vendredi, février 15, 2019

L'envoi en mission des disciples. Lc 10, 1-10

L'envoi des disciples en Luc 10.

C'est un texte qui revient fréquemment dans la liturgie. Il était choisi pour la fête de St Cyrille et St Méthode. 

Je reste volontairement sur la péricope de Luc, car dans l'évangile de Matthieu les envoyés ont des pouvoirs analogues à ceux des apôtres, et des consignes précises pour éviter certaines villes. 

Chez Luc, c'est assez différent. Jésus qui  (Lc 9) a déjà envoyé en mission ceux de la première heure, ses apôtres, se rend certainement compte que ce n'est pas suffisant, et décide d'en choisir 72, ce qui n'est pas rien. Bien sûr, cela renvoie au livre de l'Exode, Moïse choisissant 70 ou 72 "anciens" pour être des juges; ou encore au nombre de nations connues à l'époque de Jésus. Cela c'est pour le symbolisme.

Mais si on prend un peu le texte au pied de la lettre, si on écoute ce que l'évangéliste met dans la bouche de Jésus, on se rend compte qu'il y a des verbes, beaucoup de verbes.

 Il y a un premier groupe de verbes (d'action) qui permettent de voir ce qui se passe: Jésus désigne un certain nombre d'hommes, les envoie deux par deux, pour le précéder (même si cela n'est pas dit explicitement). ("désigna": "passé simple" dans la traduction AELF).

Puis, première consigne qui est étonnante: priez le maitre de la moisson d'envoyer des ouvriers pour sa moisson. Un peu comme si Jésus leur demandait de susciter de nouveaux disciples, et que c'est peut-être cela leur mission première. Et finalement les ordres qu'il donne par la suite obligeront ceux qui croisent ces missionnaires à se poser des questions. Pourquoi agissent-ils comme cela? Qui les a envoyés? Quel est celui qui les motive ainsi. Bref l'étonnement, qui ouvre et qui peut susciter des vocations comme on dirait aujourd'hui. Là c'est à l'impératif.

Et peut-être que le comportement des envoyés va provoquer aussi le rejet, et alors la phrase qui est inquiétante - "je vous envoie comme des brebis au milieu des loups" - montre que c'est ainsi que celui qui veut annoncer doit se présenter. Or il y a dans les psaumes une phrase qui dit: heureux les doux, ils auront la terre en héritage. La douceur est peut-être ce qui peut interroger, et ouvrir le cœur des autres. Là, je peux penser qu'il s'agit de l'aujourd'hui, que cela reste vrai. 

Puis tout un tas de consignes: pas de bourses, pas de sac, pas de sandales, pas d'arrêt (ne saluez personne en chemin), et des règles de conduite: commencer par déposer la Paix reçue dans la maison qui accueille, rester là où on est accueilli, même si c'est frugal; manger avec reconnaissance et savoir que c'est normal. A la limite c'est s'intégrer à la vie de cette maison, sans faire de complexes.

Et finalement la mission: guérir et parler. Mais c'est la conduite de ces hommes qui va faire comprendre que le règne de Dieu s'est approché. Et c'est Jésus qui ensuite fera comprendre que le règne de Dieu est là. 

Seulement, quand on est envoyé en mission, il y a une partie de soi qui est un peu survoltée, et une autre qui panique un peu quand même, parce que même si on est deux, on est quand même très seuls et loin des autres; loin du groupe qui lui est porteur, loin du Maître. On peut se sentir un peu perdu, avoir un peu peur. Et c'est ce que j'ai voulu exprimer dans le texte qui suit.

Un des 72 choisis par Jésus raconte

Quand il nous a choisis pour être comme ses témoins, pour être un peu comme les Douze qu'il avait envoyés pour être comme ses doubles, nous étions dans la joie. Seulement cette joie, il l'a un peu rognée en mettant, comme on dit, les points sur i. 

D'abord il nous a dit qu'il nous envoyait comme des brebis au milieu des loups. Alors quand je vois comment les pharisiens sont là à nous surveiller, à nous espionner, à vouloir nous lapider, quand je pense à toutes ces villes et ces villages qui sont habités par des non-juifs, eh bien oui, j'ai peur. Comment allons nous être accueillis? Bref j'ai un peu peur. 

Ensuite, comme pour ceux qu'il a déjà envoyés, il nous a dit de ne rien prendre avec nous. Pas de sandales de rechange, pas de provisions, pas d'argent. Moi qui aime bien assurer ma sécurité, ça aussi ça me fait peur. Dépendre des autres, peut-être finalement mendier, que je n'aime pas ça. 

Et voilà, il nous a envoyés. Il nous a dit "Allez", et ce "Allez", c'est comme s'il nous donnait la force de partir, comme s'il nous poussait en posant sa main sur nos épaules. Une petite poussée et nous voilà sur le chemin pour l'annoncer. Mais même si nous sommes deux à marcher, j'ai un peu peur.

Il a aussi ajouté qu'on ne devait pas perdre de temps à saluer des amis si on en rencontrait, et finalement chercher une maison qui pourrait nous accueillir. 

Là, il a dit quelque chose qui pour moi est important, car c'est donner ce que nous avons reçu de Lui. Dire "Shalom" à la maison qui veut bien nous accueillir, c'est donner la Paix qui est en nous, la Paix qui vient du Très Haut, mais aussi la Paix qu'il a mise en moi quand j'ai décidé d'essayer de le suivre. Maintenant, que la Paix revienne sur moi s'il n'y a personne pour la recevoir, je n'y crois pas trop: il y a toujours quelqu'un sur lequel la paix peut se reposer, et demeurer, un peu comme un oiseau qui a trouvé un perchoir, un abri, un refuge et qui s'y trouve bien. Peu importe si mes yeux ne sont pas capables de voir, mais la Paix donnée, elle est donnée et elle trouve bien un lieu de repos.

Jésus nous a dit d'accepter avec simplicité ce qu'on nous offrirait à manger. Cela m'effraie un peu, parce que nous serons peut-être accueillis par des personnes qui ne respectent pas les prescriptions de Moïse, mais Jésus nous a déjà fait comprendre que les prescriptions c'est une chose, l'amour c'est autre chose, alors on verra bien; et c'est vrai que si les personnes qui nous offrent l'hospitalité ne mangent pas comme nous, c'est déjà bien beau qu'elles partagent avec nous. 

Il nous a demandé de guérir les malades, et de dire que la règne de Dieu s'était approché. C'est sûr qu'une guérison cela permet de comprendre que du bon est en train d'arriver, et que ce bon c'est Dieu seul qui le donne. Nous ne sommes que des instruments. 

Mais je crois que ce que nous avons à dire, et c'est quand même ce qui nous fait jubiler de joie, c'est que si nous sommes sur les routes, c'est parce que nous avons rencontré celui sur lequel repose l'Esprit de Dieu, qui fait des choses magnifiques, qui dit des choses qui nous transportent, même si on ne comprend pas toujours, et que c'est lui qui va venir dans cette ville et qui va l'ouvrir à la présence du Tout Puissant. Oui c'est cela que je veux dire, et même si la peur est un peu là, je sais que nous y arriverons. Et si on se fait jeter dehors, on ira ailleurs, et on trouvera bien un lieu où nous pourrons révéler le nom de notre maître: Dieu Sauve, Dieu sauve aujourd'hui.



mercredi, février 13, 2019

Le pur et l'impur. Mc 7, 1-23

La lecture continue de Marc propose, au début du chapitre 7, deux épisodes que j'ai regroupés en un seul. Au début, Jésus se fait tancer par les pharisiens qui lui reprochent de laisser ses disciples manger sans se laver les mains (ce qui est contraire à la tradition des anciens, et qui est pratiqué par tous les juifs, note Marc pour les lecteurs non juifs). Jésus semble s'emporter un peu sur cette "tradition des anciens" qui dénature la loi de Dieu donnée à Moïse, puis la question de l'impureté revient, comme si Marc se servait de ce petit épisode (mains non lavées) pour déboucher à la fois sur un enseignement - il n'y a pas de nourriture impure (ce qui renvoie aux actes des Apôtres au chapitre 10 -, mais aussi que même les païens (les impurs par définition) peuvent recevoir le salut (guérison de la petite fille de la femme syro-phénicienne). En d'autres termes, la fin de ce chapitre montre bien que Jésus est celui qui détient une sagesse qui est au-dessus de la sagesse, et une intelligence qui est au-dessus des intelligences (Is 49, 14). Je cite ce verset car il suit directement celui qui est comme "balancé" aux pharisiens pour leur faire comprendre qu'ils se trompent, mais qu'ils ne peuvent pas ignorer. 

