vendredi, octobre 01, 2010

Prière du serviteur inutile

L'évangile de dimanche prochain Lc 17, 5-10 nous invite à nous considérer comme  des serviteurs "inutiles, quelconques, simples, interchangeables". 

« Lequel d'entre vous, quand son serviteur vient de labourer ou de garder les bêtes, lui dira à son retour des champs : 'Viens vite à table' ? 
Ne lui dira-t-il pas plutôt : 'Prépare-moi à dîner, mets-toi en tenue pour me servir, le temps que je mange et que je boive. Ensuite tu pourras manger et boire à ton tour. 
Sera-t-il reconnaissant envers ce serviteur d'avoir exécuté ses ordres ? 
De même vous aussi, quand vous aurez fait tout ce que Dieu vous a commandé, dites-vous : 'Nous sommes des serviteurs quelconques : nous n'avons fait que notre devoir. ' » 


En fait je me demande si ce que Jésus veut faire comprendre à ses apôtres et disciples c'est qu'ils n'ont pas à se croire supérieurs aux autres parce qu'ils sont près de lui. Ne pas s'en croire, ne pas (pardonnez moi l'expression) péter plus haut que son cul. Ne pas s'en croire, se rappeler que comme Lui nous sommes non des maîtres mais des serviteurs.

Mais pour en revenir au titre que j'ai choisi avec beaucoup d'impertinence je le reconnais, je peux imaginer la prière suivante: 

"Seigneur, permets à mon maître de gagner suffisamment d'argent grâce à mon travail pour qu'il puisse embaucher un deuxième serviteur parce que moi je n'en peux plus de tout faire et dedans et dehors. 

D'accord c'est un bon maître. D'un côté il dit que je suis son ami(Jn 15,15 :"je ne vous appelle plus serviteur,mais ami parce que le serviteur ne sait pas ce que fait son maître" et je reconnais que ce qu'il peut me communiquer donne un sens à mon obéissance) , d'un autre il dit que s'il me trouve en train de veiller quand il rentrera tard, qu'il se mettra lui en habits de service et me servira  à table (Lc 12, 36), ce qui est un moyen aussi de me stimuler pour que je m'endorme pas; mais là il me dit que ce que je fais c'est normal et que je n'ai pas à me plaindre. 

C'est normal mais c'est quand même bien dur de tout faire dans les champs et dans la maison, de soigner les bêtes de labourer et de m'occuper de lui au lieu de pouvoir souffler un peu et d'être sans arrêt sur le pied de guerre. Bien des fois je suis moulu, et je n'en peux plus et il fait comme s'il ne le voyait pas. 

Seigneur ouvre lui un peu les yeux à mon maître, fais qu'il me laisse un peu souffler. J'aimerai bien ne plus avoir à porter le poids du dedans et dehors. 

Mais Seigneur si tu juges que cela est bon pour moi, alors qu'il en soit fait comme tu le désires et apprends moi à continuer à aimer mon maître qui me fait confiance dans les petites comme dans les grandes choses".

mardi, septembre 28, 2010

Judas






Au cours d’une célébration de semaine où on lisait l’évangile de Luc, les versets suivants (Luc  9, 1-2)  « Jésus convoqua les Douze, et il leur donna pouvoir et autorité pour dominer tous les esprits mauvais et guérir les maladies ; 
il les envoya proclamer le règne de Dieu et faire des guérisons » m’ont posé question par rapport à Judas.


Je m’explique : je me suis demandée qu’est ce qui pu arriver à cet apôtre qui a reçu un tel pouvoir pour que la confiance se perde, pour qu’il se détourne de celui qui un jour l’a regardé, appelé, choisi comme disciple puis comme apôtre, car Juda est l’un des douze, un de ceux qui sont là depuis le tout début.


 Par ailleurs dans son livre « Paroles pour chacun » E. Cuvilier rappelle que Judas a livré Jésus et non trahi (ce mot n'est pas dans les évangiles)  et que le Jésus qu’il a livré était en fait le Jésus non conforme à son imaginaire. Or là nous pouvons nous y reconnaître. Combien de fois avons nous envie (ou même plus que cela) de laisser tomber ce Dieu qui ne répond pas à nos demandes, qui n’est pas conforme à l’image que nous nous sommes fait de Lui. Je crois d’ailleurs très profondément que ce que l’on appelait autrefois « les crises de foi » sont nécessaires (même si elles doivent durer des années) pour nous déprendre d’un Dieu que nous avons nous crée à notre image et à notre ressemblance.


Je suis aujourd’hui incapable de dire d’où vient mon questionnement sur Judas.
  
Au fond de moi je me dis que si j’avais reçu le pouvoir de soulager définitivement les personnes qui sont en souffrance je n’aurais pas pu me détacher de la source, mais est ce si sûr ?


Alors je livre un peu en vrac des questions…


Est ce que ce qui suit dans l’évangile de Luc à partir de ce chapitre 9, à savoir les annonces de la souffrance, de la passion et de la résurrection ont fait que ce pouvoir n’était rien si le Maître ne chassait pas les Romains et ne renversait pas la situation politique et finissait comme un propre à rien ? A quoi ça sert... Déception ?


Est ce le fait qu’il n’était pas dans le groupe des trois, des préférés : Pierre, Jacques et Jean ? Jalousie ? Comment lui Judas se sentait il avec ce « disciple que Jésus aimait » ? Se sentait il désaimé ? Car l’auteur du quatrième évangile ne lui fait pas de cadeau : c’était un voleur écrira t il..S'est il senti trahi par Jésus, lui qui l'avait suivi dès le début? 


Etait ce le fait que ce pouvoir de guérir ne marchait pas à tous les coup ? Faisait il partie de ceux qui ont essayé de guérir sans succès l’enfant épileptique ? Doute ?


Etait ce le fait de s’occuper des finances ? Est ce qu’il se serait senti visé par la parabole de l’intendant qui doit rendre sa gérance parce qu’il se sert de l’argent de son maître ? L’argent serait il devenu plus important pour lui. Si on admet que Iscariote veut dire peut être sicaire (porteur de poignard donc zélote alors peut être peut on penser que l’argent aurait servi à acheter des armes ? Humiliation ?


