mercredi, novembre 19, 2025

LUC 19, 1- 10 ZACHÉE

 MARDI 18 NOVEMBRE. Lc 19 1-10


Peut-être une autre approche d'un texte tiré de l'évangile, avec mes interrogations, en particulier en ce qui concerne la foule, et qui se pose quand même dans les assemblées du dimanche, est ce que nous sommes un obstacle pour que ceux qui viennent pour essayer de rencontrer Jésus dans une église, un dimanche, puissent le rencontrer. 

Dans les deux périscopes qui se passent à Jéricho, la foule, on en a déjà entendu parler. pour L'aveugle (qui n'a pas de nom chez Luc, contrairement à l'évangile de Marc), la foule, elle est 

le bruit des pas. Elle sera celle qui veut  étouffer les cris du mendiant. Elle sera ensuite capable de s'écarter pour ne plus bloquer le passage entre l'infirme, ceux qui l'accompagnent, et Jésus. Elle deviendra ensuite  imager du peuple qui  adresse une louange à Dieu. Pour Zacchée, elle est plutôt hostile la foule. D'abord on ne l'aime pas, puisqu'il est du côté des romains, des pilleurs. Elle est aussi la foule qui étouffe,  la foule qui aveugle;  puisqu'il n'y a pas d'espace pour que Zachée puisse trouver une petite place et voir.

 

je prends donc le texte, tel qu'il se présente. Que puis-je en dire? 


1 En ce temps-là, entré dans la ville de Jéricho, Jésus la traversait. Or, il y avait un homme du nom de Zachée ; il était le chef des collecteurs d’impôts, et c’était quelqu’un de riche. 

3 Il cherchait à voir qui était Jésus, mais il ne le pouvait pas à cause de la foule, car il était de petite taille. 

4 Il courut donc en avant et grimpa sur un sycomore pour voir Jésus qui allait passer par là. 

 

Tel que c'est dit, on a l'impression que Jésus n'a pas l'intention de s'arrêter. Jéricho, il vient déjà de s'arrêter à l'entrée, ce qui n'était pas prévu dans son "organigramme". Peut-être faut-il rattraper le temps non pas perdu, mais imprévu. Et voilà que de l'imprévu, il va encore en avoir.


Il y a quelqu'un qui fait quelque chose d'insolite, quelqu'un et pas n'importe qui, un homme que beaucoup voudraient surement voir plus bas que terre, qui lui veut le voir. Ou simplement voir cet homme, dont il a entendu parler, cet homme qui lui a pris ce si bon précepteur à Capharnaüm, ce Lévi. 


Mais comment voir un défilé quand on est petit. Quand on est un enfant, on grimpe sur les épaules de son père. Mais un adulte… Qui le prendrait sur ses épaules, lui qui est détesté, montré du doigt, considéré comme un impur, un bon à mettre la poubelle, à envoyer en enfer. 


Oui, il faut courir pour devancer le flot, trouver un arbre, et y grimper et être caché par les feuilles. Là c'est vraiment une bonne idée. Mais déjà courir ce n'est pas facile, les bons repas, ça n'aide pas; et grimper, même si les branches sont basses, cela demande un bel effort, quand on a des petites jambes. 


Et le voilà hissé notre Zachée, bien à l'abri sur son perchoir. Il va le voir ce Jésus de Nazareth. Il est bien content Zachée. Il a eu du mal, mais là il est bien. Et puis si Jésus avait voulu séjourner à Jéricho, ses disciples auraient trouvé une maison. Ne dit-on pas qu'il va à Jérusalem?  Alors oui, Zachée, il est bien tranquille sur son perchoir, bien à l'abri aussi. 

 

5  Arrivé à cet endroit, Jésus leva les yeux et lui dit : « Zachée, descends vite : aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison. » 

6 Vite, il descendit et reçut Jésus avec joie. 

7 Voyant cela, tous récriminaient : « Il est allé loger chez un homme qui est un pécheur. » 

8 Zachée, debout, s’adressa au Seigneur : « Voici, Seigneur : je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens, et si j’ai fait du tort à quelqu’un, je vais lui rendre quatre fois plus. » 

9 Alors Jésus dit à son sujet : « Aujourd’hui, le salut est arrivé pour cette maison, car lui aussi est un fils d’Abraham. 

10 En effet, le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. »

 

La foule arrive, Jésus est en vue, il va le voir, attendre que tout le monde soit parti et redescendre tranquillement. Il est tout content Zachée, il voit Jésus. Seulement Jésus, quand il arrive au pied de l'arbre s'arrête, lève la tête et se met à parler. Ceux qui le suivent se demandent ce qui se passe, eux, ils ne regardent que leurs pieds. Ce qu'il dit est étrange. Il s'adresse à quelqu'un. Il y aurait donc quelqu'un dans cet arbre?  Et ce quelqu'un ce n'est pas n'importe qui, c'est le chef des précepteurs d'impôts, ce sale type, ce Zacchée. Et Jésus lui adresse la parole, Jésus connaît même son nom. Lui Jésus il sait regarder. Quand il lève les yeux vers le haut, ce n'est pas seulement pour prier. C'est pour dénicher celui qui était perdu ! 

 

Il lui adresse la parole, lui demande de descendre vite, c'est drôle ce vite, mais pour un petit homme qui doit quand même prendre des précautions pour ne pas tomber, ça veut dire que Jésus est pressé, et que Zacchée doit se débrouiller pour descendre, rentrer chez lui et préparer un repas. 

 

Allez manger chez un type pareil? Vous vous rendez compte? Il est vraiment fou ce Jésus. 

 

Ce qui est encore plus fou c'est ce qui s'est passé. Pendant le repas, Zachée s'est levé, il s'est mis debout, bien campé sur ses petites jambes, et devant tout le monde, il a dit qu'il allait donner la moitié de ses biens aux pauvres et que s'il avait fait du tort à quelqu'un il lui rendrait quatre fois plus. La tora n'en demande pas autant, mais ça c'est un beau geste. Et peut-être que beaucoup se précipiteront chez lui pour réclamer. 

 

Seulement ces actions-là, pour les pharisiens qui sont un peu comme des vautours autour de Jésus, ce n'est pas assez. Et ça Jésus le sait bien. 


Lui aussi s'est levé, et il n'a pas terminé le repas, parce que Jérusalem l'appelle, mais il a dit qu'en ce jour, le salut était arrivé pour cette maison, car quoiqu'en pensent certains même pécheur Zacchée est un fils d'Abraham comme beaucoup des suiveurs, et que le Fils de l'homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. Il se montre comme le berger qui va chercher sa brebis, qui la trouve non pas dans un trou, mais accrochée à un tronc d'arbre, et grimpe pour la délivrer et qui la ramène dans le troupeau. 

 

Loué soit Dieu pour cet homme qui n'a pas froid aux yeux, et qui accepte de se faire mal voir parce que l'amour du nom de Dieu le dévore.


Cette dernière phrase, c'est aussi mon action de grâces si j'ose dire pour ce texte que je connais pourtant si bien. 

vendredi, novembre 14, 2025

Luc 16, 1-7. À PROPOS DE LA PARABOLE SUR L'INTENDANT MALHONNÊTE. COMPARAISON AVEC LE FILS PRODIGUE.

 

C'est la lecture de cette parabole qui vient juste après celle du fils perdu et retrouvé, et du "encore " qui l'introduit, qui est à l'origine de ce billet de blog. 

 

 

Préambules

 

 

Cette histoire qui permet ensuite à Jésus de parler du comportement qu'il attend de ses disciples par rapport à l'argent, vient tout de suite après la parabole du fils perdu et retrouvé comme on dit maintenant. En général quand on l'entend un dimanche (ce qui n'a pas été le cas cette année C, parce que la fête de l'exaltation de la Ste Croix a pris le dessus), c'est une parabole qui passe mal, pour ne pas dire très mal. Pourquoi cet intendant malhonnête est-il loué par le maître qu'il a escroqué pendant des années? Nous avons entendu ces versets cette semaine, c'est pourquoi j'en parle maintenant.

 

Ce qui est étonnant c'est que le premier verset commence par "Jésus disait encore à ses disciples", ce qui peut laisser supposer qu'il y a une continuité avec les récits précédents. 