J'ai eu envie de laisser parler un disciple, un de ceux qui ne s'est pas lavé les mains, pour raconter ce que lui a compris de tout cela.

Un disciple raconte:

Ce jour là, on était à la maison, à Capharnaüm, mais comme le Maître nous avait donné un certain nombre de tâches à accomplir, et qu'il y avait tout le temps du monde qui venait pour voir Jésus, trouver le temps de manger n'était pas facile. En plus, il y avait des religieux venus de Jérusalem. Eux, ils ne venaient pour se faire guérir, ils venaient à mon avis pour espionner et chercher des noises à Jésus.

Comme nous avions faim, d'autant que nous nous étions levés tôt, pour prier avec notre Maître, qui lui se levait avant que le soleil ne se lève, nous avons déjeuné rapidement, sur le pouce comme on dit, sans nous laver les mains. Mais cela ne nous a pas empêchés de remercier le Tout Puissant qui nous permettait d'avoir de quoi manger, nous qui étions pris par le désir du royaume. Mais les autres, les observateurs, ils ont juste remarqué que nos mains n'avaient pas été lavées (ils disent purifiées), et aussitôt ils ont attaqué Jésus en lui demandant pourquoi il ne nous obligeait pas à nous laver les mains pour respecter la tradition. 

Alors là, j'ai vu son visage changer de couleur. Le mot "tradition", il ne le supporte pas. Il nous montre comment aimer, comment écouter, comment porter du fruit, mais autrement, pas comme avant. Alors il leur a balancé une phrase du prophète Isaïe, pour leur faire comprendre que Dieu n'aimait pas ceux qui font semblant, ceux qui respectent une tradition mais qui dans leur cœur ne respectent pas les paroles données par Le Seigneur à Moïse sur la montagne. Et là, si je puis me permettre, ils en ont pris plein la g… Parce qu'il leur a parlé de ce "Korban" qui fait qu'au lieu d'aider les parents dans le besoin alors que c'est le cinquième des commandements donnés par Moïse, on laisse les parents crever de faim sous prétexte que l'argent est pour le Temple. Et là, il a bien raison notre maître.

Peut-être qu'ils ont pensé à la phrase du prophète qui suit celle que Jésus leur a citée, et qui dit que le 'Tout Puissant va émerveiller le peuple par la merveille des merveilles, que la sagesse de leurs sages se perdra et que l'intelligence de leurs intelligents disparaître". Et là, s'ils ont pensé à cette phrase, eux qui savent la Tora par cœur, ils ont dû vraiment se demander qui était cet homme qui leur répliquait, mais qui est bien le sage, rempli de la présence de son Père. 

Alors, ils sont partis. Mais, je crois aussi que cette accusation d'impureté parce que nous ne nous étions pas lavé les mains, Jésus ne l'a pas digérée. Alors il a appelé tous ceux qui étaient là pour avoir une de ces phrases dont il a le secret, une sorte de maxime en fait, qui dit que ce qui rend impur ce n'est pas ce qui vient du dehors et que l'on met en soi; mais que c'est ce qui vient du dedans qui rend impur. J'ai bien pensé que cela concernait un peu ces envoyés qui sont remplis de mauvaises pensées, mais je ne savais pas trop. 

Et puis, quand on s'est retrouvés seuls avec lui, on lui a dit qu'on n'avait pas trop compris. Comme souvent, il a levé les bras au ciel devant nos têtes qui ne comprenaient pas… Il nous a expliqué que ce qui vient du dehors, ce qui rentre en tous, les aliments, cela ne peut pas nous faire de mal, nous rendre impurs, parce que ça ne reste pas en nous, ça transite. Mais que ces pensées qui sont en nous, pensées où nous voulons dominer l'autre, le condamner, oui ces mauvaises pensées, celles là elles font de nous des impurs. Du coup je me suis dit que désormais nous pourrions manger tout ce que la nature nous donnait, sans nous poser de questions sur le permis et défendu, et que cela serait une belle libération, mais que nous nous ferions sûrement mal voir. Enfin on verra plus tard. Mais les pensées, c'est autre chose. 

Car moi, moi ces pensées, oui je les ai, et je n'en suis pas fier. C'est tellement difficile de ne pas convoiter, de ne pas dire du mal.. Pourtant je sais qu'avec lui j'apprendrai à ne pas les laisser me dominer et que petit à petit, lui qui est capable de purifier un lépreux, de guérir une femme qui perd du sang, de toucher un mort et de lui rendre la vie, il saura me purifier. 

samedi, février 09, 2019

L'appel des premiers disciples - Lc 5,1-11

Dans l'évangile de Luc, Jésus est loin d'être un inconnu pour Pierre, puisqu'il a séjourné dans la maison de ce dernier et a guéri sa belle-mère (Lc 4,38); mais curieusement le récit de ce qu'on appelle "la pêche miraculeuse" semble ne pas avoir de relation avec ce vécu plus intimiste. Peut-être ne faut il pas chercher de réelle chronologie dans ces récits. Mais on sait que Luc, bien souvent, quand il veut mettre en évidence un personnage, le mentionne d'abord un peu comme en passant.

Là il se joue quelque chose d'autre: Jésus désormais ne sera plus seul. Cette pêche figure ce qui se passera après la Pentecôte (où trois mille personnes reçoivent le baptême); elle annonce le début de l'Eglise.

Mais je n'ai pensé à cela qu'après avoir laissé Pierre, ou plutôt Simon, raconter les événements.

Pierre raconte.

Je n'en reviens pas, je n'en suis pas encore revenu. Avec André, on avait passé la nuit sur le lac; et pas un seul poisson dans les filets. Enfin, si peu que ce n'est pas la peine d'en parler. On était découragés; et on a comme d'habitude lavé et plié les filets pour la prochaine pêche. C'est là qu'on a vu Jésus, cet homme qui parle de Dieu comme personne, en tous cas pas comme les scribes. 

J'ai eu l'impression qu'il cherchait quelque chose. Nos regards se sont croisés. Il est monté dans ma barque sans rien demander, et m'a dit de la pousser dans l'eau. C'est ce que j'ai fait. Il s'est alors assis, moi je veillais à ce que la barque ne bouge pas, et il a parlé. Je ne sais pas trop de quoi il parlait, j'étais fasciné par cet homme, car il se dégageait de lui une sorte de force. 

Puis il m'a dit de jeter les filets. Là j'ai pensé qu'il était un peu fou. On ne pêche pas dans la journée, mais ça, lui il ne devait pas le savoir. En fait j'avais eu l'impression qu'il voulait me dire merci de lui avoir prêté ma barque. Alors avec Jean, on a sauté dans l'eau, on est allé reprendre les filets, et on est parti avec lui là où sait qu'il peut y avoir du poisson. Et du poisson, on en a pris. J'avais l'impression que les poissons se jetaient dans les mailles, je voyais leur masse argentée qui allait vers mes filets. Je ne comprenais pas. Et quand on a voulu remonter les filets, ils étaient tellement pleins, tellement lourds qu'on a fait de grands signes à Jacques et Jean, qui sont venus avec leur barque et qui nous ont aidés. 

Les deux barques étaient tellement chargées qu'elles enfonçaient. 

Une sorte de panique m'est tombée dessus. J'avais juste prêté ma barque, je n'avais rien demandé, et voilà que la barque était pleine, trop pleine. J'ai eu peur du pouvoir de cet homme, et en même temps quelque chose se passait en moi, sans que je puisse dire quoi. J'ai dit une phrase bizarre, qui ne me ressemble pas, je lui ai dit de partir, de s'éloigner de moi, parce que je ne méritais pas un tel cadeau, parce que je me sentais tellement petit, tellement insignifiant. 

Mais lui, il m'a dit de ne pas craindre, et qu'il ferait de moi un pêcheur d'hommes. Là je ne sais pas ce qu'il veut dire, mais je sais que je vais le suivre. 

Quand nous sommes arrivés à terre, tous les quatre nous l'avons suivi. Et lui qui était seul, il ne l'était plus. Il nous avait; il nous avait sortis de notre lac, de nos habitudes, et nous allions être avec lui. 

La mort de Jean le Baptiseur - Mc 6,14-29


La mort de Jean le Baptiste revient fréquemment dans la liturgie, et elle est rapportée dans les synoptiques. Marc utilise dans son récit la renommée grandissante de Jésus, pour la comparer à celle de Jean. Or Jean a été mis à mort par Hérode, et celui-ci peut se demander comment ce nouveau prophète va agir vis à vis de lui. Jusque là Jésus ne s'en prend pas au pouvoir politique, mais sait-on jamais. 