Est ce le fait que Jésus était tout sauf commode et qu’on imagine mal Judas allant voir Jésus et lui faisant part de ses états d’âme. Car Jésus est brutal avec des apôtres ; ne traite il pas Pierre de Satan ? Ne doit-on pas marcher derrière lui. Quand il réprimande Jacques et Jean qui veulent faire tomber la foudre sur un village Samaritain, on peut supposer qu’Il n’a pas dû faire dans la dentelle pour les dissuader. Là encore la même question : Il ne va mettre les Romains dehors. Alors Judas a t il comme Jérémie pensé "tu m'as séduit et je me suis laissé séduire, mais tu as été comme des eaux trompeuses..."Il est alors possible d'imaginer la souffrance de cet homme.
   
Qu’est ce qui s’est passé le soir du jeudi saint ? Est ce que le lavement des pieds a été le geste que Jésus n’aurait pas du faire ? Lui le maître faire l’esclave ? Pouvait il encore lui faire confiance ? Et puis peut être la peur de ce qui allait se passer. Et si les  prêtres et les anciens allaient s’en prendre à eux puisque de toutes les manières le sort de Jésus semblait scellé, inéluctable ? Alors il y a une peur insidieuse de devient de plus en plus forte. L’argent permettra de survivre après. Bien sûr l’argent cela colle aux écrits prophétiques, mais si Judas l’a demandé c’est bien que cela devait lui servir. 
Nous avons la chance d’être dans un pays où il n’y a pas de persécutions religieuses mais que ferions ailleurs ?
Ces interrogations là ne sont pas aussi les nôtres de temps en temps ?

Alors d’une certaine manière on peut dire (je peux dire) que Judas est une sorte de miroir de nos doutes de nos interrogations. Et même s’il avait reçu le pouvoir sur les Esprits mauvais (qui n’auraient pas du faire de lui leur maison) il n’en demeure pas moins que ses frères n’ont compris le sens de la mort de Jésus qu’après avoir reçu l’Esprit Saint.


Je voudrais aussi revenir sur la mort de Judas, car il a eu deux fins possibles. L’une que l’on retient est la mort par pendaison (Matthieu), l’autre est une mort peu glorieuse (Luc, actes des Apôtres) où son corps se serait en quelque sorte fendu (comme s’il avait reçu un coup d’épée) et se serait répandu sur le sol. Cette mort est   semblable à celle du roi Hérode le Grand qui d’une certaine manière « crève » de l’intérieur. C’est le sort réservé aux impies et c’est un moyen de stigmatiser Judas qui de juste (choisi) est devenu impie et qui peut être n’a pas dû profiter su salut donné à tous les hommes par la mort sur la croix.


Pour en revenir à l’évangile de Matthieu, il est étonnant de voir toute la place accordée à cet épisode : la discussion des prêtres pour savoir ce qu’il faut faire avec l’argent rendu par Judas, comme s’ils n’avaient que ça à faire dans cette journée où ils devaient trouver des arguments pour que les romains condamnent Jésus. Mt 27,3-10.


Maintenant se pose la question de ce suicide. Pour Mathieu la mort par pendaison est en quelque sorte programmée dans l’écriture ; « malheur à celui qui pend au bois de l’arbre ». Elle en quelque sorte le pendant de la mort de Jésus. Mais la mort de Jésus donne la vie et l’arbre de la croix devient source, et cela Judas n’a pas eu le temps de le comprendre.


Et puis je me demande  pourquoi Pierre qui avait une épée ne lui a t il pas foncé dans le lard lors de l’arrestation ? Pourquoi trancher l’oreille d’un pauvre diable,  alors que le mauvais c’est quand même Judas ?

Pourquoi ne pas imaginer que les yeux de Judas se sont ouverts, qu’après ce baiser qui a été un contact physique avec Jésus (et il suffit de toucher la frange de son manteau pour être guéri) . A-t-il compris que celui que malgré tout son cœur aime, va mourir et que rien ne peut empêcher cela ? Ce qu’il a fait est un échec (même si cela accomplit les écritures). Je crois pour ma part que bien souvent le suicide est la seule réponse possible a une souffrance trop grande et j’espère que c’est cela qui a poussé Judas à cet acte et que comme le bon larron il s’est retrouvé au Paradis .
En fait qui sommes nous pour juger Judas comme pour juger ceux qui ont mis à mort Jésus ?


Curieusement aujourd’hui un judas est un œilleton qui permet de voir ce qui se passe dehors sans être vu. Un  judas cela nous protège. De quoi Judas nous a t il protégé ? Peut-être de nous croire à l’abri de la tentation alors qu’elle est toujours là.

"Importance des gestes".

Lors d'une célébration eucharistique en semaine, j'ai été comme saisie par la "pauvreté" des offrandes. Un petit bout de pain tout plat, un peu de vin dans une coupe. Et cela c'est Corps et Sang. En soi ce n'est rien du tout.

Et je me disais que ces "espèces" sont mises en valeur si l'on peut dire par l'écrin, que ce soit les ornements que porte le prêtre, l'église dans laquelle cela se passe, mais l'écrin reste un écrin. Il n'est pas la pierre précieuse.

Et du coup j'ai été beaucoup plus attentive à la manière dont le célébrant "célèbre". Quand il tient l'hostie seule, à pleine mains, et non pas l'hostie et la patène, alors il fait un avec le corps, et son corps à lui devient comme le corps de Jésus; il y a là une sorte de manifestation du don que le le prêtre a fait de sa vie et cette union où tout est tendu vers le haut. Il y a alors pour moi un geste symbolique du présent et de ce à quoi nous sommes appelés: la contemplation.

Il en est de même pour la coupe. Certains prêtres restent au niveau de leur poitrine, d'autres ont ce même geste où on a presque l'impression qu'ils décollent du sol tendus qu'ils sont dans ce geste où la terre et le ciel sont unis.

Ceci pour dire que les gestes du célébrant peuvent être très riches (ou très pauvres) de sens.

J'aime aussi beaucoup les prêtres qui au moment de la communion prennent le calice d'une main et tiennent l'hostie en forme de demi cercle comme une sorte de soleil qui émerge et qui illumine. Je préfère cela au geste qui consiste à montrer un petit morceau d'hostie cassé.

Enfin encore un autre petit point. Je regardais à l'oratoire du Prieuré d' Etiolles le Christ de Saint François. Je sais bien que ce Christ est comme disent les spécialistes"Johannique" et que sur la croix Jésus n'était pas comme cela. Mais ce qui m'a frappée c'est que c'est avec ce corps là qu'il "est monté aux cieux" que ce n'est pas un autre corps, c'est le sien le corps terrestre qui est devenu autre. Il y a en Lui un autre souffle, une autre sève et c'est cela qui nous montré à chaque célébration. C'est le corps du Tout Autre, le corps de Ressuscité et c'est important que les gestes du célébrant soient actualisation de cette résurrection, de la Vie qui est donnée.

mardi, septembre 14, 2010

"Donner sa vie en rançon pour les multitudes"mt20,28

« Tu vas me le payer »

David a fait périr Urie pour avoir sa femme, alors Dieu  prend la vie du fils né de cette union...

