jeudi, mars 13, 2008

"Vois je t'ai gravée sur la paume de mes mains"Is49,16



Comme souvent, il m'arrive d'avoir "une idée" très claire au petit matin de ce que j'ai envie ou besoin d'écrire sur ce blog, et au fur et à mesure que le temps s'écoule, l'idée se perd, se dissout et je n'arrive plus à trouver une écriture claire et satisfaisante. C'est un peu ce qui s'est passé avec ce billet: comment passer d'une relation "collective" avec le Dieu d'Israël à une relation individualisée, individuelle avec le Dieu de Jésus, sans pour autant négliger la relation collective.

Cette phrase d'Isaïe qui sert de thème, est très souvent citée dans les assemblées charismatiques, et elle va souvent avec la phrase: "tu es mon fils -ma fille- bien-aimé". Elle est prise à un niveau individuel pour dire combien moi aujourd'hui je suis aimée. Mais quand elle a été écrite par le prophète Isaïe, elle s'adressait à une nation qui vivait le déchirement de l'exil et qui pouvait bien croire qu'elle avait été oubliée par son Dieu. 

Je sais très bien que j'ai une conception beaucoup trop individuelle de ma relation trinitaire. Je suis tellement formatée à entendre la parole de l'évangile comme une parole personnelle que je ne l'entends plus assez comme une parole collective. Finalement le "peuple de Dieu", ça ne me dit pas grand chose. Je n'en tiens pas assez compte, sauf maintenant pendant les eucharisties où il m'est possible de percevoir au travers des personnes présentes que je ne connais pas, l'image d'une véritable assemblée mue par la foi en ce Jésus mort et ressuscité. 
  
L'objet de ce billet est de réfléchir sur le passage du collectif à l'individuel et donc d'une certaine manière de l'apport du message évangélique, car le salut devient individuel. Passage du "nous au je", et du "je au nous"(sans jeu de mots: genou).

Je dois dire que j'ai toujours trouvé curieux ce Dieu qui a besoin de graver sur ses paumes l'image de la ville de Jérusalem pour ne pas l'oublier, comme un élève qui a une anti-sèche sur la paume de sa main ou comme quelqu'un qui note un numéro de téléphone pour pouvoir le retrouver un peu plus tard. 

Je sais bien que dans la loi mosaïque il est demandé aux hommes de porter sur eux des signes qui permettent de ne pas oublier leur Dieu, mais ce Dieu a-t-il lui besoin de signes concrets pour ne pas oublier le peuple qu'il s'est choisi? 

Cela me fait penser un peu au signe de l'Arc-en Ciel donné en Gn10,14 "Lorsque j'assemblerai des nuées sur la terre et que l'arc apparaîtra dans la nuée, je me souviendrai de l'alliance qu'il y a entre vous et moi... et les eaux ne viendront plus en déluge pour détruire toute chair". 

Je sais très bien que c'est une lecture extrêmement littérale, mais d'une part j'aime bien cette approche qui n'exclue pas  l'approche symbolique et d'autre part elle humanise parfois ce Dieu du premier testament qui est souvent un Dieu bien destructeur.

J'en viens d'ailleurs à me poser une autre question sur l'interprétation donnée par les prophètes à certains événements. Prenons le cas de David qui a envoyé le malheureux mari de Bethsabée se faire tuer, pour pouvoir prendre sa femme et en fait il n'a fait que répéter ce que Saul a tenté de faire avec lui. Le fruit de leur union meurt. La mort de cet enfant (et pourtant la mortalité infantile devait être considérable) est comprise comme étant le signe d'une faute, car toute atteinte de la descendance montre que Dieu se détourne. Cet événement banal en soi, devient le signe que David a péché et le rôle de Nathan qui est ici la "conscience de David" est peut-être postérieure à l'événement et non pas antérieure. Il y a toujours une manière de raconter les faits quand on veut leur donner une signification.

Quand le roi David est "puni" d'avoir fait le recensement du peuple, c'est tout le peuple qui
trinque si je puis dire. Il y a donc un lien très fort entre le péché de celui qui représente le peuple et le peuple. Ceci étant très important je crois pour la christologie: un homme Jésus assurera la libération spirituelle de tous les humains si ceux-ci le veulent bien.

Quand Esdras se rend compte que les fils d'Israël ont épousé des femmes étrangères, alors que lui, n'est pas coupable, il parle au nom de tout le peuple et se sent solidaire de la faute commise. Beaucoup de prières sont sur ce modèle là : nous avons péché contre toi, nous reconnaissons notre faute, alors ne nous reprends pas dans ta colère,(ne nous détruis pas) parce que c'est ainsi que tu manifestera la Gloire de ton nom.
 
C'est d'ailleurs comme cela que Moïse manoeuvre si je puis dire YHWH: "qu'est ce que les égyptiens penseront de toi, si tu anéantis le peuple que tu as fait sortir d'Egypte?".  

En d'autres termes quand une catastrophe tombe sur le peuple d'Israël cela signifie que le peuple ou quelqu'un dans le peuple s'est détourné de l'alliance et que la foudre de Dieu (la colère) se déchaîne. 

Jésus dira bien que l'accident qui a coûté la mort d'un bon nombre d'hommes lors de la chute d'une tour n'est pas conséquence de leur péché. 

Que ce sens ait eu finalement un effet très positif de spiritualisation (être attentif aux signes extérieurs donnés) c'est certain, mais en ce qui me concerne un Dieu dont il faut apaiser le "courroux" ne me satisfait guère. 

Mais dès le premier testament il y a des progrès (si je puis dire), puisque la faute du fils ne sera plus imputée à son père et celle du père ne retombera plus sur son fils. 

En d'autres termes, au moment de l'exil qui peut s'entendre comme la fin du peuple, et la punition suprême, Ezéchiel fait comprendre qu'il y a en fait deux saluts. Le salut collectif: le peuple reviendra à Jérusalem et sera le peuple "consacré" et un salut individuel, ce qui renvoie à une rétribution après la mort. La difficulté étant de ne pas trouver très juste que le "pratiquant" soit malmené par la vie alors que l'impie, le méchant prospère dès ici bas.  

