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samedi, décembre 03, 2011

"Histoires de Noces": Jn2 et Jn 19.

Nous travaillons en groupe l'évangile de Jean, nous en sommes aux derniers chapitres, ceux de la passion et de la résurrection.  Si on admet (ce que je pense de plus en plus) que l'auteur de cet écrit a "bâti" son texte, je me suis demandée s'il ne faut pas mettre en parallèle les noces de Cana (premier signe de Jésus et début de sa vie publique) et la crucifixion où l'on trouve au pied de la croix Marie et Jean. Là il se fait un autre miracle: de la mort sort la vie et c'est la fin de la vie "publique" car désormais ses manifestations seront quand même de l'ordre du "privé".

Peut être peut on opposer le "bon vin" de Cana au "vin aigre" que boit Jésus juste avant de répandre son souffle et si l'on veut aller encore plus loin "au vin doux" que les apôtres auraient bu le jour de la Pentecôte.

Les noces renvoient toujours à l'amour entre deux êtres, à une alliance. Epouser quelqu'un c'est dire que c'est avec celui ci ou celle la que l'on veut passer toute sa vie et qu'il n'y en aura pas d'autre. Sceller cet Amour par un acte socialisé: s'engager de vive voix (ou par un acte écrit) et ensuite faire la fête, offrir un repas spécial où tous participent à la joie des deux et où l'on donne du bon, du très bon.

A Cana, d'une certaine manière il y a plusieurs personnages: Jésus, ses disciples,  Marie et le groupe des serviteurs sans parler du narrateur. La manière dont Jésus réplique à sa mère qui attire son attention sur le manque, reste curieuse pour nous: "femme quoi entre toi et moi" trouve son répondant "femme voici ton fils"avec la même impossibilité à trouver une répartie.

Si dans l'épisode de Cana, on peut avoir l'impression que Marie "pousse" son fils à se manifester,  à agir, là c'est Lui qui dit ce qu'elle doit faire pour devenir la nouvelle Eve, la mère de tous les vivants. Si on nous parle dans les personnes présentes de "la soeur de Marie" c'est bien que Marie comme toute veuve ayant perdu son fils aurait dû vivre dans "sa famille biologique". Or cela Jésus ne le veut pas.

La phrase de Marie "tout ce qu'il vous dira faites le" c'est  exactement ce que Jean va faire après que jésus lui ait dit "Voici ta mère". Jean est le serviteur qui obéit, qui a compris et cela c'est bien la place du disciple serviteur.

A Cana, l'eau est transformée en vin. Bien entendu les noces n'auraient pas été annulées si ce miracle ne s'était pas accompli, mais il est le signe de  la présence de Dieu sur la terre d'Israël, il est le signe pour les disciples que le temps est arrivé, que les noces sont là. Au delà des noces de ce jour là, il y a une autre noce qui se prépare celle du Fils (Je suis) avec nous.

Au Golgotha (puisque l'écrivain donne le nom du lieu) il y a la signature du contrat si je puis dire. Les noces sont scellées dans et par le sang. Le sang qui coule, qui se répand, ne peut-on peut le voir comme  symbole de l'Esprit qui va être répandu en en abondance (comme le vin à Cana).

Au premier signe, l'eau transformée en bon vin, répond le dernier signe, le corps et le sang transformés en nourriture et ce en abondance, car il me semble que l'abondance est bien ce qui caractérise la présence du Fils qui répand son Esprit sur tous.


mardi, mars 29, 2022

Jean 4, 43-54 "Seigneur descends avant que mon enfant ne meure".

 

Jean 4, 43-54 "Seigneur descends avant que mon enfant ne meure".


Quatrième semaine de Carême, on commence l'évangile de Jean. Au moins il y aura une cohérence dans les textes de semaine. Il reste à voir ce qu'on nous proposera comme première lecture. 

 

 

Réflexions sur le texte.

 

En lisant ce texte, j'ai été frappé par les différences qui existent entre ce texte et ceux de Matthieu et de Luc qui parlent, non d'un officier royal mais d'un centurion. J'ai fait un tableau, comme pour une concordance, mais la version de Jean diffère trop pour que ce soit vraiment utilisable. 

 

Chez Matthieu, le centurion s'adresse directement à Jésus, c'est lui qui dit qu'il n'est pas digne que Jésus entre chez lui, mais qu'il sait que la parole de ce dernier est puissante et qu'elle peut effectuer un miracle.

 

Chez Luc, ce sont des amis du centurion: étant non juif il ne veut ni s'adresser à Jésus directement, ni l'inviter à entrer dans sa maison, pour qu'il ne soit pas obligé d'entrer dans la maison d'un non circoncis, même s'il s'agit d'un craignant Dieu. 

 

Chez Jean le contexte est très différent. Il s'agit d'un officier royal; et cela ne se passe pas à Capharnaüm, même si c'est là que se trouve et la résidence de l'officier et le malade, mais à Cana. 

 

Le titre même d'officier royal pose question, puisqu'à cette époque, il n'y avait pas de roi. Hérode le grand, était appelé le roi, mais pas ses fils. On peut penser qu'il était attaché à la cour d'Hérode, tétrarque comme le note Luc au début de son évangile, qui devait, si on reprend la décapitation de Jean, avoir une véritable cour. Certaines traductions disent "Seigneur de la cour", "officier du roi", "homme de cour", officier royal, ce qui est très différent de centurion de l'armée romaine. Si comme cela m'a été enseigné il y a fort longtemps, cet homme est un dignitaire de la cour d'Hérode, je peux aussi penser qu'il est juif et non païen, ce qui change quand même les choses. 

  

Par ailleurs, Jean prend le soin de dire que Jésus, après un bon accueil en Samarie (c'est ce qui suit la rencontre avec la Samaritaine au puits de Jacob Jn 4 1-42) et le fait que de nombreux Samaritains croient en lui après l'avoir entendu parler, se demande quel accueil il va recevoir en Galilée . 

 

Jean cite alors une phrase que Jésus a dite dans la synagogue de Nazareth: "Nul n'est prophète en son pays". Et si on fait le lien avec les synoptiques (ce qu'il ne faudrait peut-être pas faire), Jésus parle d'Elie et d'Élisée,  qui ont nourri pour l'un et guéri pour l'autre deux étrangers. Alors je me suis demandée, même si je ne suis pas sûre que ce type de typologie intéresse jean, si malgré tout ce dernier veut montrer que Jésus est bien un prophète, bien plus qu'un prophète. 