Le peuple se détourne de Dieu et récrimine contre lui (nombres et exode) alors Dieu fit venir contre lui des serpents
 à la morsure brûlante

Pharaon pris la vie des enfants mâles du peuple d'ISraël, Dieu prit la vie de tous les premiers nés du peuple d' Egypte...

Les rois de Samarie et d' Israël adorent des idoles, leur maison est détruite et leur peuple déporté


Mt 20, 28 "Le fils de l’homme n’est pas venu pour être servi mais pour servir et pour donner sa vie en rançon pour les multitudes "

Is53:5 "%ais il était transpercé à cause de nos crimes, écrasé à cause de nos souffrances: le châtiment qui sonne la paix est (tombé) sur lui.C'est par ses meurtrissures que nous sommes guéris. 




"Tu vas me le payer": c'est une formule que nous connaissons bien. Il y en a d’autres : tu ne l’emporteras pas au paradis, c’est un chien de ma chienne, la vengeance est un plat qui se mange froid. 

L’important est que la sanction de la faute a un aspect monétaire ; il s’agit d’une dette qu’il faut rembourser.

La punition a donc un aspect économique ; elle est le règlement d’une dette. Celui a commis du mal est devenu le débiteur et il doit rembourser d’une manière ou d’une autre. Parfois la faute si elle n’est pas payée par la personne peut être transmise de génération en génération (est ce lui qui a péché ou quelqu’un de  sa famille demanderont les apôtres à jésus en regardant l’infirmité de l’aveugle né).

Ceci pour dire que tout ce qui atteint l’homme dans son développement tout ce qui est de l’ordre de la maladie peut être vécu comme punition d’une dette (péché) commis. Que de fois entendons dire autour de nous quand la maladie ou l’épreuve frappe : » qu’est ce que j’ai fait au Bon Dieu » ou encore « je n’ai pas mérité ça ». Sous entendu, je n’ai rien fait de mal donc je ne devrais pas subir cela.

Dans la société le remboursement d’un acte délictueux peut se faire soit sous forme d’amende (de l’argent à payer) soit sous forme d’emprisonnement (privation de liberté) soit par la mort : tu as tué, tu as pris une vie, donc la société te prend la tienne. Mais même lorsque cette peine est prononcée, est ce que la famille qui a perdu ainsi un membre de sa famille est « consolé’’. Oui justice est rendue comme on dit, l’honneur est sauf, mais est ce que cela s’arrête là ? N’y a t il pas une souffrance que la justice ne peut effacer ?

Ce que je veux dire, c’est que si la sanction finalement renvoie au « donnant donnant » tu as fait telle chose, donc tu dois en contre partie subir telle chose, c’est qu’il n’est pas sûr du tout que ce « donnant donnant » permette l’apuration de la dette. Je veux dire que la souffrance psychique n’est pas levée pour autant. Le pardon est un acte difficile car la mémoire est là, les événements ne s’oublient pas et les séquelles du mal commis peuvent perdurer très longtemps.
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On dit que Jésus a donné sa vie en rançon pour les multitudes ce qui fait référence au serviteur souffrant d’Isaïe 53 (bien que le mot rançon ne soit pas écrit). Ce serviteur là accepte ce qui lui arrive, mais ne le choisit pas contrairement à Jésus. Ce n’est d'ailleurs pas le mot prononcé le soir de la Cène : Ceci est la coupe de mon sang versé pour vous et la multitude pour le pardon des péchés Mt 26 ). Mais il suit dans le chapitre 20 la troisième annonce de la passion et donne le sens de celle-ci. Si Jésus donne sa vie, lui qui est le premier, s'il prendra la place du dernier des dernier, c'est dans un but précis: le salut de la multitude, la libération du poids du péché.

La rançon est le prix à payer pour rendre la liberté à quelqu’un qui a été enlevé (kidnapping) ou fait prisonnier (par exemple François 1° à Pavie). Mais est ce que la libération est suffisante pour vivre comme avant. Nous connaissons tous les témoignages de certains prisonniers qui même libérés n’ont jamais pu vivre comme avant leur incarcération.

On dit aussi que Jésus nous a par sa mort réconciliés avec son Père; que Celui ci désormais ne nous détruira plus (ceci est certainement une de nos peurs des plus archaïques, puisque l’espèce humaine a vécu bien des destructions dans son histoire). Mais est ce que la mort d’un homme est nécessaire et suffisante pour rétablir la relation ?

Cela veut-il dire que nous avons commis envers Dieu et envers les autres des infractions qui méritent une sanction, que cette sanction ne peut être que la mort et que Jésus a payé (pris cette peine) à notre place?

Je dirai aujourd’hui (mais peut être changerai-je dans quelque temps) que chaque fois que nous nous préférons à Dieu, chaque fois que nous ne tenons pas compte de lui (et c’est quand même cela qui rapporté en Genèse 3 : l’interdit de ne pas manger est gommé et ce n’est pas tant vouloir « être comme » qui est puni que le fait d’avoir fait comme si l’inter-dit n’avait pas été prononcé, comme si la parole n’avait pas été dite), alors d’une certaine manière nous mettons Dieu à mort. Nous L’oublions et nous perdons aussi une partie de nous même, mais cela nous ne le savons pas (et c’est peut être cela le rôle du Satan, nous faire perdre notre humanité et nous faire croire que nous sommes grands alors que nous sommes mutilés).

Finalement quand on lit le premier Testament on ne peut être que bouleversé par les efforts que fait Dieu pour se faire connaître et reconnaître par des hommes particuliers, puis par un peuple, puis enfin par tous (la multitude). Mais ces efforts semblent un peu voués à l’échec, car l’homme étant ce qu’il est, trouve facilement moyen même en « pratiquant » de  se faire l’auteur de la Parole alors qu’il n’en est que le récepteur ( N’est pas ce que jésus reproche aux pharisiens ?)..

Alors dans l’hypothèse du « Donnant Donnant » seule la mort choisie et consentie de celui qui est la Parole, permet de rétablir la relation totale, et ce par le don de l’Esprit. Nous n’en sommes pas capables, car nous ne savons pas Aimer comme un Dieu est capable d’aimer.

