mardi, janvier 17, 2017

La purification du lépreux en Marc 1, 40-45

" Et Jésus s'irritant contre lui, le chassa aussitôt en disant: garde toi de le dire à personne, va te montrer au prêtre et présente pour ta purification ce que Moïse  a prescrit. Ce sera pour eux un témoignage." Mc 1, 43-44. traduction NBS.

En relisant ce passage Mc 40-45, qui clôture le premier chapitre de cet évangile,  j'ai été très surprise, voire interloquée par le comportement de Jésus. On  a l'impression que brusquement cet homme qu'il vient de purifier lui fait horreur, qu'il le chasse comme on chasse un chien. D'autres traductions disent que Jésus "s'irrite" ou qu'il parle avec sévérité. Je me suis vraiment demandée ce que cela peut vouloir dire, à la fois pour nous aujourd'hui, mais aussi pour cet homme. On parle souvent du "secret messianique", quand Jésus ne veut pas être reconnu trop tôt comme le Messie, le Fils de l'homme, mais là il semble que ce soit différent.

On a l'impression que le lépreux purifié devient dangereux pour Jésus, comme si cette guérison intervenait trop tôt? Ne va-t-on pas le prendre pour Elisée? Si le lépreux va se montrer au prêtre, celui ci constatera la guérison et permettra la réintégration, mais il ne demandera pas comment le malade a été guéri, ce n'est pas sa fonction et le nom de Jésus ne sera prononcé. Et pourtant cette guérison doit être un témoignage. Témoignage de quoi? Peut-être que Dieu s'intéresse à la misère de son peuple, qu'il va le sortir de son péché, puisque la lèpre peut être une image du péché.

Mais comment cet homme a-t-il ressenti ce revirement? Jésus, il lui a parlé. Et Jésus lui a répondu, l'a touché, l'a purifié et voilà qu'il le met loin de lui, comme s'il était encore un pestiféré. Est ce que Jésus aurait vu autre chose en lui que cette atteinte de la peau? Si on pense au livre des Nombres, Myriam la soeur de Moïse devient lépreuse pendant une semaine en punition: punition de la jalousie envers Moïse. En d'autres termes, la lèpre est le châtiment d'un péché; ce qui ne se voit pas, qui est dans le coeur, est manifesté dans la chair et donc devient visible. Est ce que Jésus a vu quelque chose de l'ordre du péché dans cet homme?

SI on fait le lien avec la guérison du paralytique qui suit cette guérison, il est possible de penser qu'il s'agit bien de péché, puisque c'est ce qui va être dit en premier au paralytique: mon enfant tes péchés te sont remis. Alors peut-être que si l'homme avait obéi, quelque chose se serait passé en lui, quelque chose qui l'aurait délivré de ce qui au fond de lui était une sorte de lèpre.


Je me suis demandée si Jésus, comme il le fera avec les dix lépreux, ne vise pas une guérison en deux temps (ce qui va se passer juste après, avec la guérison du paralytique), une guérison somatique et une guérison liée à l'obéissance qui permet aussi une purification de tout l'être, un peu comme s'il était plongé dans une eau vivifiante.

Finalement en refusant de faire ce qui lui était demandé, il est possible que ce lépreux guéri de sa lèpre montre que quelque chose en lui n'est pas guéri, qu'il se sent au dessus de la loi. Et par cette non obéissance (qui se comprend très bien) non seulement il met Jésus dans une position difficile, puisque Jésus aux yeux de ses contemporains devient lui-même impur et ne peut entrer dans les villes, mais qu'il s'est privé d'une autre délivrance qui lui aurait permis de devenir témoin et peut-être disciple.

"Cela fait plusieurs mois que j'ai cette maladie de peau qui m'exclut de mon village, plusieurs mois que je suis à la porte de ma propre ville, plusieurs mois que personne ne me parle.  J'ai tout perdu avec cette maladie. Pourtant je ne comprends pas pourquoi que suis ainsi frappé. Je suis loin d'être parfait, de suivre tous les commandements de notre loi, mais nous savons bien que ce n'est pas possible. Est ce que je paye quelque chose pour mes parents, pour mes proches? Je ne sais pas, mais je suis très très malheureux. Et les prêtres ont été formels: je suis un lépreux. La tache sur ma peau ne part pas et je ne sens rien quand je touche cet endroit.

Aujourd'hui, j'ai vu qu'il y avait plus de monde que d'habitude dans mon village; j'aurais bien voulu savoir ce qui se passait. La femme qui dépose pour moi de la nourriture m'a dit, en restant bien loin de moi, que c'était Jésus de Nazareth, un nouveau prophète qui avait fait beaucoup de miracles, qui parlait et enseignait.

