lundi, juin 18, 2018

Oeil pour oeil... Mt 5, 38


"Vous avez appris qu'il vous a  été dit: œil pour œil et dent pour dent. Et moi je vous dis de ne pas risposter au méchant". 

En pensant à ce texte ce matin et à  tout ce qui a pu être écrit sur la gifle (montrer un autre profil, ce qui arrête peut-être l'autre dans son geste), l'analyse de la gestuelle (si je montre mon côté gauche, l'autre qui utilise sa main droite va ne plus pouvoir continuer son geste), , je me suis dit que ce texte on l'écoute sans broncher, mais qu'il faut peut-être y passer un peu plus de temps, réfléchir aux exemples donnés par Jésus et surtout ne pas accepter cette coupure dans le texte, je veux dire ne pas s'arrêter au verset 42,  et aller jusqu'à la fin de ce chapitre qui se termine par "soyez parfaits comme votre père céleste est parfait" . On peut aussi se souvenir que dans la Bible, seul Dieu donne le pardon, seul Dieu venge, et Dieu ne reçoit pas le méchant chez lui. Si dans les psaumes on remplace méchant par impie, on apprend beaucoup de choses sur la manière dont Dieu se comporte envers ceux qui ne le respectent pas. 

Il faut aussi se souvenir que cette loi du talion, qui est une loi ancienne puisqu'elle figure dans le code d'Hamourabi, n'est pas une loi individuelle. Si quelqu'un me fait du tort, cela va devant un tribunal et c'est lui qui fait la justice. Il est certain que cela permet de mettre un terme à la violence  telle qu'elle est décrite dans le début de la Genèse par Lamek un des fils de Caïn qui clame: Gn 323  "Lamek dit à ses femmes : « Ada et Silla, entendez ma voix, épouses de Lamek, écoutez ma parole : Pour une blessure, j’ai tué un homme ; pour une meurtrissure, un enfant. 24 Caïn sera vengé sept fois, et Lamek, soixante-dix-sept fois ! ". Là on est dans le vendetta, dans une violence sans fin. La loi du Talion permet de mettre en principe fin cela. 

Maintenant dans la Bible, qui est le méchant? Le méchant renvoie à quelqu'un qui est coupable de crime, mais surtout qui est hostile à Dieu (et c'est peut-être pour cela que si le mot méchant apparaît peu dans les psaumes, le mot impie lui est très présent et envoie à celui qui ne tient pas compte de Dieu dans sa vie, qui ne respecte pas sa loi, qui vit selon "son bon plaisir à lui" et qui est un violent. le "méchant" c'est celui qui a tort, qui est coupable, qui mérite la mort, qui commet le péché..Alors que se passe-t-il quand on est en butte à un tel personnage?  

Que veut dire ne pas riposter? En d'autres termes que se passe-t-il si un méchant vient m'attaquer, car le mot attaquer renvoie à un combat, au désir d'un autre de me tuer au final..Et  le méchant c'est quand  même l'ennemi, celui qui se croit tout permis, qui ne respecte pas la Loi donnée par le Seigneur.

Si on reprend les exemples donnés par Jésus, on a, me semble t il, 3 exemples qui permettent de sortir de la passivité. Au lieu de subir, on prend l'initiative d'autre chose. Là où veut nous prendre notre honneur, nous saigner au quatre veines, nous montrer que nous sommes occupés, nous relevons la tête et nous prenons l'initiative et ce faisant, nous montrons que le Dieu en lequel nous croyons fait de nous des personnes qui ne cèdent pas au désir de vengeance.

Je reprends les trois exemples donnés par Jésus, la gifle, la tunique, la marche obligatoire.  

     - On a beaucoup écrit sur la gifle, sur le fait que tendre l'autre joue c'est changer de profil, c'est montrer à l'autre qu'on n'est pas ce qu'il croit, c'est interrompre son geste. Je veux bien, mais jésus giflé la nuit de son procès n'a pas tendu l'autre joue. Il a mis des mots. Il ne s'agit pas seulement de ne pas rendre, il s'agit de prendre l'initiative d'un autre comportement qui nous rend notre dignité, qui nous fait sortir passivité et du subir. Seulement je doute que ce soit toujours possible. Mais c'est un chemin.

     - On a ensuite celui qui veut dépouiller, voler, prendre (mettre sur la paille). La tunique c'est une chose, et on peut penser à la tunique de Joseph et à celle de Jésus, qui suscitent une certaine envie.  Prendre la tunique de quelqu'un dans un cadre juridique, cela peut vouloir dire soit que j'ai (ou quelque qu'un de chez moi) a abimé la tunique de l'autre, soit que ma tunique va être prise en gage. Alors donner mon manteau, c'est tout perdre (on n'a pas le droit de prendre le manteau du pauvre sans le rendre pour la nuit). Le manteau c'est l'identité. Ce que  dit Jésus, c'est qu'il faut prendre l'initiative d'aller au delà de ce que l'autre demande, aller au delà de la loi du talion Peut-être que cela peut désarmer, je ne sais pas, mais ce que nous dit Jésus c'est qu'il vaut mieux se dépouiller soi-même que d'être dépouillé. Et là, il sait de quoi il parle parce que cela va lui arriver. Alors peut-être est-ce une attitude prophétique, cette capacité à ne pas plus rien avoir pour tout avoir: celui qui veut sauver sa vie la perdra. Mais cela permet aussi de sortir de la colère contre celui qui veut vous dépouiller injustement. Il ne me prend rien, c'est moi qui lui donne tout.

