes, elle, elle reste là, elle peut se nourrir de sa présence, de sa parole, et moi... 

Il dit qu'une seule chose est nécessaire. Une seule.. Si c'est celle que ma sœur a choisie, pourquoi est-ce que je ne la choisirais pas aussi? Ne plus se soucier, ne plus s'inquiéter, être dans le présent avec lui; et faire confiance aux autres, que je forme quand même depuis des années. 

Et alors là, il s'est passé quelque chose. Je suis allée dire aux serviteurs de se débrouiller sans moi, et que je voulais aussi écouter ce que ce Jésus avait à dire du Royaume, et aussi comprendre pourquoi ma sœur est devenue autre depuis qu'elle l'a rencontré. Je vais leur faire confiance, parce que c'est peut-être cela qu'il veut me faire comprendre. 

Moi aussi, je me suis assise, moi aussi j'ai écouté, et moi aussi j'ai commencé à croire que Celui-là était le Fils du Très-haut.


Marie raconte

Il est là, il est là celui, que mon cœur aime. Il est dans ma maison, enfin dans la maison de ma sœur. Il est entré, il nous a saluées; il s'est installé dans la cour, et les autres sont arrivés, et se sont mis en cercle autour de lui. Il y a des têtes que je connais bien, ceux qui le suivent depuis le début, mais aussi des gens du village qui veulent l'entendre parler du règne de Dieu, de ce Dieu qui est certes le nôtre, mais que lui appelle son Père. Et moi qui ai versé sur ses pieds un flacon de parfum, moi qui ai versé des larmes parce que je me sentais si sale, bien plus sale que ses pieds, je me suis assise à ses pieds, parce que c'est là que je suis à ma place, que je suis bien; et je l'ai écouté, mais je crois aussi que je me remplissais de sa présence, que quelque part je me laissais remplir par lui. 

Et voilà que Marthe est arrivée, avec sa tête des mauvais jours. Elle l'a interrompu en lui demandant de me dire que je devais aller l'aider. Bon, elle a raison, mais Jésus je sens bien qu'on ne l'aura pas toujours alors tant qu'il est là, tant que l'Epoux est là, moi je veux me réjouir de sa présence et ne rien en perdre. 

Et le miracle, c'est qu'il est allé dans mon sens. Il lui a dit qu'elle devait cesser de se donner du souci et de s'agiter pour bien des choses. Et là, je me suis dit que vraiment il la connaissait bien, parce que ma sœur, elle ne sait pas se poser. Je crois qu'elle veut être comme la femme parfaite du livre des Proverbes, se lever la première, se coucher la dernière, veiller au bien-être de tous. Seulement elle, c'est un tourbillon, et elle ne goûte plus la vie. Si je suis partie, c'est un peu aussi pour ne pas devenir comme cela, être mangée par les soucis, alors qu'il y a autre chose. 

Ils se sont regardés. Il a ajouté que j'avais choisi la meilleure part, et que cela ne me serait pas enlevé. J'en aurais pleuré de joie si j'avais pu. Oui, aujourd'hui, c'est moi qui ai choisi cette place qu'il dit être la meilleure; aujourd'hui cette place, personne ne me la ravira et aujourd'hui, je peux dire que ma joie est totale. 

Et ma sœur m'a regardée, mais autrement; et elle est venue s'asseoir à côté de moi. Et quand Jésus a eu fini de parler et de répondre aux questions des uns et des autres, le partage du repas est ven. Et après le repas il est resté, il a demeuré chez nous, et nous sentions que toute notre maison était changée par sa présence. 

Cet homme là, je le suivrai jusqu'au bout du monde…

mardi, juin 25, 2019

La multiplication des pains: Luc 9, 11b-17

C'est l'évangile retenu pour la fête du Corps et du Sang du Christ.

 Encore un texte que nous connaissons bien, qui pose ou ne pose pas de questions... Pour certains, le miracle ce serait le partage (repas sorti du sac, comme on dit aujourd'hui) entre les personnes qui étaient là ce jour-là, ou plutôt ce soir là. Pour d'autres, il y a bien eu quelque chose qui s'est passé et qui montre le pouvoir de cet homme sur la matière. Il ne part pas de rien, il utilise ce qui est là. Sauf que la question demeure: comment a-t-il fait? 

Car, finalement, comment se représenter les choses? Il y a bien le contexte de prière, d'offrande, de bénédiction, de partage. Jésus prend un pain, il le rompt, et deux morceaux deviennent quoi? Quatre, huit, trente deux? Je suis incapable de me représenter quoi que ce soit. Ce qu'on nous dit, c'est que tout le monde a de quoi manger, et que tout le monde est rassasié. Bien sûr, on fait le parallèle avec la Cène, mais ce n'est pas si simple. 

Et pourtant cette multiplication, racontée différemment, se retrouve partout, et même deux fois chez Matthieu et Marc. Alors il a bien dû se passer quelque chose. Ce qui est certain, c'est que le prophète Élisée (2R 4,42-44) l'avait fait à petite échelle: les vingt pains donnés, qui sont dans un sac, vont se multiplier pour pouvoir nourrir cent personnes.

Quand Elisée fait cela, il y a une famine dans le pays et pourtant quelqu'un lui apporte les vingt premiers pains, faits avec ce qui a bien voulu pousser. Élisée fait alors tout distribuer aux personnes qui sont avec lui, au grand dam de son serviteur. Il ne les garde pas pour lui et ses proches, mais multiplie le don, pour que tous puissent en avoir. Le fait que cela se passe au moment de la récolte de l'orge, évoque la fête de la Pâque. Alors certes, on peut faire le rapprochement avec ce qui se passera lors de la Cène (les gestes sont les mêmes), mais aussi voir dans ce miracle comme un monde nouveau qui arrive: les pauvres seront rassasiés. 

Comme Pierre a vécu la pêche miraculeuse, qui est un peu comme une multiplication des poissons, j'ai voulu le laisser parler.


Pierre raconte:
  
Il nous avait donné pleins pouvoirs sur les esprits mauvais et pleins pouvoirs pour guérir. Je dois dire qu'on n'était pas peu fiers qu'il nous fasse ainsi confiance. Cela devait montrer que le règne de Dieu était bien là, aujourd'hui, sur notre terre de Galilée. Et cela, nous pouvions l'annoncer avec force et puissance. Seulement, pour ne rien simplifier, il nous a envoyés avec rien dans les mains, rien dans les poches, pour compter sur la générosité de ceux qui nous accueilleraient chez eux.

Nous avons fait ce qu'il nous avait demandé. Quand nous sommes rentrés, il a compris qu'on avait besoin de temps pour digérer ce que nous venions de vivre, parce que c'est usant de faire le bien. Je me demande comment il fait lui. Je veux dire que nous étions heureux, mais épuisés.

Seulement, notre Maître, il est connu maintenant comme le loup blanc, et le bouche à oreille fonctionne très bien. Et du coup, on s'est retrouvés avec une véritable foule, qui venait pour l'écouter mais surtout pour se faire guérir; et lui, enseigner, annoncer le royaume et le règne de Dieu et guérir, il ne s'en lasse pas. 

Seulement nous, on était lassés par tous ces gens qui arrivaient et arrivaient sans arrêt. On n'avait qu'une envie, avoir notre Rabbi pour nous tous seuls.

Alors, quand on a vu que la nuit tombait, on lui a demandé de renvoyer la foule, parce que là où nous étions, il n'y avait pas d'habitations. Seulement, il l'a mal pris et il nous a dit de trouver nous-mêmes à manger pour cette foule; et cette foule, elle débordait de partout, il y avait plus de cinq mille hommes, sans parler des femmes et des enfants. Et nous, pour une fois on avait des provisions, mais juste pour nous, et encore pas grand chose: cinq pains et deux poissons. Qu'est ce qu'on peut faire avec ça? Nous rien, cela c'est sûr..