On sait par les autres synoptiques que Jean-Baptiste, de sa prison, avait envoyé des messagers à Jésus pour savoir si celui-ci est bien le Messie; la réponse de Jésus avait été que Jean est "cet Elie qui doit revenir", réponse étonnante quand on sait que Jean a été décapité. Pourtant certains, dont Hérode se demandent ensuite si Jean est ressuscité dans Jésus; ce qui est quand même une drôle de croyance, mais qui montre qu'Hérode n'a pas du tout la conscience tranquille et qu'il craint que ce Jésus, comme Jean, ne vienne lui reprocher son mariage incestueux avec sa nièce Hérodiade, femme de son frère Philippe, qui s'est séparée de ce dernier pour vivre avec Hérode -  qui est un meilleur parti. 

Si Jean est Elie, alors Hérodiade est d'une certaine manière une nouvelle Jézabel, qui obtient ce qu'elle veut par le meurtre. Avoir la tête de quelqu'un montre bien la haine, et le désir de se débarrasser d'une personne gênante une bonne fois pour toutes. Tant que Jean est vivant, Hérodiade n'est pas tranquille, puisque Hérode le fait chercher dans sa prison pour parler avec lui; Hérode est un homme de compromis. 

Le récit de cette mort, nous l'écoutons sans sourciller parce que nous y sommes habitués. Mais décapiter un homme, à froid si je puis dire, porter sa tête sur un plat, ce qui est digne des tragédies grecques, cela fait froid dans le dos. 

Est-ce que l'Esprit Saint - qui parle à Jean, et lui a fait comprendre que l'homme qu'il a baptisé est celui qu'on attend -, le prévient et le prépare à ce qui va lui arriver? Rien n'est moins sûr. Et ce qui se passe là est un récit d'exécution politique. 

Si on se réfère à la Bible, il y a Judith qui tranche la tête d'Holopherne en abattant le tranchant d'une épée sur la nuque de sa victime. Mais pour Jean-Baptiste il s'agit d'un soldat. Et ce soldat, comment peut-être vivre ce crime qu'on lui demande de commettre au nom de son obéissance? A-t-il pu entrer dans la cellule, et donner soit un coup de hache soit un coup d'épée comme cela, à froid, sur un homme qu'il pouvait estimer et respecter? Sans rien dire, sans rien ressentir? 

Je ne sais pas comment les hommes lisent ce récit et l'imaginent, mais avec ma sensibilité, j'ai voulu essayer de mettre des mots dans la bouche de ce garde, qui a été obligé en pleine nuit, ou au petit matin, d'exécuter un saint homme; de manière à ce que ce récit, que nous lisons sans trop y faire attention, reprenne un peu sa dramaturgie. 


Le garde qui a reçu l'ordre d'exécuter Jean raconte

Si j'avais su, j'aurais inventé quelque chose pour ne pas être de service ce soir là! Je suis un des gardes du roi Hérode. Ce devait être un repas d'anniversaire, avec les dignitaires, certains de ses amis. Ces repas sont bien arrosés, si je puis dire. C'est normal. Et quand ces messieurs sont bien imbibés, on ne sait jamais ce qu'ils peuvent faire. 

C'était un repas normal en somme. Et puis Salomé, la fille d'Hérodiade, est entrée. Hérodiade, c'est la femme du roi Philippe, mais elle a quitté Philippe pour vivre avec Hérode; et cela Jean, celui qui baptisait sur les bords du Jourdain, le lui a reproché haut et fort. Comme Elie, il s'est attaqué au pouvoir royal, et cette nouvelle Jézabel lui en veut à mort. Elle est est remplie de haine pour ce saint homme (il se nourrissait de sauterelles, il portait une peau d'animal, et il prêchait la conversion pour tout le peuple). Elle voudrait qu'il disparaisse, qu'il se taise, mais le roi ne le veut pas. Le roi, souvent, fait sortir Jean de sa prison, et il l'écoute; il aime l'écouter. 

Je crois que tout ça, c'était une idée d'Hérodiade, car elle sait bien qu'un homme ivre est incapable de résister à la danse d'une aussi jolie fille. Et le roi, qui comme je l'ai dit avait beaucoup bu, lui a dit de demander tout ce qu'elle voulait, même si c'était la moitié de son royaume. Là, je savais qu'il disait un peu n'importe quoi, parce que son royaume, il le doit aux Romains, alors il ne peut pas en faire ce qu'il veut. Comme elle ne savait pas trop que demander, elle est allée voir sa mère. C'est là où j'ai vraiment compris que c'était bien un plan d' Hérodiade. Et cette mauvaise femme a demandé la tête de Jean. 

Quand la jeune fille est revenue dans la grande salle, personne ne s'attendait à une telle demande. On pensait qu'elle demanderait des bijoux, ou de nouveaux esclaves. Mais elle a demandé que la tête de Jean lui soit apportée sur un plat. 

Quand j'ai entendu cela, j'ai eu froid dans le dos. Comment pouvait-on avoir autant de haine pour quelqu'un. 

Mais le pire c'est que le roi m'a donné l'ordre de décapiter Jean.

Bien que je sois un homme aguerri, tuer un homme, tuer un saint homme, j'ai eu peur; et j'ai eu envie de fuir. Mais si je refuse, je sais que ma famille sera passée au fil de l'épée. 

Alors je suis allé dans la prison. Je suis entré dans le cachot. Et il m'a regardé, et je l'ai regardé. Je ne pouvais pas l'égorger, ni le frapper à la nuque par derrière. Ce n'était pas possible. Alors je l'ai étranglé, et ce n'est qu'ensuite que j'ai coupé sa tête. J'en fais encore des cauchemars, même quand je ne dors pas. Je me vois avec mon glaive en train de détacher la tête de son cou. C'est affreux. 

J'ai posé la tête sur un plat, c'est un autre que moi qui a remonté la tête pour la donner à la jeune Salomée qui l'a remise à sa mère. J'espère que cette femme ira brûler dans la géhenne de feu. 

Je ne suis pas revenu dans la salle du festin, d'ailleurs tous étaient plus ou moins dégrisés. Je suis allé prévenir les disciples de Jean pour qu'ils prennent le corps et qu'ils lui donnent une sépulture.  

Et je vis avec cet acte qui m'a été imposé. Je sais qu'il y a ce Jésus, qui annonce lui aussi le royaume. Je sais qu'il a dit à un paralysé que ses péchés étaient pardonnés. Alors je vais aller le trouver pour qu'il me pardonne ce péché, pour qu'il me prenne comme disciple. Je ne veux plus être garde, je ne veux plus  être sous les ordres de fous.

mercredi, février 06, 2019

Jésus dans la synagogue de Nazareth. Mc 6, 1-6

Dimanche dernier, on lisait dans l'évangile de Luc la manière dont Jésus se fait "sortir" de la synagogue de Nazareth, et échappe à la mort. Dans le récit lucanien, cet épisode est l'un des premiers de la prédication de Jésus. On sait qu'il a fait des "choses" à Capharnaüm, mais Luc n'entre pas dans les détails. Peut-être que ce qu'il rapporte est une manière de parler de ce qui se passera plus tard à Jérusalem, à savoir sa mort.

Dans le récit de Marc, beaucoup de miracles ont été racontés, et Nazareth est une étape sur la route de Jésus, sauf que Nazareth n'est pas n'importe quelle ville, et que Jésus pouvait s'attendre à être accueilli comme l'enfant du pays, donc avec de la joie. Or ce n'est pas ce qui s'est passé...

J'ai donc essayé de laisser Jésus parler de cette déconvenue.

Jésus raconte…

Je suis passé dans beaucoup de villes et de villages de Galilée, mais jusque là je n'étais pas allé à Nazareth, où je suis né, où j'ai grandi; là où j'ai appris à lire la Tora; là où j'ai appris le métier de charpentier. Un charpentier aide à la construction des maisons, c'est lui qui fait les toitures, et moi, c'est à une autre construction que j'ai été appelé finalement: c'est de construire la maison de mon Père, dans le pays qu'il s'est choisi; cette maison où aimer est le maître mot. 

Ma mère était heureuse de m'avoir un peu à la maison, avec mes disciples, même si cela faisait du travail pour elle; du pain à pétrir. Et quand je la voyais faire, je me disais que je pourrais faire comprendre que le royaume, c'était comme ce levain qu'elle mettait dans trois mesures de farine, donc beaucoup de farine; et pourtant ce levain (la Parole) ferait tout lever, et permettrait d'avoir ce pain qui restaure le corps et le cœur. Elle a aussi remis des pièces sur nos affaires, et j'ai vu qu'elle ne prenait pas du tissu neuf; elle m'a expliqué que du tissu neuf tirerait sur le vieux, et que ça serait pire qu'avant. Et je me disais que je pourrais utiliser cela pour faire comprendre que mon enseignement était neuf, et qu'il était peut-être explosif.  