 

Je me suis demandée si on ne peut pas faire un parallèle entre ce qui s'est passé entre Elisée et Naaman le général syrien qui vient pour se faire guérir de la lèpre. Ce général est très déçu par le non accueil d'Élisée, qui ne vient pas à sa rencontre et qui lui fait dire de se plonger sept fois dans les eaux du Jourdain; et ce haut fonctionnaire royal, qui lui sachant que Jésus est à Cana, va l'attendre, lui demande avec instance de descendre chez lui à Capharnaüm, pour sauver son enfant qui est mourant (et je trouve que le verbe descendre, employé par trois fois, évoque aussi ce qui attend cet enfant si Jésus n'intervient pas); qui dans un premier temps se fait presque réprimander, et qui dans un deuxième temps retourne chez lui avec une parole, "ton fils est vivant", parole qu'il accepte comme vraie. Il pose là un acte de foi semblable à celui de Naaman (même si pour ce dernier, c'était un peu à son corps défendant). Et de même que Naaman, en retournant chez lui, proclamera que le seul Dieu, c'est le Dieu d'Israël, de même, cet homme et toute sa maison (qui peut être importante) croit en Jésus, c'est-à-dire reconnaît en lui celui qui donne la vie, le Sauveur. Et il croira lui et toute sa maison. 

 

On peut aussi penser que Cana, c'est un peu le miracle d'Elie qui se refait. Ce n'est plus de l'huile et de la farine qui se multiplient durant un temps, mais l'eau qui devient vin. 

 

Le prêtre qui commentait cet évangile a fait remarquer que lors du miracle de Cana, les serviteurs sont envoyés faire goûter ce qui a été prélevé dans les jarres, mais ils ne savent pas ce que l'eau est devenue du vin. De même, lui pense (peut-être contrairement à moi) que quand Jésus lui dit "va", il ne sait pas du tout si son fils est guéri ou non. De même qu'Abraham ne sait pas ce qui va advenir de lui, mais part; et c'est sa foi qui va permettre qu'il devienne le père des croyants. 

 

 

Lecture du texte en regroupant les versets. 

 

43 En ce temps-là, après avoir passé deux jours chez les Samaritains, Jésus partit de là pour la Galilée.

 44 – Lui-même avait témoigné qu’un prophète n’est pas considéré dans son propre pays. 

 

Intéressant, la durée. Deux jours chez les Samaritains, et quitter un endroit où il respecté et accueilli pour aller dans un ailleurs qui semble inquiétant. Mais ce sera aussi ce qui se passera pour les disciples, après le troisième jour (en fait bien après).

 

45 Il arriva donc en Galilée; les Galiléens lui firent bon accueil, car ils avaient vu tout ce qu’il avait fait à Jérusalem pendant la fête de la Pâque, puisqu’ils étaient allés eux aussi à cette fête. 

 

Une explication: si ça se passe bien avec ces habitants-là, c'est qu'ils connaissent Jésus et ont vu ce qu'il a fait pendant la fête de la Pâque. Est-ce qu'il s'agit des vendeurs chassés du Temple (peut-être que cela a réjoui pas mal de monde, ainsi que la manière dont Jésus ne se laisse pas faire par les anciens). 

 

46 Ainsi donc Jésus revint à Cana de Galilée, où il avait changé l’eau en vin. 

Jésus va quand même dans un lieu où il doit être bien accueilli après tout, n'a-t-il pas permis que la noce se termine bien et je peux penser que la famille du ou de la mariée peut lui faire bon accueil, à lui et à ses disciples..

 

Or il y avait un fonctionnaire royal, dont le fils était malade à Capharnaüm. 

47 Ayant appris que Jésus arrivait de Judée en Galilée, il alla le trouver ; il lui demandait de descendre à Capharnaüm pour guérir son fils qui était mourant. 

 

Et là, on nous parle d'un fonctionnaire royal (pas n'importe qui, un peu comme Naaman le général syrien). Si je fais un lien entre ce fonctionnaire royal, et Naaman le syrien, c'est que Jésus a dit que personne n'est prophète dans son pays, et que cette phrase aurait été prononcée à Nazareth, avec à l'appui les actions d'Elie et d'Elisée en faveur d'étrangers. Et je pensais que ce fonctionnaire de haut rang, aurait pu souhaiter que Jésus accède à sa demande, et le suive immédiatement à Capharnaüm. Un peu comme Naaman qui ne comprend pas que le prophète reste chez lui et se contente de lui donner un ordre: va te plonger sept fois dans les eaux du Jourdain. Là aussi, avec Jésus, il y a aura un "va". Et finalement l'un comme l'autre deviennent des croyants. 

 

Ce verbe descendre va être employé par trois fois. Le premier, c'est ce que le fonctionnaire royal désire: que Jésus accepte de ne pas rester à Cana, et donc fasse les 30 kms qui le sépare de Capharnaüm, dans l'urgence. Et il semble ne pas concevoir qu'on lui résiste. 

 

48 Jésus lui dit : « Si vous ne voyez pas de signes et de prodiges, vous ne croirez donc pas ! » 

49 Le fonctionnaire royal lui dit : « Seigneur, descends, avant que mon enfant ne meure ! » 

 

La phrase prononcée par Jésus semble donner un coup d'arrêt. Dans l'Exode il est question de voir des signes et des prodiges, et de rester avec le cœur endurci. Et cette réponse de Jésus semble avoir un impact. Car je peux imaginer que le ton sur lequel est fait la demande est totalement modifié. Ce n'est plus un ordre, c'est une demande, d'un père pour son fils; et non plus d'un officier à un homme qu'il pense être un guérisseur.

  

50 Jésus lui répond : « Va, ton fils est vivant. » L’homme crut à la parole que Jésus lui avait dite et il partit. 

51 Pendant qu’il descendait, ses serviteurs arrivèrent à sa rencontre et lui dirent que son enfant était vivant.

 

Comment entendre ce "va"?  Et peut-on le dissocier de l'affirmation, ton fils est vivant ce qui est somme toute beaucoup plus que "ton fils est guéri". 

 

La vie est revenue en cet enfant, Jésus a donné la vie à cet enfant pour que son père et toute la maison comprenne qu'en Jésus le Royaume est là, que la vie se donne en plénitude.

 

52 Il voulut savoir à quelle heure il s’était trouvé mieux. Ils lui dirent : « C’est hier, à la septième heure, (au début de l’après-midi), que la fièvre l’a quitté. »

53 Le père se rendit compte que c’était justement l’heure où Jésus lui avait dit : « Ton fils est vivant. » 

 

Jésus va rendre l'Esprit à la neuvième heure, même si ce n'est pas dans Jean. La septième heure, cela pourrait être six plus un, six la création de l'homme, sept, le renouveau du repos demandé par le Shabbat. Mais c'est bien la confirmation de l'efficacité de la parole de celui que Jean appelle le Verbe.

 

Alors il crut, lui, ainsi que tous les gens de sa maison.

 

Là, c'est une autre phrase qui fait choc en lui. La première c'est cette sorte de réprimande de Jésus, sur les signes et les prodiges, et là, c'est la confirmation de l'heure de la puissance de la Parole. On a besoin parfois de confirmation pour croire et c'est peut-être ce que le "alors" signifie.