Comme souvent, il nous a pris de court. Il nous a demandé de dire à tous ces gens de s'asseoir, et de lui apporter ce que nous avions. On lui a apporté les pains et les poissons. Je sais bien qu'autrefois le prophète Élisée a multiplié vingt pains pour nourrir cent personnes, et que personne n'a compris comment il avait fait, et là… cinq pains pour je ne sais combien de personnes. Mais il est plus qu'Élisée, et il l'a bien montré.

Nous avons posé les cinq pains devant lui. Il a regardé vers le ciel, comme s'il s'adressait à celui qui siège dans les cieux, il a prononcé la bénédiction que nous disons lors des repas qui nous réunissent tous, le soir du sabbat; il a fait comme le fait tout père de famille, il a rompu le premier pain, et là, cela a fait un peu comme pour les poissons qui sont venus de prendre dans les mailles de mon filet, il y avait le pain rompu, et les quatre pains entiers et les deux poissons et il y a eu plein de pains et plein de poissons et nous pouvions les distribuer.

Ceux qui étaient assis ne pouvaient pas savoir ce qui se passait; nous étions les seuls à le savoir. Ce n'est pas lui qui a donné à ces hommes et à ces femmes qui étaient là: non, c'est nous qui avons apporté petit à petit, nous qui ne voulions plus voir personne, nous qui voulions rester entre nous. Et nous étions comme les bienfaiteurs; alors que le donateur c'était lui, même si c'était avec nos provisions.

Seulement du coup, certains qui avaient pris avec eux de quoi remercier Jésus s'il guérissait un des leurs, ont donné aux autres ce qu'ils voulaient nous donner à nous et cela a permis finalement un vrai repas. Et curieusement, ce pain, il était un peu comme la manne, dont on dit qu'elle avait un goût différent pour chaque personne. Car c'était bien du pain, mais il n'avait pas le goût du pain. Enfin moi, j'avais l'impression de manger bien autre chose qu'un simple morceau de pain.

Et à la fin, il y avait des restes, beaucoup de restes: douze corbeilles. Et puis, quelque chose s'est ouvert en moi. D'accord, c'est un peu tordu, mais ce qui se passait là, c'était comme si un monde nouveau naissait, un monde où le pain était là pour tous, où le poisson n'avait plus besoin d'être pêché. Et je me suis dit que cinq, cela renvoyait aux cinq premiers jours de la création, que deux, c'étaient les jours de la création de l'humain et du sabbat; et que ce que nous vivions, c'était comme le huitième jour.. Mais ça, je ne l'ai dit à personne, mais pour moi, Jésus était bien le Seigneur, le maitre de la matière. 

Et quand, quelques jours plus tard, il nous a demandés qui il était pour nous, la réponse a jailli de mes lèvres. J'ai presque crié qu'il était le Messie, le nouveau David, notre Sauveur, l'Envoyé, le Seigneur. Il est celui qui donne sans compter, sans mesurer. Et moi, avoir un tel "patron", ça me remplit de joie, sauf que j'ai l'impression que ce qu'il fait et dit, ça ne peut pas plaire à tout le monde et que ça risque de mal de terminer.  

samedi, juin 08, 2019

Si je veux qu'il demeure jusqu'à ce que je vienne, que t'importe.. (Jn 21, 22)


Finale de l'évangile de Jean. Quand j'entends ce verset: "Si je veux qu'il demeure jusqu'à ce que je vienne, que t'importe", je ne peux que penser au Cid et au "que m'importe" du Comte Gomès. En fait je trouve que Jésus ferme le caquet de Pierre d'une belle manière.  

Mais il y a aussi ce "retournement" de Pierre, qui pour moi, même si c'est de la curiosité de la part de Pierre, évoque le retournement de Marie au tombeau de Jésus. Pierre se retourne, se détourne, et découvre la présence d'un autre; et on ne sait pas trop comment il vit cela. Mais il ne peut s'empêcher de parler, de poser une question, qui laisse à penser qu'il n'a pas compris grand-chose de ce que Jésus a annoncé de son futur. Sacré Pierre! Mais comme je le comprends.

Car je crois que ce que dit le rédacteur, c'est que Pierre est le berger, et qu'il est appelé comme Jésus à donner sa vie. Jean, qui semble ne pas vouloir perdre une miette de ce qui se passe entre Jésus et Pierre, sera un autre témoin, qui permettra à ces autres brebis, qui cherchent et qui attendent, de trouver ce Jésus, qui est le chemin, la vérité et la vie. 

Alors, comment raconter cette "finale"? Peut-être en laissant la parole à Jean.

Jean, le disciple que Jésus aime, raconte:

On avait bien mangé, on était bien sur le bord du Lac. Et puis Jésus, par trois fois, avait questionné Simon, enfin Pierre, pour savoir si ce dernier l'aimait plus que nous, s'il l'aimait plus que tout, bref s'il l'aimait... C'était un peu curieux cette insistance, mais trois fois, c'est important. Et puis il lui avait fait une sorte de prédiction pour le futur, mais je dois dire que je n'ai pas compris. Par contre, quand il lui a dit de le suivre, ça, c'était clair. Et ils sont partis.

Pourquoi est-ce que je les ai suivis, je ne sais pas. Peut-être que je voulais entendre encore le son de la voix de Jésus, parce que je sais bien qu'il va disparaître, puisque c'est cela qui lui permettra de nous envoyer en plénitude celui qu'il appelle le Défenseur, le Consolateur, l'Avocat, l'Esprit d'Amour.

Pierre a dû entendre mon pas, et il s'est retourné. Il m'a vu et il s'est tourné vers Jésus, pour savoir quel serait mon avenir à moi. C'est là que j'ai pensé à mon amie Marie qui s'était retournée, et à sa joie quand elle a compris que celui qu'elle prenait pour le jardinier c'était son Rabbi à elle. 

Pourquoi ai-je pensé à cela, je ne le sais pas, mais qu'est ce que Pierre voulait savoir en se retournant?

Alors il a demandé à Jésus ce qui allait m'arriver. Je pense que lui n'avait pas compris ce qui allait lui arriver à lui, quand les années auraient passé. Sauf qu'à Jésus, la question ne lui a pas plu.. Il lui a cloué le bec en lui disant: "Si je veux qu'il demeure jusqu'à ce que je vienne, que t'importe". Du coup, Pierre m'a regardé, et a suivi Jésus; et une fois de plus Jésus a disparu, il nous a laissés. 

Mais du coup, moi, j'ai compris ce qu'il attendait de moi.

Je ne sais pas si je verrai son retour, mais je sais que j'ai à transmettre ce que j'ai vu et entendu. Que j'ai à parler de celui que j'ai touché. Je sais que je dois aider les brebis dont Pierre a la charge, à comprendre le dessein du Père et son amour pour nous. Je sais que dois permettre à d'autres brebis de rejoindre les brebis de la première heure, et leur annoncer que Jésus est venu dans le monde, dans notre monde, pour nous faire passer des ténèbres à la lumière; qu'il est le chemin, la vérité et la vie; et qu'il nous a donné en plénitude son Esprit, pour que tous nous soyons ses frères, quel que soit le chemin qu'il a prévu pour nous.

Un jour j'écrirai tout cela, et j'aurai besoin de la présence de cet Esprit pour comprendre ce que nous avons vécu, et aussi pour l'exprimer et le transmettre.

vendredi, juin 07, 2019

Simon, Fils de Jean, m'aimes-tu. Jn 21, 15-20

Je pensais pourtant avoir écrit encore et encore sur ces versets. Mais là, un autre lien s'est fait, un lien avec la multiplication des pains, le discours dans la synagogue de Capharnaüm et l'abandon vécu par Jésus ce jour là (Jn 6 et 7) . Alors pas de lien avec ce qui s'est passé dans la cour du grand-prêtre (le triple reniement auprès d'un feu de braises), mais plus avec cet autre passé. En arrière plan une phrase du Cantique: "l'amour est plus fort que la mort"; parce que je crois que c'est cela que Pierre a vécu. 

Pierre raconte 

Jésus vient de me dire qu'un jour, quelqu'un me passerait ma ceinture et m'emmènerait là où je n'aurais pas envie d'aller.. Puis, comme autre fois sur les bords du lac, il m'a dit de le suivre.