C'est cet "encore" qui a été à l'origine de ce travail. 

 

Dans ce qui précède, ce sont les paraboles que Jésus raconte aux pharisiens qui ne supportent pas qu'il partage le repas des publicains et des pécheurs.  Il veut leur faire comprendre que s'il fait cela, c'est pour que ceux-ci changent de vie, se convertissent. 

 

Il insiste alors sur la joie dans le ciel ou parmi les anges quand cela se produit. Vient ensuite la parabole du fils prodigue. Là, ce qui est décrit c'est l'espérance de Dieu, qui attend le retour de celui qui s'est détourné de lui, et qui l'accueille les bras ouverts. On peut bien imaginer que cela c'est tout à fait contraire à ce que peuvent imaginer les pharisiens et que pour leur part, si un pécheur se converti, il faudra du temps pour qu'il soit accepté par leur communauté.

 

Si je reviens à cet "encore", il me semble que l'on peut faire une sorte de parallèle entre les deux hommes dont Jésus raconte l'histoire. L'un et l'autre ont dilapidé des biens, que ce soient les leurs ou ceux d'un autre, l'un et l'autre se retrouvent sans ressources, l'un comme l'autre, essayent de trouver une solution pour sortir de leur dénuement. L'un reconnaît qu'il a pris une mauvaise voie, l'autre à mon avis non. 

 

Pour moi, les mots dilapider et rentrer en soi-même (ou se dire) sont des clés de compréhension.

 

 

 

 

            Mettons en parallèle les deux récits, en soulignant les points de ressemblance.

 

 

 

 

 

 

Luc 15

Luc 16

11 Jésus dit encore :

 

« Un homme avait deux fils.

12 Le plus jeune dit à son père : “Père, donne-moi la part de fortune qui me revient.” Et le père leur partagea ses biens.

13 Peu de jours après, le plus jeune rassembla tout ce qu’il avait, et partit pour un pays lointain où il dilapida sa fortune en menant une vie de désordre.

 

1 Jésus disait encore aux disciples : 

« Un homme riche avait un gérant qui lui fut dénoncé 

 

 

 

 

 

comme dilapidant ses biens.

 

14 Il avait tout dépensé, quand une grande famine survint dans ce pays, et il commença à se trouver dans le besoin.

 

 

15 Il alla s’engager auprès d’un habitant de ce pays, qui l’envoya dans ses champs garder les porcs.

16 Il aurait bien voulu se remplir le ventre avec les gousses que mangeaient les porcs, mais personne ne lui donnait rien.

2 Il le convoqua et lui dit : “Qu’est-ce que j’apprends à ton sujet ? Rends-moi les comptes de ta gestion, car tu ne peux plus être mon gérant.”

 

7 Alors il rentra en lui-même et se dit : 

 

 

 

“Combien d’ouvriers de mon père ont du pain en abondance, et moi, ici, je meurs de faim !

 

 

18 Je me lèverai, j’irai vers mon père, et je lui dirai : Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi.

 

19 Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils. Traite-moi comme l’un de tes ouvriers.”

 

3 Le gérant se dit en lui-même :

 

 

 

 “Que vais-je faire, puisque mon maître me retire la gestion ? Travailler la terre ? Je n’en ai pas la force. Mendier ? J’aurais honte.

 

4 Je sais ce que je vais faire, pour qu’une fois, renvoyé de ma gérance des gens m’accueillent chez eux.”

 

 

 

. 20 Il se leva et s’en alla vers son père. Comme il était encore loin, son père l’aperçut et fut saisi de compassion ; il courut se jeter à son cou et le couvrit de baisers.

21 Le fils lui dit : “Père, j’ai péché contre le ciel et envers toi. Je ne suis plus digne d’être appelé ton fils.”

 

 

 

5 Il fit alors venir, un par un, ceux qui avaient des dettes envers son maître. 

Il demanda au premier : “Combien dois-tu à mon maître ?”

6 Il répondit : “Cent barils d’huile.” Le gérant lui dit : “Voici ton reçu ; vite, assieds-toi et écris cinquante.”

7 Puis il demanda à un autre : “Et toi, combien dois-tu ?” Il répondit : “Cent sacs de blé.” Le gérant lui dit : “Voici ton reçu, écris quatre-vingts.”

 

 

22 Mais le père dit à ses serviteurs : “Vite, apportez le plus beau vêtement pour l’habiller, mettez-lui une bague au doigt et des sandales aux pieds,

 

23 allez chercher le veau gras, tuez-le, mangeons et festoyons,

 

24 car mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé.”

 

Et ils commencèrent à festoyer.

 

 

8 Le maître fit l’éloge de ce gérant malhonnête car il avait agi avec habileté ; en effet, les fils de ce monde sont plus habiles entre eux que les fils de la lumière.

 

 

 

 

 

9 Eh bien moi, je vous le dis : Faites-vous des amis avec l’argent malhonnête, afin que, le jour où il ne sera plus là, ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles.

 

 

Ces péricopes nous présentent deux hommes bien différents.

 

L'un est jeune homme, qui veut vivre sa vie comme il l'entend. Pas la vie proposée par son père. Il a demandé son héritage, il l'a reçu, il a donc beaucoup d'argent, ce qui lui permet de s'en aller au loin pour faire la fête. Il a dilapidé tout son avoir (mais était-ce vraiment son avoir ou celui de son père), et il se retrouve à la rue. Personne pour l'accueillir. Tout lui monde lui tourne le dos. La famine sévit dans le pays, c'est chacun pour soi. Il est réduit pour survivre de garder des cochons. On peut imaginer ce que cela veut dire pour un juif ! 

 

L'autre, est certainement un homme plus âgé, je dirai d'âge mur, puisqu'on lui a confié une gérance de biens. Seulement lui a pioché là où il ne fallait pas, lui aussi a dilapidé ce qui lui était confié. On ne peut plus lui faire confiance. Il est alors démis de sa charge et comme le plus jeune, il est à la rue, avec la même question, comment retrouver un toit, et si possible, le gîte et le couvert, car le plus jeune, a peut-être un gîte, mais il crève de faim. 

 

L'un comme l'autre, à un moment de leur vie, se retrouvent à la rue ; l'un comme l'autre, cherchent un moyen de s'en sortir. L'un et l'autre "rentrent en eux-mêmes". Je sais que pour l'intendant, ce n'est pas dit en ces termes là, mais cela revient au même.  L'un comme l'autre, trouvent une solution. Mais ils vont s'y prendre de manières bien différentes, opposées. L'un est dans la confiance, l'autre continue ses malversations en achetant les débiteurs de son maître. Il demeure fidèle à lui-même, il ne change pas. On dirait qu'il va truander son maître, comme il l'a toujours fait.


Le jeune, pense donc à son père, et se dit qu'il pourrait bien rentrer chez lui. Il pourrait lui dire qu'il a mal agi, qu'il s'est mal conduit, qu'il lui a fait honte, qu'il a perdu son statut de fils. Au fond de lui il est certain que son père, parce que son père il le connait bien, acceptera de le prendre comme un de ses ouvriers.  Il aura alors un toit et de quoi manger. 

 

Si on lit bien le texte, sa manière de réfléchir n'est pas très glorieuse, mais qu'est- ce qu'il risque.

 

 Il va alors découvrir un père qu'il ne connaissait pas, un père qui l'attend, un père qui finalement ne lui demande rien et qui le rétablit comme fils. Il y a d'ailleurs dans la vêture qui lui est proposée (sandale, bague au doigt, vêtements neufs), quelque chose qui évoque pour moi le livre de Zacharie Za 3, 2-5), où le grand prêtre Josué est présenté comme vêtu de vêtements sordides. Dieu passe sur sa faute et un vêtement neuf lui est donné, ainsi qu'un turban immaculé. Le Père, passe sur la faute du fils et lui redonne sa dignité en le faisant vêtir de vêtements neufs. On peut dire que le fils passe de la mort à la vie, qu'il a reconnu sa faute et c'est bien ce que le père dira au fils ainé. 

 

L'autre est plus retors. Il a une idée somme toute lumineuse, acheter les débiteurs de son maître, s'arranger pour qu'ils lui soient redevables et ainsi assurer un avenir, certes pas rose, mais qui lui permette de vivre décemment. 

