mercredi, juillet 14, 2010

Orient, Occident...


Orient, Occident…

Si on pose comme postulat, qu’il existe quelque chose après la mort, la question qui vient à l’esprit sera: comme accéder à une vie « meilleure » que celle que nous avons connue sur cette terre.

L’approche orientale (du moins en schématisant beaucoup) serait de dire que pour échapper au cycle des réincarnations qui est lié à ce que nous avons vécu de mauvais dans notre vie et que nous devons apprendre à éviter, il nous faut, avec l’aide d’un maître apprendre a vivre dans la compassion, la sagesse, et ne plus nous laisser habiter par nos désirs. Certains en sont déjà capables ici bas (on peut dire que la vie éternelle est déjà en eux), mais ils ont à apporter à leurs disciples la possibilité, de franchir la mort (qui est une sorte d’épreuve) et de quitter le cycle des retours; il s’agit donc d’une certaine manière apprendre à vivre autrement, apprendre à faire grandir en soi le divin, mais ceci n’étant pas une fin en soi. Le but étant de devenir éveillé à une autre réalité. Dans cette approche, il est question de ne pas reproduire le mal. La réincarnation peut être vu comme une punition mais aussi et surtout comme une possibilité de transformation et aussi comme la possibilité (pour les Eveillés, les Maîtres) de permettre à d’autres de s’ouvrir au Divin. Même s’il est demandé des efforts importants à l’être humain, celui ci quand il rencontre le « maître » est capable de devenir divin. En cela il y a une vision qui me semble très positive de l’humain.

L’approche occidentale (judéo chrétienne) part de la constatation que la vie sur cette terre est dure et qu’elle est punition d’une désobéissance. La désobéissance originelle a coupé l’humain de son créateur, mais aussi pour beaucoup du divin qui est en lui. Il s’agit donc d’avoir en soi en permanence cette notion de coupure (péché) et d’apprendre à vivre autrement. Jusque là ce ne serait pas difficile, si ne s’était pas rajouté la dessus la conception d’un Dieu qui comme tout Dieu a droit de vie et de mort sur sa création et avec lequel il faut se réconcilier. Comme l’homme n’en n’a pas la capacité, seul Jésus vrai Dieu et vrai homme devient le médiateur capable de réaliser cela et (et par don gratuit de son Père) l’homme retrouve « la vie éternelle »qu’il avait perdue. On est là face à une représentation de l’humain qui est somme toute très négative. Mais par le don de son Esprit, le divin investit peu à peu l’homme et lui permet de retrouver l’harmonie perdue et surtout la capacité d’Aimer.

Il y a donc chez les orientaux un apprentissage pour devenir un éveillé et quitter cette terre et chez les européens au sens large, une lutte contre le péché pour accéder dans l’au delà à la vie auprès de Dieu. Etre éveillé ce serait percevoir le divin d’abord pour de très courtes durées puis de manière de plus en plus permanente. Chez les occidentaux une lutte permanente entre le bon et le mauvais, un dualisme permanent : du fait de son corps l’homme est tiré vers l’animal alors qu’il a été crée pour être à l’image de son créateur.

Et ce qui différencie le christianisme du bouddhisme c’est le péché et avec le péché une représentation de l’homme comme un minable, incapable de faire la moindre bonne action. Une des phrases répétées dans les oraisons de la messe n’est elle pas : « sans Toi notre vie tombe en ruine ». L’animal est capable de faire des choses pour ses petits, de se sacrifier pour que eux vivent. L’homme n’en serait il pas capable simplement parce qu’il est un être vivant ?

Le message de Jésus est un message de vie. Quand Il nous dit : « Moi je le ressusciterai au dernier jour », cela peut s’entendre comme : Moi qui suis la Vie, le Vivant, je donnerai cette vie qui est en moi, sans pour autant m’affaiblir ou me perdre, pour que tous soient remplis de cette vie.

Je crois que supporte de plus en plus mal la supposée relation entre l’homme « pécheur, capable de toutes les vilenies » et Dieu tout bon tout parfait que la bassesse de sa créature insupporte au point de vouloir la supprimer.

Est ce que Jésus a donné sa vie pour nous « réconcilier avec son papa « ou pour nous permettre d’accéder à notre autre dimension, celle de créature à l‘image et à la ressemblance ?

En nous, il y a le désir d’être aimé mais aussi le désir d’aimer, de donner de l’amour et je pense que cela c’est la caractéristique de l’humain, je veux dire que cela nous appartient (comme cela appartient aussi à certains animaux). Je veux dire qu’il y a du bon qui nous caractérise et du mauvais, mais que le bon c’est nous aussi. Pour moi, il y a un Dieu plein d’amour qui désire le partager et il y a un humain qui désire non moins fortement être aimé, parce que cela c’est justement sa marque de fabrique, et c’est la conjonction de ces deux désirs qui crée la relation, qui fabrique du divin en l’homme et qui a permis l’incarnation.
Or le péché c’est quoi ? C’est cette glaise qui est en nous par constitution, c’est cette animalité qui fait que nous convoitons ce que possède l’autre. C’est cette possibilité d’aller jusqu’au meurtre pour nous approprier ce que nous imaginons ne pas avoir, ce qui nous fait défaut. En chacun de nous il y a une pulsion de mort et une pulsion de vie. Notre pulsion de vie est bien fragile, bien menacée par nos désirs de mort. Ce mal qui est en nous, il est constitutif de ce que nous sommes. Il est un moteur, que nous le voulions ou non. Chaque fois qu’il nous coupe des autres, de la compassion, de la sagesse, de l’amour, il ne nous permet pas d’être vivants. On peut dire que cette mort à nous même qui est une sorte de refus du divin qui est en nous est ce qui nous coupe de notre accomplissement.

Quand Paul dit « laissez vous réconcilier avec Dieu » que dit il réellement ? Dit il que Dieu s’était détourné de sa créature et la laissait dans son caca, jusqu’à ce que cette créature reconstruite en son fils lui plaise suffisamment et qu’Il renonce alors à la détruire (où à la punir en la mettant dans des situations de vie très difficiles) ou bien dit il que désormais par l’envoi de l’Esprit Saint, il est possible à tout homme d’entrer en relation avec Dieu et d’être un Vivant ?

Ce que Jésus nous donne c’est la capacité, peu à peu de devenir des hommes à son image, c’est à dire des êtres capables d’aimer et éventuellement de donner notre vie, non pas pour être des héros, parce que nous n’en sommes pas capables, mais parce que nous sommes appelés à être des passeurs de vie. Jésus nous éveille à une autre vie, qui est peut être celle que recherchent aussi les orientaux. Simplement l’Eveil n’est pas un but, c’est le moyen d’être en relation avec les autres, avec nous-mêmes et avec Dieu (quelque soit le nom qu’on lui fasse porter).

dimanche, juillet 04, 2010

"Une agression"

Une de mes amies vient d'être agressée en entrant dans le local aux poubelles. Il y avait deux personnes qui étaient là et avant même qu’elle ait pu faire quoique ce soit, elle a reçu un coup dans le genou tandis que l’autre s’attaquait à son visage avec un cutter en disant: « ça c’est pour que n’ouvre pas ta gueule ». Ce qui voulait certainement dire, si tu vas voir les flics, je te tue. On peut imaginer le traumatisme généré par cette agression et la question taraudante: « pourquoi moi, qu’est ce que je leur ai fait ? »

On pourra dire que mon amie s’est trouvée là au mauvais moment, mais pourquoi s’attaquer à quelqu’un qui vient juste pour vider sa poubelle. Pourquoi cette atteinte à l’intégrité corporelle ? Car la marque ne s s'effacera pas comme cela avec un coup de gomme. Il y a eu du sang, il y a eu de la douleur et cela est volontaire.

Il m’est venu l’idée que celui qui a provoqué la blessure au visage a voulu montrer à l'autre ce qu’il était capable de faire, que le caïd c’était lui et qu’il était le plus fort parce que le plus violent. Je veux dire que mon amie là-dedans elle n’était qu’un objet (ce qui en soi est abominable) qui permettait à l’un des deux de montrer sa force et sa supériorité. Il devenait digne de respect, puisque je crois que ce mot là est très important dans les bandes. Pour se faire respecter on devient capable de tuer. Est ce cela être humain ? Est cela être digne de respect ?

Cette agression me renvoie directement à la question du mal, car ce qui s’est passé là, c’est mal, c’est le Mal. Et de ce mal je me suis sentie partie prenante, car si ce mal existe qu’est ce que je fais pour l’empêcher ? Je le constate, j’en suis affligée, je suis en colère, mais d’une certaine manière j’y participe. Et quand je dis la prière du cœur qui se termine par aie pitié de moi, pécheur, oui pécheur je le suis par la connivence, par le silence, bref, je le porte ce mal. Comment en sortir, comment en être délivré ? Est ce possible dans notre ici et maintenant ou est ce une utopie ?

Ce qui m’a alors frappée, c’est que la dernière demande de la prière donnée par Jésus c’est « délivre nous du mal » et si c’est la dernière demande c’est peut être que c’est la plus importante ; je peux d’ailleurs noter que contrairement aux psaumes il n’est nullement question dans cette prière au Père, de vengeance et de justice.