Cette conception collective je dois parfois faire un effort pour me convaincre qu'elle est importante, seulement effectivement elle ne correspond pas vraiment à ce Dieu révélé par Jésus et qui me sonde et me connaît et qui devient un dieu "individuel". 

Alors il est important pour moi de ne jamais oublier que pour moi, aujourd'hui, dire que j'essaye de vivre de l'amour et dans l'amour n'a pas de sens s'il ne s'agit que de ma petite personne. C'est une illusion et le seul bénéficiaire étant mon mon "petit ego".Si je veux que cet ego qui ne disparaîtra jamais, devienne moins puissant, il me faut accepter que j'ai besoin des autres et que les autres ont besoin parfois de moi. 

mardi, mars 11, 2008

Une vidéo

Il a neigé toute la journée, les sapins s'ébrouaient sous les rafales pour faire tomber la neige, et ce soir c'est une petite neige fine qui tombe. Retour demain.

mardi, mars 04, 2008

"L'aveugle-né" Jn9,1-40

J'ai écouté avec beaucoup d'attention avant-hier dimanche ce chapitre de l'évangile de Jean (fort bien lu ce qui ne gâte rien) et j'ai été un peu surprise par l'anonymat de cet homme qui est d'une certaine manière réduit à son handicap, à sa pathologie . Dans les synoptiques on connaît des noms: Zachée, Bartimée l'aveugle de Jéricho, Lévi. Pourtant chez Jean cet anonymat est fréquent, je pense à la samaritaine, à l'officier qui demande une guérison, à la femme adultère.

Et ce qui m'a le plus étonnée c'est que ce mendiant qui est assis là ne demande rien, il est le signe pour que soit manifestée la gloire de Dieu. Il est une sorte de vecteur et ce rôle de vecteur il l'assumera parfaitement.Ne va-t-il pas essayer d'ouvrir les yeux de ces aveugles que sont parfois les pharisiens?

Je pensais aussi en arrière plan à la phrase de la Genèse: "Leurs yeux s'ouvrirent et ils virent qu'ils étaient nus", ce qui veut dire qu'il y a peut-être voir et voir...

Il m'a semblé que dans les "signes" retenus par Jean il y a cette constante: une guérison qui se fait en deux temps (va te laver pour l'aveugle, rentre chez toi pour l'officier qui demande une guérison, et même l'eau changée en vin goûtée par le majordome, rentre chez toi et ne pèche plus pour la femme adultère). Le paralytique de la "belle-porte" manifeste sa guérison en se levant, mais aurait-il été guéri s'il ne s'était pas chargé de son grabat comme le lui demande Jésus?  

Et cela m'a beaucoup interpellée: la confiance n'est pas seulement dans le fait de demander en sachant que l'on va être entendu, mais dans cet "entre deux" qui est entre la demande et la réalisation et durant lequel on a quelque chose à faire, on est actif, donc d'une certaine manière pour moi, co-créateur de la guérison. Il peut y avoir des signes que l'on refuse de voir dans cet entre deux, et de ce fait on imagine que l'on n'est pas exaucé alors qu'on n'a pas entendu ce qui était demandé. 

Si j'avais été cet aveugle, si un inconnu m'avait mis quelque chose sur les yeux, si on m'avait dit que ce quelque chose était un mélange de salive et de boue, j'aurais été dégoûtée, je me serais frotté le visage, mais je ne pense pas que je serais allée me laver en transgressant par dessus le marché la loi du jour du sabbat. Je serais restée à ma place et la guérison n'aurait pas eu lieu; j'aurais continuer à mendier et peut-être à pleurer sur moi: j'aurais laissé passer ma chance.

Heureusement que cet homme dont nous ne connaissons même pas le nom, et qui est un peu le prototype de ce que nous sommes -des aveugles dont les yeux ne sont pas ouverts- a été capable de faire confiance.

Sa guérison lui a permis de reconnaître en "l'homme" Jésus  (qui avait disparu à son regard), Celui que les yeux ne peuvent pas voir mais seulement contempler.   



mardi, février 26, 2008

"Du monologue au dialogue" Jn 4, 1-40 (la samaritaine).


J'ai lu récemment le livre de Khaled Hosseini: "mille soleils splendides", qui m'a ouvert des horizons sur la condition de la femme dans les pays de religion musulmane. Mais en repensant à certains textes du premier testament en particulier à ceux qui se passent auprès d'un puits, je me suis dit que au-dela de la signification symbolique de la rencontre auprès de l'eau, il y a aussi la place et le rang de la femme. Aller puiser de l'eau, attendre que les hommes aient fini de faire boire les bêtes (voir les livres de la genèse et de l'exode), passer en dernier et porter de lourdes charges, ce n'est pas si enviable que cela. 

Nous avons toujours considéré la "samaritaine" comme une femme de mauvaise vie: "tu as eu 5 maris et celui avec lequel tu vis n'est pas ton mari", mais que savons de l'histoire de cette femme peut-être mariée puis répudiée et qui a du par la suite pour survivre accepter d'être la seconde ou la troisième dans différents foyers. 

Nous lisons sans sourciller les histoires de Jacob, de Moïse, de David ou de Salomon, mais ils ne sont pas monogames et loin de là et si une esclave ou une servante sert de mère porteuse quand la femme ne peut avoir d'enfant, cela oblige quand même à réfléchir sur la place de la femme dans cette société.
 
Alors m'est venue l'idée de faire parler cette femme, avec des mots d'aujourd'hui: voilà son monologue monologue qui va se transformer en dialogue....