Alors, en moi est revenu ce qui s'était passé dans la synagogue de Capharnaüm, après qu'il ait donné du pain et du poisson à plus de 5000 hommes sur les bords du lac. C'était il y a longtemps; j'ai même  l'impression que cela fait une éternité, parce que tellement de choses sont arrivées depuis. 

C'était après qu'il ait donné à manger à une grande foule, qu'il nous ait laissés tous seuls sur le lac, qu'il soit venu nous rejoindre en marchant sur les vagues déchainées, et qu'il ait parlé de lui en disant que pour avoir la vie éternelle, c'était son corps qu'il faudrait manger, et son sang qu'il fallait boire.

Inutile de dire que cela avait fait des vagues; et que ceux qui étaient, jusque là, d'accord avec ses enseignements, étaient partis en haussant les épaules. Il nous avait alors demandé à nous, ses proches, si on allait l'abandonner nous aussi. Alors là, en moi une phrase s'est formée, une phrase que j'ai presque criée: une phrase qui disait: "Seigneur à qui irions nous, c'est toi qui a les paroles de la vie éternelle". Et la vie avait continué.

Et voilà qu'aujourd'hui, il nous attendait au bord du lac. Il nous avait prouvé qu'il était redevenu vivant et qu'il était bien comme je l'avais proclamé, le Saint de Dieu; mais malgré tout, rester à Jérusalem c'était dangereux, et on ne savait pas que faire. Et au fond de moi, je me disais que certes il m'avait dit qu'il ferait de moi un pêcheur d'hommes, mais être pêcheur de poisson, c'était peut-être plus facile. Je me disais que finalement, si on parlait de lui aux autres, il continuerait à vivre en nous. Mais malgré tout, quelque chose était comme fini; on se sentait abandonnés. Alors se retrouver entre amis, c'était bon.

On avait passé la nuit à pêcher, et rien. Et puis quelqu'un nous a dit de jeter le filet, et le filet s'est rempli. Et c'était un peu comme la multiplication des pains et des poissons. Et là, Jean a compris que cet homme qui nous avait interpellé, c'était notre Joshua. Je vous passe les détails, mais on a mangé de son poisson qui était en train de cuire, avec son pain à lui et notre poisson à nous. Et le temps était bon. Un peu le paradis…

Je me sentais comme la fiancée du Cantique des Cantiques, quand elle a trouvé celui que son cœur aime: là, on l'avait vraiment trouvé, retrouvé.

Et d'un coup, voilà qu'il me pose une question. Il me demande si je l'aime vraiment, si je l'aime plus que ceux qui sont là avec nous; je ne savais pas trop que lui dire. Oui je l'aime vraiment, oui je l'aime plus que mes amis de toujours, mais ce n'est pas facile de dire à quelqu'un qu'on l'aime. Lui, il l'a beaucoup dit ce mot là, je dirais même qu'il a conjugué ce verbe dans tous les sens; que ce mot il l'a employé, encore et encore. Il nous a laissé ce qu'il appelle son commandement, "nous aimer les uns les autres comme lui nous a aimés"; mais moi, j'ai un peu de mal avec ça. Je suis un pêcheur et je ne sais pas trop exprimer mes sentiments. Alors j'ai juste dit, oui, je t'aime. A lui de comprendre ce que je mets en dessous. Et il m'a dit que je serai le berger de ses agneaux. Plus pêcheur; berger comme lui, qui avait dit qu'il était le berger et qu'il veillerait à ce que les brebis de son troupeau puissent entrer et sortir librement. 

Et voilà qu'il me demande encore si je l'aime vraiment. Vraiment, pour de vrai.. Bien sur que je l'aime pour de vrai. Après tout, j'ai bien dit que je donnerais ma vie pour lui, et j'ai tranché l'oreille du serviteur du Grand-Prêtre (ce que je n'aurais jamais dû faire, parce que même si Jésus lui a rendu son oreille, moi, j'étais dans un sacré pétrin). Et là, je lui ai dit qu'il savait bien que je l'aimais, même si je ne sais pas bien le montrer. Et il m'a dit que je serai le pasteur de ses brebis. Pasteur, je me vois avec un bâton, et le troupeau qui me suit. C'est réconfortant. Et là j'étais heureux.

Mais il n'en n'est pas resté là.. Il me l'a encore demandé, si moi, Simon fils de Jean, je l'aimais. Cette fois-ci, c'était aimer tout court. Pas de "vraiment", pas de comparaison. Et là, ça m'a fait mal et je ne sais pas dire pourquoi. J'en avais les larmes aux yeux; j'ai presque eu du mal à lui répondre, que lui qui sait tout (et là je reconnais bien, en Lui , la présence de Celui qui l'habite, son Père qui sait tout), il le sait bien que je l'aime, même si je ne sais pas aimer comme lui il aime. Et là il me redit pour la troisième fois que je vais être le berger de ses brebis. Et je me doute bien qu'être le berger, cela veut dire qu'un jour je donnerai ma vie pour le troupeau, comme lui l'a fait. Et ça me fait un peu peur. 

Pourtant, quelque chose s'était passé en moi. Bien sûr j'aurais aimé qu'il m'appelle par mon autre nom, le nom qu'il avait choisi pour moi, celui de Pierre. Mais c'est comme ça. Et au fond de moi, j'avais bien retrouvé celui que mon cœur aime, celui que mon cœur aime plus que mes amis, celui que mon cœur aime finalement plus que ma propre vie. Sauf que je sais que ma vie, si elle doit m'être enlevée à cause de son nom, ce ne sera pas moi qui déciderai de quoique ce soit. Adieu la fanfaronnade. 

Et c'est là où je crois qu'il a lu quelque chose en moi; parce qu'il a parlé d'un futur, d'un futur où je serai vieux, d'un futur peut-être pas si lointain, où je ne serai plus le maitre de la situation, pouvant me conduire moi-même. Mais je sais bien que jour là, que ce jour où j'aurai apparemment tout perdu, c'est lui qui me mettra ma ceinture, c'est qui qui me prendra par la main; et c'est lui qui me prendra dans ce lieu où Il nous a préparé une place.

mercredi, mai 29, 2019

Le figuier desséché: Mt 21, 18-22



Dans l'évangile de Luc, au chapitre 17, les disciples sont confrontés à des paroles de Jésus qui les déstabilisent. Si on doit pardonner tout le temps, où va-t-on? Et ils demandent à Jésus d'augmenter leur foi. A quoi Jésus répond: "Si vous aviez la foi, gros comme une graine de moutarde (c'est- à-dire trois fois rien), vous diriez à l'arbre que voici, déracine- toi et va te planter dans la mer, et il le ferait". Cette phrase, on la retrouve un peu à l'identique (l'arbre est remplacé par une montagne) dans l'évangile de Matthieu, au début du ministère à Jérusalem. Elle leur est donnée après que Jésus ait prononcé une malédiction sur un figuier qui aurait dû porter les premiers fruits et qui n'en portait pas. 

En lisant ce petit texte avec notre groupe qui travaille sur l'évangile de Matthieu, je me suis dit que ceux qui avaient été là ce jour là avaient eu de quoi être déconcertés. J'ai eu envie de laisser parler Pierre. Mais je me suis aussi servie de quelques versets de l'évangile de Jean (la vigne et les sarments) qui, même si chronologiquement ils n'ont pas leur place ici, m'ont paru importants. 

Pierre raconte:

Alors là, alors là, les bras m'en tombent, comme ces feuilles qui jonchent le sol, ces grandes feuilles de figuier qui sont là toutes sèches et qui s'envolent une à une. Ce figuier, il était là sur notre route. C'était un bel arbre, plein de feuilles toutes neuves parce que le printemps est là. Cet arbre, il aurait dû donner ces petites figues vertes qui sortent en même temps que les fleurs de la vigne, comme le dit le Cantique des Cantique (Ct 2, 13). Je ne sais pas si c'est parce qu'en Judée le climat est différent, mais les figues n'étaient pas au rendez-vous. Et Jésus, qui avait faim, est - si je puis dire - resté sur sa faim. 

