mercredi, novembre 23, 2016

Luc 17, 7-10: le serviteur qui n'as fait que son devoir.

Le dernier verset de cette petite histoire a longtemps été traduit par serviteur inutile ou serviteur quelconque, ce qui somme toute est peu agréable.

Le mot employé dans le texte pour dire serviteur est de fait le mot esclave et il est bien évident qu'un maitre attend que son esclave lui obéisse et n'a aucune reconnaissance envers ce dernier. L'esclave est là pour ça. Il suffit de penser à ces séries anglaises où l'on voit la place des domestiques.. Ils sont debout de 5h du matin à 23h le soir et jamais personne ne leur dit merci. Avoir le gite et le couvert, c'est bien assez!

En réfléchissant à ce texte, je me disais que Jésus à la fois parle de lui, lui qui est le serviteur, mais qu'il dit aussi, à ceux qui l'écoutent de ne pas se "glorifier" d'être ses disciples parce que lui est différent des autres rabbis. Certes lui il participe à des repas et y prend plaisir, lui il s'occupe parfois de leur fatigue, mais ils sont des disciples, point à la ligne.

En quelque sorte, même si Jésus est un maître qui semble différent, qui semble prendre soin de ses disciples il leur demande quand même des choses bien difficiles, en particulier de pardonner jusqu'à soixante dix sept fois sept fois. Il me semble qu'il essaye de leur faire comprendre que celui qui est appelé, n'a pas (pardon pour l'expression) à péter plus haut que son cul.. Ils sont comme tous les disciples qui ont choisi de suivre un maître. C'est sûr que si l'on pense que l'on est choisi par celui qui est le Messie, donc le nouveau Roi, il y a de quoi s'enorgueilleir.

SI on prend le texte, on peut comprendre que ce que Jésus demande donc à ses disciples, c'est d'une part de s'occuper le la moisson (l'évangélisation pourrait-on dire) : le travail au dehors dans les champs, et d'autre part, de s'occuper de lui (préparer le repas, et servir). Et  cela ce peut être le temps de la prière, de l'étude, de la contemplation. Tout cela c'est normal, il n'y a pas à se glorifier pour cela, d'autant que c'est ce que Jésus a pratiqué. En effet,  dès le début des évangiles, nous voyons Jésus enseigner, guérir (le travail au champ) puis passer la nuit avec son Père (prier, se nourrir de sa présence, de sa parole). En cela il nous montre ce qu'est le serviteur et il nous engage à faire de même.

Alors nous ne sommes peut-être pas des serviteurs quelconques, car Dieu nous connait par notre nom et nous a choisi, nous ne sommes peut-être pas des serviteurs inutiles, même si parfois nous pensons que d'autres pourraient faire beaucoup mieux, nous sommes juste des serviteurs. Finalement nous sommes dans l'intimité du maitre, et si nous sommes fidèles nous pourrons entre dans sa Joie. Et là nous ne serons plus des quelconques ou des inutiles, mais des amis.

dimanche, novembre 20, 2016

Fête du Christ Roi: Lc 23, 35-43

Luc  23,35-45 : Fête du Christ Roi.

Cette scène de la crucifixion de Jésus entre les deux « larrons », fait partie de ces scènes presque trop connues, à tel point que le mot larron qui veut dire, malfaiteur, brigand des grands chemins, détrousseurs, devient presque un  nom propre. Il y a deux personnes qui portent le même nom : Larron. Un gentil et un méchant..

Au centre de cette scène, il y a Jésus au milieu, comme autrefois la femme adultère était" au milieu d’eux". Avec lui, il y a donc ces deux hommes, qui sont des larrons, (ces brigands dont Jésus parle et qui ont détroussé et battu à mort cet homme qui revenait de Jérusalem et qui a été sauvé par un samaritain), et ils ont été pris et condamnés. Comme le dit le « bon », ils ont commis le mal et c’est normal qu’ils le payent. Ils me font un peu penser à la poésie de François Villon ‘la ballade des pendus'. Peut-être que de nos jours ils auraient fait quelques mois de prison, mais en ce temps là, ils servaient aussi d’exemple : la Paix romaine, ne pouvait exister que par la peur.