Je n'ai eu qu'une envie, essayer de le "choper" si on peut dire, mais comment faire; il ne passera sûrement pas de mon côté.

Et voilà que je le vois, et là je n'hésite pas. Je me jette à ses pieds et je lui dis que s'il veut me purifier il peut le faire. Je suis un peu étonné de mon audace, mais je sens vraiment qu'il y a une force en lui. A ma grande surprise, au lieu de prendre la fuite et de me traiter de tous les noms, ce qu'il aurait pu faire, il me touche et me dit qu'il veut que je sois purifié. Il ose me toucher: il s'est rendu impur pour moi... Il me dit que je suis purifié parce que lui le veut aussi. Mais je n'ose pas regarder mes mains qui sont attaquées par la maladie; je les sens redevenir comme avant. La peau ne me tire plus.  Je suis tout heureux et je voudrais le suivre, devenir son disciple.

Et puis j'ai l'impression qu'il se met en colère contre moi, comme si je lui avais arraché quelque chose; et il me chasse comme on chasse un chien, comme on chasse justement un lépreux, en me disant d'aller me montrer au prêtre et d'offrir ce qui est prescrit, ce qui veut bien dire que je suis guéri. Le prêtre, il y en a un qui n'est pas trop loin, seulement je suis tellement heureux que je ne peux m'empêcher de crier sur tous les toits de qui vient de m'arriver. Je sais bien que ce n'est pas ce qu'il veut, mais c'est plus fort que moi, un peu comme si j'étais possédé. 

L'ennui, c'est que Jésus maintenant que j'ai raconté, est considéré par tous comme un pestiféré, comme si je lui avais passé mon impureté, alors que c'est sa pureté à lui qui m'a envahi J'aimerais bien aller m'excuser, mais je n'ose pas. J'ai appris depuis qu'il est retourné à Capharnaüm et qu'il a guéri un homme paralysé. Alors peut-être que j'oserai revenir le toucher. et lui dire que je regrette. Peut-être qu'il m'expliquera pourquoi il s'est mis en colère contre moi. 

Je me dis que peut-être je suis le prototype d'Israël, ce peuple à la nuque raide, qui n'aime pas obéir et que ça, Jésus l'a vu, et qu'il savait que je garderais ma nuque raide, et cela l'a mis en colère et l'a peut-être rempli de tristesse. Il m'a guéri de ma lèpre, mais au dedans de moi, ce n'est pas encore guéri, parce que je n'ai pas su obéir. 

mardi, janvier 10, 2017

"Possédé par un esprit impur" Marc 1, 21

La liturgie propose la lecture de l'évangile de Marc en lecture "continue".

Jésus commence sa vie publique et il me semble que cet homme, possédé par un esprit impur, qui est pourtant là, dans la synagogue, pour participer à la prière du shabbat et qui rencontre Jésus qui ce jour là a pris la parole et commente les écrits, dit ce qu'on pourrait appeler de nos jours une parole de Science.

La phrase qu'il prononce:  "24« Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? tu es venu pour nous perdre. Je sais qui tu es : le Saint de Dieu. »montre bien qu'il a reconnu en Jésus le Saint de  Dieu, celui qui a été mis à part par Dieu, car une des significations de saint, est séparé, et qu'il annonce que dans le combat entre le bien et le mal, le mal sera perdant. 

Que Marc ait choisi comme premier miracle, l'expulsion de cet esprit mauvais, n'est pas neutre. D'emblée le combat de Jésus est explicité, il s'agit bien d'un combat avec celui qui met au coeur de l'homme la violence, l'envie, la cupidité et le mal. Il s'agit aussi d'un combat contre des forces qui existent et que nous ne voyons pas, car ces esprits du temps de Jésus se mouvaient entre ciel et terre, et pouvaient renvoyer à ce combat entre les forces du bien et du mal.

La traduction liturgique dit que l'homme fut saisi de convulsions au moment où l'esprit sort de lui et que ce dernier crie. Je pense que ce cri est comme un cri de rage: il a trouvé son maitre. L'image de l'homme qui est jeté au sol, et qui ne se maitrise plus, est un représentation du mal  qui se tortille comme un serpent, et de la puissance de Jésus sur ce mal. 

Je me disais aussi que dans le combat entre Jésus et les pharisiens, les pharisiens au fond d'eux même savent que Jésus est l'envoyé mais qu'il va leur faire perdre leur pouvoir alors ils le mettent à mort pour ne pas voir, pour ne pas entendre. La lumière a lui dans les ténèbres disait Jean dans le prologue de son évangile, Marc ne dit--il pas la même chose dans le début du sien, avec la même conclusion ou le même espoir: le mal sera vaincu et la lumière jaillira.

Peut-être que la lumière a jailli sur cet homme, après que Jésus ait chassé ce mauvais esprit.