     -Etre réquisitionné, cela rappelle que la Palestine est un pays occupé. Simon de Cyrène sera réquisitionné pour aider Jésus à porter sa croix. Cela renvoie à l'humiliation. Là accepter de faire 2000 pas, qui est je crois la distance autorisée pendant le Sabbat, montre que quelque part, un peu comme pour la gifle on n'est plus passif, mais actif.

Mais ce que dit Jésus ensuite, dans les versets qui suivent c'est que l'important c'est de sortir de la logique de la haine. J'ai lu un très beau commentaire d'un rabbin sur le fait qu'il est demandé aux hébreux, moment de la sortie d'Egypte de ne pas haïr l'Egyptien. Le commentaire qui en est fait, dit que si je sors du pays, mais si je garde en moi la haine de l'Egyptien, alors j'emporte l'Egypte avec moi, en moi et que je continue à être esclave. Que seule ne pas haïr permet d'être libre. 

Je pense alors que ce que veut nous apprendre Jésus, c'est comment être libre, comment être libéré, et cela c'est bien autre chose que ne pas risposter. C'est sortir de la haine, c'est regarder l'autre autrement, c'est apprendre à devenir frères.

dimanche, juin 10, 2018

"Mais si quelqu'un blasphème contre l'Esprit Saint..." Mc 3, 29

" Mais si quelqu’un blasphème contre l’Esprit Saint, il n’aura jamais de pardon. Il est coupable d’un péché pour toujours. Et Jésus parla ainsi parce que qu'ils avaient dit: "Il est possédé par un esprit impur". Mc 3, 29-30

Cela fait presque une semaine que cette phrase, ou plutôt que ces deux phrases de l'évangile de Marc, me taraudent. La phrase du début se trouve aussi dans les autres synoptiques, mais aux chapitres 12, alors que dans Marc on est au chapitre 3: et déjà les pharisiens et les hérodiens ont décidé de faire disparaitre cet homme qui fait des guérisons le jour du sabbat. La vie publique de Jésus commence et tout le monde se ligue contre lui, que ce soit sa famille qui pense qu'il est fou, qu'il a perdu la tête, et maintenant les scribes qui eux déclarent qu'il est possédé par un esprit impur. Et compte tenu de leur autorité (ils viennent de Jérusalem), ils tuent aussi Jésus à leur manière. 

Dans les évangiles de Luc et de Matthieu, la phrase qui concerne le péché contre l'Esprit est consécutive à deux miracles un peu différents: l'un concerne un homme muet (Mt 12,22-24), l'autre un homme muet et aveugle (Lc 11,14). Alors que chez Marc, il y a eu dans le début du chapitre 3 la guérison de l'homme à la main atrophiée suivie de beaucoup de guérisons et d'expulsions d'esprits qui disent de Jésus qu'il est le fils de Dieu; et c'est peut-être bien cela qui met le feu aux poudres dans le petit groupe bien fermé qui réside à Jérusalem, le groupe de ceux qui savent, qui connaissent, et qui ne veulent pas perdre leur pouvoir par cet étrange type, qui vit en Galilée, terre remplie de païens, et qui n'a pas fait d'études lui donnant la moindre autorité.

Il est intéressant de trouver dans cet extrait une sorte d'écriture en sandwich. D'abord on parle de la famille qui est en route pour se saisir de lui, puis on se centre sur les scribes qui eux sont sur place, sur la réponse de Jésus et sur cette petite parabole, et la phrase si difficile à comprendre, puis on revient à la famille qui est arrivée  et se voit supplantée par l'autre famille de Jésus, ceux qui font la volonté de son Père et qui ainsi deviennent "sa mère, son frère ou sa soeur" ce qui est quand même une vraie bonne nouvelle. 

En ce qui concerne la famille, on peut dire que Jésus prend de la distance par rapport à sa parentèle, en la remplaçant par ceux qui écoutent sa parole. Avec les savants, qui disent que c'est par Béelzéboul le chef des démons qu'il réussit à chasser les démons, il y a la réponse logique: tout royaume divisé contre lui même va à sa perte, puis la petite parabole qui fait comprendre que s'il guérit c'est qu'il a d'abord "lié celui qui ligotait les autres", et enfin cette phrase si difficile, qui est finalement aussi brutale que celle adressée à sa famille: pour eux pas de pardon, car ce n'est pas contre Jésus qu'ils ont blasphémé mais contre l'Esprit saint. Et Marc d'ajouter: il dit cela parce qu'ils avaient dit qu'Il était possédé par un esprit impur. 

Curieusement cet adjectif impur s'est associé pour moi à la vision de Pierre dans les Actes des Apôtres (chapitre 11), où Dieu lui demande de ne pas considérer impur ce que lui, Dieu, considère comme pur, ce qui lui indique aussi que désormais, tous les hommes, les juifs et les autres, sont considérés comme pouvant être sauvés - ceci étant le fruit de la mort et de la résurrection de jésus. Pierre a du mal à accepter ce qui lui est dit, parce que cela l'oblige à changer toute sa vision du monde extérieur, mais il se met en marche, et ce sera l'effusion de l'Esprit sur la maison de Corneille qui sera pour lui le signe que ces notions de pur et d'impur doivent être, grâce à la force de l'Esprit, complètement repensées. Comme on le dit parfois dans les homélies, Pierre se laisse déplacer, même si c'est difficile pour lui, si on se réfère avec ce qu'écrit Paul dans la lettre aux Galates (Ga2, 11) où il reproche à Pierre de ne plus partager le repas des incirconcis.

