dimanche, novembre 12, 2023

Mt 25: les trois dernières paraboles. Les Récits

Récits.

 

Dans un premier temps j’en suis restée à ma première idée, faire raconter par un auditeur. C’est le texte qui suit.

 

Dans un second temps comme je l'avais pensé, j’ai eu envie de laisser parler les personnages des paraboles, seulement eux sont dans l’histoire et ils ne savent pas que cette histoire est prétexte à parler de la fin des temps. Il y a une jeune fille imprévoyante, qui se retrouve à la porte et qui peut trouver que c’est injuste, parce qu’elle ne comprend pas ce qui lui arrive et qu’elle en veut à celle qui ne lui a pas donné d’huile, mais elle ne peut pas comprendre quelle est cette huile. Il y a ce serviteur qui n’a rien compris et qui peut en vouloir à la terre entière de tout avoir perdu, de ne pas avoir reçu l’aide des deux autres (sauf qu’il n’a rien demandé), et qui se fait une fausse idée de son maître, et enfin de ceux qui se retrouvent à gauche), les chèvres ou les boucs suivant les traductions, qui pour un grand nombre ne comprennent pas vraiment ce qu’ils ont fait de mal et qui doivent trouver que ce n’est pas juste. Ils sont des personnages, ils ne sont pas les auditeurs ou les lecteurs. Mais pourquoi ne pas les laisser parler parce que nous ne sommes peut-être pas si prévoyants que cela, même si nous avons des marchands à notre disposition (si toute fois c’est comme cela que nous voyons l’église), nous n’utilisons pas nos capacités pour un tas de raisons,  et nous sommes bien souvent aveugles à voir les difficultés dans lesquels se trouvent les voisins, les autres. Mais pourquoi ne pas essayer ? Ce sera le deuxième partir de ces récits.

 

Un disciple raconte.

 

Nous étions sur le point de quitter le temple, et après (pardonnez l’expression) tout ce que Jésus avait passé aux pharisiens et aux scribes, en les traitant au final d’engeance de vipères, cela valait mieux pour lui, et même pour nous. Et voilà que certains se sont approchés de lui, pour qu’il admire la beauté du Temple. Du coup il s’est arrêté de marcher et il a regardé le temple très longuement. Il faut dire qu’il venait de prophétiser sur Jérusalem et sur le Temple, en annonçant que le Temple serait vide. Le temple vide, pour moi, c’est ce que prophète Ézéchiel avait vu autrefois, quand le Temple a été détruit et que la Gloire avait quitté le lieu, qui était pourtant le lieu bâti pour lui.

 

Et au lieu de s’extasier, il a redit les mêmes choses, que tout serait détruit. Il a continué à parler d’un futur, et cela m’a fait peur. Il a parlé de gens qui parleraient en son nom, mais qui nous égareraient. Il a parlé de guerres, il a parlé de nous avec un futur affreux : être livrés en son nom, être détestés à cause de lui. En même temps, il affirmait que l’évangile du Royaume serait annoncé à toute la terre. Toute la terre ? Vous vous rendez compte ? Puis il a parlé à nouveau de destructions, de choses horribles, et de son retour à lui. Il reviendrait sur les nuées, des anges rassembleraient ses élus des quatre coins du monde, d’une extrémité des cieux jusqu’à l’autre. Même ça, je ne peux pas l’imaginer ; j’espère bien que je ne verrai pas ça, même s’il a affirmé que cette génération ne passerait pas avant que cela se produise. 

 

Il a affirmé que ses paroles à lui ne passeraient pas; alors que le ciel et la terre passeraient. Et puis, je crois qu’il a voulu nous faire comprendre que cela arriverait à l’improviste et qu’il fallait être prêt. Et il a raconté une petite histoire comme il en a le secret. 

 

Il a parlé du serviteur fidèle et sensé à qui le maître a confié la charge des gens de sa maison, et qui sera trouvé en train d’agir ainsi. Et il a fait la promesse de l’établir sur tous ses biens. Il a parlé ensuite d’un mauvais serviteur, qui s’imagine que le maître ne reviendra pas, et qui se prend pour le maître, mais un maître mauvais et méchant, ce que notre maître n’est pas. Il fait peser comme un joug sur toute la maison. Eh bien celui-là partagera le sort des infidèles. Je ne sais pas trop ce qu’il met derrière ce mot, mais, il vaut mieux être du bon côté si on veut être sauvé. 

 

Je pensais qu’il avait fini, que nous avions compris à peu près, mais il a continué à parler. Nous étions avec lui sur le Mont des Oliviers, et on voyait le Temple, et le mouvement de tous ceux qui entraient et sortaient.

 

Il nous a raconté trois histoires, et ces histoires, au fond je ne les ai pas aimées, elles m’ont fait un peu peur. Je crois qu’il voulait vraiment qu’on comprenne qu’être sauvés ça ne serait pas si évident que cela, qu’il fallait veiller, mais que durant le temps où nous étions sur cette terre, il fallait aussi vivre comme lui, et comme il nous l’avait appris. 

 

La première histoire

 

La première histoire racontait l’histoire de dix jeunes filles qui étaient invitées aux noces du fils du Roi. Il n’a pas dit que c’était le fils du Roi, mais pour moi, ça devait être comme ça. Mais cet homme, il n’est pas venu les chercher. C’est un peu étonnant quand même. Peut-être a-t-il envoyé des gens de sa maison pour leur indiquer le chemin. Il a dit que la moitié d’entre elles étaient des jeunes filles prévoyantes, et que l’autre moitié, elles étaient un peu des fofolles. Alors les prévoyantes, à mon avis, elles ont fait des bagages avec plein de choses, parce qu’on ne sait jamais, et surtout elles ont pris avec leur lampe, une bonne quantité d’huile. Parce que si on doit cheminer la nuit, il faut bien y voir clair pour ne pas tomber, ne pas trébucher ; elles devaient être bien chargées les pauvres. Les autres, elles ont voyagé léger. Elles ont bien pris leur lampe, parce que c’est impossible de faire autrement, mais comme elles ne pensaient pas loin que le bout de leur nez, elles n’ont pas pris d’huile pour recharger la lampe au cas où elle serait près de s’éteindre.

 

Et les voilà parties, toutes les dix. Et ça devait papoter entre elles. Elles ont marché, marché. Elles n’étaient pas encore arrivées au lieu fixé, mais elles ne pouvaient pas aller plus loin. Elles se sont allongées. Elles attendaient peut-être que l’époux se manifeste. Peu à peu elles se sont assoupies puis endormies. Et comme c’est un conte, peut-être que ce sommeil a duré longtemps. Cela je ne le sais pas.

 

Et tout à coup, elles se sont toutes réveillées en sursaut. Elles ont entendu une voix dans la nuit qui disait : voici l’époux, allez à sa rencontre. Bon, moi je trouve que c’est lui qui aurait dû venir les chercher, mais ça doit se passer dans un pays avec des coutumes différentes. Et comme elles devaient se mettre en route, qu’il faisait noir et que les lampes avaient brûlé le temps de leur sommeil, les fofolles se sont rendues compte que leurs lampes étaient en train de s’éteindre. Bien sûr elles ont demandé aux autres, celles qui s’étaient chargées de beaucoup de choses et qui avaient eu un peu mal à marcher, de leur donner de leur huile. Mais elles n’ont pas voulu, parce qu’elles se doutaient que la route serait encore longue et que les lampes de tout le monde allaient s’éteindre. Elles ont conseillé aux fofolles d’aller chez les marchands. Et les voilà parties, les unes vers les marchands les autres vers l’époux. Ces dernières ont été invitées à entrer dans la grande salle, et la porte a été fermée. Je peux imaginer leur joie. 