"Je ne sais pas ce qui m'a pris ce matin. Comme tous les jours de Shabbat, je suis parti à la synagogue, cette synagogue construite par un centurion de l'armée romaine. Il y avait un certain Jésus, un rabbi, un de plus qui parlait. Manifestement il connaissait bien son métier, il ne se contentait pas de redire et de redire encore des phrases tirées de la Tora il avait de l'autorité ce type. Et tout d'un coup, une force s'est emparée de moi, je lui ai coupé la parole en lui demandant pourquoi il voulait nous perdre, et quand je disais cela, je pensais vraiment qu'il était une menace pour moi et pour tout mon peuple, qu'il allait nous conduire à lui ruine, et cette même force en moi m'a poussée à lui dire que je savais qui il était et je l'ai nommé le Saint de Dieu. Manifestement ma sortie verbale ne lui a pas plus du tout. Il m'a menacé, enfin pas moi, mais cette force qui était en moi. Je me suis retrouvé sur le sol, en train de bouger dans tous les sens, et en train de hurler; Puis tout s'est calmé, je me suis remis debout, j'étais rouge de honte, mais en même temps, je savais que cet homme était bien ce que j'avais dit: le béni et je l'ai suivi, j'avais trouvé le Messie. "

C comme Chercher

Trois questions de Jésus dans l'évangile de Jean: "que cherchez vous, qui cherchez vous, qui cherches tu," Jn 1, 38  Jn 18,4 et Jn 20, 15.


Jn 1,18.
Quand les disciples de Jean commencent à s'intéresser à celui qui est l'Agneau de Dieu, ils quittent Jean et suivent Jésus. Du moins ils vont vers lui, mais ils attendent que ce dernier les regarde, tienne compte de leur présence. Ils ne lui tapent pas sur l'épaule, ils attendent.

Et Jésus se retourne et leur demande "Que cherchez vous"? Curieusement André et son compagnon ne posent la question qui doit leur brûler les lèvres, à savoir, es-tu vraiment le Messie, mais posent une question sur le lieu où Jésus demeure. Cette phrase avec le verbe chercher, elle clôt plus ou moins l'évangile de Jean, puisque c'est la question qui est posée à Marie-Madeleine par deux fois. Une fois par les anges, une fois par celui qu'elle prend pour le jardinier. Et Marie répond bien à la question posée: je cherche le corps de mon Seigneur. Et la réponse de Jésus qui est juste le prénom, lui permet de trouver celui qu'elle cherche. Dans les deux cas, à la question posée, il y a une réponse.

Ce verbe chercher, on le trouve à plusieurs reprises dans cet évangile et la réponse ou les réponses renvoient toujours à la présence de Jésus, quelque soit le mode de sa présence.

Jn 20, 15
On le retrouve bien sur après la résurrection dans le dialogue avec Marie Madeleine? Qui cherches-tu? et la réponse sera "le corps", et c'est là, où quelque chose se passe, car le corps est là, mais il est devenu le corps du Tout Autre et Marie en est transformée, transfigurée.

Jn 18, 4
Je voudrais juste revenir sur le deuxième "qui cherchez vous" qui pour moi s'accroche à un souvenir très précis: la voix du Père Jean-Marie Lustiger, au jardin des Oliviers, un soir d'Août 1963, au milieu des torches, dans la nuit. Cette voix un peu rauque, je l'entends chaque vendredi saint, quand on lit la passion selon Saint Jean. La réponse de Jésus, "C'est moi, laissez partir les autres", est l'accomplissement de la phrase: aimez vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Et les hommes qui tombent par terre, qui sont comme déstabilisés par cette voix tranquille, sont pour moi le signe de la maîtrise totale de Jésus sur ce qui se passe.


Alors quand on cherche Jésus, oui on le trouve ou on le retrouve, mais jamais comme on le pense, jamais peut-être comme on le souhaite. Il ne se laisse mettre la main dessus que quand il le veut bien, il se laisse découvrir nouveau, différent, autre à chaque fois, mais quand on le cherche il se laisse trouver.

mercredi, janvier 04, 2017

Jésus allait et venait" Jn 1,35-39

On retrouve cette phrase: "Jésus allait et venait dans le Temple" en Jn 10, 23 et aussi en Marc 11, 27. Dans le Temple, c'est l'occasion pour les pharisiens de prendre Jésus en défaut.Dans l'évangile de Jean, il y a une menace de mort, dans celui de Marc c'est l'occasion pour Jésus de reparler de Jean le Baptiste et de demander pourquoi ce prophète n'a pas été entendu. Le aller et venir évoque pour moi la liberté de Jésus.

Mais dans ce premier chapitre de l'évangile de Jean, cet "aller et venir" m'a toujours fait penser à une scène d'accouchement.

