vendredi, novembre 13, 2009

Guéri ou sauvé?

On dit souvent que le même mot peut être traduit pas guéri ou sauvé, or si je lis la guérison des 10 lépreux en Luc 17, il me semble que ce n'est pas du tout la même chose. 10 sont purifiés (on pourrait dire guéri de leur affection cutanée, un seul est sauvé parce qu'il a su nouer une relation avec Jésus).

Je cite le texte: (TOB)


Phase 1.
11 Or, comme Jésus faisait route vers Jérusalem, il passa à travers la Samarie et la Galilée.

12 A son entrée dans un village, dix lépreux vinrent à sa rencontre. Ils s'arrêtèrent à distance

13 et élevèrent la voix pour lui dire : « Jésus, maître, aie pitié de nous. »

On pourrait dire, ( phase 1), des hommes malades de la peau et exclus de la vie sociale ont entendu parler de cet homme qui fait des guérisons. Alors, tout en respectant les règles (ils restent à distance) ce que ne font pas tous les lépreux que Jésus à guéri (Mt 8,2, un lépreux s'étant approché..) et ils lui donnent un titre Maître qui montre bien la conscience qu'ils ont de la distance qui existe entre Lui et eux. A noter aussi -qu'ils élèvent la voix- pour se faire entendre puisqu'ils sont à distance;

Phase 2:

14 Les voyant, Jésus leur dit : « Allez vous montrer aux prêtres. » Or, pendant qu'ils y allaient, ils furent purifiés.

D'une certaine manière jésus répond sur le même mode. Ils n'ont pas demandé une guérison, mais que Jésus aie pitié d'eux, de la vie qu'ils mènent. Le seul moyen de reprendre une vie normale c'est bien que les prêtres en constatant la guérison leur permettent de réintégrer la vie sociale.Là Jésus leur demande un acte de foi, mais ils n'ont rien à perdre et s'ils connaissant l'histoire de Naaman le syrien, ils savent qu'il faut obéir même si on ne comprend pas bien.

Il est important de noter que s'ils ne posent pas de question, ils obéissent. Et cette obéissance permet la purification extérieure. Il y a donc guérison.

Phase 3

15L'un d'entre eux, voyant qu'il était guéri, revint en rendant gloire à Dieu à pleine voix.

16Il se jeta le visage contre terre aux pieds de Jésus en lui rendant grâce ; or c'était un Samaritain.

Cet homme, ce samaritain, cet "être impur aux yeux des juifs" revient seul, et là il n'y a plus de distance entre lui et Jésus. Il reconnait l'oeuvre de Dieu accomplie par Jésus. Je m'imagine que sur le chemin du retour il chante sa joie, je dirais même qu'il exulte de joie. Lui, l'étranger, son coeur est en fête. Il ne s'agit plus d'élever la voix pour se faire entendre, mais de crier son bonheur. En se prosternant devant Jésus il reconnaît qu'il est vraiment le Maître.

Phase 4
17 Alors Jésus dit : « Est-ce que tous les dix n'ont pas été purifiés ? Et les neuf autres, où sont-ils ?
18 Il ne s'est trouvé parmi eux personne pour revenir rendre gloire à Dieu : il n'y a que cet étranger ! »

Pour ma part je ressens un certaine tristesse dans cette phrase de Jésus;d'une certaine manière quand il vous arrive une telle aventure, au diable la loi. Et on a l'impression que les juifs sont plus pressés d'avoir leur certificat dûment tamponné par le prêtre de service que de reconnaître que cet homme jésus a fait pour eux un miracle;


Phase 5

19 Et il lui dit : « Relève-toi, va. Ta foi t'a sauvé. »

Là il s'agit d'autre chose que d'une guérison, d'une purification, il s'agit du salut. Pourquoi lui est il sauvé? Je pense que lorsqu'il s'est mis aux pieds de Jésus, quelque chose s'est noué dans la relation. Jésus est devenu quelqu'un pour lui. Il est devenu celui qui lui permet d'être certes d'être guéri,mais surtout celui qui a crée une relation autre, une relation particulière.
Oui, Jésus est le Maître. Et c'est la reconnaissance de ce mot qui n'est plus un mot prononcé mais un mot incarné qui fait que cet homme est non plus guéri mais sauvé. Il a reconnu qui est Jésus; il est en relation avec lui et désormais la vie prend un autre goût.

dimanche, novembre 08, 2009

Les tentations de Jésus au désert.


Une question s'est posée dans notre groupe "Autour de la Bible": comment savoir si cet épisode (qui se trouve plus ou moins développé dans les synoptiques) est réellement arrivé puisqu'il s'agit d'un épisode sans témoins.

En fait c'est une question que l'on peut se poser souvent, en particulier pour les "appels" des prophètes, de tous ces hommes qui sont à l'origine de l'histoire du peuple choisi, mais aussi de l'agonie de Jésus au jardin des Oliviers.

Si on admet que l'Esprit Saint a été présent lors de la rédaction des évangiles, on peut alors supposer qu'il y a une réalité différente d'une réalité historique telle que nous la concevons aujourd'hui.Et puis, on peut aussi supposer que Jésus a pu raconter à ses amis ce qui lui est arrivé après son baptême par Jean.


Après le baptême de Jean, Jésus appelé "le fils bien aimé" devient d'une certaine manière le nouvel Israël. Il va lui être demandé de vivre une épreuve, passer un temps dans le désert, comme jadis le peuple élu.

Il me semble important que Jésus "disparaisse" au yeux du monde au début de sa mission comme il disparaîtra dans le tombeau à la fin.

Il me semble aussi important qu'il y ait d'emblée l'obéissance du Fils: "poussé par l'Esprit il alla dans le désert". Ceci montre la différence entre l'Israël qui est sorti d'Egypte et l'Israël qui prend naissance en Jésus.

Ce lieu n'est pas n'importe lequel. Nous avons des écrits des premiers siècles qui relatent les tentations des pères du désert.Que les tentations décrites soient d'ordre charnelles ne change rien. Ils ont eu à se débattre contre des images qui les assaillaient, et reconnaître que ces visions étaient envoyées par le diable.

Le désert avec ses mirages, est le lieu des "images" des fausses images.

On peut tout à fait admettre que Jésus au cours de son jeûne est assailli par des images, des visions et qu'il lui faut à chaque fois faire une sorte d'effort pour comprendre que ces visions ne viennent pas l'Esprit mais du démon.

Je m'explique.

Première vision: les pierres qui se transforment en pain. Jésus a faim. Il regarde autour de lui et il a l'illusion les pierres se changent en pain. En lui monte cette certitude, oui je suis le fils de Dieu, l'Elu, donc je pourrais par la seule volonté transformer les pierres en pain. Je suis tout puissant comme mon Père. Et aussitôt il comprend que ce n'est pas cela qui est attendu de Lui. Son rôle sera de nourrir l'humanité des paroles qui sortent de la bouche de Dieu et non pas d'utiliser la puissance pour son usage personnel. C'est cela être le Fils du Père.

Deuxième vision: il se voit sur le pinacle du temple. Comment va t il se sortir de cette drôle de situation.Comment va t il descendre de là? On racontait que Salomon se déplaçait sur un tapis volant. N'est Il pas lui, plus grand que Salomon? Ne lui suffit il pas de sauter, puisque normalement des anges doivent le soutenir? Etre un homme volant n'est ce pas un des plus vieux rêves de l'humanité? Lui le Fils n'en est Il pas capable? la tentation peut être forte, mais Jésus ne cède pas à cette vision. Il sait qu'invoquer Dieu pour le mettre à son service n'est pas possible.


Troisième vision: il se voit dans les hauteurs d'une montagne, il voit des villes, des contrées des royaumes. S'Il est le Fils, alors tous les royaumes sont à Lui. Seulement là encore cela serait abdiquer ce que Dieu attend de Lui. La royauté certes, mais pas celle de dominer sur les autres. Et la phrase qui résonne alors en lui, "si tu prosternes devant moi" lui montre bien qu'il s'agit d'une tentation, que cela ne vient pas de son Père mais du Malin qu'Il peut alors nommer en disant: écarte toi de moi Satan...


Les visions peuvent être à double sens: discerner si elles viennent de Dieu ou d'un autre n'est pas toujours facile, car comme dira Jésus Satan est le maître du mensonge, de l'illusion.

Vainqueur des illusions jésus peut alors commencer son travail: "annoncer que le royaume est tout proche".

vendredi, octobre 23, 2009

Eternel, éternellement.


Dans l'évangile de Jean on trouve ce ou ces mots vingt et une fois, ce qui est beaucoup.

Avoir la vie éternelle, vivre éternellement, qu'est ce que cela représente pour nous?

Je crois que nous avons beaucoup trop tendance à associer éternel avec Au Delà. Or ce qui se passe après notre mort, nous en sommes malgré tout dans l'ignorance. l'éternité nous ne savons pas ce que c'est sauf que Jésus dit bien souvent que le royaume est déjà, maintenant, aujourd'hui, pas dans un ailleurs inaccessible.

Je ne peux m'empêcher de penser que compte tenu de la durée de vie de l'être humain, le condamner à la félicité ou a la torture pour l'éternité, cela paraît disproportionné, et j'espère que après la mort, je découvrirai d'autres possibles que ce dualisme.

Mais il y a un autre aspect qui me semble beaucoup plus important, c 'est que quelque chose qui est éternel est quelque chose qui ne varie pas en intensité, en quantité et en qualité. C'est quelque chose qui ne disparaît pas. C'est quelque chose qui reste présent quoiqu'il arrive. La publicité pour le diamant "un diamant est éternel" donne un peu cette dimension. C'est quelque chose qui est là, qui est présent, qui perdure quoiqu'il arrive.

Quand Paul écrit seule la charité demeurera cela revient à dire que l'Amour restera dans ce futur que nous ne connaissons pas, parce qu'il est déjà là dans notre présent.

Ce n'est pas parce que nous n'avons pas la capacité de voir les choses qu'elles n'existent pas. Quand Dieu donne, il donne dans toute sa richesse dans toute sa plénitude et il ne peut reprendre ce qu'Il a donné. Son Amour Il nous l'a donné en plénitude.

L'image que j'ai est une sorte de fleuve, vigoureux, fort, mais non violent, c'est à dire non dévastateur, mais qui est d'une force inouïe et qui ne peut pas être avalé par la terre, ou disparaître du jour en lendemain.



Il est là, présent à côté de moi, il est source. Parfois je le repère par son murmure, parfois je crois que je ne le vois plus, mais il est là. Ce n'est pas parce que mes yeux ne le voient pas qu'il n'existe pas ou qu'il cesse d'exister.L'eau se manifeste parfois à son odeur, à son chant, par ce qui pousse à côté, bref elle a son langage. Un ruisseau murmure...

Ce fleuve est la présence de dieu. Quand on a en soi cette connaissance, on ne se pose plus ((ou moins) de question sur ce que fait Dieu aujourd'hui dans le monde, dans mon monde.L'amour de Dieu est là, il est donné aujourd'hui et pour toujours. Dieu ne reprend pas.

Dieu est là, "de toujours à toujours" comme dit le psaume 90 attribué à Moïse. Il est présent, 'Il est agissant (à a sa manière) et Il remplit l'univers. Cette force de Vie est là elle est pour nous, c'est son Amour, ce fleuve qui est là pour nous nourrir, pour nous permettre de lutter contre le mal.

Alors pourquoi faire comme si nous n'en étions pas digne de cet Amour qui est là depuis toujours, qui nous est donné, qui nous accompagne, alors que c'est la présence et le don?

Dieu ne joue pas à cache cache avec nous, ce sont nos yeux qui ne s'ouvrent pas et qui ne voient pas.




Le don de l'Esprit Saint est aussi de faire de nous des voyants et de nous mettre en prise avec cet Amour qui nous est donné.

dimanche, octobre 04, 2009

la jalousie du serpent une bête des champs. .

En écoutant ce matin la lecture du passage de la Genèse qui relate la création de la femme, (Gn 2, 18-24) j'ai eu l'oreille tirée par les mots "bêtes des champs". J'avais toujours imaginé que Adam nommait toutes les bêtes, y compris les bêtes sauvages, mais il ne s'agit que des bêtes des champs (qui peuvent vivre dans et hors du jardin) et des oiseaux du ciel qui eux peuvent vivre sur les arbres dans et hors du jardin.



Je cite le début du texte:
"Il dit : « Il n’est pas bon que l’homme soit seul. Je vais lui faire une aide qui lui correspondra. »

Avec de la terre, le Seigneur Dieu façonna toutes les bêtes des champs et tous les oiseaux du ciel,

et il les amena vers l'homme pour voir quels noms il leur donnerait. C'étaient des êtres vivants, et l'homme donna un nom à chacun.
L'homme donna donc leurs noms à tous les animaux, aux oiseaux du ciel et à toutes les bêtes des champs. Mais il ne trouva aucune aide qui lui corresponde."

On peut alors imaginer l'attente de chacun des ces animaux: est ce que je vais être choisi? La vache peut penser: je lui donne du lait, il va me choisir, le cheval peut penser, je traîne sa charrue, je lui permet de se déplacer facilement, il va me choisir, le chien dira: je suis capable de rapporter des objets, je peux garder les moutons, j'obéis à sa voix, je l'aime, je suis son compagnon, alors il va me choisir...



Le serpent peut penser: comme lui je suis capable de me dresser, moi je suis un être vertial tout comme lui, je suis tout puissant car je peux donner la mort, je suis beau car des que ma peau est usée je peux en changer, et surtout je suis rusé donc intelligent.(cf Gen 3,1 "le serpent était le plus rusé des bêtes des champs" , mais hélas il n'est pas choisi. Et de cette déconvenue va suivre ce que l'on a coutume d'appeler la chute.

Car quand il voit la femme, celle qui l'a supplantée, l'envie naît alors en lui et il n'aura de cesse de l'éliminer rpour redevenir l'objet élu, l'objet choisi. Il s'agit bien de reprendre ou de prendre une place qu'il estime être à lui. Bien humain ce serpent somme toute.

De ce fait il est normal qu'il s'attaque à la femme et non à l'homme, car dès qu'elle aura commis la faute il pourra lui se faire valoir en disant si tu m'avais choisi moi ça ne serait pas arrivé...

Malheureusement un animal reste un animal si rusé soit-il! Il n'a pas su prévoir que le fruit de l'envie et de la convoitise est toujours la mort. La haine fait désirer la mort de l'autre, mais hélas elle fonctionne comme une boomerang. Le produit de l'envie et de la convoite reste la mort.

Car dans cette histoire le serpent est loin d'être gagnant: Gn3, 14Le SEIGNEUR Dieu dit au serpent :
Puisque tu as fait cela,
tu seras maudit entre toutes les bêtes
et tous les animaux de la campagne,
tu te déplaceras sur ton ventre
et tu mangeras de la poussière
tous les jours de ta vie.

15Je mettrai de l'hostilité entre toi et la femme,
entre ta descendance et sa descendance :
celle-ci t'écrasera la tête,
et tu lui mordras le talon.

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mardi, septembre 29, 2009

Sculpteur ou modeleur?Un regard sur Dieu.







Je travaille à ce texte depuis déjà quelques jours, je n'en suis pas complètement satisfaite, mais il est préférable que je le publie, même si je compte y revenir. Alors ne m'en voulez pas trop si ce texte est très incomplet et très imparfait;

Sculpteur ou modeleur?

Quand on travaille de la glaise on peut choisir la quantité de terre que l’on va travailler et on la modèle, on la façonne on la pétrit de manière à obtenir l’œuvre que l’on voulait réaliser. Mais il me semble que le travail de la glaise ne permet pas d’obtenir de grandes œuvres, de grands volumes. Simplement une fois la quantité choisie, il n’y a pas de perte si l’on peut dire. Parfois on loupe et alors soit un défait et on réessaye. Si c’est durci, on casse. Dans la Genèse, il semble que ce soit ce Dieu potier qui soit montré. C’est ainsi que Adam est modelé à partir de la terre et reçoit le souffle de Dieu.




Le travail du sculpteur sur la pierre, est tout autre. A partir d’un bloc il doit faire surgir une forme et pour cela il va éliminer une grande partie de la pierre. C’est un travail plus physique, avec si je me permets de le dire ainsi de la casse, car il faut bien enlever une partie pour que l’œuvre puisse naître. Il semble bien que ceci soit la manière de fonctionner de ce Dieu du premier testament qui veut créer un peuple particulier, son peuple, à qui il donnera une terre, mais surtout une manière de vivre autre. Faire d’un ramassis d’humains un peuple différent n’est pas une mince affaire….


Si on admet qu’Abraham a vécu vers -1800, on peut penser que ces siècles qui nous séparent de la naissance de Jésus, ont permis à travers la sortie d’Egypte, l’installation en terre de Canaan, la royauté, l’exil, le retour de l’exil, de façonner un peuple « saint », c’est – dire séparé, qui a un mode vie particulier, des normes différentes, mais surtout d’en extraire la perle rare, celle qui sera l’écrin du Sauveur. Marie est d’une certaine manière le fleuron d’Israël, la choisie, celle qui dit oui, celle qui garde toutes les choses en son cœur, celle qui devient la mère d’une multitude.

Quand on travaille la bible en groupe, on est sans arrêt amené à comparer ce Dieu du premier testament qui fonctionne comme un dieu sculpteur, c’est à dire que travaille un bloc sans se soucier des débris, un Dieu qui travaille au niveau du collectif, un Dieu qui semble brutal et qui au nom de sa « jalousie » se permet des destructions sans nombres, au Dieu de Jésus qui est un Dieu d’Amour, un Dieu qui s’adresse à l’individu, qui le modèle en permanence pour le rentre de plus en plus semblable à Lui.




Quand Jean fait dire à Jésus que « tout homme qui porte du fruit sera émondé, pour qu’il en porte d’avantage » Jn 15, 2 il s’agit bien d’un niveau individuel. Mais il n’en demeure pas moins que le Dieu émondeur continue à œuvrer.


Pour revenir à ce que j’écrivais plus haut, Le travail de sculpteur de Dieu a donné naissance à un peuple, un peuple particulier qui devait révéler au monde ce qu’est la Sainteté de ce Dieu là. Pour fabriquer un tel peuple, il a fallu du temps. Ce peuple a été objet d’amour, comme un sculpteur aime le rocher qui va donner naissance à son œuvre d’Art, mais tout ce qui dans la pierre n’est pas bon doit être éliminé. Les épreuves qui ont fait de ce peuple ce qu’il est devenu, l’ont ciselé pour qu’il donne naissance à Marie (quand les temps furent accomplis) et donc à Jésus.

Aujourd’hui, ce Dieu du premier testament, ce Dieu qui dans des accès de colère tue le juste et le méchant est un Dieu que nous récusons un Dieu dont nous ne voulons pas. Et pourtant dans le premier testament, il s’agit aussi d’une relation d’amour, d’un amour souvent déçu, mais qui perdure dans les siècles ce qui est quand même étonnant.

Beaucoup de textes, y compris ceux des psaumes peuvent s’entendre aussi bien au niveau individuel qu’au niveau collectif.

Quand Esdras déchire son manteau et ses vêtements, il le fait car il est le grand prêtre qui représente le peuple qui ne s’est pas montré capable de vivre la Loi qui lui a été donnée. Il ne s’agit pas de lui en tant qu’Esdras, mais de lui en tant que représentant. Il en sera d’ailleurs de même pour Jésus quand il donne sa vie pour le Salut du monde. Quand Moïse intercède, il le fait pour le peuple, pour que Dieu cesse de manifester sa colère, colère que l’on peut comprendre au moins partiellement, car une des caractéristiques de Dieu c’est quand même s’Il nous dépasse, que Ses pensées ne sont pas nos pensées et que Sa vision n’est pas la notre.

Dieu modèle certains (c’est très net pour les prophètes qui sont choisis spécifiquement et qui sont Sa bouche). Le rôle de
ceux là est de faire comprendre au peuple que ce qui se passe n’est pas du au hasard mais a un sens..

Les textes d’amour ne manquent pas, mais sauf celui du cantique des cantiques, ils sont collectif, ils s’adressent au peuple.

Avec Jésus, les choses changent. Et c’est la conversion, le changement de chaque individu, qui va permettre la manifestation
de la présence de l’Esprit de Dieu, Esprit donné par le Fils. Peuple de prêtres, peuple de rois assemblée des saints peuple de Dieu écrira Pierre. Mais là il s'agit d'un autre peuple, qui ne se caractérise plus par sa race, mais par sa manière de vivre dans et par l'Amour.

Tout l’accent mis pas l’église va dans le sens de l’imitation de Jésus et c’est la somme des individus qui fait naître un peuple
de modelés. Il ne s’agit plus d’une race spécifique, mais d’un autre ordre, apprendre à aimer comme un Dieu est capable d’aimer et cela ce n’est pas rien.

Ce que je crois, c’est que ces deux visions de Dieu ne sont pas exclusives mais complémentaires. Et dire que nous ne voulons pas du Dieu du premier testament parce qu’il est méchant et qu’il ne tient pas compte des individus c’est fonctionner avec une sensibilité d’un homme ou d’une femme du vingtième siècle (disons vingt et un nième pour faire bien).

La lecture que nous faisons des événements souvent dramatiques qui se jouent du notre planète, nous ne les attribuons plus à Dieu, car nous avons des explications (qui nous mettent souvent en cause). Nous ne considérons pas que Dieu soit responsable de l’épidémie de grippe A, du Sida, des tsunamis et que ces fléaux soient envoyés pour que nous tournions vers Lui et nous nous convertissions. Il me semble que les fléaux envoyés par les anges dans le livre de l’Apocalypse ont pourtant cette fonction…

Si nous ne réussissons pas dans notre vie, alors que nous avons tout pour réussir, nous faisons une thérapie, pour savoir et comprendre d’où vient cet échec, mais nous ne pensons pas qu’il s’agisse d’un message adressé par Dieu pour nous faire comprendre que nous nous occupons trop de nous et que nous ne lui donnons pas la place qu’il devrait avoir.

Par contre si nous sommes chrétiens nous nous tournons vers Jésus ou Dieu ou Marie, pour que les épreuves nous soient épargnées, pour que nous guérissions de nos maladies, etc. Et d’une certaine manière nous nous sommes crées un Dieu à
notre service. Nous avons du mal à imaginer que ces épreuves peuvent avoir un sens, qu’elles sont peut-être là pour nous décentrer de nous et nous reconnaître la présence de « de Celui qui remplit l’Univers ».

Je crains aussi que nous nous sommes fabriqué un Dieu trop humain, qui répond à tous nos besoins, comme si cela c’était le rôle de Dieu. Il y a une relation à Dieu qui n’en fait plus le Tout Autre, celui dont nous pouvons connaître les plans, mais une sorte de Dieu à notre service. Je crois que si Dieu nous donne des dons ou des charismes c'est pour son service à lui, pour que son Nom soit connu sur toute la terre;

Ce que je crois c’est que Dieu nous modèle nous façonne à la manière du potier, mais aussi que parfois quand nous sommes confrontés à du collectif, à des guerres, Il a un projet que nous ne connaissons pas, qui est le sien qui sera peut-être décodé dans les siècles suivants, mais qui est à l’œuvre. Le combat entre le bien et le mal est une réalité, même si c’est une conception qui ne nous plait guère et parfois la mort de beaucoup est le seul moyen de gagner.

Etre saint, c’est se laisser travailler par l’esprit Saint pour suivre, c’est à dire imiter Jésus et se laisser façonner par son amour et apprendre à aimer comme Lui . Tous les saints sont des hommes et des femmes qui ont aimé passionnément jésus. Pour le peuple choisi la sainteté c’est ne pas se souiller avec les impies, c’est une certaine notion de la pureté qui n’est pas la notre, mais qui a permis à ce peuple de perdurer.

Alors Dieu sculpteur ou Dieu modeleur ? A nous de ne pas fonctionner dans cette dualité, mais d’accepter que nous ne comprenons pas toujours et que ce qui se passe, peut aller vers le bien ou vers le mal en fonction de la réponse que nous donnons.


jeudi, septembre 17, 2009

"Mets en oeuvre ta miséricorde"

Il s'agit là d'une phrase d'une des prières qui précède la Préface.

"Dieu, mets en oeuvre ta miséricorde" comme si Dieu attendait qu'on lui demande cela... Comme si cette phrase devait déclencher un action de sa part.

Je dois dire que je m'imagine Dieu, appuyant sur un levier ou sur un bouton et crac la miséricorde se met couler.

Dommage que je ne sache pas dessiner...

mercredi, septembre 09, 2009

A vin nouveau outre neuve.

C'est en Marc chapitre 2 verset 22: " Personne non plus ne met du vin nouveau dans des outres vieilles ; autrement, le vin fera éclater les outres, et le vin est perdu aussi bien que les outres. Mais du vin nouveau dans des outres neuves !" .