 

Et là, on arrive à la fin de l’histoire qui est triste. Parce que les jeunes filles imprévoyantes, elles ont bien trouvé de l’huile, mais quand elles sont arrivées au palais, la porte était fermée. Elles ont frappé à la porte, en demandant à entrer. Et là, le fils du Roi est sorti, il a dit qu’il ne les connaissait pas, et il fermé la porte. Elles sont restées dehors avec leur lampe, avec leur huile qui ne servait plus à rien. Je ne peux qu’imaginer leur tristesse. J’étais triste pour elles. Et Jésus a conclu en nous disant à nous les disciples de veiller, parce que nous ne savions ni le jour ni l’heure. Je me suis dit qu’il résumait un peu les choses, mais je n’ai pas trop eu le temps de penser, parce qu’il a raconté une autre histoire. Simplement je me dis que les paroles que le Maître a dites, il faut qu’elles soient dans mon cœur, un peu comme une lampe, que je me nourrisse d’elles, que je pense à faire ce qu’il demande de faire, un jour après l’autre, sans jamais le perdre de vue. 

 

La deuxième histoire

 

L’autre histoire c’est encore une histoire qui m’inquiète. Il s’agit là d’un homme, un homme à mon avis très riche, qui va partir au loin, en voyage. Et avant de partir, il décide de donner tous ses biens à trois de ses serviteurs. Et il donne vraiment, il leur fait totalement confiance. Ce sont des sommes énormes qu’il leur confie, cinq talents au premier, deux pour le deuxième et un pour le troisième. Et il fait cela en fonction des capacités de ses serviteurs;  cela veut dire qu’il les connaît bien, qu’il leur fait confiance, et qu’il part content, en toute sécurité. 

 

Pour deux des serviteurs, cela fonctionne bien. Ils doublent la mise, l’un comme l’autre. Et du coup, je pense qu’il peut se créer entre eux, comme une sorte de fraternité, ils ont doublé tous les deux, ils ont créé tous les deux, ils ont réussi tous les deux. Je pense aussi qu’il a dû leur en falloir du temps, qu’ils ont peut-être eu des mauvais placements, des déconvenues, mais ils ont réussi. Ils devaient être très fiers d’eux. 

 

Par contre pour le troisième, ça n’a pas marché du tout. Est-ce qu’il a eu peur de ne pas faire quelque chose de bien ? Est-ce qu’il a eu peur de faire de mauvais placements et que le maitre à son retour le fasse jeter en prison ? Ce que Jésus nous dit c’est que cette somme, le serviteur va l’enterrer dans un champ. Vous vous rendez compte ? Mettre dans la terre un pareil trésor ? Et l’argent dort; il peut même être trouvé par un autre. Mais lui s’estime tranquille. 

 

Le temps passe, et un jour le maître revient. Il demande aux trois ce qu’ils ont fait durant son absence, ce qui est advenu de ce qu’il leur avait donné. Alors les deux premiers, l’un comme l’autre, lui montrent ce qu’ils ont gagné. Ils ne rendent pas les cinq talents ou les deux talents au maître, parce que cela leur avait été donné. Et le maître est très heureux, il les félicite et les invite à partager sa joie. C’est un peu comme s’ils quittaient leur fonction de serviteur, pour devenir des maîtres avec leur maître, demeurer avec lui, vivre avec lui, se réjouir avec lui. 

 

Mais pour le troisième, les choses ne vont pas dans le bon sens. Lui, dès qu’il apprend que le maître est revenu, il va sortir l’argent qui dormait dans la terre, et il le prend avec lui, ce que les autres n’avaient pas fait. Il dit au maître qu’il lui rend son argent, et aussi lui explique que, comme pour lui ce maître est un homme dur, qui moissonne là où il n’a pas semé, qui ramasse là où il n’a pas répandu le grain, il a eu peur de ses réactions; et que l’argent, il l’a mis dans la terre, et qu’il le lui rend. 

 

Inutile de dire que cela n’a pas plus du tout au maître qui a été très déçu, parce que ce serviteur aurait pu, aurait dû faire confiance ; on peut même se demander qui lui a mis dans la tête de telles idées. C’est un peu comme si cet énorme cadeau, cette marque de confiance, pour lui c’était comme si le maître avait voulu lui tendre un piège. Et cela le maître ne l’a pas supporté. Il lui a dit qu’il était un serviteur paresseux et mauvais, que son talent on allait le donner à celui qui avait su faire confiance, et que lui serait jeté dehors, qu’il n’entrerait pas avec le maître, et que là où il serait condamné à vivre, sans rien, il y aurait des pleurs et des grincements de dents. Quand Jésus parle de grincements de dents, je pense toujours aux pharisiens qui grincent des dents de colère quand il leur rive leur clou, mais je sais que Jésus, cela lui fait mal de les voir ces hommes qui ont tout pour comprendre et qui ferment leur cœur et le remplissent de haine.

 

Alors oui, les bons sont récompensés, les mauvais sont punis, mais j’ai comme un gout d’amertume en moi. Comment peut-on se tromper à ce point sur les intentions du maître ? 

 

 

La troisième histoire

 

Il commençait à se faire tard. Dans trois jours ce serait la Pâque, et il y aurait bien des préparatifs à faire. Mais il a pris le temps de nous raconter quelque chose à propos du jugement dernier; comme je l’ai dit, il avait déjà évoqué la fin des temps, mais pas le jugement. 

 

Il nous a dit qu’à la fin des temps, lui Jésus, le Fils de l’homme, viendrait dans sa gloire, avec ses anges et qu’il serait assis sur son trône de gloire. Je dois dire, que j’aimerais tellement voir cela. Un peu comme les anciens qui sur le Sinaï ont vu le trône du Très Haut, ce pavement de saphir, limpide comme l’azur du ciel. Le voir Lui assis et juger les nations. 

 

Cela me faisait un peu penser à la parabole du bon grain et de l’ivraie, parce qu’il avait dit qu’à la fin des temps, les anges viendraient séparer les bons et les mauvais. Et c’est ce qui se passera, puisqu’il fera comme le berger qui séparer les brebis des boucs. 

 

Les brebis seront à droite, les boucs à gauche. C’est vrai que chez nous, les boucs n’ont pas bonne réputation. N’avons-nous pas la coutume du bouc émissaire, qui était chargé des péchés du peuple et allait mourir dans le désert? 

 

Puis il dira à ceux de droite qu’ils sont les bénis de son Père: qu’ils viennent prendre possession du royaume préparé pour eux depuis la fondation du monde. Et s’ils sont bénis, c’est parce qu’ils se sont occupés des plus petits d’entre ses frères, en leur donnant à manger quand ils avaient faim, à boire quand ils avaient eu soif, en les accueillant même s’ils venaient d’un autre pays, en leur procurant des vêtements, en les visitant quand ils étaient malades ou en prison. Et comme ils s’étonnaient de cela, il a affirmé que chaque fois que cela avait été fait pour l’un d’eux, cela avait été fait pour lui. Je dois dire que cela m’a un peu étonné, mais si lui le dit, il a sûrement raison. 