Je veux dire que pour moi, Jésus, cet homme qui va et qui vient, qui marche de long en large, il attend quelque chose. Il n'est pas statique, il marche, il bouge, il attend. Peut-être est-il impatient, mais il ne dit rien, il attend que Jean prenne l'initiative. Peut-être sait -il que c'est aujourd'hui que son Père va lui donner ceux qui seront le noyau, ceux qui seront ses disciples, ceux qui l'auront reconnu.

Et on va assister à une sorte de passation: Jean se dessaisit des deux de ses disciples pour les donner à Jésus: il les met en quelque sorte au monde: il les laisse partir, il se sépare d'eux, comme une mère se séparer de l'enfant qui est en elle, pour le mettre au monde, pour le donner au monde.

"35Le lendemain, Jean se trouvait de nouveau au même endroit avec deux de ses disciples. 36Fixant son regard sur Jésus qui marchait, il dit : « Voici l’agneau de Dieu. » 37Les deux disciples, l’entendant parler ainsi, suivirent Jésus. 38Jésus se retourna et, voyant qu’ils s’étaient mis à le suivre, il leur dit : « Que cherchez-vous ? » Ils répondirent : « Rabbi – ce qui signifie Maître –, où demeures-tu ? » 39Il leur dit : « Venez et vous verrez. »"

Et c'est ce qui se passe. L'affirmation de Jean, la parole de Jean, "Voici l'Agneau de Dieu" met quelque chose en route chez les disciples, un peu comme cette petite tape donnée souvent par la maman au moment où l'enfant est prêt pour marcher seul et qui lui permet de partir, de lâcher la sécurité de la main maternelle. C'est une phrase d'envoi. 

Souvent quand un enfant apprend à marcher seul, il y a aussi les bras du papa qui sont là pour le recevoir, et là les disciples, sont accueillis par une voix: que cherchez-vous? Et c'est bien une question fondamentale, une question d'ouverture. Si ces hommes ont été vers Jean, s'ils sont les disciples de Jean, c'est qu'ils attendent quelque chose, ils attendent quelqu'un. Mais ils savent que ce quelqu'un ce n'est pas Jean.

Et à cette question du "que" ils répondent par une autre question qui est celle du lieu. Mais il ne s'agit pas savoir réellement ou Jésus habite, mais où il demeure, ce qui dans le vocabulaire johannique est différent. 

Ce qui est certain c'est qu'ils on trouvé un lieu qui est pour eux le lieu de leur nouvel enracinent, de leur nouvelle naissance. 

Jean les enfante à Jésus qui lui les enfante à son Père.

dimanche, janvier 01, 2017

"Faire la vérité".

"Faire la vérité" est une phrase qui m'a toujours fascinée. Elle est dans Jn 3, 21 (traduction de la BJ) quand Jésus s'adresse à Nicodème: "Celui qui fait la vérité vient à la lumière", mais on la trouve aussi dans la première épitre de Jean, 1, 6 "Si nous disons : "Nous sommes en communion avec lui , tout en marchant dans les ténèbres, nous mentons, et nous ne faisons pas la vérité."

J'ai toujours associé cette phrase "faire la vérité" avec ce que Françoise Dolto a pu écrire sur le " parler vrai". C'est ce que j'ai toujours essayé de faire dans ma vie professionnelle, ne pas mentir, ne pas faire de faux semblants, dire ce qu'il en est. Parfois certes ne pas tout dire parce que la vérité ne se dit pas n'importe où, n'importe quand et n'importe comment, mais la dire, pour être dans le vrai avec ceux qui sont là, ceux qui sont dans la souffrance, dans le doute, dans la mort. Et quand on fait cela, on pose bien un acte volontaire, on fait quelque chose pour soi, mais aussi pour l'autre et avec l'autre, et on reçoit quelque chose de l'autre. Faire la vérité c'est être dans la relation et c'est permettre à l'autre de dire, de se dire. 



Alors faire la vérité, c'est faire quelque chose qui va vers la lumière. Simplement parler vrai, c'est déjà considérer l'autre comme un égal, comme un frère, comme une personne. Et déjà cela c'est sortir d'un regard qui abaisse ou qui abîme. 

Ce que je veux souligner, c'est que dans mon expérience, faire la vérité, met aussi quelque chose en route chez l'autre, celui avec lequel on essaye d'être en vérité. Et de ce fait, on reçoit quelque chose de lui. En d'autres termes, faire la vérité quand il s'agit de Dieu (ou du Tout Autre) fait que cela met aussi quelque chose en branle du côté de ce Tout Autre et que cela vous modifie petit à petit. Et c'est bien ce qui permet d'aller vers la lumière.