 

Il ne pense pas du tout au maître. Il n'essaye pas de rétablir la relation avec lui. Il s'est servi de l'argent du maître comme si c'était le sien, pour sa propre convenance. Le maître ne compte pas pour lui. Il est normal qu'il soit mis à la porte sans compensations (des compensations il les a largement prises), et il se sert finalement des autres. 

 

Ce n'est pas que ce comportement soit louable, ou sens vrai du terme. Celui du fils cadet ne l'est pas non plus, même s'il met les formes. 

 

Et pourtant il est dit que le maître fait l'éloge de ce gérant malhonnête qui a agi avec habileté. Et curieusement il nous demande d'en faire autant.  Mais agir avec habileté c'est gérer les biens qui peuvent nous être demander de gérer pour un autre que nous, et être honnête avec cet argent. Cela peut tout à fait d'adresser aux communautés fondées par Paul. Montrez que vous savez gérer les sommes qui vous sont confiées, que vous les faites fructifier, alors vous en aurez de plus grandes et vous amasserez des bien pour la vie éternelle, car vous aurez fait du bien autour de vous. 

 

Mais peut-être faut-il lire pour comprendre un peu plus, lire les finales des textes. 

 

Le chapitre quinze.

 

 Jésus s'adresse explicitement à des pharisiens et le comportement du fils aîné, celui qui n'ose pas demander un chevreau pour faire la fête avec ses amis, qui se "crève le tronc" pour être un bon fils, et pour que le domaine rapporte, il est bien le modèle de ces pharisiens qui font tout bien, mais qui se mettent en colère quand les pécheurs ont le droit de festoyer avec celui qui parle de lui en se nommant "le fils de l'homme". Un prêtre qui commentait cette parabole, disait que pour celle-ci, certes le père, le cadet et même les serviteurs se réjouissent, mais au ciel, il ne se passe rien, contrairement aux deux paraboles précédentes. Le fait que le fils aîné ne puisse entrer dans la joie de son père, fausse les choses. 

 

Tant que les pharisiens ne pourront pas se réjouir de l'ouverture à tous, par ce Dieu qui fait pleuvoir sur les justes comme sur les injustes, ils risquent de trouver la porte de la salle des noces fermée pour eux. 

 

Chapitre seize

 

Après que le maître ait fait l'éloge de son intendant (mais ne lui rend pas pour autant la gérance), Jésus affirme que ceux qui vivent sans tenir compte de Dieu, sont parfois capables de poser des actes qui leur permettront peut-être d'entrer quand même dans le royaume après leur mort. Cela doit profondément choquer les pharisiens présents.

 

9 Eh bien moi, je vous le dis : Faites-vous des amis avec l’argent malhonnête, afin que, le jour où il ne sera plus là, ces amis vous accueillent dans les demeures éternelles.

 

Peut-on se permettre de dire en paraphrasant : faites-vous les amis avec de l'argent que vous avez et dont vous ne connaissez pas toujours l'origine, faites du bien autour de vous, car cela vous sera rendu dans les demeures éternelles. 

 

Si on va jusqu'à la fin du chapitre, la parabole du Riche et de Lazare, montre bien que si le riche avait fait un geste pour le pauvre, celui-ci aurait pu l'accueillir dans les demeures éternelles, mais il n'en n'a pas été ainsi.

 

Ces versets m'ont toujours posé question. Ils ne sont pas faciles à entendre, et ils font un peu ramassis de différentes paroles ou sentences que Jésus aurait prononcées et qui sont rassemblées ici. L'important étant peut-être de retenir que le clivage avec les pharisiens s'aggrave. La parabole qui clôt le chapitre, montre que la richesse n'est pas la porte d'entrée au ciel.

 

Travail sur les versets 10 à 14 : des mises en gardes qu'il faut essayer d'entendre.

 

10  Celui qui est digne de confiance dans la moindre chose est digne de confiance aussi dans une grande. Celui qui est malhonnête dans la moindre chose est malhonnête aussi dans une grande.

 

Il doit certainement y avoir des sentences de ce type dans le livre des proverbes. Et pour nous, cela évoque "qui vole un œuf, vole un bœuf".

 

11 Si donc vous n’avez pas été dignes de confiance pour l’argent malhonnête, qui vous confiera le bien véritable ?

 

Là, se pose une autre question, qu'est -ce que le bien véritable, ce bien pour lequel marchand de perles vendra toutes ses perles pour en acquérir une, une qui sera son trésor, qui sera son unique ? Qu'est-ce que Dieu nous confie que nous devons absolument faire fructifier? On peut penser la parabole des mines. Certes les mines ne nous appartiennent pas, mais c'est à nous de les faire fructifier, d'y mettre notre énergie et notre cœur.

 

12 Et si, pour ce qui est à autrui, vous n’avez pas été dignes de confiance, ce qui vous revient, qui vous le donnera ?

13 Aucun domestique ne peut servir deux maîtres : ou bien il haïra l’un et aimera l’autre, ou bien il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. Vous ne pouvez pas servir à la fois Dieu et l’argent. »

 

Là, Jésus conclue d'une manière abrupte. Il faut faire des choix dans la vie, dans votre vie. Si vous choisissez l'argent, il deviendra votre maître, en fait il vous prendra en otages. Si vous choisissez Dieu, il vous rendra libre. 

 

Mais il me semble que du temps de Jésus, la richesse est souvent lié à la bénédiction et si les pharisiens sont riches, c'est qu'ils sont bénis du Très Haut. 

 

14 Quand ils entendaient tout cela, les pharisiens, eux qui aimaient l’argent, tournaient Jésus en dérision.

 

Pour moi, cette finale est très importante. Tourner Jésus en dérision, c'est ce que feront les grands-prêtres quand Jésus sera crucifié. Il ne s'agit plus de se moquer, c'est bien plus profond que cela. C'est disqualifier l'autre, c'est le chosifier, c'est le mettre plus bas que terre. Il semble bien que tout soit déjà joué à ce moment-là. Cet homme-là, celui qui apporte la vraie richesse, ils n'en veulent pas. 

 

 

Un disciple raconte.

 

 

C'est quand même étonnant que notre Maître qui se fait tellement malmener par les pharisiens qui passent leur temps à lui tendre des pièges, veuille encore et encore les aider à changer leur regard. Il leur a déjà dit que pratiquer la loi, dans les petits préceptes, comme de payer la dime sur les herbes, c'était bien, mais qu'il ne fallait pas négliger pour autant l'amour envers les orphelins, les veuves et les pauvres. 

 

Pour lui la miséricorde, je dirais que c'est cela qu'il veut encore et encore nous faire comprendre à nous ses disciples; le très Haut dont il nous parle, est le miséricordieux, celui qui se réjouit quand un homme change se conduite. Et cela le prophète Ézéchiel, l'avait déjà fait comprendre, mais il semble bien que la joie au ciel pour une conversion, ce ne soit vraiment pas une préoccupation pour eux. Bien gérer leurs biens et montrer ainsi à tous, qu'ils sont des bénis du Très Haut, c'est plus important. 

 

Alors il leur a raconté juste pour eux, parce qu'ils lui reprochent de manger avec des publicains et des pécheurs, trois petites histoires comme il en a le secret. La troisième parle d'un homme qui a deux fils., très différents. L'un est sérieux, travailleur, c'est l'aîné. Le second, ne pense qu'à s'amuser, à vivre comme ils disent souvent les jeunes. Finalement le cadet demande au père de lui donner sa part d'héritage, ce que fait ce dernier; Je dois dire que ça m'a étonné, mais c'est une parabole. Et il est parti vivre sa vie, loin de son père et de son frère pour avoir la paix. Des amis, il s'en est fait, jusqu'au jour où la fin de l'argent est arrivée et qu'une famine est advenue. Là, ça a été la catastrophe pour lui et il s'est trouvé pour survivre à être obligé de garder des troupeaux de porcs. Il a connu la faim, la soif, le froid et même la moquerie. Alors quand c'est devenu insupportable, il s'est dit que son père, l'accueillerait surement comme ouvrier, parce que son père, au fond il sait que c'est un brave homme, seulement il fallait y mettre les formes. Une jolie phrase s'est formée en lui qu'il dirait quand on lui aurait ouvert la porte; il dirait qu'il a péché contre le ciel et contre son père et qu'il n'est plus digne d'être appelé son fils, mais qu'il lui demande de bien vouloir l'accueillir comme un ouvrier. 