Le soleil tape, il est midi, et si je veux apporter de l'eau pour la maison, c'est maintenant que je dois sortir, car les femmes de Sychar me détestent, elles disent que je suis une prostituée et si elles le pouvaient elles me lapideraient. Alors pas question d'y aller quand le soleil est moins chaud et l'eau il faut bien que je rapporte. Que c'est dur de sortir à cette heure là, que le chemin est long. Que ces pierres qui roulent sous mes pas sont pénibles. 
 
Tiens on dirait qu'il y a quelqu'un d'assis à côté du puits. Je me demande bien qui ça pourrait être. Maintenant que je suis un peu plus près, je vois que c'est un juif, cela se reconnaît à son manteau. 


Peut-être qu'il se repose, mais qu'est il venu faire chez nous? Je n'aime pas rencontrer les juifs, ils nous considèrent toujours comme de la m.... Pourvu qu'il ne me demande rien et qu'il me laisse puiser mon eau et rentrer chez moi. Je ne le regarderai pas et peut-être qu'il me laissera puiser et repartir. 

Pas de chance, il m'adresse la parole et il me demande de l'eau. Pour qui se prend il celui là? D'abord il n'a pas à me parler, lui le juif. Je vais le remettre à sa place. 

Etonnant cet homme, voilà qu'il ne se fâche pas, mais qu'il me dit qu'il serait capable de donner de l'eau vive. C'est vrai qu'en cette saison même si le puits est profond, l'eau ne sent pas très bon, elle est un peu "morte" et un peu trouble. Qu'est ce que je vais bien pouvoir lui dire, moi qui ne voulais pas lui parler. Je vais lui demander qu'il me la donne cette eau, lui qui fait le malin et qui n'a rien pour puiser. 

Alors là il a eu une phrase bizarre que je n'ai pas bien comprise, il a dit: "l'eau que je lui donnerai deviendra en lui source d'eau jaillissante en vie éternelle".

Mais je commence à croire qu'il n'est pas ce qu'il semble être. Qui est-il cet homme là? Il me parle, il me regarde, il a l'air un peu fragile et pourtant il est sur de lui. Il est même pas mal du tout...

Sûr que même si je ne comprends pas ce qu'il me raconte, cette eau là, je la veux. Alors même si je ne sais pas comment il va s'y prendre, je vais oser la demander; d'ailleurs je n'ai rien à perdre, plus rien à perdre. 

Et là, il m'a dit d'aller chercher mon mari. Qu'est ce qu'il me demande là, comment va-t-il réagir s'il apprend que j'ai parlé avec un étranger? Là j'ai trop peur, alors je vais lui dire que je n'ai pas de mari. Et là, c'est lui qui m'a fait presque peur, il m'a dit qu'il savait que j'étais avec un homme qui n'était pas mon mari et que j'avais été la femme de 5 autres hommes. 

Qu'est ce que je peux répondre à ça? Ce qui est certain c'est qu'il doit être un prophète, quelqu'un de différent, et je me sens bien avec lui, il ne me fait plus peur. Je vais lui poser une question qui est importante pour moi, même si je n'ai pas droit à la parole. Je vais lui demander qui entre les juifs et les samaritains sont dans le vrai. Je vais lui demander où il faut se rendre pour prier l'Eternel, béni soit-il.
 
Là, il m'a fait comprendre que ce que moi je crois au fond de moi, à savoir que l'Eternel, lui qui s'est révélé sur le Sinaï, on ne peut l'enfermer dans un temple, que ce soit celui de Jérusalem ou sur le Mont Garizim.

Il a dit: les vrais adorateurs c'est en esprit et en vérité qu'ils adoreront. Et là je me suis sentie renaître, car il disait tout haut ce que je sais depuis toujours. 

Alors j'ai osé lui poser une autre question, parce que je commençais à me demander si cet homme là n'était pas le Messie, l'Envoyé de l'Eternel qui serait pour tous les hommes lumière éclairante. 

Au moment où il a répondu par l'affirmative, au lieu de me prosterner devant lui, j'ai laissé ma cruche en plan et je suis allée prévenir mon village. J'avais un peu peur de me faire battre si je rentrais sans ma cruche, mais il fallait que j'annonce la présence de cet homme qui me connaissait presque mieux que moi je me connais. 

J'ai ameuté tout le village et je leur ai dit que cet homme qui est là auprès du puits, il m'a dit tout ce que j'avais fait et tout le village s'est déplacé vers le puits. Il y avait ses disciples. Heureusement qu'ils n'étaient pas là quand moi je suis arrivée, car je suis sûre qu'il ne m'aurait pas parlé comme il l'a fait.

Et le miracle pour moi, c'est que pour une fois, tout le monde m'a crue et que la vie s'est remise à circuler en moi, je ne suis plus une eau dormante, je suis une eau vive. 



 
 
 

samedi, février 16, 2008

" De la miséricorde à la compassion".

J'écoute en cette période de carême l'office des vêpres chantées par les dominicains de Lille. Et je suis frappée par le nombre de fois où l'on associe péché et miséricorde.

Nous avons péché, aie pitié de nous, fais nous miséricorde (laisse ton coeur s'émouvoir, ne nous condamne pas). Et cela induit une posture de l'être humain que me dérange, qui renvoie pour moi à la peur et non à la certitude de l'amour.

Il y a quelques jours un prêtre qui commentait la parabole du maître qui remet la dette de deux millions de pièces d'argent (Matt 18,23-35) dette qu'une vie entière en prison ne pouvait rembourser, disait que le maître avait eu pitié de son serviteur et qu'il n'avait pas voulu que lui et sa famille soient enfermés. Mais après l'incident où ce même serviteur est incapable de faire un geste envers son débiteur, il est alors jeté en prison, jusqu'à ce qu'il ait tout remboursé. J'ai beaucoup aimé cette manière de parler de ce qu'on appelle la rémission. 

Par ailleurs je suis actuellement en rémission de "mon" cancer, mais je ne me considère pas comme guérie et même si je peux dire qu'il est derrière moi, je ne me considère pas comme "guérie".