 

Puis il s’est adressé aux autres et leur a reproché de ne pas avoir pris soin de ceux qui avaient besoin d’eux. Et eux, j’ai eu l’impression qu’ils ne comprenaient pas le reproche de Jésus. Que s’ils n’avaient pas fait, ce n’était pas de leur faute, mais parce que personne ne leur avait dit, alors que Jésus, depuis qu’il enseigne, nous demande de nous occuper de notre prochain. Il dit même que le commandement qui dit d’aimer son prochain comme soi-même est aussi grand qu’aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme, et de toute son intelligence.

 

Voilà ce que sera le jugement.

 

Mais comme je vous l’ai dit, ces trois histoires me font un peu peur. Est-ce que je pourrai compter sur la miséricorde du Fils de l’homme, moi qui n’ai pas toujours veillé, moi qui n’ai pas toujours su ouvrir les yeux pour voir ceux qui avaient besoin de moi, peut-être simplement de mon regard, moi qui n’ai pas toujours su faire fructifier les cadeaux donnés ? Heureusement qu’il a dit et redit qu’il était venu pour les pécheurs dont je suis, et qu’il allait donner sa vie pour nous, parce que cela c’est la promesse qui me fait vivre. 

 

Mais je dois dire, que quand je suis allé prendre mon repos de la nuit, ça tournait en moi ces paraboles, ces histoires. Et au matin une idée m’est venue. Je crois que l’important c’est d’avoir en soi la Présence du maître, de penser à lui nuit et jour, de se laisser remplir par lui, par ses dons, de se faire comme il le dit, capacité, et d’avoir son regard sur ceux qui nous entourent. Cela, il l’a fait et c’est à moi de le faire si je veux entrer dans son royaume; et je le veux. Alors il me faut garder sa parole, la laisser en moi vivre, il me faut être comme lui créatif, mais avec lui, et penser à la joie que cela lui donne, et regarder ceux qui sont autour de moi comme des autres lui. Je ne dis pas que c’est facile, mais je désire être ce serviteur qu’il trouvera en train de veiller quand il reviendra.

 

 

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Récits de personnages.

 

Il s’agit donc de laisser raconter une des jeunes filles éconduites, par le serviteur qui n’a pas fait fructifier ou par un de ceux qui a fermé les yeux sur ceux qui l’entouraient. Je peux imaginer que tous commenceraient par dire que ce n’est pas juste, que ce n’est pas de leur faute. Ils ne se remettraient pas en cause. Or il me semble que c’est bien parce qu’ils n’ont pas su s’ajuster à la demande, ou qu’ils l’ont déformée, qu’ils ne sont pas entrés dans ce royaume. 

 

Une jeune fille raconte

 

Nous étions dix à être invitées au repas des noces. Avec nous, il y avait des filles très, très sérieuses, vous savez celles qui ne rient jamais, qui font tout bien. Elles avaient pris plein de provisions avec elles, des vêtements de rechange et même de l’huile pour leur lampe... Je me demandais bien pourquoi. Moi j’aime voyager lége, et il y aura bien des gens pour me dépanner si je manque de quelque chose; j'aime compter sur les autres. Nous nous sommes mises en route, mais la route était plus longue que ce que j’imaginais. Nous avons dû nous arrêter. Il faisait nuit, et nous avons allumé nos lampes. Nous nous sommes allongées et nous avons fini par nous endormir ; nous avons été réveillées en sursaut par un quelqu’un, qui disait que l’époux était arrivé et qu’il fallait nous mettre en route pour trouver la salle. 


Mais là, je me suis rendue compte, que ma lampe était près de s’éteindre, et que j’allais manquer d’huile. C’était pareil pour certaines de mes amies, nous n’avions pas imaginé que ce serait aussi compliqué, aussi long. Nous avons demandé de l’huile à celles qui en avaient d'avance, mais elles n’ont rien voulu entendre. 


Elles ont dit qu’elles n’en n’auraient pas assez pour elles et pour nous et que nous n’avions qu’à en acheter chez un marchand. Trouver un marchand qui veuille bien nous en vendre, ça n’a pas été une mince affaire, mais nous avons pu en avoir assez pour mettre dans nos lampes et aller nous aussi jusqu’à la salle. Nous étions assez en colère contre elles. Elles auraient bien pu nous en prêter un peu.  


Mais Il avait fallu du temps pour trouver un marchand qui nous vende de l'huile. Nous en avons trouvé un, mais les heures avaient filé. Et quand nous sommes arrivées, la porte était close et on entendait des bruits de fêtes. 


Nous avons toqué, toqué, personne ne venait. 


Nous avions froid et nous étions fatiguées. Dedans il devait faire bon et chaud et il devait y avoir de quoi manger. 


Nous avons frappé encore, et là c’est l’époux qui est sorti: enfin nous allions pouvoir rentrer. Mais alors là, au lieu de nous ouvrir, il a dit qu’il ne nous connaissait pas et il a fermé la porte. 


Et là, quelque chose s’est effondré en moi. J'avais tellement envie de voir les époux, de partager leur joie, de manger avec eux. Et en même temps j’étais vraiment très très en colère contre ces autres qui avaient gardé leur huile pour elles. Si elles nous en avaient prêté, nous aurions pu entrer avec elles.  


Ce n’est pas de ma faute si je ne suis pas une prévoyante comme elles. Je n’y peux rien, c’est comme ça. Et l’époux il aurait bien pu ouvrir, nous laisser entrer. 


Pourquoi nous punit-il comme ça ?  Je ne comprends pas. Je suis triste, j’ai faim, j’ai froid. Qu’est ce que j’aurais dû faire ?  Il me reste à rentrer à la maison en espérant que ma mère m’ouvrira. Elle va me dire que ça doit me servir de leçon… Il faut vraiment que je comprenne ce que j’ai fait de mal. Peut-être qu’elle m’aidera à changer, mais elle va sûrement être très déçue.

 

 

Le serviteur raconte

 

Je savais bien que je ne pouvais pas lui faire confiance à ce maître. Il nous a donné, à trois d’entre nous, de grosses sommes, de très grosses sommes; et il est parti en voyage. Enfin il a dit qu’il allait s’absenter. 


C’est un peu comme s’il avait vendu tout ce qui lui avait appartenu et nous l’avait déposé dans nos mains. Ces sommes elles étaient à nous, mais ça je ne pouvais pas le croire. Les autres ils ont eu beaucoup plus que moi, mais moi j’ai reçu une belle somme. 


Seulement tel que je le connais, il va vouloir que cet argent rapporte, et moi, je risque de tout perdre. Et si je perds, il sera furieux. Alors moi cet argent, je l’ai enterré dans un champ, un champ que je connais. Je sais que je prends le risque que quelqu’un le trouve et le prenne, mais là, je pourrai dire que ce n’est pas de ma faute. Pourquoi il m’a choisi moi? Pourquoi il s’est intéressé à moi? Je ne lui avais rien demandé. 

 

Et du temps a passé, beaucoup de temps. J’ai su que les deux autres, ils ont doublé ce que le maître avait donné, et qu’ils vivaient comme des pachas et qu’ils étaient dans l’abondance. Moi pas, mais au moins j’étais tranquille. 

 

Un beau jour il est revenu. Il paraît qu’il a fait appeler les deux autres, qui lui ont montré ce qu’ils avaient gagné et qu’il les a félicités et qu’il leur a même dit de venir habiter avec lui, sauf que je ne sais pas où il a choisi d’habiter. 