 

Il s'est mis en route, et les choses ne se sont pas du tout passées comme il l'avait espéré. Infiniment mieux, parce que le père lui a sauté au cou avant même qu'il ait pu dire la phrase préparée, lui a fait prendre un bain, lui a donné des vêtements neufs et à fait tuer le veau gras. C'était bien montrer ce qui peut se passer quand un homme change de conduite. Seulement l'aîné, quand il est rentré de sa journée de travail, ça l'a rendu fou furieux, de voir qu'on faisait la fête pour celui qui était un dépravé. Et là, c'était bien envoyé pour les pharisiens. Ils ne savent pas se réjouir quand la miséricorde est manifestée. 

 

Mais Jésus n'en n'est pas resté là. Il a raconté une autre histoire, très différente. Et je dois dire que je n'ai pas trop compris où il voulait en venir.  En fait le point commun, c'est que le fils de la première histoire et l'homme de la deuxième, à un moment se trouve sans toit, à la rue, sans ressources.

 

Il s'agit d'un intendant qui dilapide les biens de son maître, il fait comme si c'était à lui. Peut-être qu'il perd au jeu, qu'il fait de mauvais placements.  Il dilapide le bien qu'il aurait dû faire fructifier. C'est un peu comme le fils qui dilapidé le bien qui lui avait été remis. 

 

Et le voilà mis à la porte. Discuter avec maître, il ne le fait pas. Par contre, il a une idée de génie, il va s'arranger pour que les dettes des débiteurs de son maître soient allégées. Comme ça, il pourra aller les trouver et leur demander de l'accueillir chez eux, et ils ne pourront pas refuser. Je dois reconnaître que c'est très malin, et que du coup il se fait des amis (enfin c'est relatif) avec de l'argent qui ne lui appartient pas, qui est, on pourrait dire de l'argent malhonnête. C'est ce que fait remarquer Jésus. Mais même si le maître fait l'éloge de son ancien intendant, il ne le reprend pas pour autant. 

 

Ensuite Jésus s'est mis à raconter des choses que je n'ai pas bien comprises. Il a dire que nous pouvions nous aussi nous faire des amis, qui un jour nous accueilleraient dans les demeures célestes avec de l'argent malhonnête. Je suppose qu'il veut dire de l'argent qui n'est pas le nôtre. Moi je pense qu'il vaut mieux aider des personnes si on a un peu d'argent, ne pas garder pour soi, parce que l'argent on ne l'emporte pas avec nous dans la tombe, et que les personnes que nous aurons un peu aidées, nous permettront de trouver une demeure dans ce que le Maître appelle le Royaume. 

Il a continué à parler de l'argent. Mais bon, dire que si on est digne de confiance pour une petite chose, cela poussera celui qui nous a fait confiance à nous en confier de plus grandes, ça me parait évident. Dire aussi que si quelqu'un vole un œuf (ce qui est une petite chose), un jour il volera un bœuf, cela me parait évident, sauf que moi, je crois qu'on peut parfois changer de conduite. 

 

Puis il est parti dans un autre raisonnement. Peut-être que pour les rabbins, c'est bon, mais moi, j'ai du mal. Il a dit, enfin je crois que c'est quelque chose comme ça, que si sur cette terre, on a pu nous faire confiance pour des biens qui ne nous appartiennent pas vraiment mais que nous avons su faire fructifier, alors un jour, on nous confiera quelque chose d'autre, mais je ne sais pas ce qu'il veut dire. 

 

Il a ajouté que si on n'a pas été capable de gérer le bien confié par un autre, on aura peut-être imaginé que cet argent nous appartenait, mais de fait on n'aura rien au final.

 

C'est bien confus tout ça. Il a ajouté qu'on ne pouvait servir deux maîtres à la fois, et ça il a bien raison. On ne peut pas aimer Dieu et l'argent. C'est soit l'un soit l'autre. Et à mon avis, si on choisit l'argent, on a un maître qui finit par faire de vous son esclave, on ne pense plus qu'à ça, on ne peut plus aimer les autres.

 

Mais quand il a dit ça, les pharisiens qui l'écoutaient (eux ils faisaient semblant de comprendre), ils se sont mis à parler entre eux, en haussant les épaules. Je voyais bien qu'l tournaient mon maître en dérision, et j'aurais bien voulu les taper, mais le maître n'aurait pas aimé. Enfin je dis ce que je pense!  Je suis sûre que les pharisiens qui ont de l'argent, ils pensent qu'ils sont bénis de Dieu ! Et en même temps, ils oublient que ce que Dieu veut c'est la miséricorde et non les sacrifices. 

 

Jésus leur a quand même fait remarquer qu'ils disent respecter la loi, mais qu'ils n'en font qu'à leur tête. Il leur a même dit que renvoyer sa femme (ce que Moïse a écrit) et en épouser une autre, est adultère. Et ça ils n'ont pas aimé. 

 

Il a enfin raconté l'histoire d'un homme riche, donc on peut dire béni par Dieu, habillé un peu comme les prêtres, le pourpre et de lin et qui passait sa vie dans de beaux vêtements, dans des festins. Pourtant à sa porte, il y avait un pauvre, un Lazare, couvert comme Job d'ulcères et qui tendait la main à ceux qui venaient pour festoyer. Jamais le riche n'a levé le petit doigt pour le secourir. 

 

Et puis la même nuit, la mort les a fauchés tous les deux. Lazare est monté au ciel, le riche a été enterré, et il s'est même retrouvé dans la géhenne de feu. Il s'est mis à souffrir le martyr, lui qui avait eu une si belle vie. À sa grande surprise il a vu Abraham en compagnie de Lazare. Et là sans perdre le nord*, il a demandé à Abraham d'ordonner à Lazare de lui apporter un peu d'eau. Comme quoi, même dans la géhenne, un riche qui a l'habitude d'être servi ne change pas.

 

Abraham lui a, alors fait remarquer qu'un abîme séparait le lieu de souffrance et le lieu de félicité. Le riche a alors pensé à ses frères qui risquaient de subir le même sort que lui, et a demandé à ce que Lazare leur soit renvoyé, pour témoigner de ce qui se passe après la mort, mais cela a refusé, car celui qui n'écoute pas Moïse ni les prophètes, ne peut être convaincu par quelqu'un qui serait revenu d'entre les morts. 

Je pense que c'est vrai, mais au fond de moi, je suis quand même triste pour ces riches qui parce qu'ils n'ont pas su regarder avec compassion les pauvres qui gisent à leur porte, se retrouvent pour l'éternité à souffrir.  

 

En tous les cas, si les pharisiens ne veulent pas entendre, c'est qu'ils sont vraiment sourds. Ils ont des oreilles et ils n'entendent pas. Ils risquent vraiment d'avoir une mauvaise surprise quand ils se retrouveront devant leur Dieu.

 

 Enfin si j'ai compris ce que le Maître a voulu enseigner. Pourvu que moi, j'ouvre mes yeux et mes oreilles, aux splendeurs de la loi, mais aussi sur ces petits que Jésus aime tant.

 

* pardon pour l'anachronisme

 

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samedi, novembre 08, 2025

LUC 14, 1-23. UN REPAS CHEZ UN PHARISIEN UN JOUR DE SHABAT.

LUC 14, 1-23. Un convive bien mal-élevé.

 

 

Ce chapitre 14 de l'évangile de Luc, est un chapitre qui est "distillé" pendant près d'une semaine, dans la liturgie catholique (messes de semaine). Cela m'a conduit en travaillant sur les différents fragments, de laisser parler différentes personnes, pour essayer de montrer quelles ont pu être leurs réactions face à quelqu'un qui semble s'inviter à un repas le jour du sabbat (je peux donc imaginer que c'est le repas du vendredi soir, ce repas où l'on attend le retour du prophète Elie), un repas qui de nos jours est un repas familial, mais qui là semble avoir une autre dimension. 