 

54 Tel fut le second signe que Jésus accomplit lorsqu’il revint de Judée en Galilée.

 

Il y a eu deux signes. Le vin des noces, et la vie donnée. 

 

 

Le fonctionnaire royal raconte.

 

J'étais à Jérusalem après du roi Hérode. On m'a parlé d'un certain Jésus, un homme de Galilée, qui a eu le culot de chasser les vendeurs du temple, ce qui je dois le dire, m'a fait bien plaisir. J'ai entendu dire qu'il parlait beaucoup, qu'il ne se présentait pas comme un rabbi qui passe son temps à couper les cheveux en quatre, mais surtout qu'il était à l'écoute et qu'il était bon. 

 

En rentrant chez moi, à Capharnaüm, j'ai trouvé ma femme en larmes. Notre fils était brûlant de fièvre, rien n'arrivait à la faire baisser, il était comme un sac de chiffon dans son lit, trop faible même pour boire; la vie le quittait, il était en train de mourir. Personne ne savait que faire. Quelqu'un de ma maison m'a dit que Jésus était à Cana. Alors je suis parti en grande hâte pour le trouver, lui demander de venir chez moi, de descendre à Capharnaüm, pour donner la vie à mon fils. Il fallait que j'arrive avant qu'il n'ait quitté cette localité. Je me suis hâté, et l'inquiétude me rongeait.

 

En arrivant à Cana, j'ai vu qu'il n'était pas seul. Il avait ses disciples, mais aussi beaucoup d'autres personnes. On m'a raconté qu'il y a peu, il avait participé à une noce, et qu'à partir d'eau puisée dans les citernes il a procuré un vin d'une excellente qualité aux invités, qui allaient en manquer. Cela montre bien sa bonté et sa générosité.

 

 Alors je me suis approché de lui et je lui ai demandé de descendre chez moi à Capharnaüm, pour guérir mon fils mourant. J'étais très ému de le voir, de le rencontrer. 

 

Et là, il a eu une phrase rude, comme si j'étais à la recherche d'un geste magique. Il m'a dit: si vous ne voyez pas des signes et des miracles vous ne croirez donc pas. Qu'est ce qu'il veut dire par "croire"? 

 

Mais moi, bien sûr je ne désirais qu'une seule chose, qu'il quitte Cana au plus vite, que nous puissions descendre à Capharnaüm, nous hâter le plus possible, parce que les heures étaient comptées, qu'il entre chez moi, qu'il touche mon fils, qu'il le guérisse. Et puis, je suis habitué à ce qu'on ne me résiste pas. Et j'avais tellement peur qu'il refuse. 

Alors j'ai insisté, je lui ai dit "Seigneur descends avant que mon fils ne meure". Il y a eu un silence; je pensais qu'il allait se mettre en route, m'accompagner; Il m'a dit "va, ton fils est vivant!" Et il avait un tel ton que je l'ai cru. Mais c'était quand même difficile à imaginer; et j'ai pris la route. 

 

Et pourtant, au fil des heures, je sentais que mon fils était vivant. Mais que la route me semblait longue! J'ai marché toute la nuit.

 

Au petit matin, des gens de ma maison sont venus à ma rencontre. Ils m'ont dit que mon fils était vivant. Je leur ai demandé à quelle heure la guérison avait eu lieu. Ils m'ont dit à la septième heure, et c'était l'heure à laquelle Jésus m'avait dit que l'enfant était sauvé. La même heure. Et là, moi l'officier, moi qui finalement ne croit plus en grand-chose, j'ai cru en cet homme. 

 

Sa parole avait été comme celle du Très Haut., qui ne revient pas sans avoir accompli ce qu'elle a dit.  Sa parole avait agi. Sa parole avait fait. Mon fils était dans la vie. La mort avait été vaincue. Que le Très Haut soit Béni de nous avoir envoyé un tel homme sur notre terre!

 

Je suis arrivé chez moi, j'ai raconté à toute ma maison ce qui venait d'arriver et tous nous avons cru que cet homme avait les paroles qui donnent la vie, les paroles de la vie éternelle.

 

 

 

dimanche, janvier 20, 2013

De Cana à la croix

Dans l'évangile de Jean, Marie apparaît deux fois: à Cana et au pied de la croix. Là encore on pourrait parler d'une construction: au début de la vie publique et à la fin de celle ci.

Ce matin je me disais que à Cana, l'eau est transformée en vin, ce qui peut d'une certaine manière faire de Jésus le nouveau Moïse qui a transformé l'eau du Nil en sang, pour que Pharaon croit en l'existence de ce Dieu qu'il ne connaît pas. Ce miracle, fait à la demande de Marie (même si celle ci semble se faire rabrouer par son fils) est un signe fort pour les disciples qui croient en Lui. On peut dire que ce signe du vin crée d'une certaine manière l'église des disciples, de ceux qui vivront d'une manière différente.

Au pied de la croix, il y  a me semble t il une alliance qui se noue, une alliance qui se scelle dans le sang qui coule. On peut parler de noces de sang, noces entre le Fils qui représente le Père et l'humanité. Mais mon intelligence est complètement dépassée par cela, et je ne comprends pas (compréhension) ce qui se joue réellement, et il reste un mystère qui me dépasse.

Maurice Zündel dans la prière à Saint François écrit: "apprends moi à épouser ta croix, pour qu'au coeur de mon coeur, je puisse éprouver la douleur de Dieu". Ces quelques mots: épouser et éprouver sont été très éclairants pour moi. Regarder Jésus sur sa croix, c'est non pas aller dans le dolorisme mais regarder cet amour qui se donne et qui n'est pas reçu, ou par si peu.

Je me disais que les paroles adressées par Jésus à sa mère et au disciple sont des paroles qui déplacent complètement les liens de filiation et que cela peut avoir une signification pour moi, aujourd'hui.

Bien sûr, on peut penser que Jésus pense au triste avenir de sa mère, veuve et sans fils pour subvenir à ses besoins, car après ce qui vient de se passer, sera t elle acceptée dans sa famille? Cela c'est possible, mais il me semble qu'il s'agit d'autre chose. Dire à sa mère "femme voici ton fils", peut aussi vouloir dire que Marie devient comme la mère de tous ceux qui vivront dans l'Esprit comme son fils a lui même vécu, et qu'elle est dans un engendrement différent de celui qu'elle a vécu jusque là. Il y a une sorte d'universalité. Marie dépasse complètement (et c'est peut être un des fruits de la mort de son fils) la relation à un, pour passer à une autre relation, à tous. C'est peut être aussi l'éclatement de son coeur, qui devient comme celui de son fils.

Quant à ce qui est demandé à Jean, c'est aussi un changement. Car qui que ce soit cet homme, fils de Zebébée ou pas, il a bien eu ou il a peut être encore une mère biologique qu'il aime ou a aimé. Et là on lui demande en quelque sorte de changer de matrice. Il devient en quelque sort le prototype de tous ceux qui ce jour là sont engendrés au Père par la mort du Fils. Prendre soin de l'autre, de celui qui est dans la peine, dans l'abandon, dans le besoin.