Et puis il m’a fait appeler aussi. Et j’y suis allé en traînant les pieds. J'aurais voulu qu'il ne rentre jamais. Qu'est-ce qu'il avait besoin de me confier une telle somme, une somme qui me brûlait les mains ? J’ai sorti l’argent du champ et je suis allé pour le lui rendre. 


Et là  je n’ai pas pu m’empêcher de lui dire que j’avais peur de lui, parce que je savais qu’il est un homme dur en affaires, impitoyable et que c’était pour cela que son argent je le lui rendais, tel quel.  


Sauf qu’il l’a très très mal pris. Il m’a traité de serviteur paresseux et mauvais; paresseux oui, mauvais il exagère, je suis un pauvre type, c’est tout. Il a repris l'argent, et il l’a donné à celui qui avait le mieux réussi. 


Moi j’espérais quand même qu’il m’en aurait laissé un peu de son argent. 


Et il m’a mis dehors, il n’y a pas d’autre mots. Je n’ai plus rien, parce que j’avais un logement chez lui, et il me l’a repris. Il est vraiment méchant ce maître. Qu’est ce que je vais devenir ? 


Je suis en colère, je grince des dents contre lui, j’ai envie de pleurer de rage. Il a dit que j’étais un mauvais serviteur, et là oui, je suis vraiment mauvais et j’ai honte d’être comme ça, aussi mauvais. Je ne me supporte pas avec cette rage qui est en moi. Et je ne sais pas que faire. Peut-être que si je vais voir un des deux autres, il me logera chez lui. Peut-être….

 

 

 Un de ceux qui sont à gauche raconte.

 

Alors là, c’est la meilleure si je puis dire. Je suis considéré comme un bouc (la plupart des traductions emploient le mot chèvre, mais pas AELF), un animal qui sent mauvais, un animal qui pue, un animal même maudit puisqu’il est chassé dans le désert avec la faute de tout Israël sur son dos. 

 

Moi ma vie, je l’ai passée à la gagner, à essayer de m’occuper bien de ma famille, de trouver un travail, alors c’est vrai que les autres, eh bien je ne m’en suis pas trop occupé. Mais on ne peut pas tout faire. 

 

Et puis ceux dont il parle le Jésus, ceux qui ont faim, ceux qui ont soif, ceux qui sont en prison, et bien ils sont sales, ils ne sentent pas bon, et ils me font un peu peur. Alors oui je ne m’en suis pas occupé, mais ce n’est pas de ma faute; je ne peux pas tout faire.  

 

Et maintenant, on m’enverrait pout l’éternité avec les vraiment mauvais, avec le diable! Mais je n’ai rien à faire avec le diable moi, je n’ai pas renié mon Dieu, j’ai fait ce que je pouvais. Alors j’espère trouver un avocat qui fera comprendre au Roi que je ne suis pas si mauvais que cela, qu’il n’a pas le droit de me faire ça, et que je suis prêt maintenant à tenir vraiment compte de ce qu’il aurait voulu que je fasse mais que je n’ai pas fait. 

 

 

Mais les trois sont des personnages de fiction, à nous de ne pas l’oublier.  

mardi, octobre 24, 2023

Mt 21, 28-32, 33-43 22, 1-10. Les paraboles proposées aux autorités du Temple.


 

 

La liturgie de l’année A propose, sur trois dimanches ( 26, 27 et 28° dimanches du temps ordinaire), les paraboles proposées par Jésus aux Grands Prêtres et aux Anciens. 

 

Le  25ème dimanche avait été consacré à ce qu’on appelle la parabole des talents, c’est-à-dire le début du chapitre 20. Ce chapitre se termine par la guérison de deux aveugles à Jéricho. Ces deux-là sont bien guéris de leur cécité,  leurs yeux s’ouvrent. 

Jésus est souvent confronté à des paires: « Les scribes et les pharisiens », « Les grands-prêtres et les anciens »: ce qui va se passer montre que ces "aveugles"-là ne demanderont rien, malgré les efforts de Jésus pour leur ouvrir les yeux, et que leur aveuglement conduira Jésus à la mort. 

 

Il faut se souvenir que Jésus vient d’entrer dans Jérusalem, monté sur un âne, et qu’il est acclamé par la foule. Il est bien évident que pour ceux qui connaissent les écritures, cela positionne cet individu - dont ils ont peut-être entendu parler par des pharisiens de Galilée mais qu’ils n’ont jamais vu - comme le roi promis, ce roi doux et humble. Et le premier geste de ce roi va être d’expulser tous ceux qui vendaient et achetaient dans le temple, ce qui revient à attaquer les prêtres qui avaient permis ce commerce à l’entrée du temple et non plus à distance; puis il guérit ceux qui n’avaient pas le droit d’entrer dans le Temple, en particulier les boiteux.

 

Le lendemain la question avait été posée de l’autorité qui permettait à Jésus de faire de telles choses, et pardonnez-moi l’expression, mais Jésus les avait proprement mouchés, non pas en refusant de répondre, mais en répondant par une autre question plus qu’embarrassante pour eux.

 

Il semble bien que la relation est plus que tendue: Quel est ce petit prophète venu de Galilée qui ose leur tenir tête. 

 

Et c’est dans ce contexte que Jésus va leur proposer trois petites histoires qui semble-t-il devraient leur permettre de se mettre en question et peut-être de se convertir ou du moins de sortir de leur crispation sur leur pouvoir

 

Par qui faut-il faire raconter ce qui a été donné à entendre un certain jour du temps dans le Temple de Jérusalem ? Les destinataires des paraboles? Ou un disciple proche de Jésus qui l’écoute et qui se demande comment cela va se terminer ? Parler de la colère des uns, de la peur mais aussi de l’admiration des autres ? Peut-être que le travail de lecture de ces textes permettra le choix, à moins qu’un autre ne s’impose au dernier moment. 

 

Travail sur les textes. 

 

 

Mt 21 , 28,-32 : les deux fils.26° dimanche du temps ordinaire.

 

28 Quel est votre avis ?

 

Je me permets de couper ainsi le verset. Jésus leur pose une question directe, or précédemment les grands-prêtres et les anciens sont venus interrompre Jésus qui enseignait pour lui poser une question. Jésus leur avait déjà répondu par une autre question, qui leur avait cloué le bec. Là, Jésus qui les voit arriver, paraît très déférent à leur égard. Il leur demande ce qu’ils pensent d’une situation qu’il va leur exposer.  

 

Un homme avait deux fils. Il vint trouver le premier et lui dit : “Mon enfant, va travailler aujourd’hui à la vigne.”

29 Celui-ci répondit : “Je ne veux pas.” Mais ensuite, s’étant repenti, il y alla.

 

 

Il s’agit donc d’un homme qui a deux fils. Pour nous cela peut évoquer un autre homme qui avait deux fils, celui de la parabole rapportée par Luc. Ici c’est l’homme qui demande quelque chose et non pas le plus jeune qui vient réclamer sa part. 

 

Ce qui me parait important dans ce verset ce sont les mots "aujourd’hui "et "vigne". La vigne, c’est le domaine privé du Dieu, le domaine qui lui appartient, Israël. Il s’agit donc pour le fils de travailler dans la vigne, mais aussi pour la vigne. Et une vigne, ça demande du travail. Et de plus il doit y aller "aujourd’hui". Et ce aujourd’hui je l’entends comme "sans délais, tout de suite". Mais il y a aussi un "aujourd'hui de Dieu": aujourd'hui ne fermez pas votre coeur, et il ne faut pas le laisser passer. 