Délivre nous du mal c’est nous faire passer du monde de l’esclavage de la violence, de la négation de l’autre à un autre monde. Jadis Dieu a fait sortir son peuple de l’esclavage des égyptiens « à main forte et à bras étendus », mais au prix de la mort des premiers nés. Aujourd’hui la sortie, la délivrance se fait par la mort de son Fils, mais même si le salut est donné, il encore en espérance, car le mal reste là, avec son poids, son univers, son royaume.

Pour une fois, je désire profondément que le règne de Dieu arrive, et que la mort de ce monde advienne pour qu’un autre monde arrive, un monde où je ne serais plus complice du mal.

Que mon amie si elle lit ce billet sache à quel point cette agression m’atteint et combien j’aimerai que cela ne soit jamais arrivé.

mardi, juin 29, 2010

Moi dit Dieu, je suis un Dieu qui apprend


Moi dit Dieu, je suis un Dieu qui apprend.

Quand j’ai créé l’homme j’ai mis en lui du minéral parce que le minéral c’est la durée, l’éternité, j’ai mis du végétal, parce que le végétal c’est la beauté, c’est l’abondance, j’ai mis de l’animal parce que c’est la souplesse, c’est la capacité à travailler ensemble, et j’ai mis de l’Amour qui est en moi, parce que cela c’est ma marque à moi.

Je lui avais donné juste une seule règle, parce que je savais bien que même à mon image et à ma ressemblance il n’était pas armé pour savoir ce qu’est le bon et le mauvais et que décider de ce qui est bien et mal, c’est trop difficile. Bien sur je comptais le lui apprendre mais je savais que certaines décisions conduisent à la mort et cela je ne le voulais pas. Je voulais qu’il prenne le temps, je voulais qu’il me laisse être le maître puisque je le suis.

Seulement je ne savais pas que le minéral cela donnait la dureté du cœur, que le végétal cela donnait l’insatisfaction permanente de l’éphémère, que l’animal cela donnait la cruauté, le désir de vaincre l’autre, de lui prendre son territoire, et tout ce qui lui appartient pour le dévorer, et même l’amour que j’avais mis je ne savais pas qu’il allait donner la jalousie, l’envie, la destruction.

Alors j’ai du me rendre à l’évidence, il voulait prendre ma place, il voulait être Moi. Alors j’ai dû le mettre ailleurs, le mettre dehors en espérant qu’il comprendrait, qu’il apprendrait.

Maintenant je dois reconnaître que la planète sur laquelle il se trouve n’est pas une planète facile et que pour vivre, voire survivre, il a bien dû se servir de la partie animale de lui-même, mais j’ai quand même mis en lui mon amour.

Et j’ai dû au fil des siècles en constatant qu’il ne changeait pas beaucoup trouver des moyens pour qu’il laisse grandir en lui l’amour, pour qu’il devienne pleinement humain, à mon image et à ma ressemblance.

Je suis un Dieu inventif, ce qui est normal pour un créateur, je suis un Dieu qui apprend, je suis un Dieu qui cherche.

Au début, je l’ai laissé agir à sa guise et je me suis rendu compte que le meurtre était pour lui normal. Qu’il voulait dominer et aussi faire comme si Je n’existais pas. Alors cet humain, celui qui était cette partie de moi qui ne se laissait pas concilier, dans un mouvement de colère j’ai eu envie de la détruire, mais comme j’avais créé une très belle terre, je ne voulais pas qu’elle soit vide alors j’ai laissé la vie à un homme Noé. Et après avoir nettoyé la terre de cette vermine, j’ai décidé de donner des règles pour que la vie en société soit possible, puisque l’homme n’était pas capable de s’en donner lui même .

Mais ça n’a pas été magnifique comme résultat. Alors j’ai voulu faire autre chose. J’ai choisi un homme Abraham et comme j’avais compris que ce qui motive l’humain c’est son désir de perdurer et d’avoir une terre à lui (peut être pour y reposer après sa mort et pour la transmettre à ses enfants), j’ai pris cet homme dont la femme ne lui avait pas donné de descendance et je lui ai promis s’il faisait alliance avec moi, c’est à dire s’il tenait compte de Moi dans sa vie, de lui donner des fils et une terre.
Je lui ai aussi fait comprendre que le Mal je l’avais en horreur et que parfois je devais faire des gestes cruels pour l’éradiquer. C’est ce que j’ai fait à Sodome.

Je me suis alors rendu compte que pour l’humain, chaque fois qu’il y avait un catastrophe, il se l’expliquait comme une vengeance de ma part. Il se demandait ce qu’il avait bien pu faire pour que je cesse de le protéger, et il s’imaginait que le seul moyen de retrouver ma protection était de faire amende honorable mais aussi de m’offrir des sacrifices.

Il a commencé à croire que j’étais un Dieu de colère et de vengeance et qu’il fallait pour se réconcilier avec Moi, m’offrir plein de choses; Moi je ne demandais qu’une seule chose, qu’il tourne son cœur vers Moi et qu’il change. Mais offrir un sacrifice c’est bien plus facile que de changer son cœur. Changer son cœur ils appellent cela la conversion. Changer son cœur c’est faire de la place à l’amour, c’est me regarder Moi, c’est se demander ce que Moi j’attends, c’est aussi se demander ce que les autres attendent.

En fait mon idée, c’était de me créer un peuple qui aurait de Moi une autre conception que celle que les autres peuples avaient du divin et qui peu à peu me révéleraient au monde.

L’histoire de ce peuple vous la connaissez, elle est écrite dans ce que vous appeler la Bible. C’est une histoire avec des bas et des hauts. La difficulté c’est l’intelligence de l’homme, elle aussi est en devenir et que des interprétations erronées ont été faites de ma manière d’agir. Ils ont pensé que j’étais comme eux, que c’était moi qui étais à leur image et non eux à la mienne.
Ils se sont créés une espèce de chape qu’ils ont appelé le péché. Et ils ont imaginé que tout manquement provoquait ma colère et que ma colère provoquait des catastrophes. Alors je suis rentré dans leur jeu et c’est pour cela que je dis que je suis un Dieu qui apprend. J’ai provoqué des catastrophes telles que l’exil pour qu’ils comprennent qu'on ne joue pas avec Moi, qu'ils réfléchissent, qu'ils pensent autrement, et qu'ils découvrent surtout que si Je les puisque je les ai ramenés dans leur terre, c'est que c’est leur vie que je désire .

Pour leur faire comprendre une fois pour toutes que ce qui m’importait c’était non pas la réconciliation mais une sorte de conciliation entre eux et moi, car ils sont partie de moi, j’ai dû envoyer Jésus. Peut être que là ils comprendraient enfin qu’un Père c’est celui qui donne la vie, mais aussi celui qui accepte que son propre fils se meure d’amour.

Et pour faire pleine mesure je leur ai donné mon esprit pour qu’ils rentrent dans ma Joie de créateur, mais là encore ce n’a pas suffi. Ils continuent à vouloir se réconcilier avec moi, alors que ce que je désire c’est juste leur Amour ; Quand donc apprendront ils que Je ne suis pas celui qu’ils veulent que je sois, mais que Je suis celui qui Suis ?

mardi, juin 08, 2010

"souffle"

Le souffle.

Il y a fort longtemps, j’ai suivi des cours de gym douce avec une animatrice que j’aimais beaucoup. Elle terminait toujours par un temps de relaxation et il m’arrive encore d’entendre en moi le son de sa voix.

Elle nous avait proposé une fois de nous représenter tout ce qui pouvait faire mal dans notre corps sous forme de fumée et de l’envoyer très loin à l’extérieur. Ceci en soit est très libérateur, mais j’ai eu du mal avec cet exercice car une partie de moi craignait que cette fumée ne puisse faire du mal à d’autres. Il aurait fallu je pense que je puisse me représenter la dissolution de la fumée pour que je puisse pleinement utiliser cette image et lâcher totalement ces « toxines ».

Si moi je suis libérée, je peux alors être d’avantage en phase avec l’autre. Aujourd’hui j’en suis convaincue, à l’époque je ne l’étais pas .

Quand j’ai vécu la radiothérapie du cancer, je pouvais me représenter le mauvais des rayons qui partait dans un arbre qui lui changeait ce mauvais en bon, puisque les arbres sont des dépolluants merveilleux. Par contre vu la taille de l’arbre qui était chargé de faire ce travail, là je ne me suis pas posé de questions sur l’impact que ce mal pouvait lui faire. Progrès certain…

Mais il n’en demeure pas moins que si au moment de l’inspiration, je peux prendre l’énergie subtile qui est contenue dans l’air avec l’oxygène dont j’ai besoin pour vivre, l’expiration me renvoyait à l’émission du gaz carbonique qui est mauvais et cette représentation chimique ne me permettait pas d’utiliser l’énergie reçue à l’inspiration à cause de cette pollution. Le cycle inspirer pour recevoir et expirer pour donner m’était très difficile.

Puis quelque chose s’est comme ouvert en moi, l’énergie que je prenais à l’inspiration il n’y a aucune raison pour qu’elle se dégrade, s’abîme, car c’est autre chose que la chimie de la respiration.

C’est bien lorsque l’on souffle dans les poumons de quelqu’un qui ne respire plus que l’on peut faire parfois redémarrer le rythme respiratoire, ce qui montre bien qu’il y a une force du souffle .