Alors si Cana est dans la joie, on peut peut être penser que ce jour là, est aussi un jour de joie, même si c'est un jour de sang, car un nouveau monde est en train de se créer.

Maintenant que ce soit dans le sang, montre bien que rien n'est définitivement gagné et que la facilité n'est pas de ce monde, mais le vin nouveau est là et bien là.

vendredi, septembre 15, 2023

Jn 19,25-27. Notre Dame des sept douleurs - 15 septembre 2023.


Hier c’était ce qu’on appelait autre fois l’exaltation de la Sainte Croix, et aujourd’hui la Croix glorieuse, avec la lecture de quelques versets du chapitre 3 de Jean: Le fils de l’homme sera élevé. Or certes il est élevé sur cette croix, mais de fait il y est pendu comme un criminel; il est peut-être dressé sur le monde, mais il est abaissé, lui le Fils de l’homme; il est alors totalement dans la volonté divine, et le monde est sauvé. Mais cela se fait dans le sang et dans la mort. 

 

Aujourd’hui c’est Marie des douleurs, avec un texte très bref de Jn 19: deux versets. 

En revenant sur ce texte de matin, j’ai senti la nécessité de laisser Marie raconter. Raconter ce qu’une maman peut ressentir quand elle assiste à la mort de son fils, totalement impuissante, et qu’elle reçoit une espèce de mission qui lui permet peut-être de se projeter dans le futur, un futur où elle sait - parce que la foi de Marie lui permet certainement de ne pas douter de la résurrection annoncée - qu’elle aura une place, un rôle: être la mère de ceux qui deviendront le corps de son Fils. 

 

Le texte

 

Est-ce que c’était fréquent que la famille ou les proches soient présents sur le lieu même de la mise à mort? Une exécution avait valeur d'exemple. Mais je pense qu'il a fallu en braver des obstacles, pour être là, sur le lieu. 

 

 

Je vois toujours Marie, avec son fils qu’elle ne peut pas toucher, et qui a du sang plein de visage et les mouches, parce que pour moi elles sont là. Et personne ne peut éponger le visage de Jésus. Il y a les autres qui se moquent de lui. Et elle est là, droite, debout. 

 

Elle n’est plus toute jeune Marie, elle peut avoir près de 50 ans. Et 50 ans, c’est peut-être déjà vieux, même si on a Anne dans l’évangile de Luc qui a 84 ans . Nous ne savons  pas à quel âge Marie est partie rejoindre son fils.  

 

Mais quelle souffrance. Je n’arrive pas imaginer qu’elle puisse voir le futur ressuscité dans cet homme de douleur. Mais peut-être que je me trompe. Maintenant il est plus que possible que sa foi lui permette un certain apaisement. 

 

Lui, Il a tout fait comme il le fallait. Il est au bout de sa vie. Peut-être que Marie est comme ceux qui perdent un être cher, mais qui savent qu’il a eu une vie pleine, et qui comprennent l’inéluctable. Mais un être humain reste un être humain et même si les oraisons parlent de la compassion (mot que je trouve trop faible) de Marie pour son fils, je pense que elle, elle souffre, et que comme toute mère, elle voudrait que ce soit elle qui souffre et pas lui, mais cela c'est impossible. 

 

 Je n’imagine pas qu’elle puisse elle en vouloir à Dieu, comme nous, trop souvent, mais quelle épreuve. Notre dame des 7 douleurs , disait-on disait autrefois.

 

 

 

25 Près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Cléophas, et Marie Madeleine.

 

Donc auprès de Jésus, il y a 3 femmes et un homme; et les soldats. Qui est cette Marie, femme de Cléophas ? Est-ce que ce prénom, qui évoque les disciples d’Emmaüs, est donné par le rédacteur pour faire penser à la résurrection ? 

 

26 Jésus, voyant sa mère, et près d’elle le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : « Femme, voici ton fils. »

 

Là il y a ce changement de registre: je pars, mais je ne te laisse pas seule; cet homme je te le donne, qu’il soit un fils pour toi. Tu prendras soin de lui et lui de toi. Il y a ce "femme" qui reste curieux, mais qu’on a déjà eu à Cana. A Cana c’est l’eau transformée en vin. Là c’est le sang qui devient source de vie, qui devient fleuve de vie. C’est presque le sang qui devient eau, comme le Jourdain. Le prêtre qui commentait cet évangile aujourd'hui, faisait remarquer que Jésus crée du lien entre ces deux qui sont en souffrance, entre ces deux qui l'aiment, entre ces deux qu'il aime.

 

27 Puis il dit au disciple : "Voici ta mère". Et à partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui.

 

Normalement elle aurait dû demeurer dans sa famille: peut-être est-ce cette famille qui est représentée par l’autre Marie; mais avec quel statut ? Une pestiférée ? Une maudite. La sortir de ça, cela semble très important: et le disciple devient comme un fils qui prend soin de sa mère. Est-ce que cela veut dire que le matin de la résurrection elle est chez Jean quand Marie Madeleine vient annoncer que le corps a disparu. Et là, je peux imaginer la joie envahissante car pour elle, si le corps n’est plus là, c’est qu’Il est vivant son Fils. Il est le Vivant, il est passé de la mort à la vie.


 

Marie raconte

 

Le vieux Syméon me l’avait bien dit (1), qu’un glaive de douleur transpercerait mon cœur, mais cela je l’avais mis dans un petit coin de ma mémoire, et j’avais commencé à comprendre quand mon Jésus était parti retrouver son cousin sur les bords du Jourdain[2)Enfin j’avais déjà compris lorsque nous étions montés à Jérusalem avec lui, pour sa première Pâque[3]Il était resté là-bas à parler avec les rabbis qui étaient dans le Temple, et nous l’avions cherché trois jours et trois nuits. Et quand je lui ai dit que pour son père et moi, cela avait cause d’une grande souffrance il nous avait répondu qu’il lui fallait être chez son Père; je n’avais pas trop compris, mais cela m’a quand même, bien fait comprendre que ce Fils, donné par l’Esprit Saint, ne m’appartenait pas. Bien sûr je le savais, mais pour une mère ce n’est pas facile, surtout qu’il est mon unique, même s’il a des cousins et cousines très proches. 

 

Je ne sais pas ce qui s’est passé sur les bords du Jourdain, mais je sais que Jean, quand il l’a vu, a dit qu’il n’était pas digne de délier la courroie de sa sandale, et qu’il avait vu l’Esprit descendre sur lui, tel une colombe et y demeurer. Et que Jésus était l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. Je sais qu’il a pris avec lui André, Simon, Philippe et Nathanaël, ainsi qu'un jeune de Jérusalem avec lequel il avait un lien très fort. 