 

La réaction du fils n’est peut-être pas tellement étonnante: il n’a pas envie de changer ses plans, ses projets et il dit non. Seulement, certainement parce que - au fond de lui - il aime son père, alors il change son fusil d’épaule (il se convertit) et sans rien dire, il part faire ce qui lui est demandé, et peut-être qu’il va découvrir une vigne qui n’attend que lui. De fait, quand j’écris, je ressens comme une sorte de noce entre la vigne et ce fils, et le travail n’est plus rébarbatif mais il devient comme une union. C’est pour moi le concept de la mutualité: l’un n’existe pas sans l’autre, et cela donne du bonheur aux deux. 

 

30 Puis le père alla trouver le second et lui parla de la même manière. Celui-ci répondit : “Oui, Seigneur ” et il n’y alla pas.

 

Le père a donc demandé au second d’aller à sa vigne aujourd’hui. Ce dernier dit oui de la tête et non du cœur . Et il continue sa vie à lui, sans changer quoi que ce soit. On a l’impression que lui, il veut avoir la paix. Enfin une paix qui lui permette de ne rien faire pour l’autre. 

 

 

31 Lequel des deux a fait la volonté du père ? » Ils lui répondent : « Le premier. 

 

La question est posée, et la réponse parait évidente. Mais que va faire Jésus de cette réponse ? Manifestement il leur « tire les oreilles ».

 

» Jésus leur dit : « Amen, je vous le déclare : les publicains et les prostituées vous précèdent dans le royaume de Dieu.

32 Car Jean le Baptiste est venu à vous sur le chemin de la justice, et vous n’avez pas cru à sa parole ; mais les publicains et les prostituées y ont cru.

Tandis que vous, après avoir vu cela, vous ne vous êtes même pas repentis plus tard pour croire à sa parole.

 

Lors du premier échange un peu musclé entre Jésus et les grands-prêtres à partir du verset 24, il était bien question de Jean et de son baptême. Là, Jésus leur fait comprendre, mais il est évident qu’ils n’écouteront pas, que - tout connaisseurs de la Loi qu’ils sont - ils ont dédaigné la parole de Jean, et qu’ils ont refusé toute conversion. Ce qui est étonnant, c’est qu’il ne parle pas de lui. Le reproche est fort : vous dites que vous travaillez à la vigne du père, mais c’est faux, et à aucun moment vous ne montrez le moindre amour pour Lui. Les publicains et les prostituées, que vous méprisez et condamnez, eux sont capables d’amour et ont écouté la parole de Jean. 

 

 

Mt,21, 33-43 : les vignerons homicides. 27° dimanche du temps ordinaire

 

 

Cette parabole suit directement le questionnement sur les deux fils. Mais tel que c’est rapporté par Matthieu, les deux paraboles se suivent, comme si Jésus attendait une réaction qui n’est pas venue - le fil conducteur étant peut-être la vigne.

 

Quand je lis ce texte, je pense à ce qu’écrit Ézéchiel (Ez 34) sur les mauvais bergers. Le fiverset 1 résume finalement parfaitement le comportement des vignerons: 02 « Fils d’homme, prophétise contre les bergers d’Israël, prophétise. Tu leur diras : Ainsi parle le Seigneur Dieu : Quel malheur pour les bergers d’Israël qui sont bergers pour eux-mêmes ! N’est-ce pas pour les brebis qu’ils sont bergers ? »

 

33 « Écoutez une autre parabole : Un homme était propriétaire d’un domaine ; il planta une vigne, l’entoura d’une clôture, y creusa un pressoir et bâtit une tour de garde. Puis il loua cette vigne à des vignerons, et partit en voyage.

 

Il est évident que ce texte évoque Isaïe, Is 5,1-3:  Je veux chanter pour mon ami le chant du bien-aimé à sa vigne." Mon ami avait une vigne sur un coteau fertile. 2 Il en retourna la terre, en retira les pierres, pour y mettre un plant de qualité. Au milieu, il bâtit une tour de garde et creusa aussi un pressoir. Il en attendait de beaux raisins, mais elle en donna de mauvais. 3 Et maintenant, habitants de Jérusalem, hommes de Juda, soyez donc juges entre moi et ma vigne !"

 

Ce qui est important c’est que cet homme, le propriétaire, part en voyage. Il fait donc confiance à ceux à qui il confie la vigne. Il laisse donc les vignerons faire ce qu’ils doivent faire, prendre soin, faire fructifier, récolter les fruits. Ici, contrairement au livre d’Isaïe, la vigne produit de bons fruits, elle est rentable. Le propriétaire est donc en droit d’exiger ce qui lui est dû. On peut même supposer qu’il y a eu un acte écrit entre lui et les vignerons .

 

 

34 Quand arriva le temps des fruits, il envoya ses serviteurs auprès des vignerons pour se faire remettre le produit de sa vigne.

35 Mais les vignerons se saisirent des serviteurs, frappèrent l’un, tuèrent l’autre, lapidèrent le troisième.

36 De nouveau, le propriétaire envoya d’autres serviteurs plus nombreux que les premiers ; mais on les traita de la même façon.

 

Quand je lisais ce texte, il me semblait que le propriétaire était un peu bête, car j’imaginais que cela se passait disons tout au même moment. Alors que c’est quelque chose qui se déroule dans le temps. Chaque fois que le propriétaire veut se faire remettre le produit de sa vigne, les vignerons font la sourde oreille, prennent de l’assurance et deviennent de plus en plus violent. Mais le maître espère toujours que quelque chose est possible, et en cela on reconnait bien la figure paternelle du père, qui sans se lasser espère et espère que son peuple va respecter l’alliance et se tourner vers lui.

 

37 Finalement, il leur envoya son fils, en se disant : “Ils respecteront mon fils.”

38 Mais, voyant le fils, les vignerons se dirent entre eux : “Voici l’héritier : venez ! tuons-le, nous aurons son héritage !”

39 Ils se saisirent de lui, le jetèrent hors de la vigne et le tuèrent.

 

 

Puisque tout a échoué, ll se décide à envoyer son propre fils, fils qui est comme l’ambassadeur, l’envoyé du Père. Et c’est là que la perversité est mise au grand jour. Tuer le fils, le fils unique, privera le propriétaire d’héritier. lls s’imaginent alors qu’ils pourront garder la vigne en toute impunité. Et ils jettent le fils hors de la vigne (vigne qui est aussi allégoriquement la ville de Jérusalem), et le tuent. Là Jésus est prophète, car lui le fils sera bien saisi par les autorités de Jérusalem, et il terminera sa vie hors de la ville. 

 

 

40 Eh bien ! quand le maître de la vigne viendra, que fera-t-il à ces vignerons ? »

 

41 On lui répond : « Ces misérables, il les fera périr misérablement. Il louera la vigne à d’autres vignerons, qui lui en remettront le produit en temps voulu. »

 

 

La question est posée et la réponse conforme à ce qu’on peut attendre: se venger en mettant à mort ces hommes indignes, ces voleurs, ces assassins, et louer la vigne à des vignerons respectueux et honnêtes.

 

 

42 Jésus leur dit : « N’avez-vous jamais lu dans les Écritures : La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle : c’est là l’œuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux !

 

43 Aussi, je vous le dis : Le royaume de Dieu vous sera enlevé pour être donné à une nation qui lui fera produire ses fruits.