Quand je suis allé avec tous ceux du village à la synagogue, comme j'étais finalement un hôte de passage, c'est moi qui ai lu et qui ai enseigné. Ils avaient tous les yeux fixés sur moi. Et j'ai parlé du royaume et j'ai parlé de la conversion, et j'ai parlé de l'amour. Mais si au début j'avais l'impression que mes paroles étaient bien accueillies, très vite il s'est passé quelque chose. J'ai vu qu'ils se regardaient, qu'ils attendaient autre chose, qu'ils étaient déçus. Ils ont commencé à s'agiter, à parler entre eux; et ils ne comprenaient pas d'où venait ce qui m'animait. Ils ne comprenaient pas que c'était l'Esprit Saint qui me poussait à leur parler. Pour eux, j'étais devenu un homme qui se croit au-dessus des autres, et comme ils me connaissaient depuis toujours, ils m'ont même méprisé. Et ce mépris, c'est violent. C'est comme si je ne valais rien, comme si je n'étais pas digne d'eux. 

Peut-être qu'ils auraient voulu que je fasse des guérisons, mais je ne fais pas des guérisons pour faire des guérisons. Je guéris parce que au delà du corps, c'est le cœur que je veux changer, que je veux sauver. Et leur cœur à eux était dur comme de la pierre. 

Alors certes, j'ai guéri quelques personnes qui avaient de vieilles douleurs, qui avaient du mal à marcher, mais c'est tout.

Et je suis parti, un peu triste, même très triste; en me disant que nul n'est prophète dans son pays, mais que le royaume, je continuerai à l'annoncer dans tous les lieux où je passerai. Mais peut-être que j'aurais besoin d'aide, pour que les endroits où j'annoncerai la Parole soient comme préparés à ma venue.



mardi, février 05, 2019

"La résurrection de la fille de Jaïre" - Mc 5, 21-43

C'est un épisode bien connu, avec au milieu du récit, en sandwich comme on dit, la guérison de la femme qui perdait du sang. J'ai, il y a longtemps, raconté cette guérison. Aujourd'hui, je me suis centré sur cet homme qui est en train de perdre sa fille et qui, un peu en derniers recours, "saute" sur Jésus dès que celui-ci débarque de la Décapole. La phrase que Jésus dit est, pour moi, une des très rares phrases que j'ai vraiment reçue, non pas lors d'un groupe de prière, mais lors d'un baptême dans l'Esprit au cours d'une messe, il y a très longtemps. Et aujourd'hui cette phrase de vie reste fondamentale pour moi.

J'ai donc essayé de suivre Jaïre dans le chemin qui l'a mené au cours de cette journée là.

Jaïre…

Le trésor de ma vie refuse de manger depuis des semaines. Le trésor de ma vie ne veut rien, et sa maman et moi-même nous ne savons que faire. Et voilà qu'elle est couchée, qu'elle est tournée contre le mur, qu'elle ne parle plus, qu'elle ne veut même plus nous regarder. Si seulement Jésus était là, il pourrait faire quelque chose. Mais il n'est pas là. Et je ne sais que faire. 

Et voilà que j'apprends qu'il vient de rentrer; alors je vais prévenir ma femme que je vais le chercher. Tant pis pour les pharisiens qui disent que ses miracles il les fait parce qu'il a fait un pacte avec le chef des démons. Moi je vais le chercher. 

Je l'ai trouvé, et il me suit. Seulement il y a plein de gens dehors. Parfois je me demande ce qu'ils font de leurs journées. Et voilà que le Maître s'arrête. Il ne manquait plus que ça. Il veut savoir qui l'a touché. Et voilà que Salomé se jette à ses pieds, cette Salomé que personne ne visite plus, qui vit en recluse parce qu'elle perd du sang depuis des années, et dit que c'est elle qui l'a touché. Moi pendant ce temps là je bouillais. Et j'ai aperçu des gens de ma maison qui arrivaient, et j'ai eu peur quand je les ai vus. Et j'avais bien raison, car ils ont dit que la lumière de vie était éteinte.  

Mais Jésus a dit qu'elle n'était pas morte, qu'elle dormait, et que ce qui comptait, c'était de ne pas écouter ces oiseaux de malheur et de croire en lui. On est arrivé chez moi, il y avait déjà les pleureuses. Jésus les a renvoyées en redisant qu'elle dormait. Tout le monde se moquait de lui, mais si je puis dire, il s'en moquait aussi. 

On est montés dans la pièce où ma petite fille reposait. Les larmes nous sont montées aux yeux, à ma femme et à moi. Elle était si maigre, si légère, si petite. Jésus lui a pris la main, comme s'il voulait qu'elle se lève, comme on prend un enfant par la main. Il lui a dit "jeune fille lève toi" et j'ai vu ses yeux qui s'ouvraient, de la couleur revenir sur son visage, sa poitrine se soulever, et elle s'est levée. Elle est venue vers nous, et elle nous a tendu les bras. 

Jésus nous a juste dit de lui donner à manger, et nous savions qu'elle mangerait enfin; et de n'en parler à personne. Cela, c'est nettement plus difficile. Parce que, bien sûr, ma femme voulait faire une grande fête: l'enfant que nous avions perdue était revenue à la vie. 

Ce qui est certain c'est qu'il nous a rendu notre joie de vivre, et que quand je le regarde, je me dis qu'il est le nouveau prophète annoncé, qu'il est plus grand que le prophète Elie, qu'il est plus grand que le prophète Elisée; et qu'il est peut-être aussi le Messie que nous attendons, celui qui va nous libérer. Et j'ai hâte qu'il revienne dans ma synagogue pour commenter la parole. 

La délivrance de l'homme possédé par une légion de mauvais esprits. Mc 5, 1-20,

C'est un épisode que j'ai toujours beaucoup aimé, parce que les deux mille porcs qui se jettent dans l'eau, quelque part cela fait rire, même si dans la réalité l'endroit où se passe la guérison n'est pas au bord de l'eau. Mais on parle de Jésus qui  débarque dans ce pays qui est un pays non juif et qui d'emblée est confronté à l'esprit du mal et qui le chasse.

C'est aussi un épisode qui me parle, parce que autrefois, en hôpital psychiatrique, il y avait un monsieur que refusait de s'habiller, qui déchirait ses vêtements, et qui se débattait parfois beaucoup, un peu comme cet homme dont parle Jésus.

Je sais aussi que quand des personnes qui ont vécu des traumatismes graves vivent ce qu'on appelle de nos jours un stress post traumatique, souvent pour lutter contre des angoisses et des douleurs psychiques ou mêmes physiques ils s'agressent eux-même, car au moins cette douleur  là, même si elle peut nous paraître  "folle", elle s'explique, elle a une origine et elle est rassurante. Alors cet homme qui se taillade avec des pierres, pour moi c'est quelqu'un qui est en très grande souffrance.

Que Jésus l'en délivre me montre que Jésus peut guérir des ces maladies mentales, contre lesquelles bien souvent nous n'avons que des médicaments et nos pauvres paroles. Et cette guérison est bien signe de la vie qui est donnée par le Seigneur à tout homme, qu'il soit ou non croyant.

Pour raconter cet épisode, j'ai choisi de donner la parole à un de ceux que Jésus avait pris avec lui dans la barque, pour aller sur l'autre rive..

Des fous comme ça, on en n'avait jamais vu. Il était presque nu, il était plein de blessures, je veux dire qu'il se tapait dessus avec des pierres, il avait des chaînes aux poignets et aux pieds mais la chaîne qui aurait dû les relier était cassée. Il était sale, mais il n'était pas maigre. On a pensé que certains devaient lui porter à manger. Il devait avoir une famille, des amis, mais lui il vivait non pas en ville, mais au milieu de tombes. Je dois dire que ça m'a fait un peu peur.

Être accueilli par un possédé comme cela, alors que nous venions de débarquer chez les Géraséniens, en plein pays étranger, c'est rude. En plus nous n'étions pas chez nous, nous étions dans un pays de païens. Pourquoi notre Maître nous a-t-il demandé de le conduire là, c'est un mystère.