Quand je l’ai revu à Cana, [4]j’ai bien vu qu’il n’était plus le même. Je lui ai fait remarquer que le vin allait manquer, il m’a regardé un peu comme si je le dérangeais, comme si je lui demandais quelque chose d’impossible, mais moi je sais bien qu’il peut faire tellement pour que les hommes ne manquent de rien. Il m’a dit « Femme, que me veux-tu, mon heure n’est encore venue ». Je me suis sentie mise à distance et en même temps, je savais bien qu’il m’avait entendue et j’ai dit aux serviteurs que s’il leur demandait de faire quelque chose, ils le fassent. Moi, j’avais foi en lui. Et le vin n’a pas manqué, il a été en abondance. 

 

Aujourd’hui, je suis là. Aujourd’hui, mon cœur se tord en moi. Aujourd’hui ce sont d’autres noces que celles de Cana et je le sais. Aujourd’hui ce sont les noces qui se font avec le sang de mon fils entre tous les hommes et notre Père du ciel, que son nom soit béni!

 

Mais moi, je suis là, devant lui qui est torturé sur cette croix. Il y a deux autres femmes avec moi, et Jean, ce petit que mon fils aime tant. Tous les autres sont partis, ils l’ont abandonné. Je ne peux pas le toucher, je ne peux pas chasser les mouches qui rampent sur son visage ensanglanté, je ne peux pas enlever cette horrible couronne qui a été enfoncée sur sa tête par les soldats. Je ne peux comprendre pourquoi ils lui ont fait ça, pourquoi ils font du mal pour faire du mal; je ne comprends pas et mon cœur est dans la tourmente. Oui, c’est un glaive qui transperce mon cœur.

 

J’étais là, et il y avait aussi les soldats qui avaient partagé ses vêtements. Moi je pensais au corps de mon petit garçon, de mon premier-né, de mon beau petit garçon; dans quel état il est. Il a dit qu’il devait passer par toutes ces horreurs et qu’il reviendrait à la vie le troisième jour, et de cela je suis convaincue, lui qui a transformé de l’eau en vin, lui qui demeure dans le Père, lui qui est la lumière, et que les ténèbres de la mort ne pourront pas retenir; mais je suis là, douloureuse de sa douleur à lui.

 

Il m’a regardé, il a regardé Jean. Son regard était comme noyé par la douleur et la souffrance. Comment a-t-il trouvé la force de parler alors que chaque souffle était une victoire sur la mort ? Il m’a dit: "Femme voici ton fils". Et à lui il a dit: "Voici ta mère". Et c’était comme si la vie continuait: il me donnait quelqu’un à aimer, quelqu’un avec qui je serai comme une mère. Et lui a dit oui de la tête, et il m’a prise comme sa propre mère. 

 

Je dois reconnaître que retourner à Nazareth dans ma famille, moi qui n’ai plus de mari, moi dont le fils vient d’être condamné à mort comme un malfaiteur par les Romains, ne me souriait guère. Quelle vie m’attendait là-bas? J’aurais eu une vie dans la solitude, et surtout dans la honte. Là je vais rester avec lui dans cette famille qu’il a créée autour de lui, la famille de ceux qui ont écouté sa parole et qui l’ont mise en pratique. Et avec eux, j’attendrai qu’il revienne à la vie; car de cela je suis certaine. Mais que mon aujourd’hui est dur pour mon cœur. Que le Très Haut dont je suis la servante se souvienne de moi,  et vienne à mon secours et au secours de son Fils. 

 

Jean n’a pas voulu que je reste jusqu’au bout; je n’ai pas pu résister. Marie de Magdala, elle, est restée, elle a vu qu’il inclinait la tête, qu’il rendait l’Esprit, qu’un soldat en fin de journée lui avait transpercé le cœur et qu’il en était sorti du sang et de l’eau. Elle était là quand Joseph d’Arimathie et Nicodème l’ont enveloppé dans un linceul et mis dans une tombe neuve dans ce jardin qui est tout près du lieu de son exécution; et je suis chez Jean, et j’attends, comme la femme du Cantique des cantiques qui attend que son bien-aimé vienne la chercher. 

 



[1] Lc 2 25 et svts

[2] Jn 1 , 27-36

[3] Lc 2,43-52

[4] Jn 2, 1-5 

dimanche, janvier 16, 2022

Jean 2, 1-11. Remplissez d'eau les jarres.

 Les noces de Cana. 

C'est le début du chapitre 2. 

Jésus a été baptisé par Jean qui a reconnu et annoncé à ses disciples l'agneau de Dieu. Et il y a eu le "recrutement" des cinq premiers. Peut-être sont-ils venus à Nazareth faire la connaissance de la famille biologique de Jésus. Toujours est-il qu'ils sont invités avec Marie (qui devait être la vraie invitée) à Cana. Et Marie veille comme toujours, que ce soit sur son fils ou sur les autres. Et elle voit que le vin manque (ou va manquer) et elle se tourne vers son fils qui dans un premier temps ne lui répond pas très bien. D'ailleurs il n'y aura pas de mots entre elle et lui, sauf plus tard sur la croix, quand le sang deviendra vie neuve, vie nouvelle. Mais là, ce n'est que le début. Mais et cela c'est magnifique, Marie ne se démonte pas devant ce refus. Elle demande juste aux serviteurs d'obéir, même s'ils ne comprennent pas.

Et là il se passe ce que nous connaissons bien: la demande de Jésus aux serviteurs.. D'abord puiser de l'eau et remplir les jarres, ce qui a dû prendre un certain temps. Peut-être que c'est cela aussi l'important, faire peut-être quelque chose que je ne comprends pas. Puis puiser (dans ce nouveau puits) et faire constater que quelque chose s'est produit, mais que ce n'est pas du bon c'est du très bon comme dans la Genèse quand Dieu commence à créer du vivant. 

On connait la fin. Ce que je retiens, c'est peut-être le fait que remplir ces jarres, cela a pris du temps et que c'est parfois ce que le Seigneur nous demande, être des serviteurs. Et lui, ensuite, il peut agir et faire que c'est Lui qui est révélé et que je ne peux qu'être dans la louange devant ce qu'il a fait en toute discrétion.

Il y a aussi autre chose: ces jarres ce ne sont pas n'importe quelles jarres, elles servent pour les purifications, donc elles ne doivent contenir que de l'eau, et peut-être pas n'importe la quelle. Et voilà qu'elles contiennent le vin, du vin pour les noces. Alors peut-être que cela préfigure le sang qui sera versé pour l'humanité puisse être sauvée par l'agneau, et aussi le vin qui sera partagé le soir du repas pascal. Mais j'imagine qu'il a fallu ensuite du temps pour que les jarres reviennent à leur fonction première. Mais je crois que c'est l'avantage de la pierre, elle n'est pas poreuse, donc elle ne prend pas d'odeurs.