Ce qui permet le pardon (ou le retournement de Dieu, sa conversion) c'est que derrière cela, il y a un amour fou: Père je t'aime, Père je les aime. Alors Je te donne la vie que Tu m'as donnée non pas pour payer leur dette parce que cette dette n'a pas de sens, mais pour que Tu les aimes comme Tu m'aimes, que Tu les regardes comme Tu me regardes.

Et je pense que c'est ça qui crée un Dieu de miséricorde, un Dieu d'amour bien différent du dieu de mort que nous les hommes nous créons.

Ce que je veux dire c’est que la mort biologique de Jésus en tant que telle n’a pas de sens, ce n’est pas la mort qui réconcilie avec Dieu (en admettant ce que mot ait un sens), c’est la personne de Jésus, qui en choisissant cela en toute liberté, en nous prenant en Lui, Lui qui est « la porte, la Vérité, la Vie » nous donne une qualité de vie que nous avions perdue,  nous réconcilie avec nous même, avec notre partie perdue, et nous donne la vie en sa plénitude.

Je ne crois pas que par sa mort (et sa résurrection) Jésus nous évite à tout jamais la Colère de son Père. Cela ce serait du « Donnant Donnant ». 

Je crois que le Salut c’est bien autre chose. Le Salut c’est la possibilité d’avoir accès à la source qui nous permet jour après jour (et ce jusqu’à notre fin biologique) d’être Un comme Lui est Un avec le Père et l’Esprit.





mercredi, septembre 08, 2010

"Vous dites nous voyons et votre péché demeure" Jn 9,41









Les synonymes du mot acuité (qui définit le degré de sensibilité des  sens) sont:
clairvoyance, délicatesse, finesse, intelligence, intensité, justesse,pénétration, perspicacité, 
sagacité, sensibilité, vivacité.


J'aime beaucoup ce mot, car il me renvoie à une capacité qui existe en nous, mais qu'il est 
nécessaire de développer pour apprendre à utiliser ses sens autrement.


L'acuité visuelle qui permet de mieux distinguer certains détails me renvoie aussi à une 
acuité spirituelle. Je veux dire que cette acuité là permet de poser sur l'autre un regard qui est différent du voir, du regarder. 

Il y  a un regard sur l'autre qui est différent du voir, du regarder. Pour apprendre à regarder autrement, il est pour moi nécessaire de se déprendre d'un savoir (qui mène à un jugement) et qui parfois fausse complètement le regard et en fait l'obscurcir. C'est ce que Jésus dit aux pharisiens: votre savoir dont vous faites un Dieu vous obscurcit le regard.


Le savoir est rassurant. On a souvent travaillé dur pour l'acquérir alors il faut bien qu'il serve. Mais je suis souvent frappé de lire dans des témoignages comment le supposé savoir (qui est souvent un placage) peut être mortifère pour celui qui est confronté à une parole qui tue au lieu de donner la vie.


 Il est difficile de se déprendre de la théorie, de voir ce qu'elle peut avoir de pervers, de nocif et même de variable (et il est vrai que beaucoup de notions qui m'ont été enseignées doivent être révisées aujourd'hui: l'autisme n'est pas la conséquence d'une mauvaise relation mère enfant, la dissociation peut avoir une valeur positive etc, etc).Une théorie n'est jamais définitive, elle est une aide à un moment donné, mais s'y accrocher envers et contre tout mène à la cécité: "vous dites nous savons et votre péché demeure".

Or parfois pour voir, pour être un voyant il faut être aveugle, ou avoir perdu la vue (je pense à Tirésias). Je crois aujourd'hui que pour voir l'autre autrement, il faut quelque part accepter de perdre la vision habituelle et la confiance que l'on peut avoir en elle.

Quelque chose doit mourir pour que autre chose puisse advenir. Si le grain de blé ne meurt dit Jésus. Mais accepter de mourir à soi même n'est pas facile, même si cela doit déboucher sur un plus.

Ce désir de l'acuité qu'elle soit auditive ou visuelle ne peut se réaliser pour moi que si aujourd'hui j'accepte de ne plus voir, de ne plus entendre, mais d'être guidée par un autre murmure, une autre vision, plus précisément par l'Esprit Saint avec en prime la force d'accepter de mourir à moi même.









lundi, septembre 06, 2010

Un Dieu parfait, un monde parfait?,

Un Dieu que dans notre imaginaire concevons comme maître de tout, est il obligé de créer un monde parfait? Dans notre logique certainement dans la sienne, qu'en savons nous?

Vouloir qu'un Dieu parfait crée un monde parfait c'est le raisonnement d'un enfant petit qui juge à son aulne. Et il me semble que croire cela et tout bâtir la dessus est une fausse croyance.

Ceci pour dire que si le monde dans lequel l'homme a pris vie n'est pas un monde parfait, ce n'est pas une soi disant désobéissance qui a rendu le monde imparfait mais les lois qui régissent ce monde, monde que l'homme n'a pas crée. Que ce monde soit aujourd'hui en danger à cause de son désir de toute puissance certainement. Là oui on peut parler du péché de chacun de la convoitise de chacun . Péché individuel, péché collectif, mais pas pas péché originel.

Maintenant pourquoi Dieu a t il laissé l'humanité se développer dans des conditions de vie qui sont souvent des conditions de survie, je ne pense pas que qui que ce soit puisse avoir la réponse. Mais c'est dans ce monde là, qu'une relation peut se créer entre l'homme et le divin et lui permettre de sortir de son animalité pour devenir ce que Dieu a désiré pour lui.

dimanche, août 29, 2010

" Abel, hevel": de l'inconsistance au poids


:Je parlais avec une amie sur internet. C'était son anniversaire et pas un seul des membres de sa famille ne s'était manifesté. Envoyer un texto ou une carte électronique ce n'est pas difficile.

 Et pourtant si quelqu'un doit se souvenir d'un anniversaire, c'est bien la famille. Les heures passent  et rien. Le lendemain elle reçoit un appel de sa soeur qui lui demande un service, mais qui ne fait aucune mention de son anniversaire. Inutile de dire que ceci la rend malheureuse et réactive tout un passé où on lui a fait comprendre qu'elle n'avait pas le droit d'exister, qu'elle était tolérée mais pas aimée.

Ce que moi j'ai ressenti en passant un peu de temps avec elle (mais ce n'était pas de moi dont elle avait besoin et peut-être que ma présence renforçait encore le sentiment de manque, de colère contre ses proches) c'est que au fur et à mesure que le temps passait, elle était comme un  nuage qui s'effiloche, qui perd sa densité, une fumée qui se dissipe dans l'air. D'une certaine manière elle cessait d'exister et ainsi qu'elle le disait un peu plus tard: si je n'existe pas (pour eux) à quoi bon exister. En d'autre termes pour exister il est indispensable de se sentir reconnu, d'avoir une place, d'avoir du poids.