 

Jésus écoute leur réponse ; il ne dit pas comme il le dit parfois « tu as bien répondu ». Et il pourrait ajouter que puisqu’ils ont écouté et bien répondu, qu’ils réfléchissent à ce qu’ils ont fait jusque-là, comment ils ont été de mauvais bergers, comment ils refusent au propriétaire son dû. Non, il cite le psaume 119, 22. Il sait qu’il va être rejeté par les bâtisseurs, mais qu’il sera de fait la pierre angulaire sur laquelle sera « assise » la nation qui lui fera produire ses fruits. Et là, il y a un glissement, on retrouve le verset d’Isaïe, que j’ai cité en début de commentaire. La vigne n’a pas produit de bons fruits, alors elle sera enlevée (détruite) à ceux qui pensaient l’avoir pour eux, et donnée à d’autres qui la feront fructifier et qui donneront le produit à celui qui leur a louée. Car de fait il y a deux choses: faire fructifier et ne jamais oublier qui est le donateur.

 

 

 

22, 1-10 les invités à la noce. 28° Dimanche du temps ordinaire

  

 

01 Jésus se mit de nouveau à leur parler et leur dit en paraboles :

 

Aucune transition, ce qui laisse à supposer qu’il y a eu un grand silence après que Jésus ait conclu la parabole précédente. 

 

02 « Le royaume des Cieux est comparable à un roi qui célébra les noces de son fils.

 

Là il passe à une autre image, celle des noces. Or les noces d’Israël avec le Seigneur ne se sont jamais très bien passées. Je pense à Os 2, mais aussi à Ézéchiel. 

 

03 Il envoya ses serviteurs appeler à la noce les invités, mais ceux-ci ne voulaient pas venir.

04 Il envoya encore d’autres serviteurs dire aux invités : “Voilà : j’ai préparé mon banquet, mes bœufs et mes bêtes grasses sont égorgés ; tout est prêt : venez à la noce.”

05 Mais ils n’en tinrent aucun compte et s’en allèrent, l’un à son champ, l’autre à son commerce ;

06 les autres empoignèrent les serviteurs, les maltraitèrent et les tuèrent.

07 Le roi se mit en colère, il envoya ses troupes, fit périr les meurtriers et incendia leur ville.

 

On trouve un texte un peu analogue chez Luc au chapitre 14 (voir annexe). Le moins que l’on puisse dire, c’est que si d’un côté tout est prêt, de l’autre il y a d'une part refus - et là contrairement à la parabole lucanienne, sans aucune raison: l’impression que l’on peut en retirer, c’est que les invités ne veulent pas entendre, ne veulent surtout pas changer quoi que ce soit à leur manière de vivre (ne pas se convertir). Et d'autre part, non seulement ils continuent à faire ce qu’ils font au quotidien, mais ils maltraitent les envoyés (comme dans la parabole précédente), et vont même jusqu’à les tuer. 

 

Là le roi, réagit immédiatement: il tue et détruit. On peut se demander si ce n’est pas une annonce prophétique de la destruction de Jérusalem. Or si on se réfère à l’évangile de Jean, Jn 11, 50  « vous ne voyez pas quel est votre intérêt: il vaut mieux qu’un seul homme meure pour le peuple, et que l’ensemble de la nation ne périsse pas. » Si  la peur du grand-prêtre est bien que les Romains détruisent le Temple (leur source de revenus) et pour que cela n’arrive pas, décide de tuer Jésus, « il vaut mieux qu’un seul meure, que toute la nation ». Si c’est cela la peur des autorités, Jésus annonce que cela adviendra. 

 

 

08 Alors il dit à ses serviteurs : “Le repas de noce est prêt, mais les invités n’en étaient pas dignes.

09 Allez donc aux croisées des chemins : tous ceux que vous trouverez, invitez-les à la noce.”

10 Les serviteurs allèrent sur les chemins, rassemblèrent tous ceux qu’ils trouvèrent, les mauvais comme les bons, et la salle de noce fut remplie de convives.

 

Chez Luc, la salle se remplit en deux temps. Là, cela se fait en une seule fois, et cela évoque la fin des temps. La salle est remplie de convives, des bons comme des mauvais. Or cela ne doit pas plaire du tout à ses auditeurs, qui pour certains font beaucoup d’efforts pour « avoir en héritage la vie éternelle ». 

 

 

11 Le roi entra pour examiner les convives, et là il vit un homme qui ne portait pas le vêtement de noce.

12 Il lui dit : “Mon ami, comment es-tu entré ici, sans avoir le vêtement de noce ?” L’autre garda le silence.

13 Alors le roi dit aux serviteurs : “Jetez-le, pieds et poings liés, dans les ténèbres du dehors ; là, il y aura des pleurs et des grincements de dents.”


14 Car beaucoup sont appelés, mais peu sont élus. »

 

La parabole aurait pu s’arrêter là, mais pas chez Matthieu. Et on peut penser que c’est une autre parabole qui est proposée et qui servira un peu de prototype aux paraboles du chapitre 25, paraboles qui commencent par les mêmes mots: "le royaume des cieux est semblable..." 

 

On peut aussi y voir des consignes données à l’église matthéenne, en insistant sur le fait qu’entrer dans l’église est une chose, mais être sauvé si on ne porte pas la robe blanche, c’est autre chose. Et on passe dans un contexte de fin du monde; car parfois nos yeux ne nous permettent pas de discerner que quelqu’un de notre église ne porte pas la robe blanche, n’est plus fidèle à ses engagements, mais le Roi, lui, discerne et pose des questions. Or ce qui est surprenant c’est que la manière dont le Roi s’adresse à cette personne reste amicale! Il l’appelle mon ami. Il pose une question, il attend une réponse. L’homme pouvait expliquer, mais il choisit de se taire, et c’est là que tout se noue. Rejeter le dialogue offert, c’est rupture du dialogue, rupture de la main tendue et dans ce cas-là, en toute logique il devient impossible de rester dans ce dedans. Il reste ce dehors, avec tous ceux qui ont pleuré de rage en écoutant les paroles, qui ont grincé des dents contre et qui maintenant les grincent peut-être encore parce qu’ils estiment qu’ils ont bien fait et que ce qui leur arrive est injuste. 

 

La conclusion, il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus, sera reprise au chapitre 25, avec les dernières paraboles sur ce qui se passera à la fin des temps. 

 

15 Alors les pharisiens allèrent tenir conseil pour prendre Jésus au piège en le faisant parler.



 Maintenant, par qui faire raconter ces paraboles ? J’avais pensé à un disciple qui trouverait que Jésus attaque et risque donc sa tête en affirmant qu’il est Fils, qu’il est le Roi, mais cela n’était pas très satisfaisant. 


Puis j’ai pensé à ceux auxquels le discours s’adresse, pourquoi pas. 


Et finalement je me suis dit que peut-être le seul à pouvoir raconter, c’est Jésus. Il faut dire que si on prend la passion selon Saint Luc, il est question d’une robe blanche, ou selon les traductions d’une robe éclatante qu’Hérode fait porter à Jésus avant de le renvoyer à Pilate. Et cette robe, elle est à la fois celle de la transfiguration (éclatante), mais aussi cette robe blanche de l’agneau qui va être immolé. Mais ce n’est jamais facile de parler à la place de Jésus. 