En fait ce texte m'a posé des questions. Le vin nouveau quel est-il? S'agit il du vin que l'on vient d'obtenir d'une nouvelle récolte et qui n'a pas eu le temps de vieillir, donc qui est comme on dit un peu vert? Chez nous (je suis allée regarder )le vin nouveau, le beaujolais nouveau pour ne pas le nommer, est un vin qui se fait dans des conditions de vinification particulières et je doute fort qu'il s'agisse de cela.

On dirait plutôt qu'il s'agit d'un vin de l'année, qui n'a pas terminé sa fermentation et qui de ce fait peut faire éclater l'outre ancienne, qui elle a déjà vécu (si je puis dire) le contact avec le vin ancien, vieilli selon les règles de l'art. Ce vin est donc dangereux si l'on peut dire à deux titres: il lui faut un récipient neuf, sinon il détruit l'ancien, et il a un goût inattendu. Peut-être aussi qu'il monte plus vite à la tête et que l'on peut s'enivrer plus facilement. En général on imagine le vin dans des amphores, pas dans des outres. peut-être s'agit-il là d'une coutume de nomades, de bergers?

Or Jésus semble se définir comme ce vin nouveau, ce vin au goût inconnu, ce vin qui va agacer d'une certaine manière (et c'est bien ce qui se passe avec les pharisiens) et il demande que ce vin ne soit pas mis dans de veilles outres. Il dit même qu'il y a danger. Et pourtant je crois que les disciples eux, s'enivrent de sa présence puisqu'ils ne suivent plus les préceptes.

SI Jésus est le vin nouveau, il y a donc un risque à suivre son enseignement. Il lui faut un contenant approprié; car on ne peut pas le mettre dans une outre qui a servi au vin ancien.

Or il extrêmement facile quand on a goûté à quelque chose, quand on aime cette chose, d de ne pas vouloir changer sa manière de voir, de goûter, de comprendre.

Quand on a des certitudes, on s'y accroche. On n'a pas du tout envie d'essayer quelque chose qu'on ne connaît pas. Et on va même penser que le nouveau est dangereux (pour notre sécurité). Cela se vit bien aujourd'hui dans nos églises:il est si difficile de changer sa manière de voir et même de renoncer à s'approprie la parole.

La finale de cette péricope (enfin pas tout à fait, car là je fais référence à l'évangile de Luc: Lc 5,39 )dit que celui qui a goûté au vin vieux ne veut pas de vin nouveau. En d'autres termes, il n'est facile de quitter ses certitudes, de se laisser interroger renouveler par une parole que l'on croit connaître et maîtriser.

Il n'est pas facile d'être une outre neuve. Mon désir d'aujourd'hui, est que ce vin nouveau fasse exploser la vieille outre que je suis, pour qu'une nouvelle se crée et soit apte à conserver ce vin nouveau. Que ce mouvement de renouvellement soit un mouvement incessant. Pour moi le vin nouveau est d'une certaine manière un vin qui pétille, et a de la vie en lui. Le vin vieux a certes sa valeur, mais il faut pour qu'il mûrisse le conserver dans un certain immobilisme je ne suis pas sûre d'avoir cette patience.

Il y a deux versets de psaumes que j'aime et qui parlent du vin. Il s'agit du psaume 4, verset 8: "tu as mis en mon cœur plus de joie qu'aux jours ou leur froment, leur vin nouveau débordent" et du psaume 104 verset 15: "et le vin qui réjouit le cœur de l'homme, pour que l'huile fasse luire les visages et que le pain fortifie le cœur de l'homme".

Ces versets surtout le premier me disent que vivre avec Dieu apporte encore plus de joie que celle donnée par le vin. Et cette joie, c'est ce que que Jésus est venu apporter: Jn15, 11:" Je vous dis cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit complète".

Avec Lui on quitte une loi de contrainte pour entrer dans une loi d'amour. Mais il y a un risque à entrer dans ce type de loi, car elle ne présente pas la sécurité de la loi des règles. Jésus fait exploser les règles et en cela il est le vin nouveau qui donne la joie.

Cette réflexion a pour moi débouché aussi sur autre chose. Lors de la Cène, Jésus donne le vin à ses disciples en disant "Prenez et buvez, ceci est le sang de la nouvelle alliance...". Et plus que le sang, je me représente aujourd'hui Jésus comme l'homme nouveau, qui nous donne le vin nouveau qui fait entrer dans la Vie. Il est le vin nouveau qui me réjouit.

Alors que la parole soit toujours neuve pour moi et si elle doit faire exploser la vieille outre, ma foi tant mieux.

mercredi, août 26, 2009

Des versets que j'aime.

En écoutant ce jour 26 Août) un petit bout du psaume 139, j'ai été comme étonnée par la beauté des mots.

Alors j'ai envie d'ouvrir une rubrique avec ces versets que je ne comprends pas toujours mais que je trouve si beaux, ces versets qui m'émeuvent...


Psaume 139
8 Je gravis les cieux, te voici !
Je me couche aux enfers, te voilà !
9 Je prends les ailes de l'aurore
pour habiter au-delà des mers,
10là encore, ta main me conduit,
ta droite me tient.
11 J'ai dit : « Au moins que les ténèbres m'engloutissent,
que la lumière autour de moi soit la nuit ! »
12 Même les ténèbres ne sont pas ténébreuses pour toi,
et la nuit devient lumineuse comme le jour :
les ténèbres sont comme la lumière !
13 C'est toi qui as créé mes reins ;
tu m'abritais dans le sein maternel.
14Je confesse que je suis une vraie merveille,
tes œuvres sont prodigieuses :
oui, je le reconnais bien.





psaume 68,
14 Resteriez-vous couchés au bivouac ?
Les ailes de la colombe sont lamées d'argent,
et son plumage d'or pâle
.
15 Lorsqu'en ce lieu le Souverain dispersa des rois,
il neigeait sur le Mont-Sombre.
16 Montagne divine, montagne du Bashân,
montagne bossue, montagne du Bashân,

lundi, août 24, 2009

"Dieu dépend il de nous"?



Il y avait autrefois un livre dont le titre était: "Dieu a besoin des hommes". Ceci est une affirmation, qui en soi pose question, une question un peu absurde mais qui se pose. Qu'est ce que l'homme face à Dieu? "Qu'est ce que l'homme pour que tu en prennes soucis" dit le psalmiste. S'il n'y a pas d'hommes pour parler de Dieu ( quelqu'Il soit ) est ce que Dieu existe? Spontanément je réponds oui, sauf que la question qui se pose alors est: "peut-on parler de la création" s'il n'y a pas d'yeux pour voir?

Un arbre qui tombe dans une forêt sans personne pour l'entendre, fait-il du bruit? Le bruit ou le non bruit est lié à une fréquence émise qui est perçue ou non par un appareil auditif. Pour que Dieu soit perçu, il faut que sa fréquence puisse être reçue et manifestement l'humain est équipé pour cela.

Toutes les mythologies racontent outre les mythes de création qui sont souvent à mettre en relation avec la géographie et le climat du pays, les relations entre Dieu ou les dieux avec les humains. Elles indiquent aussi ce qu'il faut faire ou ne pas faire pour se concilier la faveur de ces puissances supérieures, qui acceptent de se révéler à nous. Souvent elles montrent aussi quelles sont les conditions pour entrer en relation avec la divinité du lieu.

Winnicott, un psychanalyste anglais écrivait"un nourrisson sans sa mère, ça n'existe pas", c'est-à-dire que l'histoire de l'un ne va pas sans l'histoire de l'autre, et que d'une certaine manière le nourrisson crée la mère, car tant qu'il n'est pas né, la mère n'existe pas, même si bien entendu la femme existe. Est ce que Dieu a besoin de l'homme pour exister en tant que le Dieu du Credo?

Il est aussi un livre d'un auteur américain de sciences fiction: A.E.Van Vogt: le livre de Ptah. C'est un livre un peu curieux, mais qui part de l'hypothèse que si un Dieu est privé des prières de ses fidèles, il cesse d'exister, et un autre dieu ou déesse peut prendre sa place, à condition de veiller à ce que ce dieu là se perde dans le souvenir des humains. J'ai toujours pensé que quand Jésus dit à ses disciples: "faites ceci en mémoire de moi", c'est le moyen idéal pour qu'Il demeure dans notre coeur au fil des générations. Le faire mémoire permet de lutter contre l'oubli, contre la mort, contre l'absence. Même s'Il n'est plus là, Il est là ou comme on le chante parfois "Il est déjà là", car nous attendons son retour, même si souvent nous n'y pensons guère;

Pourquoi ce long préambule?

Au cours de l'homélie d'hier, le prêtre a parlé de l'amour du couple, et de la relation de dépendance qui se crée entre les deux partenaires. Je n'aime pas trop ce terme de dépendance, mais c'est sa manière à lui (le prêtre) de dire les choses; en fait il parlait je crois plus de la joie que l'on ressent quand l'être aimé est heureux, et de ce que l'on désire faire pour le rendre heureux; pour lui, ia dépendance c'était cette relation là. Puis il a embrayé sur Dieu, en disant que notre Dieu était un Dieu dépendant, qui attendait patiemment (enfin là je n'en suis pas si sûre) que l'homme se tourne vers lui.

Ceci revient à faire de Dieu le "très bas", celui qui se met presque en dessous de l'homme et qui attend en quelque sorte son bon plaisir.

C'est mettre Dieu en position d'attente. Mais de là, à en faire un Dieu implorant notre bon vouloir, ça ne colle pas en tous les cas pour moi. Que ça colle avec la gratuité du salut, certainement (C'est lui qui nous a aimé le premier). Cette représentation de Dieu ne me va pas.

Que le dieu qui a crée l'humain ait dû attendre des millénaires pour que celui ci soit capable d'entrer en relation avec Lui, certainement.

Mais ce que dit la premier Testament c'est que le Dieu créateur, est un Dieu très exigeant envers sa créature, je dirai presque qu'il a un peu surestimé l'humain et oublié d'où il sortait (que ce soit de la la glaise ou de l'évolution). J'ai souvent l'impression que le Dieu de la Bible (premier testament) a la main leste, qu'il est souvent décu par cette créature qui ne pense qu'à elle, qui ne pige rien, qui oublie si facilement d'où il vient. Dieu ne fonctionne pas du tout comme un parent "normal". Quel parent mettrait son fils à la porte à la première désobéissance et ce pour toujours? Quel parent noierait son fils si celui ci le déçoit?

Il y a aussi cette notion d'éternité qui interroge; certes Dieu Lui est éternel, mais l'homme ne l'est pas et une punition qui se veut éternelle, n'est elle pas disproportionnée? En tous les cas on peut supposer que c'est un bon moyen pour inculquer l'obéissance au moyen non pas de la crainte mais de la terreur, ce qui est bien autre chose.

Maintenant quand ce même Dieu décide d'envoyer son Fils pour ouvrir les yeux des hommes, alors là oui, un changement se fait. Mais est ce que cela fait de Dieu un Dieu dépendant?

C'est peut-être une manière plus séduisante de parler de Dieu, car c'est un Dieu père et mère qui est décrit, avec des attributs humains, mais n'est ce pas de la projection?

Je connais un certain nombre de personnes qui semblent en extase quand elles parlent de leur "papa céleste", pour moi c'est impensable. Et il me semble que le mot Abba est toujours accolé au mot Père, ce qui d'une certaine manière signifierait pour moi que Dieu le Père de jésus fait de nous des fils "adoptifs" mais parce que Jésus a donné sa vie pour cela. Il demeure une distance, jamais nous ne pourrons dire Abba tout court (comme jésus pouvait le dire) ou alors c'est l'Esprit saint qui s'exprime en nous, et nous sommes mus par autre chose.

En jésus le Dieu créateur s'est fait homme, oui c'est vrai, mais le Jésus des évangiles est une personne qui choisit, qui dirige, qui maîtrise. Il y a un projet pour Lui et ce projet il y a adhéré de toutes les fibres de son être, mais il n'est jamais passif: il reste Maître et seigneur. Le lavement des pieds n'est simplement le geste d'un abaissement car il s'agit d'un signe donc d'un projet.

Peut-être que Dieu a eu besoin des hommes pour inventer un type de relation réellement basé sur l'amour, pour que cette petite étincelle qui est en chacun de nous devienne un feu immense à la lumière duquel nous puissions enfin entrevoir et comprendre quel est cet être qui est là depuis toujours et qui guette nos changements (comme un parent se réjouit de la croissance de son enfant), qui attend que nous le reconnaissions et qui nous invite à entrer et partager la joie de sa trinité

Pour ma part j'aime aussi ces représentations de Dieu qui attend que l'humain fasse un geste de confiance avant de faire un miracle (en particulier lors de la sortie d'Egypte ce n'est que lorsque le peuple acculé par les égyptiens se met en route que la mer se fend) et ce Dieu là qui pour moi n'est pas un Dieu mendiant d'Amour, même s'Il attend que l'homme se tourne vers Lui pour agir, qui est le Dieu qui a ma confiance.


samedi, août 22, 2009

4 Si Dieu est pour nous qui sera contre nous: Rm 8, 31

Quatrième partie : La réponse du deuxième testament.

Curieusement jésus a une position très différente par rapport au malheur qui frappe l’être humain. Il explique que la faute des parents ne rejaillit pas sur leurs enfants (aveugle né) et que les catastrophes (écroulement d’une tour, ou mise à mort pat l’occupant de juifs) n’est pas lié à leur faute, mais que cela doit nous faire réfléchir nous sur le sens que cela a pour nous.

Le retournement montré par Paul

Quand on regarde la bible, cette histoire d'un peuple choisi pour être le peuple "particulier" du Dieu de tous les Univers, du Dieu qui est au dessus de tous les Dieux, du Dieu dont on ne prononce pas le nom et dont on ne fait pas d'images, on peut trouver que ce Dieu là, a une manière bien à lui d'éduquer son peuple.

Chaque catastrophe, qu'elle soit individuelle ou collective est interprétée comme la manifestation de la colère de ce Dieu, qui ne supporte pas (ce qui se comprend) que ceux qu'il a choisi lui en préfèrent d'autres (d'autres Dieux) ou ne respectent pas les clauses de l'alliance, car celle ci a pour fonction d'un apprentissage d'un certain mode de vie où l'autre a sa place, non comme objet, mais comme sujet (bien sûr la place de la femme reste un peu hypothétique, mais rien n'est parfait).

Or au moment où jésus vient dans le monde, le peuple est encore sous la tutelle de Rome. D'une certaine manière, ceci peut s'entendre comme une punition et le comportement par exemple d'Hérode, peut indiquer si on suit la lignée des prophètes que tant que ce roi ne changera pas sa manière d'être (coucher avec la femme de son frère, et aussi faire ami ami avec les oppresseurs), rien ne changera.

Ce qui parait clair dans les évangiles c'est que le peuple attend que quelqu'un se lève (le Messie) pour chasser les romains, pour redonner au peuple la dignité. Seulement ce qui va se passer avec jésus n'est pas cet ordre là, même si sa mort et sa résurrection vont justement permettre de sortir de la logique de la rétribution et de la punition.

Car quelque chose s'est passé qui montre que la position de Dieu par rapport à son peuple a radicalement changé. On sort de l'éducatif (Dieu jaloux, Dieu de Colère) pour passer à l'Amour (Dieu de miséricorde) qui envoie son Fils.

A partir de ce moment là, comme le dit aussi l'apôtre Jean, l'Amour s'est manifesté et notre relation à Dieu le Père a complètement changé. :

31 Que dire de plus ? Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ?
32 Lui qui n'a pas épargné son propre Fils, mais l'a livré pour nous tous, comment, avec son Fils, ne nous donnerait-il pas tout

Désormais Dieu qui a tant aimé le monde, ne peut rien donner de plus, il a tout donné. Ce passage est très proche de ce que l'on trouve tant dans l'évangile de Jean que dans la première épître de ce dernier. Dieu ayant manifesté à quel point nous comptons pour Lui, montre qu'il est allié au sens fort du terme avec l'homme et que de ce fait, plus rien ne peut arriver à ce dernier.

33 Qui accusera les élus de Dieu ? Dieu justifie !
34 Qui condamnera ? Jésus Christ est mort, bien plus il est ressuscité, lui qui est à la droite de Dieu et qui intercède pour nous

Il y a désormais quelqu'un qui intercède pour nous (pour que nous ne soyons pas des victimes de notre péché) et aussi (1 Cor 15, 25: Alors, tout sera achevé, quand le Christ remettra son pouvoir royal à Dieu le Père, après avoir détruit toutes les puissances du mal.) qui lutte contre le mal et met à mort la mort, et de ce fait, la mort n'a plus d'emprise sur nous.

35 Qui nous séparera de l'amour du Christ ? La détresse, l'angoisse, la persécution, la faim, le dénuement, le danger, le glaive

36 selon qu'il est écrit : A cause de toi nous sommes mis à mort tout le long du jour, nous avons été considérés comme des bêtes de boucherie.

Normalement cela voudrait que nous sommes abandonnés, or de par la résurrection du Christ, désormais il y a un renversement total. On n'est plus au temps de l'exil, même si apparemment vu de l'extérieur il s'agit de la même chose;
être emprisonné, battu cela ne veut pas dire que l'on est abandonné mais que l'on a été jugé digne d'être "comme" Jésus et que cela montre que l'homme a repris ou retrouvé sa dignité;

37 Mais en tout cela, nous sommes plus que vainqueurs par celui qui nous a aimés.

38 Oui, j'en ai l'assurance : ni la mort ni la vie, ni les anges ni les dominations, ni le présent ni l'avenir, ni les puissances, 39ni les forces des hauteurs ni celles des profondeurs, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu manifesté en Jésus Christ, notre Seigneur.


En d'autres termes ce qui dans l'histoire du peuple était signe de la colère voir du désengagement de Dieu vis à vis de son peuple s'est totalement inversé. Mais cela est rendu possible parce que par sa mort Jésus nous a affilié à Lui même et quand nous rendons témoignage, quoiqu'il arrive, quoiqu'il nous arrive, jamais Dieu ne nous laissera tomber, même si extérieurement cela pourrait d'interpréter comme cela;

3 SI Dieu est pour nous qui sera contre nous: Rm 8, 31

Deuxième partie : la catastrophe de la naissance.

Par ailleurs il y a bien une catastrophe que nous avons tous vécue, c’est la naissance, notre naissance. Même si cela se passe la mieux du monde, nous quittons pour toujours un environnement contenant, qui nous tient à l’écart du bruit, des variations de température et de lumière, qui nous apporte tout ce dont nous avons besoin , sans avoir à le demander. Nous somme confronté à une perte, qui peut bien ressembler à un cataclysme, à une catastrophe.

Que cette perte laisse des traces, cela paraît évident. Peut-être pas les mots pour le dire, mais il y a bien une mémoire du corps. Il y a pour tout humain un avant et un après et la nostalgie de cet avant. Et les expériences suivantes, (stade oral, anal phallique œdipien) qui sont bien souvent des expériences des frustrations et de perte, en s’étayent sur cette expérience princeps et sur une recherche de sens, peut conduire à « tout ce qui m’arrive de mauvais, c’est de ma faute, je n’ai pas été aimable, j’ai été méchant ». L’expulsion (donc d’une certaine manière l’abandon) est la punition mais la punition de quoi.

Les psychanalystes anglo saxons ont montré que durant les premiers mois de la vie, il existe des pulsions de destruction très violentes (il s’agit de la toute puissance de la pensée car dans la réalité le bébé est immature)qui donne naissance à une culpabilité. Si j’ai perdu, c’est que j’ai voulu détruire celle qui me donne tout, c’est que j’ai été jaloux et envieux. Mais dans le cas « normal » d’un environnement de bonne qualité où les besoins du bébé sont entendus cette culpabilité « normale » permet la mise en place d’un désir de réparation qui pousse le bébé à vouloir acquérir pour faire plaisir et qui est de l’ordre de la pulsion de vie.
Quand le discours familial et/ou le discours religieux vont dans le même sens, il devient facile de vivre dans un monde où pour éviter toute catastrophe, il faut obéir.

Troisième partie : le réflexe conditionné…

Je voudrais commencer par une petite histoire. J’entendais souvent ma mère dire une phrase de ce type : « il ne faut jamais dire qu’on se sent bien parce que si on dit cela, cela risque de provoquer une maladie ». En d’autres termes ne jamais se vanter, parce que… Parce que quoi ? Cela je l’ai appris à mes dépends si l’on peut dire . Moi j’avais 6 ans, je vivais dans le sud de la France, c’était le printemps, il faisait beau, j’étais heureuse, je rentrais de l’école, peut-être était il déjà possible d’aller nager, les amandiers étaient en fleurs, bref, je me suis dit que vraiment je me sentais vraiment bien. Le lendemain j’avais la rougeole. Il s’est fait un lien entre cette maladie (normale à cette époque) et ce sentiment de bien être qui m’avait envahie la veille. En d’autres termes, ne jamais dire ou même se dire qu’on se sent bien, parce que cela risque de déclencher des catastrophes.
De telles phrases nous en avons tous au fond de nous et bien souvent elles fonctionnent à notre insu. Mais il y a besoin de comprendre pourquoi du mauvais advient d’un seul coup, pourquoi une catastrophe nous tombe dessus. Dans mon cas il y avait « j’aurais mieux fait de tenir ma langue », donc ne pas dire, de garder les choses en moi. Et du coup il se crée une sorte de persistance de la toute puissance de la pensée qui permet (soit disant) de maîtriser les événements pathogènes. Si je ne dis pas, il ne m’arrivera rien de mauvais. C’est le fait d’avoir montré qui a provoqué la maladie. Il se crée donc un lien très fort entre ce que je pense (ou pas) et ce qui m’arrive.

J’ai tendance à appeler cela une sorte de réflexe conditionné. Si je pense telle chose, il arrivera ceci ou cela Et faire du sens c’est un besoin fondamental de l’être humain. Seulement il peut arriver que des interprétations faites pendant l’enfance soient complètement erronées, mais continuent à fonctionner à notre insu.

Un des buts de l’éducation est de créer en nous des reflexes qui nous permettent d’échapper finalement à la mort. Mais certains reflexes d’une part évoluent avec le temps (ne pas poser sa main sur quelque chose de brulant est modifié si on met un gant anti brûlure) et peuvent être pathogènes. Par exemple faire croire à un enfant que tout ce qui arrive de mauvais est de sa faute, va créer chez lui la pensée réflexe : si quelque chose ne va pas, c’est que je suis nul et si je suis me permettre mettre cela dans la tête et le cœur d’un enfant, c’est nul.

Il y a une expérience faite sur des rats qui m’a toujours paru fort intéressante. Si on crée dans le territoire de l’animal un endroit où il prend des chocs électriques quand il veut y aller, très vite, il s’en abstiendra, quitte à vivre dans une zone « trop petite pour lui » ce qui renforce l’agressivité entre congénères. Mais même si le courant est enlevé, il n’ira plus jamais dans cette zone, identifiée définitivement comme dangereuse alors qu’elle ne l’est plus, et que ce réflexe conditionné l’oblige à ne pas utiliser sa curiosité et sa créativité et l’oblige aussi à vivre dans des conditions qui ne sont pas bonnes pour lui. Il crée une sorte d’amputation. Il se prive de quelque chose. Curieusement c’est une attitude que nous avons aussi : quand il nous est arrivé une fois, un accident quelque part, nous avons tendance à éviter cet endroit et ce pour toujours. Or ce qui est arrivé une fois, certes peut se reproduire, mais avec quelle probabilité ? N’empêche que la peur crée des réflexes de ce type et que ce n’est peut-être pas ce qu’il y a de mieux. Le pire étant : « je t’avais interdit d’aller là, tu y es allé et tu as eu un accident, donc la désobéissance est la source de tous les maux ».

Les travaux d’Alice Miller, et son livre phare : « C’est pour ton bien », montrent à quel point dans certains familles il est possible de créer des réflexes conditionnés liés aux punitions (chocs électriques) qu’elles soient physiques ou psychologiques, réflexes qui poussent l’enfant à une auto destruction, qu’il reproduira ensuite sur sa propre descendance.

Ces écrits montrent aussi que ce conditionnement donne une vue déformée de la réalité du monde et qu’il est très difficile de réajuster sa vision. Il est très difficile de dire que la famille a eu tort, que c’est elle qui est folle et pas vous. D’une certaine manière la question qui peut se poser est : qui est fou ? Moi que l’on traite de fou ou eux qui me le font croire parce que cela les arrange.

La formulation de ce réflexe serait : je vis quelque chose qui me fait mal, c’est que je l’ai mérité. Le mal est la conséquence d’un acte délictueux, il est ma punition. L’association entre le manque et la faute est extrêmement fort. Il est renforcé par le discours familial, mais aussi par le discours religieux, en particulier dans le premier testament (j’y reviendrai) et comme pour le rat de laboratoire, il crée finalement une attitude pathogène. Croire que tout ce qui fait mal est conséquence de sa propre incurie, alors qu’il s’agit aussi d’une possibilité qui nous est donnée, pour apprendre à agir sur l’environnement, fait de nous des êtres qui vivent dans la culpabilité et qui deviennent très manipulables.