Je sais que chez les Témoins de Jéhovah, quand un membre quitte la secte, les autres s'ils sont amenés à le croiser, font comme si ce membre était invisible, transparent, sans existence et ceci est très dur à supporter.

Pour elle, c'est être invisible pour sa propre famille...Comme je viens de le dire, j'avais en moi cette image du feu qui s'éteint, de la fumée qui s'étire et disparaît.

En l'entendant parler, j'avais l'impression qu'elle devenait insaisissable, que je ne pouvais plus entrer en relation avec elle, qu'elle échappait, qu'elle n'avait plus de corps.

Et cela m'a fait penser à Abel dont le nom hébreux Hevel veut dire je crois brume sans consistance. Ce prénom renvoie à de l'inconsistant, à du fugace (le même mot est employé dans l'ecclésiaste: vanité), à quelque chose qui ne laisse pas de trace, qui s'évapore, à une absence de poids.

 Bien sûr, j'avais pensé à lui souhaiter son anniversaire, et donc d'une certaine manière à essayer de lui montrer qu'elle comptait pour moi, qu'elle avait du poids pour moi, mais de celle de ses proches.

Ceci montre bien que c'est l'investissement du tout petit dans une famille, qui lui donne son "poids".

Si j'en reviens à Abel, c'est au moment où  YHWH en agréant son sacrifice alors qu'il refuse celui de Caïn, que brusquement il prend du poids, comme si la gloire de Dieu (la shékina) s'était incarnée en lui. Il acquière une existence, et c'est peut être pour cela que la jalousie se déclenche et provoque le meurtre.

Brusquement Abel change de statut: il est reconnu, il est accepté; Si l'on pense que le nom de Caïn veut dire "acheté ou acquis"; on peut imaginer que par sa naissance il a donné corps à sa mère, il lui a donné du poids ce que le puîné n'a pas eu besoin de faire. Mais cette existence de "complément" n'est pas bonne, car trop liée à celle de sa mère.

Et quand Dieu rompt le lien en donnant du poids à Abel, alors Caïn se délite, croit ne plus exister et le seul moyen pour lui de reprendre sa place est alors non pas de "parler" de mettre des mots, mais de passer à l'acte et du détruire. Ainsi Abel ne lui fera plus d'ombre, mais la haine qui l'a envahie ne la lâchera plus et ce poids là est un poids de mort.

Avoir du poids, c'est être existant, c'est "compter" pour l'autre.Mais c'est aussi compter pour soi même. C'est là où le narcissisme primaire est fondamental car c'est le regard de la mère et l'investissement qu'elle fait de son petit qui permettra à celui ci de se sentir exister, d'abord en lien avec elle, puis petit à petit pour lui.

Il me semble que les personnes abusées n'ont pas perdu la vie, mais ont perdu l'existence et le droit d'exister depuis qu'une personne les a transformée en chose. Les clivages défensifs de la personnalité permettent certainement que les personnalités morcelées conservent un certain poids, une certaine capacité à exister, mais ce clivage a quand même un prix sur le plan psychologique car il risque de maintenir la confusion qui est entrée quand les limites du corps ont été bafouées.

Peut être que les troubles de l'alimentation que l'on trouve si souvent chez ces personnes sont un moyen dans un premier temps d'avoir du poids (pour soi) puis de se vider de ce poids pour mourir comme on l'a souhaité au moment de l'abus.

Un autre moyen d'avoir du poids, de se sentir exister c'est de devenir nécessaire à l'autre. Je pense que c'est pour cela que bien souvent les personnes abusées sont très gentilles, trop gentilles. Elles se mettent en quatre pour les autres et ainsi se sentent nécessaires, utiles. Seulement bien souvent, elles sont "trop gentilles" et de ce fait se montrent comme n'ayant pas de consistance car elles ne sont pas capables de dire non, de s'opposer, et du coup dès qu'on n'a plus besoin d'elles on les jette comme un kleenex et à nouveau elles perdent leur poids et la compulsion à la répétition fait que la situation risque de se répéter à l'infini.

Je crois aussi que pour ces personnes, imaginer avoir du poids pour Dieu est presque impensable, puisqu'il est un Dieu non protecteur, un dieu absent, un dieu méchant. C'est un Dieu qui a laissé faire l'innommable, qui a laissé le mal agir.

D'une certaine manière je dirai que si Dieu est aussi évanescent pour beaucoup d'entre elles, qu'elles se sentent elles mêmes vides et sans consistance.Comment un  Dieu non protecteur pourrait il avoir du poids?

On peut dire que c'est en Jésus que Dieu prend son corps et donc du poids, mais la foi chrétienne, telle qu'elle est présentée avec sa quasi obligation de pardon me semble être un chemin très difficile. Et pourtant, il court dans toute la bible cette idée que l'humain a du prix pour Dieu.

 Or aujourd'hui, dans la démarche qui est le mienne, Dieu parce qu'il respecte ma liberté ne s'impose pas à moi, mais va se révéler petit à petit différent de ce que j'imaginais de Lui.

Si je pense que Dieu doit être comme ceci ou comme cela, alors je fais un Dieu à mon image. Dans la parabole des talents, le troisième serviteur se fait une image du maitre  dur  qui récolte là où il n'a pas semé, et c'est ce maître là qui va se trouver en face de lui et qui le mettra dehors.(Mat 25,14-19)

Si je ne reconnais pas que "celui qui suis" a du poids, alors il risque de ne pas en avoir et de rester au loin dans son ciel. Ce que je sens, mais que j'ai du mal à exprimer c'est que pour agir pour moi, Dieu désire que je Le reconnaisse que j'ai foi en Lui. S'il a du poids pour moi, moi j'aurais du poids pour Lui et Lui qui est l'existant me donnera la vie. IL me remplira de son amour, il me purifiera, il me rendra belle.

D'une certaine manière créer du Dieu revient à créer du Je.

Ce qui revient au saut de la foi. Accepter de faire confiance en ce qu'Il a dit, pour qu'il me prenne la main et me fasse marcher sur les eaux. La foi c'est un cadeau, parce que ce n'est pas simple.

Je crois que pour les personnes qui ont cessé un jour d'exister parce qu'un proche a fait voler leur confiance en éclat et leur corps en miette, la confiance en quelqu'un qui puisse leur donner le sentiment de leur valeur est possible, mais que la peur est un obstacle puissant.