Cette phrase, "faire la vérité",  en général on l'emploie quand on dit que l'on veut faire la vérité ou faire la lumière sur un évènement. Cela concerne souvent des actes criminels (faire la lumière sur une affaire, faire la vérité sur une histoire du passé ou du présent). Dans ce verbe faire, il y a la notion de travail; cela ne se fait pas tout seul, cela ne vient pas tout seul. Le but étant de comprendre ce qui s'est passé, donc d'aller vers la lumière et  de quitter les zones d'ombre. Sortir du mensonge, des demi vérités. Car  il y a des vérités qui sont des demi vérités. Dans mon enfance il y avait des personnes qui parlaient de la vraie vérité  ce qui me posait bien des questions sur ce qu'est la vérité. 

Pour Jean, la vérité, a quelque chose à voir avec la reconnaissance de la divinité de Jésus. La vérité que Jésus annonce et proclame, c'est qu'il est le Fils, qu'il est obéissant, qu'Il n'est pas là pour juger ou condamner, mais qu'il est là pour envoyer l'Esprit de "vérité" qui dévoilera toutes choses. Il est reflet si l'on peut dire de la Lumière de Dieu (et c'est peut-être ce qui s'exprime lors de la transfiguration). 

Quand on essaye de parler vrai, d'être dans la vérité, alors je crois profondément que Dieu peut se révéler, pas du tout comme on l'imagine.  C'est quelque chose qui se passe dans l'intime de soi-même, qui permet de devenir plus vrai plus lumineux, plus humain, donc plus à l'image du Divin. 

Faire la vérité, c'est être à l'écoute. C'est être à l'écoute de ce qui est au fond de soi, parfois tout au fond, dont on n'a pas forcément conscience et qu'il faut laisser monter  à la surface pour pouvoir en vivre et en redonner quelque chose pour les autres. 

Faire la vérité, finalement c'est être en phase avec le Fils, qui révèle un peu du Père (qui me voit voir le Père), en se laissant mouvoir par le souffle de la Vie. C'est peut-être aussi accepter de ne pas comprendre, car c'est peut-être cela être dans la Lumière. 

samedi, décembre 24, 2016

Voici que je me tiens à la porte Ap 3, 21

Ce verset a été lu récemment lors d'une messe.  Je le cite en entier (traduction Bible de Jérusalem).

"Voici, je me tiens à la porte et je frappe ; 
si quelqu'un entend ma voix et ouvre la porte, 
j'entrerai chez lui pour souper, moi près de lui et lui près de moi."

"Voici que je me tiens à la porte".
Certains tableaux représentent Jésus devant une porte qui ne s'ouvre de que l'intérieur. Comme il est question de souper, nous supposons qu'il s'agit du soir et que ce qui nous est proposé serait un peu comme une répétition de ce qui s'est passé avec les disciples d'Emmaüs: "reste avec nous il se fait tard". Mais je me suis demandé si cette manière de voir ce verset n'était pas un peu faussée. Je veux dire que pour nous, surtout en France, le souper est un repas du soir, mais c'est loin d'être la cas des autres pays francophones. Alors peut-être que j'aimerais remplacer souper par repas et non pas par "cène" (qui est effectivement un repas pris le soir, après le coucher du soleil) comme le propose la traduction de la TOB.

"Et je frappe"
Reprenons la scène: il y a quelqu'un qui toque à la porte. Là je me demande si c'est ma porte, celle de ma maison, donc qu'il s'agit d'une relation individuelle qui m'est proposée (ouvrir ou ne pas ouvrir), ou si c'est d'une autre porte qu'il s'agit, par exemple la porte d'une ville (me voici devant tes portes Jérusalem Ps 121) , là ce serait davantage à un niveau collectif. Qui ouvrira? Jésus trouvera-t-il la foi sur la terre? Car ouvrir, c'est faire confiance. Et dans ce chapitre 3 de l'Apocalypse, ces lettres aux Eglises ne sont pas tendres. Alors aurons-nous le désir d'ouvrir ou de rester entre nous, bien au chaud dans nos différentes églises? 

"Si quelqu'un entend ma voix et ouvre la porte"
C''est là où l'on peut se poser la question de savoir de quelle porte il s'agit. Est ce la porte de mon coeur? Est ce que mes oreilles ne sont pas un peu bouchées? On a un peu l'impression qu'il y a une voix, mais que peu l'entendent, que peu ont envie d'ouvrir la porte. Et pourtant cette voix n'est-elle pas celle du bien-aimé qui descend des collines? Qui va ouvrir, est ce que je vais reconnaître cette voix et ouvrir? Car c'est le son de la voix qui permet de reconnaître qui frappe. N'est ce pas le son de la voix de celui que Marie de Magdala prend pour un jardinier qui ouvre son coeur? Jn 20,16.

