vendredi, novembre 17, 2017

A propos du Notre-Père

Le Notre-Père.

En ce moment la "nouvelle traduction" du Notre Père, alors qu'il ne s'agit que d'un petit morceau de phrase fait couler beaucoup d'encre.  Il s'agit de retranscrire le latin qui disait: "ne nous induis pas en tentation"  non plus par, "ne nous laisse pas succomber à la tentation", mais par "ne nous laisse pas entrer en tentation" qui est aussi une phase que l'on trouve en Luc 11, quand Jésus donne cette prière à ses disciples. Chez Luc, cette phrase se retrouvera au moment de la passion et elle concernera non seulement Jésus, mais aussi ses disciples, qui devraient veiller pendant que Lui est en train de prier et d'entrer dans cette angoisse qui le terrasse mais ne l'écrase aps.

Il me semble qu'avant tout, il faut réfléchir à la structure de cette prière et de mon point de vue ne pas séparer les deux dernières phrases: ne pas nous laisser avoir par la tentation et surtout d'être délivré du Mal. Or la délivrance, c'est Jésus qui va la donner. Peut-être est-il bon de ne pas l'oublier. Or le Mal, nous vivons avec: il est et dehors et dedans, peut-être ne faut-il pas nous prendre pour des anges et cette demande est fondamentale. 

Quant à la tentation, c'est ce qu'on voit dans le livre introductif de la Bible, la Genèse: c'est être comme Dieu: sans besoins, immortel et tout puissance. Et si on relit les tentations de Jésus dans le désert, les pierres changer en pain, c'est ne manquer de rien, et cela c'est un attribut divin, se jeter en haut du temple, c'est ne pas mourir, c'est donc l'immortalité et enfin dominer tous les royaumes, c'est la puissance  totale. Or nous savons bien, que ces trois désirs sont des portes ouvertes au Mal, et ces attributs que ne donnerions nous pas pour les avoir. Cette représentation du divin, elle est en nous, mais elle nous fait oublier un autre aspect, l'amour. 

Par ailleurs quand jésus donne ces phrases à ses disciples, il faut déjà se souvenir que dans l'évangile de Matthieu, on est juste après le discours de Béatitudes et dans le cadre donné par Jésus pour être dans la pauvreté du cœur.

Jésus n'a pas encore manifesté sa puissance. Il propose donc une prière accessible à tous, qui commence par des bénédictions, mais qui en donnant à Dieu le nom de Père, montre bien que la relation avec le créateur change, et que Dieu est le Père de tous.

Puis vient la première demande, celle du pain. Le pain c'est ce qui permet la vie, mais le pain c'est aussi la parole donnée par Tora.

Vient ensuite la demande de pardon. Que le Père nous pardonne comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. Mais il reste difficile de savoir si nous pardonnons parce que nous avons fait nous-même l'expérience du pardon de Dieu donc de son Amour, ou parce que nous pardonnons parce que nous savons que nous ne sommes pas meilleur que l'autre, et que nous renonçons surtout à la vengeance. Mais être pardonné, c'est être dans la relation.

Arrivent alors les deux dernières phrases qui sont liées, d'autant que dans le premier testament, bien souvent c'est la chose dont on a le plus besoin qui conclue la prière. Ne nous laisse pas entrer en tentation et délivre nous du mal. 

Maintenant si on remet cette phrase sur la tentation dans un autre contexte, celui de la passion, Jésus dit à ses disciples; veillez et priez pour ne pas entrer en tentation, et je pense que ce dont il s'agit là, c'est de renoncer pour eux à l'image d'un Jésus qui pourrait sa puissance refuser d'entrer dans le chemin qui est le sien, et que cela sera quelque part un scandale pour eux. Quant à lui, la tentation serait bien d'utiliser le "force" qui est en lui pour manifester enfin qui il est , ou de prendre la fuite (en cela il est pleinement homme).

Alors où est Dieu là-dedans? 