 

J'ai laissé (comme l'an passé) parler un serviteur, puis (c'est nouveau) le disciple qui a rapporté ce premier signe.

Un serviteur raconte.

 

Voilà ce que c'est quand on laisse au marié le soin d'organiser les noces. Ces jeunes ils croient tout savoir, mais s'il avait laissé faire son père, on n'en serait pas là, à manquer de vin. C'est sûr que les invités vont raconter à tout le monde ce qui s'est passé. Enfin c'est leur problème, sauf que nous aussi, on aime bien boire un peu de vin pour nous donner du cœur à l'ouvrage. 

 

Un homme est venu nous voir. On pensait qu'il voulait une amphore de vin, mais il nous a donné un ordre pour le moins étonnant, remplir d'eau les jarres de pierre qui sont prévues pour les rituels de purification. Une femme était venue nous voir quelque temps avant pour nous dire que si cet homme, son fils, nous demandait de faire quelque chose, il fallait le faire; On l'a regardée un peu de travers, mais bon, nous ne sommes que des serviteurs.

 

Et on a commencé à remplir ces jarres. Même à quatre, ça nous a pris un sacré bout de temps, et on en avait vraiment plein le dos. Enfin on a obéi. Après il nous a dit de puiser dans une des jarres et d'apporter l'outre au maître du repas. Et là, on s'est rendu compte que l'eau était devenue vin. Je crois que cela doit s'appeler un miracle. Et le maître a bu, et il semblait à la fois content et à la fois en colère, parce qu'il avait bien remarqué que le vin était sur le point de manquer. Il a interpellé le marié en lui disant que ça ne se faisait pas de garder le bon vin pour la fin.. Cela nous a fait rire, nous aussi on le trouvait vraiment très bon ce vin. Et la fête a continué. 

 

Seulement ça nous a fait quelque chose. C'était vraiment un miracle; moi, je suis allé parler avec ceux qui accompagnaient ce Jésus. Ils nous ont dit qu'il était de Nazareth, qu'il était le fils du charpentier, mais qu'il était aussi, parce que c'est ce que Jean le Baptiste leur avait dit, celui que l'on attendait, l'agneau de Dieu, l'agneau qui donnerait sa vie. Bon ça, ça nous dépassait un peu, pour ne pas dire beaucoup, mais cet homme, il fera sûrement de grandes choses. 

 

 

Jean le nouveau disciple de Jésus raconte.

 

 

Nous étions maintenant cinq autour de lui. Il y avait Simon et André, Philippe et Nathanaël et moi.  Il nous a conduits à Nazareth pour que nous puissions faire connaissance avec sa famille, mais surtout avec sa mère. Moi, je l'ai tout de suite aimée sa mère; comme une mère. Il fallait voir aussi avec quelle admiration elle le regardait. Elle était invitée à des noces à Cana et elle nous a invités à venir avec elle. 

 

Ce fut un beau mariage, avec comme dans tous les mariages, de la musique, de la danse, de la joie, et bien sûr du vin. Sauf que le vin il fallait un peu pleurer pour en avoir, comme s'il n'y en avait pas assez. Marie s'est renseignée, elle veille vraiment à tout cette femme. Et elle est allée voir Jésus pour lui dire qu'il y avait un problème, que le vin allait manquer. 

 

Lui, il a fait la tête, il n'y a pas d'autres mots. Il l'a envoyée bouler en lui disant une drôle de phrase que je rapporte, parce que je l'ai entendue. Il lui a dit, "Femme, que me veux-tu, mon heure n'est pas encore venue". Est-ce qu'on parle comme cela à sa mère? Et il est parti. Sauf qu'elle ne s'est pas démontée et qu'elle est allée voir les serviteurs en leur disant de faire tout ce qu'il leur demanderait; et elle l'a montré du doigt pour qu'ils le reconnaissent bien. 

 

Un peu de temps a passé; il est allé vers les serviteurs et il leur a demandé de remplir d'eau pure les jarres qui servent à contenir l'eau pour les bains de purification. À voir leur tête, ils n'étaient pas ravis. Aller chercher de l'eau, pour autant de jarres, cela en fait des allers et venues. Mais ils l'ont fait. Je crois qu'ils ont dû le trouver un peu fou. 

 

Quand les jarres ont été remplies, il leur a dit de puiser un peu, et d'apporter une coupe au maître de la noce. Là, j'ai vu qu'il s'était passé quelque chose, parce que le serviteur qui a fait cela était tout réjoui. L'intendant a goûté, et il s'est tourné vers le marié, presque en râlant. C'est sûr qu'il avait dû avoir peur que le vin ne manque, mais surtout il ne comprenait d'où sortait ce vin qui était aussi bon, parce qu'en général, quand les gens ont bien bu et ne sont plus trop capables de se rendre compte de la qualité du vin, on leur sert de la piquette. Mais là non, c'était du vin et du très bon vin. 

 

Alors nous, les cinq, on était dans une grande joie. En toute discrétion notre maître avait aidé un jeune couple, et il leur avait donné du vin, du vin excellent et cela c'était pour nous un signe, un signe merveilleux. Oui, celui que Jean le Baptiste avait appelé l'agneau de Dieu était bien l'envoyé, le Messie, et avec lui, nous ferons de grandes choses. Et surtout la Gloire du Très Haut se manifestait.

 

 


mercredi, novembre 09, 2022

Jn 2, 13-22. Les vendeurs chassés du temple. Dédicace de la Basilique St Jean de Latran. 9 Novembre 2022.

En cette fête de la dédicace de la cathédrale du Pape, la liturgie (année C) propose l'évangile de Jean, chapitre 2: la première Pâque de Jésus avec ses disciples à Jérusalem, mais aussi son premier contact avec ceux que Jean l'évangéliste appelle les "Juifs", ces hommes qui restent dans la réalité, dans le matériel, ce qui ne leur permet pas de voir quel est l'homme qui agit et qui leur parle. 

 

Le texte proposé.

 

13 Comme la Pâque juive était proche, Jésus monta à Jérusalem.

 

Cela se passe juste après Cana; on peut penser que Jésus monte avec sa famille et les disciples cités par Jean, soit un tout petit groupe. Mais cela pose aussi la question de la proximité de l'eau changée en vin et de ce qui se passera lors de la dernière Cène: le vin qui devient sang versé.