 

Ce n'est pas un repas qui se passe dans la paix et dans la joie. D'emblée Jésus est confronté à un dilemme. Il y a un homme infime, qui a du mal à se mouvoir. Doit-il ou non lui rendre la santé. Lui est-il permis ou non, bien ce que soit un jour où aucun travail n'est admis de rendre le repos à cet homme? On peut peut-être dire les choses ainsi. Pour nous, la guérison nous semble normale, mais pour des juifs ultra-pratiquants, pour lesquels la loi doit être respectée dans le moindre détail, et là, ce n'est pas un détail, il y a transgression et donc possibilité de tuer cet individu. Ex 31, 14 et Nb 15, 32-36. Sauf que Jésus fait remarquer à juste titre que si quelqu'un tombe dans un puits, il n'est pas question de le laisser mourir, même si c'est le jour du sabbat. La vie prime. Or c'est bien la fonction de Jésus, donner la vie, il donnera sa vie pour cela, et il est prêt à la donner pour cet homme.  Mais bref, c'est un invité qui ne se conforme pas aux règles de la Tora, ou qui ne semble pas s'y conformer. 

 

Il se permet ensuite de faire toute une série de réflexions, un peu difficiles à entendre. Nous savons nous que du moins dans l'évangile de Luc, Jésus fait feu de tout bois, pour en tirer un enseignement. Là, il fait remarquer que certains essayent de s'emparer des meilleures places

Et il en tire un enseignement qu'il conclue par la sentence suivante : qui s'élève sera abaissé, et qui s'abaisse sera élevé. Si l'on évoque cet autre repas où Jésus lavera les pieds de ses amis et ce qu'écrira Paul bien des années plus tard ( il s'est abaissé devenant obéissant jusqu'à la mort et à la mort sur la croix), on peut penser qu'il parle de lui et montre un peu qui il est, mais pour les participants, cela n'a pas dû plaire.

 

Ensuite, il fera remarquer à son hôte, qu'inviter des personnes qui peuvent "rendre" l'invitation ce n'est pas cela qui plait vraiment à Dieu. La suggestion d'inviter ces personnes qui sont "interdites" de temple, qui sont pauvres et pour lesquelles ce sera Dieu qui rendra à la fin de temps, n'a pas dû, être entendue avec plaisir. 

 

Enfin, la réponse qu'il fait à l'un des convives qui lui croit avoir compris quelque chose et qui finalement s'en vante un peu, et qui compte bien se retrouver admis au repas dans le royaume de Dieu, a dû être un peu de l'ordre de la douche froide. Oui, il y aura des multitudes qui entreront dans la salle du banquet, mais pas ceux qui ont reçu l'invitation en bonne et due forme et qui le jour où elle peut être honorée, l'ont déclinée purement et simplement.

 

Bref, si je puis me permettre, un convive bien mal élevé ce Jésus de Nazareth. 

 

J'ai donc laissé parler un certain nombre de personnes, que ce soit l'hôte, un convive, un autre convive. Mais pour la lecture, il m'a semblé plus facile de regrouper tous ces textes en un seul, en notant simplement qui raconte. Puis de présenter comment j'en suis arrivée là (réflexions et analyse des textes) et peut-être de laisser ensuite Jésus raconter. 

 

 

LES RÉCITS

 

Versets 1-5 : une guérison. Un pharisien raconte. 

 

Nous avions prévu avec notre ami Joseph, que Dieu le bénisse, que si Jésus s'arrêtait dans notre bourgade, un jour de Sabbat, nous nous arrangerions pour l'inviter et lui tendre un piège. Pour qui se prend-il cet homme qui défend ses disciples qui froissent du blé un jour de sabbat, qui guérit un paralytique et le renvoie avec son grabat, qui pardonne les péchés, qui vient de guérir dans une synagogue une femme bossue? 

 

De fait, il s'est invité tout seul, avec juste trois disciples, comme s'il savait ce qui l'attendait ! 

 

De notre côté, nous avons fait chercher un homme rempli d'eau, des pieds à la tête et qui pouvait à peine tenir debout. Nous lui avons même donné de l'argent. Nous allions bien voir s'il allait oser une fois de plus s'asseoir sur la loi donnée à notre Père Moïse. 

 

Quand il a vu David, l'infirme, il nous a questionné. Il nous a demandé s'il était permis ou non de faire une guérison le jour du sabbat. Pour nous c'est non, mais pour les autres, ces illettrés, c'est oui, et nous nous sommes tus. Bien sûr il a dû se dire que "qui ne dit mot consent". 

 

Alors il s'est approché de l'homme, l'a aidé à se mettre debout, et il fallait de la force pour cela. Et nous avons vu que littéralement David se dégonflait, qu'il redevenait lui-même, qu'il était guéri. Je dois reconnaître que cela fait quand même quelque chose, mais quand même, pas le jour du Sabbat. Puis Jésus lui a dit de s'en aller, ce qu'il a fait. 

 

Il nous alors regardé avec une certaine sévérité et nous a posé une question. Nous les questions c'est notre fort, mais là, il nous a demandé ce que nous faisions si notre fils ou notre bœuf tombe dans un puits le jour du Sabbat? Nous savons bien que nous irions immédiatement les sortir de là. Mais c'est vrai qu'il nous a eu et cela a renforcé notre colère. Mais que pouvions nous rétorquer !

 

 

Les versets 7-11 : ne pas choisir ce qu'on pense être la meilleure place. Un convive raconte.

 

Lui, il s'est invité tout seul. Enfin, ce n'est pas tout à fait vrai, parce que nous cherchons comment nous débarrasser de lui, et nous voulions voir s'il ferait une guérison le jour du Repos. Du coup, nous étions assez nombreux. 

 

Comment a-t-il remarqué qu'il y a eu une certaine pagaille pour avoir les meilleures places, celles où on est sûr d'être servi en premier, de manger chaud, et d'être aussi avec des amis à soi, je veux dire, ne pas se retrouver avec n'importe qui. C'est vrai qu'il y a tout un art pour placer les gens lors d'un repas. 

 

Je dois dire que je n'ai pas trop aimé ce qu'il a dit, et pourtant il avait raison. Bien souvent dans les synagogues, nous les pharisiens, nous aimons bien prendre les meilleures places, nous faire remarquer par notre piété. 

 

Il nous a fait remarquer à juste titre que si quelqu'un plus considéré arrive un peu en retard, le maître de maison nous demandera de lui céder notre place et que ce sera la honte pour nous.

 

Il a ajouté une jolie sentence, ça je dois le reconnaître! Il a dit que quiconque s'élève sera abaissé et qui s'abaisse sera élevé. N'est pas ce que disait Anne, la mère du grand prophète Samuel :  l'arc des forts est brisé, mais le faible se revêt de vigueur,  ou le seigneur rend pauvre et riche, il abaisse et il élève ou encore le prophète Isaïe, quand il parle de ce serviteur méprisé, compté pour rien et qui verra la lumière et la connaissance le comblera. 

 

Je dois reconnaître que cette phrase, je la garderai au fond de mon cœur, que je la répèterai et que finalement ce mal-élevé je le remercie.

 

 

Les Versets 12-14 : inviter les démunis : L'hôte raconte.

 

 

Je m'attendais à tout sauf à ça. Il a mangé à ma table, et lui, contrairement aux autres qui pourront m'inviter à la leur, il ne m'invitera pas à la sienne. Sauf que lui, il mange avec les prostituées, les collecteurs d'impôts, alors pas question de manger avec lui. 

 

Il n'a pas tort, je dois le reconnaître quand il dit que de préférence j'invite ceux qui pourront me rendre mon invitation ou qui ne sont pas venus les mains vides. Mais bon de là à inviter tous ceux qui n'ont même pas le droit d'entrer prier dans le temple, je veux dire les estropiés, les boiteux, les aveugles, je suis désolée, mais je ne suis pas prêt, même qi comme il l'affirme, à la résurrection des justes, cela me sera rendu, et surtout si j'entends bien, c'est grâce à cela que moi j'entrai dans le royaume de mon créateur. Peut-être faudrait-il que je réfléchisse un peu, mais là je ne suis pas prêt.