Au lieu de dire : si quelque chose de mauvais arrive (perte), c’est parce que j’ai fait quelque chose de mal (péché) ne faudrait il pas dire : quelque chose de mauvais arrive, c’est un fait, comment puis je le combattre et éviter dans la mesure de mon possible que cela ne recommence. Si cela recommence, je peux me poser des questions sur mon rôle et ma responsabilité là dedans,(mais seulement à partir du moment où je deviens acteur de ma vie, c’est à dire bien au delà de la petite enfance). Et même cette attitude là, permet de devenir acteur dans sa vie. On n’est plus le sujet d’une sorte de malédiction. Il est possible de devenir acteur de sa vie, de ne plus être le jouet d’une sorte de malédiction. Dans le premier cas, je suis passif devant le fait, dans l’autre cas je deviens acteur et cela change les choses.

2 SI Dieu est pour nous qui sera contre nous: Rm 8, 31

Première partie : la place de la volonté de Dieu dans ce qui nous arrive.

J’ai choisi ce court passage du livre de Jonas, livre récent dans la bibliothèque biblique, pour montrer comment dans l’univers antique, tout cataclysme est mis en lien avec une faute. Ici, il s’agit du refus de Jonas d’obtempérer à l’ordre d’aller à Ninive.
4Mais le SEIGNEUR lança sur la mer un vent violent ; aussitôt la mer se déchaîna à tel point que le navire menaçait de se briser. 5Les marins, saisis de peur, appelèrent au secours, chacun s'adressant à son dieu, et, pour s'alléger, ils lancèrent à la mer tous les objets qui se trouvaient à bord. Quant à Jonas, retiré au fond du vaisseau, il s'était couché et dormait profondément. 6Alors le capitaine s'approcha de lui et lui dit : « Hé ! quoi ! tu dors ! ... Lève-toi, invoque ton dieu. Peut-être ce dieu-là songera-t-il à nous et nous ne périrons pas. »
11« Qu'allons-nous te faire, pour que la mer cesse d'être contre nous ? » lui dirent-ils, car la mer était de plus en plus démontée. 12Il leur dit : « Hissez-moi et lancez-moi à la mer pour qu'elle cesse d'être contre vous ; je sais bien que c'est à cause de moi que cette grande tempête est contre vous. » 13Cependant les hommes ramaient pour rejoindre la terre ferme, mais en vain : la mer de plus en plus démontée se déchaînait contre eux. 14Ils invoquèrent donc le SEIGNEUR et s'écrièrent : « Ah ! SEIGNEUR, nous ne voulons pas périr en partageant le sort de cet homme. Ne nous charge pas d'un meurtre dont nous sommes innocents. Car c'est toi SEIGNEUR qui fais ce qu'il te plaît. » 15Les hommes hissèrent alors Jonas et le lancèrent à la mer. Aussitôt la mer se tint immobile, calmée de sa fureur. 16Et les hommes furent saisis d'une grande crainte à l'égard du SEIGNEUR, lui offrirent un sacrifice et firent des vœux.

Ceci se trouve au chapitre 1 du livre de Jonas. On peut en déduire que tout catastrophe (ici la tempête) est attribuée à la colère d’un dieu qui a été offensé et qui se venge ; il faut donc l’apaiser ici en jetant à l’eau Jonas (qui dort tranquillement comme jésus dormira alors que la mer menace de remplir la barque). Quand Paul se rend à Rome par bateau, les marins sont prêts à le jeter à l’eau pour apaiser la tempête qui menace, car pour eux il est évident que ce prisonnier est la cause de tous leurs ennuis.

D’une manière très générale, les catastrophes ont pour origine la colère d’un Dieu, et si on lit le premier testament avec cette optique là, on se rend très vite compte que la dérive consiste à dire tout malheur est la conséquence d’une faute, voire d’une désobéissance.

Dans ce même livre de la Genèse, les catastrophes qui touchent le genre humain ( perte du jardin des origines, errance de
Caïn, Babel, le déluge, et plus tard la destruction de Sodome) sont des punitions. Dans le livre de l’exode, les récriminations du peuple (manque de confiance alors qu’il a vu ce que « son » Dieu a fait à pharaon, sont punies très sévèrement. La suite de l’histoire (juges) montre que lorsque le peuple renonce aux idoles (et aux femmes) des peuples environnants tout se passe bien : victoire et main mise sur les habitants de ces contrées. Quand le roi s’appuie sur YHWH et lui seul, alors la victoire lui est donnée, même parfois dans des conditions étonnantes. Le discours des prophètes renforce cela; les catastrophes qui arrivent sont dues à un manque de confiance. L’exil est du à la fois au roi qui n’a pas écouté les prophètes, mais aussi au péché des impies qui mettent leur confiance dans eux-mêmes et non en YHWH et qui font du mal à leurs frères. Dieu seul permet la vie pour son peuple à deux conditions : le reconnaître pour le seul Dieu et avoir une relation de non convoitise avec les frères de race) :. Si vous ne me tenez pas vous ne vous maintiendrez pas !Is 8 )

Il s’agit toujours d’interpréter la catastrophe qui vous prive d’un territoire ou même de la liberté comme une punition. Dieu est certes un Dieu jaloux mais avec la théorie de la rétribution il se crée une logique du malheur : le malheur arrive si l’homme fait le mal. La perte est la conséquence d’une faute, donc peut-être comprise comme une punition.
Le livre de Job, le livre de Quohélet, certains psaumes montrent qu’il existe un questionnement par exemple on peut lire dans
le psaume 44 qui manifestement est un psaume post exilique et une réflexion sur le pourquoi d’un tel échec, d’une telle souffrance.

18Tout cela est venu sur nous sans que nous t'ayons oublié : nous n'avions pas trahi ton alliance.
19Notre cœur ne s'était pas détourné et nos pieds n'avaient pas quitté ton chemin
20quand tu nous poussais au milieu des chacals et nous couvrais de l'ombre de la mort.
21Si nous avions oublié le nom de notre Dieu, tendu les mains vers un dieu étranger, 22Dieu ne l'eût-il pas découvert, lui qui connaît le fond des coeurs ?

Le verset 23 « C'est pour toi qu'on nous massacre sans arrêt, qu'on nous traite en bétail d'abattoir sera repris par Paul dans l’épître aux romains mais dans un contexte différent (je cite tout le passage)

31Que dire de plus ? Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? 32Lui qui n'a pas épargné son propre Fils, mais l'a livré pour nous tous, comment, avec son Fils, ne nous donnerait-il pas tout ? 33Qui accusera les élus de Dieu ? Dieu justifie ! 34Qui condamnera ? Jésus Christ est mort, bien plus il est ressuscité, lui qui est à la droite de Dieu et qui intercède pour nous ! 35Qui nous séparera de l'amour du Christ ? La détresse, l'angoisse, la persécution, la faim, le dénuement, le danger, le glaive ? 36selon qu'il est écrit : A cause de toi nous sommes mis à mort tout le long du jour, nous avons été considérés comme des bêtes de boucherie. 37Mais en tout cela, nous sommes plus que vainqueurs par celui qui nous a aimés. 38Oui, j'en ai l'assurance : ni la mort ni la vie, ni les anges ni les dominations, ni le présent ni l'avenir, ni les puissances, 39ni les forces des hauteurs ni celles des profondeurs, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu manifesté en Jésus Christ, notre Seigneur.

Il arrive au juste de se plaindre, mais comment faire comprendre que ce qui vous arrive n’est pas lié à votre péché quand toute le théologie est bâtie la dessus et quand d’une certaine manière elle renforce ce vécu de la naissance : perte du ‘environnement idéal.

Si on s’enferme dans la culpabilité, elle peut devenir dévastatrice d’autant qu’elle maintient la toute puissance de la pensée (je suis responsable de ce qui arrive, j’ai pensé et c’est arrivé) qui crée aussi un environnement très menaçant : l’univers se venge sur moi de ma méchanceté.

Qu’est ce que Dieu attend de l’humain ? Que veut il lui faire comprendre en se comportant comme cela envers lui ? La crainte du seigneur conduit elle à la vie ou à une certaine mort ?

Il peut alors se créer en nous un raccourci : il m’arrive un vilain truc, c’est que j’ai fait quelque chose de mal. Si on lit l’histoire du peuple juif, sous cet angle on peut penser que ce lien augmente considérablement le sentiment de culpabilité et peut pousser à une vision déformée de monde. Bien sûr cela peut donner du « sens » mais le sens donné est celui que trouve un enfant tout petit qui ne dispose pas de mécanismes intellectuels suffisants pour comprendre par exemple que le sevrage n’est pas une punition parce qu’il se sert de ses dents toutes neuves pour agresser physiquement (morsure) mais aussi mentalement (elle ne me donne pas ce que je veux, alors je la mets en morceaux et je la perds) celle qui est la source du bon.

1 SI Dieu est pour nous qui sera contre nous: Rm 8, 31

Méandres d’une réflexion.

Introduction.

Il s'agit d'une réflexion liée à ce que dit l'apôtre Paul dans la lettre aux romains: Si Dieu est pour nous qui sera contre nous, avec l'idée que ce qui peut arriver de mal n'est pas punition (changement radical d'avec ce qui est véhiculé par le premier testament), mais un signe que désormrais Dieu est avec nous et non pas contre nous.

Aujourd’hui, il ne viendrait plus à personne (enfin en principe) d’attribuer à un Dieu vindicatif les différentes épidémies qui nous tombent dessus ou les dérèglements climatiques et leurs conséquences ; nous n’avons rien fait de « mal » (encore que pour le dérèglement climatique il y a une part de responsabilité lié à la convoitise donc au péché), mais nous sommes conscients de notre responsabilité et de notre (ou de nos) fautes. Simplement nous n’allons pas nous tourner collectivement vers un Dieu pour faire amende honorable et implorer qu’il nous délivre de ce ou de ces fléaux. Or cette attitude est relativement récente. Le texte du vœu qui a permis l’édification du sacré cœur est parlant. Il date de 1870, année de la commune.
« En présence des malheurs qui désolent la France et des malheurs plus grands peut-être qui la menacent encore. En présence des attentats sacrilèges commis à Rome contre les droits de l'Église et du Saint-Siège, et contre la personne sacrée du Vicaire de Jésus-Christ nous nous humilions devant Dieu et réunissant dans notre amour l'Église et notre Patrie, nous reconnaissons que nous avons été coupables et justement châtiés. Et pour faire amende honorable de nos péchés et obtenir de l'infinie miséricorde du Sacré-Cœur de Notre-Seigneur Jésus-Christ le pardon de nos fautes ainsi que les secours extraordinaires, qui peuvent seuls délivrer le Souverain Pontife de sa captivité et faire cesser les malheurs de la France. Nous promettons ne contribuer à l'érection à Paris d'un sanctuaire dédié au Sacré-Cœur de Jésus. »
Ce changement d’attitude qui va de pair avec le recul de la représentation d’un dieu de vengeance est en contradiction avec le message véhiculé par l’ancien testament et une partie du nouveau (Apocalype). Cela doit nous permettre d’accéder à une spiritualité centrée sur l’amour et non sur la peur. Je n’emploie pas le mot crainte, car pour moi ce mot est différent du mot peur : je peux craindre de faire du mal à quelqu’un que j’aime et la crainte est une relation dans la quelle je désire ne pas faire de mal à l’autre parce que je l’aime. Le moteur n’est pas la peur, mais l’amour.
Cependant l’idée véhiculée par le Pentateuque et les livres historiques : désobéir entraine la mort reste malgré tout très prégnante. Toute perte (que ce soit l’Eden ou la terre promise) est interprétée dans le sens d’une punition. Et l’homme malgré sa tête dure et sa nuque raide, finit bien, à croire cela ? à savoir toute catastrophe est conséquence d’un acte mauvais de sa part.

Ce qui renforce le pouvoir de cette interprétation négative, c’est que tous nous avons au plus profond de nous fait l’expérience de la perte d’un lieu où nous étions bien, que nous avons du abandonner et qu’il est impossible de retrouver. Je veux parler ici de l’expérience de la naissance. Quitter un lieu sécurisant où tout est donné, pour avoir à se battre (à travailler) pour vivre, peut compte tenu des sentiments très peu différenciés qui sont en nous pendant les premiers mois de la vie (amour et haine, désir de destruction, envie, mais aussi culpabilité et désir de réparation) nous conduire à imaginer que cette perte et toutes celles qui ont suivi sont des conséquences de quelque chose de mal. Or l’enfant petit confronté au « non » parental, comprend très vite que la sanction est liée à quelque chose qu’il n’aurait pas du faire. Il ne peut comprendre que souvent le non est là pour son bien.

Une grande partie de l’éducation va renforcer cette croyance, d’autant que l’enfant n’a pas les moyens intellectuels de remettre cela en cause. Il se crée un véritable réflexe conditionné, qui crée des liens de causalité (qui devraient être remis en cause), qui surtout dans les familles pathologiques crée une sorte de perversion de la pensée : comment sortir du « c’est de ma faute » ou éventuellement si la paranoïa s’en mêle, pourquoi m’en veut-il ? .

Le message véhiculé par jésus est très différent : le malheur est une donnée qui oblige à ouvrir les yeux sur soi et sur le monde et à se convertir, c’est à dire à changer d’attitude. Avec lui arrive normalement un changement total de regard : Dieu qui a donné son fils ne nous veut pas de mal, le temps de la punition est passé, le monde nouveau est déjà là, mais nous laisserons nous convaincre ;

Le dernier billet suivant : Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous, Rm8, 31 est en fait la réponse à : comment sortir de ce conditionnement.

Je voudrai donc présenter une sorte de genèse de ce sentiment lié à notre humanité (naissance et prématurité du bébé qui reste dépendant) qui étant renforcée par le discours religieux va conduire à une sorte de réflexe conditionné : il m’arrive quelque chose de mal, donc c’est de la faute, j’ai offensé quelqu’un et je dois reconnaître ma faute (éventuellement en inventer une) et expier. Or si jésus est venu pour montrer le chemin, pour être le chemin, peut-être que ce fonctionnement aurait du changer depuis fort longtemps ; peut-être aurions nous du lier obéissance et amour et ne pas tout centrer sur l’obéissance et la peur.

jeudi, août 13, 2009

Les Signes et les Oeuvres Jn 6, 28-32

Des signes et des œuvres.

Lors de la célébration eucharistique du dimanche 9 août, il était encore question de signe, puisqu’il s’agit de la suite du chapitre 6 de l’évangile de Jean. Cette fois ci ma réflexion est partie sur l’espèce d’opposition entre signes (miracles) et œuvres et au dialogue de sourds entre Jésus et son auditoire. Il m’est revenu en mémoire la traduction de Marc 8, 11-13 (Bible Bayard) de la réponse de Jésus aux pharisiens qui réclament des « signes » « Plutôt crever ! » et de me dire que cette réponse considérée comme scandaleuse est pourtant une réponse prophétique : c’est bien parce que Jésus est mort (crevé) que le miracle de la résurrection a pu advenir et la propagation du christianisme.

J’ai recherché quelques définitions de ce mot signe (qui dans l’évangile est souvent synonyme de miracle).

Le sens premier serait : Chose, phénomène perceptible ou observable qui indique la probabilité de l'existence ou de la vérité d'une chose, qui la manifeste, la démontre ou permet de la prévoir. Signe évident, perceptible, visible.
On peut donc dire que d’une certaine manière, derrière le signe visible, il y a autre chose. Ce que les psy appellent aussi contenu manifeste, contenu latent.

Dans le domaine de la linguistique le signe est une unité linguistique constituée d'une partie physique, matérielle, le signifiant, et d'une partie abstraite, conceptuelle, le signifié.

Dans le domaine de la sémiotique le signe est un objet matériel, perceptible, valant pour une chose autre que lui-même qu'il évoque ou représente à titre de substitut.

On peut se demander à lire ces définitions si Jésus ne se situe pas dans le domaine de la sémiotique, ce qui pour des auditeurs juifs, devait forcément provoquer une incompréhension massive.

Il est intéressant de noter que ce débat (technique chère l’auteur du 4° évangile) autour de ces deux mots : signe et œuvre, va permettre à Jésus d’annoncer son identité de Fils de Dieu et de nourriture pour la salut du monde (comme cela est rappelé à chaque eucharistie) et provoquer un clivage entre ceux qui peuvent entendre et ceux qui ne le peuvent pas.

Si on revient au contexte de ce chapitre, le signe que Jésus vient de faire (œuvre ?) c’est la multiplication des pains. Cette œuvre (ouvrage, fait matériel) fait est censé être un signe qui aurait un sens différent de celui que la foule lui donne.

Jésus veut nous pousser à aller au delà du matériel (avoir l’estomac bien rempli) pour désirer que cette plénitude advienne aussi à notre esprit. La nourriture matérielle permet de vivre, la permanence de la présence de Jésus en nous, permet aussi de vivre : « un jour en tes parvis, vaut mieux que mille ailleurs », mais elle fait grandir ce qu’il en est du divin en nous, elle nous conforme à l’image de Dieu.

Je reprends quelques versets de ce dialogue entre Jésus et son auditoire (Jn 6 26-31)
26 Jésus leur répondit : « En vérité, en vérité, je vous le dis, ce n'est pas parce que vous avez vu des signes que vous me cherchez, mais parce que vous avez mangé des pains à satiété.

Ici Jésus emploie un pluriel : (les pains), ce qu’il semble leur reprocher c’est leur quête de nourriture, qui renvoie à l’avidité orale (petite table couvre toi des contes de Grimm) qui d’une certaine manière ne tient pas compte de celui ou de celle qui recouvre la table de nourriture. En d’autres termes, que cherchez vous et non pas qui cherchez vous ? (Ce qui évoque la question que jésus posera aux gardes venu l’arrêter et que les anges poseront au matin de Pâques : qui cherchez vous ?.

27 Il faut vous mettre à l'œuvre pour obtenir non pas cette nourriture périssable, mais la nourriture qui demeure en vie éternelle, celle que le Fils de l'homme vous donnera, car c'est lui que le Père, qui est Dieu, a marqué de son sceau. »

Qu’est ce que Jésus entend par se « mettre à l’œuvre « ? Manifestement un changement radical, ce que les synoptiques appellent peut-être une conversion. Se mettre à l’œuvre, c’est se mettre en mouvement. Certes les foules se sont mises en mouvement pour le retrouver au bord su lac, mais c’est pour être ensuite reprise par un immobilisme : se faire nourrir. Or ce n’est peut-être pas cela que Jésus attend de ses disciples. Il y a aussi le mot demeurer, mot cher à l’évangéliste. Ici il est signifié que cette nourriture ne disparaît pas (ce qui était le propre de la manne que l’on ne pouvait mettre en réserve). Il y a là une autre promesse, mais il y a un futur. La condition pour obtenir cette nourriture c’est bien de reconnaître en Jésus le fils (et cela est loin d’être gagné).

Le reconnaître comme celui qui est marqué du sceau c’est le reconnaître comme Messie (comme David jadis) et c’est là que les choses se compliquent. Voir en Jésus un guérisseur ou un thaumaturge oui, voir en Lui le Fils, non. Et pourtant dans la genèse au chapitre 4, Dieu, met bien un signe sur Caïn le meurtrier, pour qu’il ne soit pas mis à mort. Quel est le sceau posé par Dieu sur le Fils ? Est ce le sceau du cantique des cantiques : chap. 8, 6 : « Pose-moi comme un sceau sur ton cœur, comme un sceau sur ton bras. Car l'amour est fort comme la Mort, la passion inflexible comme le Shéol, Ses traits sont des traits de feu, une flamme de Yahvé ». Est cela le sceau dont Jésus est porteur ?Au delà du signe du pain en abondance, peut-on voir le signe de l’amour ?

28 Ils lui dirent alors : « Que nous faut-il faire pour travailler aux œuvres de Dieu ? »
29 Jésus leur répondit : « L'œuvre de Dieu c'est de croire en celui qu'Il a envoyé. »

On a l’impression que quelque chose a été entendu, seulement il y a un pluriel (les œuvres, ce qui renvoie certainement à la loi mosaïque et au faire) alors que jésus renvoie à un singulier, qui renvoie à un autre faire qui est celui de la foi. La foi serait alors un acte (et d’une certaine manière c’est un acte que nous avons à poser) mais cet acte, n’est pas le fruit de la volonté.
Et face à cette demande de Jésus : ne faites pas pour faire, mais laissez vous faire par ce que vous voyez (ce qui fait penser à l’aventure de thomas qui voit et croit enfin), à nouveau la polémique reprend.

30 Ils lui répliquèrent : « Mais toi, quel signe fais-tu donc, pour que nous voyions et que nous te croyions ? Quelle est ton œuvre ? 31 Au désert, nos pères ont mangé la manne, ainsi qu'il est écrit : Il leur a donné à manger un pain qui vient du ciel. »
On revient bien au « voir pour croire » et l’opposition entre cet homme qui est là, dont on connaît la filiation et le Dieu tout puissant qui a donné la manne. En d’autres termes : "Tu te prends pour qui toi, qu’est ce que tu racontes" ? Et d’un coup ce qui s’est passé sur la montagne est comme minimisé. D’ailleurs d’autres avant lui comme Elisée (l’homme de dieu) ont déjà fait de tels signes, et n’en n’ont pas fait tout un fromage.

32 Mais Jésus leur dit : « En vérité, en vérité, je vous le dis, ce n'est pas Moïse qui vous a donné le pain du ciel, mais c'est mon Père qui vous donne le véritable pain du ciel. 33Car le pain de Dieu, c'est celui qui descend du ciel et qui donne la vie au monde. »

Et là, on revient dans le ici et maintenant. Il y a eu un passé : c’est à la demande de Moïse que le peuple qui récriminait a eu la manne. Maintenant c’est à la demande du Fils qu’ un autre pain est donné, un pain qui est nourriture non plus du corps biologique, non plus d’un peuple choisi, mais nourriture spirituelle de tous ceux qui reconnaissant que Jésus est Dieu.

Or ce dialogue entre Jésus et ceux que Jean appelle les Juifs, il existe aussi en nous, que nous le voulions au non. Comment passer du contenu manifeste au contenu latent ? Peut-être est ce le travail (l’œuvre de l’Esprit Saint) de nous permettre de comprendre ce qui est parfois au delà du visible.

mardi, août 11, 2009

Des Signes (de piste).



Des Signes.

Quand on commence à demander au Seigneur qu’Il fasse quelque chose pour soi-même, ou pour un proche ou pour quelqu’un dans le besoin, et que la demande semble mettre du temps à être exaucée, il y a un risque de lassitude. On se décourage, on a presque envie d’arrêter de demander. Et il y a les phrases qui reviennent : Votre Père sait de quoi vous avez besoin.. Demandez et vous recevrez etc. Or ce n’est pas parce que apparemment on ne voit rien qu’il ne se passe rien. Simplement on aime avoir de signes et les signes ce sont comme des clins d’œil, et les clins d’œil il faut pouvoir aussi les saisir.

Ce qui est signe pour moi ne le sera pour un autre et ce que j’aime dans le signe (le tout petit) c’est qu’il est personnalisé. Dans l’évangile de Matthieu il est dit dans une des traductions que Marie fut « accordée » en mariage à Joseph. J’aime ce mot « accordée », car cela met fait penser à un instrument de musique. Il y a une telle union entre l’instrumentiste et son instrument que parfois on a l’impression que cela fait un tout. Le signe pour moi c’est un peu cela : des choses disjointes qui font union et sens. Le signe est surtout dans le domaine du spirituel relativement subjectif et c’est peut-être pour cela que la notion d’accompagnateur est importante.

J’aime bien prier en marchant : cela me donne un rythme, une sorte d’assise. En priant de manière un peu répétitive pour une amie, j’ai brusquement vu des gentianes rouges qui venaient de s’ouvrir. Jusque là, toutes celles que j’avais vues n’étaient pas écloses. Ces fleurs ont crée pour moi une sorte de zone de silence, d’admiration, de présence. Elles étaient comme un signe pour moi qui me disait : ça ne se passe pas comme tu veux toi, mais quelque chose se passe. Et cela m’a aussi conduite à me dire que ce que je demandais au niveau matériel n’était peut-être pas le plus important. Avoir un toit c’est indispensable, mais pouvoir être à Tu et à Toi avec Dieu, c’est peut-être mieux. C’était comme un signe que ma demande devait et pouvait tenir compte de ces deux aspects.
Ces fleurs ont été comme un signe pour moi. Je ne dis pas que j’ai entendu une parole, ou que j’ai été transportée dans un ailleurs. Non ces simples fleurs de montagne m’ont permis un temps de rencontre et avec mon amie absente et aussi avec le tout Autre. Ces fleurs ont donc un sens pour moi. Et ce sens elles le garderont ? Du moins je le crois. Il y a des fleurs que nous appelons en français les « pensées », pour moi ces gentianes rouges sont associées à un lieu, à une présence et aussi à une certitude que je tairai.