Les scribes font l'inverse: ils considèrent comme possédé par l'esprit d'impureté celui qui est rempli d'Esprit de Sainteté. Ils ne comprennent pas que désormais celui qui a touché un lépreux n'est pas devenu impur: parce que l'impur a été purifié.  Ils refusent d'ouvrir les yeux. 

Et c'est pour cela qu'ils n'obtiendront pas le pardon.

Les scribes voient aussi ce que fait Jésus (dans les autres synoptiques il s'agit de la guérison, soit d'un homme muet Lc11,14 soit d'un homme aveugle et muet Mt 12,21); ils refusent de comprendre ce qui se passe, car cela leur ôte leur pouvoir. On peut même dire qu'ils refusent de comprendre que les muets et les aveugles ce sont eux. 

Ils pourraient ouvrir la bouche pour louer leur Dieu d'avoir donné son Esprit comme il l'avait donné jadis à David, mais ils se servent de leur bouche en fait pour maudire, pour traiter Jésus de lépreux, de suppôt de Satan. Ils pourraient ouvrir les yeux et voir aussi la joie de tous ceux qui sont délivrés mais ils le refusent, et en cela ils sont proches des pharisiens auxquels Jésus dira: "Vous dites nous voyons, votre péché demeure" (Jn 9,41). 

Ce qui ne permet pas le pardon, c'est qu'ils refusent de voir, ils refusent d'entendre, ils refusent d'ouvrir la bouche, pour proclamer que l'homme qui est là est l'envoyé, celui que l'on attendait, celui qui est rempli d'Esprit Saint. En quelque sorte la Trinité est sous leurs yeux, mais parce que cela ne correspond pas à ce qu'ils pensent savoir de Dieu, alors ils refusent, ils attaquent et ils se ferment à l'amour. 

Dire de Jésus qu'il est possédé par un esprit impur, c'est le discréditer, le disqualifier aux yeux de ceux qui sont là. 

Et en psychologie, quand on disqualifie quelqu'un, c'est qu'on ne le reconnaît plus comme un égal, mais qu'on veut le faire taire, le tuer, le mettre à mort. 

Quand quelqu'un choisit de fonctionner de cette manière, il est dans la perversion, il se fait celui qui sait - le maitre de la loi; et son désir est un désir de mort. Et c'est peut-être cela qui est impardonnable : ne pas reconnaître en Jésus celui qui donne la vie.

En d'autres termes on pourrait dire que lorsqu'on pense que Jésus est possédé par un Esprit Impur, et que cela on le transmet cela aux autres, sous couvert d'autorité, alors on défigure complétement qui est Jésus, et on ne permet aux autres d'entrer dans le dessin de Dieu; de "comprendre avec tous les saints, tous les fidèles quelle est la largeur, la longueur, la hauteur, la profondeur… et  connaître ce qui dépasse toute connaissance : l’amour du Christ. …" (Ep 4,18); on les empêche d'accéder à celui qui donne la vie en sachant ce que l'on fait. Et cela ne peut être pardonné.

mardi, juin 05, 2018

"Et ils étaient remplis d'étonnement à son sujet "Mc 12,17.

Et ils étaient remplis d'étonnement à son sujet Mc 12,17.

Quand on arrive au chapitre 12 de Marc, on est bien près de la fin de l'histoire de Jésus. Cette phrase qui clôt l'histoire du piège tendu par les hérodiens, celle de l'impôt qu'il faudrait verser ou ne pas verser à César, a résonné en moi ce matin. Je veux dire qu'elle est devenue la phrase qui résumait tout ce passage. 

Mais elle a aussi évoqué ce qui se passe au début de l'évangile de Luc, Lc 2, 46-47: "assis au milieu des docteurs de la Loi : il les écoutait et leur posait des questions,47 et tous ceux qui l’entendaient s’extasiaient sur son intelligence et sur ses réponses".

La phrase est certes un peu différente, parce que là, en théorie c'est Jésus qui pose des questions. Mais on peut bien imaginer que dans ce type de discussion typiquement rabbinique, questions et réponses s'entremêlent. Et ces rabbis, devaient bien être étonnés par ce jeune garçon sorti de Galilée, qui veut s'instruire mais qui peut-être les instruit eux aussi. Et peut-être ont ils été encore plus étonnés s'ils ont entendu la réponse faite à sa mère: "ne saviez vous pas qu'il me faut être chez mon Père".  

Si je reviens au chapitre 12 de Marc, qui est consacré finalement à des joutes oratoires, mais qui peuvent conduire à la mort, puisque c'est cela dont rêvent les prêtres (Mc 11, 18 après que Jésus ait chassé les marchands du Temple), l'étonnement est en soi un bon sentiment. 

Peut-être que l'étonnement ouvre des portes? Qui est-il celui là? D'où lui vient cette capacité à ne pas tomber dans les pièges, à savoir que c'est une épreuve que nous lui avons tendue bref, qui est-il vraiment cet homme qui vient de dire aux prêtres que même si la patience de Dieu semble sans limites, ne pas le reconnaître comme le Fils, comme l'Unique envoyé,  va provoquer une catastrophe, puisque la vigne sera donnée à d'autres? 