L'ennui, c'est qu'avec lui, on ne sait jamais trop s'il a faim pour de vrai, ou s'il a faim d'autre chose. Une fois, on était en Samarie, on s'était arrêté près du puits de Jacob, on était partis chercher de quoi manger, et quand est revenu avec des provisions (et quand on est juif, se faire servir par des Samaritains ce n'est pas facile), il nous a dit qu'il n'avait pas faim, que sa nourriture était de faire la volonté de son Père; et on s'est trouvé tout bêtes.

Mais là, cet arbre qui était tout feuillu, cet arbre dont les feuilles qui sont comme divisées en cinq parties évoquent pour nous les livres de notre Père Moïse, et dont les fruits symbolisent la sagesse, il était trompeur.

Et Jésus, lui qui a guéri un homme dont la main était toute maigre, toute sèche, il a maudit cet arbre. J'ai pensé à notre prophète Elie, quand il avait provoqué une famine en Israël en disant: "Par le Seigneur qui est vivant, par le Dieu d'Israël dont je suis le serviteur, pendant plusieurs années, il n'y aura pas rosée ni de pluie, à moins que je n'en donne l'ordre" (1R 17,1). Je dis cela parce que Jésus, lui, a dit: "Que plus jamais aucun fruit vienne de toi". Et immédiatement les feuilles ont commencé à se dessécher et à tomber.

En fait, je ne sais pas trop ce qu'ont pensé les autres, mais moi, j'ai eu un peu peur devant un tel pouvoir. Quand il guérit, je ne me pose pas trop de questions, parce que c'est bien comme cela qu'il montre qu'il est le Messie, l'Envoyé, mais là... 

Pourquoi n'a-t-il pas fait pousser les figues en un clin d'œil? Après tout, il est capable de tellement de choses. Ne nous a-t-il pas fait attraper une grosse quantité de poissons en plein jour, alors que nous n'avions rien pris de la nuit? N'a-t-il pas apaisé une énorme tempête, n'a-t-il pas donné du pain à manger à je ne sais plus combien de personnes? Mais là, il a maudit...

Je me suis dit: et moi, si je ne donne pas ce qu'il veut, si je ne donne pas de fruits, de bons fruits, qu'est ce que je vais devenir? Un jour il a dit qu'il était la vigne et que tout sarment qui ne portait pas de fruit, il était coupé pour être brûlé. Je fais ce que je peux, mais je ne suis pas sûr du tout de faire ce qu'Il veut que je fasse. Bon, ça c'est pour moi, pour expliquer un peu ma peur. Sauf que je l'aime et qu'il le sait, et que je pense que mes fruits finiront bien par arriver.

Et puis, j'ai eu comme l'impression que cet arbre, trompeur finalement, c'était un peu comme toutes ces personnes qui sont venues hier nous dire de faire taire la foule qui l'acclamait quand il est entré dans Jérusalem, ces personnes qui pensent qu'elles ont le savoir et la connaissance et qui méprisent les pauvres, les traine-savates, et qui le prennent pour quelqu'un de dangereux. Je ne sais pas, mais c'est possible: eux qui vivent à Jérusalem, eux qui sont dans le Temple, qui récitent la loi tous les jours, qui la connaissent par cœur, ils peuvent séduire, mais leurs fruits, est ce qu'ils sont au rendez vous? Peut-être pas.

Je crois qu'il aurait aimé que ceux-là, qui se prennent pour les bergers, reconnaissent que c'est lui le berger, reconnaissent qu'ils ne s'occupent pas du tout des petits, des défavorisés; qu'ils les jugent sans chercher à les comprendre en se réfugiant derrière le légalisme. 

Naturellement, on n'a pas osé lui poser de questions. Depuis qu'on a quitté la Galilée, il n'est plus le même. Il est un peu comme un condamné qui sait que ses jours sont comptés. Et voilà qu'il nous sort une de ces phrases dont il a le secret, une des phrases qui nous chamboulent. 

Il nous a affirmé que si on a la foi, on peut ordonner à une montagne qu'elle aille se jeter dans la mer, et qu'elle le fera. Déjà que parfois réussir à chasser un esprit mauvais on n'y arrive pas.. Mais déplacer une montagne? Vous vous rendez compte. 

Moi je veux bien mais à quoi ça sert. Pardon, mais si une montagne fait ça, ça va provoquer des vagues énormes, et surement des inondations, alors je ne comprends pas trop ce qu'il a voulu faire, ce qu'il a voulu nous faire comprendre. Peut-être que quand il parle de montagne, il parle des montagnes dans notre vie, qui obscurcissent le ciel. 

Et pourtant lui, il en déplace des montagnes, des montagnes d'incrédulité, des montagnes de doute. 

Et je me suis dit qu'ici, des montagnes il y en a. Que le temple nous domine, que le mont des Oliviers nous domine, le Mont Sion nous domine. Peut-être qu'un jour tout cela sera détruit, renversé, parti. Je ne sais pas, mais là encore, j'ai un peu peur. Quelle est cette foi qui renverse les montagnes? 

Parfois, il nous parle d'une force qui nous sera donnée quand lui sera parti. C'est certain que nous n'aimons pas du tout quand il parle comme ça. Mais déplacer les montagnes, ce n'est pas pour nous les hommes, c'est pour Dieu, qui les a créées et qui peut les faire danser de joie. Alors peut-être que ce qu'il nous dit, c'est qu'un jour, comme Lui, nous aurons en nous cette force qui ne sera pas de nous, mais qui sera là, et qui nous permettra de déplacer les montagnes, de parler en son nom, de guérir et de proclamer, comme je l'ai fait un jour, qu'il est le Messie, le Fils du Dieu vivant; et qu'il a les paroles qui donnent la vie.





jeudi, mars 21, 2019

Jésus marche sur la mer: Mt 14,23-33

Jésus marche sur la mer. Mt 14,23-33

Nous avons lu ce chapitre en groupe il y a quelques jours. Quand cet épisode est proclamé le dimanche, le prêtre parle en général de la barque de l'église qui est battue par les flots, par le mal; et en ce moment il semble bien que l'église vive quelque chose comme cela. Mais ce qui m'a intéressée, c'est que Jésus n'est pas reconnu, et que Pierre lui demande une preuve, comme Thomas le fera plus tard après la résurrection. Alors peut-être que le Christ est déjà là au milieu de ce qui se passe; encore faut-il lui faire confiance et penser à tous ceux qui, jour après jour, sont ses disciples. 

J'ai donc tout d'abord repris simplement le texte, tel qu'il se donne à lire. Ensuite j'ai laissé Thomas raconter à sa manière "ses tempêtes".

Dans l'évangile de Matthieu on trouve, après le chapitre consacré aux paraboles, un chapitre relativement "actif". Jésus, qui a appris la mise à mort de Jean-Baptiste, préfère prendre ses distances et va dans un lieu désert; mais pas si désert que ça, puisque les foules le suivent. Il enseigne, et le soir venu ses disciples lui font remarquer, en parlant de nourriture, que peut-être ça serait bien qu'il s'arrête, qu'il s'occupe un peu d'eux, et qu'il renvoie tout le monde. Mais ça, c'est mal connaître Jésus: d'abord les autres.. Et il prend le pain prévu pour les siens, et nourrit plus de cinq mille hommes. Nous connaissons bien ces textes, mais il est évident que pour ceux qui participent à cela, un nouveau Moïse est là. Et Moïse, c'est le libérateur, celui qui a fait de grands miracles. Jésus ne veut pas être le nouveau Moïse, et avant même de renvoyer la foule il renvoie ses disciples... 

La phrase "il obligea ses disciples à monter dans la barque", évoque un peu une résistance de leur part... Surtout qu'il ne les accompagne pas. Jésus les pousse à reprendre la mer, à ne pas voir ce qui se passe, et c'est lui tout seul qui renvoie la foule. J'ai un peu l'impression que les disciples ont pu se sentir lésés. Comme quoi obéir, ce n'est pas si facile. 