Puis presque tout de suite après, il m’est venu l’idée qu’il y a un temps pour demander des signes et un temps pour ne pas en demander. Ce que je veux dire, c’est qu’il y a une partie de soi qui en a besoin (c’est rassurant) et c’est humain, mais qu’il y a aussi en soi une partie qui a besoin d’apprendre à se taire, à faire silence à faire confiance.
D’une certaine manière cela revient à lâcher les mots, pas tous mais certains et simplement reprendre le début du Notre Père.: « Que ta volonté soit faite ». Je ne sais pas ce que veut Dieu, qui suis-je pour le vouloir. J’ai besoin de dire, de parler, de confier, et de laisser faire, de laisser agir. Et cela ce n’est pas si simple.

Certes je demande, mais je ne suis pas certaine que ce soit cela qu’il faille demander et la seule chose qui demeure, c’est juste quelque chose comme « Manifeste toi comme Toi tu le veux. C’est aussi (et cela sera peut-être sujet d’un autre blog) vivre non pas dans le présent, parce que d’une certaine manière le présent devient passé, mais accepter les choses comme elles sont aujourd’hui.

Il y a des moments de la vie où sur le chemin qui est le notre on a besoin de signes de piste. Il y a des moments où le balisage se fait autrement. Peut-être que l’on a plus confiance en soi parce que l’on a plus confiance en Dieu. Je sais qu’il y a des groupes de chrétiens où on exerce sa foi (comme on s’exerce à la pratique d’un instrument) à demander des choses précises, du style place de parking, ce qui permet de louer Dieu de vous accorder cette petite chose, signe qu’Il en accordera de plus grandes. J’admire les personnes qui font cela, mais moi je ne m’y retrouve pas. A chacun sa spiritualité je suppose.
Ce que j’apprends en ce moment c’est que même si ma demande ne semble pas être exaucée, cela ne veut pas dire qu’elle ne l’est pas. Mes yeux ne sont pas suffisamment ouverts. J’ai l’impression que faire ainsi peut-être en ne formulant pas explicitement ma demande est pour moi une sorte d’acte beaucoup plus plein, beaucoup plus accordé si je puis dire.

Apprendre à ne pas demander, apprendre à faire confiance dans le silence. Ce n’est absolument pas un manque de confiance, je dirai que c’est juste l’inverse. J’accepte de ne pas savoir demander comme il faut, j’accepte d’être dans un non savoir, j’accepte d’ouvrir les yeux et mon cœur, mais surtout j’accepte ce qui semble être du vide pour moi et qui est peut-être du plein pour Dieu.

Et puis cela n’empêche pas les clins d’œil d’être là, il faut aussi ouvrir les yeux : Dieu demande que l’on s’abandonne, pas que l’on marche sans ouvrir les yeux et sans regarder où l’on met les pieds. Car hier j’ai eu une autre petite joie, j’ai vu ma première gentiane jaune, et c’était un petit cadeau.




« Simplement je m’abandonne…
Pour aujourd’hui… »

vendredi, août 07, 2009

ET SI...



Des fois j'ai envie de rire, alors comme on parle beaucoup de pardon, je me suis demandée pourquoi Adam a oublié d'employer ce petit mot magique auprès de son créateur au lieu de se cacher comme un malpropre.

Peut-être que Dieu ne le lui avait pas appris ce petit mot, et c'est bien dommage. Alors là ce serait à qui la faute? Il y a des mots que les enfants ne peuvent pas inventer.

Car si au lieu de se cacher et de balancer la faute sur sa copine, il avait parlé, peut-être que nous n'en serions pas là où nous en sommes aujourd'hui, et peut-être même que l'arbre de la connaissance, nous y aurions eu droit.

Si Adam avait reconnu qu'il était un peu goinfre sur les bords et un peu trop curieux et qu'il ne savait pas résister à sa compagne, si Eve avait reconnu qu'il ne faut pas manger n'importe quoi, même si on vous dit que ça ne fait pas grossir...
Si elle avait dit qu'elle avait oublié qu'il ne faut jamais accepter un bonbon de quelqu'un qu'on ne connaît pas, et si ce quelqu'un avait reconnu que tout ça c'était de sa faute à lui, parce que ça ne lui plaisait pas du tout d'habiter dans la zone, alors peut-être que...

Peut-être que la "chute" n'aurait pas eu lieu


Peut-être que nous aurions fait de ce mot "pardon" un mot magique comme le mot "merci". Et peut-être que le mot de punition ou d'expiation n'aurait pas fait partie de notre vocabulaire.

On peut bien rêver non?

jeudi, août 06, 2009

Quand deux ou trois sont réunis en mon nom... Mt18,20



« Quand deux ou trois sont réunis en mon nom Je suis au milieu de vous»


Curieusement ce verset m’est venu en mémoire pendant que j’écoutais au festival de musique de chambre des Arcs de la musique dite de chambre de Brahms. En regardant ce petit groupe de personnes réunies pour nous donner le plaisir de découvrir ces œuvres, pas toujours tellement connues et jouées, je me suis demandée (et c’est une question qui me taraude toujours) comment fait-on pour jouer sa partie, pour jouer à l’unisson et ce à la perfection sans pour autant perdre son individualité. Et je me demandais aussi, Qui est au milieu d’eux ? Brahms, Schumann
..
Une réponse non sur le Qui, mais sur « ce qui unit » a été apportée par un compositeur contemporain qui a crée de courtes œuvres pour instrument seul pour ce festival. Il disait que ce qui caractérise tous ces musiciens qu’ils soient interprètes ou compositeurs, c’est l’amour de la musique et le désir d’aller toujours plus loin c’est à dire de découvrir des possibilités nouvelles que ce soit dans la technique que dans la composition. Il y a une sorte de curiosité et c’est peut-être cela le moteur. Il me semble donc que ces deux mots amour et curiosité sont importants.

Nous les chrétiens quand nous nous réunissons avons nous ce même amour et ce même désir d’aller au delà ? Qu’est ce qui nous réunit, que nous soyons en assemblée dominicale ou en groupe ?




Il me semble donc que le moteur qui constitue tout groupe et qui lui permet de prendre corps c’est bien l’amour de quelque chose (ou de quelqu’un) et le désir de dépasser ce que l’on sait, ce que l’on fait. Simplement, mais est ce si simple que cela, ceux qui se disent chrétiens sont mus par une source qu’il n’est possible de localiser : je veux dire l’Esprit Saint. Car c’est bien cette présence là, qui nous permet de faire corps.

Ces interprètes permettent à la musique de prendre corps, car eux font corps. Et nous qui écoutons, nous devenons le corps des « mélomanes », corps qui a une existence éphémère puisqu’il n’existe plus dès la fin du concert. Est ce au corps ecclésial de faire de nous le corps des croyants ? Ceci peut poser la question de la transmission et aussi de la hiérarchie, mais cela c’est une autre histoire.


Je suis revenue au verset, Mt18, 19-20« Je vous le déclare encore, si deux d'entre vous, sur la terre, se mettent d'accord pour demander quoi que ce soit, cela leur sera accordé par mon Père qui est aux cieux. 20Car, là où deux ou trois se trouvent réunis en mon nom, je suis au milieu d'eux. »

Et comme souvent je me suis rendue compte que ce verset, même si cette fois ci je ne l’avais pas tronqué, venait compléter une affirmation que nous évacuons quand nous utilisons ce verset. Jésus est présent « au milieu » comme le cœur au milieu de corps, parce qu’il y a prière adressée au Père, au nom de son Fils.

Et ce verset succède à un questionnement sur ce qu’il faut faire quand un frère a un comportement qui risque de le faire exclure de la communauté. On retrouve la phrase « tout ce que vous lierez sur terre sera lié au ciel. » qui donne un pouvoir énorme à la nouvelle communauté crée par Jésus.



S’il s’agit de la force donnée aux disciples de lier les forces du mal, mais pas la personne qui est en proie à ces forces, alors c’est superbe, car il s’agit alors de délivrance et Jésus est venu pour cela. Mais s’il s’agit de condamner un frère que l’on considère pécheur (sans que le péché soit nommé dans le texte retenu par la tradition) frère qui semble être devenu aveugle et sourd, et que la condamnation soit pour l’éternité, cela me semble dramatique, et presque contraire à ce qu’a pu écrire le prophète Ézéchiel sur le Juste qui se détourne et du Méchant qui se convertit. (Ez 18 23. Prendrais-je donc plaisir à la mort du méchant - oracle du Seigneur Yahvé - et non pas plutôt à le voir renoncer à sa conduite et vivre ? » Jésus ne dit –il pas, « Je suis venu pour que tous aient la vie et l’aient en abondance ».

Jésus a pratiqué pour son compte la prière « individuelle ». S’Il insiste sur la présence de deux ou trois, c’est peut-être que la demande se situe dans du juridique : que faut il faire pour le frère qui « offense » soit un autre frère, soit la communauté ?

Il faut aussi se référer au premier testament et à ce que la loi dit sur les témoins et le témoignage : à savoir que le témoignage d’un seul n’est pas suffisant pour condamner quelqu’un à mort. Dt 19.15 « Un seul témoin ne suffira pas contre un homme pour constater un crime ou un péché, quel qu'il soit; un fait ne pourra s'établir que sur la déposition de deux ou de trois témoins. »

La première des choses est déjà de passer dans l’objectif: ce n’est pas mon propre ressenti qui compte, ce n’est pas ma sensibilité. Ce que moi je pense être mauvais, est ce que d’autres l’ont aussi vu ainsi? Et je pense que cela est important, car nous avons bien souvent tendance à faire cavalier seul. Quand on veut noyer son chien on l’accuse de la rage et Jésus qui connaît bien l’être humain, sait à quel point il faut parfois se méfier de ce que nous croyons être la poutre chez l’autre.
Ce verset est inséré dans toute une réflexion sur ce que doit faire l’église quand il s’agit justement de condamner quelqu’un.

Pour en revenir au verset 20, je trouve que ce verset nous l’utilisons souvent, en particulier quand nous nous réunissons entre chrétiens. Mais parfois durant ces réunions, on parle de tout autre chose, ça dérive, on (je) s’ennuie pendant ces réunions, on (je) se demande ce que l’on fait là, et quand on pense à cette petite phrase : « je suis au milieu de vous », on a un support, une sorte de récompense : non on ne perd pas son temps ni celui des autres ; Mais Jésus est Il là comme avec les les disciples d’Emmaüs, je suis loin d’en être certaine.

Car si on remet la phrase dans le contexte, ce que je vais faire maintenant, il ne s’agit pas simplement d’être ensemble au nom de Jésus, mais de demander quelque chose de précis au Père qui est au ciel. Il s’agit d’être ensemble et de prier, et si je fais le lien avec le verset du prophète Ézéchiel, ne s’agit il pas de prier pour celui qui semble pécheur change, mais de demander que cette force mauvaise qui semble être en lui, soit « lié » pour qu'il en soit délivré. Que cette force ne le ligote plus, qu'elle l’empêche plus de laisser vivre Christ en lui. Alors cette demande là sera entendue au ciel.


Si on se réfère encore au premier testament, pour être entendu de Dieu, il faut bien souvent (permettez moi l’expression) faire un sacré ramdam. Il s’agit des fêtes rituelles, avec ses sacrifices, ses chants, son cérémonial.



Là Jésus annonce quelque chose de différent. Pas besoin de battre du tambour ou de la trompette, si deux sont d’accord pour demander une chose au nom de Jésus (au nom de Seigneur) alors Jésus lui –même est au milieu d’eux.

Si on fait une recherche sur ce mot « au milieu », indépendamment du sens géométrique Jésus est au milieu de deux malfaiteurs, un à droite, l’autre à sa gauche, il y a ces expressions ou YHWH dit être au milieu de son peuple . Il y a toujours cette impression qu’il faut qu’il y ait un rassemblement pour que Dieu soit présent (ce qui ne l’empêche pas d’entendre le cri du malheureux).

Je reprends maintenant les versets de 15 à 20 ;
18 ,15 « Si ton frère vient à pécher, va le trouver et fais-lui tes reproches seul à seul. S'il t'écoute, tu auras gagné ton frère.

Attitude première : si tu te rends compte qu’il y a déviance chez ton frère, va le voir, dis lui ce que tu ressens et peut-être que cela aura un effet, mais avant de faire un scandale, va le voir et parle. Ce qui insiste sur la force de la parole. Pas si facile comme attitude, parce que on prend aussi un risque de se faire jeter.


16 S'il ne t'écoute pas, prends encore avec toi une ou deux personnes pour que toute affaire soit décidée sur la parole de deux ou trois témoins.

Attitude deux : constituer un petit groupe, ce qui fait que la parole prend du poids. Et à nouveau discuter avec lui. Il ne s’agit plus de le prendre en quatre z yeux, mais de convoquer une réunion où les autres peuvent aussi trouver que le premier s’est trompé dans son jugement.


17 S'il refuse de les écouter, dis-le à l'Eglise, et s'il refuse d'écouter même l'Eglise, qu'il soit pour toi comme le païen et le collecteur d'impôts.

Troisième temps, la communauté large qui a le droit d’exclure, de mettre dehors. Il me semble intéressant de noter que Matthieu qui était collecteur d’impôt à du vraiment souffrir de l’exclusion de la synagogue. Peut-être a t il commencé à vivre quand jésus l’a appelé.. (Ceci est un commentaire personnel).


18 En vérité, je vous le déclare : tout ce que vous lierez sur la terre sera lié au ciel, et tout ce que vous délierez sur la terre sera délié au ciel.

On retrouve ici la phrase donnée à Pierre, mais dans un sens plus large et surtout avec un pouvoir considérable ; on pourrait presque dire d’une manière triviale : "ce que tu as fait là, ne t’imagines pas que ça va en rester là. Tes actes ont une portée éternelle et tu ne l’emporteras pas au paradis". C’est peut-être oublier la miséricorde de Dieu, mais une église qui se construit a peut-être besoin de règles simples.

Vient alors le verset au quel j’ai fait allusion, Mt 19-20« Je vous le déclare encore, si deux d'entre vous, sur la terre, se mettent d'accord pour demander quoi que ce soit, cela leur sera accordé par mon Père qui est aux cieux. 20Car, là où deux ou trois se trouvent réunis en mon nom, je suis au milieu d'eux. »

Je préfère scinder ces versets en trois, car la notion même de « être au milieu » n’est pas si simple.

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19 « Je vous le déclare encore, si deux d'entre vous, sur la terre, se mettent d'accord pour demander quoi que ce soit, cela leur sera accordé par mon Père qui est aux cieux.

Les mots terre et ciel font certainement lien avec ce pouvoir du lien donné à l’église.

De par la présence de Jésus, il y a comme une ouverture et les deux lieux communiquent. Cela évoque un peu pour moi la prière de Daniel dans la fournaise, où le lien entre la terre et le ciel est manifeste. Je sais que c’est un peu elliptique. Mais ces hommes sont sur la terre dans un lieu de mort, et le ciel sous la forme d’un ange est aussi présent. La louange permettant cette jonction de deux univers qui sont disjoints.

Si on admet que l’on est dans un contexte juridique qu’est ce que ces deux ou trois (ces témoins d’une action d’un frère) vont demander au Père dans la prière ?

Ce n’est pas toujours si simple de se « mettre d’accord » et c’est peut-être déjà cela (œuvre pour moi de l’esprit saint) qui fait que ces deux là deviennent quelque chose de plus que un plus un. Le « quoique ce soit » est très vague. Est-on dans la démarche précédente de demander que le frère reconnaisse ses erreurs, ou prier pour lui pour qu’il se convertisse, ou pour que cet incident ne soit pas cause de division, ou encore pour que l’ennemi soit lié je ne sais. En général ce verset est entendu dans le cadre d’une prière de demande, d’intercession et il insiste sur le fait que prier ensemble pour demander la même chose a du poids.

C’est le fait d’être réuni au nom de Jésus qui permet que le ciel s’ouvre et que la demande soit exaucée. Cela change considérablement des sacrifices qui devaient être offerts à date régulière et en nombre non négligeable, pour que Dieu s’occupe de son peuple et en quelque sorte manifeste sa présence. Il y a donc quelque chose de radicalement nouveau la foi en Jésus libère du poids d’une certaine tradition sacrificielle.

20 »Car, là où deux ou trois se trouvent réunis en mon nom, Je suis au milieu de vous»
Le « car « est important. il se passe quelque chose d’autre. Ce n’est pas du « je+ je » c’est du nous et ce nous incluse Jésus qui est notre centre. Jésus est présent et si le Père et Lui ne sont qu’Un alors notre prière prend une autre dimension, mais les pensées de Dieu ne sont pas les pensées des hommes alors peut-être que l’exaucement aura lieu, mais pas du tout comme nous l’avions prévu.

Quant à cette notion de milieu, aujourd’hui je la ressens non comme une présence de quelqu’un lui serait là parmi nous (un parmi d’autre) mais comme une présence à la fois interne et singulière pour chacun et en même temps unifiante. Il est en nous, il est au milieu de nous, mais c’est lui qui décide, ce n’est pas nous qui le tenons.

Comme je l’ai noté ce chapitre est presque uniquement consacré au pardon. Il est dit à Pierre de pardonner à l’infini et que vient ensuite la parabole du roi qui remet une dette qui ne peut être remboursée.

Petites réflexions sur le pardon.

Il m’arrive souvent de penser que pardonner systématiquement à quelqu’un qui soit refait sans cesse la même chose qui vous irrite, soit qui trouve plus facile de vous demander de pardonner que de changer de comportement, c’est stupide, et tant pis si ce n'est pas évangélique.

Ce que je veux dire, c’est qu’il me semble que dans l’écriture, le pardon va de pair avec la conversion. La pardon pour le pardon, ça ne me va pas

Alors parfois je trouve qu’il est bien plus thérapeutique de dire non, surtout si l’autre s’attend à un pardon automatique. Je peux ne pas pardonner un acte ou une parole, mais continuer à aimer et à éprouver de la compassion. Et dire non cela me permet aussi de dire ce que moi je ressens et vis.

Il y a des non qui de mon point de vue, peuvent provoquer une prise de conscience, un changement et si ce non est prononcé avec respect et amour, alors il a bien plus de profondeur qu'un pardon accordé comme cela, avec oui faut bien que je le fasse, si je veux être chrétien.

Normalement le fait de pardonner devrait provoquer le changement, mais si ça ne marche pas, alors pourquoi ne pas essayer autre chose. Je veux dire que si l’on s’attend à un pardon automatique, il y a quelque chose qui est perverti.

Mais au fond de moi (peut-être changerai-je) je refuse de faire comme si ça ne m’avait rien fait. Bien sûr ce que je dis concerne un adulte, pas d’un enfant. Je peux dissocier l’acte de la personne, mais je n’ai pas envie de dire, je vais faire comme si tu ne m’avais rien fait, alors que j’ai été blessée par ce que tu as dit ou fait. Cela reviendrait à nier ce que je vis pour te donner bonne conscience.. Il faut du temps pour qu’une blessure guérisse et Jésus sur la croix n’a pas pardonné mais à demandé à son Père de pardonner.

Si mon « Je » ne peut pas accorder le pardon demandé, il peut comprendre pourquoi on en est arrivé la dans la relation, il peut se mettre en cause et demander à l’Esprit Saint d’agir.

Et peut-être que là si deux ou trois sont avec moi pour demander que j’apprenne à pardonner, alors la présence de Jésus parmi nous rendra possible l’impossible.

lundi, août 03, 2009

Rabbi, quand es-tu arrivé ici ? Jn6,25


En écoutant la lecture du début de l'évangile de ce dimanche Jn 6, 24-35, j'ai été un peu estomaquée par la brutalité de la question posée à jésus: "Quand es-tu arrivé ici?" Cela fait penser à des parents pas contents qui engueulent leur progéniture, ce qui pourrait d'ailleurs faire penser que les pharisiens considéraient (à ce moment là) Jésus comme un des leurs.

je cite les premiers versets qui vont ensuite provoquer la controverse sur les signes, mais ce n'est pas mon propos dans l'immédiat.

24. Quand donc la foule vit que Jésus n'était pas là, ni ses disciples non plus, les gens s'embarquèrent et vinrent à Capharnaüm à la recherche de Jésus.
25. L'ayant trouvé de l'autre côté de la mer, ils lui dirent : « Rabbi, quand es-tu arrivé ici ? »

Il est donc question d'une disparition (zut celui qui donne à manger gratis à disparu), d'une recherche, mais où est il passé celui là, et enfin d'une sorte de soulagement: on l'a trouvé, on a remis la main sur lui, et pas question qu'il recommence une chose pareille.

Il me semble que cette phrase qui aurait pu commencer par" pourquoi" traduit quelque chose. Car si on reprend le texte de Jean, on se rend compte que jésus leur a échappé car ils voulaient le faire roi, qu'il s'est sauvé dans la montagne (pour prier) et que normalement c'est là qu'on aurait du le retrouver.

Nous savons nous qu'Il a rejoint les disciples alors que la tempête soufflait, mais normalement cette tempête justement interdisait tout déplacement par cette voie. Alors si je peux dire, bien feintés les pharisiens qui voulaient en faire leur chose.

On aurait pu s'attendre à une question sur le "comment as tu réussi à faire cela," qui aurait permis de reconnaître Jésus comme quelqu'un qui est différent, autre. Mais non la question posée est beaucoup plus à une mise en demeure, avec certainement une autre question non formulée: Qui es-Tu toi pour faire des choses pareilles et pour te jouer de nous?

La main mise sur Jésus n'est pas possible et il va bien le signifier dans la suite du texte avec le débat je dirais presque le dialogue de sourds sur les signes et les oeuvres. Car en fait Jésus vient de leur donner un signe fort de qui il est, mais ce signe là, ile ne peuvent l'entendre parce que cela les mettrait dans la position des "pauvres de coeur", et du coup ils jouent presque aux parents ulcérés qui savent et auxquels on doit obéissance.


Peut-être est il possible de comparer ce texte avec celui de Luc au chapitre 2, quand Marie retrouve son fils dans le temple. Là aussi il s'est échappé, la aussi il montre qui il n'est pas que le jeune adolescent soumis mais là, la compréhension de Marie fait que la tempête s'apaise. Elle comprend le signe qu'il a donné là et même s'il y a souffrance, elle ne possède pas son fils. Il revient librement à Nazareth.

Luc: 2, 48 "En le voyant, ils furent frappés d'étonnement et sa mère lui dit : « Mon enfant, pourquoi as-tu agi de la sorte avec nous ? Vois, ton père et moi, nous te cherchons tout angoissés. » 49Il leur dit : « Pourquoi donc me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas qu'il me faut être chez mon Père ? »

Jésus qui est présent avec nous jusqu'à la fin des temps n'a pas de compte à nous rendre.

Il est vrai que même si nous n'osons pas demander des signes prouvant qu'il est le Fils, nous sommes friands de petits signes, de petits clins d'oeil qui nous fortifient dans la foi, car la foi n'est pas chose facile.

Il nous faut renoncer à demander à Jésus de nous rendre des comptes quand nous ne comprenons pas. Je ne dis pas qu'il est défendu de poser des questions, mais parfois il est nécessaire de ne pas comprendre, d'être dans le noir du ventre de la baleine (signe de Jonas) et faire confiance envers et contre tout.

mardi, juillet 21, 2009

Je te donnerai le clés du royaume: temps trois

TEMPS TROIS : Simon fils de Jean m'aimes tu?


Cela fait un certain temps que j’ai envie de prendre la défense de cet apôtre. Je trouve que son reniement (somme toute compréhensible) lui colle encore à la peau et que les rédacteurs des évangiles nous donnent une image bien peu glorieuse de celui qui a reçu une telle promesse et un tel pouvoir.Je pense que le nombre d'homélies qui comparent Judas et Pierre sont aussi nombreuses que les étoiles du ciel... Mais ces deux attitudes sont elles comparables?

On a parfois l’impression qu’il y a des comptes qui se règlent(par le biais de l'écriture) bien après la mort de Jésus. Pourquoi Jésus a t il choisi cet homme là s'il est si lâche que ça? Pourquoi Jésus a t il choisi comme successeur un homme qui ne comprend presque rien et qui même après l'effusion de l'Esprit aura du mal à accepter -bien qu'il se dise avoir été choisi pour "que les païens entendent de sa bouche la parole de la bonne nouvelle" Ac15,7- le travail de Paul auprès des incirconcis (je pense à l'accrochage entre ces deux hommes rapporté en Gal 2,11 et suivants).

Et pourtant les discours et les écrits attribués à Pierre, montrent que le pécheur mal dégrossi que Jésus est allé péché sur les bords du lac a complètement changé après l'effusion de l'Esprit.Il se positionne d'emblée en chef, fait des miracles au Nom de Jésus, rassemble, se déplace. Mais comme je le disais dans mon billet précédent, la fuite de Pierre lors de la persécution de Néron (oui je sais cela n'appartient qu'à la tradition)est bien peu glorieuse et surtout très différente de l'attitude de Paul, qui ne désire qu'une chose: mourir à la fois pour rendre témoignage mais aussi pour rejoindre "Celui qui de condition divine..."