Et puis il s'est passé toute une série d'évènements. L'homme s'est prosterné, bon ça c'était bien. Mais il s'est mis à hurler après Jésus, en lui disant de cesser de le tourmenter, et qu'il savait que Jésus était "Fils du Très Haut". Pourtant c'était pourtant lui qui tourmentait cet homme. Et Jésus lui disait de sortir. En même temps, dire à Jésus qu'il est "Fils du très haut", c'est citer un psaume que nous chantons, un psaume qui rappelle que ceux qui se prennent pour des juges ne sont pas à l'abri de la mort. Alors c'était un peu étonnant. 

Toujours est-il que Jésus lui a alors demandé son nom, à cette entité qui faisait semblant de le reconnaître comme fils de dieu mais qui ne le faisait pas…Et là nous avons eu une surprise, car la réponse a été "légion". Alors peut-être qu'ils se croyaient les plus forts, mais ils ont compris qu'ils ne l'étaient pas. 

Et ils se sont mis à supplier. Supplier que la force de notre maître leur permette et de rester dans ce pays (et ça ça nous arrangeait bien parce qu'on n'a pas besoin d'esprits impurs chez nous, on en a déjà bien assez), et que Jésus les envoie dans les porcs qui étaient là. Comme si ils ne pouvaient pas y aller tout seuls. Bizarre ces esprits impurs. Ils ont besoin d'être dirigés. Bref notre maître a bien voulu, et là on a vu quelque chose d'inattendu. Tous les cochons ont plongé dans le lac, et comme nous on sait bien que cette mer intérieure est habitée par des forces du mal, ça ne nous a pas trop étonné. Comme ça, ils rentraient chez eux, ces esprits impurs. Seulement toutes les bêtes étaient dans l'eau, le ventre à l'air, mortes et ça, on pensait bien que ça allait faire du grabuge. 

Alors là, il s'est passé plusieurs choses. L'homme est allé vers les gardiens des troupeaux qui prenaient la fuite et leur a demandé des vêtements, et il est venu s'asseoir aux pieds de Jésus, et il le regardait avec une véritable adoration. Ses plaies avaient cicatrisé . Quant aux gardiens, ils avaient filé vers la ville, se demandant comment les propriétaires des troupeaux allaient les accueillir. 2000 têtes de perdues ce n'est pas rien.

Ils sont revenus avec les gens de la ville. Ils ont vu que celui qui errait dans les tombeaux était tranquille et paisible, mais bon, eux ils ne voulaient pas que Jésus reste, parce que des possédés il y en avait d'autres, alors l'idée de perdre encore plus de bêtes était insupportable. Et ils ont supplié Jésus de partir. Et dire qu'il était venu pour annoncer la venue de royaume. Et il a bien voulu. 

Nous nous sommes dirigés vers la barque. Notre nouvel ami, aurait voulu embarquer avec nous, lui aussi suppliait Jésus, mais le Maître a dit non. Il lui a demandé de rester sur place, et en quelque sorte de témoigner que le Dieu d'Israël était présent, que c'était Lui qu'il fallait adorer, et qu'il allait venir. Et que Jésus qui l'avait délivré n'était pas Fils du Très Haut, mais Le Fils du très Haut.

Et nous sommes rentrés chez nous. Dès que nous avons débarqué, nous avons rencontré un homme qui avait une petite fille très malade et nous sommes aussitôt partis chez lui. 

samedi, février 02, 2019

Dans la synagogue de Nazareth: fin. Lc 4, 21-30

La liturgie propose, pour ce dimanche, la fin de la péricope racontant la venue de Jésus à Nazareth. J'ai souvent eu l'impression qu'il y avait deux épisodes raboutés l'un à l'autre, parce qu'il est difficile de comprendre ce revirement et ce désir de mort; mais j'ai voulu respecter le texte proposé par Luc.

Donc, au début, tout est dans le meilleur des mondes possibles. L'enfant du pays est accueilli dignement; on le respecte, on comprend qu'il a un appel précis. Et puis, brusquement, comme si un ou des mauvais esprits étaient tombés sur l'assemblée, ça se gâte. On peut imaginer qu'on lui demande pour qui il se prend, qu'il n'est que le fils du charpentier; et puis, pourquoi est-ce qu'il n'arrive que maintenant, comme si Nazareth n'était pas digne de lui. Si je dis cela, c'est que, pour avoir un comportement aussi violent, les hommes de cette communauté ont du se sentir jaloux, mais jaloux de qui? De ne pas avoir été choisis comme Capharnaüm, par exemple.

Je me suis dit aussi que dans cette assemblée, Marie et les frères de Jésus pouvaient être là. Alors j'ai laissé la parole à Marie.

Marie raconte...


Mais quelle mouche les a piqués les uns et les autres. Aussi bien les présents à la synagogue, le jour du Sabbat, que mon fils.  Tout se passait très bien : il avait choisi un verset du livre du prophète Esaïe, il avait dit que c'était aujourd'hui que cela se réalisait, et donc qu'il était rempli d'Esprit Saint, et qu'il allait apporter le salut.Tous semblaient dans la joie. Et tout à coup, comme si un esprit impur était tombé sur eux, ils ont refuser de l'écouter,  ils se sont fermés. Ils ne voyaient en lui que le fils de Joseph, donc quelqu'un de quelconque, qui est frappé de la folie des grandeurs. Ils lui ont même reproché de ne pas avoir fait de guérisons, de ne pas avoir fait de miracles, comme si Capharnaüm valait mieux qu'eux. J'ai eu l'impression qu'ils lui en voulaient de ne pas avoir commencé sa nouvelle vie, là, à Nazareth. 
Seulement lui, il ne s'est pas laissé faire; il a cité la Torah, pour leur rappeler que les prophètes du temps de jadis, leurs miracles, ils ne les ont pas accomplis en Israël: que le prophète Elie, ce grand prophète qui est monté vivant auprès du Seigneur, c'est en terre étrangère qu'il a permis à une veuve et à son fils d'avoir de quoi manger tous les jours en période de famine. Que le prophète Elisée, c'est un étranger, un Syrien, un homme doublement impur finalement, qu'il a guéri de sa lèpre. 
Alors, ça les a rendus encore plus furieux. J'ai vu le moment où ils allaient le tuer, en le bousculant et en lui marchant sur le corps. Mais là, il a été le plus fort. Je ne sais pas comment il a réalisé cela, mais j'ai eu l'impression qu'il y avait une sorte de couloir qui s'ouvrait dans cette masse de gens en colère, un peu comme le couloir dans la mer rouge du temps de Moïse, et qu'il était passé au milieu d'eux; et même s'il a quitté la ville de son enfance, j'étais rassurée.. Il poursuivra sa mission, et je suis fière de lui.

Purification: Lc 2, 22-40

Là, on est bien 40 jours après la date de naissance, et ce texte, déjà lu dans le temps de Noël, est plus à sa place. Il me semble qu'il y a deux évènements différents. La purification, d'après le livre du Lévitique, c'est la réinsertion, moyennant un sacrifice, de la femme qui a donné la vie, dans la vie cultuelle dont elle avait été exclue. Cela se trouve au chapitre 12. Le chapitre suivant traite de la lèpre..
Et il y a aussi un rituel de consécration du premier né au Seigneur, puisque tous les premiers-nés lui appartiennent: livre des Nombres. On peut penser qu'il y a peut-être un sacrifice, mais rien de très clair à ce sujet. Si on pense à Anne dans le livre de Samuel (1Sam, 1, 4), elle offre un taureau, de la farine et du vin,  mais surtout elle donne son fils, pour tous les jours de sa vie, au Seigneur.

Il se trouve que pendant la lecture de l'évangile ce matin, je me disais qu'il y avait là un homme et une femme autour d'un petit d'homme. Et si ces deux là étaient comme des figures de ces deux qui seront au pied de la croix, quelques années plus tard: Marie la mère au coeur transpercé (avant celui de son Fils); et Jean, le disciple aimé. Du coup, j'ai eu envie de laisser parler Celui dont c'était le projet, donc Dieu.