L’expiration permet aussi de chanter, de parler de jouer de la flûte (je choisis cet instrument car il est plus directement lié au souffle).

Il y a bien une force dans le souffle et ce n’est pas pour rien que dans la genèse il est écrit : Gn 2,7 « Il insuffla dans ses narines l'haleine de vie, et l'homme devint un être vivant ».

Je ne sais pas ce qu’est la respiration de Dieu, mais il me semble que la respiration est un acte unique. Qu’il soit composé de deux temps oui, qu’il soit intéressant à certains moments de les dissocier, de les amplifier, de les canaliser oui, mais à condition de ne pas oublier que c’est un acte qui est en fait comme un cycle. C’est un mouvement et pour ma part j’aime pouvoir me le représenter comme circulaire.

Ne plus être parasitée par la représentation du souffle »mauvais » dont il faudrait protéger l’autre, me permet de rentrer dans une autre dynamique qui est finalement celle du Un ou du tout et de sortir un peu de la dissociation, voir de l’analyse. La perception du global n’est pas chose aisée car nous avons été formé à l’analyse.

Le Global c’est peut être comme cela que Dieu nous voit, dans notre passé, notre présent et notre avenir. La Trinité c’est une approche, mais comme la respiration il peut être important de ne pas rentrer trop dans l’analyse et la dissociation et je pense que le rôle de l’Esprit est justement de nous faire entrer dans cette unicité.

lundi, juin 07, 2010

Fécondation, fécondité.




Quand on lit la parabole du semeur Lc8,4-15, on peut penser que le semeur est un peu fou. Quelle drôle d'idée que de jeter le blé là où on est à peu près sur qu'il ne germera pas.

Et pourtant si justement c'était cela l'important? Le voeu du semeur n'est il pas de féconder ou d'essayer de féconder le maximum de territoires? Jeter la graine là où on sait qu'il va y avoir de rendement c'est normal. La jeter en prenant un risque que justement ça soit fécondé, alors que a priori c'est un peu fou, et cela revient à gaspiller du grain n'est ce pas complètement différent? Et si par hasard il se passait quelque chose?
Car celui qui sème ce n'est pas n'importe qui. C'est celui qui dit :Es 55:11 "ainsi en est-il de la parole qui sort de ma bouche, elle ne revient pas vers moi sans effet, sans avoir accompli ce que j'ai voulu et réalisé l'objet de sa mission."

La parole est comme jetée aux quatre vents pour tout féconder.

Parfois la fécondation se fait, parfois elle ne se fait pas.

Parfois elle se fait, mais elle ne va pas à son terme.

Parfois elle se fait et elle porte du fruit, des fruits.

La fécondation c'est comme le temps premier. Je pense que chaque fois que nous demandons le "don" de l'Esprit Saint c'est cela que nous demandons:êtrefécondé.

Je ne pense pas qu'il s'agisse de ressentir quoique ce soit, mais la promesse a été faire par Jésus. L'esprit Saint sera donné à ceux qui le demanderont.

La fécondation c'est d'une certaine manière une histoire de foi, de confiance.

Parfois les fruits sont là tout de suite, parfois la maturation est longue. Pour que certains arbres donnent du fruit il faut du temps, mais cela ne veut pas dire qu'ils soient stériles même si nous ne voyons pas les fruits. Je veux dire que parfois il nous faut de la patience et que la patience elle même est un fruit du don de l'Esprit.

Puis il peut y avoir le temps de l'attente (Pour faire un homme mon Dieu que c'est long dit la chanson). Mais ça ne porte pas du fruit à tous les coups ( ou nous ne voyons pas avec nos yeux les fruits que cela a porté).

La nature est dans l'abondance, la fécondation est omniprésente, mais cela ne veut pas dire que tout ce qui a été fécondé arrive à son terme.

Je crois que nous sommes tous appelés à la fécondité spirituelle, parce qu'elle est le fruit de notre relation avec Dieu. simplement il nous faut encore et encore ne pas oublier de demander cette fécondation, car à chaque âge de la vie
la fécondation de fait d'une manière différente.

jeudi, mai 27, 2010

" L'homme dont les démons étaient sortis" Lc 8, 27-39



Il s'agit là d'une réflexion tout à fait inattendue qui m'est venue sur le possédé Gergésénien.

Cet homme est un peu le prototype de tous ces êtres qui font du mal, qui détruisent, qui abiment leurs semblables. Comment leur pardonner quand on a été leur victime? Est ce possible de pardonner quand quelqu'un vous a détruit?

Je ne peux pas répondre à cette question, mais si j'admet que cette personne s'est laissée posséder par le mal (ce que l'évangile appelle le ou les démons) et j'emploie la forme passive exprès, car là il y a toujours un choix possible, alors il est possible de souhaiter sa délivrance et de demander que ce démon sorte de lui et qu'il redevienne l' homme qu'il aurait du être.

Ce n'est pas du pardon c'est autre chose. Je ne dis pas que c'est à la victime de demander cela, mais cela peut être le travail des amis de la personne qui a souffert.

C'est un texte que j'ai toujours aimé, car c'est une série de tableaux que l'on peut se représenter facilement, ainsi que les réactions des protagonistes. J'imagine la tête des gardiens de troupeaux quand ils ont vu tous les porcs sauter dans l'eau et je comprends parfaitement la réaction des habitants qui demandent à Jésus de quitter les lieux. Certes il a sauvé un homme, mais il en a ruiné d'autres.

Je cite le texte pour plus de commodités (traduction de la TOB).


26 Ils abordèrent au pays des Gergéséniens qui est en face de la Galilée. 27 Comme il descendait à terre, vint à sa rencontre un homme de la ville qui avait des démons. Depuis longtemps il ne portait plus de vêtement et ne demeurait pas dans une maison, mais dans les tombeaux.



Cet homme là est un homme qui fait peur, il a des accès de violence, il est asocial, et il n'est pas civilisé (ne pas porter de vêtements le prouve). Or aujourd'hui, nous pouvons connaître des personnes qui correspondent à cet homme là. Certes ils ne résident plus dans les cimetières, mais il y a en eux une composante de violence et quand ils sont pris par leur violence, rien ne peut les contrôler (on le liait, pour le garder, avec des chaînes et des entraves; mais il brisait ses liens). Ils ne se contrôlent pas, ils détruisent et qui plus est ils y trouvent du plaisir.

28 A la vue de Jésus, il se jeta à ses pieds en poussant des cris et dit d'une voix forte : « Que me veux-tu, Jésus, Fils du Dieu Très-Haut ? Je t'en prie, ne me tourmente pas. » 29 Jésus ordonnait en effet à l'esprit impur de sortir de cet homme. Car bien des fois il s'était emparé de lui ; on le liait, pour le garder, avec des chaînes et des entraves ; mais il brisait ses liens et il était poussé par le démon vers les lieux déserts.


En d'autre termes,il y a en cet homme (qui pousse des cris comme les cochons) mais qui parle d'une voix forte une composante qui fait qu'il ne veut absolument pas changer, qu'il est très bien dans sa violence. Sa force le rassure quant à son identité. Il est le plus fort. C'est Jésus qui agit et qui décide de faire quelque chose.Cet homme abject, il le prend en pitié.

30 Jésus l'interrogea : « Quel est ton nom ? » — « Légion », répondit-il, car de nombreux démons étaient entrés en lui. 31 Et ils le suppliaient de ne pas leur ordonner de s'en aller dans l'abîme.


32 Or il y avait là un troupeau considérable de porcs en train de paître dans la montagne. Les démons supplièrent Jésus de leur permettre d'entrer dans ces porcs. Il le leur permit. 33 Les démons sortirent de l'homme, ils entrèrent dans les porcs, et le troupeau se précipita du haut de l'escarpement dans le lac et s'y noya.

34 A la vue de ce qui était arrivé, les gardiens prirent la fuite et rapportèrent la chose dans la ville et dans les hameaux
.

Comme je l'ai dit, se représenter les scènes successives est assez facile. Pauvres cochons. Enfin mourir noyé ou mourir égorgé quelle différence.

35 Les gens s'en vinrent pour voir ce qui s'était passé. Ils arrivèrent auprès de Jésus et trouvèrent, assis à ses pieds, l'homme dont les démons étaient sortis, qui était vêtu et dans son bon sens, et ils furent saisis de crainte.

Ce miracle là, il est certain que les victimes l'ont désiré de tout leur être, de tout le coeur, mais qu'il n'est pas advenu et qu'elles sont encore poursuivies par des images où elles sont la proie d'un homme fou, d'un homme démoniaque, d'un homme destructeur.

L'homme dans cette histoire n'a rien demandé. Jésus a agi parce que cette non humanité pour Lui qui est l'humain dans sa plénitude est est insupportable.

36 Ceux qui avaient vu leur rapportèrent comment celui qui était démoniaque avait été sauvé.
37 Alors, toute la population de la région des Gergéséniens demanda à Jésus de s'éloigner d'eux, car ils étaient en proie à une grande crainte ; et lui monta en barque et s'en retourna.

Là d'un point de vue logique, on (je) voit mal comment les choses se nouent. Si Jésus part comme on le lui demande, et qui plus est s'écarte en barque, comment l'homme peut il demander à être avec lui?