Là dessus, quelque chose se passe. Et là encore, tel que c'est décrit, il semble que le lac se déchaîne contre la barque, la harcèle comme dit la B.J., pour la faire chavirer, pour se débarrasser de ces hommes qui un jour continueront la lutte contre le mal. Comme ces forces savent qu'elles ne peuvent rien contre Jésus, elles s'attaquent, comme on dit, aux maillons plus faibles.

Là dessus, alors que le jour n'est pas vraiment là, Jésus décide de rejoindre la barque. On peut imaginer la stupeur de ces hommes qui sont dans un demi jour, qui voient une silhouette un peu fantomatique, dans l'écume, qui s'approche: de là à le prendre pour un fantôme, un esprit du mal sorti des profondeurs, ce n'est pas difficile. 

Mais le fantôme parle; et la phrase dite ne peut que résonner avec d'autres phrases adressées à des demandeurs de guérisons: "Confiance!…" Cela, c'est une phrase qui appartient bien à Jésus. Puis arrive: le "C'est moi, n'ayez pas peur", qui aurait dû les rassurer, mais la réaction de Pierre prouve qu'il n'en n'est rien. En fait il demande à cette silhouette de faire un miracle pour lui, pour lui prouver que justement c'est bien Lui, parce que ça Pierre en est sûr, si c'est son Maitre, il ne le laissera pas mourir. 

Alors Pierre fait confiance, il "vient", et manifestement Jésus n'est pas tout près de la barque. Un peu comme un enfant qui fait ses premiers pas, Pierre, au lieu de regarder les bras de sa maman, regarde autour de lui, et voit ce que souvent nous appelons des moutons, ces vagues couronnées d'écume qui se chevauchent, qui vont vite et qui montrent combien ça remue. Et Pierre a peur, tellement peur qu'il perd pied au sens fort, qu'il se sent aspiré par cette eau et qu'il commence à se noyer. Et de là l'appel: "Seigneur sauve moi". Et ce "sauve moi", c'est sauve-moi de la mort; là il ne se pose plus de questions, Pierre, il sait que l'autre, c'est bien Jésus. Comme quoi parfois l'expérience de la mort proche peut ouvrir les yeux.

Le texte dit alors que Jésus étend la main et le saisit, ce qui laisse à supposer que Pierre avait déjà presque atteint Jésus, et que Jésus s'est déplacé pour aider son disciple. Le geste est beau, étendre la main vers, c'est presque un geste de bénédiction. Par contre saisir c'est autrement plus fort. Si on essaye de voir l'image, c'est comme si Pierre était en train de glisser et que Jésus le retient fermement. 

Les deux montent dans la barque toujours secouée par les vagues et ce n'est qu'à ce moment là que la tempête se calme; et que ceux qui sont là se prosternent (pas facile dans une barque), et reconnaissent à ce moment là en Jésus le Fils de Dieu. 

Thomas raconte:

On venait d'apprendre qu'Hérode avait fait assassiner Jean dans sa prison et qu'il pensait que Jésus était comme une réincarnation de Jean. Alors il valait mieux prendre la fuite, au cas où il aurait eu envie de mettre Jésus en prison, comme Jean. On a pris la barque et on voulait trouver un endroit sur la rive, mais en dehors de la ville. Seulement voilà, le bouche à oreille à dû fonctionner, quand on a accosté il y avait une foule immense. Nous qui pensions avoir un peu notre maître pour nous tous seuls! Et bien sûr, il en a guéri tout plein; il leur a parlé, et parlé et encore parlé; et l'un dans l'autre le jour baissait. On s'est regardés, et on s'est dit qu'il fallait lui demander qu'il renvoie tout le monde parce qu'il allait faire nuit, et que bien sûr il n'y avait aucun endroit pour acheter à manger. 

Là, il nous a demandé ce que nous avions, nous. On n'était pas trop contents, mais on lui a dit qu'on avait avec nous 7 gros pains et curieusement deux poissons. Et il a dit aux gens de s'asseoir. On ne comprenait pas ce qu'il comptait faire.

Alors là, vous n'allez pas en croire vos oreilles: il a pris un pain, il a regardé vers le ciel, longuement, il a prononcé la bénédiction sur le pain, il l'a rompu et il nous a dit distribuer les morceaux; et là, des morceaux, il y a en a eu pour tout le monde! Vous ne pouvez pas imaginer le nombre de pas qu'on a faits pour donner aux uns et aux autres. Pour les poissons c'était pareil. On avait l'impression d'une espèce de folie, mais une folie qui faisait du bien. On ne comprenait pas, on allait, on venait, on donnait encore et encore. Et au final il ya eu des restes; beaucoup de restes. On pensait pouvoir manger, nous, un peu tranquilles au lieu de grappiller un morceau par ci par là.  Mais non, il nous a ordonné de prendre la barque, et d'aller sur l'autre rive. Je dois dire qu'on n'était pas trop contents, mais on lui a obéi. Une journée comme ça, c'est usant. 

Bref on est repartis et voilà qu'à la fin de nuit, le vent s'est levé. Une vraie tempête, et on avait vraiment l'impression qu'elle était dirigée contre nous, et que les vagues qui venaient frapper la coque du bateau étaient bien plus nombreuses que les autres; et il faisait sombre. Et alors tout a coup on a vu une sorte de silhouette qui s'approchait vers nous. On a vraiment eu l'impression qu'elle sortait de l'eau, et qu'elle venait pour nous attirer dans les profondeurs. Mais le fantôme a parlé, et nous avons reconnu la voix de Jésus. Il nous disait d'être sans crainte. Pas si facile. 

Et là, Simon, celui que Jésus a appelé Pierre, a voulu faire le malin. Ça c'est bien lui. Il voulait que la silhouette qui était là, debout dans les vagues, prouve qu'elle était bien Jésus. Des fois, les mauvais esprits, ça peut prendre la voix d'un vivant. Et il lui a demandé de lui ordonner d'aller jusqu'à lui. Et l'autre l'a fait, et Pierre est sorti de la barque! 

On pensait vraiment qu'il allait se noyer. Mais non, il s'est mis à marcher vers la silhouette et puis tout d'un coup il s'est mis à hurler "au secours" et on a vu qu'il commençait à s'enfoncer. Alors Jésus, parce que là, nous avons enfin compris que c'était lui, lui a tendu la main; il s'est déplacé vers lui, et Pierre a attrapé la main, et tous deux sont arrivés au bateau et sont montés. On les a un peu aidés, mais qu'est ce qu'on avait eu peur!

Et d'un coup la tempête s'est calmée. Là, ça a été plus fort que nous, nous nous sommes inclinés devant lui, lui qui avait été capable de marcher sur les vagues, lui qui avait fait marcher Pierre, lui qui avait fait tombé le vent; et on lui a dit que nous le reconnaissions vraiment comme le Fils du Très Haut, Béni soit-il..

Puis nous avons accosté à Génésareth. 

Au fond de moi je me demandais vraiment qui était ce Jésus, cet homme maître des éléments, et en même temps si attentif aux uns et aux autres. 

Et puis du temps a passé, et nous avons connu la pire tempête qui puisse exister: Jésus a été arrêté, et crucifié comme un malfaiteur! Après, une femme est venu nous dire qu'elle avait vu Jésus, mais les femmes... Et nous nous terrions dans une salle, parce que nous avions peur des juifs. Ce premier jour de la semaine, je n'étais pas là. Les autres m'ont raconté que Jésus leur était apparu. Comme autrefois sur la mer déchaînée, ils ont cru que c'était un fantôme. Comme autrefois, il leur a dit de ne pas avoir peur, de ne pas craindre. Puis il leur a donné sa Paix. Alors là, c'est moi qui ai fait comme Pierre: qui ai voulu qu'il prouve que c'était bien lui. J'ai dit que je ne croirais que s'il montrait les trous des clous. Et voilà qu'une semaine plus tard il est venu, il s'est adressé à moi, il a montré les trous dans son corps. Là mon incrédulité a fondu comme neige au soleil. Comme autrefois, même si ce n'est pas rapporté par l'évangile, je me suis incliné devant lui, et en Lui j'ai reconnu Le Fils du Très Haut, mais aussi celui qui était le Seigneur de ma vie: Dieu qui était présent. Et son Esprit est venu en moi, comme il était venu dans et sur les autres. Maintenant je suis vraiment son apôtre, son envoyé.

samedi, mars 16, 2019

La transfiguration. Luc 9, 28-36

Dans l'évangile de Luc il y a bien une première annonce de la passion, mais il n'y a pas la réaction de Pierre rapportée ailleurs, avec la réponse de Jésus "passe derrière moi Satan". Par contre, la péricope se termine par "Il y en parmi ceux qui sont ici présents qui ne connaîtront pas la mort avant d'avoir vu le règne de Dieu". 
On peut se demander si la transfiguration n'est pas comme une réponse à ce verset. 