Mais les rédacteurs du premier testament n'ont jamais donné une histoire édulcorée de ceux qui ont été les "Pères". Abraham et Isaac feront passer leur femme pour leur soeur pour ne pas avoir d’ennuis avec les rois des lieux sur lesquels ils campent, Moïse est un assassin en fuite, David, le grand roi David, se comporte comme un petit mafieu (moi et mes garçons dira t il à Naval 1Sm 25,4), et utilise le mensonge sans vergogne (en particulier quand il se fait remettre les pains consacrés ainsi que l’épée de Goliath).

Ce que je veux dire c’est que ce qui caractérise les « pères fondateurs », c’est qu’ils ont fait confiance à la parole qui leur était adressée et que le cours de leur vie a changé. Mais sont ils pour autant des génies, comme nous l’entendons au 21° siècle ? Si on reste dans la lignée Abraham, Isaac et Jacob, certainement pas. Moïse est différent, mais à lui il n’a pas été fait de promesse de descendance avec laquelle le Seigneur ferait alliance, sauf que désormais ce n'est plus avec un homme que l'alliance est faite (Abraham ou Jacob) mais avec le peuple dans son entier.

Les prophètes eux sont d’une autre envergure : la parole de Dieu les a saisis et leur vie est conforme à la parole, n’empêche que certains comme Elie prononcent parfois des malédictions qui viennent d’eux et non pas de YHWH (je fais ici référence à la sécheresse provoquée par Elie, mais non demandée par le Seigneur 1R 17).

Bref, Pierre n'échappe pas à la règle. Certains psychanalystes disent que dans un rêve les différents personnages mis en scène représentent différents aspects du rêveur; je me demande s'il n'en va pas de même avec les apôtres tels qu'ils sont décrits dans les différents évangile. Ils nous représentent avec nos différents aspects.

Pierre, il fonce, mais il perd confiance à la vitesse grand V. Il est capable du meilleur et du pire. Thomas, à la fois est prêt à mourir pour Jésus et refuse de croire à la résurrection, Philippe pose des questions qui parfois nous aimerions bien poser, montre nous le père et ça nous suffit, etc…

J’ai oublié Judas. Judas, est peut-être le plus réfléchi, plus calculateur. Lui quand Jésus parle de ce qui l’attend, il comprend que c’est vrai, alors que les autres fonctionnent dans le déni. Alors peut-être que la trahison a un but : faire que d’autres ne soient pas séduits comme lui l’a été, stopper cette histoire qui a été comme pour tous les autres une histoire d’amour. Et une histoire d’amour qui se termine mal elle peut bien conduire à la mort, ce qui s’est passé pour l’un et l’autre. (On peut lire un commentaire sur Judas dans un livre d'Elian Cuviller: étranges témoins de la passion).

J'en arrive donc à l'éternelle comparaison entre Judas et Pierre, or Pierre n'a pas vendu Jésus, il a eu peur pour lui. Judas reconnaît dans l'évangile de Matthieu avoir fait une énorme erreur, et la culpabilité est telle que dans cet évangile là il se pend (alors que dans les actes des apôtres il meurt en répandant ses entrailles, ce qui est la mort réservée à l'impie, mais il meurt si je puis dire de sa belle mort). Dans cette hypothèse (mort de sa pas belle mort) l'auteur (Luc) montre la différence entre Pierre le Juste qui a trébuché mais s'est repris et l'Impie qui va vers la mort.

D’un côté il y a le baiser de Judas (ce qui montre bien que jésus n’était pas si reconnaissable que cela et peut-être pas si connu que cela) et de l'autre le coup d’épée de Pierre (j’y reviendrais) .

Pourtant, Pour l’un comme pour l’autre, il y a eu à un moment une ouverture des yeux (intérieurs). Pour Judas, cela s’est fait semble t il quand il a compris que « son » Jésus allait mourir par sa faute qu’il avait fait une erreur et que cette erreur il ne pouvait la payer que par sa mort : mort contre mort.Il faut dire que l'évangile de Matthieu pose question au niveau du déroulement temporel, car on imagine mal (enfin j'imagine mal) que la nuit de la passion ils allaient s'occuper de la demande de Judas, prendre l'argent et acheter un champ avec le prix du sang.


Pour Pierre, il y a eu ce chant du coq au petit matin. Mais ce reniement (non je ne connais pas cet homme), que cache t il ? Que fait-il Pierre quand il affirme malgré son accent de Galilée ne pas connaître cet homme?

Ce qui est certain c’est que une fois de plus Jésus ne s’était pas trompé, Jésus avait prédit ce reniement et donc tout ce qu'il avait dit sur sa fin peu glorieuse allait aussi se réaliser. Pierre réalise ce qu'il perd avec la mort de Jésus et cela peut bien faire pleurer un homme. Finalement un homme qui pleure c’est rare, ça ne se fait pas. Que le chef de l’Eglise en soit capable est pour moi assez rassurant. Ce n’est pas un sur homme et tant mieux.

Mais il y a peut être autre chose dans ce reniement. Car malgré tout, malgré sa fatigue et sa peur, il était là, dans la cour.

Bien sûr dans la nuit tous les chats sont gris, alors qui pourrait reconnaître en lui l’homme qui s’est attaqué au serviteur du grand prêtre? Nous qui connaissons l’histoire de cette nuit là, nous savons que Pierre était le futur chef, mais cela était dit à un petit comité, donc je ne pense pas que ce soit cette peur là ( si on me reconnaît comme le successeur ils vont me tuer) qui a poussé Pierre à renier. Car cette nuit là Pierre avait fait un geste très préjudiciable.

Si on reprend l’évangile de Mathieu ou de Jean, il ne faut pas oublier que Pierre est muni d’une épée et qu’il a attaqué un serviteur du grand prêtre et lui a tranché l’oreille. Il s’agit là de quelque chose qui est sanctionné par le Lévitique. Donc même si Jésus a recollé l’oreille, Pierre est passible d’une sanction qui peut peut-être aller jusqu’à la mort, car l’homme qu’il a attaqué fait partie du service d’ordre.

Ce que je veux dire c’est que dans nos pays, quand un agent des forces de l’ordre est blessé par un manifestant, la peine qu’il encoure est très lourde, car il ne s’agit pas tant de la personne, mais de ce qu’elle représente. Si Pierre dit ne pas connaître cet homme là, c’est peut-être bien pour ne pas être lapidé sur le champ.

Pour Pierre il faut donc qu’il ne soit pas reconnu, car il risque gros et d’une certaine manière le reniement ce n’est peut-être pas à prendre au premier degré : je ne peux pas donner ma vie pour cet homme là, mais au second degré : si je dis que je ne le connais pas on ne fera pas le lien entre moi et celui qui a coupé l’oreille du serviteur du grand prêtre. Certes Pierre avait dit qu’il donnerait sa vie pour son maître, et là, il se rend compte que la seule vie qui compte pour lui c’est la sienne.


Que la coïncidence du chant du coq lui ait ouvert les yeux du cœur cela me semble certain. Pierre a compris qu’il est bien incapable de donner sa vie pour un autre, que seule sa vie est importante, et qu’il s’est aimé lui-même plus que tout autre personne. Oui, il a dit qu’il ne connaissait pas cet homme, mais n’était ce pas pour lui le seul moyen de faire croire qu’il n’était pas avec lui au moment de l’arrestation, et qu’il est juste un curieux parmi d’autre.

Maintenant il faut revenir au traitement de la culpabilité. Car il y a l'épisode qui se passe sur les bords du lac de tibériade avec la triple interrogation de Jésus. Et là aussi les homélies sont nombreuses.

Je dois dire que j'aime cette scène au petit matin. Il y a cette pêche miraculeuse qui fait pendant à cette première pêche qui montre la confiance de Pierre, envers cet homme qui n'est pas du métier. Il y a Jean, qui comprend que l'inconnu sur la rive c'est Jésus et qui en informe Pierre. Pourquoi celui ci passe un vêtement alors qu'il doit nager et donc le mouiller pour aller au plus vit rejoindre "le Seigneur", cela reste un mystère pour moi et ça a toujours tendance à me faire sourire quand j'imagine la scène.

Mais le reste, ce triple questionnement je le trouve douloureux. Et pourtant... Et pourtant ce questionnement ne peut-on pas le prendre comme une sorte d'épreuve qui va permettre à Simon fils de Jean d'être restauré dans sa fonction de pasteur et de guide.

Voici le texte: Jn 21, 15-17

15 Après le repas, Jésus dit à Simon-Pierre : « Simon, fils de Jean, m'aimes-tu plus que ceux-ci ? » Il répondit : « Oui, Seigneur, tu sais que je t'aime », et Jésus lui dit alors : « Pais mes agneaux. »

16 Une seconde fois, Jésus lui dit : « Simon, fils de Jean, m'aimes-tu ? » Il répondit : « Oui, Seigneur, tu sais que je t'aime. » Jésus dit : « Sois le berger de mes brebis. »

17 Une troisième fois, il dit : « Simon, fils de Jean, m'aimes-tu ? » Pierre fut attristé de ce que Jésus lui avait dit une troisième fois : « M'aimes-tu ? », et il reprit : « Seigneur, toi qui connais toutes choses, tu sais bien que je t'aime. » Et Jésus lui dit : « Pais mes brebis.




Ce qui me semble étonnant c'est que Jésus ne le nomme pas Pierre, mais le remet dans sa généalogie: Simon fils de Jean et ce, dans les trois interrogations. Qu'est ce que Jésus veut lui faire comprendre? Qu'il n'est plus la "pierre" parce qu'il n'a pas su être à la hauteur, parce qu'il a essayé de sauver sa vie au petit matin autour d'un feu en faisant comme s'il ne le connaissait pas, ou parce qu'il a laissé "la mission" et reprenant sa vie de pêcheur? Les trois années passées auprès de Jésus auraient elles été seulement une interruption? A-t-il encore le droit de prétendre à ce nom de Képhas?

Je ne sais pas, mais je pense que ce questionnement qui parait court quand on le lit, car on peut imaginer le temps qui sépare les questions, les réponses, les silences aussi et la présence silencieuse des autres disciples qui devaient penser qu'ils avaient bien de la chance que ce soit Pierre qui prenne, a du avoir une certaine durée. Et il du se passer bien dans choses dans la tête et dans le coeur de Pierre.

Traditionnellement dans la bible quand il y a appel il y a doublement du nom:" Abraham, Abraham "," Samuel Samuel " "Saul Saul" et la réponse normale est: "me voici". Ici la question est là, directe, Simon fils de Jean, m'aimes-tu? Je reste ici avec le mot aimer tel que nous le disons en français, c'est à dire en en faisant pas la distinction entre philein et agapè.

En fait ce qui me semble intéressant c'est la manière dont Pierre répond:

Première réponse: "Seigneur tu sais que je t'aime". Mais répond il à la question du "plus que ceux ci"?Qu'est ce que cela veut dire? Est il possible de se comparer aux autres? Quant à savoir si Pierre aime Jésus plus qu'il n'aime ses compagnons, n'est ce pas une question que nous sommes amenés à nous poser en permanence? Comment aimer Jésus plus que ceux qui nous sont chers et pour lesquels spontanément nous aimerions pouvoir donner notre vie? Seulement Pierre sait (comme nous le savons) que pour Jésus aimer c'est donner sa vie (aimez vous comme je vous ai aimés) et cela il n'a pas su le faire,parce que au moment de l'arrestation de Jésus, ce n'était pas ce combat là qui était le sien, du moins c'est ce que j'imagine aujourd'hui.


Deuxième réponse: "Oui, Seigneur tu sais que je t'aime".Il y a le oui, qui est peut-être le Amen. Et qui est comme une confirmation, tu le sais alors pourquoi me poses tu la question. Je fais ce que je peux avec ce que je suis, ce n'est pas brillant, mais je suis un glaiseux.

Troisième réponse: "Seigneur toi qui connais toutes choses tu sais bien que je t'aime". Celui qui connaît tout chose c'est bien celui que Pierre avait jadis reconnu et nommé: tu es le christ le fils du dieu vivant. Pierre peut à nouveau se positionner et affirmer que en cet homme qui a préparé un repas, qui leur a donné du poisson en abondance est le Seigneur.

Peut-être avait il oublié qu'il aimait autant Jésus? Peut-être croyait-il que la peur viscérale qui s'était emparée de lui quand il avait failli être reconnu ce matin là auprès du feu, à cause de ce geste de bravoure tenté pour permettre à son maître de prendre la fuite, l'avait en quelque sorte disqualifié. Peut-être pensait-il au fond de lui que plus jamais Jésus ne pourrait l'aimer? Peut-être pensait il qu'il n'était plus bon à rien sauf à reprendre la vie là où il l'avait laissée un jour où Jésus lui avait dit de jeter encore un coup son filet alors qu'il n'avait rien pris de la nuit.

Peut-être y avait il tout cela en lui. Pas tant le reniement ou les reniements que ce sentiment que nous connaissons bien de ne pas valoir grand chose.

Alors ce que nous dit (ce que me dit) cet épisode que la seule chose qui compte, même si on s'en veut, même si on se sent très nul, c'est d'aimer. Aimer sans me comparer aux autres, aimer comme je peux avec tout ce que je suis et aussi ce que je ne suis pas.

Je crois que ce questionnement a été pour Pierre une restauration, presque une renaissance avant que le feu de l'Esprit ne tombe sur lui et sur ses amis et lui donne la force d'annoncer que

Ac 2,22« Jésus le Nazôréen, homme que Dieu avait accrédité auprès de vous en opérant par lui des miracles, des prodiges et des signes au milieu de vous, comme vous le savez,

23 cet homme, selon le plan bien arrêté par Dieu dans sa prescience, vous l'avez livré et supprimé en le faisant crucifier par la main des impies ;

24 mais Dieu l'a ressuscité en le délivrant des douleurs de la mort, car il n'était pas possible que la mort le retienne en son pouvoir.

Et ainsi de devenir le pasteur et d'ouvrir les portes du royaume de l'Amour.

lundi, juillet 20, 2009

"Je te donnerai les clés du royaume" Temps deux.

TEMPS DEUX : LE VERSET DANS SON CONTEXTE.

Il s'agit de commentaires sur les versets de cet épisode.

Mt16, 17 Reprenant alors la parole, Jésus lui déclara : « Heureux es-tu, Simon fils de Jonas, car ce n'est pas la chair et le sang qui t'ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux.

Il s’agit là d’une béatitude, (comme celle que nous pouvons lire dans l'évangile de Jean" heureux ceux qui croiront sans avoir vu"). Pierre ne fait pas le perroquet, il donne une réponse qui le dépasse et qui peut-être le surprend lui-même.

Je dois dire que cette phrase "ce n'est ni la chair ni le sang qui t'ont révélé cela" m'a toujours interpellée, car au moment du dernier repas, c'est ce que Jésus dit de lui: ma chair et mon sang. Seulement ce qu'il ajoute ensuite montre bien que s'il s'agit de son humanité, elle est transcendé par le divin.

La réponse de Pierre, montre que Dieu est présent et agissant. Peut-être que Jésus attendait une confirmation du choix qu’il avait fait de Simon après la pêche miraculeuse sur le lac. On pourrait imaginer que Jésus se dit : je vais leur poser une question et celui auquel mon Père aura soufflé la bonne réponse, celui là sera le patron de la barque que j’ai mise à flots .

18 Et moi, je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et la Puissance de la mort n'aura pas de force contre elle.

Il y a le jeu de mots –pierre Pierre - auquel nous sommes habitués depuis toujours. Nommer quelqu’un est un privilège de Dieu (Abraham, Sara, Josué). Jésus renomme Simon, et l’appelle à être le soubassement (le roc sur lequel est bâtie la maison qui résistera à la pluie et aux vents), de cette communauté qui sera devra résister à la jalousie (le mal) de ceux qui pensaient être les seuls appelés. Dans la Genèse, c’est bien la jalousie qui introduit la mort dans le monde. La jalousie pour moi est liée à la convoitise et c’est la convoitise qui engendre le désir de mort.

19 Je te donnerai les clés du Royaume des cieux; tout ce que tu lieras sur la terre sera lié aux cieux, et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié aux cieux.


Donner à un être humain ce pouvoir de lier et de délier n’est pas évident pour moi. C’est donner à la parole un pouvoir extraordinaire. C’est dire aussi qu’il y a un lien entre ce qui se passe ici et ce qui se passe dans un ailleurs que nous appelons ciel et que nous ne connaissons pas. Mais je ne suis pas sûre qu'il s'agisse de lier ou de délier du péché, car cela dieu seul peut le faire, et ceux qui le font ne peuvent le faire qu'en son nom.

Le propre de l’homme est de faire du lien, mais il y a des liens qui empêchent de vivre, qui rendent prisonnier. Jésus dès le début de sa vie publique, chasse les esprits mauvais, guérit les maladies. Il délie, ce qui paralyse l’être humain. Ce pouvoir il le donne à ceux qui le reconnaissent comme le Fils. Et ce qui est délié ici le restera dans cet au delà.

Peut-être que le pouvoir de lier concerne t il le pouvoir de lier le Mal (la puissance de la Mort) pour que ce monde nouveau qui va naître par le don de l'Esprit après la mort de Jésus, puisse vivre et faire vivre.

Or ce qui m’interroge c’est que la pierre, choisie par Jésus, on ne peut pas dire qu’elle soit de super qualité. Certes c'est du solide, (Pierre a tout lâché pour suivre Jésus) qui sert de fondation, mais je ne suis pas sure que l'on puisse comparer ce qui est dit de Pierre avec ce qui es dit de Dieu dans les psaumes: "tu es mon roc ma citadelle". Pierre est un humain comme nous tous, de chair et de sang et donc de failles et de fissures.

N'est il pas étonnant que dès le chapitre suivant Jésus traite son roc de "satan"? et pourtant c'est sur lui que Jésus va faire reposer ce qui sera le "temple de Dieu" dès ici bas.

Si on repense un peu à ce qu'une certaine tradition rapporte de Pierre, et de son martyr à Rome, c'est la phrase prononcée par Jésus "quo vadis" qui lui permettra de ne pas prendre la fuite et de mourir en témoin. Mais là encore, le faire mourir la tête en bas par humilité, me semble stupide: car pour que la croix fasse son office il faut que le supplicié puisse se servir de ses pieds.

Et ceci introduit le troisième temps: Pauvre Pierre.

"Je te donnerai les clés du royaume" Temps un


Il y a quelques jours un verset m’est venu en mémoire : « je te donnerai les clés du royaume ». Ce verset avant même de le remettre dans son contexte (profession de foi de Pierre à Césarée de Philippe) je l’ai laissé non pas chanter, mais prendre du poids en moi.

Le seul problème c’est qu’il est incomplet il manque les derniers mots: royaume des cieux, mais c’est ainsi qu’il m’est revenu.

Je sais bien que c’est le titre d’un livre de Cronin que j’ai du lire jadis, mais je ne crois pas que cet oubli soit lié à ce livre. Je pense plutôt que les cieux je ne sais pas vraiment ce qui s’y passe. Je peux bien avec Isaïe imaginer une cour céleste, mais la représentation du lieu ne m’intéresse pas, d’autant que pour moi le royaume est déjà là. Puisque Jésus a ouvert le chemin.

De par ma pratique de la prière du cœur qui se cale sur la respiration, j’ai aussi laissé ce verset se chanter en moi au rythme du souffle. Il peut alors devenir prière et même s’utiliser en marchant.

Mais les mots - chaque mot - peuvent donner matière à réflexion, matière à prière et c’est ce que je voudrais proposer ici. Je vais juste scinder en trois billets pour ne pas compliquer la lecture, car je n’aime pas les lire des messages trop longs.

Je vais donc présenter une réflexion en plusieurs temps. Le premier temps sera donc ce que ce verset a fait naître en moi. Le deuxième temps sera une réflexion plus globale sur ce texte et le troisième temps se voudra être une réflexion sur la place de Pierre, je dirais presque de ce « pauvre Pierre ».

Mais avant tout, je vous remets en mémoire le texte Mt16,16-19, d’où ce verset est tiré, parce que le texte est parfois nécessaire pour nourrir la réflexion.

15 Il leur dit : « Et vous, qui dites-vous que je suis ? »
16 Prenant la parole, Simon-Pierre répondit : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant. »
17 Reprenant alors la parole, Jésus lui déclara : « Heureux es-tu, Simon fils de Jonas, car ce n'est pas la chair et le sang qui t'ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux.
18 Et moi, je te le déclare : Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et la Puissance de la mort n'aura pas de force contre elle.
19 Je te donnerai les clés du Royaume des cieux ; tout ce que tu lieras sur la terre sera lié aux cieux, et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié aux cieux. »


A noter en passant le jeu autour de la parole qui va de l'un à l'autre et de l'autre à l'un.

TEMPS UN : LAISSER LES MOTS M’IMPREGNER. : UN PETIT EXERCICE D’ANALYSE.

Je
Pierre pour une fois a donné la bonne réponse à la question que Tu avais posé à l’emporte pièce : « Et pour vous mes amis, qui suis-Je ? » Bien sûr, quand Tu parles tu dis Je. Mais qui est ce Je ? Est ce l’homme Jésus qui a multiplié le pain, celui qui dort quand la tempête est là, qui reproche à ses disciples d’être un peu bouchés, ou est ce déjà celui qui apparaîtra à Pierre, Jacques et Jean lors de la transfiguration ? Pour moi, ce « Je » est impérial ou royal. Ce Je là, est créateur du Tu. Car désormais Pierre deviendra l’héritier si l’on peut dire. C’est presque un Je de majesté.

Je te donnerai…
Donner c’est un cadeau. Toi Jésus fils de David, tu vas donner quelque chose dans le futur. La promesse d’un don c’est déjà un peu le don. J’aime bien savoir que Tu me donneras, même si je ne sais pas ce que Tu vas me donner.

Je te donnerai les clés
Les enfants de ma génération ne portaient pas la clé de la porte de chez eux autour du cou parce que en général il y avait quelqu’un à la maison quand ils rentraient de l’école. Chez moi, quand ma mère s’absentait, la clé était cachée sous un pot et j’étais fière de cette marque de confiance. On ne donne pas ses clés à n’importe qui. Donner ses clés c’est faire confiance. D’une certaine manière cela me faisait « grande ». Et il ne fallait pas donner le lieu de la cachette. Importance du secret partagé.

Si je réfléchis sur ce mot clé, il me vient aussi ces livres que j’ai lus bien plus tard : clés pour la psychanalyse, clés pour la linguistique, clés pour les statistiques. Ces livres là, permettaient d’avoir un début de connaissance. Ils ouvraient des horizons jusque là fermés. Les livres sont les clés de la connaissance, encore faut il pouvoir les lire et donc avoir les clés qui en permettent la compréhension.

Qui dit « clés » dit donc ouverture, accès à un dedans qui était caché, inaccessible. Mais pour que la clé fonctionne il lui faut une serrure qui soit adaptée. Pour que la porte s’ouvre ou se ferme, il faut que la clé et la serrure correspondent. Or on a bien souvent l’impression dans l’évangile que si les disciples sont avec Jésus, ils n’ont pas pour autant la clé qui leur permettrait de comprendre. L’Esprit n’a pas encore été donné.

Et cela évoque un peu ce qui se passera bien plus tard avec les disciples d’Emmaüs:" Et, en partant de Moïse et de tous les Prophètes, il leur expliqua, dans toute l’Écriture, ce qui le concernait". Et c’est peut-être pour cela que Jésus parle au futur. Un jour Pierre comprendra et transmettra, mais aujourd’hui il n’en n’est pas là.

Pierre aura donc les clés. Mais quelles clés ?

Je te donnerai les clés du royaume
Les clés d’une maison, on sait bien ce que c’est. Les clés d’une ville aussi, même si nos villes n’ont plus de portes pour les défendre à la nuit. Mais un royaume ? Naturellement cela me fait un peu penser à la clé du champ de tir que l’on demandait autrefois aux nouvelles recrues d’aller chercher, clé qui n'existe pas puisque c'est à ciel ouvert. Sur notre terre il y a des frontières avec des portes si on peut dire et des contrôles. Pierre va t il se transformer en douanier ?

Il me semble que quand Jésus il parle du royaume il parle de la présence de Dieu. Il parle de Lui, Est ce un lieu ? Est ce un ailleurs ? Qui possède les clés d’un royaume ?

Aujourd’hui il y a beaucoup d’hommes et de femmes qui risquent leur vie pour quitter leur pays et pour venir s’installer dans un autre lieu, qui pour eux est une sorte de royaume où ils pourront vivre décemment. Et bien souvent il y a des lois qui ne leur permettent pas de vivre dans le pays de leur choix. La porte est fermée. Que faut il faire pour qu’elle s’ouvre ? Devant qui faut il s’agenouiller pour pouvoir entrer ? Est ce pouvoir là qui sera donné à Pierre ?

Est ce que ce royaume me fait envie aujourd’hui ? Est il un lieu où je serai « bien » ? Un lieu où j’aurais ce qui me manque ? Si pour moi ce lieu est celui de la Présence, alors oui il me fait désir, mais ce lieu n’est il pas déjà là. ? Alors pourquoi ce pouvoir donné à Pierre ?