38 L'homme dont les démons étaient sortis le sollicitait ; il demandait à être avec lui. Mais Jésus le renvoya en disant : 39 « Retourne dans ta maison et raconte tout ce que Dieu a fait pour toi. » Et l'homme s'en alla, proclamant par toute la ville tout ce que Jésus avait fait pour lui.

Peut-être que ceci montre que l'homme guéri, sauvé de sa possession désire vivre avec celui qui lui a rendu son humanité, mais cela reviendrait à fuir son milieu originaire, sa maison, ce milieu où on le connait et où on sait ce qu'il a fait. Peut être a- t-il des choses à réparer et peut-être est-ce pour cette raison que Jésus ne le prend pas avec Lui. Proclamer ce que Jésus a fait pour lui revient bien à reconnaître ce qu'il a fait au paravant.

L'inattendu pour moi, a été de me dire, que cette dépossession je pouvais moi, humblement, petitement, mais certaine de la puissance de Jésus la demander pour ces personnes dont je sais qu'elles ont été des abuseurs, pour ces personnes que je déteste profondément et qui me font horreur.

Pour moi qui parfois accompagne des personnes meurtries, cassées par ces violences subies et qui demeurent inscrites dans le corps et dans le quotidien, il m'est possible de demander à Jésus qu'Il continue à chasser ces démons.

Peut-être que ce changement de regard est pour moi aujourd'hui une sorte d'appel, qui me permet de ne pas rester totalement dans le rejet. Car comme le démon de l'enfant épileptique, ces démons là ne se chassent que par le jeune et la prière et par la force de l'Esprit Saint.Encore faut il oser le demander.

dimanche, mai 16, 2010

« Il se sépara d’eux » Lc 24 ,51





« Tandis qu'il les bénissait, il se sépara d'eux et fut emporté au ciel »

Je n’avais prêté attention à cette phrase qui clôt l’évangile de Luc. Le verbe « se séparer » est très fort. J’avais juste fait le parallélisme avec le départ de l’ange Raphaël dans le livre de Tobie Tb12,20 « Voici que je remonte vers celui qui m'a envoyé. Mettez par écrit tout ce qui vous est arrivé. » Et il s'éleva. 21 Ils se redressèrent, mais ils ne pouvaient plus le voir. 22 Ils bénissaient et chantaient Dieu, et le célébraient pour toutes les grandes œuvres qu'il avait faites: un ange de Dieu leur était apparu ! »

Ce verbe « se séparer »évoque pour moi la tête de la fusée qui doit mettre un satellite sur orbite. Désormais elle vit sa vie et n’a plus aucun lien possible avec la fusée porteuse. D’une certaine manière l’Ascension est l’entrée dans un autre temps.




Après la résurrection on est dans le temps des apparitions. Comment les disciple sont ils vécu cela ? Tantôt il est question de peur, de frayeur, tantôt de joie. Ce qui est certain c’est que le corps du Ressuscité est radicalement différent de ce qu’il avait été. Si Thomas voit les plaies, les disciples d’Emmaüs ne les voient pas, pourtant celles des pieds auraient du être bien visibles. Le début des Actes des Apôtres fait mention d’une période de 40 jours durant lesquels Jésus s’était montré vivant : Actes 1:3 « C'est à eux qu'il s'était présenté vivant après sa passion : ils en avaient eu plus d'une preuve alors que, pendant quarante jours, il s'était fait voir d'eux et les avait entretenus du Règne de Dieu ».

Je sais bien que ces 40 jours ont une portée symbolique, qu’ils renvoient aux 40 jours de l’exode, aux quarante jours de la tentation, mais ne peut –on pas imaginer que ces quarante jours ont été aussi pour Jésus une sorte de temps de préparation. Peut-être a t il eu besoin de ce temps pour pouvoir réellement se séparer de ces hommes qui l’ont quand même porté et qui étaient son corps.

La résurrection est une chose, l’Ascension en est un autre. Elle signifie que l’homme Jésus n’est plus là, qu’Il a pris d’une certaine manière son envol, qu’Il est devenu pleinement Fils et pleinement Dieu. Seul le don de l’Esprit pouvait permettre aux disciples et à nous par la suite d’accepter cette transformation et cette distance. Là où Il est, nous ne pouvons venir, mais nous savons qu’Il nous a préparé une place ce qui est déjà beaucoup. Il fut un temps où la célébration de l’Ascension et de la Pentecôte se faisait le même jour et au fond de moi, je trouve que c’était une très bonne chose.

samedi, mai 08, 2010

Jn16,7 "il est bon pour vous que je m'en aille"

«Tu me manques » .
« Il est bon pour vous que je parte »Jn 16,7

Je fais partie d’une génération où certes on se disait que l’on s’aimait mais pas tout le temps ni à tout bout de champ. Il y avait aussi une grande différence entre « je t’aime bien, je t’aime beaucoup et je t’aime » le « je t’aime » ne se disant que entre mari et femme ou parents et enfants. Les séparations enfants parents étaient valorisées : cela va te faire grandir, tu vas découvrir des choses nouvelles, je suis heureux que tu ailles à l’école, ceci pour dire que personne ne m’a jamais dit « tu me manques ou tu m’as manquée » quand je quittais ma mère pour passer mes vacances avec mon père, puisqu’ils étaient divorcés. Peut-être que j’appartiens à une génération qui n’a pas appris à exprimer ses sentiments (ce qui ne veut pas dire qu’elle n’en a pas), mais il me semble qu’il y a une sorte surenchère de ces deux phrases : je t’aime et tu me manques.

Bien sûr c’est une phrase que j’emploie quand ceux que j’aime sont loin de moi, quand je souffre de leur absence, mais je ne m’en sers pas comme une banalité. Il y a des absences qui me sont douloureuses, mais je crois que l’absence est quelque chose qui peut être positif. Et puis aujourd’hui, il y a tellement de moyens de ne pas être en rupture totale de relation comme c’était le cas autrefois, où seules les lettres (qui mettaient parfois beaucoup de temps pour atteindre leur destinataire) permettaient de savoir ce que devenait et ce que vivait l’absent. Je me demande si cette pléthore de moyens de communication rend plus difficile l’expérience du manque, expérience qui est indispensable pour ne pas demeurer dans la fusion, voir la confusion avec l’autre).

J’ai l’impression que cette phrase est comme un moyen de rassurer celui qui s’en va à savoir, ne t’inquiète pas, je ne t’oublies pas (comme si on pouvait oublier ceux que nous aimons) et la phrase « je t’aime » que l’on entend aussi beaucoup maintenant a le même rôle. Comme si on pouvait cesser d'aimer comme cela, simplement parce que l'autre n'est plus dans son champ visuel. Comme si nous n'avions pas d'images intériorisées, comme si nous ne vivions que dans l'immédiat, le présent.

La première fois que cette petite phrase m’a été dite, c’était ma tante américaine, qui la prononçait, et cela m’avait beaucoup étonnée, car ne la voyant que très occasionnellement je ne pensais pas - non pas qu’elle ne tenait pas à moi puisque j’étais sa nièce-, mais qu’elle pouvait ressentir ma non présence comme un manque. En même temps je dois reconnaître que cela m’a fait plaisir, car c’est important de savoir que l’on a de l’importance pour quelqu’un.

Je sais bien que c’est devenu une formule banale, mais les formules banales, je ne suis pas sûre de les aimer, surtout quand finalement elles créent une sorte de culpabilisation. Dire à un enfant qui part en vacances : « tu me manques » est un bon moyen pour lui casser son plaisir de partir, de voir d’autres personnes, d’explorer le monde.

Il me semble que cette phrase si banale si anodine, fait de l’autre une sorte d’objet une sorte de doudou et cela me dérange. Cette phrase c’est un peu comme le téléphone portable des adolescents, cet objet transitionnel dont ils ne peuvent se passer et qui remplace d’une certaine manière le doudou de leur enfance. Certes c’est une phrase gentille, mais elle renvoie à la perte, alors qu’une séparation n’est pas forcément abandon.

Elle fait de l’absence quelque chose de nocif, car le manque renvoie à la perte, à la souffrance. A t on le droit de faire du mal à l’autre ? A t on le droit de partir, de vivre simplement ce que l’on a vivre, si cela doit être difficile pour l’autre ?

Après tout c’est bien l’absence de la mère qui permet au petit enfant de se structurer, de se créer éventuellement son doudou pour faire « comme si », et d’accéder au symbolique.

Employer cette phrase c’est une manière de dire, je t’aime. Mais dire je t’aime ou dire tu me manques c’est très différent.

Employer cette expression pour un oui et pour un non, je dois reconnaître que cela m’insupporte, me met mal à l’aise et d’une certaine manière me culpabilise et je pense que culpabiliser n’est pas une bonne chose. Je peux parfaitement comprendre que je vais manquer à quelqu’un avec qui j’ai une relation suivie, mais même si c’est moi qui prends l’initiative de partir en vacances, même si la relation avec l’autre risque aussi de me manquer, je crois qu’il est bon de bouger, de ne pas rester dans le statique, surtout que aujourd’hui, les moyens de communications permettent de rester dans une certaine relation. Bien entendu le virtuel ne remplacera jamais le réel, mais il existe.

Cette petite phrase « tu me manques » ; est omniprésente dans toutes les séries américaines. Elle peut s’ajouter à une autre phrase très utilisée : « je sais ce que tu ressens », comme si ressentir ce que vit l’autre était possible ?