Dieu parle..
Qu'est ce qu'il est beau mon fils. J'ai vraiment bien choisi ceux qui allaient l'élever. Ils sont là ce matin dans mon temple, et ils obéissent à la Loi. Ils doivent me consacrer leur fils, comme s'il ne m'était pas déjà consacré, mais ça ils ne peuvent pas le savoir. Il est totalement à moi, et en moi, de toute éternité. 
Ils doivent aussi en quelque sorte célébrer la réintégration de Marie dans la vie sociale, mais bon c'est du légalisme. Comme si une femme qui vient de donner naissance pouvait être impure. Moïse a cru bien faire, mais moi, je trouve qu'il a inventé plein de préceptes que je n'avais pas donnés. Ce sont les humains. Ils pensent avoir besoin de ça, d'établir des règles; mais cette impureté de la femme qui vient de donner la vie, c'est un peu bizarre. Mais ainsi Moïse et les prêtres ont de quoi faire, et aussi de quoi manger..
Je leur ai envoyé deux de mes serviteurs, enfin un serviteur et une servante, qui sont remplis de ma présence. Ils passent du temps à m'écouter, à connaître mes volontés. L'homme, c'est Syméon, et il est une sorte de voyant. Il sait que ce petit sera la Consolation de mon peuple, et que, grâce à lui, tous seront mes fils. Ils retrouveront leur véritable identité, celle d'être mes enfants. Il va pouvoir dire à Marie que ça ne sera pas facile pour elle et qu'elle vivra le pire qu'une mère puisse vivre: voir son fils accusé injustement et mis à mort comme un malfaiteur.
La femme, elle, est très âgée, et c'est une veuve, comme Marie le sera un jour. L'une et l'autre, elles savent que cet enfant donnera la vraie liberté.
Si j'ai voulu que ces deux là, ces deux remplis de mon Esprit, viennent aujourd'hui, c'est parce qu'un jour, dans le futur, mon fils sera en train de mourir, et il y aura aussi avec lui, un homme et une femme. 
Et que les deux qui seront avec lui, un homme et une femme, même s'ils ont la mort dans l'âme, resteront là, debout avec lui, et lui feront comprendre que Je ne l'abandonne pas; qu'il est bien la Gloire de mon peuple; qu'il a bien donné la délivrance, et que la mort et le mal sont vaincus. 
Que le dessin que j'avais, il l'a pleinement réalisé..

Mais cela, c'est pour le futur..

vendredi, février 01, 2019

La parabole du semeur: Mc 4, 1-20

C'est un texte qu'on connaît presque par coeur, et sur lequel j'ai déjà réfléchi et écrit (http://giboulee.blogspot.com/2017/12/la-parabole-du-semeur-mc-41-10.html). Là, j'ai essayé - et Dieu sait que c'est compliqué - de me mettre dans la peau d'un de ceux qui, après que Jésus soit descendu de la barque, est allé avec lui et les apôtres, et quelques autres, dans la maison de Pierre; donc un de ceux qui ont entendu l'explication.

Voilà ce qu'il raconte ...

Un des disciples:
Pas facile de le suivre, le Rabbi !

Je ne suis pas un de ceux qui vivent tous les jours avec lui, qui le suivent: je veux dire, qui ont tout laissé pour le suivre (et il bouge beaucoup). Mais chaque fois qu'il vient à Capharnaüm, alors je vais l'écouter, car j'aime quand il parle, même si je ne comprends pas tout. La toute première fois, ça se passait à la synagogue. J'ai aimé ce qu'il disait. Mais plus que cela, il y a sa présence, il y a son regard, un regard qui, quand il se pose sur vous est une rencontre; un regard qui émeut, un regard qui vous rend vivant. Ce regard a changé ma vie. Alors je continue ma vie, avec mon métier, ma famille, mes enfants, mais quand il est là, je laisse tout en plan pour être avec lui. 
Aujourd'hui, pour la première fois, il s'est mis à parler en paraboles et je n'ai pas trop aimé. Les paraboles pour moi, cela me fait penser à ces rabbis de Jérusalem qui discutaillent, qui racontent des histoires qui sont tirées de traditions que je ne connais pas, mais qui les inventent aussi. Je sais que Salomon proposait des paraboles et des énigmes à la reine de Saba, et moi je ne suis pas très intelligent et je trouve cela bien énigmatique. On dit que les paraboles ont une pointe, un sens caché; je ne dois pas être très doué. Heureusement, quand il a eu terminé, j'ai pu rester près de lui, aller dans la maison de Pierre, et l'entendre expliquer cette histoire de semeur et de graines.  
C'est drôle qu'il parle de la terre, alors qu'il est dans une barque, mais il est comme ça. Alors il a raconté l'histoire d'un semeur, un drôle de semeur, qui sème n'importe où. Qu'est ce qu'il cherche ce semeur? Sûrement pas la rentabilité... Quand on sème, on travaille la terre, et c'est sur la terre labourée que l'on sème. Celui là, non, il sème sur toutes sortes de terrains; mais il sème comme si il espérait que quelque chose allait quand même pousser. 

Ce semeur, il lance la semence sur de la terre bien tassée, bien sèche... Et c'est sûr que ça ne peut pas rentrer et que ce sont les oiseaux qui vont se régaler. 
Il sème là où il y a des sols pierreux, pas travaillés; et du coup, d'après lui, la graine pousse vite, mais dès que le soleil se met à donner, quelques semaines après, comme les racines ne sont pas dans la profondeur, alors ça brûle, ça se dessèche et on est triste de voir ça. Je dois dire que cela me faisait penser au désert de Judée. Parfois quand il pleut, plein de fleurs sortent d'un coup, mais dès que le soleil donne, ça se dessèche. Peut-être d'ailleurs que les judéens sont un peu comme ça.. 
Ensuite il sème dans une terre pas bien préparée; alors des ronces se mettent à pousser en même temps. Du coup, moi je voyais comme un combat entre les tiges qui voulaient sortir et les ronces qui veulent tout étouffer; et les ronces qui gagnent, ce qui me rend à nouveau malheureux. Et je pensais à ces terres en friche à côté des villes, ces villes où il va souvent, et où il y a des gens qui l'écoutent, mais qui ne restent pas.
Et puis enfin le semeur trouve la terre qui est prête, sauf que le rendement peut être variable. Je ne sais pas trop pourquoi, peut-être suivant la qualité de la terre ou de la semence. Mais là, le semeur doit être content, il a une belle moisson.
Je me disais que quand le roi David a voulu construire une maison pour le Seigneur, le prophète Nathan lui a dit que notre Dieu était un Dieu qui chemine. Et je pensais que ce semeur, il est comme notre Dieu, il va partout, il ne se cantonne pas à un endroit. Et Jésus, lui aussi, se déplace; il va dans les villes, dans les villages. Et peut-être que ce qu'il nous dit, c'est que dans les villes, sa parole à Lui, elle ne prend pas, elle n'est pas accueillie; et que c'est chez les gens simples que ce qu'il dit prend sens. Parce que lui, il s'adresse à tous ceux qui sont méprisés, qui n'ont pas de place, qui sont malades. Et ceux là parlent de lui; ils sont transformés.  

Quand il a eu fini avec cette histoire, il a dit une drôle de phrase: "Que ceux qui ont des oreilles entendent..." Oui, c'est vrai qu'on a tous des oreilles, mais des fois on peut être sourd. Ensuite tout le monde est parti; lui, il est descendu de la barque et il est allé chez Pierre. Et moi je l'ai suivi; et là j'étais content, parce que son histoire, il l'a expliquée. Je crois que j'avais déjà un peu compris que la terre sèche, c'était ceux qui écoutent en passant, mais qui ne sont pas intéressés. Pour la terre qui n'est pas assez profonde, là, je n'avais pas compris. Lui, il dit que ce sont ceux qui s'emballent, mais chez qui ça fait comme un feu de paille; et les ronces, il dit que ce sont des gens de bonne volonté, mais qui se laissent détourner à cause des soucis de la vie de tous les jours.
Que nous soyons des chanceux d'être avec lui c'est sûr. Mais il a eu une phrase qui m'a étonné. Il a dit: "Et ainsi, comme dit le prophète: 'Ils auront beau regarder de tous leurs yeux, ils ne verront pas ; ils auront beau écouter de toutes leurs oreilles, ils ne comprendront pas; sinon ils se convertiraient et recevraient le pardon.' "
 Alors là je n'ai pas compris. Le prophète c'est Isaïe, et il parle à ceux qui normalement ne sont pas de notre peuple, et qui fabriquent des idoles à partir de bouts de bois, comme si le bois était une divinité. Alors oui, ceux-là, ils ont des yeux pour voir, des oreilles pour entendre, mais ils sont des sots. Mais pourquoi ne doivent-ils pas se convertir et recevoir le pardon? Est ce que le royaume dont il parle est juste pour nous? Est-ce que le salut n'est pas pour tous les hommes? Il faudra que je le lui demande. Mais en attendant je veux, moi, que mes yeux et mes oreilles s'ouvrent toujours plus, car avec lui je suis un peu comme la graine qui un jour porte son fruit. Et puis je crois qu'en tout être il y a toujours un petit peu de bonne terre, qui peut produire du fruit; et qu'avec le vent, cette nouvelle graine qui sera arrivée à maturité se répandra sur tous ces terrains secs, pierreux, mal entretenus; et qu'ils finiront bien par porter du fruit.

mardi, janvier 29, 2019

Jésus et sa proche famille: Mc 3.