Jésus les désarçonne donc ces Hérodiens. Il est dans une autre logique. Il ne leur fait pas de mal non plus. Il ne rentre pas dans leur jeu, mais ne pas rentrer dans le jeu de qui que ce soit, c'est bien ce que fait Jésus fait depuis qu'il est entré dans ce que nous appelons sa vie publique. Il étonne… 

Il étonne parce qu'il guérit un lépreux  en le touchant, il étonne parce qu'il donne à manger à une foule, il étonne parce qu'il se laisse toucher par une femme, il étonne parce qu'il redonne la vie à un jeune homme, il étonne par ce qu'il dit, il étonne par ce qu'il fait, il étonne par ce qu'il est. 

Alors au lieu de partir dans des considérations sur ce qu'il faut faire de nos deniers, je me suis demandée si l'important n'était pas de se laisser étonner par Jésus, étonner par ce qu'il a fait, par ce qu'il a dit, par son relèvement des morts, par l'envoi de l'esprit. 

Juste de laisser étonner par Lui, et lui demander de continuer à nous étonner tous les jours de notre vie. C'est peut-être tout simplement cela redevenir comme un petit enfant.

mercredi, mai 23, 2018

A propos de l'Evangile de Jean

Pour lire autrement l'Evangile de Jean.

Petite leçon de conjugaison.

J'ai pris récemment l'habitude de travailler certains textes (évangiles) en les copiant dans un fichier word, de manière à pouvoir surligner les mots, les verbes, mais aussi en aussi en séparant les versets en petits paragraphes. Cela me permet de ne pas être submergée par un texte trop rempli de différentes notions, peut-être de me poser un peu, et même de transformer certains paragraphes en une petite demande pour la journée qui va venir.

J'ai pratiqué cela avec les chapitres de l'évangile de Jean qui sont proposés entre Pâques et la Pentecôte. Ayant travaillé en petit groupe la première épitre du disciple bien aimé, je me suis rendue compte que pour comprendre ces chapitres qui précèdent l'arrestation, il est important de ne pas passer sous silence l'hérésie qui était en train de se développer au moment de la rédaction de cet Evangile. Si Jean insiste sur le corporel, (le sang, l'eau, les gestes) - et peut-être que le lavement des pieds peut être entendu aussi comme cela- cela permet de ne jamais oublier que c'est un homme qui a été mis à mort et qui est redevenu vivant, un homme de chair et de sang.

Quand on prend le temps de surligner ce qui peut aider à mieux comprendre (mieux entendre aussi, parce que dans l'évangile de Jean, je pense que nos sens sont très sollicités) Il y a bien sûr le festival des verbes: demeurer, aimer, choisir ou être choisi, croire, préparer; celui des ces mots que nous connaissons si bien, mais qu'il faut décaper encore et encore: vigne, sarment, berger, agneau, chemin, vérité, gloire, joie, gloire, paix, vérité; celui des adjectifs: bouleversé, triste. Mais, et c'est ce que j'ai découvert, il y a aussi les pronoms, les pronoms personnels.

C'est en reprenant les versets 9 et 10 du chapitre 15 (celui sur la vigne) que cette clé m'est apparue. Voici ces deux versets, et en gras ce qui a été important pour moi.

 09 Comme le Père m’a aimé, moi aussi je vous ai aimés. Demeurez dans mon amour.
Ce qui est intéressant, du point de vue de la construction, c'est que dans le verset 9 on a: Le Père - ici à la troisième personne; Le Fils - à la première personne: je; et Vous (nous les lecteurs, ou nous les disciples.. On a donc l'ordre suivant: Père (Il) / Fils (Je) / Vous (nous).

10 Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour, comme moi, j’ai gardé les commandements de mon Père, et je demeure dans son amour.
 Dans ce verset 10, on trouve pratiquement l'ordre inverse du verset 9; cela commence par le Vous, en fait nous, puis le Fils (on demeure dans son amour) et enfin le Père. On a donc la séquence inverse du verset précédent: Vous (nous)/ Fils (Je) /Père (Il), soit ou Vous/ Il/ Je. 



Cette manière symétrique n'est surement pas anodine. 

Car cela circule en permanence entre le "Je" de Jésus qui parle, le "Il" qui renvoie au Père, le "vous" qui s'adresse aux disciples et cet autre "Il" qui est l'Esprit.

Si on reprend le texte complet du discours de ce chapitre, on a un véritable chemin: pour aller vers le Père, faire comme Jésus, aimer comme il a été aimé et comme il nous a aimé, ce qui permet de demeurer. Bien sûr je n'invente rien, mais me centrer ainsi sur les pronoms m'a permis une lecture plus lente de ces textes qui parfois restent quand même bien difficiles.

Pour résumer, la grammaire pronominale serait: 

Je : c'est Jésus. 
Tu c'est en général le Père (chapitre 17), mais il est parfois aussi Il, quand Jésus nous fait comprendre que le Père peut demeurer en nous.

De ce jeu relationnel, (Je + Tu cela donne le nous) qui renvoie à la connaissance de l'un par l'autre et de l'autre par l'un, va émerger le "Il" de l'Esprit Saint, avec ses deux fonctions: défenseur et consolateur. 

Il, c'est parfois le Père, mais c'est aussi l'Esprit Saint, cet "inconnu", qui prend de ce que Jésus a reçu du Père pour nous le transmettre, sans que rien ne diminue. Certains disent que quand Jean parle de la Gloire, il s'agit de l'Esprit; c'est possible, mais je ne suis pas convaincue. 

Nous, c'est l'union du Père et du Fils.