Quand elle s’utilise au présent : « tu me manques », je la ressens comme assez culpabilisante, « toi tu fais quelque chose où je n’ai pas ma place, tu m’oublies, je ne compte pas pour toi, et ce n’est pas bon ». Je perds le contact avec toi, je n’ai plus d’images ou de représentations de toi, tu m’abandonnes. Ou encore : que vais-je devenir sans toi ? Or quand on n’a pas vécu dans la réalité des abandons, lorsqu’on a eu de parents suffisamment présents, dire cela revient presque à annuler la capacité de se représenter l’autre absent et aussi de pouvoir exister sans lui (voir un article ancien de D.W Winnicott : la capacité d’être seul, capacité qui se met en place à partir de la première année de vie). Peut-être faudrait il dire ce qui est très différent, je suis triste (ou je vais être attristé) par ton absence, mais mettre l’affect en mot est très différent de se centrer sur l’agir. Ceci l’affect « normal » peut être la tristesse, mais il peut aussi renvoyer à la colère voire à la haine : tu n’as pas le droit de m’abandonner, je te déteste.

Quand elle employée au futur, par exemple quand on doit quitter quelqu’un avec qui on a passé un bout de temps, (« tu me manqueras ou vous me manquerez ») elle peut s’entendre un peu comme formule de politesse (le temps passé avec vous a été agréable et je penserai à vous avec regret). Là encore l’affect renvoie à une tristesse affectueuse. J’ai passé un bon moment avec vous, j’ai appris à vous connaître, je ne vous oublierais pas et je penserai avec vous comme à quelqu’un d’important pour moi. La place que vous avez prise ne sera prise par personne d’autre, vous êtes unique.

Enfin quand on l’emploie au passé composé, c’est plus ambigu. Cela peut s’entendre comme un reproche : le temps passé sans toi a été dur à vivre, ton souvenir était omniprésent, mais toi tu n’étais pas là,… Si on revient à l’affect, il y a toujours de la tristesse, mais aussi le besoin de réassurer l’autre. J’ai eu du mal à vivre sans toi, j’ai perdu mon appui (toi) et je ne sais pas comment j’ai fait pour m’en sortir. Tu n’aurais peut-être pas du me laisser.

Mais il y a aussi l’image de deux personnes qui veulent se rencontrer et qui passent l’une à côté de l’autre sans pouvoir se rencontrer. On a manqué l’autre comme on a manqué son train. Je t’ai manqué, je n’ai pas pu t’attraper, je t’ai loupée… Et là cela revient à dire que la relation n’a pas pu se faire et que peut être on en veut à l’autre de ne pas avoir été là alors qu’on l’attendait. Et l’affect peut être de la colère : tu n’as pas été capable de prendre le bon chemin pour être en relation avec moi (ou moi je n’ai pas su) donc on peut être en colère de cet échec, projeter la colère sur l’autre ou carrément se déprimer de la perte.

La vie fait que nous vivons avec des temps de présence et des temps d’absence, mais ces temps d’absence sont là pour que nous vivions autrement, que nous devenions ce que nous avons à devenir.

Je crois aussi que cette phrase est une sorte de phrase valise : on dit » tu me manques » alors qu’on pourrait dire, « j’aimerai que tu restes avec moi, mais je me réjouis que tu fasses autre chose de bon pour toi ».

J’ai vécu beaucoup de séparations durant mon enfance, je savais très bien que je manquais à ma mère, mais qu’elle arrivait à faire une vie remplie malgré tout, et elle me manquait aussi, mais j’ai appris à faire sans, ce qui ne veut pas dire que je l’oubliais.

Le manque est pour moi quelque chose qui permet la structuration, la mise en place de mécanismes psychiques importants. Il peut arriver que la présence physique n’empêche pas le manque : tout le monde connaît maintenant l’importance d’une dépression maternelle sur le petit enfant qui a pourtant les soins dont il a besoin. Dire « tu me manques » cela s’entend dans certains contexte, mais cette phrase a quand même quelque chose de culpabilisant. Si tu n’es pas avec moi physiquement c’est que tu as quelque chose de mieux à faire, que je ne compte pas pour toi, or cela est faux. On peut être absent physiquement et porter l’autre dans son cœur.

Jésus n’est plus présent, et pourtant il a mis avant son départ des moyens de « se rendre présent ». Il y a le mémorial du jeudi saint, il y a l’envoi de l’Esprit Saint. S’Il a choisi de partir, c’est que justement le manque est important et nécessaire. Il permet aussi la foi. Quand Jésus dit : « il est bon pour vous que je parte », il a raison ; Il nous apprend à ne pas faire de lui notre objet, notre chose, notre petit dieu, bien à nous.

C’est parce qu’Il est parti que le don de l’Esprit a été fait à tous les hommes. Ce don d’une certaine manière rend présent l’absent. Désormais si nous le désirons, Il peut vivre en nous comme nous vivons en Lui et former une création nouvelle avec tous les autres qui vivent el Lui et par Lui.

vendredi, mai 07, 2010

"toumal"

Je suis toujours sensible au timbre de voix du célébrant et dernièrement, lorsque le prêtre a dit « délivre nous de tout mal et donne la paix à notre temps », cela a résonné comme s’il s’agissait d’un seul mot : « toumal » et naturellement je suis partie un peu ailleurs.

Entendre ce « toumal » m’a fait penser à un adulte handicapé dont l’une des phrases était : « j’ai du mal à être autonome » et que moi j’’entendais en un seul mot : « gdumal » ! En fait ce qu’il voulait dire c’est « c’est difficile pour moi de faire des choses qui montreraient que je suis autonome » alors ce toumal que représente t il pour moi ? Ma réponse première serait : délivre moi de tous les bobos de la vie, ce qui d’une certaine manière fait de Dieu une super bonne mère, mais est ce ainsi qu’il fonctionne ? Quelque part je dirai que c’est presque un vœux pieux, car Dieu n’est pas à mon service et s’Il peut faire que certains cailloux ne me fassent pas trébucher, il ne les enlève pas pour autant.

Il y a beaucoup de phrases que nous utilisons avec ce petit mot: ça fait mal, ça fait du mal, c’est mal... tu fais mal,. Il me semble que ce « mal » avec une minuscule qui s’oppose presque au Mal avec une majuscule que l’on entend sans le Notre Père (délivre nous du Mal), donc juste avant que le prêtre ne fasse cette demande que je cite en entier: « Délivre nous de tout mal et donne la paix à notre temps. Par ta miséricorde libère nous du péché, rassure nous devant les épreuves en cette vie où nous espérons le bonheur que tu promets et l’avènement de JC notre sauveur, car c’est à toi qu’appartiennent le règne la puissance et la gloire pour les siècles des siècles ».

Ceci dit, le fait que le règne la puissance et la gloire lui appartiennent ne fait pas de Lui, me semble n’avoir aucun lien avec les demandes précédentes, sauf de reconnaître que cela est en son pouvoir. Mais revenons à ma préoccupation première autour de ce mal/Mal.

C’est un peu comme s’il y avait un Mal qui renvoie à la tentation, au démon, au séparateur, et des maux qui sont notre lot commun. Or pourtant ce sont bien souvent ces maux qui mettent la zizanie entre Dieu et nous : je n’ai pas mérité ça, qu’est ce que j’ai fait au bon Dieu pour que, etc.

Et s’il nous délivre de cela en nous permettant de vivre dans la paix (qui n’est pas la paix donnée par son fils mais dans le calme, alors on revient au Dieu protection qui pour moi est un Dieu dont certes nous avons besoin, mais qui est un Dieu magicien et que n’est pas Dieu de relation qui est celui qui nous crée. Certes je crois que Dieu s’il le veut peut nous protéger du malheur, de la maladie, mais je ne crois pas que cela fonctionne comme cela.

Il est évident que si Dieu fait cela pour moi (ou pour nous les humains) nous devons le remercier et lui rendre grâce surtout si cela nous est donné au nom de son fils, mais l’important n’est il pas surtout la possibilité pour nous d’être en relation plutôt que d’utiliser Dieu comme un paratonnerre , ce qu’il ne fait que si cela peut justement contribuer à le faire reconnaître.

Il me semble que ce qui nous est donné c’est bien plus l’esprit saint que de vivre sans les aléas de la vie (et de la mort). Le « demandez et vous recevrez se termine par ; « Si donc vous, qui êtes mauvais, savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père céleste donnera-t-il l'Esprit Saint à ceux qui le lui demandent. » Lc 11, 13

Que nous rendions grâce à Dieu s’il nous délivre des maux de cette vie, certainement, mais il ne me semble pas que cela soit l’important. L’important c’est de laisser l’Esprit agir en nous car lui seul peut nous donner la force de vaincre le mal quelle que soit la forme sous laquelle il se manifeste.

jeudi, avril 29, 2010

Passé, présent futur...

Il s'agit en fait d'un billet en deux parties. la première correspond au titre donné, et la triade pour moi: "Croix, tabernacle, Avènement " est une aide qui me permet un certain cheminement spirituel personnel, et la seconde partie est une réflexion sur les icônes du Christ Pantocrator, images qui ne m'aident pas (ou difficilement) à entrer dans la contemplation.