"J'entrerai pour souper"

Alors, là c'est le problème... J'ai ouvert la porte, mais le repas n'est pas prêt, il n'y a rien, parce que ce jour-là je n'avais pas envie de faire à manger. Alors qu'est ce que je vais offrir? Et là, j'ai imaginé en entendant ce verset que les choses pouvaient se passer différemment de ce que nous souffle la tradition, à savoir offrir un repas à celui qui est dehors. Je veux dire que si j'ouvre la porte, parce que j'ai reconnu sa voix, celui qui entre, celui-là apporte à manger. Jésus ne l'a-il pas fait avec ses disciples, au petit matin, au bord du lac, alors qu'ils n'avaient rien pris de la nuit (Jean 21). C'est lui qui les a appelés et qui a tout préparé. Alors oui, je pense que Jésus n'arrivera pas les mains vides. 

Il ouvrira son sac, il posera les provisions sur la table, peut-être juste du pain et du vin, peut-être du fromage, peut-être du poisson, et nous serons ensemble pour partager. Et ma joie sera parfaite, comme cela est suggéré dans le discours après la Cène dans l'évangile de Jean. Et ce sera la joie de l'abondance du don reçu. Je veux dire que voir les choses comme cela permet de passer du faire et de l'agir, au recevoir, à l'être avec. 

Et pour conclure...

J'ai voulu associer ce verset de l'Apocalypse qui commence par une affirmation: "Voici que je me tiens à la porte et que je frappe", qui est suivie par une phrase qui commence avec un si: "si quelqu'un écoute ma voix..", avec une autre phrase de l'évangile de Jean (Jn14,23) dans laquelle on trouve aussi un si: "si quelqu'un m'aime, mon père l'aimera et nous viendrons en lui et nous ferons en lui notre demeure". 
Si quelqu'un entend ma voix et ouvre la porte, j'entrerai chez lui (faire sa demeure) moi près de lui et lui près de moi. 
Ne peut-on pas penser que cette relation là c'est celle qui nous sort de l'isolement, de la solitude, de la peur? Encore faut -il ouvrir la porte à l'inconnu. Est ce que Noël ça ne serait pas ça? 


vendredi, décembre 23, 2016

Joseph. Mt 1, 18-25

Joseph.

"Moi qui suis un charpentier, j’aime quand les choses sont à l’équerre, bien d’aplomb. J’aime faire de belles armatures pour que mes maisons ou mes bateaux aient de l’allure. Je crois que je suis un peu comme le bois que je travaille et que j’aime travailler, un homme droit, bien ajusté. Mais là, je suis en plein désarroi.

Celle avec laquelle j’allais me marier, après un séjour chez sa cousine, celle qui est de la tribu d’Aaron , est venue chez moi ce matin. Elle m'a dit que quelque chose s’était passé, qu’elle se devait de me le dire avant qu’elle ne vienne habiter chez moi, dans cette maison que je suis en train de bâtir pour elle.

Et ce qu’elle m’a dit m’a bouleversé, renversé. Elle m’a dit qu’elle attendait un enfant, qu’elle n’avait rien fait de mal, mais qu’elle comprendrait que je ne veuille plus d’elle. Alors le ciel s’est écroulé sur ma tête. Parce que Marie, ma douce, ma jolie, celle que je l’aime, je veux faire ma vie avec elle. Alors que dois-je faire ?

Si seulement j’étais comme celui dont je porte le prénom, Joseph, l’homme aux songes comme ses frères l’appelaient, je saurais peut-être quoi faire, mais là... Ce qui est sûr c’est que je dois la renvoyer chez ses parents, ils se débrouilleront avec elle, mais je ne veux pas la répudier, parce que ce serait la condamner à mort, elle et le bébé qu’elle dit porter.

Je me suis couché, le cœur lourd. Je me tournais et me retournais dans tous les sens. Impossible de dormir. Pourtant j’avais comme tous les soirs récité les prières et les psaumes, mais impossible. Et puis je me suis senti m’endormir.

Et voilà que dans mon sommeil, j’ai vu, oui j’ai vu un personnage qui était certes un homme, mais qui n’était pas un homme. J’ai eu peur, un peu comme dans ces rêves où on voudrait prendre la fuite, mais où on n’y arrive pas.

Cette apparition m’a dit de ne pas avoir peur, mais surtout, elle m’a dit de prendre chez moi Marie, mon épouse et que l’enfant qu’elle portait avait été engendré par le Souffle de Dieu, par son Esprit, que je devrais donner à cet enfant le nom de Jésus, et qu’il serait le sauveur que nous attendons tous en ce moment. J’aurais bien voulu poser des questions, mais quand on dort, parler c’est presque impossible. Pour me conforter dans ce qu’il m’avait dit, il m’a rappelé la prédiction du prophète Esaie : « la vierge enfantera un fils et on lui donnera le nom d’Emmanuel ». Bien sûr, pour certains ce fils était le fils du roi Achab, mais pour beaucoup d’entre nous, c’est une prophétie, une de ces merveilles dont seul notre Dieu est capable. Et moi je le crois capable de tout.