Alors peut-être que dans un premier temps je vais laisser la parole à un de ces pharisiens appartenant au Sanhédrin, un de ceux qui dans quelques jours jugera et condamnera à mort l’agneau. Et parfois au fil de l'écriture, quelque chose de nouveau se laisse découvrir. 

 

 

 

Un notable raconte

 

Il y a quelques jours, un homme qui se fait passer pour un prophète est arrivé dans notre ville. Il est arrivé au milieu des acclamations, monté sur un ânon. Monté sur un ânon ? Vous vous rendez compte ? Pour qui se prend-il ? Pour le roi d’Israël ? Parce que la prophétie nous la connaissons : voici que ton roi qui vient à toi, monté sur un ânon, le petit d’une ânesse. 

 

Ensuite, arrivé à l’entrée du Temple, il a guéri tous ceux que notre Père David refuse de voir dans l’enceinte sainte: les boiteux et les aveugles; et des petits enfants chantaient pour lui. Et comme si ce n’était pas suffisant, il a chassé les vendeurs qui étaient là, ces vendeurs que nous avons autorisés à commercer ici. Et il a crié que nous faisons de la maison de son père une caverne de voleurs.  Vous vous rendez compte, il ose appeler Dieu son Père.  Nous n’avons rien pu faire. Il est parti. Le lendemain, nous, quand je dis « nous, », je parle de nous tous, les anciens, qui avec les grand-prêtres avons le pouvoir car nous connaissons la Loi et nous la pratiquons, lui avons demandé par quelle autorité il avait fait ce qu’il avait fait. 


Et là, enfin je reconnais que c’est un malin, il nous a posé une question sur ce baptiseur, ce Jean qui a été mis à mort par Hérode. Et comme nous ne répondions pas, parce que cela nous aurait mis en difficulté, il nous a raconté une petite histoire. Il parait qu’il aime bien ça raconter des histoires. En tous les cas ce qui est certain c’est que nous ne l’impressionnons pas du tout. 

 

Il a parlé d’un homme qui avait une vigne et qui avait deux fils. Des amis à moi m’ont raconté qu’il avait raconté l’histoire d’un homme qui avait deux fils, que le plus jeune avait voulu son héritage, que cet héritage il l’avait dilapidé et que loin de lui en vouloir le Père l’avait accueilli à bras ouverts, alors que le fils voulait seulement être un ouvrier pour avoir de quoi manger. Et en plus ; il fait tuer le veau gras pour lui., L’autre fils, il est loin d’être content et je le comprends.  Et la morale de son histoire c’était qu’il faut se réjouir quand un pécheur qui était perdu est retrouvé. Je veux bien, mais quand même. 

 

Bref, là il y avait aussi deux fils. Et là le père demande au premier d’aller aujourd’hui à sa vigne.

Il est bien évident que la vigne, nous savons tous de quoi il parle le Jésus. La vigne du Seigneur c’est le domaine du Très Haut. Alors voilà, le fils il dit non. Je me suis dit que s’il avait prévu de faire autre chose ce jour-là, alors tout laisser pour aller à la vigne, et le travail de la vigne ce n’est pas facile, et bien c’était normal qu’il dise non. 


Seulement voilà, d’après Jésus, ce fils là, il a dit non, mais finalement il y va quand même. Bref c’est un bon fils. Je me demande quand même ce qui a pu se passer dans sa tête. Sauf qu’en général quand un père demande, on ne dit pas non. Le Seigneur ne nous a-t-il pas dit d’honorer nos pères afin de vivre longuement. 


Quant à l’autre, le père fait la même demande. Lui il dit qu’il va y aller, seulement comme personne n’est là pour le surveiller, et bien il n’y va pas. Bon c’est un adulte après tout. Il n’a pas osé dire non, mais le père il doit être bien déçu.

 

Il a ensuite demandé lequel à notre avis, avait fait la volonté de son père. Il était bien évident que c’était le premier. C’est ce que nous avons répondu. Et là, il nous a déclaré que les publicains et les prostituées entreraient avant nous dans le Royaume de Dieu. Il a ajouté qu’eux avaient entendu comme nous l’appel de Jean Le Baptiste, et qu’ils avaient peut-être mis un peu de temps, mais qu’ils s’étaient convertis, alors que nous, à aucun moment nous ne sommes repentis. Mais de quoi aurions dû nous repentir ? 

 

Et sans nous laisser le temps de respirer, il a continué à parler. Il a raconté l’histoire d’un homme qui avait un domaine, qui y a planté une vigne, l’a entourée d’une clôture, y a fait construire un pressoir (bref les mots que le prophète Isaïe met dans la bouche de notre Dieu, Béni soit-il) cette vigne qui ne donne pas du bon fruit et qu’il va laisser dévaster. Or nous, nous faisons tout pour la vigne ne soit pas dévastée par les Romains. 

 

Cet homme loue sa vigne, et part au loin. Cela me plaît bien, cet homme qui fait confiance. Mais il a le droit de se faire verser le fruit de sa vigne. 


Et Jésus raconte qu’il envoie des serviteurs, et que les vignerons non seulement les renvoient, mais aussi les rudoient et en tuent certains. Là j’ai commencé à me demander où il voulait en venir. Que de prophètes ont été envoyés et n’ont pas été écoutés. Je commençais à ne pas aimer du tout cette histoire. Il a alors ajouté que le propriétaire après en avoir envoyé d’autres, qui connaissent le même sort, décident d’envoyer son propre fils. Seulement les vignerons au lieu de respecter cet homme, se disent qu’il faut mieux le tuer, comme cela la vigne leur appartiendra. Vraiment cela me plaisait de moins en moins cette histoire. Et Jésus d’ajouter que les vignerons se saisissent du fils, le trainent hors de la vigne et le tuent. Lui qui dit que Dieu est son Père, est ce qu’il parlerait de lui, de nous ? Il nous a demandé ce que le propriétaire ferait quand il apprendrait cela. Certains ont répondu qu’il ferait périr misérablement ces misérables et qu’il louerait sa vigne à d’autres qui remettraient le produit en temps voulu. 

 

Que pouvions nous dire d’autre ? Mais de qui parle-t-il vraiment? Il nous a demandé si nous connaissions cette phrase qui vient de notre père David, qui parle de la pierre rejetée par les bâtisseurs qui est devenue la pierre d’angle ? Pourtant les bâtisseurs c’est leur métier, ils savent ce qu’ils font, sauf que comme nous le dit David, si le Seigneur décide que cette pierre est sa pierre, alors elle devient pierre angulaire. Est-il lui cette pierre? 

 

Il a continué en disant que le royaume de Dieu nous serait enlevé pour être donné à une nation qui lui fera produire du fruit. Au fond de moi, je commençais à avoir peur, mais aussi à sentir une certaine colère. Ce galiléen pour qui se prend-il ? De quel droit se permet-il de nous critiquer et de faire de telles prédictions. Je commençais à avoir des envies de meurtre en moi, et j’espérai que certains allaient prendre des pierres, mais il n’en fut rien. Et puis comme la foule était là, et que la foule était pour lui, il valait mieux attendre un moment plus propice. 