 

 

Les versets 15-23. La parabole du repas "snobé" par ceux pour lesquels il avait été préparé. Celui a dit "heureux celui participera au repas dans le royaume de Dieu raconte"

 

 

On m'avait dit bien des choses sur Jésus de Nazareth. Ce jour- là, je l'ai vu et j'ai vu comment il était. Il ne mâche pas ses mots et ce n'est pas comme cela qu'il va se faire des amis, mais est- ce qu'il veut. Toujours est-il que ce jour de Sabbat, il a guéri un homme de son infirmité. Au fond de moi, Shabbat ou pas, il a eu raison. Comment supporter de voir un homme souffrir autant. Bien entendu, les bien-pensants étaient furieux, mais que pouvaient-ils faire? Mais comme je l'ai dit, ce n'est pas comme ça qu'il va se faire des amis. Des ennemis, il en crée en veux-tu en voilà.

 

Après, il s'est un peu moqué de ceux qui se précipitent pour avoir les meilleures places dans les repas, et il a fait remarquer à notre hôte qu'inviter de personnes qui peuvent vous réinviter ensuite, c'est bien mais pas suffisant. Inviter tous ceux que lui Jésus fréquente, ces estropiés, ces infirmes, ces rejetés, c'est peut-être cela que désire notre Père des Cieux. Et je dois dire que ce qu'il disait me parlait aussi dans mon cœur. Ce qu'il dit c'est comme du vin nouveau, comme une parole neuve.  Il me rendait heureux, un peu comme si un carcan se brisait.

 

À ma grande surprise j'ai pris la parole et j'ai dit : heureux celui qui participera au repas dans le royaume de Dieu. Pourquoi ai-je sorti cette phrase? Tout le monde m'a regardé, mais au fond de moi, je sentais que ce ne serait pas donné à tout le monde, et peut-être que ceux qui sont tellement certains d'être des justes, n'y participeront pas. Et même moi, est ce que j'y participerai? Je ne sais pas.

 

Il m'a regardé avec un petit sourire en coin et il a raconté une histoire curieuse. 

 

Il a parlé d'un homme qui donnait un grand repas, et qui avait invité beaucoup de monde. Seulement les invités ont tous trouvé de bons prétextes pour décliner l'invitation. Oui les motifs étaient valables, seulement ils savaient bien qu'ils étaient invités et ils ont fait comme s'ils avaient oublié. À croire que ça ne leur faisait pas plaisir d'avoir été choisis alors quand tant d'autres ne l'étaient pas. Je sais bien qu'une parabole est une parabole, mais je me disais que peut-être ils avaient oublié la date et qu'ils ne pensaient plus que ce repas, ce grand repas arriverait. Et Oublier les promesses du Très Haut, nous nous sommes très forts pour ça, je dois le reconnaître.

 

Je me suis demandé ce qui allait arriver. Et Jésus a continué son histoire. Il a dit que le Maître s'était mis en colère, et il y avait de quoi. Et qu'il voulait que beaucoup participent à son repas, mais que les premiers, même s'ils le voulaient ne puissent plus entrer. Pour cela il fallait remplir la salle et la salle était immense. Alors le serviteur est allé sur les places et sur les rues de la ville et il a convié tous les pauvres, tous les estropiés, tous les boiteux à entrer. Et cela m'a fait rire, parce que tous ceux-là, ils ne peuvent pas rendre, tous ceux-là ils ne peuvent pas entrer prier dans la maison du Seigneur, ils en sont exclus, et maintenant, ils avaient leur place. Et cela me donnait envie de jubiler. 

 

Le serviteur avait pourtant écumé toute la ville, mais la salle n'était pas remplie. Le Maître l'a renvoyé en lui disant d'aller sur tous les sentiers, sur toutes les routes et d'inviter tout le monde et même s'ils n'osaient pas venir, parce qu'ils étaient sales, et mal vêtus, ça n'aurait pas d'importance, ce qui comptait c'est de remplir, que la salle soit pleine à craquer et que les premiers, même s'ils changeaient d'idées, ne trouvent plus de place, qu'on puisse leur fermer la porte au nez comme eux l'avaient fait. Les invités ne goûteront pas le repas. 

 

Peut-être que ça peut ne pas paraître juste, et au fond de moi je me demande qui sont tous ces appelés. Est-ce que le maître de maison, si je n'oublie son invitation, si je ne me noie pas dans la vie de tous les jours, si je lui laisse sa place, voudra bien m''ouvrir quand mon heure sera venue? Peut-être que ce Jésus de Nazareth, voudra bien me donner un laisser-passé, pour que je puisse gouter avec lui la joie de savourer ce repas, préparé par notre Dieu, parce que je sais bien que c'est de lui, le Très Haut, qu'il s'agit. 

 

 

Réflexions et analyse des textes.

 

Les verset 1-5

 

Le texte

 

01 Un jour de sabbat, Jésus était entré dans la maison d’un chef des pharisiens pour y prendre son repas, et ces derniers l’observaient.

02 Or voici qu’il y avait devant lui un homme atteint d’hydropisie.

03 Prenant la parole, Jésus s’adressa aux docteurs de la Loi et aux pharisiens pour leur demander : « Est-il permis, oui ou non, de faire une guérison le jour du sabbat ? »

04 Ils gardèrent le silence. Tenant alors le malade, Jésus le guérit et le laissa aller.

05 Puis il leur dit : « Si l’un de vous a un fils ou un bœuf qui tombe dans un puits, ne va-t-il pas aussitôt l’en retirer, même le jour du sabbat ? »

06 Et ils furent incapables de trouver une réponse.

 

 

Réflexions

 

Certes la première guérison fait beaucoup penser à la guérison de la femme courbée du chapitre précédent. C'est un jour de Sabbat, donc un jour où tout travail est interdit, y compris une guérison surtout pour une maladie chronique. Je veux dire que d'un point de vue humain, il n'y a pas d'urgence ! Sauf que pour Jésus, il y en a une, il s'agit de libérer quelqu'un qui est comme emprisonné dans son propre corps, que ce soit par cette scoliose, que ce soit par cette maladie, qui si elle installée depuis longtemps, ne permet plus de se mouvoir. 

 

Dans les deux cas, il y a la réaction de ceux qui savent, et qui sont ulcérés par le comportement de Jésus. Dans les deux récits, Jésus leur fait remarquer que le jour du Sabbat, "on ne laisse pas son âne ou son bœuf mourir de soif, donc qu'on le délie pour le conduire à l'abreuvoir". Pour cela il faut bien délier. C'est ce que lui, Jésus fait.

 

Dans les deux péricopes, il pose la question du permis et du défendu. Même si la question est différemment posée, cela revient au même. Est-il permis oui ou non de faire une guérison le jour du Sabbat. 

 

Au chapitre 13, on peut penser que si la femme courbée est là, c'est que, soit elle vient régulièrement à la synagogue pour écouter les enseignements, soit parce qu'elle a entendu par le "bouche à oreilles " que Jésus est présent. Vu la réaction du Chef de la synagogue, j'opterai plutôt pour cette solution. Il récrimine en disant, " vous avez six jours pour vous faire guérir, pourquoi venez- vous justement le jour du repos ".  Il est autant en colère après la femme qu'après cet homme qui semble ne rien respecter de la Loi. Le fait que cette femme soit délivrée de son infirmité ne compte pas pour lui. La loi a été trahie.

 

Cette femme compte tenu de son infirmité, ne voit que ses pieds et elle ne peut donc pas regarder Jésus. C'est lui qui la distingue dans cette assemblée, qui la regarde. 

 

Elle ne demande rien, elle espère. Et elle est remarquée, elle qui ne regarde personne ! 

 

Au chapitre 14, il semble que les choses soient différentes, puisque l'auteur nous dit que les pharisiens et les docteurs de la loi l'observent. 

 

C'est donc qu'il y a quelque chose de pas très catholique, si je puis me permettre. Cet homme qui a dû mal à se mouvoir, a été conduit là, un peu comme une provocation. Est-ce que cet homme qui ne respecte pas le sabbat, va-t-il réitérer? 

 

On retrouve là, la polémique de la guérison de l'homme à la main desséchée (atrophiée) un jour de Sabbat, du chapitre 6 de ce même évangile.

 

9 Jésus leur dit : « Je vous le demande : Est-il permis, le jour du sabbat, de faire le bien ou de faire le mal ? de sauver une vie ou de la perdre ? »

10 Alors, promenant son regard *sur eux tous, il dit à l’homme : « Étends la main. » Il le fit, et sa main redevint normale.