C'est à nous de prier tous les jours pour que le souffle de l'Esprit vienne sur les braises qui demeurent au plus profond d'elles et leur donne la force de se tourner vers celui qui donne la vie et que peu à peu le vide qui le habite cède le pas à plénitude.

Merci à M. et à E. de me permettre de cheminer et d'apprendre à leur contact.



dimanche, août 15, 2010

"Marche et Prière du Coeur".

 Montée et descente du Col de la Seigne: Prière du coeur.

départ
Nous avons fait ce parcours qui grimpe bien (750m) par un temps très agréable. Comme souvent quand je marche, la prière du coeur sert à rythmer le pas. Souvent je me force à ralentir car si je marche trop vite, je m'essouffle et je perds le rythme. L'important est de trouver un accord entre les mots et le rythme du corps, que ce soit le souffle, la longueur du pas et même son balancé.

En fait compte tenu du mon genou qui grogne surtout en descente, il a fallu que je m'adapte à une certaine douleur et je dois dire que globalement elle m'a peu gênée.
L'aiguille des glaciers et son glacier

Autrefois je comptais sur quatre temps. Maintenant je préfère rythmer mes pas sur "Jésus Christ, Fils de Dieu aie pitié de moi pécheur" . Je ne dis pas que je pense les mots, ils viennent tout seuls et en fait c'est comme une mélodie intérieure qui n'empêche pas de penser et de regarder (cela c'est même nécessaire) où je mets les pieds et le paysage.

Il m'est d'ailleurs venu une phrase de l'évangile de Luc "ne craignez pas ceux qui peuvent tuer le corps et après cela ne peuvent rien faire de plus" Luc 12,4 et je pensais à ces personnes que je connais dont le corps a été mis à mal, qui auraient voulu mourir, qui disent que d'une certaine manière elles sont mortes le jour où elles ont été violées, mais qui pourtant ont en elles une partie vivante, une partie que le violeur n'a pu tuer.



 Et je me disais que peut être le travail d'accompagnement est de permettre à cette partie là de reprendre sa place, de ne pas se laisser détruire. je pense que les tentatives de suicide, les mutilations, les troubles alimentaires sont comme des atteintes de l'âme, mais l'âme est là, elle est vivante même si les blessures sont là, même si l'agresseur reste présent dans la mémoire. Si  ténu soit le feu de la vie il est là. Et je crois profondément que la dissociation que vivent au quotidien ces personnes est la preuve que non l'âme n'a pas été mise à mal. Mais je crois que seule la présence de l'Esprit Saint peut remplir ce corps troué et que le rôle de l'accompagnant est de permettre que le souffle de Vie soit simplement un jour demandé.


Ceci pour dire que la prière du coeur qui pour moi est ouverture au souffle et à L'esprit Saint, permet de penser.

Pour en revenir à la marche, le regard porté sur le chemin est différent à la montée ou à la descente. A la montée, c'est pour moi, un coup d'oeil sur la structure du chemin puis un pas l'un après l'autre. A ls descente je visualise mieux l'itinéraire et le rythme est différent peut être un peu plus souple, même si les genoux n'aiment pas trop.



Cette prière part de certains lieux du corps. En général elle démarre je dirais assez haut, au niveau du plexus et le corps ne participe pas vraiment; elle se rythme sur la respiration. A ces moments là, je suis aussi dans l'admiration devant les couleurs des fleurs, cette infinie variété de jaunes, de rouges, de roses , de bleus. J'aimerai pouvoir m'imbiber de ces couleurs, de cette variété et cette beauté est un peu pour moi signe de la présence du Dieu créateur. Oui Seigneur que tes oeuvres sont belles (en tout cas celles là).

Et puis vient un moment où la prière du coeur descend. D'une certaine manière ce sont les jambes qui lancent la prière, et cela se passe alors au niveau du ventre. Parfois j'ai comme l'impression d'une marche un peu chaloupée qui me donne de la joie. Et tout le corps devient participant. Ce n'est pas que je cesse de voir le chemin avec ses cailloux, les gens que je croise (je peux même prier pour eux, même si je ne le connais pas), ou de ressentir la douleur dans le genou, mais il se passe quelque chose. Mon corps est comme envahi par une présence que j'appellerai joie. Je refuse de dire que cette joie est crée par les endorphines liées à la marche. Pour moi c'est bien autre chose, car il y a cette sensation qui est une certitude d'être en phase avec quelqu'un, et ce que je ressens c'est donné par un Autre.

le col:la france et l'Italie


C'est aussi la sensation que le coeur se dilate (je dois dire que mon coeur n'a pas battu trop vite, même si parfois quand ça montait trop j'ai du m'arrêter pour me défatiguer) parce que en ayant un pas un peu lent, le coeur ne fait pas de bruit. Alors quelque chose s'apaise, qui va à un rythme différent, un rythme autre.

Le fait que cela parte du ventre et peut être des hanches, renvoie aussi à la maternité, à ce portage interne d'une réalité qui est à la fois mienne et pas mienne.


La phrase de la pr!ère du coeur se conjugue tout au long de la marche. Les mots en fait n'existent plus tellement, mais le rythme comme je viens de l'écrire est pour moi signe d'une présence qui se laisse atteindre (oui Dieu quand on l'appelle Il vient, Il répond) une présence qui me crée et me donne cette joie et cette paix qui a été promise par Jésus.






2Cor 4, 7:Ce trésor nous le portons dans des vases d'argile;


Pendant la messe de l'Assomption, je pensais à l'Esprit Saint et sur ce don qui peut nous être fait chaque jour si nous le demandons, cet Esprit qui a rempli Elisabeth et bébé Jean quand Marie, l'Arche de l'alliance s'est approchée d'eux. 


Il m'est alors venu en mémoire une des phrases de la seconde épître aux corinthiens:
 2Cor4,7: "et ce trésor nous le portons dans des vases d'argiles pour que cette incomparable puissance de Dieu soit en nous..."


Alors je me suis dit que comme l'argile est poreux, l'Esprit ce don de Dieu ne peut pas demeurer totalement en nous, il s'échappe, alors c'est tous les jours que nous avons à demander d'être remplis de cet Esprit, de manière à ce que l'argile ne se fissure pas, ne se dessèche pas. Cela c'est de notre responsabilité. 



vendredi, août 13, 2010

Mat18, 23-27: Remise de dette.