 

14 Dans le Temple, il trouva installés les marchands de bœufs, de brebis et de colombes, et les changeurs.

15 Il fit un fouet avec des cordes, et les chassa tous du Temple, ainsi que les brebis et les bœufs ; il jeta par terre la monnaie des changeurs, renversa leurs comptoirs,

16 et dit aux marchands de colombes : « Enlevez cela d’ici. Cessez de faire de la maison de mon Père une maison de commerce. »

 

C'est la colère bien connue de Jésus; que l'on retrouvera dans les synoptiques après l'entrée dans Jérusalem, peu de temps avant la passion; et les reproches violents: ne pas faire de la maison de son père une maison de voleurs, de bandits, de commerc.e. On peut noter sur les marchands de colombes dont les oiseaux sont en cage, ont juste droit à une semonce: enlevez cela d'ici.La fin peut s'adresser cependant à tous les marchands. Quant à se représenter les brebis, les boeufs en train de se disperser et les vendeurs qui essayent de les rassembler, cela reste difficile, mais quel bazar pour dire les choses poliment

 

17 Ses disciples se rappelèrent qu’il est écrit : ‘L’amour de ta maison fera mon tourment.’

 

Il y a là quelque chose sur la compréhension "dans l'après-coup". Les disciples appliqueront,  dans le futur, ce verset à Jésus qui est le juste persécuté: celui dont parle ce psaume 68, au verset 10, celui qui est dévoré par le zèle pour son Dieu, celui qui sera insulté, bafoué, déshonoré. 

 

18 Des Juifs l’interpellèrent : « Quel signe peux-tu nous donner pour agir ainsi ? »

 

Et voilà les juifs qui arrivent et qui posent la question qui reviendra sans cesse, celle du signe. 

 

19 Jésus leur répondit : « Détruisez ce sanctuaire, et en trois jours je le relèverai. »

20 Les Juifs lui répliquèrent : « Il a fallu quarante-six ans pour bâtir ce sanctuaire, et toi, en trois jours tu le relèverais ! »

21 Mais lui parlait du sanctuaire de son corps.

 

Là, c'est de la prophétie. Car le corps sera bien détruit, mais il sera relevé d'entre les morts le troisième jour; allusion au prophète Amos: "Le troisième jour tu nous relèveras". 

Mais concernant la construction du temple, il avait fallu plus de cent ans, au retour de l'exil à Babylone, pour le reconstruire totalement, donc nettement plus que les 46 ans dont parle le texte. Sans doute veulent-ils parler des travaux d'Hérode, travaux grâce auxquels le mur des Lamentations a pu être rétabli, grâce aux énormes travaux réalisés sur les fondations.

 

22 Aussi, quand il se réveilla d’entre les morts, ses disciples se rappelèrent qu’il avait dit cela ; ils crurent à l’Écriture et à la parole que Jésus avait dite.

 

C'est le travail de l'Esprit Saint, bien plus tard, qui donne sens et qui permet, et cela est important dès le début de cet évangile, de croire et en l'écriture et en la bonne nouvelle. 

 

 

Comme il est question de la Pâque dans ce texte, j'ai cherché ce qu'il en est des autres Pâques, celles qui séparent celle-ci de la Pâque de la Passion. Il y a bien eu une toute première Pâque, rapportée par Luc, où Jésus dit à ses parents qu'il se doit aux affaires de son Père, ce qui est un peu la même formulation que "vous avez fait de la maison de mon Père, une maison de commerce".

 

J'ai trouvé un site évangélique, mais je ne sais pas s'il est très fiable. 

https://www.eglisedieuvivant.org/articles/des-lecons-de-quatre-paques-a028

 

-       En l'an 28, on a cette Pâque à Jérusalem.

 

-       En l'an 29, on aurait l'épisode des épis arrachés. Les auteurs notent que seul Luc précise l’époque exacte de cet événement, qui eut lieu « un jour de sabbat appelé second-premier » (Luc 6 :1). Que signifie cette expression ? Le terme grec utilisé est sabbato deuteroproto. Il se réfère au second sabbat du premier « rang » ; autrement dit, le dernier Jour saint de la Fête des Pains sans Levain. Luc place donc cet événement au cours de la deuxième saison pascale du ministère de Jésus, en l’an 29 de notre ère.

 

-       En l'an 30, on serait en Jn 6, la mutiplication de pains qui a lieu juste après la pâque.

 

-       Et en l'an 31, La dernière Pâque. Enfin, les Écritures rapportent en détail la dernière saison pascale de Jésus – lorsqu’Il fut crucifié en l’an 31. Les quatre Évangiles décrivent ce qui s’est passé à partir de l’arrivée de Jésus à Béthanie (en banlieue de Jérusalem), une semaine environ avant la Pâque, jusqu’à sa crucifixion et sa résurrection. Près d’un tiers des Évangiles est consacré aux événements qui ont entouré la dernière Pâque du Christ.

 

 

Cela m'a amenée à une première lecture plus personnelle de cette première Pâque publique de Jésus.

 

Le chapitre 2 de l'évangile de Jean rapporte le miracle de Cana - donner du vin à tous, ce qui peut préfigurer ce qui se passera quelques années plus tard lors du dernier repas de Jésus (ceci est mon sang donné pour la multitude), et ce qui se passe lors de cette première Pâque publique, puisque Jésus monte à Jérusalem en venant de Galilée, peut-être avec sa famille que l'on a vue à Cana, mais aussi avec ses disciples. Si je reste dans cet évangile, ils sont cinq, comme les doigts de la main: André et Pierre, Philippe et Nathanaël, et le rédacteur, celui que nous appelons le disciple bien-aimé, le clair voyant. 

 

Et là ce qui se passe a dû créer quand même une certaine frayeur. Voilà Jésus, qui jusque-là n'a fait que du bien autour de lui, lui qui est au dire du Baptiste l'agneau pascal, donc pas vindicatif pour deux sous, qui fabrique un fouet avec des cordes et qui chasse vendeurs et changeurs, qui n'ont, de son point de vue, rien à faire dans le Temple. On sait par ailleurs que leur présence, décision récente qui permettait aux gestionnaires du Temple de se faire plus d'argent, n'était pas du goût de tout le monde!. La phrase très forte que Jésus prononce établit son identité et sa colère: "Cessez de faire de la maison de mon père une maison de commerce". Curieusement, quand je lis ce mot: maison de commerce, j'ai presque envie de le remplacer par prostitution, ou bordel.

 

On peut imaginer le bazar que cela a dû créer. Ce qui est étonnant, c'est la passivité des vendeurs, ce qui laisse à supposer que Jésus, comme Pinhas jadis ou peut-être même comme Samson qui fait s'écrouler les colonnes d'un temple, est un peu comme une tornade blanche. Je peux aussi penser que sa famille, si elle était là, ne devait plus où savoir se mettre, et que les cinq n'ont rien compris. Bien sûr le rédacteur trouvera un sens en se référant aux écritures, mais je suppose que ce ne fut pas sur le coup. Et cela c'est important. Certaines choses ne prennent sens que dans l'après-coup, et cela reste vrai pour nous, aujourd'hui.

 

Ce qui se passe ensuite avec ceux que l'évangéliste appelle "les juifs" est le prototype de tous les discours que l'on trouvera par la suite: Jésus pose un acte, jugé répréhensible, et il est alors sommé de s'expliquer; en quelque sorte de donner son identité et de justifier son geste. Il suffit de penser à la guérison de l'aveugle-né, ou du paralytique de la piscine aux cinq portiques. 