Dans ce récit, très proche des autres récits, Luc mentionne une torpeur (un demi-sommeil) qui s'empare des disciples, comme si cet état de semi-vigilance pouvait permettre de percevoir autrement. On trouve un peu la même chose pour Abraham qui, après avoir partagé des animaux en deux, voit une lumière passer entre les animaux, une nuée épaisse, et un Dieu qui parle, qui fait alliance. Comme si la présence, la manifestation du très Haut, ne pouvait se faire que dans ce sommeil-là. Et j'ai voulu réfléchir comment ce sommeil, qui n'est pas un sommeil, mais qui a permis de "toucher du doigt" la Présence, a été comprise et vécue par les trois disciples.

Pierre raconte la transfiguration: 

Le Maître avait eu une phrase étonnante, il avait dit que "certains ne connaîtraient pas la mort avant d'avoir vu le règne de Dieu". Une fois de plus on n'avait pas compris, mais poser des questions, souvent on n'ose pas. Et puis quelques jours ont passé et il a voulu aller prier sur une montagne. Souvent il prie tôt le matin, même très tôt, avant le lever du soleil. Et là, il nous a réveillés en pleine nuit Jacques, Jean et moi, et on est partis. On a marché pas mal de temps et ça grimpait dur. 

Puis il s'est un peu écarté de nous, et il s'est mis à prier. Moi, j'aimerais bien prier comme lui, mais je n'y arrive pas; je pense à plein de choses, à ce qu'on va faire, à ce qui va arriver s'il doit être mis à mort. Et puis, je dois dire que je n'avais qu'une envie: dormir. 

Je sentais mon corps, je sentais mes yeux, et je me sentais comme figé, collé au sol; et en même temps j'avais l'impression d'être comme sorti de mon corps. 

Mon corps était là, et moi je regardais avec des yeux neufs; j'entendais avec des oreilles neuves. Je ne sais pas comment le dire. Et je l'ai vu lui, Jésus. Je dis lui, mais ce n'était pas lui, il était rayonnant, il était nimbé de lumière, une lumière qui n'était pas celle du soleil qui se levait, mais une lumière qui sortait de lui. Et il parlait avec deux hommes que j'ai reconnus tout de suite: il y avait Moïse qui ne portait pas le voile avec lequel on le représente et qui lui aussi rayonnait, et il y avait Elie, avec son manteau en poils de chameau et sa barbe.

J'entendais ce qu'ils disaient, ils parlaient de Jérusalem et de son départ. Je ne comprends pas trop, mais ça ne me plait pas. Mais c'est sûr que Jésus doit faire ce qui est prévu pour lui depuis toute éternité. Et puis ils sont partis, enfin ils se sont dissous dans le ciel. Et moi, j'aurais voulu qu'ils restent là tous les trois, que le temps s'arrête, que le mauvais n'arrive pas. 

Et là j'ai voulu dire quelque chose, mais c'était comme dans ces rêves où on veut parler et où on n'y arrive pas. Ce que je voulais, c'était qu'ils restent, que nous puissions être tous les six, eux trois et nous trois. Alors l'idée qui était là, c'était de leur construire des tentes, un peu comme la tente de la rencontre.. Je sais que ce n'était pas possible, mais en même temps, j'étais incapable de me taire et je ne voulais pas qu'ils partent, je voulais que ça dure.

Et voilà, que c'est devenu sombre. Il y avait une sorte de nuage qui s'est abattu sur nous, un nuage comme je n'en n'ai jamais vu, un nuage qui faisait peur et qui pourtant protégeait. Et une voix est venue, une voix qui me disait, qui nous disait que nous devions écouter Jésus, que nous devions reconnaître en lui le fils qu'Il avait choisi. Sur le coup je n'ai rien compris, mais moi, je suis lent à comprendre. Puis, une certaine terreur est venue en moi, j'ai compris que nous avions entendu la voix du Tout Puissant, une voix qui s'était adaptée à nos oreilles, une voix qui s'était fait douceur et qui nous demandait de reconnaître vraiment que notre Jésus était son fils et que nous devions l'écouter comme nos pères avaient écouté les paroles retransmises par Moïse.

Et quand la voix en nous s'est tue, Jésus était à côté de nous, semblable à lui-même. Il n'a rien dit, nous non plus. Heureusement que nous étions tous les trois, parce que sinon je me serais demandé si je n'étais pas devenu un peu fou. Et cela, cette vision de lui, avec Moïse et Elie, nous l'avons gardée en nous précieusement. Et nous avions vraiment eu l'impression d'avoir vu le règne de Dieu sur notre terre. 

Nous sommes redescendus, et curieusement nous ne sentions plus la fatigue. Et dès que nous avons retrouvé le village d'où nous étions partis, il a choisi des disciples pour les envoyer au devant de lui, pour annoncer la parole. Et la vie a repris son cours.

vendredi, mars 01, 2019

"Je dois être complètement bouché..." Mc 9 et 10

Je dois être complètement bouché, mais je ne comprends plus grand chose... Mc 9, 35-50 et 10, 1-16.

Objectivement, mis à part les enseignements plus ou moins traditionnels, la fin de ce chapitre 9 et le début du chapitre 10 - qui est un chapitre important puisque Jésus est sur la route qui le mène à Jérusalem et donc à la passion - sont difficiles. D'autant qu'on a parfois l'impression que l'évangéliste fonctionne un peu avec des accroches: qui dit feu, dit saler par le feu, qui dit saler dit sel… Qui dit sel dit... 

Bien sûr, on peut parler de scandale, d'endurcissement, de sel, de l'enfer, du fait que Jésus ne demande pas des amputations mais des renoncements; mais il y a des mises en garde précises. Lire tel quel n'est pas facile, et c'est un peu ce que j'ai voulu rendre au travers du questionnement d'un disciple, puisque Jésus s'adresse à eux.


Le disciple s'exprime

Depuis qu'il a guéri cet enfant possédé, et qu'il parle ouvertement de ce qui va arriver, même si moi j'espère qu'il se trompe, qu'il ne sera pas condamné à mort mais que le peuple qu'il aime tant le défendra, je dois dire que je ne comprends pas grand chose. 

Et d'abord, comment peut-on ressusciter des morts? Si c'est redevenir vivant pour mourir ensuite, comme le soldat dont le corps a touché les os du prophète Elisée, mais qui est mort comme tout le monde ensuite, je ne vois pas. Alors c'est sûrement autre chose, mais... 
Qu'il soit emporté au ciel sur un char de feu, ça ça me plairait bien, mais ce n'est pas son genre. Mais s'il n'y avait que ça.. Il nous en dit des choses!
Il y a le prophète Ézéchiel qui a rapporté cette vision des ossements desséchés qui reprennent vie grâce au souffle de l'Esprit. Peut-être qu'il veut parler de cela: qu'un jour le souffle de Dieu le fera redevenir vivant pour l'éternité, lui qui parle de la vie éternelle; peut-être, mais que c'est difficile! 

Et là, je reviens à tout ce que je ne comprends pas. Il parle d'amputations, si on ne veut pas brûler éternellement dans la géhenne de feu, là où iront lors du jugement dernier ceux qui se détournent du Très Haut. Se couper une main, un pied ou s'éborgner, ça veut dire quoi? À quoi ça sert de se mutiler et en plus c'est interdit par la Tora.