La dette est remise, mais il y a un mais, encore faut-il que cela entraîne un changement en nous et nous permette de ne pas attendre de remboursement de la part de ceux que nous estimons être nos débiteurs. Je peux imaginer que ce maître là a été saisi aux tripes par l'immensité de la dette de son serviteur, (miséricorde) mais la sanction reste toujours possible.


Théoriquement la rémission des péchés, c'est la levée de la dette, de la sanction qui pesait sur nous et nous savons bien que parfois la main de Dieu peut sembler lourde (le déluge, la destruction de Sodome et Gomhore, la destruction du temple de Jérusalem, l'exil du peuple). 

Quand on parle de rémission des péchés, au sens strict on parle bien de pardon, mais avec la théorie de la substitution ce serait Jésus qui aurait payé à notre place, lui qui n'avait pas commis de péché. Si on parle de jugement c'est bien que du moins dans notre conscience, les choses ne sont pas si simples.

Si remettre les péchés, c'est d'une certaine manière ne pas les oublier, alors effectivement le Dieu qui est présenté ainsi est un Dieu qui fait peur et qu'il faut implorer encore et encore. Cette conception entretient la peur, et la peur n'est pas la "crainte de Dieu" qui pour moi est sous-tendue par l'amour, par la reconnaissance de la distance qui existe entre l'humain et son Dieu.

Nous les hommes, nous ne sommes pas capables de pardonner au sens de oublier, car nous avons une mémoire qui ne nous le permet pas. Nous pouvons parfois vivre à nouveau en bonne intelligence avec quelqu'un qui nous a fait du mal et même désirer de bonnes choses pour lui. Cependant dans notre conception, seul Dieu a la capacité de pardonner: c'est la dernière demande de Jésus: "Père pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font" est une des demandes de la prière transmise aux disciples. 

Quand nous croyons que Dieu pardonne, que croyons nous? Est ce l'oubli de la faute? Est ce l'abolition, la suppression de la sanction? Est-ce échapper à l'enfer? Ce Dieu là est un Dieu qui fait miséricorde à un être humain qui court à sa perte. Mais si Dieu, contrairement à la plus part des humains ne retire pas son amour et ne se retire pas non plus dans un lieu où nous ne pourrions plus l'atteindre, alors là oui, je rencontre un Dieu de compassion, un Dieu rempli d'amour. 

La justice de Dieu n'est pas la justice des hommes et quand on lit le premier testament on voit bien comment les choses évoluent. Le passage d'un Dieu de tendresse et de pitié, mais qui retient les fautes des pères sur les fils jusqu'à la quatrième génération, à celle d'un Dieu que désire que le pécheur se convertisse et vive, est progressif, très progressif. Et c'est bien le deuxième testament qui montre que Jésus ne fait pas miséricorde dans le sens précédent, mais qu'il est rempli de compassion pour cette foule qui erre comme un troupeau sans berger.

J'aime à me représenter non pas un dieu de miséricorde, mais un dieu de compassion, un dieu qui désire aider l'être limité et imparfait que je suis à sortir de mes comportements instinctifs qui me conduisent à une sorte de déshumanisation.

Si le chrétien est celui qui peut dire comme Paul "ce n'est plus moi qui vit, c'est le Christ qui vit en moi" si d'une certaine manière chacune de ses cellules, de ses molécules est comme transfigurée par cette espèce de fusion qui se fait un jour sans que rien ne l'ait laissée prévoir, alors la relation avec Dieu Père n'est plus une relation sous tendue par la peur, mais par l'amour. Et quand on a fait l'expérience de cette présence de chaque instant, la relation bascule totalement et le Dieu de miséricorde devient Dieu de la Vie. 

Dans "Prions en Eglise", j'ai trouvé une phrase de Maurice Zundel sur la "souffrance" de Dieu. Or avant de retranscrire cette phrase, je dois dire que lorsque j'entends quelqu'un dire que mon péché fait "bobo" à Dieu, le rend triste, je saute au plafond. Le Dieu en lequel je crois n'est pas réductible à un petit être humain, Il est le tout autre, il n'est pas diminué ou abîmé par mes manques ou mes impuretés. Jésus purifie le lépreux, il n'est pas atteint par la maladie... 

Comme je l'ai déjà écrit ailleurs, j'imagine que lors du moment où Jésus a "répandu" son Esprit sur le monde en mourant, il y a eu une grande joie dans le ciel parce que le plan prévu a été réussi et que Dieu est devenu non pas Le Père mais Un Père qui laisse son fils tracer son propre chemin.
 
Revenons à la phrase de M.Zundel: "Mais Dieu ne souffre pas d'une souffrance qui peut l'affecter en le détruisant, non! Dieu souffre de cet amour d'identification qui est le pur amour sans réserve, l'amour sans retour, l'amour pur don, et qui est l'éternel berceau de notre vie."

Je ne prétends pas comprendre la pensée de Zundel, mais ce que je lis est quelque chose qui pour moi s'intitule la compassion bien différente de la miséricorde. La compassion c'est pouvoir s'identifier à qui souffre, sans jamais être lui, mais avoir son coeur qui se déchire et qui s'ouvre. Cela ne détruit pas, cela ouvre à un autre regard, à un amour plus grand, plus véridique. 


Mes limites, mes incapacités je le découvre sans cesse. Il est bien vrai que parfois en voulant faire bien ou du bien on fait mal ou du mal. Mais je suis là pour apprendre petit à petit, à faire de la place à celui qui vit en moi et qui Lui sait comment s'y prendre. Je n'ai pas peur (peut-être à tort) de ce qui se passera dans l 'Au-delà après ma mort, mais mon désir (et non besoin) est d'être en relation avec un Dieu qui a compassion de moi, de ma faiblesse de mon manque d'amour, alors oui, ce Dieu là, ce Dieu indulgent, je désire le rencontrer à chaque seconde du temps que j'ai à passer sur cette petite planète qui est la mienne.
   