Quand je me suis réveillé, ce rêve était vivant en moi, et j’ai couru chez Marie, pour la chercher et la prendre avec moi, et l’installer dans notre maison, qui je l’espère sera pour tous la maison du pain".

mercredi, décembre 21, 2016

Caïn et Abel

Abel et Caïn.


Nous avons l’habitude de toujours considérer Caïn comme le méchant, le très méchant même, (un peu comme Judas dont on sait dès le début qu’il aura le rôle du traitre) et Abel comme la victime, comme le gentil. Si l’on se souvient que le prénom donné à ce dernier est évocateur de brume ou d’haleine, bref quelque chose qui est ténu, qui n’a pas de poids, on est malgré soi poussé à vouloir donner du poids à ce deuxième né, et être bien content que son offrande soit acceptée. Or c’est en mourant qu’il acquière une présence : un poids, ( le sang de ton frère crie contre toi). Pourtant il est fréquent que dans une fratrie il y ait un bon et un méchant, et que parfois le méchant nous fasse un peu pitié, c’est le cas d’Esaü qui se fait berner par son jumeau Jacob, mais ce n'est pas le cas de Caïn.

Une des difficultés du livre de la Genèse, c’est qu’il ne s’agit pas d’un livre historique, mais d’un livre rempli d’histoires, un écrit qui permet de comprendre un certain nombre de choses sur la vie, la mort, le mal, de donner des explications et du sens pour ce peuple que Dieu s’est choisi, peuple qui a besoin de comprendre ce qu'il en est de ses origines et de son Dieu, et qui a besoin de se donner un enracinement alors qu’il vit une expérience de déracinement (je fais référence à l’Exil)..

Si on reprend un peu l’histoire de ces deux frères, les choses ne sont pas si simples, ni si limpides. Oui, Caïn est le premier né, mis au monde par Eve, c’est-à-dire la MERE DES VIVANTS (je mets des majuscules parce que cette nomination fait quand même d’elle un peu une déesse).

Une fois en dehors de ce jardin « merveilleux », ce jardin « cultivé » donc peut-être aussi lieu de culture, puisque Dieu y vient aussi, il faut affronter la vie dans les champs, l’insécurité, la peur. Et si l’on relit la malédiction qui est tombée sur Adam : on lit entre autre « maudit soit le sol à cause de toi. A force de peines tu en tireras ta subsistance tous les jours de ta vie (donc elle n’est plus donnée comme avant). Il produira pour toi épines et chardons et tu mangeras de l’herbe des champs. A la sueur de ton visage tu mangeras ton pain jusqu’à ce que tu retournes au sol, puisque tu en fus tiré ». En d’autre termes, la vie est loin d’être facile. La vie du paysan est dure quand la terre est hostile.

Avoir un premier né, qui va pouvoir comme tout premier-né mettre la main à la pâte, c’est une bonne chose. Dire « j’ai acquis un homme de par le Seigneur », montre aussi qu’en ce petit enfant, il y a déjà l’homme qui est là. Caïn a eu d’emblée un rôle qui a pesé sur ses  épaules, être un homme. Pas un enfant, non un homme utile et responsable. Alors « on » lui en a peut-être un peu trop demandé à cet enfant, qui n’a pas pu être un enfant.

Arrive Abel, et là on apprend que Caïn reprend la tâche confiée à son père : cultiver le sol donc une tâche pas facile, compte tenu de la malédiction qui a été lancée contre le sol. Cultiver le sol est dur et fatigant. Abel lui s’occupe du petit bétail. Mais pour nourrir le petit bétail, il faut de l’herbe, et l’herbe bien souvent ce sont les agriculteurs qui la font pousser, car le petit bétail ne se contente pas d’épines et de chardons. Alors on peut imaginer qu’entre ces deux là, ça ne doit pas toujours être l’entente parfaite.

Que cet épisode renvoie aux querelles entre les agriculteurs et les bergers, entre les sédentaires et les nomades, c’est bien possible. Que cet épisode qui se conclue par l'éloignement de Caïn, permette aussi de comprendre le pourquoi des villes, puisque Caïn, chassé de la terre paternelle en construira, c’est également possible. Mais peut-être faut il chercher autrement.