Est ce qu'il veut dire que si je n'ai qu'une seule main, je ne pourrais plus attraper, cogner sur un autre? Peut-être. Mais je crois que je n'ai pas besoin me mutiler pour ne pas faire du mal. Depuis que je suis avec lui, petit à petit je regarde les autres comme lui les regarde et j'apprends à les aimer et à les respecter .Mais c'est vrai que la colère ça fait faire des choses pas belles. Et c'est vrai aussi que des phrases comme ça, on les retient.

 Si je n'ai qu'une seule jambe, je ne peux plus tenir debout; et si je ne tiens plus debout, je tombe et on doit me ramasser, m'aider. Peut-être qu'il veut dire que j'ai besoin que mes deux jambes soient là pour que je puisse tenir debout, marcher, me déplacer, mais pas pour faire du mal à un autre, comme lui donner des coups, le faire tomber. Peut-être qu'il veut que je reste debout, mais que je marche derrière lui, et pour ça, j'ai bien besoin de mes deux jambes. 

Et si je n'ai qu'un œil, si je suis borgne, là encore à quoi ça sert? Qu'est ce qu'il veut dire? 
Peut-être que, si je regarde avec envie ou convoitise ce que possède l'autre, et que - comme le roi Achaz qui voulait la vigne de Nabot - je cherche comment m'en emparer, et je fomente des idées de piège, de mort, c'est mal. Et que ces pensées, je dois les extirper de moi si je veux entrer dans la vie éternelle. C'est un peu comme s'il me disait que j'ai un oeil qui regarde vers Dieu et un autre qui regarde vers Satan, et que je dois me séparer de cet oeil qui veut me faire faire de mauvaises choses, qui me donne de mauvaises idées. 
Mais je peux comprendre que ce qu'il veut dire, c'est que le péché est là, et que j'ai quelque chose à faire, moi, si je veux avoir la vie éternelle! N'empêche que c'est bien compliqué.. 

Après, il parle "d'un feu qui sale". Ce n'est plus la géhenne où ça brûle dans arrêt, c'est un autre feu, mais ça veut dire quoi? 
Du coup je pense aux feux allumés par les pécheurs sur le bord du lac, aux poissons grillés, ou fumés qui parce qu'ils sont cuits, donnent tous leurs parfums, tous leurs sucs et qui se conservent... Et là, je comprends un tout petit peu. 
Il y a un autre feu, un feu qui purifie, un feu qui transforme. 
Ce feu, j'espère qu'il nous le donnera un jour. Je pense à un feu qui qui pourrait exalter ce qu'il y a de bon en moi, ce qu'il appelle le sel. Mais quand même c'est rudement compliqué. 

Et puis, il nous dit aussi de faire attention à ce qu'on dit, et à ce qu'on fait, pour ne pas être une cause de chute pour tous ceux qui sont dans les villages: qui viennent d'abord pour être guéris, et puis qui découvrent que la guérison c'est bien, mais que vivre autrement c'est mieux; mais qui ne savent pas trop comment s'y prendre.

Ceux-là, il les appelle les petits et il les aime beaucoup, beaucoup. Et nous devons prendre soin d'eux. Mais pour le moment, c'est lui qui le fait et il le fait très bien.

C'est comme avec les enfants. Les enfants, c'est souvent sale, ça sent mauvais, ça ne comprend rien. Mais voilà que lui, il les touche, il les embrasse, il les bénit. Et il dit que si on accueille un enfant, je pense qu'il veut dire qu'on ne le chasse pas, c'est lui qu'on accueille. 
Mais il veut dire quoi le Maître? 
Il est un adulte lui, il est propre, il sait parler, il sait nous aider à discerner; et il voudrait qu'on redevienne comme ça? 
Peut-être qu'il veut parler de la confiance, et ça, c'est vrai que les enfants ils en ont de la confiance. Bon, alors ça je veux bien, n'empêche que c'est bien difficile.

Et pour compliquer encore les choses il y a eu ces éternels pharisiens, qui veulent le prendre en défaut et qui l'entrainent dans des discussions qui n'en finissent pas. Sauf que lui, il sait leur clouer le bec. Là, il s'agissait de savoir si on a le droit ou non de renvoyer sa femme, et je me sens concerné. Il leur a demandé ce que disait Moïse. Ils lui ont répondu que Moïse l'avait permis, à condition d'établir un acte de répudiation. Sauf que l'adultère est puni de mort.. Et que bien souvent ceux qui divorcent c'est pour changer de femme, pour en avoir une plus jeune, une plus belle.
D'après ce qui se dit, avec un peu d'argent on peut avoir cet acte de répudiation, et la femme se retrouve mise au ban de la société. 
Et là, Jésus leur rétorque qu'en faisant cela ils ne respectent pas la loi donnée par le Tout Puissant; et je crois qu'il veut leur faire comprendre que tout ce qui vient en plus des Dix paroles données sur la montagne, et qui sont là pour faire grandir l'amour, ça ne sert pas à grand chose. A la limite, il y a les lois (pas la Loi) et l'Amour; et lui il est venu pour nous faire comprendre ça, mais qu'est ce que c'est difficile... 

Je me suis même demandé si ce n'étaient pas eux, les purs, qui sans s'en rendre compte, commettaient cet adultère que les prophètes reprochaient à notre peuple. Certes ils ne vont pas vers des dieux étrangers, mais ils font de la loi une espèce d'idole, et ils ne voient plus que notre Maître est là pour les aider à renaître de l'Esprit. Et ça, ils ne le veulent pas, et je sens bien qu'ils veulent le lapider et ça, ça me tue.

Aujourd'hui, alors que nous avons quitté la Galilée pour aller vers la ville sainte, je sais que j'ai encore du chemin à faire pour qu'en moi s'opère une purification. Il y a du bon en moi, mais j'ai besoin de son amour à Lui, pour que mon cœur et mes oreilles s'ouvrent, et que mon vrai cœur comprenne ce qu'il veut me faire comprendre. Finalement je suis un vrai juif.. J'ai la nuque bien raide…. 


samedi, février 23, 2019

La transfiguration. Mc 9, 2-13


Cet événement se trouve dans les trois évangiles dits synoptiques. Il est suivi de la guérison de l'enfant épileptique. Il est précédé par la première annonce du "destin" de Jésus et la réaction de Pierre. J'ai toujours pensé que ce qui se passe là est un tournant majeur dans les récits. Jésus, qui peu de temps après va prendre "avec détermination" la route qui conduit à Jérusalem, entre dans le temps qui va le mener à la mort, et ce tournant se fait avec la transfiguration, qui est figure de la résurrection et du corps "glorieux".

Il est un peu difficile, quand on connaît les autres textes qui rapportent cet événement, de ne pas penser à la torpeur qui s'abat sur les apôtres, à Jésus qui parle de son départ (Luc), etc. Mais là, c'est Marc.

Matthieu Mt 
Marc 9, 2-13
Luc 9, 28-36
01 Six jours après, Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère, et il les emmène à l’écart, sur une haute montagne.



02 Il fut transfiguré devant eux ; son visage devint brillant comme le soleil, et ses vêtements, blancs comme la lumière.



03 Voici que leur apparurent Moïse et Élie, qui s’entretenaient avec lui.











04 Pierre alors prit la parole et dit à Jésus : « Seigneur, il est bon que nous soyons ici ! Si tu le veux, je vais dresser ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. »





05 Il parlait encore, lorsqu’une nuée lumineuse les couvrit de son ombre, et voici que, de la nuée, une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie : écoutez-le ! »
06 Quand ils entendirent cela, les disciples tombèrent face contre terre et furent saisis d’une grande crainte.


07 Jésus s’approcha, les toucha et leur dit : « Relevez-vous et soyez sans crainte ! »
08 Levant les yeux, ils ne virent plus personne, sinon lui, Jésus, seul.