Par deux fois dans ce troisième chapitre de l'évangile de Marc, Jésus semble avoir des démêlés avec sa famille. Dans un premier temps, Mc 3, 20 ils veulent le prendre car "il a perdu la tête", alors que Jésus vient de conquérir une notoriété plus que certaine en opérant autant de guérisons. Mais l'ennui c'est que des guérisons le jour du sabbat, ça risque de poser problème, de même que les polémiques avec ces pharisiens qui sont proches du pouvoir religieux de Jérusalem. Alors dire qu'il est fou, qu'il a perdu la tête, même si c'est le comportement normal d'une famille quand un de ses membres a un comportement jugé déviant et qui peut même la famille en danger, c'est dire aussi qu'il est possédé.

Or la deuxième fois où la famille intervient, c'est bien après la grosse prise de bec de Jésus avec les scribes qui le disent possédé.. Et même si on ne dit pas pourquoi à nouveau ils sont là, c'est bien pour bloquer Jésus dans sa mission, le ramener à la maison, l'enchaîner.. Et bien entendu Jésus ne peut que se séparer de cette famille qui voudrait le réduire au silence.

Alors voilà, ce que Jésus peut-être pouvait penser ce jour là...

Jésus raconte..

C'est la deuxième fois qu'ils viennent pour m'empêcher de faire ce pourquoi j'ai été envoyé. Je peux imaginer que quand j'ai commenté le livre d'Isaïe dans la synagogue de Nazareth et quand tous les hommes présents ont voulu me cogner, me faire tomber, me faire mourir, après leur avoir faire remarquer que nul n'était prophète dans son pays, et qu'ils refusaient de voir en moi celui qui avait reçu l'onction, ma famille a eu peur. 
Je peux comprendre qu'ils aient peur pour eux, avec les pharisiens qui disent que je suis possédé, qui refusent d'ouvrir leur cœur. 
Mais de là, à dire que je suis fou, que je dois stopper mon ministère, parce que peut-être je leur fais honte, moi qui suis la consolation d'Israël (et cela ma mère l'a bien entendu, puisqu'elle me l'a raconté, au Temple de Jérusalem dans la bouche de Syméon), c'est qu'ils n'ont rien compris. 
Je pense qu'ils ont demandé à ma mère de venir, parce que comme les commandements de notre Dieu qui est mon Père, demandent d'honorer son père et sa mère, ils pensent faire pression sur moi, mais je sais que ma mère, elle qui au jour le jour, fait la volonté de mon père, est là contre sa volonté. 
Alors oui, je ne me suis pas levé, je ne suis pas allé vers eux, parce que ma famille désormais, ce sont sont qui font la volonté de mon père. Et ma mère, elle comprendra qu'elle est bien plus qu'une mère pour moi, qu'elle est la mère que mon Père a choisi. Mais les cousins, les autres, ils ne comprennent pas, ils ne comprennent rien, ils sont dans la peur. 

Un jour ils comprendront, mais pour le moment, ils ont peur que je sois un possédé, que j'attire la honte sur la famille. Comme je voudrais qu'ils comprennent que je suis là pour libérer, guérir et permettre à tous de comprendre que mon Père les aime.  Et cela, ceux qui étaient avec moi, ils l'ont entendu et j'ai vu combien leur joie était grande.

dimanche, janvier 27, 2019

Jésus dans la synagogue de Nazareth: Luc 4, 14-21

La liturgie de ce jour propose le tout début de l'Evangile de Luc et fait un saut pour nous présenter Jésus dans la synagogue de Nazareth. Mais il y a eu le baptême, il y a eu le temps dans le désert, il y a le début de prédications et voilà que Jésus se retrouve dans la synagogue où il a sûrement appris à lire la Tora. Et le voilà qui devient celui qui prend la parole..

Comme souvent, il m'arrive d'avoir envie de parler à la première personne, et ce texte m'a permis de relater un peu ce que Luc a pu nous dire de Jésus avant le début de ce qu'on appelle la vie publique.

Jésus raconte...

Quand je suis allé trouver Jean sur les bords du Jourdain pour recevoir son baptême, je n'avais pas à changer de vie, je n'avais pas à renoncer au Mal, mais je devais vivre un événement qui allait comme concrétiser ce que je ressentais depuis de longs mois. Et quand je me suis plongé dans les eux vives et frémissantes du Jourdain, je suis resté longtemps plongé dans l'eau, jusqu'à en perdre le souffle, jusqu'à descendre au plus profond de moi, dans les ténèbres, comme si malgré tout quelque chose devait disparaître. Et que je suis sorti de l'eau, quelque chose s'était déchiré en moi, quelque chose parlait en moi, quelque chose me disait que j'étais celui qui allait faire comprendre que le Très Haut qui était mon Père, qui me considérait comme son Fils était un Dieu qui aimait les hommes, qui leur voulait du Bien, du Bon et qui par moi, allait leur montrer un chemin de vie. 

Je sais que cela Jean l'a vu, car il m'a dit avoir vu une colombe descendre du ciel et demeurer au dessus de moi, et qu'il avait entendu la même voix que celle que j'avais entendue et qui disait qu'en moi, Dieu avait mis tout son amour. Je crois que d'autres ont aussi entendu comme une sorte de bourrasque, mais ils n'ont pas compris les paroles. 
Tout de suite après, je suis parti dans le désert, pour comprendre, pour me préparer. Durant ce temps, j'ai dû me positionner, car malgré tout en moi, ce n'était pas simple et il y a eu un combat. Car oui, j'ai eu faim, j'ai eu soif et il y avait en moi la tentation de dire aux pierres de se transformer en pain, mais en même temps, je savais que cela eut été prendre la force qui était là en moi, cette force de l'Esprit de mon Père, pour moi et que ce n'était pas ça mon appel. J'ai eu aussi l'envie de sauter dans le vide, pour voir si je pouvais être plus puissant que cette force qui nous fait tomber, pour savoir si j'étais un peu comme un ange,  mais cette idée est partie aussi vite qu'elle était venue. Il y avait aussi la tentation d'imaginer que ce pouvoir pouvait faire de moi le Messie attendu, le libérateur du joug des romains, mais ce que mon Père attend de moi, c'est que je libère les hommes, tous les hommes de l'esclavage du mal, de la convoitise, de l'adultère…

Une fois ces pensées parties, ces renoncements  accomplis, je suis allé un peu comme Jean l'avait fait, mais autrement, annoncer que le royaume de Dieu était là. Et j'ai parlé un peu partout de la Judée à la Galilée. Et aujourd'hui, me voilà à Nazareth chez moi, dans cette ville qui m'a vu grandir, où j'ai appris mon métier de charpentier, où j'ai appris à lire la Tora et à en faire mes délices. 

Alors, après avoir lu les psaumes, on m'a présenté le rouleau du prophète Isaïe, pour choisir une phrase et la commenter. Et j'ai choisi cette phrase qui dit que l'Esprit du Seigneur est sur moi, qu'il m'a consacré par l'onction (même si je ne suis pas David et que je n'ai pas été consacré par une huile versée sur ma tête), et que j'annonce la délivrance pour les malheureux, car oui, désormais les aveuglés par leur péché ouvriront les yeux, ceux qui sont captifs du mal verront leurs liens tomber, ceux qui se sentent emprisonnés dans le malheur découvriront la joie d'être sauvés. Tout cela, parce que c'est la volonté de mon Père, je vais le réaliser pour eux.

Mais le comprendront- ils? Comprendront-ils cet "aujourd'hui" qui est là pour eux? 

mardi, janvier 22, 2019

Jean le Baptiste.

Ce petit texte, où Jean le Baptiste prend la parole, se veut comme une conclusion du cycle qui se déroule entre le début de l'Avent et la fin du temps de Noël, temps qui se conclut par le Baptême de Jésus et ouvre la vie publique.

Le temps de Noël s'achève par le baptême de Jésus, baptême rendu possible par le ministère de Jean. Or, même si on admet que le choix des rédacteurs des évangiles est de montrer qu'il n'y a pas deux doctrines, celle de Jean avec le baptême de pénitence (ou de conversion), et le baptême de Jésus dans l' Esprit (et que c'est bien ce baptême là qui a fait de Jésus réellement le Saint de Dieu, le Fils), il n'en demeure pas moins que Jean attend celui qui doit venir, et que Jésus ne prend sa stature qu'après le baptême, comme si quelque chose s'était, non pas réveillé en Lui, mais éveillé. 