Et ces deux hommes, certes ils n’ont pas été flagellés comme Jésus, mais ils souffrent. Comme lui, ils sont là, exposés, nus, avec des quolibets et des insultes. Ils sont là pour servir d’exemple : voilà ce qui arrive quand on est méchant, malhonnête.

Quand on a mal, on a tendance à en vouloir au monde entier et à insulter et à en vouloir à tous ceux qui sont autour et qui ne font rien pour vous soulager, alors qu’ils le pourraient. Et ça, c'est ce que va faire l'un des deux crucifié, ces deux aux quels on cassera les jambes en fin de journée pour qu'ils meurent plus vite (évangile de Jean). 

Mais revenons à la scène, car il y a la foule, qui elle se tait et qui est concentrée uniquement sur Jésus et son échec. Cette foule qui comme le diront les disciples d’Emmaüs vit un écroulement de ses espérances.

Il y a les soldats, qui hélas font leur travail de soldats. Ils donnent ce vin aigre, qui est accomplissement d’un psaume, ils e moquent de lui, ce qui est encore la réalisation du psaume 69, 19-21 : « 19Tu connais mon opprobre, ma honte, mon ignominie; Tous mes adversaires sont devant toi. 20L'opprobre me brise le coeur, et je suis malade; J'attends de la pitié, mais en vain, Des consolateurs, et je n'en trouve aucun. 21Ils mettent du fiel dans ma nourriture, Et, pour apaiser ma soif, ils m'abreuvent de vinaigre. ».  Les écritures sont accomplies. Et c’est important car Jésus est bien le Messie, mais pas le Messie de gloire, le Messie Serviteur.

Il y a prêtres, ceux qui ont obtenu ce qu’ils voulaient : éliminer ce type qui fait le bazar dans le temple en démolissant les étalages des vendeurs, qui ne respecte pas le sabbat et surtout qui se prend pour Dieu et qui veut mettre tout le système en pièces.

Et voilà que dans le brouhaha, celui qui sait qu’il a « mal fait » (malfaiteur) s’adresse à l’autre malfrat et lui dit de la fermer, de ne pas aggraver son cas, puis vers Jésus.

Et là quelque chose a dû se passer. Je ne peux m’empêcher de penser à la phrase : « tous venaient vers lui, parce qu’une force sortait de lui ». Et c’est un peu comme si ce voleur, avait ressenti cette autre force qui était en Jésus, cette différence, et il demande de l'aide à cet homme pourtant bien plus  en mal en point que lui. Il lui demande d'être après sa mort auprès de cet homme qui n’est pas comme les autres. Bien sur il reconnaît qu’il n’a pas été un mec génial, mais Lui. Il ne se repend pas pour autant, c’est juste un constat. C’est sa vie et sa vie va s’achever, mais pourtant cette vie, elle peut continuer si cet homme le désire. Et on pourrait presque dire que la réponse de Jésus, « aujourd’hui même tu seras dans mon royaume « (je n’aime pas le terme paradis parce qu’on ne sait pas trop que mettre derrière), est une phrase de roi, une phrase royale, de celui qui a tout pouvoir.

Et Jésus ainsi n’est plus le roi des juifs comme cela est marqué sur sa croix, mais le roi vainqueur du mal et de la mort, le roi de ceux qui reconnaissent qu’en lui, il y a Dieu.



vendredi, novembre 04, 2016

L'intendant avisé: Luc 16

Cette histoire racontée par Jésus dans l'évangile de Luc, suit immédiatement les  paraboles de la miséricorde (qui s'adressent aux pharisiens). Elle est en principe pour les disciples, ceux qui ont donné de leur temps et de leur argent pour suivre Jésus. Mais  si on lit la suite du chapitre, il semble bien que là encore, les pharisiens et leur amour de l'argent (du moins pour certains), soient dans la ligne de mire de Jésus.