Première partie: une expérience du Vendredi Saint 2010.

Je ne participe pas au traditionnel chemin de croix, mais j'ai gardé de ma vie étudiante l'habitude de passer du temps ce jour là dans une église, juste pour être là. Quand j'étais jeune je restais là de midi à trois heures, maintenant je reste un certain temps. Cette année, mon temps je l'ai passé en partie dans l'oratoire du prieuré bénédictin et dans l'église elle-même avec l'office de Sexte, ce qui permet d'être en communauté ce que je trouve important.

Cet oratoire est un lieu confortable, calme, souvent ensoleillé.




ll y a la croix de Saint François,



Si on regarde bien le dessin du linge qui couvre le bas du corps



on peut y voir une sorte d'homme les bras en croix qui est en train de monter et cela est pour moi une image de la résurrection qui est déjà en train de s'accomplir, même si cela est "invisible" pour nos yeux.



Une petite icône sur laquelle je reviendrai,






Un globe en verre à l'intérieur duquel se trouve une petite boule noire qui est le signe de la présence,




Une grande bible de Jérusalem.

J'y ai passé un certain temps ce vendredi saint, et il s'est fait pour moi ne sorte de synthèse entre les trois éléments suivants: la croix, le tabernacle et l'icône.

La croix c'est malgré tout un événement du passé, un événement fondateur du christianisme symbole de l'Amour donné et aussi accepté. Quand je regarde la croix, je suis amenée à me remémorer le passé, qui même s'il annonce la résurrection est quand même un moment de l'histoire.

Le tabernacle, c'est le présent. C'est mon aujourd'hui. Je ne suis pas dans la pleine lumière et la foi est nécessaire. Présence oui, mais présence cachée. Souvent je suis dans le noir.Il y a quand même sur le globe extérieur le reflet du monde extérieur et cela peut être pris comme un signe: apprendre à ouvrir les yeux, à regarder ce qui se réfléchit, apprendre à regarder autrement. Laisser vivre en soi le regard qui permet de voir autrement et de ce fait de sortir du noir.

Et pour cela il y a aussi cette bible, à même le sol qui est toujours ouverte, et qui est la Parole.

Le futur c'est l'icône de Jésus Pantocrator. La fin des temps, le temps du retour.

Je dois dire que parmi toutes les icônes du Christ Pantocrator, c'est une des plus belles car le regard n'y est (du moins pour moi) pas trop sévère. C'est le Christ en "majesté" celui qui doit venir un jour pour juger les vivants et les morts. Est ce que j'attends ce retour là? Je n'en suis pas certaine, mais c'est quand même un futur possible.




Alors passé, présent futur. Et cela d'une certaine manière je le retrouve dans beaucoup de lieux de culte, comme une sorte de trilogie, qui me permet d'entrer dans la Présence et certainement dans le mouvement de Pâques.

Deuxième partie: réflexions sur les icônes du Christ en majesté.

J'ai déjà dit que j'avais du mal avec ces icônes, comme si la spiritualité qui est sous jacente n'était pas du tout la mienne. La représentation de Jésus que j'ai, car comme tout à chacun j'en ai une ou même des (représentations) , renverrait à un un regard d'amour, un regard amoureux, un regard présent. Ce n'est pas tout ce que je ressens, mais le Christ des temps nouveaux sera t Il semblable au Jésus d'avant le résurrection? Cela n'est pas sûr, d'autant que après la résurrection les disciples ne le reconnaissaient pas. Quel sera le regard du Jésus assis à la droite du Père sur moi?

Pour les auteurs des ces icônes, il est certain que tout est fait pour porter l'attention sur ce regard. Je me suis rendue compte en regardant attentivement ces icônes, que ce qui est montré de la bouche est très étonnant. Du fait de la moustache, la bouche est est masquée en partie par la moustache et la barbe, et de ce fait semble beaucoup moins grande que l'oeil ce qui est contraire à la réalité. Pardonnez moi l'expression, mais on nous montre une bouche minuscule, en cul de poule, et on a bien du mal à imaginer des mots tels que "venez à moi vous qui êtes fatigués" puissent sortir de cette bouche.







Si on se base sur le suaire de Turin, on se rend compte que certes la bouche est charnue (voire sensuelle) mais qu'elle n'est pas si petite que cela. Je pense qu'il s'agit certainement d'un artifice pour centrer sur le haut du visage, mais il n'en demeure pas moins que la bouche de jésus dans ces représentations est comme minimisée, ce qui pour celui qui est la parole vivante me dérange considérablement;

Je ne sais pas si c'est pour cela que j'ai tant de mal avec ces icônes qui souvent je trouve presque inquiétantes.Peut être y a t il comme une négation de la sensualité, de la corporéité de Jésus. Peut-être que ce regard si dur certes pas dans toutes les icônes est peut être le regard de celui qui a crée cette icône et non le regard de celui qui a donné sa vie pour que tous les hommes soient sauvés.

mardi, avril 27, 2010

Jn 10: Le bon pasteur.



L'évangéliste fait dire à Jésus:" Je connais mes brebis et mes brebis me connaissent... Je suis la porte, celui qui ne rentre pas par la porte est un brigand et un voleur".

L'image de la brebis (qui renvoie un peu à celle du mouton -dit de Panurge-) n'évoque pas un bête très intelligente.Dans le texte de Jean, tout vient du Pasteur: il y a un pasteur et il y a un troupeau, et moi j'ai toujours rechigné à me sentir brebis ou mouton.



Aujourd'hui je dirai que la brebis peut parfaitement se tromper de pasteur, qu'elle peut "se faire "avoir par de fausses promesses (viens chez moi, mon herbe y est plus verte).



Je veux dire que le chemin proposé par ce pasteur là n'est pas un chemin facile. Pour aller là où "Il est" il faut comme le dit le psalmiste passer par les ravins de la mort...

Un discernement est nécessaire si je veux faire partie de ce troupeau là. Même si "j'ai été donnée par le Père au Fils", je reste libre d'accepter ou de refuser.

Ce que j'entends aujourd'hui dans ce texte c'est "est ce que tu veux faire partie de mon troupeau, est ce que tu es prête à aller là où je veux te faire aller?" Et cela me permet de me sentir vivante et respectée dans mon humanité. Et là, je peux dire que je désire faire partie de ce troupeau là, et que j'y trouverai ma place.

samedi, avril 10, 2010

"Noli me tangere"Jn 20,17



Résurrection

Quand on est au chevet de quelqu’un qui est en train de mourir et si cette personne a été le compagnon ou la compagne de toute une vie ou s’il s’agit d’être très cher, il peut arriver, que au plus profond de soi, on se sente capable de dire à cette personne, même si elle est dans le coma, qu’on lui donne la permission de s’absenter de son corps, de partir, d’aller là où elle doit aller, bref qu’on lui permet de mourir.

Je crois que c’est peut être la plus belle preuve d’amour que l’on puisse donner, je ne te retiens pas, même si pour moi ce sera terrible, mais je t’aime alors quitte ce lieu où tu n’as plus rien à faire.Vas là où tu dois naître.

Quand Jésus au petit matin de Pâques dit à Marie Madeleine « noli me tangere » je crois qu’Il lui demande quelque chose de cet ordre : laisse moi aller vers mon Père, car c’est ce qu’il y a de mieux pour moi. Si tu m’aimes, laisse moi partir. Si tu m’aimes laisse moi aller là où je dois être, vers mon Père et dans son amour. Et réjouis toi de ce départ, de cette absence, car je retourne là d'où je suis venu.

Ton amour si intense soit-il, est un amour qui lie, qui d'une certaine manière me retient, qui pèse. Délies moi de cet amour qui a été bon mais qui doit se transformer, laisse moi partir. Et ainsi tu seras reliée à moi autrement car je pourrais te faire don de l’Esprit Saint, de cet amour transformant qui doit être donné à tous.

Si tu me retiens, (ou si je me laisse retenir) ma mort ne donnera pas les fruits qu’elle doit apporter.

Lier, délier, relier, c’est cela la résurrection pour chacun d’entre nous. Avoir certes de l'amour, mais accepter de ne pas s'y cramponner, apprendre à le laisser mourir pour que quelque chose de neuf de radicalement nouveau puisse advenir. Ce peut être le passage du "philein" à "l'agape" cet amour qui laisse l'autre totalement libre. Sortir d'un amour essaye malgré tout de s'approprier l'autre pour accéder à une autre relation d'amour. Le Christ ressuscité n'est plus le Christ terrestre.

mercredi, avril 07, 2010

Notes de la semaine sainte.

Notes de semaine sainte.

1-Entrée dans Jérusalem.

Il y a une sorte de similitude entre la louange des disciples et la louange des anges lors de la naissance. L'impression que ce chant est comme manifestation de la présence de l’esprit Saint et d’une certaine manière de la Trinité : L’esprit pousse à la louange, le Fils est là et le Père est rendu présent.

Luc 19,
37 Il approchait déjà de la descente du mont des Oliviers lorsque toute la multitude des disciples, tout joyeux, se mirent à louer Dieu à pleine voix pour tous les miracles qu'ils avaient vus.
38 Ils disaient :
Béni soit celui qui vient,
le roi, au nom du Seigneur !
Paix dans le ciel
et gloire dans les lieux très hauts !