Il y a aussi une autre image du royaume, qui est liée à notre imaginaire : que devenons nous après la mort. Irons nous dans le royaume de la vie (du côté de dieu) ou dans le royaume de la mort (du côté du malin). Est ce de ces royaumes là dont Pierre aura les clés ? Si on se souvient que du temps de Jésus la résurrection n’était pas admise par tous, (les prises de bec avec les sadducéens en sont témoins) je ne suis pas sûre du tout que ce soit ce rôle là qui ait été promis à Pierre. Le jugement ce n’est pas notre affaire.

Je me suis alors souvenue de ce chérubin qui interdit avec une épée de feu l’entrée du jardin où se trouve l’arbre de la vie. Ce jardin là, dans la genèse, il n’est pas dans le ciel, il est ici. C’est un lieu de rencontre entre Dieu et Adam. L’arbre de la vie, peut représenter la vie jaillissante qui est en Dieu. Quand Jésus aura été vainqueur de la mort, tout homme pourra accéder à la source de la vie et Pierre remplacera cet ange interdicteur. Le chemin sera ouvert, tout être humain peut aller vers la source jaillissante. Et Pierre, (mais je pense que cela est vrai pour chacun de nous) peut ouvrir cette porte pour lui et pour les autres.
Alors les clés du royaume ? Si Jésus est le royaume (le royaume de Dieu est tout proche, le royaume de Dieu est déjà parmi vous) alors Pierre et ceux qui viendront après lui, même s’ils sont aussi maladroits que cet homme, ouvriront les portes de la vie.

Finalement je ne sais pas très bien ce qui se cache derrière ce mot, mais cela semble quand même être un cadeau de taille, bien au delà de ce qu’un être humain peut rêver .

Ce verset, je l’ai donc laissé résonner en moi. Je dois dire que cette promesse faite à Pierre, je l’ai entendue comme si elle était adressée à tous ceux qui reconnaissent en Jésus « l’homme qui venait de Dieu »selon le titre d’un livre de Joseph Moingt.

Voilà pour le temps un.
Je suis revenue au texte qui précède ce verset puisque ce sont ces versets qui d’une certaine manière font de Pierre le successeur de Jésus, le premier de la nouvelle église.

samedi, juillet 11, 2009

Prier, crier, intercéder?




Si prier pour moi ne semble pas trop difficile, c’est peut-être parce que je ne cherche pas tant la protection d’un être tout puissant - parce que j'ai la chance d'avoir ce qu'il me faut et bien au delà pour vivre et aussi parce que je sais que la mort est au bout - que la relation, c’est à dire le désir de créer ou de laisser se créer en moi une relation plus personnelle plus intime avec le Dieu Trinitaire. Par contre, même si en soi cela semble évident, intercéder pour les autres me semble plus difficile.

Ce billet va donc essayer de se centrer sur certains aspects de la prière et plus particulièrement sur la prière d’intercession (ou de demande).

Pour en revenir à ma première affirmation ce que je demande quand je me tourne vers Dieu, c’est que Lui, travaille en moi. Le changement au quel j'aspire, je sais que je suis incapable de l'obtenir par ma volonté. Il me suffit donc de demander que l'Esprit Saint me travaille toujours plus et peut-être (cela c'est nouveau) de me poser parfois la question suivante: qu'est ce que en ce moment Tu attends de moi. Je veux bien me laisser guider. Mais j'ai aussi la chance de me faire confiance et si je me trompe, le Seigneur pourra lui en faire quelque chose. Et puis pouvoir percevoir que Dieu est dans ce corps qui est le mien est extraordinaire et me pousse à remercier.

Naturellement, parce que je ne pense pas être différente des autres quand j’ai mal dans mon corps, quand je vis des périodes de fatigue qui me bloquent, j’ai tendance à me plaindre. Une partie de moi souffre de ces limitations qui m’atteignent (vieillir ce n’est pas si facile). Une autre partie imagine que de cela il pourra sortir du bon. Par exemple quand j’ai ces fichues bouffées de chaleur depuis que j'ai stoppé le traitement pour éviter une récidive cancéreuse, je les utilise pour demander que cette chaleur brûle en moi ce qui doit être brûlé. N’empêche que je n’aime pas cela.

Bien souvent, je suis amenée à prier pour des amis ou pour des personnes que parfois je ne connais que de nom, qui vivent des épreuves qui les atteignent dans leur intégrité. Il m'est arrivé de demander à des communautés ou à des amis de prier pour la même intention pour que ensemble ma prière ait plus de poids. Un peu comme quand on cherche un appui (député ou autre) pour obtenir quelque chose qui ne serait pas obtenu sans ce coup de pouce.

Je me dis toujours (c’est ma représentation de cette prière de demande) que si je suis seule à prier, cela fait juste une maille, comme une maille d’un tricot. Mais que si d'autres prient avec moi, cela fait beaucoup de mailles et ces mailles assemblées font une sorte de treillis qui possède un certain poids, une certaine densité, une épaisseur. La prière alors a plus de poids auprès de celui qui peut l’exaucer mais aussi elle est comme une sorte de hamac pour celui qui accablé.



Une autre image est celle du cri jeté. Le cri s’il est repris par d’autres peut devenir chant qui aura plus de chance d’être entendu par ceux qui sont dans ce que nous nommons l’Au-delà, et qui répondront peut-être plus facilement (je sais bien que ce ceci est une représentation très anthropomorphique), mais qui donne aussi une valeur aux différents offices chantés par ceux qui ont donné toute leur vie au Seigneur.

Il y a dans le psaume 34 une phrase que j'aime: "Un pauvre a crié, Dieu écoute et de toutes ses angoisses il le délivre", c'est le verset 7.

Quand on lit les psaumes, et quand le psalmiste se plaint (ce qui est fréquent) il parle de son ou de ses cris (qui devraient parvenir jusqu'à l'oreille du Seigneur) il parle de ses larmes, de sa mauvaise santé, des attaques de ses adversaires, de sa solitude, bref il se plaint. Mais si souvent il plaint au nom de son peuple (ils mangent ton peuple comme on mange du pain) il n'intercède pas ou peu pour ses proches.

Bref il prie pour que son Dieu s’occupe de lui et aussi que son Dieu prouve aux méchants que lorsqu’on se fie à Dieu, Il s’occupe toujours de vous, ne serait ce que pour prouver qu’Il est bien Dieu.

Je dois dire que j’aime souvent cette spontanéité du psalmiste qui reprend les réparties de Moïse quand le peuple est en danger : si tu nous détruis qu’est ce que les autres peuples vont penser de Toi ?

Le mot « cri » ou le verbe « crier » est un mot qui est très fréquent dans ces textes. Comme si pour se faire entendre d’un Dieu qui réside dans un ailleurs, il fallait lever la voix, pour qu’il écoute. Est ce que toute prière est un cri ? Comment faire de ma prière un cri en particulier quand je demande à Dieu qu’Il change ou qu’il accorde quelque chose d’important aussi bien pour moi que pour ceux qui me sont proches ou moins proches?

Est ce que moi je crie? C'est loin d'être évident. Ce que ce verset me dit, c'est qu'il est nécessaire de se remettre entièrement dans les mains de Dieu, avoir foi en Lui, se savoir dépendant de Lui pour que la demande soit entendue, ce qui ne veut pas dire être exaucée, car je ne pense pas que l'on puisse "influencer" Dieu. Mais il y a des réponse, et il nous faut parfois ouvrir les yeux du cœur pour percevoir les signes.

Dieu peut parfaitement entendre la plainte ou la prière, mais répond Il toujours et répond-Il comme nous le souhaitons nous? La prière de son fils à Gethsémani n’a pas eu de réponses, même si un ange (évangile de Luc) est venu.

Alors moi qui aime les mots j'ai voulu réfléchir à ce qui se cache derrière ce mot si court.

Il y a en fait deux facteurs, le ton (crier c’est élever la voix, c’est faire du bruit) et il y a pour nous la notion de douleur ou de besoin (le bébé qui crie). Car le cri est aussi un signal : quand un enfant crie ou pleure, cela nous oblige à nous lever pour aller voir ce qui se passe. Crier vers Dieu c’est aussi cela : « Seigneur écoute ma prière, que mon cri vienne jusqu’à toi ». Le cri de l’humain devrait donc normalement faire réagir Celui vers lequel le cri monte.

En fait bien souvent le cri s'exprime en mots: ne dit-on pas c'est le cri du cœur quand on laisse sortir quelque chose de spontané? Mais il y aussi le hurlement qui vient des profondeurs que l'on ne se soupçonne pas, qui est souvent bien proche du cri anima. Ce cri inarticulé qui renvoie souvent à l'innommable, n'est pas cri.

Le cri peut–être bref c’est la cas dans la Genèse quand Adam crie le nom des animaux, il n'y a pas de verbes. Le cri s’oppose presque alors à la parole. Dieu créateur parle, l’humain crie. Il ne se met à parler que lorsqu’il est mis dans la relation d'altérité avec Eve, quand il la découvre au sortir de sa torpeur: il la nomme puis il parle d'elle.



Que Dieu entende le cri de celui qui souffre injustement est comme une sorte de leitmotiv du premier testament.

Je pense à l'ange qui rencontre Agar dans le désert, dans cet épisode assez curieux où elle ne veut pas voir son fils mourir de soif et où elle se réfugie sous un genet, mais à une certaine distance: Gn 21, 17 Dieu entendit l'enfant crier, et du ciel l'ange de Dieu appela Agar : « Qu'as-tu, Agar ? lui demanda-t-il. N'aie pas peur. Dieu a entendu l'enfant crier là-bas. Et ce qui est étonnant c'est que dans sa peur, le regard d'Agar s'est fermé: elle est aveuglée par sa douleur et par sa peur. Elle ne voit pas la source qui est à côté d'elle. Dans cet épisode, Dieu entend et il agit ( Il répond à la demande: donne moi de l'eau pour que je puisse faire vivre mon fils).



Plus tard en Egypte Dieu entendra le cri lié à la souffrance de son peuple: Ex3,7 Le Seigneur reprit : « J'ai vu comment on maltraite mon peuple en Égypte; j'ai entendu les Israélites crier sous les coups de leurs oppresseurs. Oui, je connais leurs souffrances. Et Dieu répond en permettant à son peuple de devenir un peuple libre. Mais à contrario, quand dans le désert le peuple crie et pleure (en fait récrimine) parce qu'il est confronté au manque, là la réponse de Dieu est d'un tout autre registre (extermination) et il faut souvent toute l'habilité orientale de Moïse pour éviter ou pour limiter ce qui semble être un carnage. Car le cri est sur le registre du cri de l'enfant qui ne veut pas grandir et qui pleure après le sein alors que toute le nourriture et sa diversité s'offre à lui.

Il me semble en relisant ces textes que Dieu entend, écoute et répond à la plainte ou au cri lorsque ce cri est l'expression d'une peur intense de la mort mais et surtout l'expression d'une confiance totale envers Celui qui peut tout.

Mais si le cri est lancé sans confiance, alors la réponse de Seigneur est très différente. SI je me peux me permettre de paraphraser, je dirai que tout manque de confiance le déçoit terriblement. Il manifeste son mécontentement sous forme de colère non seulement en fermant ses oreilles, mais aussi en donnant une correction tellement importante qu'elle va réveiller ce qui était endormi. Désormais il y aura crainte de Dieu, mais à partir de cette crainte une autre relation pourra peut-être se créer.

Quand je lis le livre de Tobie, je suis toujours étonnée par les prières de Tobie et de Sara, qui sont des cris de désespoir, cris que nous avons tous poussés à un moment de notre existence et qui sont les cris de ceux qui désirent la mort. Car à ces demandes de ces deux personnages qui n'en peuvent plus mais, Dieu répond en guérissant et restaurant. Il ne répond pas à la demande, il la transfigure.


La prière de Tobie au chapitre 3 est pour moi un modèle de prière (de fait assez proche de la prière enseignée par Jésus, car la demande arrive en finale).
Je cite: versets 1 à 6.

1 Plein d'une grande tristesse, je me mis à gémir et à pleurer, puis je commençai à prier avec des gémissements

Louange :
2« Tu es juste, Seigneur,
et toutes tes œuvres sont justes.
Tous tes chemins sont fidélité et vérité,
c'est toi qui juges le monde.

Puis,repentance individuelle mais aussi collective
3 Alors, Seigneur, souviens-toi de moi,
regarde et ne me punis pas pour mes péchés
ni pour mes manquements,

ni pour ceux que mes pères ont commis devant toi.

4 Ils ont désobéi à tes commandements,
c'est pourquoi tu nous as livrés au pillage,
à la déportation et à la mort,
voués à être la fable, la risée,
l'objet d'insulte de toutes les nations
parmi lesquelles tu nous as dispersés.

5 Oui, tous tes jugements sont véridiques,
quand tu me traites selon mes péchés et ceux de mes pères,
car nous n'avons pas observé tes commandements

ni marché dans la vérité devant toi.

Puis exposition de la demande

ça suffit, je n'en puis plus, laisse moi mourir (donne moi la mort).
6 Et maintenant, traite-moi comme il te plaira,
ordonne que me soit repris mon souffle,
que je sois délivré de la face de la terre pour redevenir terre.

Mieux vaut pour moi mourir que vivre,
car je me suis entendu insulter à tort
et j'ai en moi une immense tristesse.
Ordonne, Seigneur, que je sois délivré de cette détresse,
laisse-moi partir au séjour éternel
et ne détourne pas ta face de moi, Seigneur.
Oui, mieux vaut pour moi mourir
que de connaître une telle détresse toute ma vie
et que de m'entendre insulter. »

fais-moi entrer dans le repos éternel.
Ne te détourne pas de moi, Seigneur !
Je préfère mourir que de continuer à vivre dans une telle détresse,
en entendant de pareilles insultes. »


Ce qui est quand même étonnant, c'est que Tobie a bien cherché ce qui lui arrive et que la réaction de sa femme est somme toute bien normale, mais c'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase.

La prière de Sarra, humiliée par sa servante et qui a pensé au suicide, est bâtie de la même manière et se termine de la même manière;

Tb, 3, 15:J'ai déjà perdu sept maris :
pourquoi devrais-je vivre encore ?
Mais s'il ne te plaît pas de me faire mourir,
alors, Seigneur, prête l'oreille à l'insulte qui m'est faite. »

D'une certaine manière ces textes (comme d'ailleurs le début du livre de Job) montrent qu'il est permis de se plaindre, de dire sa souffrance et son souhait que cela cesse.

Mais comment moi, crier pour ceux que je sais être dans l'épreuve? Crier pour moi oui, crier pour les autres est possible?

Mais si je reviens à la prière d'intercession pour les autres, il m'arrive de penser qu'il y a peut-être autre chose à demander que ce qui paraît le plus évident. Je dois dire que la demande délivre nous du Mal est pour moi très importante et que parfois c’est ce que je demande au lieu de rentrer dans quelque chose de précis.

Si on me le demande prier pour la guérison d’un malade, je peux le faire, mais curieusement même si je sais que le Seigneur peut guérir je ne suis pas toujours à l’aise, car parfois il s’agit presque de demander un miracle et moi, ça ne me va pas. Plutôt qu’une guérison je préfère demander que la personne souffre le moins possible et même que sa vie se termine, quand il s’agit de quelqu’un d’âgé.

Il m’arrive aussi de prier pour une personne, simplement en pensant à elle et en rappelant au Seigneur qu'elle a besoin de Lui. J'ai d'ailleurs pris l’habitude quand je me réveille la nuit juste de nommer des personnes en demandant à dieu de les bénir. Il y a parfois des noms qui surgissent, des noms auxquels je ne m'attends pas du tout, des visages du passé. Alors c'est juste une pensée qui monte, parce que dans mon imaginaire, la prière monte.

Il peut aussi m'arriver de pratiquer une sorte de prière de louange, qui serait "Seigneur fais ce qui est bon pour eux, même si pour moi cela paraît incompréhensible. Ce que Tu fais est bon et je peux Te louer pour cela. Je dois dire que cela sollicite ma confiance d'une autre manière.

Par contre, et c’est peut-être pour cela que j’écris ce billet, demander et demander sans voir de résultats, ce n’est pas facile, surtout que cela donne l’impression de rabâcher. Jésus ne nous dit-il pas de ne pas rabâcher comme les païens car notre Père céleste sait de quoi nous avons besoin (Mt 6,7-8).

Alors j’ai trouvé deux manières un peu différentes de prier (intercéder).

La première c’est de crier "sans faire de bruit", tout simplement en chantant un peu plus fort, avec plus de convictions au moment du Kyrié. Ce n'est pas Seigneur prends pitié de moi parce que je suis habitée par le mal, c'est Seigneur ouvre ton oreille, écoute, exauce ce que je désire aujourd'hui.

La seconde c’est de m’être rendue compte que si je prie pour quelqu’un je dois me sentir réellement concernée et cela ne peut se faire que si ce que je demande pour elle devient demande pour moi.

Il ne s'agit pas pour moi de m'identifier à leur souffrance mais de me sentir concernée par elle ce qui me permet alors de crier ma demande. Schématiquement cela devient : Seigneur, je souffre de la souffrance de mon amie. Tu sais qu'elle a besoin de telle ou telle chose et moi je suis concernée par cela, alors je crie pour que en m'entendant tu l'entendes aussi. Je souffre de la savoir souffrir et cette souffrance qui est mienne, je te la crie.

Je me rends compte que si par exemple je prie pour une amie qui est en recherche de logement, je peux dire "s'il te plaît Seigneur, occupe toi d'elle, envoie ton ange pour que son dossier soit lu, etc etc", mais là je ne crie pas. Je peux aussi râler: "Qu'est ce que Tu fais, pourquoi dors tu? Pourquoi lui imposes Tu une pareille épreuve," là c'est déjà plus proche du cri, mais au fond de moi je sais que ce n'est pas comme cela que j'ai envie de prier.

Et puis vient un moment, où moi qui ai un toit et tout ce qu'il faut, je me sens comme atteinte par cette souffrance et alors ce n'est plus pour mon amie que je prie, mais c'est aussi pour moi. Je veux dire que je ne suis plus concernée de loin mais de près. Je ne dis pas que sa souffrance ou son inquiétude devient mienne, mais il se passe quelque chose qui fait que je peux crier pas pour elle, mais pour moi ou pour "nous".

En fait ce que je ressens c'est que pour "intercéder pour" il est nécessaire que cette intercession me concerne aussi. Parce que si je suis concernée, alors, même si la prière est très brève, pas très fréquente, elle vient de mon profond. Je veux dire qu'il est pour moi très différent de dire : je te prie pour x, pour qu'il ait du travail et sorte du chômage" ou de dire; j'ai besoin moi, que x sorte du travail parce que sa vie me concerne et que son bien est aussi le mien.

Il ne s'agit absolument pas d'une confusion, ce que ressent l'autre, je ne pourrais jamais le ressentir, moi qui ai aujourd'hui tout ce dont j'ai besoin. Il ne s'agit pas non plus de me sentir coupable d'avoir alors que l'autre n'a pas. Il s'agit de me sentir réellement concernée par l'épreuve de mon ami et de dire que moi je suis affectée par cela et que moi je crie et me plains pour que cette épreuve s'achève ou change.

D’une certaine manière je ne peux prier ou crier pour l’autre que si je suis partie prenante car alors c’est moi qui demande car je suis à bout de souffle. Peut-être est cela le chemin qui mène à la pauvreté du cœur.
Le cri ou la plainte normalement a pour but de faire réagir quelqu’un qui est à l’extérieur de moi et qui a le pouvoir de répondre à mon besoin et de l’apaiser. Mais…

Mais Dieu n’est Il pas aussi en moi, au plus profond au plus intime ? Ne sait Il pas ce que je désire, ce que je souhaite ? « Un mot n'est pas encore sur ma langue, et déjà, SEIGNEUR, tu le connais »Ps139,4.
Certes Il le sait, mais ce Dieu là, ce Dieu qui est au plus intime de moi, ce Dieu caché mais présent et actif, c’est peut-être justement celui qui me souffle tout doucement les paroles que Lui attend et qui font de moi comme le dit Lacan un parle-être.

jeudi, juillet 09, 2009

Jacob: la deuxième bénédiction

Au chapitre 27 de la Genèse, Jacob grâce à la complicité de sa mère (qui le préfère parce qu'il est un homme tranquille Gn25,27) reçoit une bénédiction qui ne lui est pas destinée.

Isaac qui a des doutes sur l'identité de celui qui lui apporte le repas demandé finit par dire::

28 “Que Dieu te donne la rosée qui tombe du ciel,
les riches produits de la terre, du blé et du vin en abondance.

29 Que des nations soient à ton service,
que des peuples se prosternent devant toi.
Sois le maître de tes frères, qu'ils s'inclinent devant toi !
Maudit soit celui qui te maudira, béni soit celui qui te bénira ! ”
»

Ce qui est étonnant c'est que la première partie de cette bénédiction semble bien s'accorder à Jacob qui n'est pas un chasseur comme son frère, mais un cultivateur ( comme Caïn). Et d'une certaine manière la prospérité des troupeaux de son beau-père Laban, ainsi que la postérité de sa descendance sont des réalisation de cette bénédiction.

Seulement cette bénédiction Jacob l'a volée, elle ne lui appartient pas vraiment.

Pourtant au chapitre 28, il reçoit une bénédiction en bonne et due forme avant de partir chez son oncle Laban pour y trouver femme mais surtout pour protéger sa vie.

Isaac appela Jacob et le bénit. Il lui donna cet ordre : « Tu n'épouseras pas une fille de Canaan, lui dit-il. 2Debout ! Va en plaine d'Aram à la maison de Betouël, le père de ta mère. Prends là-bas pour femme une des filles de Laban, le frère de ta mère.
3 « Que le Dieu Puissant te bénisse, te rende fécond et prolifique
pour que tu deviennes une communauté de peuples !
4Qu'il te donne la bénédiction d'Abraham,
à toi et à ta descendance,
pour que tu possèdes le pays de tes migrations,
le pays que Dieu a donné à Abraham. »
5 Isaac fit partir Jacob pour la plaine d'Aram auprès de Laban, fils de Betouël l'Araméen, frère de Rébecca, la mère de Jacob et d'Esaü.
6 Esaü vit qu'Isaac avait béni Jacob et l'avait envoyé en plaine d'Aram pour y prendre femme et qu'en le bénissant il lui avait donné cet ordre : « Tu n'épouseras pas une fille de Canaan. »

Seulement là encore cette bénédiction est obtenue par la ruse de Rébecca qui se plaint des mésalliances d'Esaü et non pas du désir de vengeance de ce dernier.

Il me semble que ce qui se passe lors du combat avec l'Ange (YHWH) et qui se termine par une demande de bénédiction permet à Jacob de devenir celui que Dieu attend pour être un des pères de son peuple.

Peut-être que la bénédiction reçue (et gagnée de haute lutte) ainsi que le nouveau nom répondent à ces deux bénédictions qu'il n'aurait pas du recevoir.

Je cite le texte dans la traduction de la TOB:

23 Cette même nuit, il se leva, prit ses deux femmes, ses deux servantes, ses onze enfants, et il passa le gué du Yabboq.
24 Il les prit et leur fit passer le torrent, puis il fit passer ce qui lui appartenait,

25 et Jacob resta seul. Un homme se roula avec lui dans la poussière jusqu'au lever de l'aurore. 26Il vit qu'il ne pouvait l'emporter sur lui, il heurta Jacob à la courbe du fémur qui se déboîta alors qu'il roulait avec lui dans la poussière.

27 Il lui dit : « Laisse-moi car l'aurore s'est levée. » — « Je ne te laisserai pas, répondit-il, que tu ne m'aies béni. »
28 Il lui dit : « Quel est ton nom ? » — « Jacob », répondit-il.

29 Il reprit : « On ne t'appellera plus Jacob, mais Israël, car tu as lutté avec Dieu et avec les hommes et tu l'as emporté. »

30 Jacob lui demanda : « De grâce, indique-moi ton nom. » — « Et pourquoi, dit-il, me demandes-tu mon nom ? » Là même, il le bénit.
31 Jacob appela ce lieu Peniel — c'est-à-dire Face-de-Dieu — car « j'ai vu Dieu face à face et ma vie a été sauve ».

32Le soleil se levait quand il passa Penouël. Il boitait de la hanche. 33C'est pourquoi les fils d'Israël ne mangent pas le muscle de la cuisse qui est à la courbe du fémur, aujourd'hui encore. Il avait en effet heurté Jacob à la courbe du fémur, au muscle de la cuisse.

On peut dire si on colle au texte que Jacob qui a peur des réactions de son frère (et à juste titre) une fois de plus invente un stratagème. Il met entre son frère et lui-même sa famille et tous les biens (versets 23-24). Ce n'est pas très très brillant.

Lui, il ne passe pas le Yabboq, il reste en arrière presque à l'abri. Après tout si la rencontre avec Esaü se passe mal; il pourra toujours repartir en arrière en laissant en otage ses biens, lui aura la vie sauve. Jacob ne brille pas par son courage.