 

*Je crois que dans l'évangile de Marc, il est dit, promenant sur eux un regard navré de colère, ce qui traduit bien la tristesse de Jésus devant cet endurcissement du cœur;

 

Pour en revenir à ce chapitre, Jésus pose une question qui met l'assemblée plus que mal à l'aise. Devant le silence, Jésus décide de guérir cet homme. 

 

Le texte est intéressant : il est dit que Jésus tient l'homme. Ce qui laisse à supposer que l'homme a du mal à rester debout, et nous savons par d'autres textes, que de Jésus sort une force (je pense au chapitre 6 où les foules qui se sont déplacées, cherchent à le toucher parce qu'une force sortait de lui et les guérissait tous", cette même force que Jésus dira être sortie de lui, lorsqu'il est touché par la femme sui perd du sang Lc 8.  46 Mais Jésus reprit : « Quelqu’un m’a touché, car j’ai reconnu qu’une force était sortie de moi. »

 

 

Et voilà l'homme guéri et donc capable de rentrer chez lui, comme le paralytique. Mais Luc ne rapporte aucune phrase que Jésus aurait dit. 

Alors avant de continuer, je vais laisser un convive, un de ces pharisiens convié à la déroute de Jésus, raconter la scène.

 

 

Les versets 7-11 : ne pas choisir ce qu'on pense être la meilleure place.

 

Le texte.

 

7 Jésus dit une parabole aux invités lorsqu’il remarqua comment ils choisissaient les premières places, et il leur dit :

8 « Quand quelqu’un t’invite à des noces, ne va pas t’installer à la première place, de peur qu’il ait invité un autre plus considéré que toi.

9 Alors, celui qui vous a invités, toi et lui, viendra te dire : “Cède-lui ta place” ; et, à ce moment, tu iras, plein de honte, prendre la dernière place.

10 Au contraire, quand tu es invité, va te mettre à la dernière place. Alors, quand viendra celui qui t’a invité, il te dira : “Mon ami, avance plus haut”, et ce sera pour toi un honneur aux yeux de tous ceux qui seront à la table avec toi.

11 En effet, quiconque s’élève sera abaissé ; et qui s’abaisse sera élevé. »

 

Je viens de lire que parfois les convives étaient par trois à table,  et que la meilleure place était la place centrale. Mais j'ai beaucoup de mal à me représenter cette scène. Je suppose que plus on est près du maître de maison, plus vite on est servi et avec les meilleurs plats. Pour les autres, ceux qui sont plus au fond, ça peut arriver froid et il peut ne plus en avoir assez pour tout le monde. À la limite, cela fait presque penser à une foire d'empoigne, où il faut se précipiter dès qu'on a ouvert les portes, pour être à la meilleure place. 

 

Là, ce qui est pointé c'est un peu l'image que l'on a de soi. On peut se croire appartenir au- dessus du panier et donc pouvoir être assis près de Maître de maison ou même à sa table. La déconvenue doit être importante, si on est délogé par la suite pour céder sa place. 

 

Quant à la finale, si on pense à l'évangile de Jean, et au lavement des pieds, c'est bien cette place-là que Jésus prendra et qu'il nous demande de prendre.

 

 

Les Versets 12-14 : inviter les démunis

 

Le texte

 

12 Jésus disait aussi à celui qui l’avait invité : « Quand tu donnes un déjeuner ou un dîner, n’invite pas tes amis, ni tes frères, ni tes parents, ni de riches voisins ; sinon, eux aussi te rendraient l’invitation et ce serait pour toi un don en retour.

 

Pas simple de s'abstraire des règles de la politesse, du savoir vivre. Et pourtant, ce serait tellement plus simple, de plus normal.

 

13 Au contraire, quand tu donnes une réception, invite des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles ;

14 heureux seras-tu, parce qu’ils n’ont rien à te donner en retour : cela te sera rendu à la résurrection des justes. »

 

Et une béatitude : prendre l'autre comme il est, ouvrir la porte, inviter à sa table. Et l'espérance peut-être, d'agir un peu à la manière de Dieu, (et on verra bien au chapitre 15), qui lui , nous  ouvre sa table, alors que nous n'avons rien à lui apporter. 

 

 

Le texte et quelques commentaires.

 

Cette péricope évoque pour moi d le chapitre 25 du livre d'Isaïe:  6 Le Seigneur de l’univers préparera pour tous les peuples, sur sa montagne, un festin de viandes grasses et de vins capiteux, un festin de viandes succulentes et de vins décantés. 7 Sur cette montagne, il fera disparaître le voile de deuil qui enveloppe tous les peuples et le linceul qui couvre toutes les nations Mais il y a bien des différences, car il s'agit des nations et des peuples qui sont autour d'Israël, et tous n'y participeront pas. 

 

Là le repas est préparé pour un seul peuple, et encore pas pour tous. Et ce repas est quand même un repas eschatologique. C'est un dîner, qui peut d'ailleurs évoquer le repas du début du Sabbat. Enfin c'est le cas pour moi.

 

Reprenons le texte de Luc.

 

15 En entendant parler Jésus, un des convives lui dit : « Heureux celui qui participera au repas dans le royaume de Dieu ! »

 

Au verset précédent, Jésus a donné une piste pour devenir juste. Un des convives, montre qu'il a compris, que cela se passera dans un futur dont personne ne connait la date, mais que celui qui participera à ce repas, sera heureux. Et cela évoque pour moi, le prophète Isaïe, qui parle de ce repas plantureux…

 

 

16 Jésus lui dit : « Un homme donnait un grand dîner, et il avait invité beaucoup de monde.

17 À l’heure du dîner, il envoya son serviteur dire aux invités : “Venez, tout est prêt.”

 

Ce qui est un peu compliqué, c'est qu'il y a bien eu une invitation, mais que manifestement la date n'a pas été fixée. Et que quelque part, on revient à la nécessité de veiller, d'être prêt. Peut-être que tout est prêt, mais eux, ils ont oublié, ils sont pris par la vie de tous les jours. Ils sont un peu comme nous. Nous ne savons pas, alors nous vivons, nous nous occupons et le dîner auquel nous étions conviés, il est sorti de notre tête. Et il est certain que lorsque l'invitation arrive, quelque part c'est trop tard . 

 

 

 

18 Mais ils se mirent tous, unanimement, à s’excuser. Le premier lui dit : “J’ai acheté un champ, et je suis obligé d’aller le voir ; je t’en prie, excuse-moi.”

19 Un autre dit : “J’ai acheté cinq paires de bœufs, et je pars les essayer ; je t’en prie, excuse-moi.”

20 Un troisième dit : “Je viens de me marier, et c’est pourquoi je ne peux pas venir.”

 

Ils ont de bonnes raisons, mais quand même. Quand il s'agit d'une telle invitation, est ce qu'on ne peut pas faire un effort, se débrouiller? Et c'est peut-être cela qui ne va pas. Certains disent qu'un choix est toujours possible. Ceux-là ont choisi eux-mêmes. Il se sont fait leur centre. 

 

Dans la suite du texte, Jésus dira que pour être son disciple, il faut le préférer lui, et ce qui nous est dit dans cette parabole, c'est que ceux-là se préfèrent eux. 

 

21 De retour, le serviteur rapporta ces paroles à son maître. Alors, pris de colère, le maître de maison dit à son serviteur : “Dépêche-toi d’aller sur les places et dans les rues de la ville ; les pauvres, les estropiés, les aveugles et les boiteux, amène-les ici.”

22 Le serviteur revint lui dire : “Maître, ce que tu as ordonné est exécuté, et il reste encore de la place.”

 

On peut comprendre que le maître ne soit pas content, surtout si on pense au texte d'Isaïe, qui invite à un repas avec des viandes savoureuses et des vins capiteux. Il se retrouve seul, et c'est peut-être cela sa peine. Mais la colère c'est eux n'entreront pas,  ils ne seront pas accueillis. 

 

Ceux qui entrent, ce sont ceux que Jésus avait demandé d'accueillir parce qu'ils ne peuvent pas rendre, mais aussi parce qu'ils sont les exclus. Ils n'ont pas le droit d'entrer dans le Temple, et là, ils sont enfin accueillis.  Ceux-là on pourrait dire que ce sont les pauvres, les vrais pauvres, ceux qui appartiennent au peuple choisi.