 

 Et ce sera le début du ce ou de ces quiproquos permanents. Jésus parle de lui. Mais cela, c'est - il faut bien en convenir - incompréhensible pour les questionneurs. 

 

"Détruisez ce sanctuaire et en trois jours je le relèverai". Son corps est bien sanctuaire, car en lui réside le Père et l'Esprit. Et ce corps sera bien relevé, redeviendra vivant; mais cela, qui peut le comprendre? La répartie des auditeurs est normale face à ce langage sibyllin; ce qu'on lui rétorque en se servant d'une réalité (le temps mis pour reconstruire le temple), dit bien: 'Tu racontes n'importe quoi. De quoi parles-tu? Tu n'es pas un magicien, tu es un homme. Et il a fallu quarante-six ans, pour rebâtir ce temple et qui plus est, avec un grand nombre d'hommes.  Tu racontes vraiment n'importe quoi".  

 

Le dernier verset est un verset prophétique, qui annonce la résurrection. Oui, ce sanctuaire sera bien détruit; mais oui, ce sanctuaire sera relevé (ressuscité). Cela ne prendra sens pour les disciples que bien plus tard.

 

 

Regards croisés

 

Un pharisien raconte

 

La Pâque était proche, toute proche. Les gens se pressaient pour acheter les agneaux et les brebis, et les changeurs faisaient de bonnes affaires, car souvent les gens ne discutaient pas. Normalement cela n'aurait pas dû se passer comme cela, mais comme le Temple a sans cesse besoin de travaux d'embellissement, nos anciens et nos grands-prêtres ont décidé que les vendeurs pouvaient désormais se tenir dans les parvis extérieurs du temple. Bref une belle effervescence. 

 

Et voilà qu'un homme, un homme bien bâti je dois le reconnaître, un Galiléen, s'est fabriqué un fouet avec des cordes, et a chassé les vendeurs et les changeurs. Cela a créé une vraie panique. Il criait "ne faites pas de la maison de mon père une maison de commerce". Un vrai prophète cet homme. Il m'a fait penser au prophète Amos (Am 8, 5), qui parle des balances faussées, et des affaires que l'on fait sur le dos du Très haut. Mais d'où sortait-il pour se permettre cela? Je dois dire qu'il me faisait un peu penser à Judas Maccabée, lorsqu'il a massacré un homme qui se soumettait aux Grecs. Mais quand même, nous sommes en paix, alors pour qui se prend-il? 

 

Nous - je veux dire, moi et les autres d'entre nous qui étions présents - nous lui avons demandé (je dirais nous l'avons sommé) de nous donner un signe pour prouver qu'il n'est pas fou, qu'il n'est pas un malade, qu'il est un envoyé de Dieu, peut-être un nouveau Moïse ou un nouveau David, sait-on jamais. Mais il y a tellement d'hommes qui se prennent pour des messies que nous sommes très, très prudents.

 

Alors il a eu une réponse étonnante. Il nous a répondu: "Détruisez ce sanctuaire, et moi je le relèverai en trois jours". Cela évoque le prophète Osée (Os 6,2), qui dit que Dieu nous relèvera le troisième jour. Le temple détruit par nos ennemis, les murailles dévastées, les portes brisées, les pierres emportées, cela c'est notre passé; et nous savons le temps qu'il a fallu pour le relever de ses ruines. Alors, lui qui raconte qui serait capable de le relever en trois jours, c'est vraiment fou. Il doit être complètement fou cet homme, fou, et dangereux, parce qu'il a l'air bien sûr de lui. Je sens qu'on n'en a pas fini avec lui. Alors, méfiance de ce beau parleur.

 

Un disciple, le rédacteur de cet évangile, raconte

 

Nous l'avions suivi depuis les bords du Jourdain. Nous étions allés avec lui à une noce en Galilée, à Cana, et là il avait, à la demande de sa mère, donné du vin - à partir de l'eau - à ces hommes et ces femmes qui étaient sur le point d'en manquer. Je n'ai pas compris, mais les gens étaient heureux et nous aussi. Une noce, c'est une noce. 

 

Puis nous avons passé un peu de temps chez lui et, la Pâque arrivant, nous sommes, nous les cinq et sa famille, montés à Jérusalem pour la Pâque. 

 

En arrivant au Temple, nous avons vu que le parvis, celui qui est proche de la porte des brebis, était envahi par les changeurs de monnaie et par les vendeurs. Nous en avions entendu parler, mais là, c'était vraiment choquant, une sorte d'irrespect de la présence du Très-Haut. 

Le visage du Maître avait changé. Il était dur, froid, en colère. Il s'est fait un fouet avec des cordes et il a tout mis par terre. Il était vraiment en colère. Le bazar que cela a créé était indescriptible. Il me faisait penser à ces hommes de notre histoire qui ne supportaient pas la profanation. En y repensant dans la nuit, une phrase est venue en moi, une phrase qui allait si bien à Jésus: "Le zèle pour ta maison me consume". Je trouvais que cela lui allait parfaitement bien. Je crois que oui, cela le consumera, cet amour qui est en Lui. 

 

Naturellement les pharisiens qui étaient là, pour leurs achats ou pour surveiller, lui ont demandé pour qui il se prenait, pour avoir osé faire cela. Il leur a répondu quelque chose qui n'avait aucun sens; et ils le lui ont bien fait remarquer. Il leur a dit: "Détruisez ce sanctuaire et moi en trois jours je le relèverai". Alors, bien entendu, ils lui ont rétorqué qu'il avait fallu plus de quarante six ans simplement pour le relever de ses ruines, et qu'il disait vraiment n'importe quoi. Sauf que, aujourd'hui, moi qui rapporte cela, je sais que le sanctuaire dont il parlait c'était son corps; et que son corps serait détruit, mais qu'il redeviendrait vivant, parce que cela - moi qui rapporte cela aujourd'hui - je l'ai vu, et ce corps je l'ai touché de mes mains.

 

Alors, moi qui écris aujourd'hui, moi qui ai mis tellement de temps pour comprendre, je vous le demande à vous mes lecteurs, acceptez de ne pas comprendre, mais gardez cela dans votre cœur; et en temps voulu, la lumière sera là et vous illuminera. Ne vous fiez pas aux apparences, qui sont souvent trompeuses.  

 

 

Le prêtre qui commentait ce texte a beaucoup insisté sur le ménage. Peut-être que c'est plus que nécessaire dans notre église de France. Mais peut-être que ce texte nous dit aussi que tout a un sens, que ce sens peut nous échapper complètement, mais que quand le moment sera venu, la lumière sera là, même si c'est un tout petit lumignon. 

La lumière est venue dans les ténèbres et les ténèbres ne l'ont pas retenue.