 - Ne nous induis pas en tentation: l'envie est en nous, il nous faut nous ne rendre maitre.
- Ne nous laisse pas succomber à la tentation: rends-nous fort devant notre désir de prendre ta place, ne nous laisse pas nous faire avaler par notre désir..
- Ne nous laisse pas entrer en tentation, renvoie à une autre image; celle d'une porte entre nous et le tentateur, qui entre-ouvre la porte et qui nous promets monts et merveilles!
 Alors ce serait: aide-nous à fermer cette porte, donne- nous ta force pour faire taire ce qui s'agite et nous, mais surtout et c'est cela l'important, délivre nous du Mal, car le Mal est là, omni présent, à lutter en nous et en dehors de nous contre Toi qui nous veux vivants, à ton image

Alors, oui, on peut changer des petits morceaux de phrases pour qu'ils prennent peut-être plus de sens, mais on ne change pas cette prière que Jésus nous a donné, pour louer son Père, pour lui demander non seulement notre vie au quotidien mais de nous donner la force du pardon et surtout la force de ne pas nous "faire avoir" par le Mal, car c'est si facile de vouloir être le maître de l'autre.

Un prêtre en commentant cette prière demandait à l'assemblée de demander l'Esprit Saint quand il est question du pain. Et c'est peut-être ce qui est sous-entendu dans cette prière, jésus en résistant au Mal et à la tentation nous donne son Esprit qui nous permet maintenant de bénir et de pardonner comme lui-même l'a fait.



samedi, novembre 04, 2017

"La graine de moutarde et le levain". Luc 13, 18-21

Paraboles du Royaume - Luc 13, 18-21.

J'aime ces deux courtes paraboles, où Jésus parle du Règne de Dieu, c'est-à-dire de la présence de Dieu sur la terre. Je les aime parce qu'il est question de maturation, du temps qui passe, de mort et de vie...

Il y a le temps pour que la graine de moutarde jetée dans le jardin (mais pourquoi jardin, peut-être jardin potager) pousse, pour qu'elle se transforme en un arbre où les oiseaux feront leur nid et iront se nicher, faisant ainsi un pont entre la terre et le ciel. Dans ce texte là, il n'est pas question de bonne ou de mauvaise terre. Et le jardin, ce n'est pas un champ. C'est aussi le lieu où autrefois Dieu aimait se promener à la brise de jour (Gn 3,8); mais aussi ce jardin où le corps de Jésus sera déposé, et deviendra bien cet arbre sur lequel les humains pourront faire leur nid et prend un nouvel envol.

Il y a le temps pour que la levure fasse son travail dans la farine, pour qu'après les phases de pétrissage, de repos et encore de pétrissage, puis de cuisson, la farine se transforme en pain. Mais ces trois mesures de farine ne font elles pas allusion à ce corps, qui va être enfoui durant trois jours dans le tombeau? Et qui en reprenant vie, en reprenant en quelque sorte son poids, son volume, son essence, va permettre aux hommes de trouver la nourriture dont ils ont besoin?

Peut-être que beaucoup de paraboles parlent ainsi de Jésus lui-même; mais est-ce que nous arrivons toujours à les décrypter?

Je me dis que s'il était possible de trouver dans les paraboles ce qui  renvoie à Jésus, cela permettrait peut-être de sortir de leur aspect souvent trop  moralisateur? Peut-être que si j'aime autant ces deux petits récits c'est bien que la présence de leur auteur est vraiment perceptible.


vendredi, octobre 27, 2017

"Dis à mon frère" Lc 12, 13

Luc 12, 13: "Maître, dis à mon frère de partager avec moi notre héritage".

Le Prêtre qui commentait cet évangile (Luc 12, 13-21), qui se termine par une parabole expliquant que l'on n'emporte pas les biens terrestres avec soi dans la mort, nous a dit que s'il s'écoutait il ne ferait une homélie qu'une fois par mois. En effet il pense que pour comprendre une parabole il faut rester dessus un bon mois pour qu'elle prenne sens (pour lui) et donc qu'il puisse en parler. 