Vous, cela peut-être les disciples, (aujourd'hui nous), mais aussi ceux qui écoutent, quels qu'ils soient.

Quant au Ils, il s'agit encore de nous, qui avons reconnu…

Ce qui est frappant, c'est que, même si parfois on a l'impression que l'auteur se répète, qu'il y a comme des cercles, que l'on ne comprend pas grand chose, il n'en demeure pas moins que par le jeu de pronoms on se rend compte que si la fusion existe de fait entre Jésus et son Père, il n'y a jamais de confusion des rôles ou des places. C'est peut-être aussi pour cela que la phrase: le père est plus grand que moi est importante et nécessaire, car elle maintient une distinction.

Maintenant, quand Jésus dit au chapitre 17: "12 Quand j’étais avec eux, je les gardais unis dans ton nom, le nom que tu m’as donné. J’ai veillé sur eux, et aucun ne s’est perdu, sauf celui qui s’en va à sa perte de sorte que l’Écriture soit accomplie" je pense que l'on peut faire référence à Jn 3,16: Si Dieu a tant aimé le monde qu'il lui a donné son Fils alors on peut dire que le nom de Dieu révélé par Jésus est Amour, l'Amour qui unit et qui permet de faire corps. 

Alors pour entrer dans ces chapitres qui suivent le lavement des pieds, mais peut-être aussi ce qu'on appelle le discours sur le pain de vie, peut-être faut il à la fois se pencher sur les pronoms, faire des séparations entre les différentes thématiques - et aller les rechercher tant dans l'évangile que dans la première épitre, sans oublier que ces textes sont écrits dans un contexte polémique et que l'auteur, ou les auteurs, affirment sans relâche que Jésus est vraiment un homme, mort pour de vrai sur la croix, et aussi le dépositaire de l'Esprit, et celui qui est le chemin, la vérité et la vie. 

Alors bonne lecture… 

vendredi, avril 06, 2018

"Simon Pierre remonta dans la barque" Jn 21, 11

"Simon Pierre remonta dans la barque" Jn 21, 11:

En relisant ce texte qui clôt l'évangile de Jean, j'ai été d'abord surprise par l'abondance des verbes, par le fait que les hommes sortent de nuit pour partir à la pêche, et que cette nuit peut bien renvoyer à la nuit du jeudi au vendredi; mais surtout par le le verbe "remonter" qui est propre je crois à la Bible liturgique et qui a pour moi évoqué Jésus qui "remonte" du Jourdain après son baptême. 

Si on suit le trajet de Pierre, il monte dans la barque, il se jette à l'eau, il arrive au bord, et remonte dans la barque.Il a vu le feu de braise qui peut lui rappeler le feu dans la cour du grand-prêtre, mais aussi l'abondance du poisson, le filet non rompu. 

Et pour moi, c'est un peu comme si le Simon-Pierre qui remonte dans la barque pour tracter à lui tout seul un filet que 6 hommes ont eu du mal à tirer, n'est plus le même que celui qui s'est jeté dans l'eau (comme on jette un filet dans l'eau). À la limite, c'est lui, Pierre, le poisson que Jésus a attrapé dans son filet. Et de pêcheur il va devenir pasteur, comme son maître (c'est la deuxième partie de ce chapitre).  

Ce que je veux dire, c'est que quand Pierre a quitté la barque en se jetant dans l'eau, durant ce trajet qui est quand même assez long, 100 mètres, il s'est passé pour lui quelque chose de l'ordre d'une purification, d'une épuration.

Il a compris que celui qui est là, loin de lui, l'attend, et attend de lui quelque chose. Il comprend qu'avoir repris son métier, c'était oublier la résurrection, c'était faire comme si elle n'avait pas vraiment eu lieu. Finalement, c'était s'être fait prendre dans un filet: oublier ce qui s'était passé. Pierre, qui a reçu le pouvoir de délier, a été lié par la peur du futur, la peur de ne pas être à la hauteur. Alors ce trajet dans l'eau, ce long trajet pour quelqu'un qui nage mal, puisque l'on dit souvent que les pêcheurs du temps de Jésus n'étaient pas de bons nageurs, ce long trajet où il est aussi empêtré dans son vêtement, lui ouvre les yeux. Il passe de la mort à la vie. 

Quand il remonte dans la barque, pour obéir à Jésus qui demande qu'on lui apporte le poisson de cette pêche miraculeuse, il est devenu autre, et c'est certainement pour cela que dans la seconde partie de ce texte, il le fera pasteur. 


mardi, avril 03, 2018

"Seigneur si c'est toi qui l'a emporté..Jn 20, 15

"Le prenant pour le jardinier, elle lui dit Seigneur"… Jn 20,15

Ce jour, mardi de l'Octave de Pâques, l'évangile choisi rapporte la rencontre entre Marie de Magdala et Jésus. 

Pour situer les choses, Marie qui a vu le lieu où le corps de son bien-aimé a été déposé par Joseph et Nicodème, s'est levée aux aurores, le lendemain de la mort de Jésus, peut-être pour pleurer parce qu'elle est dans une immense détresse, sur le corps de son aimé, ou aussi vérifier que tout à été fait selon les règles, que le corps a bien reçu tous les soins, parce qu'avec les hommes, on ne sait jamais…

Seulement en arrivant,  elle a la mauvaise surprise de trouver la pierre roulée, ce qui lui a fait peur. Pierre roulée, tombeau dans lequel quelqu'un a pu entrer, corps profané, corps volé. Or un corps qui disparaît, un corps qui n'est plus là, c'est de l'ordre de l'impensable. C'est même traumatisant et après la mort de Jésus sur la croix, elle n'a vraiment pas besoin d'un traumatisme supplémentaire: la perte du corps.