09 En descendant de la montagne, Jésus leur donna cet ordre : « Ne parlez de cette vision à personne, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts. »







10 Les disciples interrogèrent Jésus : « Pourquoi donc les scribes disent-ils que le prophète Élie doit venir d’abord ? »

11 Jésus leur répondit : « Élie va venir pour remettre toute chose à sa place.







12 Mais, je vous le déclare : Élie est déjà venu ; au lieu de le reconnaître, ils lui ont fait tout ce qu’ils ont voulu. Et de même, le Fils de l’homme va souffrir par eux. »

13 Alors les disciples comprirent qu’il leur parlait de Jean le Baptiste.

02 Six jours après, Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean, et les emmène, eux seuls, à l’écart sur une haute montagne. Et il fut transfiguré devant eux.


03 Ses vêtements devinrent resplendissants, d’une blancheur telle que personne sur terre ne peut obtenir une blancheur pareille.


04 Élie leur apparut avec Moïse, et tous deux s’entretenaient avec Jésus.










05 Pierre alors prend la parole et dit à Jésus : « Rabbi, il est bon que nous soyons ici ! Dressons donc trois tentes : une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. »
06 De fait, Pierre ne savait que dire, tant leur frayeur était grande.





07 Survint une nuée qui les couvrit de son ombre, et de la nuée une voix se fit entendre : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé : écoutez-le ! »







08 Soudain, regardant tout autour, ils ne virent plus que Jésus seul avec eux.





09 Ils descendirent de la montagne, et Jésus leur ordonna de ne raconter à personne ce qu’ils avaient vu, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts.
10 Et ils restèrent fermement attachés à cette parole, tout en se demandant entre eux ce que voulait dire : « ressusciter d’entre les morts ».


11 Ils l’interrogeaient : « Pourquoi les scribes disent-ils que le prophète Élie doit venir d’abord ? »


12 Jésus leur dit : « Certes, Élie vient d’abord pour remettre toute chose à sa place. Mais alors, pourquoi l’Écriture dit-elle, au sujet du Fils de l’homme, qu’il souffrira beaucoup et sera méprisé ?





13 Eh bien ! je vous le déclare : Élie est déjà venu, et ils lui ont fait tout ce qu’ils ont voulu, comme l’Écriture le dit à son sujet. »

28 Environ huit jours après avoir prononcé ces paroles, Jésus prit avec lui Pierre, Jean et Jacques, et il gravit la montagne pour prier.



29 Pendant qu’il priait, l’aspect de son visage devint autre, et son vêtement devint d’une blancheur éblouissante.


30 Voici que deux hommes s’entretenaient avec lui : c’étaient Moïse et Élie,
31 apparus dans la gloire. Ils parlaient de son départ qui allait s’accomplir à Jérusalem.

32 Pierre et ses compagnons étaient accablés de sommeil ; mais, restant éveillés, ils virent la gloire de Jésus, et les deux hommes à ses côtés.




33 Ces derniers s’éloignaient de lui, quand Pierre dit à Jésus : « Maître, il est bon que nous soyons ici ! Faisons trois tentes : une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. » Il ne savait pas ce qu’il disait.




34 Pierre n’avait pas fini de parler, qu’une nuée survint et les couvrit de son ombre ; ils furent saisis de frayeur lorsqu’ils y pénétrèrent.
35 Et, de la nuée, une voix se fit entendre : « Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi : écoutez-le ! »






36 Et pendant que la voix se faisait entendre, il n’y avait plus que Jésus, seul. Les disciples gardèrent le silence et, en ces jours-là, ils ne rapportèrent à personne rien de ce qu’ils avaient vu.

37 Le lendemain, quand ils descendirent de la montagne, une grande foule vint à la rencontre de Jésus.



Je me suis dit ce matin que peut-être Jean, un des fils de Zébédée, pourrait raconter ce qu'il a vécu ce jour là, lui le disciple de la première heure, lui qui aimerait bien avoir la meilleure place dans le royaume. 


Jean, le fils de Zébédée et le frère de Jacques, raconte.

Le Maître nous avait demandé qui il était pour nous. Alors, avant même même que nous ayons pu ouvrir la bouche, Simon a dit qu'il était le Christ. Là c'était la bonne réponse. Mais ensuite, comme Jésus disait (et à nous non plus, ça ne plaisait pas du tout) qu'il allait être livré aux mains des scribes, des anciens et des grands prêtres, qu'il devait souffrir et être mis à mort, Pierre a réagi au quart de tour, et s'en est pris plein la gueule, parce qu'il disait à Jésus que ce n'était pas possible. Après, ça a jeté un sacré froid: il s'est quand même fait traiter de Satan... Alors on continué à marcher vers Césarée, sans trop rien dire. Mais on comprenait quand même la réaction de Simon. 

Bref, ce n'était pas terrible. Les jours ont passé, et là Jésus est venu nous chercher, moi Jean, avec Jacques et Pierre. Je me suis souvenu de ce jour à Capharnaüm où il n'avait pris avec lui que nous trois, pour aller dans la maison d'une jeune fille qui venait de mourir; comment il l'avait prise par la main et lui avait rendu la vie. Il n'y avait eu que nous trois et c'était une telle joie pour nous.

Là, il nous a conduit à l'écart. Il aime bien cela le Maître, se mettre à l'écart. Souvent quand on lui demande une guérison, il prend la personne avec lui - enfin avec nous aussi, et il le sort de cet endroit où il y a de la foule, du bruit; et là, il peut parler, il peut regarder, il peut vraiment être celui qui est rempli d'amour pour son prochain. Alors quand il nous a demandé d'aller dans la montagne, au fond de moi, j'étais heureux; et comme Simon était là, c'était un peu comme s'il lui avait pardonné. 

On a pris notre temps pour monter. Arrivés tout en haut, il y avait le bruit du vent dans les pins, il y avait des rochers plats. On s'est assis. Lui il s'est mis à prier. Et là…

Là, il s'est passé quelque chose d'extraordinaire. D'un coup, il est devenu différent, il est devenu tout Autre. Il y avait comme une lumière en lui, il était lumineux, il était lumière. Et avec lui, il y avait Elie avec son manteau en poils de chameaux, et Moïse. 

Je sais que cela paraît impossible, et pourtant c'est bien ce que nos yeux ont vu. Et Simon, qui a toujours besoin de parler, a dit qu'il se proposait pour dresser trois tentes... Un peu fou Simon, mais il voulait sûrement que ce moment dure longtemps. Et la tente, cela fait penser à la tente de l'Alliance, cette Tente où Dieu parlait à Moïse, comme un ami parle à son ami. 

Et puis il s'est alors passé quelque chose d'autre. La nuée, cette nuée dont Moïse parlait, elle était là, sur nous, comme si nous étions pris dans cette lumière qui nimbait notre maître. Et nous avons entendu une voix très douce, une voix qui ne faisait pas peur, une voix qui était presque suppliante, qui nous disait que notre Rabbi était son Fils, son fils bien aimé, et qu'il nous demandait de l'écouter. Ecouter, obéir, oui, ça nous le savons, mais là, c'était autre chose, c'était comme si Le Seigneur, le créateur de tout l'univers, nous faisait à nous, une demande: écouter celui qui est son envoyé, celui qui est son Fils. Et c'est bien plus que le Roi Messie. Le Fils… 

J'avais fermé les yeux quand les gouttelettes de lumière s'étaient posées sur nous, et je ne sais pas combien de temps s'est écoulé. Mais quand j'ai rouvert les yeux, il n'y avait plus que Jésus, et Simon-Pierre et Jacques. 

Jésus nous a demandé de ne parler de cela à personne, tant qu'il ne serait pas ressuscité d'entre les morts: comme un secret très fort entre lui et nous. N'empêche que ce "ressuscité d'entre les morts", on n'arrivait pas à le comprendre, mais on lui a fait confiance. 

En redescendant, on lui a posé des questions; parce que Elie nous l'avions bien vu avec lui. Et il nous a expliqué que Jean c'était le nouvel Elie, qui avait préparé les chemins pour lui; et là, on était bien d'accord, parce que si nous n'avions pas reçu le baptême de Jean dans les eaux du Jourdain, nous, les pêcheurs nous ne l'aurions pas suivi, et nous n'aurions pas vu ce que nos yeux ont vu aujourd'hui. Et nous savons maintenant que quoiqu'il arrive, nous le suivrons.