Du coup il n'a pas ou peu commenté cette parabole, mais proposé plutôt une manière de laisser le texte prendre corps en soi. Il a juste fait un lien avec le chapitre 3 de l'Apocalypse;  je crois qu'il s'agit du verset qui s'adresse à l'église de Sardes: "Je sais que ton nom est celui d'un vivant, mais tu es mort", mais mis à part la notion de se croire en vie quand on a des richesses et être mort parce qu'on ne s'occupe que de soi, je n'ai pas trop compris le lien. 

Par contre un autre lien s'est présenté pour moi. Car la petite phrase du début du texte:
"demande à mon frère de…", s'est mise à résonner avec autre phrase du même ordre et rapportée par le même évangéliste: " dis à ma sœur de... ".

Et dans les deux cas, Jésus se centre sur celui ou celle qui a fait la demande, comme pour le faire aller plus loin. En aucun cas, il ne prend parti. Il ne parle pas à Marie, il ne parle pas au frère, il ne fonctionne pas à l'autorité, il ne s'attribue pas non plus la moindre autorité, lui qui pourtant commande aux éléments.

Par ailleurs, mais cela c'est mon imaginaire, je peux aussi supposer que si Jésus est en train de parler, ce qui est le cas dans la maison de Marthe, mais aussi le cas du chapitre 12, puisque Jésus s'adresse à la foule, peut-être n'aime-t-il pas qu'on l'interrompe quand il est en train de parler. Ce qui me fait penser que la réponse donnée ne l'est pas forcément sur un ton très agréable, même si Jésus par la suite reprend son enseignement à la foule à l'aide d'une parabole.

Peut-être que le projet de Jésus est de permettre aux demandeurs, qui quelque part se sentent lésés, de leur faire comprendre qu'ils n'ont pas à l'utiliser lui pour obtenir quelque chose de l'autre. Qu'il ne sert pas d'intermédiaire, que personne ne peut se servir de lui et de son autorité pour obtenir quelque chose. 

Car la place de Marie est bien aux pieds de Jésus, et pour l'héritage peut-être vaut il mieux que le frère aîné le garde, puisque d'après la parabole - pardon pour l'expression - cet héritage il ne l'emportera pas au Paradis. Et à quoi bon être riche si c'est pour mourir sans pouvoir profiter de sa richesse? Il y a des soucis liés à la richesse, et si elle vous coupe des autres (ce qui se passe dans la parabole du riche et de Lazare) et donc vous exclut de la vie éternelle, alors à quoi bon.

Peut-être faut-il laisser faire l'autre, accepter que les choses ne se passent pas comme on le voudrait. Et je pense que c'est important, car c'est sortir de la maîtrise, du contrôle de l'autre, de la mainmise sur lui.

Peut-être que l'on peut demander des choses pour soi à Jésus, on peut demander d'accepter des situations qui peuvent nous énerver, nous déranger, mais que nous n'avons pas à lui demander qu'il "oblige" l'autre à changer, parce que cela nous arrange. Et cela peut nous aider à regarder autrement ce qui se passe autour de nous dans notre relation à l'autre.

Je pense que le refus de Jésus de prendre partie est à prendre dans une optique de guérison. Marthe, comme cet homme sorti du milieu de la foule, sont soit jaloux, soit envieux, soit en colère. Et de cela, Jésus veut les guérir. Il leur fait comprendre qu'ils doivent, eux, changer.

Mais je pense que lorsqu'on est victime, au sens fort, de quelqu'un, il peut-être plus que légitime de demander à Jésus (ou à l'Esprit Saint) de faire une brèche dans le cœur de l'autre, pour que cet autre ouvre les yeux et se rende compte du mal qu'il est en train de faire. Je pense aussi que ces demandes là  doivent être des demandes collectives, parce qu'elles touchent à l'expulsion du mal.


Mais ce texte finalement me permet de comprendre que si j'en veux à quelqu'un, fut-il ou non de ma famille, Jésus ne fera pas de miracle à ma place, il ne changera pas le cœur de l'autre, mais il m'aidera à changer mon cœur, et de ce fait à sortir de la position de victime; et c'est cela qui aujourd'hui est important pour moi.