Elle est allée prévenir Pierre et Jean, avec sûrement l'idée qu'eux vont chercher le corps. Seulement ce n'est pas du tout ce qui se passe. Pour Jean, voir les linges pliés est le signe que la résurrection a eu lieu, et que le corps n'est pas à chercher. Quant à l'autre, Pierre, il est entré et s'en est retourné chez lui; et Marie si je puis dire en est pour ses frais. 

Alors, à son tour, même si elle ne rentre pas dans le tombeau, elle regarde. Et là elle voit deux anges, l'un à la tête, l'autre aux pieds de la place où le corps avait été étendu. Ces anges, pour moi, évoquent ceux qui sont sur le coffre qui renferme l'arche d'alliance avec les deux tables. Mais là, les tables de la loi ne sont plus là, car la nouvelle alliance est réalisée. 

Que ces anges lui parlent, "Femme pourquoi pleures-tu", ne la surprend pas. Elle est ailleurs. Elle est dans son idée fixe: "On a volé le corps de celui que j'aime"; le reste elle n'en n'a rien à faire. Et elle ne parle pas du pourquoi de sa tristesse mais de son angoisse: le corps de mon bien-aimé a disparu et je veux savoir où il est. 

Quand Jésus s'adresse à elle, avec la même question "Femme pourquoi pleures-tu, qui cherches –tu" ce qui montre bien que cet homme qu'elle prend pour le jardinier sait quelque chose, même si elle ne le reconnaît pas, car elle est encore si l'on peut dire dans son aveuglement, elle s'adresse à lui en le nommant "Seigneur".

J'ai été très surprise en écoutant la lecture de cette rencontre dans la traduction liturgique, de ne pas entendre ce mot "Seigneur". Cela peut paraître curieux d'appeler un jardinier "Seigneur", mais de là à supprimer ce vocable, cela me paraît un peu "gros", car chez Jean rien n'est anodin. 

Certes, ce terme qui s'adresse à un jardinier peut sembler étonnant, mais Marie se trouve  dans un lieu privé, et elle sait que le corps a été déposé dans une sépulture qui a été prévue pour quelqu'un d'autre (sûrement quelqu'un de riche, pour pouvoir s'offrir une pareille sépulture et en même temps accomplir les écritures: Is 53,9). Alors, nommer Seigneur cet homme qui ressemble à un jardinier mais qui est aussi le gardien des lieux, cela se comprend. Et peut-être qu'il ne fait que son travail: évacuer un corps qui n'avait rien à faire là.

Seulement, dans le verset suivant, Marie qui est "retournée" quand elle entend le jardinier l'appeler par son prénom, le nomme "Rabbouni" c'est-à-dire "Maître" .

Et les deux termes, qui se suivent directement: "Seigneur et Maître", cela renvoie au chapitre 13: 

Après le lavement des pieds, ce sont les deux titres que Jésus se donne (Jn 13, 13-14): "Vous m'appelez Maitre et Seigneur, et vous faites bien, car je le suis, si donc je vous ai lavé les pieds, moi qui suis le Seigneur et le Maître, vous devez vous aussi vous laver les pieds des uns des autres."

Alors il me semble que la suppression de ce titre que je considère comme prophétique, donné à l'homme qui est la Résurrection et la Vie, c'est très dommage.

Marie de Magdala donne à Jésus les titres qui sont les siens, les titres que lui-même revendique, ces titres que nous lui donnons aujourd'hui dans leur plénitude, parce que la Résurrection a fait de Lui à la fois le Seigneur, mais aussi le Maître, celui qui a la pleine Connaissance et qui nous la transmet par son Esprit.

mercredi, février 28, 2018

La finale de l'évangile de Jean: Jn 21, 15-25

Jn 21: "Suis moi".

Si le début du chapitre 21 de l'évangile de Jean m'est familier et ne me pose pas trop de questions, par contre ce qui se passe après le "repas au bord du lac" est beaucoup plus compliqué. J'essayais de laisser les versets 15-20 me dire quelque chose, mais ça ne me disait rien, ou si peu. 

Bien entendu le triple questionnement de Jésus peut faire référence au triple reniement, mais cette lecture me semble trop banale ou trop banalisée. Pourquoi Jésus, après un bon repas bien sympathique, où c'est lui qui a fait la cuisine, se met à cuisiner ainsi Pierre, et le nomme Simon, fils de Jean, alors que l'Esprit Saint, reçu (Jn 20,22) en l'absence de Thomas, qui lui est présent ce jour là, a quand même fait de Pierre le fils du Père, le frère de Jésus.

Pourquoi "les agneaux"? Pourquoi "les brebis"? Je reviendrai plus tard là-dessus.

Et puis la première question: "Est-ce que tu m'aimes plus que ceux-ci?" est ambigüe:
  - Est-ce que tu m'aimes plus que ces hommes qui sont aujourd'hui avec toi?
  - Ou bien: Est-ce que ton amour pour moi est plus fort, plus intense, que le leur pour moi? 
Ce qui me semble possible, et c'est ce que veut montrer la suite de ce texte, c'est que Jean, le disciple que Jésus aimait, lui, est bien certain que personne ne peut aimer Jésus plus que lui, Jean. Lui, il n'aurait pas renié Jésus, ce qui permet peut-être de comprendre un peu mieux pourquoi l'auteur de cet évangile utilise ce triple questionnement qui s'oppose au triple reniement.