Ce Dieu là peut me permettre petit à petit à moi aussi de regarder ceux que j'aime et ceux que j'aime moins, ceux que je connais et ceux que je ne connais pas avec compassion, ce qui est pour moi une manière d'aimer dans laquelle je peux advenir.

samedi, février 09, 2008

"Signes?" Ex 3,12


Je viens de relever cette phrase dans le livre de l'Exode: Dieu dit: "je serai avec toi, et voici le SIGNE qui te montrera que c'est moi qui t'ai envoyé. Quand tu feras sortir le peuple d'Egypte, vous servirez Dieu sur cette montagne"Ex 3,12.

Ce mot "signe" apparaît souvent que ce soit dans le premier et dans le deuxième testament. Je dois dire que ce "signe" là je ne m'y étais pas arrêtée jusqu'à ce jour (office des lectures). Il a été signe pour moi si je puis dire.

Ma première réaction a été de me demander de quelle montagne il s'agit et le début du texte note qu'il s'agit de l'Horeb. Donc quand Dieu se manifestera après la sortie d'Egypte c'est LE SIGNE donné à Moïse qui donne sens à tout ce qui a été accompli. 

Puis je me suis dit que lorsque Dieu se manifeste à un homme (ici Moïse) il fait un signe qui suscite le questionnement (le buisson était en feu et n'était pas dévoré). La rencontre se fait en douceur et si Moïse se voile le visage c'est qu'il a compris que le tout Autre est présent. 

Cette même douceur, on la retrouve dans le même lieu quand Elie rencontre son Dieu qui n'est pas dans le tonnerre, qui n'est pas dans le tremblement de terre, mais dans la brise légère. 

Et pourtant quand Dieu se révèle à tout son peuple, on se trouve dans une sorte d'excès de bruit, de violence, de dévastation. Tout homme qui sera non purifié risque de mourir, ainsi que tout être qui s'approche trop près de la limite fixée en dehors du camp.
 
Alors pourquoi cette différence? La crainte du Seigneur n'est pas la peur du Seigneur.

La crainte, parce qu'elle renvoie à la relation où l'on perçoit la distance qui existe obligatoirement entre une créature si créature et la sainteté de Dieu (la gloire) est un puissant moteur de changement en soi. Elle donne envie de s'approcher toujours plus près de ce Dieu qui se révèle ainsi. 

La peur est radicalement différente. Pour moi, elle conduit à un blocage et à un évitement de la relation qui ne permet plus au "feu" de pouvoir travailler en nous. On obéit pour ne pas être puni ce qui n'est pas du tout la même chose. Et la peur obnubile la relation et parfois la tord complètement. Le "n'ayez pas pas peur" est un leit-motive du 1° testament.

Heureusement que par les prophètes et surtout par le Fils nous sommes sortis de ce régime terrorisant que malgré tout, les églises ont parfois tendance à magnifier pour asseoir leur propre pouvoir. 
"Venez à moi car je suis doux et humble de coeur" dira Jésus. 

mercredi, janvier 30, 2008

Les noms de Jésus dans l'Evangile de Marc


Les noms de Jésus dans l’Evangile de Marc.


En écoutant lors des eucharisties de semaine le début de l’évangile de Marc, j’ai été frappée par la manière dont Jésus se nomme quand il  parle de lui avec les pharisiens. Au moment de la guérison du paralytique il dit :  (Mc 2, 10) «  Et bien ! pour que vous sachiez que le Fils de l'homme a le pouvoir de remettre les péchés sur la terre, je te l’ordonne .. ». Cette appellation Fils de l’homme que veut- elle dire ? Qu’est ce que Jésus (ou l’écrivain) veut-il signifier par ce titre, car c’en est un.


Bien entendu Fils de l’homme est bien proche de fils d’homme que l’on trouve à profusion chez Ezéchiel et aussi dans le livre de Daniel. Mais il me semble que c’est très différent. 


En effet dans le livre de Daniel il y a un être divin, qui est comme un fils d’homme, (qui en a l’apparence). Il s’agit donc d’une description d’un être d’un autre monde. Que nous puissions y voir le Fils de Dieu dans sa gloire, bien sûr, mais ce n’est pas ainsi que Jésus se nomme. Cette vision serait alors très proche de la vision inaugurale d’Ezéchiel 1,26. Cependant dans les représentations (si nous pouvons en avoir) de ce que serait la venue de Jésus, c’est bien un homme, un fils d’homme mais aussi un Dieu qui serait présent. Fils de l’homme et Fils d’homme sont très proches l’un de l’autre et on peut se poser la question si de fait fils de l’homme n’est pas une figure de Fils de Dieu, de Dieu qui prend corps et chair.


Quant au livre d’Ezéchiel, c’est en fait ainsi que lui, le prophète est appelé par l’Ange qui lui apparaît tout au long de livre. Il ne porte pas de nom, mais dans l’univers des visions et des ordres qui lui sont donnés, il devient simplement fils d’homme. Un peu comme si une espèce supérieure s’adressait à une espèce inférieure, sans même se soucier de son nom. Un peu comme si c’était « Et toi là-bas, voilà ce que tu dois faire ». Jésus en prenant chair devient Fils d’homme, un parmi d’autres (comme dirait Denis Vasse).


Pour moi, Fils de l’homme renvoie aussi à une lignée, à un engendrement. Or les généalogies de Jésus renvoient bien à une origine : Fils d’ Adam fils de Dieu Lc 3,38....


Cette première réflexion m’a alors renvoyée à ce que nous entendons comme la malédiction contre le serpent dans le livre de la Genèse : « Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ton lignage et le sien. Il t'écrasera la tête et tu l'atteindras au talon ». Gn 3, 11. Peut-être est-il possible de considérer Jésus comme l’héritier de ce lignage, comme celui qui pourra écraser le mal mais qui, sera cependant mordu, empoisonné par ce serpent symbole de la perversion et de la convoitise.


