lundi, mars 26, 2007

Marie de Nazareth: "non je n'aime pas Jérusalem".

Catherine Lestang
Marie de Nazareth.

Ma ville à moi c’est Nazareth, pas Jérusalem. Toute ma famille vit à Nazareth, mon époux Joseph qui lui était de Bethléem y est enterré. Mon fils Jésus lui arpente tout le pays depuis presque 3 ans. Pour les notables, notre Galilée a mauvaise réputation. Ils la considèrent comme une province impure. Est ce l’histoire de cette terre ? Est ce la proximité de villes grecques ? D’ailleurs ceux de Jérusalem se moquent de notre accent! Et pourtant elle est belle et fertile cette terre.

Aujourd’hui je suis à Jérusalem parce que j’essaye de rester dans le sillage de mon fils. Mais je n’aime pas Jérusalem. Mon fils dit que cette ville tue les prophètes. Et Lui Il est un prophète.

Quand il a commencé à dire qui Il était, après son baptême par son cousin Jean dans les eaux du Jourdain, à parler du Royaume, à guérir, à enseigner, j’ai essayé tout en restant très discrète, de ne pas trop m’éloigner. Mais avec ma famille cela n’a pas été facile ; car très vite ils se sont rendus compte que Jésus allait s’attirer des ennuis et donc en attirer aussi à notre famille. Ils auraient bien voulu qu’il rentre tranquillement à la maison, qu’il reprenne son métier de charpentier.

Quand nous avons essayé, ou plutôt quand ils ont essayé de le ramener à ce qu’ils croient être la raison, il a eu des phrases dures envers nous : « Qui sont mes frères, qui est ma mère ? Ce sont ceux qui entendent la parole de dieu et la suivent ». La parole, je laisse résonner et agir en moi depuis toujours, mais que c’est difficile d’être la servante du Seigneur ! Que c’est difficile d’être la mère d’un tel homme.

Il faut dire que mes relations avec lui ne sont pas si simples. À Cana, là c’était tout au début, nous étions invités, moi avec notre famille, lui avec ses disciples, ces jeunes hommes qui avaient été appelés par lui, pour ce mariage. Je m’étais rendu compte que le vin allait manquer et je n’ai pas pu m’empêcher de le lui dire ; souvent les hommes ne remarquent pas ce genre de chose. Il a eu une phrase étrange, comme s’il voulait mettre une distance entre moi et Lui, comme si moi je ne savais pas qu’il n’était pas mon fils mais Son fils. Il m’a dit : « Femme, quoi entre toi et moi ». Cette phrase m’a fait aussi mal que la phrase prononcée par le vieillard Syméon quand nous sommes allés à Jérusalem 6 semaines après sa naissance . Lui il m’avait dit, après avoir loué notre Seigneur, de lui avoir révélé que ce bébé était destiné à être le Sauveur d’Israël, le Messie, le Roi, « et toi une épée te transpercera le cœur ». Dire cela à une jeune maman si fière de son bébé. Comment pouvait-il dire une chose semblable ?

Et pourtant lorsque nous sommes montés en pèlerinage à Jérusalem avec notre fils, pour la première fois de sa vie à lui, c’est bien ce que j’ai vécu quand je me suis rendue compte qu’il n’était pas avec notre famille qui regagnait Nazareth. Pourtant ma joie, quand nous l’avons enfin retrouvé (je pourrais presque dire ma fierté, car il était assis avec les docteurs de la Loi et eux l’écoutaient, lui mon garçon de 13ans) a été comme ternie par la phrase qu’il a prononcée. Il m’a demandé si j’avais oublié qu’Il se devait aux affaires de son père. Bien sûr que je le savais, mais au fond de moi, j’espérai que cela viendrait plus tard.

Pour en revenir à Cana, même s’il m’avait fait comprendre que je n’avais pas à intervenir, je n’ai pu m’empêcher de dire aux serviteurs de faire ce qu’il leur commanderait, si toute fois il le voulait. Moi je ne suis pas restée, mais je sais par des amis qu’il y a du vin jusqu’à la fin de la noce et que ce vin était bon.

Au début, il a fait beaucoup de guérisons, beaucoup de miracles. Je crois que cela devait permettre que les gens reconnaissent que Le Seigneur est présent dans son peuple, qu’Il agit, qu’Il répond à ses demandes, et que mon fils est comme le signe de sa présence sur cette terre.

Il a choisi de vivre à Capharnaüm, chez Simon, un de ces pêcheurs qui l’ont suivi dès le début et qui espèrent qu’il va rétablir la royauté en Israël, mettre les Romains dehors. Mais ils n’ont pas compris que l’ennemi ce n’est pas Rome, mais le mal qui est dans le cœur de l’homme et que le mal ne peut être vaincu que par l’amour. Et de l’amour, lui il en est rempli et c’est ce qui fait sa force et aussi sa faiblesse, car il restaure ce qui est abîmé dans l’homme et du coup il semble ne pas respecter la loi en se commettant avec des pécheurs, des publicains, des femmes de mauvaise vie, des lépreux (et j’en passe). Le fait qu’il se soit arrogé le droit de pardonner les péchés, ce que Dieu seul est capable de faire, de ne pas lapider une femme qui avait commis l’adultère, tout cela fait que lui n’est pas aimé par les notables.

Quand il est venu chez nous à Nazareth, les choses ne se sont pas bien passées. J’ai l’impression qu’Il voulait leur faire comprendre quelque chose, mais qu’ils n’ont pas pu entendre ce qu’Il disait. Ce qui est sûr c’est qu’ils ont voulu lui faire du mal, comme pour le punir soit de ne pas avoir fait de guérisons, et de leur avoir rappelé que sa mission doit le conduire à sortir des limites de notre pays pour annoncer au monde qu’il n’ y a qu’un seul Dieu, le notre et ce Dieu qui se manifeste aujourd’hui par Lui et en Lui, désire que les hommes soient des vivants.