En lisant cet évangile hier, je me suis posé la question suivante: si le roi est capable de remettre la dette d'un simple serviteur, pourquoi Jésus a t Il dû donner sa vie en rançon (payer une dette)? 

Je cite le texte:
 "En effet, le Royaume des cieux est comparable à un roi qui voulut régler ses comptes avec ses serviteurs. 
Il commençait, quand on lui amena quelqu'un qui lui devait dix mille talents (c'est-à-dire soixante millions de pièces d'argent). 
Comme cet homme n'avait pas de quoi rembourser, le maître ordonna de le vendre, avec sa femme, ses enfants et tous ses biens, en remboursement de sa dette.
 
Alors, tombant à ses pieds, le serviteur demeurait prosterné et disait : 'Prends patience envers moi, et je te rembourserai tout. '


Saisi de pitié, le maître de ce serviteur le laissa partir et lui remit sa dette".


Un commentaire de ce texte faisait remarquer que le serviteur n'a pas dit merci, ce qui est quand même un comble..


Il s'agit d'une dette qui ne peut être remboursée. On peut donc se demander comment un homme a pu en arriver là et on peut se demander sil s'agit d'un homme ou de tous les hommes... Un peu comme une scène de jugement dernier. 


Le roi se laisse toucher, d'ailleurs cet argent peut être n'en a t il pas besoin. 


Peut être que l'important pour lui est de faire du bien et de ne pas prendre la vie de cet homme en le mettant en prison avec toute sa famille. Ce que ce Roi peut désirer c'est que cet homme change. Et c'est bien parce que ce changement ne se fait pas que le châtiment tombe.


Si ce Roi qui est figure de Dieu se laisse ainsi toucher, on peut se demander pourquoi il aurait désiré que son fils donne sa vie en rançon pour éponger une dette. S'il suffit de se prosterner et de parler, pourquoi laisser son fils mourir comme un malpropre?  


Si Jésus donne  sa vie ce n'est peut être pas pour un éponger une dette, si énorme soit elle, mais bien plus pour que la relation entre Dieu et l'humain soit rendue possible par l'envoi de l'Esprit Saint et pour que l'homme devienne capable d'un amour qui soit à l'image de l'amour montré par ce roi capable de se laisser attendrir..  

mardi, août 03, 2010

Au jour le jour.

Instruments de musique

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Le festival de musique des Arcs se termine et une fois de plus je suis étonnée par ce que font les compositeurs contemporains avec les instruments eux-mêmes. Il ne s'agit plus de les faire "chanter", mais de les faire crier.

Je m'explique. Quand on tape presque à coups de poings sur les notes basses d'un piano à queue ouvert, alors les notes aiguës se mettent à vibrer sans qu'elles soient touchées par le pianiste. Entendre cette note n'est pas aisée. Mais le piano d'une certaine manière pousse un cri à sa manière.

Il est aussi possible de faire vibrer un violoncelle plus haut qu'un violon en frappant ou en pinçant les cordes d'une certaine manière. 

Moi qui aime bien les analogies, je me demande si le corps humain ne fonctionne pas de la même manière. Certains événements qui s'exercent sur une partie du corps, peuvent faire crier une autre partie sans qu'il s'agisse du cri proprement dit.

Peut-être que les pathologies somatiques dont souffrent tant de personnes qui ont vécu des abus quelqu'ils soient, sont une partie de ces cris.

Ce cri là est difficile à percevoir, mais il existe. Il est lié à la souffrance, car il faut vraiment taper comme un fou (ou comme un sourd) sur le piano pour qu'il entre en résonnance avec lui-même.

Comment l'entendre, comment en tenir compte? Est ce ce cri là que Dieu entend quand il dit à Moïse: "j'ai entendu le cri de mon peuple", est ce cri là que Jésus a poussé sur la croix? Est ce cri que les personnes abusées lancent dans notre monde? 

Quelque part je le crois et il peut y avoir une surdité à ce cri  parce qu'il nous angoisse et nous dérange. Et puis c'est facile de dire qu'on ne l'a pas entendu.
Pourtant il est là, il vibre et c'est peut le rôle de la petite voix "murmurante" de l'Esprit Saint en nous de nous ouvrir à ce cri pour que les personnes sortent de leur solitude. 

lundi, juillet 26, 2010

"Au jour le jour" 25/07

Pensées pendant la messe...

L'évangile du jour est la réponse donnée par Jésus à ses disciples qui lui demandent comment prier, m'a renvoyé à la question du pardon. Je pensais à mon amie qui a été agressée il y a peu de temps. Je pensais à ce garçon qui doit être rempli de haine, à ce garçon qui comme beaucoup de jeunes, vit dans une sorte d'anonymat avec son capuchon sur la tête avec son capuchon,à ce garçon capable de proférer des menaces de mort, parce que cela il l'a fait en plus de l'agression.

Bien sûr ce n'est pas moi qui vit dans la peur, mais comment pardonner à quelqu'un qui est capable de faire tellement de mal? Mon amie pourra t elle un jour lui pardonner comme le demande Jésus dans la prière qu'Il nous a donnée?

Comment toutes les personnes que je connais et qui ont vécu des abus sexuels, des maltraitances durant leur enfance et leur adolescence peuvent elles pardonner? Est ce possible, est-ce envisageable?

J'ai tellement entendu de personnes qui m'ont dit avoir été complètement cassées parce que des prêtres bien intentionnés leur avaient dit qu'elles "devaient" pardonner, et tant que cela ne serait pas fait, elles seraient dans le péché, alors qu'elles ont été détruites, abîmées, saccagées par des personnes qui savaient ce qu'elles faisaient. A la limite elles les victimes devenaient les agresseurs et étaient rejetées, une fois de plus.

Et puis j'ai pensé au témoignage de ces personnes qui avaient fait pis que pendre dans leur vie et qui un jour ont été saisies par le Seigneur, alors que celui çi n'avait aucune place dans leur vie.

Et je me suis dit que la seule chose que je pouvais faire pour ce garçon, c'était de prier pour que le Seigneur se manifeste à lui, pour que l'Esprit le saisisse, pour qu'il change.

Cela c'est quelque chose que je peux demander et qui me permet de sortir de la colère qui monte en moi, chaque fois que j'apprends la souffrance quotidienne des personnes qui ont été abusées à un moment de leur vie. Car si je peux compatir, normalement je n'ai pas à partager la colère (qui parfois n'existe même plus) contre des personnes que je ne connais pas.