Peut-être s’agit-il dans un autre registre de la nécessité dans cette première communauté qui écoute les enseignements de Pierre, de signifier encore et toujours que Jésus, le Messie est pleinement homme et pleinement Dieu. Si Paul insiste autant sur la divinité de Jésus, peut-être que ce « fils de l’homme » est indispensable pour éviter une (future) hérésie, d’insister sur la pleine humanité et la pleine divinité de Jésus, le messie, le sauveur.


Je me suis dit qu’il serait peut-être intéressant dans ce même évangile de rechercher quels sont les noms donnés à Jésus. J’ai fait une recherche sur « fils de » et les occurrences sont nombreuses. J’ai essayé de faire une sorte de classification. Je regarderai d’abord les noms qui sont donnés à Jésus par tel ou tel personnage, puis les noms que Jésus se donne à lui-même quand il doit se justifier par rapport aux pharisiens, quand il enseigne ou quand il parle à ses apôtres pour les préparer à ce qui doit arriver.



1- Les noms attribués à Jésus.


1-1  Quand Dieu se manifeste, il l’appelle « son fils bien aimé ». Il s’agit là du baptême Mc1,11 : « Tu es mon fils bien-aimé tu as toute ma faveur » et de la transfiguration. La divinité est proclamée.  Marc 9, 7 Et une nuée survint qui les prit sous son ombre, et une voix partit de la nuée : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; écoutez-le». Ce terme-là fait écho pour moi à ce qui est dit à Abraham quand il croit qu’il va devoir immoler son « fils unique, celui qu’il chérit » Gn22,2. Si on admet que la montagne où Isaac devait trouver la mort est un lieu élevé en dehors de la ville, comme le Golgotha, mais qui est au dire des rabbins un lieu de connaissance, presque d’initiation, cette phrase est très prophétique. 

 

1-2 Les Esprits »impurs » aussi l’appellent « Fils de Dieu ». 

Mc 1,24 « Et aussitôt il y avait dans leur synagogue un homme possédé d'un esprit impur, qui cria en disant : « Que nous veux-tu, Jésus le Nazarénien ? Es-tu venu pour nous perdre ? Je sais qui tu es le Saint de Dieu. »

etMc 3 11 Et les esprits impurs, lorsqu'ils le voyaient, se jetaient à ses pieds et criaient en disant : « Tu es le Fils de Dieu ! »


Cette reconnaissance par des « puissances dites infernales» opposées à la présence de celui qui est appelé à les dominer, montre la puissance de ce Jésus, et le « pont » qu’il établit entre les différents mondes : le bas, la terre et le ciel. Or si on reprend la genèse, il existe de fait une coupure radicale entre le monde terrestre et le monde où réside la Sainteté de Dieu. Qui rouvrira la porte ? 



1-3 Les contemporains de Jésus.


1-3-1 L’écrivain de l’évangile et le centurion


Mc1,1 «  Commencement de l'Évangile de Jésus Christ, Fils de Dieu ». Ceci est une manière très concise de résumer la teneur de ce livre. On dit que ce titre donné d’emblée n’apparaît qu’à la fin de l’évangile, comme pour le fermer, avec la reconnaissance de centurion : Mc 13,39. « Voyant qu'il avait ainsi expiré, le centurion, qui se tenait en face de lui, s'écria : « Vraiment cet homme était Fils de Dieu ! »

 

Mais ce qui m’étonne, mais peut-être est-ce un problème de traduction c’est que Fils de Dieu n’est pas Le Fils de Dieu. Il me semble que l’empereur était par excellence « Fils de Dieu » donc que le centurion à sa manière reconnaît le titre de roi de Jésus, sans pour autant le reconnaître comme le fils du Dieu de ce peuple juif. Mais il reconnaît sa divinité ce qui renvoie aussi au travail d’évangélisation de Paul auprès de toutes les nations .


On peut aussi penser que le but de l’écrivain est bien de faire découvrir à ses lecteurs et à ses auditeurs, que tout ce qui est écrit, va montrer que cet homme, mort et ressuscité est bien le Messie attendu, et surtout le Fils.


 1-3-2L’aveugle de Jéricho. 


Mc 10,47-48.  Quand il apprit que c'était Jésus le Nazarénien, il se mit à crier : « Fils de David, Jésus, aie pitié de moi ! »Et beaucoup le rabrouaient pour lui imposer silence, mais lui criait de plus belle : « Fils de David, aie pitié de moi ! » On est dans un temps qui se situe entre la transfiguration et l ‘arrestation, en un lieu qui est encore aujourd’hui pour les pelerins le début de la monté à Jérusalem. La royauté davidique est ici affirmée. Et si on reprend la phrase du psaume 2 : « tu es mon fils, je t’ai engendré aujourd’hui », on est dans l’affirmation de la filiation divine . Peut-être est-ce important qu’un « non-voyant » puisse voir qui est derrière ce guérisseur qui va être mis à mort et qui va revenir à la vie ; mais d’une manière radicalement différente.

 

1-3-4Le grand prêtre

Mc 14, 61-62.  «  Mais lui se taisait et ne répondit rien. De nouveau le Grand Prêtre l'interrogeait, et il lui dit : « Tu es le Christ, le Fils du Béni ? » Jésus lui répondit : Je le suis et vous verrez le Fils de l'homme siégeant à la droite de la Puissance et venant avec les nuées du ciel». Ici on peut penser au Fils d’homme de Daniel. L’affirmation de la divinité est tellement forte que le grand prêtre déchire ses vêtements et le condamne pour blasphème. 



2 Ce que Jésus dit de lui.


2-1Au début de l’évangile

Dès le chapitre 2, Jésus essaye de faire comprendre qu’il n’est pas un simple guérisseur, un nouveau prophète, mais quelqu’un d’autre, quelqu’un qui a en lui une puissance que personne n’a jamais possédé, ni Abraham ni Moïse. Une puissance qui est oeuvre de Dieu en Lui. Marc 2,10 « Eh bien  pour que vous sachiez que le Fils de l'homme a le pouvoir de remettre les péchés sur la terre,je te l’ordonne dit il, ... ». Passage que je rapprocherai de la tempête apaisée : quel est-il celui-là que la mer et le vent lui obéissent...Mc4,41


En pardonnant les péchés il affirme sa divinité ce que les scribes veulent pas entendre. Il pourrait se dire Fils de Dieu (mais parfois ce qui n’est pas dit à plus de poids que ce qui est dit ou écrit). Il se proclame « fils de l’homme ». veut il ainsi montrer ce qu’il advient de l’humain quand il est en lien permanent avec le Divin .