A comparer avec Luc 1,3
Et soudain il se joignit à l'ange une multitude de l'armée céleste, qui louait Dieu et disait :
1,4 Gloire à Dieu dans les lieux très hauts, et, sur la terre, paix parmi les humains en qui il prend plaisir !

2. La première Pâque et la Pâque de Jésus. (Vendredi saint).

La mort des premiers nés des égyptiens permet la libération du peuple, qui peut quitter la terre d’esclavage, mais par la suite il faut racheter ces premiers nés par un sacrifice (les colombes de jésus). La mort du Premier Né, permet la libération de tous les humains et cela sans contre partie. Gratuité du salut . Tous les hommes peuvent entrer dans la terre promise de la rencontre.


3-Croix et Buisson Ardent : première alliance, deuxième alliance.

Sur la croix, il y a comme le buisson ardent. Le bois de la croix est le buisson. Jésus est la présence de Celui qui est. Mais sur la croix le feu disparaît et s‘éteint. La croix ne se consume pas, mais le corps du Fils, présence du Père se consume pour donner la vie à un Autre Dieu. Dieu en laissant son fils donner sa vie devient Père, réellement Père, pas Père fondateur, mais Père transmetteur .Le Dieu de la vengeance est mort, le Dieu de l’Amour est là. La croix est le signe de cette présence et de cet amour.

samedi, mars 27, 2010

Justification :la foi la loi les oeuvres.

La foi, la loi, les œuvres.

Quand Paul écrit l’épître aux romains qui est sa dernière épître, il se situe dans un contexte que je qualifierais de polémique et qui apparaît déjà clairement dans la lettre aux Galates. La circoncision, signe de l’appartenance au peuple élu, et une certaine pratique de la loi (régime alimentaire) n’assurent pas d’entrer dans le d’entrer dans le Salut.


Ga5, 1C'est pour que nous soyons vraiment libres que Christ nous a libérés. Tenez donc ferme et ne vous laissez pas remettre sous le joug de l'esclavage. 2Moi, Paul, je vous le dis : si vous vous faites circoncire, Christ ne vous servira plus de rien. 3Et j'atteste encore une fois à tout homme qui se fait circoncire, qu'il est tenu de pratiquer la loi intégralement. 4Vous avez rompu avec Christ, si vous placez votre justice dans la loi ; vous êtes déchus de la grâce. 5Quant à nous, c'est par l'Esprit, en vertu de la foi, que nous attendons fermement que se réalise ce que la justification nous fait espérer. 6Car, pour celui qui est en Jésus Christ, ni la circoncision, ni l'incirconcision ne sont efficaces, mais la foi agissant par l'amour.

Paul n’oppose pas la foi et les œuvres, mais la foi et l’obéissance à la loi.

Se convertir, renoncer au vieil homme pour revêtir (ou se laisser revêtir par) l’homme nouveau, le Christ ressuscité modifie notre manière de vivre au monde et dans le monde et de ce fait la foi ne peut exister sans les œuvres qui en sont en quelque sorte le signe visible, avec leur valeur de témoignage.

Considérer tous les hommes (pas seulement les frères de race) comme des frères parce Jésus a donné gratuitement sa vie pour tous les hommes sans distinction, permet une relation totalement renouvelée à Dieu.La mort de l'Unique faisant de l'humanité une multitude de frères.

Opposer la justification par la foi aux œuvres, c’est faire l’impasse sur le rapport à la loi, sur la tora, car c’est contre elle que Paul s’élève et il est bien placé pour le faire.

Il me semble que ce qui est dans l’élection d’Israël, c’est et c’était l’écoute et l’obéissance. Si le publicain est justifié ce n’est pas parce qu’il a accomplit comme le pharisien son devoir d’aller au temple et de se croire justifié parce qu’il a « fait » ce qui est prescrit par la loi, mais parce qu’il s’est présenté « humblement » devant son Dieu.

Ce qui est premier avec Jésus c’est de faire éclater exploser les relations. Dans la parabole du bon samaritain, il s’agit de sortir de ses petits concepts : je m’occupe de celui est là sur le bord de la route, quelle que soit son appartenance religieuse ; tout homme est à l’image de Dieu, et c’est cela l’important.

Dans le jugement dernier de Matthieu 25, que se passe t il ?

Mt 25, 31« Quand le Fils de l'homme viendra dans sa gloire, accompagné de tous les anges, alors il siégera sur son trône de gloire. 32 Devant lui seront rassemblées toutes les nations, et il séparera les hommes les uns des autres, comme le berger sépare les brebis des chèvres. 33 Il placera les brebis à sa droite et les chèvres à sa gauche. 34Alors le roi dira à ceux qui seront à sa droite : “Venez, les bénis de mon Père, recevez en partage le Royaume qui a été préparé pour vous depuis la fondation du monde. 35 Car j'ai eu faim et vous m'avez donné à manger ; j'ai eu soif et vous m'avez donné à boire ; j'étais un étranger et vous m'avez recueilli ; 36 nu, et vous m'avez vêtu ; malade, et vous m'avez visité ; en prison, et vous êtes venus à moi.” 37Alors les justes lui répondront : “Seigneur, quand nous est-il arrivé de te voir affamé et de te nourrir, assoiffé et de te donner à boire ? 38 Quand nous est-il arrivé de te voir étranger et de te recueillir, nu et de te vêtir ? 39 Quand nous est-il arrivé de te voir malade ou en prison, et de venir à toi ? ” 40 Et le roi leur répondra : “En vérité, je vous le déclare, chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ces plus petits, qui sont mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait !"

Les bénis ce sont ceux qui ont donné à ceux qui étaient dans le besoin sans se préoccuper de savoir s’ils étaient pécheurs (au sens des évangiles : publicains, prostituées, malades) mais simplement parce que ces personnes étaient dans le besoin. De ce fait la prophétie d’Isaïe que Jésus s’attribue Lc 4, 16 : « renvoyer les opprimés en paix, proclamer la libération des captifs et aux aveugles (nous) le retour à la vue, est mise en action par tous ceux qui reconnaissent que Jésus est celui qui donne la vie, qui fait d’eux des vivants par le don de son esprit.

Le moteur c’est bien la foi. Etre dépositaire de la Tora ne donne pas automatiquement le salut, une certaine pratique de la Loi ne sauve pas (et c’est le risque permanent encore aujourd’hui), car elle entretient le jugement et non l’amour.

Quand Jacques dit « montre moi tes œuvres et je verrai ta foi » que dit il ?

Jc 3,14 A quoi bon, mes frères, dire qu'on a de la foi, si l'on n'a pas d'œuvres ? La foi peut-elle sauver, dans ce cas ? 15 Si un frère ou une sœur n'ont rien à se mettre et pas de quoi manger tous les jours, 16 et que l'un de vous leur dise : « Allez en paix, mettez-vous au chaud et bon appétit », sans que vous leur donniez de quoi subsister, à quoi bon ? 17De même, la foi qui n'aurait pas d'œuvres est morte dans son isolement. 18 Mais quelqu'un dira : « Tu as de la foi ; moi aussi, j'ai des œuvres ; prouve-moi ta foi sans les œuvres et moi, je tirerai de mes œuvres la preuve de ma foi. 19Tu crois que Dieu est un ? Tu fais bien. Les démons le croient, eux aussi, et ils frissonnent. » 20 Veux-tu te rendre compte, pauvre être, que la foi est inopérante sans les œuvres ? 21 Il dit si tes œuvres sont en lien avec l’amour qui est en toi, alors oui, tu peux être dans le joie. Mais si tu te contentes de dire oui celui là est Fils de Dieu, celui la couvre mes fautes, et de rester passif et de ne rien changer, alors tu as remplacé une loi par une autre et tu n’es pas dans la Joie de ton maître.

La justification par la foi (la foi justifie une multitude de péchés) ne peut se comprendre que si on n’oublie pas la contexte polémique et l’aventure même de Paul qui était un spécialiste de la Tora, et qui a abandonné ses certitudes, pour suivre celui qui a permis à tout homme de devenir pleinement frère de Jésus et fils du Père et de connaître la profondeur de l’Amour.

La foi permet d’être fils avec le Fils et d’entrer dans la création la recréation et de commencer à faire un peu, humblement, petitement un monde nouveau.

Je me demande si l’interprétation de Luther qui oppose la justification par la foi aux œuvres n’est pas une sorte d’erreur. Pour Paul la justification par la foi s’oppose à la justification par la loi et non à la justification par les œuvres. Que Luther l'obsessionnel, le scrupuleux, ait découvert (et cela est tout bénéfice) que la miséricorde du Père est là, qu’il suffit de tendre les bras pour être accueilli, certainement.

Mais dissocier la foi des œuvres reste pour moi une sorte de non sens. « Car, pour celui qui est en Jésus Christ, ni la circoncision, ni l'incirconcision ne sont efficaces, mais la foi agissant par l'amour » Gal 5, 6.

vendredi, mars 26, 2010

Psaume 94: Jamais vous n'entrerez dans mon repos




"Vous n’entrerez pas dans le lieu de mon repos".

Ce psaume 94 est utilisé comme psaume d’entrée dans l’office des Laudes qui est je le crois un office de louanges. Or la finale de psaume : jamais ils n’entreront dans mon repos, me pose question.