Or cette nuit là, il va être obligé de se battre pour défendre sa vie. Seulement il ne sait pas contre qui il se bat. Simplement il lutte dans la poussière. Avant le lever du soleil l'homme pour essayer de vaincre Jacob termine la lutte par un coup bas (ce que Jacob a fait d'ailleurs par deux fois à son frère.

Le combat avec l'homme (ange) se termine par une bénédiction (dont nous n'avons pas les paroles) qui appartient désormais en propre à Jacob.

Je pense que l'on peut peut-être combler le blanc en y mettant la bénédiction donnée à Abraham après la ligature d'Isaac, puisque tous deux ont été vainqueurs de l'épreuve qui leur a été proposée.

15 L'ange du SEIGNEUR appela Abraham du ciel une seconde fois
16 et dit : « Je le jure par moi-même, oracle du SEIGNEUR. Parce que tu as fait cela et n'as pas épargné ton fils unique,

17 je m'engage à te bénir, et à faire proliférer ta descendance autant que les étoiles du ciel et le sable au bord de la mer. Ta descendance occupera la Porte de ses ennemis ; 18 c'est en elle que se béniront toutes les nations de la terre parce que tu as écouté ma voix. »

Mais non seulement Jacob n'est plus un usurpateur, la bénédiction lui appartient en propre, il l'a gagnée, il ne l'a pas volée, mais surtout il reçoit un nom qui deviendra celui de tout ses descendants: Israël.

Donner un nom c'est faire de l'autre un nouvel être et toute naissance d'un homme nouveau est bénédiction. Cette bénédiction là, elle appartient en propre à Jacob personne ne pourra la contester.

Voir aussi mon autre billet: http://giboulee.blogspot.com/2008/11

vendredi, juin 26, 2009

La résurrection moment zéro.



Dans une hymne de l'office des lecture, il y a la strophe suivante:

Ouvrez la fente de vos coeurs,
Et voyez celle du Seigneur,
L'arbre de vie;
Rapprochez-les, restez greffés,
Buvez la sève désormais
Dont la plaie du Christ est remplie.

Cette strophe: approcher la blessure de son coeur de celle du coeur de Jésus m'émeut.

Mais une lecture de ces jours derniers (Sacré Coeur de Jésus) va plus loin. Elle commente l' évangile de Jean (le coup de lance) et dit que du coeur sort la source de vie (l'eau et le sang) que cette eau est à notre portée, qu'il suffit de s'approcher et de boire.

Bien entendu il il y a un geste à faire de notre part, mais on peut tout à fait s'imaginer comme mettant ses mains en coupe pour recevoir de cette eau (qui d'entre nous ne s'est pas désaltéré ainsi) ou aller carrément poser ses lèvres sur le corps de Jésus qui se laisse ainsi toucher par nous.



Cette possibilité pour moi, qui a souvent en tête le "ne me touche pas "signifié à Marie-Madeleine et qui me dit que Jésus est le Tout Autre et que je n'ai pas à porter la main sur Lui pour Le retenir, pour en faire "ma" chose, est une sorte de magnifique cadeau.

Oui Il se laisse toucher, oui je peux poser mes lèvres sur son corps là où le sang et l'eau coulent.

Mais il y a autre chose. Si on suppose que la mort de Jésus a eu lieu à trois heures de l'après-midi, et que les corps devaient être enlevés avant le coucher du soleil, on peut bien imaginer qu'il s'est passé environ deux heures entre la mort de Jésus et le coup de lance. Or il me semble que normalement rien n'aurait sortir de cette plaie, car la mort (rigidification) aurait déjà du faire son oeuvre.

Que l'eau et le sang jaillissent, est pour moi comme le signe que la résurrection est déjà à l'oeuvre et que le corps qui va être descendu de la croix et mis au tombeau n'est pas un corps en décomposition, mais un corps qui revient déjà à une nouvelle vie. Et c'est bien pour cela (en tous les cas pour moi aujourd'hui) que ce n'est pas vers un corps mort que je m'approche pour m'abreuver, mais un corps déjà vivant.

samedi, juin 20, 2009

"Ceci est mon corps livré pour vous"




Sur un forum évangélique,G je lis en ce moment un commentaire très intéressant sur l'homme possédé du pays des Géraséniens en Luc 6, 26 et svts). Je mets le lien: http://chretiens-partage.forumactif.info/mditations-chrtiennes-etudes-bibliques-exhortations-f20/libert-t3624.htm#45732

Ce texte qui est publié jour après jour,qui me fait parfois un peu réagir, a cependant un impact important sur moi. Le texte publié aujourd'hui (samedi 20/06) qui parle de tous ces liens qui nous tiennent captifs, de ces liens qui font que même à notre insu, nous ne sommes pas dans la liberté.

J'ai écrit il y a peu de temps que la notion d'un Dieu qui se fâche contre sa création au point de vouloir la détruire, et qui renonce à cette pulsion à cause du "sacrifice" de son fils ( alors qu'il n'a pas accepté celui d'Isaac,B) même si je la comprends dans le contexte de l'écriture de la Bible, me heurte encore aujourd'hui.

Et aujourd'hui, au moment où le prêtre a prononcé la phrase de la consécration sur le pain, j'ai entendu le mot "livré" et il s'y est aussitôt le mot "livré", et "libéré", comme si le fait de se livrer avait produit la libération, notre libération. En instant, j'ai pleinement compris que ce dont Jésus nous libère, c'est du mal qui nous possède.

Il nous libère de la convoitise qui, que nous le voulions ou non, est en nous, car la convoitise est inhérente à la condition humaine.

Jésus qui Lui n'est pas sous le poids du mal, puisqu'il est sans la marque du mal qui est le péché, accepte de se donner. Il porte sur Lui, comme le dit Isaïe au chapitre 53,J le mal qui nous possède, le mal qui est en nous, et cela le conduit à la mort. Il semble même que dans le duel qui se joue en permanence entre le bien et le mal, le bien perde et le mal (la mort) triomphe.

Jésus accepte de devenir l'otage du mal pour que nous en soyons libérés. La vie d'un seul est donnée (et c'est le mot donnée qui est important) en rançon pour la multitude. Autrement dit, Il se livre notre place pour nous rendre libres. Cette rançon c'est d'une certaine manière au mal qu'elle est versé. En contre partie il doit rendre ceux (la multitude), qu'il tenait dans ses filets.

Quand quelqu'un est prisonnier, et quand il faut verser une rançon, c'est bien à l'ennemi qu'il faut la verser. Ceci pour dire que cette rançon c'est le prix pour sortir de la puissance du mal.

L'alliance avec Dieu le Père devient possible parce que le mal est vaincu et que rien ne vient désormais s'interposer et ternir la relation d'amour.

En prenant sur Lui ce mal qui nous enchaîne, Il nous en libère totalement. Du moins il devient possible de sortir de cet esclavage en le suivant Lui, qui a vaincu le mal et la mort.

L'Esprit Saint reçu au baptême, c'est à dire par cet acte où nous plongeons symboliquement dans les eaux de la mort pour revenir à la source de la vie, nous donne la force de sortir de cet esclavage. Nous pouvons être reconnus par Dieu Père comme ses enfants aimés.

On peut appeler cela la réconciliation, mais il me semble qu'il s'agit de bien autre chose. Il s'agit de la création (ou de la re création) d'une relation entre Dieu et l'être humain qui permet à celui ci de devenir Vivant comme Dieu est Vivant.



Petit additif du 21/06/09.
On dit parfois que Jésus a découvert ce qu'Il devait faire au fur et à mesure. Peut-être que lorsqu'il énonce en Mathieu 6 la dernière demande du Notre Père: délivre nous du mal, peut-être ne sait Il pas encore comment Il va devoir faire pour que l'humanité soit enfin capable de résister à la tentation. Peut-être que la bascule après la transfiguration que l'on peut noter dans les synoptiques correspond au moment où Jésus sait que seule sa mort sur le croix permettra à l'homme de devenir fils de son Père.

lundi, juin 15, 2009

Additif ou rectificatif, les pleins et les déliés.




Dans le dernier billet où je parle de la phrase que nous prononçons en nous frappant la poitrine en signe de je ne sais pas trop quoi, disons d'humilité, avant de "devenir ce que nous recevons", c'est à dire le corps du Christ poussera peut-être certains à me taxer taxer d'un grand orgueil ou d'un sacré manque d'humilité.

Or je suis tout à fait consciente de la "distance" qui existe entre moi et le Tout Autre. La vision du prophète Isaïe au chapitre 6:"je suis un homme aux lèvres souillées", je peux la faire mienne surtout quand je me rends compte à quel point il est facile de juger l'autre simplement sur des présomptions ou parfois sur un simple regard. Qu'il est difficile parfois de voir en l'autre un frère ou une soeur en Christ surtout quand physiquement on ne le trouve pas beau du tout ou quand on n'apprécie pas sa manière d'être.

Je suis tout à fait consciente de toutes ces scories qui sont en moi et qui obstruent la source de Vie qui m'a été donnée. Mais comme je me sais incapable de me changer moi, alors je demande à L'esprit saint, celui qui transforme le rigide en souple, le brûlant en rafraîchissant, d'accomplir ce travail de titan. Du coup, je ne m'en veux pas, la seule chose dont je pourrais m'en vouloir serait de manquer de foi pour demander ces changements.

Il y a un certain temps de cela, j'ai eu la conviction (certitude) que lorsque je participais à l'eucharistie, d'une certaine manière en arrivant je revêtais un vêtement blanc, le vêtement de celui qui est invité à entrer dans la joie. Que cette vêture était un cadeau et qu'elle me permettait aussi de me décentrer de moi pour être dans le mouvement et la présence de ce qui se passait ici dans telle ou telle église.

Et si je suis invitée à entrer et à demeurer avec quelqu'un, ce n'est pas pour me frapper la poitrine en signe de deuil.

Oui je suis heureuse d'être là, oui, j'ai faim et soif de celui qui donne la vie et si je désire faire un avec Lui ce n'est pas pour ma battre la coulpe. Le Seigneur est venu pour la multitude, Il sait que poussière je suis, et Il sait aussi que son Esprit me rend un peu plus vivante de Sa vie.

Et ceci me conduit parler d'une expérience qui a été importante pour moi, et que je nomme mon expérience des "pleins et des déliés".

Je suis d'une génération où l'on apprenait à écrire avec un porte plume, des plumes sergent-major, et de l'encre violette. Etant gauchère, l'écriture n'était pas quelque chose de facile pour moi et j'ai longtemps béni le "corrector" qui permettait de faire disparaître les pâtés. J'avais de très mauvaises notes en écriture et une position des doigts très crispée sur le porte plume.

Il m'a fallu pour écrire correctement les majuscules, apprendre à faire les "pleins et les déliés". J'en ai essayé des plumes pour essayer de faire quelque chose de correct, mais je dois dire sans beaucoup de succès et j'ai béni l'apparition des premiers bics.

En principe délier s'oppose à lier et c'est Christ qui délie l'homme de ses péchés qui pèsent sur lui et qui ne lui permettent pas la relation à Dieu. C'est la notion de déliaison qui fonctionne dans cette approche est un allégement, une libération. Cette déliaison n'a rien à voir avec celle dont parle la psychanalyse où les forces de déliaisons sont des forces de mort qui s'opposent à pulsion de vie.

La déliaison du poids du mal qui nous entrave, permet au contraire à la pulsion de vie de reprendre ses droits, d'être libérée.

Or quand on maîtrise bien la technique de l'écriture à la plume, la main devient adroite, elle s'allège, elle dirige le trait, elle elle devient capable de faire du beau. Il y a bien une déliaison qui se fait au niveau du geste au niveau du contrôle du geste. La main prend une certaine autonomie, une liberté.On acquiert un geste délié.

Cette liberté je l'ai ressentie au niveau du regard, dans une manière nouvelle de regarder une piste de ski. Je me suis rendue compte que je pouvais la regarder "autrement" avec un un regard plus vaste,plus large ce qui me permettait l'aborder autrement. J'ai ressenti alors en moi cet allégement du regard. Mon regard d'une certaine manière sortait de ses habitudes, il était autre, il s'était délié.

On parle beaucoup de changement de cadre en psychologie de la communication. Là cela s'était fait tout seul (peut-être aussi que ma manière de skier est plus souple) et il m'a semble que cette nouvelle acuité, allait aussi fonctionner dans ma vie spirituelle.

Ce qui est étonnant c'est que depuis que j'ai publié le billet où je manque d'humilité, je ressens une immense envie de rire quand je prononce cette phrase et que je suis joyeuse; ce qui est normalement l'attitude de celui qui va partager un repas de fête. Alors j'espère que je n'ai peut-être "pas si faux que cela".

samedi, juin 13, 2009

Il y avait longtemps.


Il y avait longtemps que je n'avais pas eu d'idées curieuses. En écoutant jeudi 11 Juin, pour la fête de saint Barnabé l'évangile Mathieu 10, 9-11,

"Dans chaque ville ou village où vous entrerez, informez-vous pour savoir qui est digne de vous accueillir, et restez chez lui jusqu'à votre départ.
En entrant dans la maison, saluez ceux qui l'habitent. Si cette maison en est digne, que votre paix vienne sur elle.
Si elle n'en est pas digne, que votre paix retourne vers vous".

J'ai entendu le mot "digne"; Choisissez une maison digne de vous accueillir, ce qui peut vouloir dire que pour Jésus ceux qui sont ses messagers, ses annonceurs sont remplis de Lui et qu'il faut donc une maison qui reconnaisse que c'est un honneur que d'accueillir ces personnes qui le représentent.

Alors naturellement j'ai pensé à la phrase que nous répétons à chaque eucharistie: "je ne suis pas digne" et j'avais un peu l'impression -pardonnez moi- d'un marchandage oriental. Je suis déclarée heureuse parce que je participe au festin qui me donne des aujourd'hui la vie éternelle, et moi, je me rétracte en disant: "mais non mais non, je n'ai pas le droit d'être là. Je ne suis qu'un pauvre petit ver de terre". Et Le seigneur s'il respecte la règle du jeu, devrait dire, "mais si mais si", tu es digne. Et moi je devrais reprendre... En fait j'avais aussi en tête le marchandage auquel se livre Abraham pour obtenir un morceau de terre qui lui appartienne pour enterrer son épouse, c'est à dire une manière de penser et d'agir qui est différente de la mienne.

Tout ça pour dire que je ne crois pas que le mot digne soit un bon mot. SI finalement on utilise la phrase prononcée par le centurion c'est beaucoup plus par sa finale: dis une parole et mon serviteur sera guéri.Un des problèmes que j'ai avec cette phrase, c'est que je connaissais une jeune fille qui était IMC (infirme moteur cérébral) et qui avait une main recroquevillée, qu'elle cachait en permanence. Et quand elle parlait de cette main elle disait"ma main est pourrite" alors souvent je me surprends à dire:"guéritte";

Autre dérive.

aujourd'hui, lecture du chapitre 24 du livre de l'exode: l'alliance au Sinaï. D'une part je compatis à ces jeunes gens qui sont censés égorger des taureaux, car je doute que ces bêtes se laissent faire si facilement que cela et je me demande si au sang des taureaux il n'y a pas un autre sang qui se mêle. Ensuite il y a Moïse qui asperge le peuple avec le sang et au fond de moi, ça dit berk.

Et du coup, je me dis que Jésus qui lui faire ingérer (boire le vin qui est symbole de son sang) a une approche très différente. il ne s'agit plus de faire alliance avec un geste extérieur, mais avec quelque chose qui engage de l'intérieur, car incorporer, c'est mettre en soi, c'est mettre au dedans pour que le dedans soit transformer et là il s'agit bien d'une nouvelle alliance. Il ne s'agit plus de faire alliance pour être protéger par dieu, mais de faire alliance pour devenir un avec.

Quant à la troisième dérive elle est bien pire. C'est la réconciliation. Dans l'évangile de Marc qui a été lu aujourd'hui, il est dit: « Ceci est mon sang, le sang de l'Alliance, répandu pour la multitude. Bien entendu quand on connaît le 4° chant du serviteur en Isaïe 53, on ne pas penser au rachat. Mais dans ce texte il est question du sang répandu (comme du souffle répandu dans l'évangile de Jean quand jésus remet son esprit) et pour moi au delà du marchandage de la réconciliation. Il y a quelque chose d'universel, d'immense, de gratuit. il y a une voie qui se crée, un chemin qui s'ouvre parce que Jésus se donne entièrement et ne garde rien pour lui. Alors le sang féconde l'univers et l'homme trouve en Jésus et par jésus véritable relation avec Dieu. .

Je ne peux m'empêcher de penser et de croire qu'un Dieu qui se dit être Amour (même si nous sommes loin de comprendre ce que peut-être l'amour pour Dieu) ne doit pas être suffisamment stupide pour désirer écraser et éliminer cet être qu'il a laissé advenir dans l'univers que nous connaissons. Bien entendu Il a ce pouvoir ou du moins nous aimons à le croire. Que Jésus soit aussi celui qui vient en nous libérant du mal vient nous sauver de cette menace, pourquoi pas. Mais l'important est bien cette délivrance du mal (dernière demande du Notre Père, donc pour moi la plus importante) et que du coup nous puissions suivre le chemin qu'Il nous montre et qui est celui qui permet comme le dit Paul de Le laisser vivre en nous pour que nous devenions LUI et entrer dans l'amour.





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lundi, mai 11, 2009

Accompagnement: quand l'accompagnateur est blessé


Reflexions .

Je ne pensais pas que mon arbre (mon majestueux platane aux feuilles nombreuses et avec plein de ramifications) me serait aussi utile pour me sortir d'un vécu difficile. Je l’avais beaucoup utilisé pendant ma radiothérapie, pour qu’il aspire en quelque sorte les effets nocifs de rayons et rejette dans l’atmosphère quelque chose du purifié. Je le visualisais pendant les séances comme une sorte de bouclier bienfaisant.

Si j’explicite un peu plus, cela peut se visualiser de la manière suivante : à l’inspiration je vois tout le mauvais qui est en moi et qui est pris dans les feuilles. A l’expiration, le mauvais passe dans l’arbre descend dans la terre par les racines et est éliminé. Ce qui se passe ensuite est trop compliqué, mais il y a purification.

Cela se cale sur la prière du coeur, Seigneur Jésus fils de Dieu (Lumière purificatrice), aies pitié de moi pécheur( élimine le mal qui est sur moi).

Pourquoi ai-je eu recours à cette technique ? Parce que récemment dans un accompagnement j’ai été extrêmement blessée par la personne que j’accompagne au jour le jour. Oui je dis bien au jour le jour, ce qui est peut-être un peu fou, mais c’est comme ça .

Cette personne a voulu d’un coup rompre la relation que nous avons. Je n’ai pas compris ce qui se passait en elle, je me suis sentie rejetée, mise à la porte, et je dirais après un certain recul complètement reniée comme dans une famille il peut arriver que le père ou la mère renie son enfant en le mettant à la porte et d’une certaine manière en rompant tous les liens qui ont pu exister.

Je suis allée me coucher, très mal dans mon psychisme, très blessée et ayant un intense besoin de me mettre en boule sur ma blessure, un peu comme un petit chat qui a besoin de temps pour se guérir. J'avais rarement été blessée aussi profondément. Concrètement cela s’est traduit pour cette personne par le fait que je pouvais pas, contrairement à ce que je fais habituellement passer du temps avec elle. Je me connais suffisamment pour savoir aussi que ce temps était indispensable pour moi, pour réfléchir, pour me remettre et même si elle allait considérer cela comme une punition, il était important que je signifie ma manière d’exister et mon refus de me laisser détruire, car cela à long terme ne pouvait qu’augmenter la culpabilité de cette personne.

Je veux dire que quand quelqu’un a vécu des choses extrêmement douloureuses, il a souhaité la mort de la personne qui lui a infligé cette souffrance et il est important que cela reste à l’état de fantasme, car sinon cela bascule dans la "toute puissance de la pensée" et c‘est extrêmement dommageable,car cela maintient à un niveau très régressé.

Puis en réfléchissant à cette attaque, et à ce que j’avais ressenti, je veux dire ce reniement, je me suis rendue compte que compte tenu de son histoire, cette personne m’avait fait à sa manière comprendre ce que elle avait vécu et vivait encore au quotidien, à savoir cette exclusion, ce rejet.

En termes techniques cela s’appelle l’identification projective. C’est un mécanisme très archaïque, utilisé par le bébé à un moment où bien entendu il est incapable de comprendre ce qui se passe en lui. Il envoie alors dans sa mère tout le mauvais qui l’envahit, ce qui lui permet de s’en débarrasser, mais la mère porteuse du mauvais devient aussi très dangereuse puisqu’elle pourrait se venger. Je veux dire que si le bébé en veut à la mère de mourir de faim (d'être dévoré par la faim), il va se voir lui en ogre dévorant, projeter cette représentation sur sa mère qui risque donc de le dévorer, sauf et c’est là que le rôle maternel normal apparaît à plein,si elle comprend ce qui passe pour son bébé, lui donne non seulement le sein mais aussi des mots doux et enveloppants pour lui faire comprendre qu’il n’est pas méchant et qu’elle l’aime.

Bion qui est un psychanalyste anglais, élève de Winnicott et de Mélanie Klein appelle ce rôle de la mère « la machine à penser les pensée » et je crois que c’est une des fonctions du thérapeute quand il est confronté soit à des personnes qui n’ont pas ou peu de paroles pour exprimer ce qu’elles ressentent (polyhandicapés ou patients autistes),soit à des personnes qui ont vécu des traumatismes très précoces et dont une partie d’eux-mêmes est restée bloquée à un stade très archaïque de développement.

Je veux dire que me rendre compte que ce cette personne voulait (inconsciemment) me faire comprendre par cette blessure qu’elle m’infligeait, quelle était l’intensité de sa souffrance à elle qui avait été considérée depuis toujours comme un déchet.

A partir de ce moment là mon regard a commencé à changer et sur elle et sur moi. Je pouvais dire qu’elle me permettait de comprendre du dedans l’intensité de sa souffrance à elle, d’enfant pas désiré, pas accepté, reniée en permanence.

J’ai parlé dans ce blog de l’impact qu’a eu sur moi du livre de Sogyal Rinpoché : le livre tibétain de la vie et de la mort.

Dans un premier temps, il fallait me « restaurer ». Alors j’ai considéré cette blessure comme un nuage toxique dont il fallait me débarrasser pour que je redevienne guérie. J’ai utilisé donc la visualisation, l’arbre aspirant mon mal et le rejettant dans les profondeurs de la terre, mais avec cette représentation du souffle, il y avait aussi la représentation de Jésus qui peut tout guérir et qui a pris (comme mon arbre) toutes les souffrances sur lui, car lui aussi a été renié.

Dans un deuxième temps, après une soirée assez difficile, car quand une personne a été autant blessée, elle réagi ensuite en tout ou rien c’est à dire qu’elle n’est pas capable de fonctionner avec le et (c’est à dire qu’un individu peut être bon et méchant, ce qui est la signature de l’acquisition de la position dépressive décrite par Mélanie Klein), mais avec le ou (ou méchant ou gentil, ou accueillant ou reniant), j’ai pu commencer à me sortir un peu de ma propre peine et à pouvoir comme cela est raconté dans le livre cité, commencer à voir cette souffrance comme une sorte de fumée noire qui empêche cette personne de vivre, qui est comme une espèce de maladie.

Je peux alors commencer à la regarder avec compassion et désirer la débarrasser de cette fumée noire. Pour ma part, étant chrétienne, je prends appui sur le Christ et surtout sur l’Esprit Saint, car je me sais moi incapable de venir à bout de ce nuage de souffrance, mais j’ai une demande précise à formuler dans la prière.

Si je continue à suivre un peu ce que j’ai retenu de ce livre, cela me permet d’élargir considérablement ma prière à tous ceux et toutes celles qui ne se senti jamais accepté par leur famille, qui en ressentent une honte considérable, car ne pas être comme les autres, provoque automatiquement le sentiment de honte.

Cela m’a permis aussi de revenir à la passion de Jésus et de me dire que si quelqu’un a bien vécu tout ce qui humilie et défigure l’humain c’est Lui, et qu’Il peut donc agir , puisqu’Il sait ce que c’est.

Puis toujours si je suis les enseignements de ce livre, il me faut reconnaître que cette fumée noire qui s’est en quelque sorte emparée de moi, elle a un rôle. Elle est là pour détruire quelque chose en moi, quelque chose de pas bon. Cela c’est ma dernière découverte et elle est de taille.

Dans les psaumes il est souvent question d’un cœur brisé, d’un cœur broyé. Je crois que ce que j’ai vécu durant ces quelques jours, doit permettre à mon cœur si j’accepte au plus profond de moi cette brisure, une nouvelle vie.Ce n'est plus une puissance de mort, mais une puissance de vie et cela permet aussi d'entrer dans la louange telle que la décrit M.Carrother).

Je veux dire que seule la mort librement acceptée permet une sorte d’éclatement et ensuite de restructuration qui est la vie qui se manifeste. La seule image que j’ai pour expliciter ceci est le kaléidoscope. Il faut que les morceaux s’écartent s’éclatent pour qu’un nouveau dessin encore plus beau apparaisse.

