jeudi, août 25, 2022

Jn 1, 45-51." Viens et vois". L'appel de Nathanaël Mercredi 24 Août 2022

24 Août 2022. La fête de l'apôtre Barthélémy permet de rompre un peu la routine de la lecture des chapitres qui précèdent la passion dans l'évangile de Matthieu. Je dois dire que cela fait du bien. De fait c'est l'appel de Nathanaël, dans l'évangile de Jean, qui est proposé et c'est un texte que j'aime beaucoup, car il est question de voir, de Jésus qui voit, de Nathanaël qui découvre qu'il est vu, et qui devient lui aussi capable de voir en Jésus celui qui vaincra les ténèbres.

Mais le 24 Août, c'est l'anniversaire de mon baptême; c'était en 1940, et j'avais un peu plus de deux mois et c'était à mon avis peu de temps après le retour de l'exode. Mais ce 24 Août, c'est aussi  le troisième anniversaire du décès de A. Elle avait 32 ou 33 ans, elle habitait dans l'Aveyron, elle m'a fait connaître le fromage de ce pays, le Laguiole, et bien d'autres choses. Elle avait décidé de quitter ce monde où elle n'avait pas sa place, de rejoindre son grand-père, qui fut le seul à l'aimer, et à l'écouter. Je pense qu'elle voulait ou souhaitait aussi retrouver certains de ses thérapeutes qui ont un peu été pour elle, images paternelle et maternelle. Cela fait trois ans qu'elle se repose enfin, et que certainement elle veille sur ceux qu'elle aime, elle qui a toujours su s'occuper des autres, y compris de ceux qui lui ont fait du mal. 


Les versets proposés terminent le premier chapitre de cet évangile, et montrent peut-être comment la bonne nouvelle commence à se propager. 

 


Le texte.

 

45 En ce temps-là, Philippe trouve Nathanaël et lui dit : « Celui dont il est écrit dans la loi de Moïse et chez les Prophètes, nous l’avons trouvé : c’est Jésus fils de Joseph, de Nazareth. »

46 Nathanaël réplique : « De Nazareth peut-il sortir quelque chose de bon ? » Philippe répond : « Viens, et vois. »

 

La réponse de Philippe est comme un décalque de la réponse de Jésus "Venez et vous verrez" à la demande d'André et de Philippe qui lui demandaient où il demeurait. Mais là, le contexte est très différent. C'est presque comme si Philippe disait: je vais te prouver que de Nazareth il peut sortir quelque chose de bon. Sors un peu de tes certitudes. 

 

La question des origines de Jésus dans la suite de l'évangile de Jean reviendra à de nombreuses reprises et sera cause de division, même entre les pharisiens (Jn 7, 27).

 

 

47 Lorsque Jésus voit Nathanaël venir à lui, il déclare à son sujet : « Voici vraiment un Israélite : il n’y a pas de ruse en lui. »

48 Nathanaël lui demande : « D’où me connais-tu ? » Jésus lui répond : « Avant que Philippe t’appelle, quand tu étais sous le figuier, je t’ai vu. »

49 Nathanaël lui dit : « Rabbi, c’est toi le Fils de Dieu ! C’est toi le roi d’Israël ! »

 

Dialogue étrange, qui commence avec l'affirmation de Jésus, voilà vraiment un Israélite, il n'y a pas de ruse en lui. Est-ce que Jésus affirme que cet homme sera différent de ces hommes qui voudront confondre Jésus par la ruse? Lui, il est différent. Est-ce que Jésus connait la réaction de Nathanaël: de Nazareth que peut-il sortir de bon? On pourrait le penser. Ce qui est étonnant aussi c'est que le rédacteur emploiera souvent le mot juif, mais que cet "israélite" semble unique, comme si Nathanaël était le vrai représentant des fils de Jacob, Jacob qui fut quand même caractérisé par la ruse. D'autres traductions emploient le mot fraude. Le mot ruse est utilisé par soeur Jeanne d'Arc, mais c'est un mot peu retenu. On pourrait presque le rendre par "franc du collier". 

 

En tous les cas, cela impressionne Nathanaël, qui se sent quand même dévoilé. Et cette phrase étonnante: "D'où me connais-tu, qui es-tu pour parler de moi ", un peu comme le ferait ou le dirait un voyant).

 

Puis l'affirmation de Jésus (je t'ai vu, je savais où tu étais et ce n'est pas Philippe qui me l'a dit),  affirmation qui fait que quelque chose se passe, qui fait que Nathanaël bascule dans la reconnaissance. 

 

Ce qui reste étonnant c'est ce fil de la vision. Jésus dit "je t'ai vu", et quelque chose s'ouvre dans la vision intérieure de Nathanaël. Il voit en cet homme, cet homme qu'il découvre, cet homme qu'il appelle Rabbi, non seulement le Fils de Dieu mais aussi le Roi d'Israël. Et c'est ce que démontrera tout cet évangile, avec cet écriteau sur la croix qui conclue le dialogue avec Pilate (es-tu le roi des juifs), Jésus de Nazareth roi des juifs. 