Peut-être que Jésus veut faire comprendre à ses disciples, qu'être fils de lumière (c'est peut-être ce que pensent d'eux-même les pharisiens), ne doit pas conduire à une certaine passivité, mais à être attentif à ce que l'on fait avec l'argent. Être fidèle en peu de choses est important. Et la phrase " qui est malhonnête en très peu est malhonnête en beaucoup" évoque notre proverbe: "qui vole un oeuf, vole un boeuf". Il y a donc une mise en garde. Il est aussi possible d'entendre dans ces commentaires de jésus, la parabole des mines: être capable de faire fructifier ce qui a été donné.

Mais en lisant cette histoire, je me suis demandée pourquoi cet  intendant va être jeté dehors. Il ne cherche pas à se justifier, ce qui est assez étonnant. S'il s'était servi dans les caisses de son maître, ce qui pouvait non pas se justifier mais se comprendre, alors il aurait eu de l'argent pour vivre, donc il ne doit pas s'agir de cela. Parce que justement il semble bien que ce ne soit pas seulement autour de l'argent que cela se passe. Il s'agit finalement de filouterie et la filouterie, elle peut déborder. Or Jésus pour qualifier la manière de penser de cet homme pour s'en sortir,  est le mot "avisé" du moins dans la Bible de Jérusalem.

Ce mot avisé on le trouve dans l'évangile de Matthieu pour définir l'homme qui construit sur le roc et non sur le sable, mais aussi pour définir le bon intendant, celui qui donne à chacun sa ration de blé, qui ne frappe pas les serviteurs dont il est chargé, qui ne s'enivre pas et que ne passe pas sa vie dans les bons repas et surtout qui reste fidèle dans la durée. Être avisé, c'est prévoir le futur (ce qui se passe dans la parabole des vierges avisées et des vierges "sottes". Ce gérant est donc avisé, car il prévoir l'avenir, il se débrouille justement pour trouver des personnes qui vont lui donner de quoi manger, qui prendront soin de lui quand il sera sur la paille.

Mais cette manière de faire, qui consiste en quelque sorte à acheter l'autre, à lui forcer la main en lui faisant faire en soi un acte malhonnête, cela crée une complicité dans le mal et en cela cet intendant continue à être fidèle à lui-même, mais il reste dans le mal.

Que Jésus donne cet homme en exemple, cela reste assez étonnant. Que nous utilisions ce que nous avons pour nous faire des amis qui pourront intercéder pour nous un jour ou l'autre, qui pourront nous accueillir oui, que nous n'oublions pas qu'après la mort il se passe des choses c'est ce que montre la fin de ce chapitre avec la parabole la parabole de Lazare le pauvre et du riche, ce qui est peut-être un moyen de faire comprendre aux pharisiens que la réussite terrestre (être riche, avoir des enfants, cela pouvait être compris comme le signe que Dieu récompensaient ceux qui obéissaient à la Loi, qui étaient justifiés par elle), ne veut pas dire que le Salut est obtenu pour autant.

baptême dans l'Esprit.

Le mot baptême renvoie au verbe être immergé ou plongé dans. Si on pense aux personnes qui ont vécu des EMI (expérience de mort imminente), elles sont passés si l’on peut dire par la mort, elles ont vécu une expérience particulière qui les ont changées profondément. Certes elles retrouvent leur corps, mais même si c’est le même corps qui parfois d’ailleurs a guéri sans que l’on comprenne pourquoi et comment, elles ne sont plus les mêmes.

On pourrait dire que le baptême, chez les chrétiens, ce serait quelque chose de cet ordre, mais sans faire réellement l’expérience de la mort. Il y aurait par la plongée dans l’eau, la perte de la respiration, la mort d’un certain individu qui reconnaît qu’il y a en lui du mauvais dont il est incapable de se sortir par lui-même et qui le sépare de Dieu, et qui sait qu’en passant par la mort avec Jésus, un autre être va advenir, un être qui a fait cette expérience de la mort pour devenir un vivant. Pour lui permettre d’assumer cette nouvelle personne qui vient de naître, le don de l’Esprit (confirmation) sera là pour lui donner la force, la foi, la sainteté. Je sais que ce que j'écris là est un résumé.  Mais ce baptême est quand même centré sur la culpabilité, sur la faute, sur la rupture, sur tout ce qui en soi est mort, pour arriver ensuite à la vie .