En lisant ce matin le début de l'évangile de Marc, où il est dit que Jésus enseigne avec autorité, et qu'il chasse les esprits impurs, je ne peux que constater combien la différence avec Jean est manifeste. Et l'envie d'écrire m'est venue, comme pour conclure ce petit cycle de textes qui sont venus s'imposer à moi durant ce temps de Noël - enfin durant cette grande période qui s'étale sur presque un mois. 



Jean raconte

Je savais bien que ça allait arriver, qu'il allait venir, que je le reconnaîtrais. 

Lui c'est cet homme qui a presque le même âge que moi, le fils d'une petite cousine de ma mère, donc un cousin, un frère, sauf que je ne l'ai jamais rencontré. 

Il faut dire que mes parents, qui m'ont eu tardivement, qui m'ont reçu comme un cadeau - car à leur âge avoir un enfant c'était impensable, m'ont raconté pourquoi ce miracle avait eu lieu pour eux et que je serais un jour celui qui annoncerait sa venue.

Ma mère m'a raconté que quand Myriam, cette petite cousine de Bethléem, la fiancée de Joseph, est arrivée, alors que rien, mais vraiment rien, ne pouvait faire imaginer qu'elle attendait elle aussi un enfant, moi, j'avais comme tressailli en elle, qu'elle avait senti que l'Esprit tombait sur elle, tombait sur moi. Elle avait ressenti une joie intense, joie de me savoir bien vivant, mais aussi une autre joie, celle de savoir qu'une autre vie était en route, et que celui là serait le Sauveur que nous attendions; et que moi, je serai celui qui préparerait sa voie. 

Mais la vie a fait que cet enfant, je ne l'avais jamais rencontré. Je savais qu'un jour il serait là, mais c'est tout ce que je savais. J'imaginais que lorsqu'il prendrait la parole, il serait comme une faucille qui vient faire la moisson, et qu'il séparerait le bon grain du mauvais, qu'il purifierait le peuple. Et moi, la voix qui crie dans le désert, j'appelais le peuple à la conversion. 

Comme j'avais vécu dans le désert et rencontré les les Esséniens, ces hommes qui se purifient pour accueillir celui qui doit venir, j'avais compris que je devais demander à ceux qui comme moi attendaient le Messie et qui voulaient être prêts, un geste fort. Ce geste c'était de faire comme jadis Naaman le Syrien, de se plonger des eaux du Jourdain, pour que ces eaux saintes les débarrassent de la lèpre du péché; et qu'en sortant de ces eaux ils changent de vie. Très vite j'ai eu des disciples qui sont venus me rejoindre, mais ils savaient que je n'étais pas le Messie.

Un jour, pendant que je priais, j'ai eu comme une vision. J'ai vu un homme jeune, qui venait pour être plongé dans les eaux du fleuve. Et tandis qu'il remontait, je voyais comme une colombe qui venait d'en haut et qui se posait sur lui. Et cette image de la colombe, cet oiseau qui montrait à Noé que la terre portait à nouveau du fruit, était là. Et j'espérais que cela adviendrait. 

Et le temps a passé, et j'attendais.

Et voilà qu'un jour, je l'ai vue la colombe. Elle s'est posée sur cet homme qui disait se nommer Yéshoua de Nazareth; et j'ai vu les cieux qui s'ouvraient, la terre et le ciel enfin réunis, et une voix qui disait: "Celui ci est mon fils bien-aimé, celui en qui j'ai mis toute ma joie, tout mon amour". Comment un être humain peut-il être comme le réceptacle de l'Amour du Très Haut? Cela je ne le sais pas, je ne le comprends pas, mais je sais que c'est vrai. En Lui, Dieu est présent. Cette voix, je ne sais pas qui l'en entendue, mais en moi, elle a résonné. 

J'ai aussi compris en un éclair que celui-là, celui qui venait de faire comme tous les pécheurs, de se plonger dans les eaux du Jourdain, n'était pas un pécheur, et serait comme l'agneau qui en Egypte avait permis au peuple de ne pas être confronté à la mort des premiers-nés; et que son sang donnerait la vie à notre peuple. Et moi, je sais que je ne suis pas digne de toucher même la courroie de ses sandales. Il est le Saint. 

Cela, je l'ai transmis à mes disciples; certains m'ont quitté pour aller vers lui, et je m'en réjouis, car je suis comme l'ami de l'époux et ma joie est parfaite. Certains de ceux qui le suivent m'ont raconté qu'après son baptême il avait été conduit par l'Esprit dans le désert, qu'il avait rencontré l'Adversaire et qu'il l'avait vaincu, et qu'il annonçait que le Royaume était tout proche.

dimanche, janvier 20, 2019

Les noces de Cana: Jn 2, 1-12

Ce signe, l'eau transformée en vin, l'eau puisée qui devient vin, permet aux disciples de croire en Jésus.  J'avais d'abord pensé laisser la parole au disciple (celui qui avait suivi Jésus en même temps que le frère de Simon, André), mais vu l'insistance portée sur"ceux qui servaient", j'ai laissé la parole aux serviteurs;

Les serviteurs parlent… 

On était au deuxième jour de la noce, on commençait à en avoir plein les bottes et on s'est rendu compte qu'il n'y avait plus de vin. Par certains côtés cela nous arrangeait, mais ce n'était pas à nous de nous occuper de cela. Il y avait une jeune femme, enfin peut-être pas si jeune, mais elle le paraissait, et aussi son fils. Lui, c'était un très bel homme. Il ne buvait pas comme les autres. Il avait avec lui des amis qui s'étaient invités avec lui à la noce. Ces cinq là, ils n'étaient pas comptés, mais ces grandes fêtes là, elles sont ouvertes à tous. 

Elle, elle s'était rendue compte que nous étions soucieux, et puis nous avions un peu peur de la réaction du maître du repas. Lui, il n'est pas drôle, il contrôle tout, il est partout et pas question pour nous de ne pas être attentifs aux besoins des uns et des autres et quand les gens comment à être un peu ivres, ce n'est pas facile. 

Elle a attrapé son fils par la manche et comme on n'était pas loin on a entendu qu'il lui disait- et cela nous a surpris, parce que ce n'est pas comme cela qu'on répond à la mère qui vous a porté dans son ventre, qui vous a mis au monde, qui vous a élevé -, " femme que me veux-tu, mon heure n'est pas venue". C'était étonnant cette phrase.. Et qu'est ce qu'il voulait dire par "mon heure n'est pas encore venue"? Qui était-il ce galiléen? Et pourtant lui, il n'avait pas bu, donc il ne pouvait pas être pris par la folie des grandeurs. Bref on n'a pas compris. Elle, elle s'est approchée de nous et elle nous a dit que s'il nous demandait de faire quelque chose, nous devrions le faire. Après tout pourquoi pas. 

Et lui, il est arrivé un peu plus tard, et vraiment pour le vin, il n'en restait plus. Les outres se vidaient les unes après les autres. Il nous a demandé de remplir d'eau, les grandes cuves qui servent aux ablutions. Là on n'était pas très contents, parce que l'eau, il faut aller la chercher à la source, mais bon c'était comme ça. Et on a rempli les six cuves. On était fatigué.. On se demandait ce qui allait se passer. C'était bien gentil d'avoir de l'eau, mais ce n'était pas ça qu'on avait besoin. 

Il nous a demandé d'en puiser un peu, et de l'apporter au maître su repas et là, on a vu que l'eau limpide avait changé de couleur. On n'en croyait pas nos yeux. On avait l'impression que quelque chose avait changé en nous, autour de nous, et nous ne sentions plus la fatigue. 

Bref, on a apporté de cette eau changée en vin à celui qui était le régisseur, il l'a goûté, (nous on se demandait un peu quel goût ça allait avoir) et sans nous regarder il s'est dirigé vers le marié et on avait l'impression qu'il n'était pas content. On a su qu'il lui avait reproché d'avoir gardé ce vin qu'il trouvait excellent pour la fin de la noce, à un moment où convives n'étaient plus capables de faire la différence entre un bon vin et de la piquette. Mais bon, c'était comme ça, sauf que nous, on savait que c'était un vin mystérieux. 

La noce s'est terminée, et nous les serviteurs, nous sommes allés trouver ce Jésus et nous lui avons dit que nous voulions le suivre, et il a bien voulu. C'était le premier miracle qu'il faisait, et cela nous avait fait penser à Moïse qui transforme les eaux du Nil en sang. Et nous ne savions pas qu'un jour il donnerait son sang pour nous, mais ce jour là, nous étions dans la joie de pouvoir le suivre.