Je me disais que cette demande là, "Seigneur manifeste toi, Seigneur ouvre leur coeur et change le" cette demande là, je peux en faire une prière quotidienne  et que peut être cette demande là peut être accessible à ces personnes qui ont été abusées et pour lesquelles le pardon est impensable.

Maintenant est ce que cette demande peut aussi concerner les agresseurs décédés, je pense que oui, parce que je ne sais pas ce qui se passe après la mort et que l'espoir du changement reste possible.



La deuxième pensée que j'ai eu durant cette célébration , c'est que si Jésus est inséparable du Père, (qui me voit voir le Père), et que le Souffle est d'une certaine manière constitutif de Dieu alors ce que nous mangeons, c'est bien autre chose que le corps, même ressuscité de Jésus, c'est la possibilité d'être dépositaires de la Trinité. Et être le réceptacle de son Dieu, cela rend vraiment tout petit petit. Mais quelle merveille.

dimanche, juillet 25, 2010

Le marchandage d'Abraham



Le texte Gn,18, 20-32, raconte ce que l'on a coutume de nommer le marchandage d'Abraham avec le Seigneur pour éviter la destruction de Sodome.

On se centre toujours sur l'audace du vieil homme face à Celui que nous savons être le Dieu tout puissant, mais on oublie que le neveu d'Abraham réside à Sodome (et la genèse relatera le sort des deux compagnons de Dieu pour montrer à quel point les habitants de cette ville sont pervertis).

Sauver la vie de ce proche parent, alors que lui Abraham n'a pas de descendance, est donc indispensable et tous les moyens sont bons pour l'obtenir.

dimanche, juillet 18, 2010

"Tendresse de Dieu ou Dieu de tendresse…"

Tendresse de Dieu ou Dieu de tendresse…




Ps 85, 15 « Toi, Seigneur, Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère, plein d’amour et de vérité »

De nombreux refrains que nous chantons dans nos églises célèbrent un "Dieu de tendresse qui parle au cœur des hommes" mais si on associe le mot de tendresse à attention, douceur, il semble bien que la tendresse de Dieu soit somme toute très particulière.

Dans les psaumes ce mot de tendresse est bien souvent associé à « lent à la colère » ce qui indiquerait que le Dieu d’Israël y regarde à deux fois avant de faire payer à son peuple les fautes qu’il a commise. Il s’agit donc de la découverte d’une caractéristique spécifique du YHWH, qui le différencie des autres Dieux de l’époque. Dans le premier testament (recherche avec la bible de Jérusalem) le mot tendresse est finalement peu employé. On le trouve une fois dans l'exode 34, où il est associé à pitié, une fois dans le 2° livre de chroniques, cinq fois le livre de Néhémie, une fois chez Jérémie, Osée Joël et Jonas et 13 fois dans les psaumes. C'est peu surtout si on fait la même recherche sur le mot "colère" qui uniquement dans les psaumes, apparaît 37 fois, soit presque le triple.

Parler de Dieu reste toujours une gageure et lui attribuer des sentiments « humains » est très approximatif.

D'après le Larousse, la définition de ce mot serait: » Sentiment tendre d'amitié, d'affection, d'amour qui se manifeste par des paroles, des gestes doux et des attentions délicates ». Or souvent quand je vois les galères dans lesquelles se débattent beaucoup des mes ami(e)s qui ont mis leur foi et leur espérance en Dieu, j'ai du mal à considérer que Dieu fait montre de tendresse. Et il me revient la phrase de Thérèse d'Avila:" Seigneur si c'est comme cela que vous traitez vos amis, pas étonnant que vous en ayez si peu". Et pourtant cette même Thérèse avait un cœur transpercé par l'amour qui l'unissait à son Epoux.

Alors la tendresse qu'est ce que c'est? Je crois que nous confondons un peu tendre avec gentil, attentif, doux, voire même un peu mou. Ce serait tellement bien de posséder un Dieu qui non seulement serait capable de nous protéger de toutes les épreuves de la vie, mais encore de nous manifester des marques de tendresse quand nous sommes dans la mouïse, dans le désert, dans la tourmente.

Je sais bien que Paul parle de l'Esprit qui nous pousse à dire "abba", mais pour ma part je suis incapable de m'imaginer sur les genoux de la première personne de la Trinité, jouant avec sa barbe. Il y a des chrétiens qui parlent de leur « Papa céleste » c’est impossible pour moi. Jésus parle souvent de son Père qui est notre Père, mais la familiarité m’est impossible. Il y a une distance infinie entre Dieu et l'homme et peut être que la tendresse permet justement de faire le pont, mais de quelle tendresse s'agit il?


Ce qui m'a éclairée a été de me rappeler qu'on oppose les pierres dures (par exemple le diamant) aux pierres tendres (le talc ou le grès). Les pierres tendres se laissent rayer par les pierres dures, elles se laissent broyer facilement. On dit aussi qu'une viande est tendre quand elle n'est pas difficile à mâcher, mais il faut quand même faire l'effort de la mastiquer.

Or spontanément nous mettons sur Dieu des représentations de dureté, d'inflexibilité, de jugement, de justice, parce que ce sont les caractéristiques du pouvoir. Un Dieu qui est capable de faire alliance avec l'humain ne peut être un Dieu dur et impitoyable.

Un Dieu qui parle à l’homme, un Dieu qui s’incarne est il un Dieu dur qui écrase tout sur son passage ? Car ce que Dieu nous dit et nous montre tout au long de l'histoire avec le peuple qu'il s'est choisi, c'est qu'Il n'est pas que dureté. Il est capable de nous protéger de ses ailes, de nous transporter, de se comporter comme un père ou comme une mère,

Curieusement c'est Dieu qui nous reproche d'avoir un cœur de pierre, un cœur dur qui ne se laisse pas toucher, alors que lui il a un cœur (oui je sais que c'est une image, car personne ne sait comme notre dieu est) qui peut se laisser émouvoir, qui peut être doux. Bien souvent tendresse va avec miséricorde (torrent d'amour pour moi), ou pitié (mot que j'aime moins).

La tendresse de Dieu serait elle d’espérer encore et toujours que notre cœur de pierre puisse redevenir un cœur de chair, de ne pas croire que tout est fichu pour l’humain , qu'il y a toujours du possible en lui?

La tendresse ne serait elle pas cette capacité à attendre que l'homme devienne capable au fil des siècles d'apprendre à le considérer non comme une chose que l'on supplie et qui donne, comme un juge implacable et destructeur, mais comme un Père, qui attend encore et toujours le retournement de cet homme capable du meilleur et de lui donner son Fils comme modèle et son Esprit comme souffle ?