Par contre le baptême dans l’Esprit, il me semble que la centration est beaucoup plus sur la vie, sur ces charismes qui donnent vie à ceux qui nous entourent, et que même s’il y a immersion, elle est beaucoup plus de l’ordre du bain dans une eau vivifiante, pleine de bonnes choses, qui restaure, qui donne la vie, qui stimule.

Pour moi, si le baptême (sacrement) est plongé dans la mort et la résurrection, ce baptême là n’est pas pour le pardon des péchés, il est participation à la vie qui est en Jésus, vie manifestée déjà pendant sa vie terrestre, mais surtout après sa mort et sa réssurection.

Quand je suis revenue à la foi, ayant travaillé en milieu chirurgical et ayant vu les « trous » et les cicatrices de ces trous, j’ai toujours eu la certitude que quand Thomas a vu les trous dans les mains et dans le côté de Jésus, ce n’est pas quelque chose de sanguinolent qu’il a vu, mais une espèce de tourbillon de lumière, de vie, qui remplissait ces trous. Les trous demeurent, mais ils deviennent habités. Un peu comme si la nuée dont parle l’ancien testament, la nuée qui est aussi la gloire de Dieu, était là. Alors que Thomas ait pu dire « mon Seigneur et mon Dieu » s’explique mieux, en tous les cas pour moi.

Ce que je veux dire, c’est que le baptême dans l’Esprit, c’est être plongé de cette vie là, c’est aussi accepter de s’y abandonner ce qui n’est pas si facile, mais cela n’a plus rien à voir avec la mort. Que ce baptême puisse aussi, parce qu’il est vie, casser un peu la carapace qui nous enferme, la cécité qui est la notre, la surdité qui demeure, c’est certain, mais il est un peu comme cette mer primitive dont parlent certains savants pour expliquer la présence de la vie sur cette terre. Il est signe de la présence de Dieu aujourd’hui, il est signe de l’impalpable et du palpable.



Le baptême dans l’esprit, c’est pour moi comme un océan de vie, cette mer primitive, pleine d’éclairs, de potentiels, de mouvements mais aussi de calme, de paix, de profondeur, et être plongé dans cet océan, cela transfigure. Il ne s’agit plus de mourir à quelque chose, mais de se laisser empoigner par cet Esprit que Jésus a donné d’abord à ses disciples avec le pouvoir de chasser les démons, de guérir mais aussi d’enseigner, puis sur la croix en le répandant sur le monde , puis à nouveau sur ses apôtres après la résurrection (évangile de Jn) puis à la Pentecôte. Quand cet esprit est tombé et sur les apôtres et sur les juifs qui étaient venus célébrer le don de la loi (Pentecôte), pécheurs ou pas, tous l’ont reçu cet esprit qui fait de nous des vivants et des frères. Et cet esprit, ce souffle, c’est le souffle de création.

mercredi, octobre 12, 2016

Purifier le dehors de la coupe. Luc 11, 39

Luc 11,39 "Mais le Seigneur lui dit : Vous, les pharisiens, vous purifiez le dehors de la coupe et du plat, et à l'intérieur vous êtes pleins de rapacité et de méchanceté". 
Je me rends compte en lisant ce verset de l'évangile de ce jour que je ne l'avais jamais compris. Je voyais toujours les pharisiens en train de laver et de relaver les plats et les coupes, un peu comme les prêtres après la communion "nettoient" le calice pour qu'il ne reste plus la moindre trace du vin consacré à l'intérieur. Mais en fait là, il ne s'agit pas de laver l'ustensile coupe ou plat pour qu'il soit purifié et puisse servir au repas, selon les normes. Non Jésus parle du corps, car on vient de lui dire qu'il ne s'est pas lavé les mains et les bras. 