Puis c’est la controverse des épis arrachés : Mc2,14 « En sorte que le Fils de l'homme est maître même du sabbat. Le Fils de l’homme quand il est lien intime avec Dieu peut se permettre non pas de transgresser mais de redonner sa dimension de vie aux prescriptions et commandements mosaïques. 

 

2-2 A partir du chapitre 8


la centration à partir de ce chapitre qui est le pivot de l’évangile de Marc, montre qu’il y a à la fois une actualisation du 4° chant du serviteur (Is 53) et des annonces du futur que sera celui de ce fils d’homme une fois qu’il sera ressuscité.


2-2-1 : la réalisation des prophéties


Marc 8, 31 « Et il commença de leur enseigner : « Le Fils de l'homme doit beaucoup souffrir, être rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, être tué et, après trois jours, ressusciter ;


Mc 9,12 Il leur dit : « Oui, Élie doit venir d'abord et tout remettre en ordre. Et comment est-il écrit du

 Fils de l’homme qu'il doit beaucoup souffrir et être méprisé ?


Mc 9, 31 « Car il instruisait ses disciples et il leur disait : « Le Fils de l'homme est livré aux mains des hommes et ils le tueront, et quand il aura été tué, après trois jours il ressuscitera. »


Marc 10, 33 « Voici que nous montons à Jérusalem, et le Fils de l'homme sera livré aux grands prêtres et aux scribes ; ils le condamneront à mort et le livreront aux païens »


Mc 10 , 45 Aussi bien, le Fils de l'homme lui-même n'est pas venu pour être servi, mais pour servir et donner sa vie en rançon pour une multitude. »


Mc 14 ,41.  Une troisième fois il vient et leur dit : « Désormais vous pouvez dormir et vous reposer. C'en est fait. L'heure est venue : voici que le Fils de l'homme va être livré aux mains des pécheurs.


Marc 14 ,21 « Oui, le Fils de l'homme s'en va selon qu'il est écrit de lui ; mais malheur à cet homme-là par qui le Fils de l'homme est livré ! Mieux eût valu pour cet homme-là de ne pas naître ! »


2-2-2 Une vision eschatologique


l’appellation Fils de l’homme, dans ces versets montre bien que dans le futur le jugement appartiendra comme à YHWH à Jésus qui sera l’égal de Père.


Mc 8 , 38 « Car celui qui aura rougi de moi et de mes paroles dans cette génération adultère et pécheresse, le Fils de l'homme aussi rougira de lui, quand il viendra dans la gloire de son Père avec les saints anges. »

 Mc 9, 9 « Comme ils descendaient de la montagne, il leur ordonna de ne raconter à personne ce qu'ils avaient vu, si ce n'est quand le Fils de l'homme serait ressuscité d'entre les morts. »

Marc 13,26 « Et alors on verra le Fils de l'homme venant dans des nuées avec grande puissance et gloire. »

Marc 12,35 « Prenant la parole, Jésus disait en enseignant dans le Temple : « Comment les scribes peuvent-ils dire que le Christ est fils de David ? » Jésus est dans le temple, bien près de sa passion . Ce passage me semble être dans la pure tradition rabbinique ce qui explique la finale : et le peuple l’écoutait avec plaisir (peut-être parce qu’il rive son clou aux scribes avant d’être rivé par eux sur la croix).

Mc 13,32 « Quant à la date de ce jour, ou à l'heure, personne ne les connaît, ni les anges dans le ciel, ni le Fils, personne que le Père ».Il y a ici dans ce monde des choses que le Fils ne connaît pas, mais qu’Il connaîtra dans la suite des temps .


En guise de conclusion.

D’abord une question. Pourquoi Jésus parle-t-il de lui à la troisième personne? Pourquoi ne dit-il pas Je ? Peut-être est-ce pour affirmer solennellement qu’il n’est pas ce qu’il semble être, Jésus le fils de Marie, le frère de Jacques ?Mc 6,3. Il se démarque aussi vigoureusement de la lignée des prophètes, il n’est pas un porte-parole, il est la parole.


En creusant un peu ces titres que Jésus reçoit ou se donne, il me semble bien que ce qui est affirmé sous ce « fils de l’homme » c’est bien la divinité pleine et entière qui est la sienne, qui ne demande qu’à se manifester. Cette origine « de Dieu » sera bien exprimée par Paul et les premiers chrétiens dans l’hymne des Philippiens( Ph2, 6-11)  qui sera ma conclusion: 


Lui, de condition divine, ne retient pas jalousement le rang qui l'égalait à Dieu. Mais il s'anéantit lui-même, prenant condition d'esclave, et devenant semblable aux hommes. 

S'étant comporté comme un homme, il s'humilia plus encore, obéissant jusqu'à la mort, et à la mort sur une croix ! 

Aussi Dieu l'a-t-il exalté et lui a-t-il donné le Nom qui est au-dessus de tout nom, 

pour que tout, au nom de Jésus, s'agenouille, au plus haut des cieux, sur la terre et dans les enfers, et que toute langue proclame, de Jésus Christ, qu'il est SEIGNEUR, à la gloire de Dieu le Père. 



lundi, janvier 21, 2008

"Ne nous pique pas nos disciples".

Le début de l'évangile d'aujourd'hui, Mc 2,18 :"comme les disciples de Jean Baptiste et des pharisiens jeûnaient, on vient demander à Jésus: "Pourquoi tes disciples ne jeûnent-ils comme ceux de Jean et ceux des pharisiens?" m'a étonnée. 