Comme chaque année au moment de la Pâques, j’ai commencé à préparer cette fête. Avec mes amis, nous avons nettoyé la maison de fond en comble. Un agneau sans tache était là, prêt à être immolé. Nous avions fait cuire le pain. Il est vrai que comme tous les ans, j’attendais un signe de mon fils pour célébrer cette fête avec lui, mais comme d’habitude, il était avec ses disciples.

J’ai su que quelques jours avant, il avait fait une sorte d’entrée triomphante à Jérusalem, mais j’ai bien peur que cela soit mal interprété par les notables. Le peuple l’aime, a confiance en lui, l’écoute, car il parle bien et qu’il annonce que l’amour est ce qu’il y a de plus important. C’est autrement plus important que de respecter la Loi au pied de la lettre, mais il se fait bien des ennemis.

Peut-être qu’un jour il sera reconnu comme le Messie, mais plus le temps passe et plus ses démêles avec les prêtres, avec les pharisiens, avec les scribes s’intensifient ; parfois j’ai l’impression qu’il les cherche, qu’il voudrait leur faire comprendre quelque chose, et qu’ils sont comme sourds, comme aveugles. Et j’ai peur que cela ne se termine mal, qu’il soit lapidé. Je crois que lui dit qu’il va être crucifié mais je ne vois pas comment cela serait possible. Pourtant s’il dit être le roi des juifs, alors là il va à l’encontre de César et là, j’ai peur. Mais que peut faire un charpentier contre cet empereur ?


Et ce matin alors que la nuit n’était finie, Jean, un de ses amis est venu toquer à notre porte.Il m’a dit de me dépêcher car mon fils avait été arrêté pendant la nuit et Pilate était en train de décider de son sort. Pilate est cruel, comme les Romains, la vie ne compte pas pour lui, du moins la vie des autres, alors la peur a commencé à m’étreindre. Et la peur ne m’a plus quittée, sans parler de mon angoisse.

Quand nous sommes arrivés il y avait une grande foule, comme si tout avait été préparé à l’avance.
Il était dans un état épouvantable, plein de sang, exsangue. Il avait été battu, il portait une couronne d’épines. Je me demande d’ailleurs où les soldats ont pu trouver des épines dans une caserne. Pilate a donné le choix au peuple: le libérer lui Jésus, « Dieu qui sauve»ou de libérer Bar Abbas. Mais le Fils du père, c’est Lui, pas ce criminel de droit commun. Et le peuple a réclamé sa mort à lui.

Pour moi, le temps s’est arrêté. On l’a conduit en lui faisant porter le montant de la croix au Golgotha, c’est là où ils exécutent les criminels , comme si mon fils avait fait du mal sur cette terre. J’étais comme insensibilisée, et pourtant j’étais là avec Jean. Il y avait des soldats, des femmes amies à lui et Lui.Les disciples eux, ils n’étaient pas là, ils n’étaient plus là.

Et la phrase de Syméon était là, encore plus brûlante que les autres fois, toutes ces fois où j’avais eu peur pour lui. Parce que là c’était fini. Lui celui que son cousin avait présenté comme « l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde », lui l’agneau sans tâches, il allait être immolé et il n’avait rien fait si ce n’est de donner de l’amour et encore de l’amour.

En fait nous étions seuls tous les deux, Lui sur sa croix avec son sang qui gouttait, avec les mouches que je ne pouvais chasser, avec le bruit, la poussière. Et je ne pouvais rien faire. Totalement impuissante. Il m’a regardée, il a regardé Jean et il a dit : « Femme voici ton fils », comme si Jean pouvait le remplacer, mais cela devait me permettre d’avoir un homme pour prendre soin de moi, car veuve et mère d’un condamné, ma vie allait être difficile. A lui, il a dit : « Voici ta mère ». Je ne sais pas ce qu’il en a pensé. Sauf que ça faisait de moi la mère d’un disciple, peut-être de tous les disciples.

Le temps s’égouttait, comme son sang, une goutte après l’autre, une minute après l’autre. Il a eu soif. Il a refusé le vin aigre qu’on approchait de ses lèvres. Il a poussé un cri, un soupir et c’était fini. Pour moi aussi c’était fini.

Alors nous sommes partis.

Je ne sais ce qui va advenir maintenant. Il a dit plus d’une fois qu’il devait finir comme cela pour ressusciter trois jours après. Redevenir vivant, devenir le Vivant, manifester la puissance de Dieu.
Mais là, je ne sais pas, je ne sais plus. J’attends juste que son corps me soit rendu, qu’Il me soit rendu.Seulement avec le Shabbat de la Pâques, il va me falloir attendre…

« Je suis la servante du Seigneur, qu’il me soit fait selon sa parole ».

5 commentaires:

Noëlle a dit…

Merci pour ce beau texte, Catherine...
tu nous rappelle que Marie était une femme, une mère, comme les autres, enfin, presque !

Bermud a dit…

Magnifique.
Bermud

Anonyme a dit…

Merci Catherine, merci Marie, et merci Jésus...
Ce texte est lumineux, d'une force et d'une simplicité inspirée.
René.

laurent a dit…

très heureux de découvrir l'existence de votre blog et son état d'esprit
je faisais une recherche sur Marie...
à qui j'ai consacré un petit livre (virtuel) :
http://marieduciel.blogspot.com/

Je reviendrai vous lire,
bien cordialement,
Laurent

jean-claude a dit…

Merci pour ce que vous avez écrit Si cela était possible ,cela renforcerait encore ma foi.je vais le transmettre a des amis.Encore MERCI;vol