Se laver les mains c'est purifier l'extérieur du corps, mais ce n'est pas cela qui rend l'intérieur du corps (disons l'âme ou le coeur) propre, purifié. Ce qui purifie, dit Jésus dans la suite du texte, c'est l'aumône, c'est à dire tenir compte des besoins des frères.

Il me semble que le but de ces ablutions était de faire passer du profane au sacré, de laisser le dehors pour aller vers un dedans où Dieu est présent. Et le repas quand il est partagé et où il est référence à Dieu, peut devenir sacré. D'ailleurs Jésus avant de manger, lève les yeux, et béni Dieu. Mais le repas est d'abord partage et non respect des bonnes manières. 

Or le risque d'en rester au rituel, il demeure toujours. On peut faire des choses par habitude, parce qu'il faut les faire, mais elles sont vides de sens. J'irai même jusqu'à dire que participer aux sacrements peut donner bonne conscience (oui je sais qu'il y a une grâce agissante qui permet de dépasser cela), mais si on va demander le sacrement de réconciliation pour être en "règle", il y a quelque chose qui ne va pas.

Puis, autre chose m'est apparu en pensant à ce rituel de purification.  J''ai pensé au lavement des pieds du chapitre 13 de l'évangile de Jean. Certes Jésus utilise de l'eau pour laver et purifier parce que c'est ce terme qui est retenu "Purs vous l'êtes tous, sauf.." Mais cette eau n'est-elle pas déjà l(en puissance et par anticipation) le sang de l'agneau offert? Sang qui remet en relation avec Dieu? 


mardi, septembre 20, 2016

Les paraboles de la miséricorde. Luc 15

Les paraboles de la Miséricorde en Luc 15.

Si on replace les paraboles dans leur contexte  on sait que Jésus, qui une fois de plus est critiqué par les pharisiens et les scribes, car il se souille en partageant le repas de ceux qui sont considérés comme des pécheurs (des impurs). Un « juste » ne devrait pas faire cela, c’est mal. Alors Jésus propose ces trois histoires que nous connaissons bien et qui se centrent toutes sur la joie quand on retrouve ce que l’on a perdu, et ici, ce que Jésus affirme c’est qu’il y a au ciel de la  joie pour un pécheur qui se convertit que pour cent juste qui n’ont pas besoin de conversion. Ce qui veut dire quand même qu’il existe de justes au regard de Dieu. En d’autres termes Jésus ouvre un pont entre la terre et le ciel, quand un pécheur est sauvé (quand il se convertit) cela procure de la Joie dans le ciel et les anges eux-mêmes se réjouissent, alors qui sont-ils ces pharisiens qui jugent ? Il est important de ne pas oublier qu’à force d’observer la loi, de la scruter, de la disséquer, de l’analyser, il y a un risque d’en perdre la « substantifique moelle » et de la chosifier, de la rendre lettre morte..

Ce que je veux dire, c’est que ces paraboles prennent beaucoup plus de saveur et de poids si l’on n’oublie pas les destinataires. Car la dernière parabole, celle des deux fils, représente finalement d’une manière simplifiée le « peuple ». Le second fils, représente tous les pécheurs, tous ceux qui simplement parce qu’ils comprennent qu’ils se sont mis dans certaines « galères »parce qu’ils se sont détournés de celui qui donne « la vie, la substance et l’Etre » retournent vers lui, pas forcément avec des très beaux et très bons sentiments, et qui découvrent quelqu’un qui les attend, qui se réjouit et qui a souffert de leur absence. Quant au premier fils, il représente tous ces hommes qui se veulent les bons serviteurs, qui travaillent pour leur Maitre, mais qui ne se permettent pas le moindre écart et qui finalement en veulent à tous ceux qui ne vivent pas comme eux. Et on peut penser que Jésus se désole de cette fermeture. Eux devraient se réjouir de ces pécheurs qui changent de vie, au lieu de leur tourner le dos et tourner aussi le dos à celui qui se dit le Père. Que ce clivage entre pécheur et scrupuleux, nous permette de réfléchir à ce qui en nous relève de ces deux aspects, bien sur, mais il me semble important de ne pas oublier quels sont les destinataires ; Si nous sommes devenus des pharisiens, alors malheur à nous, sauf que nous apprenons que le maître, le Père, est patient.