 

50 Jésus reprend : « Je te dis que je t’ai vu sous le figuier, et c’est pour cela que tu crois ! Tu verras des choses plus grandes encore. »

51 Et il ajoute : « Amen, amen, je vous le dis : vous verrez le ciel ouvert, et les anges de Dieu monter et descendre au-dessus du Fils de l’homme. »

 

 

Affirmation de la divinité dès le 1° chapitre; le ciel ouvert, les anges qui vont et viennent au-dessus du fils de l'homme, qui est sur terre. Mais c'est l'ouverture du ciel, une brèche enfin ouverte; un Dieu qui communique en direct. Et je ne peux m'empêcher de penser à ces deux anges qui seront dans le sépulcre, comme les deux anges au-dessus du propitiatoire. Un peu comme si ce texte contenait en lui la fin de l'évangile.

 

Nathanaël raconte

 

Moi, j'habite à Bethsaïde, qui se trouve là où le Jourdain se jette dans la mer. C'est un village de pêcheurs; mes amis Simon et André y habitent aussi. Eux, ils sont allés écouter le prophète Jean, qui baptise sur les rives du Jourdain. Moi je suis resté chez moi, j'aime lire la Tora, j'aime prendre du temps pour la méditer, pour laisser la parole du très Haut venir en moi. 

 

Ce matin-là, je m'étais levé un peu plus tôt, pour lire la parole sous le figuier qui est dans mon petit jardin. J'aime l'odeur des figues quand le soleil commence à envoyer se rayons et à réchauffer l'atmosphère. J'avais récité les psaumes, et lu l'histoire de notre Père Jacob, lui qui est devenu Israël après s'être battu toute la nuit contre cet homme, ou contre cet ange qui n'a pu le vaincre. Puis je m'étais mis à tresser une nouvelle bourriche pour la pêche. 

 

Et voilà que Philippe, un de mes amis, arrive, tout excité, ce qui ne lui ressemble pas. Et tout de go, il déclare qu'il a trouvé celui qui est annoncé par les prophètes et par les écritures. Je suppose qu'il parle du Messie dont nous attendons tous la venue. Et voilà qu'il ajoute, que le messie a un nom, il se nommerait Jésus. Bon c'est un bon nom, déjà porté par Josué, qui nous a permis d'entrer dans la Terre Promise. Sauf qu'il ajoute qu'il est de Nazareth.  Alors là, c'est comme s'il annulait ce qu'il venait de dire. Le messie ne peut pas venir de Nazareth, cette ville n'est citée nulle part dans nos écritures et en plus, elle n'a pas bonne réputation; la ville de Sephoris est à côté, et nous savons tous ce que les grecs ont fait pour ternir notre réputation. Venir de là, c'est la honte.

 

Bref, je le prends un peu pour un fou, mon Philippe. Seulement il a l'air sûr de lui, et puis c'est mon ami. Il ne se met pas à discuter pas avec moi pour me convaincre, il se contente juste de me dire: viens et vois. Il voulait que je me fasse mon opinion. Et je l'ai suivi. 

 

En chemin il me dit que Jésus l'a appelé par son nom, pour le suivre, et qu'il a ressenti en lui un tel changement une telle paix, qu'il a su que si André et un autre disciple de Jean le Baptiseur l'avaient suivi, c'est qu'il était vraiment celui qui était annoncé par les prophètes. 

 

Moi, je veux bien, mais je veux voir et surtout l'entendre. Quand nous sommes arrivés près de lui, j'ai vu un homme, somme toute assez banal. Grand certes, mais sans rien d'extraordinaire. De David, il est écrit qu'il avait de beaux yeux, lui peut-être aussi. Il ne m'a pas vraiment regardé, il a dit aux autres en parlant de moi: Voilà un véritable israélite, sans détour. Je reconnais que cela m'a fait plaisir d'entendre cela, mais comment le sait-il que je suis comme cela, que je dis ce que je pense, que je ne mens pas, que je ne triche pas? 

 

Je lui ai alors demandé d'où il me connaissait, parce que, quand même, je trouvais cela étonnant. Et là, il m'a rétorqué qu'il m'avait vu, avant que Philippe ne m'appelle, quand j'étais sous le figuier. Alors quelque chose s'est passé en moi. J'ai compris qu'il était un voyant, mais aussi qu'il était bien plus que cela. Il était bien ce que Philippe avait dit de lui, le Messie.

 

Moi qui aime raisonner, je n'avais plus de raisonnements en moi. Je savais qui il était, je le savais au plus profond de moi, il était le fils de Dieu, il était le roi d'Israël. J'avais presque envie de me prosterner devant lui, mais je ne l'ai pas fait. 

 

Il m'a regardé, et là, j'ai vu son regard. Moi qui trouvais qu'il était quelconque, je me suis rendu compte que son regard c'était comme un puits, comme une source, qu'il y avait quelque chose qui attirait, qui m'attirait et me donnait envie de me noyer en lui. C'était un regard d'amour. Et là il a ajouté, que moi Nathanaël, je verrai des choses que personne n'a jamais vu. Je verrai les cieux ouverts (et cela m'a fait penser au prophète Isaïe qui désire tant voir les cieux ouverts, et Dieu qui descendrait), et que je verrai les anges de Dieu monter et descendre au-dessus du Fils de l'homme. Là je ne comprends pas trop, mais c'est quand même comme s'il me disait que le ciel n'est plus fermé, que tout autour de lui, même si je ne les vois pas, les anges sont là et le guident et surtout que lui il est le Fils de Dieu, le Fils de Dieu fait homme, qui vient dans nos ténèbres pour nous donner la lumière. 

 

Merci à mon ami Philippe d'être venu me chercher

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