Mais surtout, si on essaie de se représenter visuellement la finale - versets 18 à 24, ce n'est pas évident du tout.

Jésus commence par parler à Pierre de son passé - "Quand tu étais jeune" -, puis de son futur - "Un autre te mettra ta ceinture et te conduira là où tu ne ne voulais pas aller"- ce qui permet à l'auteur de parler de la mort de Pierre sur la croix. Puis on revient dans le présent avec un appel: "Suis-moi!". Suivre, oui, mais suivre où, ou suivre comment? Le "comment" est de fait indiqué par la "prophétie" précédente: suivre jusqu'à mourir comme moi. Mais là, il semble qu'on soit presque dans le "où".

Or, si on se réfère aux synoptiques, lors de la pêche miraculeuse, les quatre, Pierre, André, Jacques et Jean de Zébédée, quittent tout et suivent Jésus; mais ils le font de leur propre chef. Bien-sûr c'est un peu jouer sur les mots, mais ce qui se passe pour eux est différent de ce qui arrive à Lévi, qui lui entend aussi le "Suis moi", qui se lève et change sa vision du monde.

Si on lit le texte de cette finale, il semble bien que Pierre se met à suivre Jésus, qu'il marche avec lui, (mais Jésus n'a plus de lieu sur la terre), certainement à la fois pour écouter ce que son Maître va confier à celui qui est choisi comme le pasteur à sa place à lui (Jn 10) et cela se comprend.

Mais, entendant des pas derrière lui, il se retourne (ce qui évoque un peu le retournement de Marie-Madeleine au tombeau, ou les disciples de Jean le Baptiste qui suivent Jésus à distance et qui à la question de Jésus posent la question de savoir où ce dernier demeure), et voit alors Jean le disciple que Jésus aimait et qui semble suivre à distance.

Et là, on a un dialogue qui est un peu fou. Pierre demande ce qui va advenir pour celui-ci, et Jésus le rabroue en lui disant "si je veux qu'il demeure jusqu'à ce que je vienne, que t'importe. Toi suis-moi".

On sait l'importance du verbe demeurer dans l'Evangile de Jean. Demeurer, être la demeure. Mais on a là deux rôles différents, Pierre non seulement n'a pas à recevoir d'explications, mais lui, ce qui lui dit c'est bien de "suivre" et rien d'autre.

En laissant travailler en moi cette finale de l'évangile de Jean (enfin la deuxième finale), je me suis dit que peut-être si on se centre uniquement sur la relation de ces deux hommes, Pierre et le disciple que Jésus aimait, et si on regarde leurs comportements dans la deuxième partie de l'évangile, alors quelque chose apparaît. Pierre c'est l'ombre, Jean c'est la lumière, et pourtant c'est Pierre qui est choisi. Il semble bien qu'il y a une sorte d'antinomie entre ces deux personnages.

  - Lors du repas avec le lavement des pieds, Jean est celui qui est tout proche de Jésus, qui demeure à côté de lui, contre lui. Pierre, est celui qui ne comprend rien à la symbolique du lavement des pieds.

  - Lors de l'arrestation, Pierre c'est un peu le balourd qui tranche l'oreille du serviteur du grand-prêtre, le disciple que Jésus aimait, lui s'arrange pour suivre son Maître et faire entrer Pierre (en douce).

  - Puis, c'est Pierre qui va trahir, alors que le disciple lui, souffre certainement de ce que son maître est en train de vivre.

  - Au pied de la croix, il n'y a personne, sauf Marie et Jean, et c'est lui qui reçoit la mère de Jésus comme sa mère, et qui va prendre soin d'elle. A priori cela aurait pu être le rôle de Pierre, le "Chef", s'occuper de la mère de son maître.

  - Le matin de la résurrection, c'est Jean qui certes respecte la préséance en laissant Pierre entrer le premier au tombeau, mais c'est lui, Jean, qui "croit", alors que Pierre semble perplexe.

  - C'est lui qui le reconnaît ce matin là, juste après cette pêche étonnante… Mais c'est Pierre l'impulsif qui quitte la barque pour aller à la rencontre de celui qui l'attend.

Alors il semble bien que ce disciple-là avait tout pour devenir le Pasteur. Seulement, malgré la relation privilégiée qu'il dit avoir avec Jésus, parce que être le disciple que Jésus aimait, cela renvoie à une relation d'amour, il n'a pas été choisi pour être le pasteur, même s'il sera pasteur, comme nous le savons par les lettres et par l'Apocalypse, mais à sa manière.

Je peux imaginer que quand Jésus demande par trois fois à Simon fils de Jean, s'il est aimé de lui, Jean devait bouillir en lui-même, il devait avoir envie de hurler: moi je t'aime, moi je t'aime plus que ma vie. Et pendant ce temps là, Pierre certes affirmait bien à Jésus son amour, mais pas d'une manière passionnée. Les mots de Pierre, Seigneur tu sais tout, tu sais bien que je t'aime, avec tout ce qu'il y a de mauvais en moi, de lourd, de pesant, ces mots là ce sont les nôtres.

Alors peut-être que l'on peut dire que cette deuxième conclusion de cet évangile insiste sur le rôle de ce disciple que Jésus aimait, de celui qui est appelé à demeurer jusqu'au retour de Jésus et qui a choisi de raconter comment cet homme, Jésus, qui était le Verbe de Dieu, la Lumière qui éclaire le monde, a changé sa vie et celle de tous ceux qui croient en lui.