Je propose avant de réfléchir à ce que ces paraboles peuvent nous du manque, de la perte, de les repenser telles qu’elles ont été dite, c’est à dire pour les pharisiens qui trouvent que Jésus n’est vraiment pas un « Juif comme il faut », en en partageant le repas des ceux qui à leurs yeux sont des « pécheurs ».

La première parabole s’adresse directement aux pharisiens : « si l’un d’entre vous à cent brebis ». Jésus les compare donc à des bergers et c’est important si l’on fait référence aux texte d’Ezéchiel sur les bergers qui ne s’occupent pas de leurs brebis. Là Jésus les compare à des bons bergers qui vont à la recherche de leur brebis et qui ne cherchent pas à savoir pourquoi elle s’est sauvée mais qui veulent la retrouver avant qu’il ne lui arrive du mal. Et le berger fait alors la fête, et il devient comme Dieu qui se réjouit chaque fois qu’un pécheur se convertit. Ce que Jésus semble leur dire : vous qui vous réjouissez quand vous a retrouvé votre brebis, n’êtes vous pas capable de vous réjouir quand un pécheur change de vie (ce que vient de faire Lévi) ?

La seconde parabole, celle de la pièce perdue, renforce un peu le clou, la pièce d’argent représente le pécheur, mais la pièce est aussi celle de la couronne portée par la mariée le jour de ses noces, elle est donc nécessaire et on comprend mieux que la femme cherche, cherche encore, et qu’elle se réjouisse avec ses amies. La pièce retrouvée, c’est le mariage, c’est l’alliance et cela devrait réjouir les pharisiens, seulement eux savent avec qui Dieu fait alliance et c’est cela le problème.

Quant à la troisième parabole, peut –être que Jésus veut leur faire comprendre qu’ils sont certes le deuxième fils, mais qu’ils sont aussi à l’image du Père, et qu’ils ont à attendre tous les jours le retour de ceux qui se sont éloignés au lieu de rester bien à l’abri dans leurs certitudes.

Alors en chacun d’eux, il y a du berger, il y a de la bonne ménagère, il y a du père et il y a du fils.. Et cela c’est surement vrai aussi pour nous. Comment ces parties là de nous réagissent elles quand nous avons perdu quelque chose ou quand quelque chose ou quelqu’un s’éloigne de nous ? Souvent, quand nous perdons quelque chose, quand un objet disparaît, nous ne sommes pas bien. La perte cela rend malade, et cela peut aussi mettre en colère : pourquoi est-il parti, pourquoi m’a-t-il laissé tomber ? Alors j’ai eu envie de relire ces histoires en pensant aux personnages mis en scène par Jésus, mais en n’oubliant pas à qui Jésus d’adresse, et ce qu’il veut faire entendre de ce visage du Père qui semble inconnu.