Voici le psaume : (trad liturgique)

1Venez, crions de joie pour le Seigneur,
acclamons notre Rocher, notre salut !
2Allons jusqu'à lui en rendant grâce,
par nos hymnes de fête acclamons-le !

3Oui, le grand Dieu, c'est le Seigneur,
le grand roi au-dessus de tous les dieux :
4il tient en main les profondeurs de la terre,
et les sommets des montagnes sont à lui ;
5à lui la mer, c'est lui qui l'a faite,
et les terres, car ses mains les ont pétries.

6Entrez, inclinez-vous, prosternez-vous,
adorons le Seigneur qui nous a faits.
7Oui, il est notre Dieu ; +
nous sommes le peuple qu'il conduit,
le troupeau guidé par sa main.

(jusque là tout va bien, on est bien dans la louange et l’adoration de ce Dieu qui s’est choisi un peuple que l’on peut assimiler dans notre aujourd’hui à l’église) .

Aujourd'hui écouterez-vous sa parole ? +
8« Ne fermez pas votre coeur comme au désert,
comme au jour de tentation et de défi,
9où vos pères m'ont tenté et provoqué,
et pourtant ils avaient vu mon exploit.

(Là il y a un rappel qui peut effectivement nous concerner aujourd’hui, fermer ou endurcir, ne pas voir, c’est si facile).

10« Quarante ans leur génération m'a déçu, +
et j'ai dit : Ce peuple a le coeur égaré,
il n'a pas connu mes chemins.

(là c’est un discours presque normal qui est un constat, mais c’est après que ça se gâte…)

11Dans ma colère, j'en ai fait le serment :
Jamais ils n'entreront dans mon repos. »

(Et c’est la fin très abrupte de ce psaume).

Je suppose que les phrases clés sont celles ci : « aujourd’hui écouterez vous sa parole » ? (Chema Israël) phrase qui s’adresse à
nous aujourd’hui avec le rappel de ce que produire l’endurcissement du cœur (du moins avant la venue de Jésus) à savoir la rupture de la relation. Et « ne fermez pas votre cœur » qui reste un mécanisme toujours présent. Il n’en demeure pas moins que ce psaume introductif à l’office me pose quand même question. Je suppose que s’il a été choisi ce n’est pas pour rien, mais démarrer par une menace ne me plaît guère et à priori ne m’incite guère à entrer dans la louange, même s’il s’agit de considérer tout ce que Dieu a fait pour nous malgré tout.

Je comprends que Dieu soit déçu, mais il sait bien que la terre ne s’est pas faite en un jour (il est même bien placé pour le savoir) et que comme l dit la chanson« pour faire un homme, mon dieu que c’est long »

Ce verset m’a poussée à réfléchir sur la notion de repos le notre et celui de Dieu.



Sur les tombes on écrivait fréquemment « qu’il repose en paix ». Est ce que la mort est un repos ? Le repos serait il le contraire du mouvement, du faire. Le cercueil serait il un lieu où on peut se reposer enfin du travail accompli pendant toute une vie. Un lieu où le corps repose sur quelque chose qui le soutient ? Mais comme nous ne savons pas bien ce qui se passe après la mort, ne s’agit il pas d’un souhait: que là où se trouve le disparu, il puisse goûter le bon, le bien l’agréable. En d’autres termes qu’il soit heureux.

Quand je travaillais dans une maison d’accueil spécialisée une des phrases favorites d’une des résidentes était : « vendredi ROPO ». En fait comme elle ne connaissait pas les jours de la semaine, cela voulait dire qu’elle nous souhaitait d’être en congé ce qui était une sorte de cadeau de sa part: tu as le droit de partir de ne pas t’occuper de moi, de faire ce que tu veux. Notre repos étant alors ne pas travailler, ou plutôt ne pas être obligé de travailler !




Pour nous repos est associé à ne rien faire et à laisser faire les autres. On se repose pendant les vacances, c’est à dire qu’on ne travaille pas. On sort du quotidien pour être autrement (je dis être et non pas faire). Mais pour que ceci soit possible il est nécessaire de se sentir en sécurité. Quand le psalmiste dit « je me repose à l’ombre de tes ailes » il veut dire que ce lieu de repos est un lieu sécurisant, où il se sent à l’abri des vents mauvais, protégé.

On pourrait dire que le repos c’est finalement un lieu où l’on se sent bien, où l’on est en sécurité et où on ne fait que des choses qui semblent agréables (ce qui peut renvoyer au repos du guerrier !). Et pourtant curieusement se reposer quand on ne dort pas n’est pas si facile que cela. Rappelons nous les siestes de notre enfance…

De fait même si nous ne sommes pas dans l’action, même si nous nous reposons, (ne faisons rien de précis) notre corps lui ne connaît pas le repos, puisque notre cœur bat et nos poumons respirent. Il m’arrive de penser connaître le repos lorsque justement dans la respiration je goute les moments ou à la fin d’un inspiration ou d’une expiration je suis un peu comme la marée, étale. Pour moi le repos ce serait cet état là, un moment de transition, un moment sans action, un moment où je me sens être. Mais cette conception du repos m’est possible parce que je n’ai pas à gérer trop de douleurs physiques et que ma tête n’est pas trop prise par un déchainement de pensées. Mais j’aime ces moments d’arrêt ou je peux vraiment gouter l’arrêt, attendre que la respiration reparte d’elle-même. En fait le cycle complet de la respiration est pour moi un repos, la sensation d’être vivant..

Pour en revenir à la phrase du psaume 94, à priori elle peut se comprendre comme « vous n’entrerez pas dans le pays que je vous ai promis, qui sera le pays où avec vous je résiderai, vous protégerai. Ceci étant d’une certaine manière confirmé par le psaume 132 qui célèbre le transfert de l’arche à Jérusalem, le lieu choisi pour être la résidence du Dieu tutélaire.
Ce lieu (le temple) le lieu de la gloire de Dieu, s’il n’avait pas été un lieu de « majesté » aurait pu être le lieu où Dieu vient se promener à la brise du jour, un lieu de véritable rencontre (ce que Jésus confirme quand il parle de la prière du publicain et du pharisien). Mais peut-on mettre Dieu en cage ? N’est Il pas un dieu qui chemine ?

Un sens possible de ce mot de « repos » serait alors « demeure ». Dieu propose à l’homme un lieu ou où demeurer avec lui (c’est la thématique de l’évangile de Jean) « Si quelqu’un m’aime, mon père l’aimera et nous demeurerons en lui, et nous ferons en lui notre demeure »

Maintenant que Dieu « se repose » cela reste à voir. Après la création il est bien question de repos, mais cela je crois indique aussi que Dieu est capable de mettre comme un terme à une certaine activité, ce qui ne veut pas dire qu’il n’agit pas autrement. La phrase de Jésus « mon père est à l’œuvre jusqu’à présent et j’œuvre moi aussi » Jn5, 17. Ne montre elle pas que le faire est différent de l’être et que celui qui se nomme « Je suis celui qui suis » reste actif même s’il n’est pas dans le faire.
Entrer dans le repos de Dieu me semble être un désir très profond, qui peut se réaliser au moins partiellement dès aujourd’hui, quand nous cessons de nous agiter et de vouloir faire parce qu’il faut faire. Entrer dans le repos de Dieu, n’évite pas les vicissitudes de la vie mais qui permet de les affronter dans la paix et d’apprendre à demeurer.


vendredi, mars 19, 2010

Parallélisme: Ex 3 et Jo 5: L'Ange du Seigneur




Parallélisme

Ce dimanche (14 mars 2010) qui est le 4° du carême il y a en première lecture un texte tellement court du livre de Josué que je suis allée rechercher ce qu’il y a avant et après.

Avant, c’est la le passage du Jourdain qui est comme le passage de la mer rouge : la sortie du désert se fait comme la sortie d’Egypte. Puis c’est la circoncision des hommes : geste d’alliance inscrit dans le corps. La célébration de la Pâque (texte d’aujourd’hui) avec la cessation de l’alimentation « divine » et enfin la rencontre de Josué avec l’Ange du Seigneur, un ange porteur d’une épée et dont Josué ne sait pas s’il est ami ou ennemi.


Cet ange m’a fait penser au chérubin que Dieu a mis devant la porte de l’Eden pour empêcher l’humain d’y revenir pour s’emparer du fruit de l’arbre de la vie.

La terre de Canaan, cette terre ou ruisselle le lait et le miel est d’une certaine manière le nouveau paradis, le nouvel Eden, le lieu de la résidence de YHWH : enlève tes sandales car le leu que tu foules est Saint. C’est la même phrase que nous avons pu lire en Exode 3 (buisson ardent). Josué a sa théophanie à lui, qui est différente de celle de Moïse.

Mais pour entrer dans cette terre, il y a un verrou (une ville fortifiée qui barre l'accès) qu’il faut faire sauter. Jusque là, il y a eu guerre. Là il va se passer autre chose (peu importe la réalité historique). C’est la foi et l’obéissance qui vont faire sauter le verrou Jéricho, et qui vont permettre l’entrée dans le lieu de la présence.



Pour entrer dans le lieu de la présence, il semble indispensable d’écouter et de faire, même si cela peut paraître fou. Alors seulement le paradis perdu, ce lieu où YHWH aime à se promener et à converser peut être retrouvé et cela c’est cadeau .
Parr