SI Abel offre à Dieu les premiers nés de son troupeau et même leur graisse, c’est qu’il s’agit d’un sacrifice comme les prêtres en font, avec mort de l’animal et offrande de la graisse pour Dieu. Les meilleurs morceaux sont en principe pour les prêtres, mais celui qui offre quand il ne s’agit pas d’un sacrifice pour le péché, partage la viande restante avec la famille . Il est quand même curieux de voir qu’alors que l’humain est censé ne manger que de l’herbe, il offre de la viande… Ce qui est présenté là, c'est bien un holocauste, et on est dans le sacré. Caïn, lui, offre plutôt un sacrifice végétal, mais ritualisé aussi. On est donc dans un autre contexte et ce qui est peut-être dit aux lecteurs, c'est que le sacrifice doit être offert avec un coeur pur. 

Et puis comment sait-on que Dieu accepte ou n’accepte pas un sacrifice. Ce qui est certain aussi c’est que Caïn qui s’est échiné à tirer du sol (avec ou sans son père) des plantes plus ou moins chétives (c’est que les Midrachs rapportent) il peut trouver que son labeur n’est pas récompensé. Peut-être a-t-il une bonne raison de ne pas être content. Abel qui se contente de faire paître le petit bétail et de le faire prospérer (en détruisant peut-être les cultures de Caïn) est « béni » et lui, le bosseur (un peu comme le fils aîné de la parabole des deux fils Luc 15) est laissé sur la touche. Alors oui, il y a de quoi être en colère, et surtout de ressentir de la honte.

Et voilà que pour couronner le tout, Dieu s’en mêle. Il met en garde Caïn, mais du coup, comme le dirait Paul, il révèle en nommant (visage abattu et colère) ce qui se passe dedans. D’ailleurs l’adjectif abattu, renvoie au comportement d’Achab dans le livre des Rois, qui ne pouvant entrer en possession de la vigne de Nabot, se couche de dépit et refuse de manger, ce qui évocateur de dépression. Alors peut-être que au-delà de l’irritation il y a le sentiment que Dieu se détourne, que lui l’homme en quelque sorte « donné par Dieu » à sa mère, se trouve seul, abandonné avec son offrande qui lui reste sur les bras.

Dieu (ou l’auteur sacré) utilise une comparaison entre le péché et une bête tapie en soi (et celui qui s’occupe des bêtes c’est Abel), une bête qui n’est pas du petit bétail, mais une bête féroce, celle de l’envie. En tout humain, il y a de l’agneau et du loup. Dans cette histoire, Caïn se met à nourrir le loup qui est en lui et plus la colère monte, et plus le loup devient fort. La fin de l’histoire nous la connaissons: le loup ne parle pas, il agit, il tue et c’est ce que fait Caïn.

Normalement quand un père n’est pas content de ce que fait son fils, il lui explique comment faire mieux, comment faire autrement. Parfois le rôle du frère, de la mère, des sœurs, c’est de consoler. Or là, on a seulement une mise en garde d’un Dieu qui sait ce qu’il y a dans le cœur de l’homme, c’est à dire de l’envie, de la jalousie, de la convoitise et que cela peut mener au meurtre. Puis Dieu s’en va et Caïn reste seul avec lui-même, avec cette offrande pas acceptée, pendant qu’Abel (pardon pour l’imagination) va boire un coup avec les autres bergers pour célébrer le fait que son sacrifice ayant été accepté, il y aura beaucoup de naissances dans les mois à venir. Alors chez l’aîné, ça gronde et ça gronde d’autant plus que son père ne dit rien, ne se manifeste pas. Où est-il le Père ? Où est-il celui qui pourrait peut-être offrir autre chose ?

On peut penser que le refus de l'offrande a provoqué de la honte chez Caïn, surtout s'il y a le regard des autres. La honte, est liée à l'humiliation et l'humiliation, il faut la venger. Qu'elle se traduise par de la jalousie, de l'envie, de la colère, oui, mais la honte est un vêtement mauvais, et s'en débarrasser ne peut se faire que si l'on se sent écouté et Caïn ne semble pas avoir été épaulé ou écouté par qui que ce soit.

Ce qui reste étonnant c’est que comme son père, Caïn ne s’excuse pas. Ce qu’il a fait il l’a fait et dire qu’il n’est pas le gardien de son frère, est quand même une phrase très curieuse. On peut faire l’hypothèse que Caïn a lavé dans le sang, la honte qu’il a ressenti quand son petit frère est passé devant lui. Et de cela au fond de lui, il est fier…

L’ennui c’est le travail de la terre lui étant interdit, il devient un nomade mais en devenant nomade il devient aussi créateur de culture ( les villes, le métal, la flute, c’est à dire les métiers et les arts). Comme quoi la honte même si elle est lourde à porter peut aussi être productive. Mais pour cela, la confiance ou le regard des autres est indispensable.