Il y a d’abord le berger.  Pour lui, la journée s’est passée comme d’habitude, mais en comptant ses bêtes, là il y en a une qui manque. Et là c’est ce coup au cœur, ou ce coup dans le ventre : elle n’est pas là. Bien sûr on peut imaginer que cette bête là, par définition elle est un peu rétive, un peu pas comme les autres, mais ce n’est pas dit dans le texte ; simplement elle manque à l’appel et il est normal que le berger parte à sa recherche. C’est son travail de berger. Et quand il la retrouve, au bout d’un bon nombre d’heures, comme sa brebis est épuisée parce qu’elle n’a pas mangé, et qu’elle a eu peur, alors il la prend sur ses épaules, et pour avoir vu des moutons, ce n’est pas rien que de porter ça sur ses épaules pendant des kilomètres et pendant la nuit. Et c’est certain que le berger a envie de fêter ça avec les autres bergers. Peu importe la raison pour laquelle elle est partie. Mais l’important c’est que le berger qui a vécu la perte de cette bête, ne se laisse pas déprimer. Je veux dire qu’il ne se dise pas : tant pis pour elle, c’est de sa faute, on verra bien demain. Le manque le met en route et c’est cela l’important. Et là nous pouvons nous poser cette question : est ce que moi j’ai envie de me lever, de marcher toute la nuit pour aller vers cette personne que je sais en perdition, qui risque de ne pas rentrer ? Ce qui est important, c’est que cette « figure » renvoie à un personnage actif, qui fait des pieds et des mains pour retrouver sa brebis parce qu’il sait qu’elle a besoin de lui.

Il y a ensuite la femme qui a perdu sa drachme. Quand on perd ses lunettes, son porte monnaie, on se demande où on a bien dû le poser et on cherche, on cherche. Des fois on trouve, des fois on ne trouve pas et c’est le drame. Comme je l’ai dit au début de ce texte, j’ai entendu dire que cette drachme n’est pas n’importe laquelle. Elle fait partie d’une couronne que l’on porte pour des fiançailles ou pour un mariage. Alors si la pièce est perdue, c’est vraiment la catastrophe, car les pièces d’une couronne à l’autre sont différentes. Alors la retrouver c’est vraiment vital. Car que fera ma fille si je ne peux pas lui transmettre cette couronne quand elle va se marier ?  Et quand on la retrouve, même si on s’en veut d’avoir été négligent, même si on a l’impression qu’il y a comme cela des objets qui se sauvent tout seul, quand on la retrouve enfin c’est le soulagement, car la pièce est restée dans la maison.. Et oui, on va raconter à ses voisins et on fait la fête. Le manque ici permet le nettoyage en grand de la maison et cela c’est aussi une bonne chose. Et la joie se comprend. Mais est ce que moi j’ai envie de faire le grand ménage ? Est ce que la perte me met en route, me déplace ? Car là encore, on a une figure active, la femme retourne tout parce qu’elle sait que la pièce qui s’est glissée est quelque part dans la maison et elle n’a de cesse que de l’avoir retrouvée. C’est une autre représentation de Dieu qui ne baisse pas les bras, qui ne se lamente pas, mais qui agit et qui envoie son fils pour retourner la terre et y retrouvez les pièces perdues que sont ses enfants.

Quant au père de la parabole du fils dit prodigue, c’est complexe, parce que lui non seulement il est confronté au manque lié au départ de son fils, mais il va être confronté à un autre manque : découvrir que son ainé ne l’aime pas et lui en veut. On peut dire que contrairement aux deux autres paraboles, le père est « passif », il laisse l’autre faire son chemin, il n’est pas « directif », il attend, il est prêt, il accueille.

« Moi, j’ai, enfin j’avais deux fils. L’aîné me ressemble, le second c’est le portrait de sa mère et sa mère, elle est morte en le mettant au monde. J’aurais pu prendre une autre femme, je ne l’ai pas fait. Et à mon second, je ne sais rien refuser. Alors le jour où il a demandé sa part d’héritage, j’aurais dû dire non, parce que ce n’ était pas juste par rapport à son aîné, mais j’ai cédé et mon fils je l’ai perdu. Il est parti mener grande vie m’a t on dit, et puis je n’ai plus eu de nouvelles, et j’attends. Je suis bien sûr qu’il a dû tout dépenser, et j’espère que cela le poussera à revenir vers moi, mais quand…Je suis un peu comme la mère de Tobit qui attendait tous les jours le retour de son fils. Le mien me manque, mais c’est de ma faute.. Mais qu’est ce que je voudrais qu’il revienne, qu’il me revienne. L’autre mon ainé, il travaille a faire fructifier le sol, mais il ne me parle pas. Il m’en veut d’avoir cédé, mais comment lui expliquer que sa mère me manque tant et que maintenant son frère me manque. Lui, il travaille, il ne me demande rien, il vit sa vie et nous sommes l’un à côté de l’autre.