 

23 Le maître dit alors au serviteur : “Va sur les routes et dans les sentiers, et fais entrer les gens de force, afin que ma maison soit remplie.

24 Car, je vous le dis, aucun de ces hommes qui avaient été invités ne goûtera de mon dîner.” »

 

 

Mais il reste encore de la place, et là, c'est pour nous que la salle s'ouvre. Et c'est finalement parce que le peuple élu n'a pas écouté, que nous avons eu une place, mais nous l'avons perdue?? 

 

Un autre récit : Jésus raconte.*

 

Il y a quelques jours j'avais scandalisé un chef de synagogue parce que j'avais guéri une pauvre femme, tellement voûtée qu'elle ne pouvait voir que ses pieds, un jour de sabbat. Je dis voûtée, mais elle était envoûtée par le malin depuis dix-huit ans, et il m'était impossible de ne pas la délivrer. Mais cela, j'étais le seul à le savoir. Comme certains étaient remontés contre moi et se demandaient s'il ne fallait pas me mettre à mort parce que j'avais osé guérir le jour du repos, je leur ai fait remarquer que même le jour du sabbat, il leur fallait bien délier leur âne ou leur bœuf pour le conduire à l'abreuvoir et qu'ils m'interdisaient eux de délier cette pauvre femme, qui par ailleurs n'avait rien demandé, elle qui malgré tout venait prier dans cette synagogue. 

 

Je n'étais pas très loin de Jérusalem, des pharisiens peut-être bien intentionnés m'ont fait dire qu'Hérode cherchait à me tuer, mais je n'allais pas me laisser intimider, et j'ai continué ma route vers cette ville qui tue les prophètes, cette. Ville dont j'aimerai tant rassembler les enfants comme une poule rassemble ses poussins sous ses ailes. 

 

J'ai continué mon chemin et un jour de Sabbat, je suis entré dans la maison d'un pharisien qui m'avait fait parvenir une invitation pour y prendre mon repas avec certains des miens; cette fois, j'ai pratiqué les ablutions rituelles pour ne pas choquer, et mes disciples ont fait de même. Devant moi, il y avait un infime, un homme tout gonflé d'eau. Je ne pouvais pas le laisser comme cela, shabbat ou pas, et eux les pharisiens, ils avaient tous les yeux fixés sur moi, pour savoir ce que j'allais faire. Vivre tous ces regards, croyez -moi c'est difficile. Cet homme; il avait du mal à tenir debout, alors je l'ai tenu contre moi, je l'ai appuyé contre moi, pour qu'il se sente soutenu. Je leur ai demandé s'il est permis ou non de faire une guérison le jour du sabbat. Ils ne pouvaient pas me répondre, parce que dans la Tora, notre père Moïse, parle de travail. Et là, est ce que c'est un travail? Tenir un homme qui ne tient pas debout, est-ce un travail? Lui rendre la santé, est-ce un travail? La force qui est en moi a guéri cet homme et je l'ai renvoyé chez lui. Je voyais dans le regard des autres qu'ils n'en revenaient pas, mais que la colère était en eux, et non la joie de voir un homme délivré de ce poids, un homme qui pouvait reprendre sa vie. Je leur ai demandé si l'un d'eux, si son bœuf ou son fils tombaient dans un puits le jour du sabbat, ils n'iraient pas les délivrer? Bien sûr, ils ne savaient pas que dire. Je dois dire que cela me rendait triste. 

 

Quand j'ai voulu prendre place, il n'en restait plus de libre ou seulement quelques- unes, très loin du maître de maison. Je me suis dit que ce serait peut-être bien qu'ils se rendent compte que ce n'est pas ce qu'il y a de mieux, se précipiter pour être le mieux servi, sans se préoccuper des autres. C'est un peu leur problème à ces saints hommes, ils sont tellement remplis d'eux-mêmes que les autres ils ne les voient plus, ils ne les regardent plus. Et moi, je voudrai tellement que ça change. Je peux sembler très dur envers les pharisiens, mais eux croient à la résurrection après la mort, ils font de mon Père, le centre de leur vie, même si certains d'entre eux, finissent par se prendre pour Dieu eux-mêmes et cela c'est bien dommage. Mais je ne désespère pas.

 

Il y a dans la Tora une phrase qui dit : "tu ne te présenteras pas devant ton Dieu les mains vides". Alors j'ai eu envie de leur faire comprendre qu'inviter à leur table, non pas "des qui pensent comme eux, qui sont comme eux, et qui ont largement de quoi vivre et qui peuvent donc rendre", mais "des estropiés, des aveugles, des boiteux, des qui ne peuvent pas rendre", tous ces pauvres qui sont interdits de Temple depuis le Roi David, qui n'ont même pas de lieu pour prier, pour être en présence du out puissant, c'est ceux-là qu'il faut inviter. C'est faire cela qui permet de se présenter devant Dieu, les mains pleines. Je sais qu'ils me reprochent de manger avec les pécheurs, les collecteurs d'impôts, les femmes de mauvaise vie, mais ceux-là, ceux qui ne peuvent pas rendre, ils ont le cœur ouvert et la parole peut entrer en eux et les changer. Ce qui me désole, c'est qu'ils sont devenus hermétiques.  Ils sont tellement plein de parole, que la parole nouvelle, glisse sur eux et ne les atteints pas. Un psaume dit  : mon Dieu, je te cherche dès l'aube, mon âme a soif de toi ; après toi languit ma chair, terre aride altérée sans eaux. Ils sont comme cette terre aride, mais certaines paroles glissent sur eux, et cela me rend si triste. 

 

Peut-être qu'un des convives s'en est rendu compte, car il a bien compris que je parlais des temps du jugement; il a dit " heureux celui qui participera au repas dans le royaume de Dieu".  Je pense que lui, il pense qu'il en fera partie ce ceux-là, de ceux qui ont peut-être les mains vides sur cette terre, mais les mains pleines dans le royaume, les mains pleines d'amour, de compassion, de pitié et qui ne s'en vantent pas. 

 

Une parabole est venue en moi, et elle m'a étonnée moi-même, mais quand l'esprit souffle en moi, il souffle. Je leur ai parlé d'un homme qui avait depuis toujours invité beaucoup de monde pour un grand dîner qu'il avait l'intention de donner. Il voulait remplir toute sa maison avec les invités. Mais quand le temps est venu, tous se sont dérobés, avec certes de bonnes excuses, des excuses qui paraissaient valables, se marier, s'occuper de ses champs et des nouvelles bêtes qui venaient s'ajouter au bercail, seulement ils avaient oublié l'invitation. Cela a mis le maître de maison de très mauvaise humeur. Le repas était prêt, ce repas que le prophète Isaïe avait prédit, ce repas de viandes savoureuses et de vins capitaux. Alors ce repas serait donné, mais à d'autres. Il y aurait d'abord tous les laissés pour compte, ceux qui ne sont jamais invités, les pauvres de cœurs, et comme ceux-là ne seraient pas assez nombreux pour remplir la maison, alors d'autres seraient invités, d'autres qui n'auraient jamais imaginé participer à un tel repas, tous ceux qui étaient de passage, je veux dire tous les étrangers, tous ceux qui n'ont pas reconnu en mon Père, le Père de tout homme. 

 

Je ne sais pas s'ils ont compris, je crains que non. J'ai repris ma route, vers ce lieu où je serai moi considéré comme le dernier des derniers, ce lieu où je donnerai ma vie pour eux aient en eux la vraie vie, la vie éternelle, la vie qui la mienne. 

 

*faire parler Jésus n'est jamais simple; peut-être que je lui prête des sentiments, des émotions qui sont plus les miennes que les siennes, qui correspondent au "Jésus qui est le mien". Ce chapitre qui se termine par des versets un peu rudes sur celui qui veut être disciple, et qui cela doit réfléchir avant de se lancer, se complète par les trois paraboles sur la miséricorde, sur ce Père qui se jette au cou de son fils et qui est certainement malheureux comme les pierres, parce que son aîné, ne peut pas se réjouir avec lui, et qui donnerait tout pour le cœur de ce dernier se des-endurcisse.