Jésus donne à chacun sa tâche; c'est lui qui sait (le "que t'importe" dit à Pierre est très fort), et c'est aujourd'hui à chacun d'entendre la place que Jésus veut pour nous.

Pour en revenir aux agneaux et aux brebis, je vais commencer par les brebis. Il y a la référence à Jn 10, qui permet de penser qu'il y a en premier les brebis qui connaissent la voix, et qui sont les brebis qui connaissent la Loi et qui attendent le sauveur, et en second les brebis qui ne sont pas de la bergerie et pour lesquelles il y a aussi une place, ces brebis pour lesquelles Paul sera peut-être plus l'apôtre. Dans le premier troupeau, il y a celles qui sont perdues, celles qui sont égarées, celles qui sont malades et celles qui vont bien mais qui ne doivent pas écraser les autres, ce qui accomplit la prophétie d'Ezéchiel 34. Quand aux agneaux, je pense qu'il s'agit de tous ceux qui, comme l'agneau pascal, donneront leur vie pour que le message de Salut soit entendu sur toute la terre; et Pierre fait partie aussi de ceux là.


Le fait d'avoir pu, en quelque sorte curieusement, percevoir cette rivalité entre Pierre et le disciple que le Seigneur aimait, m'a permis de comprendre en profondeur que Jésus choisit comme il veut et pour qui il veut ce qui permet l'annonce du Salut. A nous d'écouter, avec l'aide de l'Esprit, cette voix du Seigneur.

lundi, février 26, 2018

Ex 12,25: " Du pétrin à la croix"

En lisant le récit de la sortie des Hébreux du pays d'Egypte, en pleine nuit, après que l'Ange du Seigneur ait tué tous les premiers-nés au pays d'Egypte, j'ai trouvé très étonnante la phrase suivante: "Le peuple emporta la pâte avant qu'elle n'ait levé: ils enveloppèrent les pétrins (ou les huches) dans leurs manteaux (certainement pour garder au chaud, puisque le pain a besoin de chaleur pour lever), et les mirent sur leur dos"

Je ne reviens pas sur la logique du texte, parce que si le peuple a mangé l'agneau, ils ont bien dû manger aussi du pain (galette).

Mais il me semble que lorsqu'on doit prendre un long chemin, qui est malgré tout un chemin d'exil puisque les Egyptiens "chassent" les Hébreux, il est bon de prendre des provisions pour la route, donc du pain, même s'il est encore à l'état de pâte, et de l'argent (les bijoux donnés par les voisins), parce que ça permet éventuellement de pouvoir acheter de quoi manger (mais pas de fabriquer un veau!). Quant à la cuisson de cette pâte, à cette époque là, si j'en crois différents articles, elle peut se faire sous la cendre (il faut faire un feu sur du sable, et dans le désert ça ne manque pas) ou sur des pierres elles-mêmes chauffées.

Mais ce qui est dit, c'est que la pâte n'avait pas eu le temps de lever, ce qui laisserait à penser que c'était quand-même une pâte avec quelque chose (il est dit que l'eau du Nil avec ses alluvions joue un peu le rôle de levain ) qui devait lui permettre de monter au moins un peu, ne pas être dure comme du bois.

On peut donc penser à un mélange de farine, de sel et d'eau, mise dans un récipient en bois, et que l'on laissait reposer un certain temps avant de la faire cuire. Et je peux imaginer que marcher avec cela sur son dos, cela ne soit pas être facile. Cela pèse son poids, cela empêche de courir, et si en plus on doit l'entourer avec son manteau, on doit avoir froid, mais que ne ferait on pas pour avoir un minimum de provisions quand on prend une route qui est quand même une route d'exil?

Et en pensant à ce poids qui pèse sur sur le dos, il m'est venu à la fois une phrase d'un psaume: "J'ai enlevé le poids qui pesait sur tes épaules" (Ps 81,6) - mais là il s'agit du poids de la servitude, parce que c'est ce que vit quand même le peuple, et remplacer l'esclavage par la liberté, cela n'a pas de prix; mais surtout j'ai pensé à un autre objet en bois, qui pèse aussi son poids: la croix. 

La croix, c'est elle dont nous devons nous charger si nous voulons être disciples: "Si quelqu'un veut être mon disciple qu'il renonce à lui-même (ce qui entre parenthèse revient à s'alléger de soi et donc enlever un poids), qu'il se charge de sa croix (ou qu'il prenne sa croix) - et donc là il y a bien quelque chose à mettre sur son dos, et qu'il me suive (Luc 9,23).

Cette croix, c'est Jésus qui l'a portée en premier sur le chemin qui allait du palais de Pilate au Golgotha. Croix qui nous libère de la servitude du péché, mais surtout croix qui nous donne chaque jour le pain de la vie. C'est sur la croix que, si je peux me permettre, le pain confectionné pour la Pâque, avec de la farine, de l'eau et du sel, prend chair, devient chair, et devient pour nous pain qui est nourriture et qui nous délivre du poids de la mort.

Alors je ne sais pas si cette image du peuple qui marche avec son pétrin ou sa huche sur son dos est réellement une image de Jésus qui marche avec cette croix et qui fait de lui le pain de la vie, mais aujourd'hui, pour moi, cette représentation est importante, car elle est nourriture pour mon cœur.