Aujourd’hui, je suis là, et j’attends. Et il me semble bien que mes yeux voient quelqu’un qui arrive vers ma propriété. Peut-être que c’est un journalier qui cherche du travail, peut –être que c’est un démarcheur qui veut me vendre quelque chose, mais là c’est à mon fils de se débrouiller avec. On dirait qu’il a du mal à marcher, il est tout courbé, et pourtant quand je le vois marcher, je reconnais la démarche de mon fils. Alors je cours vers cet homme qui est peu-être un étranger, mais tant pis si je me trompe. Et c’est lui, mais dans quel état.. Il n’a que la peau sur les os, il est sale, il est pied nus.. Mais c’est mon fils et il me repousse presque en me disant qu’il a péché contre le ciel et contre moi (comme si je ne le savais pas) qu’il n’est plus digne d’être appelé mon fils (je comprends qu’il soit honteux), et qu’il veut être traité comme un de mes ouvriers (alors là, ça me fait mal, il est mon fils. Je comprends qu’il puisse dire cela, mais moi je ne peux pas l’accepter). Plus tard il me dira qu’il y a eu une famine dans la contrée où il était, qu’il en était réduit à garder les porcs d’un de ceux qui l’avait déplumé au jeu, et qu’il s’était dit que tout compte fait, il serait mieux pour lui de revenir, de reconnaître qu’il avait tout loupé, qu’il ne se considérait plus comme mon fils, mais qu’il me demanderait de l’accueillir comme un serviteur. Alors je l’embrasse, je le prends dans mes bras malgré sa crasse, malgré cette odeur qui fait penser à une odeurs de porcs qui l‘imprègne et dès que nous arrivons à la maison, je demande à mes serviteurs d’en faire « un homme » si je puis dire. Je veux qu’il revête une belle tunique, un beau manteau, que ses pieds soient chaussés et même qu’il porte une de mes bagues, car il est mon fils. Et je leur demande de préparer un festin, d’inviter tous nos amis car je suis dans la joie. Il est revenu celui qui était comme perdu.

Et nous avons fait une fête, une vraie fête, et il y avait de la musique, et des amis et de la joie. Et voilà que l’un de mes serviteurs vient me tirer par la manche pour me dire que mon aîné est dehors, qu’il est très en colère, qu’il veut me parler. Et oui, il est très en colère ; Il me reproche de dépenser des sous pour son vaurien de frère, alors que lui il n’a jamais fait la fête avec ses amis. Et là, je n’ai pas compris que lui soit resté comme un petit garçon, qu’il n’ait pas compris que ce qui était à moi était à lu. Je crois que c’est parce que je me suis trop enfermé dans mon chagrin pour m’occuper de lui, pour être avec lui. Il a été comme un intendant, il a fait tout fructifier et moi je ne lui ai jamais dit merci. Seulement aujourd’hui, je ne veux pas qu’il me vole la joie des retrouvailles. Mais je me lèverai moi aussi et j’irai vers ce fils et je lui dirai «  prends tout, et sois dans la joie ». Mais lui seul trouvera le moment.

Ce père, qui dans un tableau de Rembrandt est représenté avec deux mains différentes, un main d’homme et une main de femme, est certes le modèle de la miséricorde, et Jésus veut montrer combien Dieu est heureux quand un de ses enfants revient vers lui, mais aussi combien il est difficile de comprendre ce qu’est la miséricorde quand on veut faire de lui un Dieu de justice tel que nous la concevons, ce qui est le cas des pharisiens auxquels Jésus s’adresse.

Quand pour accomplir ses dessins, Dieu a besoin d'un homme que lui sait être pécheur,fut-il ou non pharisien, il sait comment s’y prendre ? N’a-t-il pas renversé un certain Saul pour en faire le témoin de l’amour qu’il nous donne au travers de son fils ?