Mais il n’avait pas fini de parler. Pourquoi faut-il qu’il parle encore et encore ? Il a raconté l’histoire d’un roi qui a préparé les noces de son fils , en commençant par une phrase, que d’après certains de nos amis qui sont allés l’écouter en Galilée, il aime bien, à savoir « le royaume de Dieu est semblable à » Là ce royaume était donc semblable à un roi qui célèbre les noces de son fils et qui appelle à la noce les invités. Il est bien évident que les invités étaient au courant et que cela ne les prenait pas de court, pas comme pour les fils qui doivent aller à la vigne de leur père. Seulement d’après Jésus, ils refusent tous d’y aller. Ils continuent leur vie, sauf que certains empoignent les envoyés, les maltraitent et les tuent. Là le roi se met en colère, il fait périr les meurtriers et incendie leur ville. 

 

Mais il n’en reste pas là. Il envoie ses serviteurs inviter à la noce tous ceux qu’ils trouveraient aux croisées des chemins, car les autres n’en étaient pas dignes. Et la salle est remplie, et ce qui est étonnant, c’est que ceux qui acceptent cette invitation, ce sont des mauvais comme des bons.  Et la salle est pleine. C’est sûr que l’annonce d’un bon repas, d’un banquet ça donne envie d’y aller, et puis voir le fils et sa femme, ça doit être beau. Mais l’histoire ne s’arrête pas là.

 

Dans la salle du banquet il y a un homme qui a dû se faufiler en douce et qui n’a pas revêtu le vêtement de noces. Et le Roi le voit. Si j’avais été à la place de cet homme, je crois que je n’aurais pas su où me mettre, disparaître sur place. Et le Roi se met à lui parler. Il lui demande en l’appelant son ami, comment il a réussi à entrer et à s’installer sans mettre ce vêtement qui pourtant est proposé. Pourquoi l’a-t-il refusé alors qu’il est là, avec tous ceux qui sont entrés avec lui, et qui sont en train de banqueter ? 

 

A ce moment-là, j’ai pensé à ce repas rapporté dans le livre de l’Exode, quand les anciens montent sur la montagne pour partager un repas en présence du très haut et qu’ils peuvent contempler et voir, ce Dieu qui a sous ses pieds comme un pavement de saphir (Ex 24, 9-11). Mais tous se sont sanctifiés avant et c’est comme si cet homme lui avait refusé de le faire, avait refusé de suivre les prescriptions, voulait profiter, voulait prendre, sans rien donner. Et comme cet homme ne répond pas, le Roi le fait mettre dehors, là où il y a des pleurs et des grincements de dents. Je trouve que ce roi a raison. Si encore l’homme avait voulu ouvrir la bouche et dire, parce que ce Roi semble de bonne volonté. 

 

Quant à Jésus, il a conclu en disant qu’il y avait beaucoup d’appelés et peu d’élus.  C’est dur comme conclusion. Est-ce qu’il veut nous faire comprendre que nous les Anciens, nous qui pensons être la fleur de la Nation, nous n’aurons pas notre place dans le royaume ? Et là, la colère est revenue. Il faut vraiment le faire disparaître d’une manière ou d’une autre. Il renverse l’ordre établi, il invente de nouvelles règles, et les foules le suivent. Et cela il faut l’empêcher à tout prix. Il vaut mieux qu’un homme ne meure plutôt que toute la nation, oe c’est ce qui arrivera si nous le laissons faire. 

 

 

 

 

ANNEXE : Les invités à la Noce

 

 

 

Matthieu 22, 1-9

Luc 14,15-24

01 Jésus se mit de nouveau à leur parler et leur dit en paraboles :

15 En entendant parler Jésus, un des convives lui dit : « Heureux celui qui participera au repas dans le royaume de Dieu ! »

»

 

2 « Le royaume des Cieux est comparable à un roi qui célébra les noces de son fils.

03 Il envoya ses serviteurs appeler à la noce les invités, mais ceux-ci ne voulaient pas venir.

 

04 Il envoya encore d’autres serviteurs dire aux invités : “Voilà : j’ai préparé mon banquet, mes bœufs et mes bêtes grasses sont égorgés ; tout est prêt : venez à la noce.”

 

05 Mais ils n’en tinrent aucun compte et s’en allèrent, l’un à son champ, l’autre à son commerce ;

 



06 les autres empoignèrent les serviteurs, les maltraitèrent et les tuèrent.

07 Le roi se mit en colère, il envoya ses troupes, fit périr les meurtriers et incendia leur ville.

 

16 Jésus lui dit : « Un homme donnait un grand dîner, et il avait invité beaucoup de monde.

17 À l’heure du dîner, il envoya son serviteur dire aux invités : “Venez, tout est prêt.”

 

18 Mais ils se mirent tous, unanimement, à s’excuser. 

Le premier lui dit : “J’ai acheté un champ, et je suis obligé d’aller le voir ; je t’en prie, excuse-moi.”

19 Un autre dit : “J’ai acheté cinq paires de bœufs, et je pars les essayer ; je t’en prie, excuse-moi.”

20 Un troisième dit : “Je viens de me marier, et c’est pourquoi je ne peux pas venir.”

 

08 Alors il dit à ses serviteurs : “Le repas de noce est prêt, mais les invités n’en étaient pas dignes.

 

 

21 De retour, le serviteur rapporta ces paroles à son maître. Alors, pris de colère, le maître de maison dit à son serviteur : “Dépêche-toi d’aller sur les places et dans les rues de la ville ; les pauvres, les estropiés, les aveugles et les boiteux, amène-les ici.”

22 Le serviteur revint lui dire : “Maître, ce que tu as ordonné est exécuté, et il reste encore de la place.”

23 Le maître dit alors au serviteur : “Va sur les routes et dans les sentiers, et fais entrer les gens de force, afin que ma maison soit remplie.

24 Car, je vous le dis, aucun de ces hommes qui avaient été invités ne goûtera de mon dîner.” »

 

09 Allez donc aux croisées des chemins : tous ceux que vous trouverez, invitez-les à la noce.”

10 Les serviteurs allèrent sur les chemins, rassemblèrent tous ceux qu’ils trouvèrent, les mauvais comme les bons, et la salle de noce fut remplie de convives.

 

3 Le maître dit alors au serviteur : “Va sur les routes et dans les sentiers, et fais entrer les gens de force, afin que ma maison soit remplie.

 

 

14 Car beaucoup sont appelés, mais peu sont élus. »

24 Car, je vous le dis, aucun de ces hommes qui avaient été invités ne goûtera de mon dîner.” »

 

 

 

 

Le cadre de ces deux récits est très différent. Chez Matthieu, cela se passe à Jérusalem, et il semble bien que ces paraboles soient un peu comme des banderilles plantées dans le cou des notables et qui les pousse à détruire l’envoyé, mais qui dévoile aussi leur incapacité à se convertir. 

 

Chez Luc, on est en Galilée, même si Jésus est sur la route de Jérusalem, mais on en est encore loin. Jésus a été invité à un repas par un pharisien. Il a guéri un malade alors que c’est un jour de Sabbat, puis en voyant comment les invités essayent de prendre les meilleures places, il leur conseille de ne pas le faire, et donne une sentence (à l’usage de tous) : qui s’élève sera abaissé et que s’abaisse sera élevé. Il a ensuite conseillé d’inviter des pauvres, des estropiés, des boiteux (tous ceux qui ne sont pas ou peu admis dans le temple) parce que ce qui a été donné là sera rendu à la résurrection des justes. Cette évocation pousse alors un des convives à déclarer heureux ceux qui participent au repas dans le royaume de Dieu, et c’est là que Jésus raconte cette parabole, qui montre l’universalité du royaume, et qui met en garde ceux qui pensent y être légitiment invités et qui ont refusé de fait l’invitation.