Ce que je veux dire, mais ce n’est pas encore très aisé, c’est qu’après une phase de révolte, ce n’est pas juste, je n’ai rien fait pour ça, qui m’a conduit à comprendre ce que ma « patiente » (celle qui souffre) vivait au plus profond d’elle même, je pouvais accepter cela comme presque un cadeau qui me permet de changer en acceptant la mort.

Je veux dire aussi que compte tenu de l’histoire de cette personne, je me demande si cela ne va pas me pousser au lieu de haïr la mère qu’elle a eu, à prier pour que la noirceur qui est en cette mauvaise mère puisse elle aussi être absorbée et changée. Je ne suis pas concernée directement bien sûr, mais peut-être est –il possible d’avoir une certaine compassion (pas un truc nian nian) mais désirer que la Lumière l’envahisse.

Je ne peux que dire merci à mon arbre d’avoir été un compagnon fidèle, qui m’a permis parce qu’il m’apportait un purification et une consolation d’aller bien au delà et de pouvoir accepter une certaine brisure du cœur pour que la Vie se manifeste.

lundi, avril 20, 2009

"Les portes étaient verrouillées" Jn 20,19


Au cours de la célébration d'hier, il y a eu un partage d'évangile. Bien sûr autour de Thomas. Je me suis d'ailleurs demandé pourquoi Jésus parle de ses mains et de son côté mais pas de ses pieds. Et j'ai aimé la séquence: "voir la trace des clous, mettre le doigt à l'endroit des clous et mettre la main dans côté" qui curieusement m'a fait pensé à Pierre le soir du jeudi saint: "pas seulement les pieds, mais les mains et la tête". Je dois dire que ce "voir" qui doit être complété par un toucher, comme pour être certain qu'il ne s'agit pas d'une illusion d'optique, me plaît bien.

Avant le partage, j'avais été sensible à ce que fait Jésus quand il "répand" sur eux son souffle en disant "Recevez l'Esprit saint", car au moment de sa mort Jésus en rendant son souffle "le répand". Il ne garde rien pour lui.

D'une certaine manière, c'est en se vidant totalement que Jésus peut donner la vie aux siens. Le dernier "soupir" qui est signe de la mort, devient le signe de mort vaincue, de la vie donnée.

Et à partir de ce souffle répandu, m'est venu un lien entre les portes verrouillées et le souffle.

Quand Jésus est mis au tombeau, la pierre est roulée, les gardes surveillent, d'une certaine manière le mort est verrouillé dans sa tombe.On est certain qu'il n'en sortira pas. En verrouillant les portes (par peur des juifs) les disciples, qui sont "morts de peur", qui sont incapables d'entendre les témoignages de Marie-Madeleine ou des femmes, sont enfermés dans cette pièce comme dans un tombeau. Ils se sont enfermés eux mêmes. L'espoir en eux est mort, et ils sont morts. Il n'y a plus rien de vivant en eux, si ce n'est leur deuil.

Et Jésus arrive, et par son souffle il les délie de la peur, il les rend vivants, il les fait sortir du tombeau où ils s'étaient eux même enfermés.

Le pouvoir qu'Il leur donne, délier les péchés ou les retenir, n'est ce pas ce qu'Il vient de faire Lui en les "déliants" de la peur.

Jésus rend vivant tout ce qu'il touche et peut-être nous donne-t-Il la possibilité de partager avec Lui ce don de Vie.

Il y a encore un point qui m'a étonnée, c'est que Jésus répand certes son Esprit, mais qu'il faudra attendre le jour de la Pentecôte, le jour du "feu" pour que les apôtres puissent réellement quitter leur peur et sortir du tombeau. Car 8 jours après, les portes sont toujours verrouillées, ce qui laisse à supposer que la peur de l'arrestation demeure, malgré ce qu'ils ont vu et vécu.Il faudra donc ce délai de 50 jours pour que les disciples puissent devenir témoins.

Il faudra la chaleur et la lumière du feu, la force du souffle divin, signes de l'action conjuguée du Père et du Fils, pour que des hommes nouveaux naissent et puissent transmettre au monde les mots soufflés par l'Esprit Saint.

lundi, avril 06, 2009

"Porter sa croix".

Porter sa croix.

Porter sa croix, c'est une expression banale, mais que mettre derrière? En cette semaine sainte, où il va beaucoup être question de sacrifice, de mort, de mort sur la croix, est ce que je peux (est ce que je dois) porter ma croix si je veux suivre Jésus?


Car Jésus dit : « Si quelqu’un veut être mon disciple, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive ». Peut-être que l'on n'insiste pas assez sur le mot disciple et trop sur le mot croix.

Quand j’écris cette phrase, je ne peux m’empêcher de penser à ce que Jésus dit au paralytique : « prends ton grabat et rentre chez toi ». D’une certaine manière on peut dire que pour celui qui ne peut se mouvoir seul, le lit est bien le signe de sa dépendance, sa croix au jour le jour.

Très longtemps on a identifié la croix à la souffrance. Porter sa croix c’était (du moins dans mon enfance) s’imposer des actes qui pouvaient faire un peu mal, procurer une certaine souffrance, par exemple : se priver de quelque chose, pour avoir mal comme Jésus a eu mal. Mais cette manière de faire, me semble un peu perverse, car hélas, il peut y avoir une glorification à se priver!

Quand j’étais étudiante, j’avais décidé durant le temps du carême de me nourrir de sandwiches au lieu des repas du restaurant universitaire. Au bout d’une semaine je me suis rendue compte que j’étais devenue très irritable et que cette privation avait en fait un effet nocif. Alors j’ai choisi autre chose, ne pas courir dans le métro ou plus précisément, ne pas passer quand un train entrait et que les portes des portillons commençaient à se fermer pour empêcher l’accès aux quais. Cela m’obligeait à partir peut-être un peu plus tôt, et à ne pas passer devant les autres. Je dois dire que cet exercice a été infiniment plus profitable qu’une privation d’aliments. Peut-être aussi accepter de ne pas être la première à monter dans la rame..

Curieusement Jésus compte tenu de son état physique n’a pas porté sa croix : il a été aidé par Simon de Cyrène. De ce fait je ne suis pas certaine que « prendre notre croix » soit si facile. Nous avons souvent besoin d’aide, et c’est important de le reconnaître. Pourtant que ce soit le paralytique de Luc ou celui de Jean, l’un et l’autre portent à pleines mains, à plein bras, ce qui fut le signe de leur souffrance, de leur croix. Pour eux, c’est derrière. La souffrance n’existe plus, ils sont guéris. Il y a peut-être des croix qu’il faut brûler…

Hier il m’est venu une idée. Prendre sa croix, c’est reconnaître « tout ce dont on a peur ». Ce n’est pas se créer de la souffrance, c’est accepter les peurs qui sont en nous, les nommer (peur de la maladie, peur de la mort, peur de l’abandon, peur de la ruine, peur de la solitude) ne pas les fuir, accepter de reconnaître qu’elles sont en nous et pas à l’extérieur.

Jésus dans les synoptiques, au jardin des Oliviers montre à quel point la peur de ce qu’il va devoir vivre lui fait peur. Que Lui, ait pu avoir peur est quand même très rassurant pour nous. Comme Lui, nous pouvons avoir peur de la souffrance, de l’abandon, de la mort. C'est humain (Vrai homme, vrai Dieu).

Ces peurs elles sont un peu notre face d’ombre: ce sont des facettes de nous mêmes dont nous ne voulons pas, parce qu’elles altèrent notre image. Les reconnaître c’est reconnaître notre faiblesse, notre incapacité à y faire face.

Nos peurs ce sont nos croix. Si nous suivons Jésus, nous ne sommes plus seuls avec nos peurs. L’un des maîtres mots de l’Evangile n’est-il pas : « N’ayez pas peur » ?

Suivre Jésus, c’est se reconnaître tel que l’on est avec son fardeau de peurs. C’est être certain que celui qui a dit « Venez à moi vous qui ployez sous le fardeau » est capable d’être avec nous. Porter sa croix, c’est reconnaître ces choses qui nous font peur, sans les dénier, sans les fuir. C’est reconnaître nos faiblesses, nos finitudes. C’est reconnaître que nous ne sommes pas des bien portants et que c’est bien pour nous que Jésus est venu et a fini sa vie terrestre sur une croix devenue pour nous signe de Vie.

Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il se renie lui-même, qu'il se charge de sa croix, et qu'il me suive. Mat 16,24

Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole, et mon Père l'aimera et vous viendrons vers lui et nous nous ferons une demeure chez lui.
Jn 14, 23

vendredi, avril 03, 2009

Vous ferez ceci en mémoire de moi. Lc22, 19


Vous ferez ceci en mémoire de moi. Lc22, 19

Le texte de ce billet est lié à la lecture du livre de François Genuyt : l’épître aux romains, l’instauration du sujet, une approche sémiotique le cerf,2008 .

Je ne suis pas certaine d’avoir tout"bien compris" car l'approche sémiotique reste un peu ardue pour moi, mais l'épître aux romains est devenue beaucoup plus "amicale" pour moi. Cette lecture a orienté différemment ma réflexion et c’est ce qui s’est passé pour moi avec ce livre. Mais il a fallu du temps pour que cela puisse de transmettre dans l'écrit.

Ce qui aujourd'hui a pris sens pour moi, c'est la phrase "faites mémoire" comme si elle unissait les deux symboles pain et vin et leur permettait de devenir signe d'affiliation pour moi à l'ordre divin.

Quand je faisais mes études de psychologie, on m’avait enseigné que le père doit transmettre la loi à ses enfants. Ceci veut dire que le père peut transmettre une loi qui lui a été transmise par son propre père et qu’il a respectée, mais il n’est pas la loi.

Dans le cas de la transmission de l’interdit de l’inceste cela se dit de la manière suivante :" toutes les femmes sauf ta mère".

Ceci est bien proche de l'interdit donné à Adam dans la Genèse, " tous les arbres sauf l’arbre de la connaissance du bien et du mal".

Moïse a donné une loi au peuple, mais cette loi il ne l’a pas crée, elle lui a été donnée, on peut presque dire qu’elle est divine. Il doit lui aussi s’y soumettre. Cetteloi ayant été donnée par un Autre, elle n’est pas la sienne et il est donc comme tous ceux de son peuple : s’il veut avoir le bonheur, il doit s’y soumettre, il doit obéir.

L’interdit de la genèse, me semble être l’interdit fondamental qui permet la vie sociale et qui oblige à tenir compte de la présence et de la volonté d’un Autre, et de reconnaître que cet Autre ne fonctionne pas dans l’arbitraire. Car la seule loi donnée dans la Genèse est celle qui vient bloquer la convoitise, or la convoitise c’est bien la marque de fabrique de l’humain : vouloir ce qu’à l’autre ; jusqu’à l’en faire mourir.

Mais...

Mais jee pense que chaque fois qu’un être humain décide de « faire » sa loi, alors ça dérape. Faire sa loi ce n'est peut-être être au-dessus des lois (encore que bien souvent il s’agisse de faire sa propre justice), mais de pervertir quelque chose: faire de l’autre un objet, alors que le but de la loi est de faire de l’autre un sujet à part entière.

Quand la loi est transgressée, cela a des effets dans le futur et sur les descendants. Ce n’est plus comme avant. D’une certaine manière c’est cela qui est raconté dans la genèse: il y a eu transgression et perversion de l’interdit, les effets atteignent les auteurs, mais aussi leurs descendants et leur environnement.

Mais quand la loi n’est pas donnée il y a comme le dit Lacan forclusion. Ce n’est plus de la perversion, c’est un véritable barrage, comme sur un cours d’eau et les risques d’inondation (perte de limite si l’on peut dire) sont considérables.

Ce qui permet l’interdit d’être efficace, c’est la parole dite et donnée qui permet à celui qui la reçoit de devenir sujet de cet ordre là et de rentrer dans une culture. Cela nécessite une soumission.

Dans le nouveau testament, quand Jésus la veille de sa passion dit aux disciples « ceci est mon corps, puis ceci est mon sang », il signifie qu’il se donne à eux totalement, qu’il ne retient rien pour lui et que d’une certaine manière l’interdit de la non absorption du sang est levée, puisque normalement il y a dans la genèse (‘alliance noachique) une équivalence entre sang et âme qui appartient à Dieu.

Ce don total pour moi, aujourd’hui, est une sorte de fusion, actualisée par Paul : « Ce n’est plus moi qui vit, c’est le christ qui vit en moi ».

Le symbolisme de l’alimentation est primordial, car c’est bien cette relation à la mère qui donne le sein, que se crée une relation unique qui perdurera qu’on le veuille ou non toute la vie.

Se donner totalement, personne ne peut le faire ici bas. Il y a incarnation de la parole : « il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux que l’on aime ».

Mais si on reprend l’idée de la nécessité d’une parole qui vise à la transmission, il me semble que la phrase de Jésus : « faites ceci en mémoire de moi « est fondamentale, pour moi presque plus que ceci est mon corps, ceci est mon sang. Elle donne sens.

Faire mémoire, c’est faire d’une certaine manière faire advenir du vivant. C’est montrer que Jésus n’a pas disparu, que la mort ne l’a pas vaincu, qu’Il est vivant pour l’éternité, non seulement vivant, mais actif.

Il y a comme une extension dans le temps des paroles prononcées ce soir là, au milieu de ses disciples. L’Amour de Jésus qui se donne totalement, et qui ouvre le chemin vers son Père (je préfère cette phrase à la notion de réconciliation, quitte à choquer, car la représentation d’un dieu, qui ne peut être apaisé que par un sacrifice « physique », renvoie à une image d’un Dieu de destruction, même si la résurrection montre qu’Il sort de cette violence pour passer dans la vie). Et c’est cette phrase qui pour moi, aujourd’hui, permet d’une certaine manière d’approcher un peu ce mystère de la présence de Jésus.

Si j’accepte « d’agir » cette phrase, d’être dans la transmission et peut-être une certaine obéissance, alors je rentre dans un monde autre, un monde d’amour et je demeure en Christ, comme lui demeure en moi. Je deviens sujet d’un autre ordre. Il ne s’agit pas d’oublier le premier interdit qui en terme psy est un interdit du cannibalisme, de l’incorporation de l’autre pour prendre ses pouvoirs, pour le détruire par convoitise, car cet interdit est la base de toute vie sociale . Mais de reconnaître que celui qui se donne totalement donne la vie en plénitude et que la mort est déja vaincue.

Faire mémoire, c’est rentrer dans un mouvement de transmission. C’est faire du vivant et c’est bien cela la fonction de l’être humain, même s’il est appelé à disparaître.

jeudi, mars 12, 2009

Réconciliation.

Le passage de Matthieu 5, 23 et svts, est me semble-t-il souvent utilisé par nos frères évangéliques pour dire que s'il n'y a pas d'expression verbale de pardon entre l'offenseur et l'offensé, si l'offenseur refuse de demander le pardon, il n'est pas nécessaire de lui accorder un pardon inconditionnel.

Ceci peut aussi vouloir dire que l'offensé peut parfaitement refuser de pardonner (ce qui se conçoit parfaitement dans certains cas et dans une logique humaine). Mais c'est un peu antinomique avec la demande que nous faisons à Dieu quand nous lui disons:" Pardonnes nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux nous ont offensés."

Seulement ce texte est à la suite des béatitudes et dans ce qu'on appelle je crois les "conseils évangéliques" de perfection. MIl suit directement le commentaire de Jésus sur la mise à mort: "Vous avez entendu qu'il a été dit aux ancêtres : Tu ne tueras point ; et si quelqu'un tue, il en répondra au tribunal" et moi je vous dis:......

Car Jésus commence bien par dire celui qui "maudit" son frère est passible d'une peine éternelle très lourde: la géhenne éternelle.

En d'autres termes si tu meurs après avoir maudit ton frère, même si tu crois être en règle avec Dieu parce que tu te comportes comme un bon juif pratiquant (un bon chrétien pratiquant), ne crois pas que ce soit si facile. Le mal que tu as fait, ne peut pas être effacé parce que tu tournes vers ton Père (relation verticale), tu as une dette (relation horizontale avec ton ou tes frères) et cette dette il te faut la payer.

Voici le texte (B.J.)

Mat 5 22 Eh bien ! moi je vous dis : Quiconque se fâche contre son frère en répondra au tribunal ; mais s'il dit à son frère : «Crétin ! », il en répondra au Sanhédrin ; et s'il lui dit : «Renégat ! », il en répondra dans la géhenne de feu.
23. Quand donc tu présentes ton offrande à l'autel, si là tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi,
24. laisse là ton offrande, devant l'autel, et va d'abord te réconcilier avec ton frère ; puis reviens, et alors présente ton offrande.
25. Hâte-toi de t'accorder avec ton adversaire, tant que tu es encore avec lui sur le chemin, de peur que l'adversaire ne te livre au juge, et le juge au garde, et qu'on ne te jette en prison.
26. En vérité, je te le dis : tu ne sortiras pas de là, que tu n'aies rendu jusqu'au dernier sou.

On peut noter que les versets 22 et 25 se répondent: la justice divine et la justice humaine: tribunal sanhédrin géhenne(pour le divin), juge garde prison remboursement (pour l'humain).

Or je crois que très souvent l'offenseur a soit oublié purement et simplement ce qu'il a fait (il était jeune, c'était autrefois, depuis il a changé), soit tendance à minimiser l'impact de son acte (si ça a eu un tel impact c'est que l'autre n'était pas bien costaud et qu'il ne devrait pas en faire toute une histoire).

Il y a comme un aveuglement devant le mal qu'il a fait subir (et que souvent il a lui-même subi).Et l'idée qu'il puisse y avoir une sanction lui est étrangère: je ne savais, je ne me rendais pas compte, je n'ai pas fait exprès, ce n'est pas de ma faute. Or un acte reste un acte, quelle que soit l'intention sous-jacente.

Il me semble que ce que disent les frères évangéliques c'est quelque chose comme: si tu as été l'offensé et que tu ailles voir ton offenseur et que celui ci refuse de te demander pardon, tu n'as pas à lui pardonner si tu estimes que tu as été trop détruit par le mal qu'il t'a fait subir.Tu as fait ce que tu estimais juste, lui signifier sa faute. Maintenant cela se réglera entre lui et Dieu, car il y aune justice de Dieu, ce n'est plus ton problème, mais ton cri a été entendu par Dieu et Il en tiendra compte;

Dans le texte, c'est bien de l'offenseur dont il est question. Se reconnaître offenseur est loin d'être facile, car se voir comme un mauvais objet est toujours un sale coup pour son orgueil et on se trouve bien souvent des excuses pour se justifier et expliquer son geste.

Ce texte je l'entendrai aujourd'hui comme une prière pour que je sorte de mon aveuglement, mes fausses justifications et que je devienne capable de demander pardon à ceux que j'ai pu blesser, sans souvent le vouloir, parfois en le voulant, mais que je ne cache pas derrière "ma " pratique.

Dans le billet que j'ai écrit sur le lâcher-prise, j'ai parlé de l'amour de Dieu qui est en moi et qui permet de pardonner totalement même à des personnes décédées.

La question qui se pose quand même reste la suivante: si je me reconnais pécheur et agresseur seulement devant Dieu, est-ce suffisant pour être sauvé?

Si comme le dit Paul, dans l'épître aux Romains, c'est la foi en Jésus qui me sauve, est ce que pour autant la faute contre mon frère est effacée si je ne pose pas dans un acte envers lui.

dimanche, février 22, 2009

"Qu'est ce que l'homme que tu en prennes souci..." Ps 8,4

2SEIGNEUR (YHWH), notre Seigneur, que ton nom est magnifique sur toute la terre, toi qui te rends plus éclatant que le ciel !
3Par la bouche des enfants, des nourrissons, tu as fondé une force, à cause de tes adversaires, pour imposer silence à l'ennemi vindicatif.
4Quand je regarde ton ciel, œuvre de tes doigts, la lune et les étoiles que tu as mises en place,
5qu'est-ce que l'homme, pour que tu te souviennes de lui, qu'est-ce que l'être humain, pour que tu t'occupes de lui ?

6Tu l'as fait de peu inférieur à un dieu, tu l'as couronné de gloire et de magnificence.
7Tu lui as donné la domination sur les œuvres de tes mains, tu as tout mis sous ses pieds,
8moutons et chèvres, bœufs, tous ensemble, et même les bêtes sauvages,
9les oiseaux du ciel et les poissons de la mer, tout ce qui parcourt les sentiers des mers.
10SEIGNEUR (YHWH), notre Seigneur, que ton nom est magnifique sur toute la terre !


Je suis sur un télésiège que j'occupe toute seule. Je contemple le paysage. Et d'un coup je me rends compte que cette magnifique création qui est là devant moi, elle est l'oeuvre de quelqu'un: l'oeuvre de Dieu. Il devient évident pour moi que cet Etre qui a crée tout cela, en est d'une certaine manière le propriétaire. Tout cela c'est à Lui et que moi petit être humain, je ne suis presque rien.

Je me suis souvent extasiée devant des fleurs de montagnes qui poussent au creux de rocher ou sur de la pierraille ou devant la profusion de couleurs, mais là c'est un autre sentiment, très différent. Quelqu'un a voulu "ça" et peu importe la manière dont Il s'y est pris, Il a crée la terre, le ciel et les étoiles.

Je comprends mieux ces paraboles de l'Evangile, où Jésus met en scène un roi part et laisse son royaume à d'autres mains.



Je dois dire que sur mon petit télésiège, entre terre et ciel, la phrase "que ton règne vienne" a pris du sens, car je ressens bien Dieu comme le roi et seigneur de cette terre (et peut-être d'autres univers).

Moi qui n'ai jamais pu me prosterner en signe de respect devant qui que ce soit, là, d'un coup, j'ai compris, ce que peut-être le respect, la crainte et l'adoration. Il y a l'infiniment grand d'un côté: le créateur et l'infiniment petit de l'autre, moi être mortel.

C'est un sentiment très bienfaisant, qui me donne envie de chanter, qui me fait littéralement jubiler.

Ce Dieu là, ce Dieu qui a tout crée (je ne veux pas rentrer ici dans des controverses sur la création en tant que telle) ce Dieu qui pourrait être intouchable, inabordable, est capable d'entrer en relation avec l'homme.Il se met au niveau de l'humain, lui donne son souffle, l'associe à son oeuvre de création à condition qu'il respecte la règle de l'Altérité. Je veux dire par là que le seul moyen de ne pas basculer dans le péché de convoitise (jalousie et envie) est de tenir compte de la parole d'un Autre, de faire référence à un Tu.

Ce Dieu là, a aussi été capable , voyant justement que cette altérité n'était pas possible de prendre chair dans un humain, mortel pour permettre de mettre à mort la convoitise et ouvrir à nouveau, pour tous les hommes le chemin de la relation avec Dieu.

"qu'est-ce que l'homme, pour que tu te souviennes de lui, qu'est-ce que l'être humain, pour que tu t'occupes de lui ?"

Je ne peux être que dans le merci et l'adoration de ce Dieu qui petit à petit se révèle à moi.

mardi, février 10, 2009

Petites réflexions.

Les textes de la messe d'hier, 9 février, à savoir le début du livre de la Genèse et l'arrivée de Jésus à Génésaterh,ont eu une certaine résonance en moi.

Le premier, m'a fait réagir sur le leitmotive: il y eut un soir, il y eut un matin, premier jour. Comme si il y avait là une durée énorme, que les mots de ne rendent pas, qui renvoient à autre chose qu'au temps qui pour nous sépare le soir du matin. Que fait Dieu pendant cette durée? Où est-Il? On peut imaginer qu'il crée (et surtout sépare) à partir du matin, dans un temps qui est le sien mais qui n'est pas le nôtre, mais ensuite quand le soir tombe, où va t il? C'est pour moi comme si ce refrain, cette scansion, renvoyait à un Dieu qui se retire, comme la marée, qui laisse les choses se mettre en place, s'ajuster, et qui se manifeste ensuite dans une autre séparation, dans une autre création. Et j'aurais aimé que cette scansion introduise comme un silence dans la lecture.

Le second, m'a fait réfléchir sur le différence entre Jean le baptiste et Jésus. Le premier dit aux foules: convertissez vous et faites pénitence (ce qui est un langage de l'ancien testament). Jésus dit: convertissez vous, car le royaume est tout proche, ou encore, le royaume est parmi vous.

Si le royaume est là, c'est que Dieu se fait présent, simplement (enfin ce n'est pas si simple) il faudrait que les yeux s'ouvrent pour le reconnaître. Alors les guérisons dont il est fait mention dans cet épisode,montrent qu'elles sont là pour ouvrir les yeux. La guérison physique est comme un signe avant coureur de la guérison spirituelle, du salut. Et je pense que c'est pour cela que le dernier verset dit: "tous ceux qui le touchaient étaient sauvés" . Les guérisons sont là pour montrer que oui, le royaume de Dieu est là, et le Salut est donné par Jésus, ce salut qui permet d'être vivant dès aujourd'hui.