La rivalité entre Jésus et les pharisiens se résumerait-elle non pas à des questions de doctrine, mais à la peur de ne plus avoir de recrutement? 

Ici on parle des disciples de Jean le baptiste- et on sait par ailleurs qu'il est bien possible que les premiers disciples de Jésus aient été disciples du cet homme- et des disciples des pharisiens. Or on peut imaginer que ces disciples là sont nombreux et qu'il peut y avoir une crainte légitime quant à ce Jésus, cet homme au charisme assez particulier et à la doctrine novatrice.

Si les disciples des pharisiens se laissent séduire, alors que deviendront les pharisiens, comment se "reproduiront -ils"? 

On se retrouve avec un problème de pouvoir. 

Il faut empêcher cet homme de voler les disciples des "organismes" qui sont reconnus. Il va donc falloir le disqualifier et attaquer ce qu'il dit, non pour le message mais pour éviter qu'il ne soit séducteur et ne détourne de la tradition ceux qui essayent de vivre selon la Torah donnée par Moïse.

Je dois dire que cette vision peut-être un peu simpliste, me permet de mieux comprendre la trajectoire de Jésus et un des pourquoi de sa condamnation. 

samedi, janvier 19, 2008

"Du lépreux au paralytique".

Dans la liturgie des messes de la semaine dernière ces deux textes de guérison se suivent.

Pour le premier texte,(Mc 1,40-45) le célébrant faisait remarquer que d'une certaine manière le lépreux est "purifié" mais peut-être pas guéri au fond de lui. En n'allant pas se montrer aux prêtres et donc en refusant de servir de signe (tu rendras témoignage) il "instrumentalise " Jésus en en faisant un guérisseur, un simple guérisseur. Ceci pouvant être mis en parallèle avec la prise de l'arche par les Philistins dans le livre de Samuel (première lecture de ce jour). L'arche ne fonctionne pas de manière magique. Or il peut y avoir un  risque pour nous aujourd'hui d'utiliser le nom de Jésus pour essayer d'obtenir des miracles, alors que le miracle est là pour servir de signe à la présence active de Dieu dans notre monde. Cette guérison devait être une interrogation pour les prêtres: qui est -Il celui là qui peut rendre pur ce qui est impur?

Si je suis une certaine logique dans l'évangile de Marc, au chapitre 2, il me semble que le lépreux condamne Jésus à rester un guérisseur, que tous viennent voir, à tel point qu'il doit se cacher pour prier. 

Lors de l'incident du paralytique, il est de retour à la maison, il y a foule et à nouveau Jésus se doit de guérir encore et encore. 

Je ne sais pas pourquoi quand on parle de cet homme, on dit qu'il est paralysé depuis toujours, comme pour magnifier le "miracle".

Pour moi, j'ai toujours imaginé que cet  homme a fait un mauvaise chute, par exemple en tombant d'un toit. Peut-être avait-il bu un coup de trop, peut-être a-t-il voulu comme on dit faire le mariole, mais il a chu et depuis il ne peut plus marcher. Il est certain que lorsque ses compagnons ont entendu parlé de ce Jésus qui guérit, ils se sont dit que peut-être cet homme pourrait bien guérir leur ami et qu'ainsi ce dernier pourrait reprendre la vie là où elle s'était arrêtée pour lui.

Les porteurs sont des compagnons, pas des gens de la famille, ce qui aurait peut-être été le cas si la paralysie avait été donné dès la naissance.

Je me suis souvent identifiée à cet homme, et à l'épreuve de la descente. Je l'imagine entrain de se cramponner à son brancard, mort de peur, lui qui est déjà tombé.

Quand je travaillais auprès d'enfants handicapés moteurs, j'ai voulut tester un lève-malade qui venait d'être installé dans une des chambres. Je dois dire que je n'ai pas aimé du tout. Je n'ai pas eu réellement peur, parce que les sangles étaient bien en place et surtout parce que j'avais confiance dans la personne qui faisait la manipulation, mais je n'ai pas trouvé cela agréable.
Etre dépendant n'est jamais facile à vivre. 

Se retrouver ensuite au centre et le point de mire de tous les regards ne doit pas non plus être évident: tomber comme un  cheveu sur la soupe. 

Et la phrase qui tombe "tes péchés te sont remis" quel sens peut-elle avoir quand on espère une guérison pure et simple. Déception (c'était bien la peine d'avoir risqué ma vie pour m'entendre dire cela....), ou guérison invisible pour les yeux?

Ce qui a été nouveau pour moi, c'est cette phrase et la réaction des scribes. Il me semble en effet que Jésus par cette simple phrase donne "un signe" extrêmement fort, mais que ce signe est dénié par cet auditoire.

Car Jésus se positionne autrement que comme un simple guérisseur ou un simple prophète. Il prend quelque chose qui normalement appartient au dieu d'Israël. Or cela aurait du ouvrir à un interrogation et non pas une condamnation. 

Et là je me sens partie prenante: c'est si facile au nom d'un certain savoir de se boucher les oreilles de se fermer, de refuser la question qui ouvre, même si elle dérange. 

Comment être attentif aux signes qui nous sont donnés. Je veux dire par là que comme les scribes, bien souvent je passe à côté de choses qui devraient me faire réagir. 

Alors la guérison cet autre signe, ce complément de signe, c'est comme si Jésus devant mon incrédulité, m'acceptait avec ma pesanteur, ma lourdeur et me donnait un signe irréfutable, un signe que je ne peux refuser de voir.

Alors de ces deux petites séquences du début de l'évangile de Marc, je retiens le risque d'instrumentalisation (réduire à une seule dimension) et le risque de la surdité (dénier ce que j'entends parce que cela me dérange et ne rentre pas dans mes catégories) comme comme des risques toujours présents. 

Que mes yeux et mes oreilles s'ouvrent à cet autre langage, voilà quel est mon désir de cette soirée.