lundi, mars 04, 2019

Alors Jésus regarda autour de lui - Mc 10, 23

C'est à partir de ce verset du chapitre 10 que s'est faite ma réflexion ce matin.
Il s'agit de la rencontre de Jésus avec l'homme riche. Celui-ci vient de partir, et l'impression que j'ai eue c'est que Jésus, dans la rencontre avec cet homme, s'est complètement abstrait de son environnement; qu'il s'est plongé dans son désir de salut. Puis il revient en quelque sorte sur terre, voit ses disciples, et finalement il les enseigne à partir de ce qui vient de se passer.

Sauf que cela les déconcerte: ils ne comprennent rien, et ne sont pas trop rassurés.

J'ai eu alors envie de raconter ce que Jésus a peut-être ressenti, mais en reprenant une grande partie de ce chapitre 10 de Marc, c'est à dire les versets 13 à 31.

Jésus raconte:

On était sur la route qui doit me conduire sur le chemin que mon Père a décidé pour moi. J'ai essayé d'en parler un peu à mes disciples, mais quand je parle de souffrance, de mort, puis de revenir à la vie, ils ne comprennent pas; ils pensent que je suis un peu fou. Ils me font penser à ma famille, qui croit que je suis fou, et qui aimerait bien m'enfermer comme si j'étais un possédé. 

Puis nous avons rencontré des parents qui voulaient que j'impose les mains à leurs enfants. Je ne sais pas trop ce qu'ils attendent; peut-être la "baraka" pour leurs enfants... Je sais bien qu'ils veulent du bon pour leurs enfants, et qu'une bénédiction c'est un peu comme une assurance contre les mauvais coups de la vie; moi, j'aime bien. Mais Pierre et les autres ne supportent pas les enfants; alors ils ont fait barrage, et ils ont renvoyé un peu brutalement les petits et leurs parents. J'ai réagi, mais je sais qu'ils n'ont pas compris que je me sois fâché; souvent ils croient bien faire, et ils se trompent.

Car moi, je veux - et c'est important pour ceux qui suivront ma voie - qu'ils comprennent que ce que j'attends d'eux, c'est qu'ils soient joyeux comme ces petits enfants, confiants comme ces enfants; et pas fiers non plus. Peut-être qu'ils comprendront cela un jour, parce que moi, je suis comme ça, même si je suis leur Rabbi.

On était repartis, et voilà qu'un homme arrive et tombe à mes genoux. Je pensais qu'il voulait se faire guérir d'une maladie. Mais non c'était autre chose, sauf que moi, je voulais vraiment qu'on prenne la route. Il ne tombait pas bien du tout.

Et voilà qu'il me dit "Bon Maitre, que dois-je faire pour avoir la vie éternelle en héritage". Là, je dois dire qu'il m'énervait un peu, et que je l'ai envoyé bouler, mais gentiment, à ma manière. "Bon Maître"… Bien sûr que je suis bon! Mais pas comme les hommes le souhaitent. Et puis "avoir la vie éternelle en héritage".. Quand mon Père parle d'héritage, il s'agit de la terre promise, il ne s'agit pas de la vie éternelle, comme si c'était un dû. La vie éternelle, c'est, comme je leur dirai un jour, "qu'ils te connaissent Toi, et qu'ils reconnaissent en moi ton envoyé". S'ils reconnaissent cela, alors l'Esprit leur sera donné. Et cette présence de moi en eux, de eux en moi, c'est cela la vie éternelle. 

Je lui ai rappelé les commandements de Moïse, ceux qui concernent la relation avec les autres, et il m'a dit que tout cela, il l'avait fait depuis sa jeunesse. Peut-être que c'est ce mot de "jeunesse" qui m'a ému: il ne m'énervait plus cet homme; il était là, il me regardait, et moi je le regardais et je le sentais tellement sincère. 

Et je me suis mis à l'aimer... J'ai compris alors qu'il ne voulait plus "faire pour faire", mais être... Mais pour cela il lui faudrait se débarrasser de beaucoup de choses! Je lui ai dit qu'il devait vendre tout ce qu'il avait, puis donner le résultat de cette vente aux pauvres (je n'ai pas dit qu'il devait me donner cet argent à moi et à mes amis, non, je voulais qu'il soit libre), et que cela lui donnerait un trésor au ciel. Il doit se dépouiller, comme moi je me suis dépouillé, et c'est ainsi qu'il sera riche. Puis j'ai ajouté qu'ensuite il vienne à ma suite. 

Et là, il est arrivé quelque chose d'imprévu. Il a baissé la tête, il est devenu tout triste et il est parti sans un mot. J'ai compris que j'avais touché le point sensible, ses richesses. Et je me suis senti vide, seul, abandonné. Un peu aussi comme si le temps s'était arrêté. Mais j'ai vu alors mes disciples qui me regardaient et qui ne comprenaient pas. 

Et je leur ai dit que pour celui qui possède des richesses - même si cela peut-être un signe qu'il fait la volonté de mon père, même s'il donne la dime et une partie de tout ce qu'il reçoit, ce n'est pas si simple. Il faut qu'ils comprennent qu'entrer dans le royaume - parce que le royaume ça ne s'achète pas -, c'est aussi difficile que pour un chameau de passer par la porte de l'aiguille, s'il porte sur lui tout son harnachement. En voyant leur tête j'ai compris qu'une fois de plus ils me prenaient pour un fou. Et alors ils m'ont demandé qui pouvait être sauvé. Je leur ai répondu - mais le comprennent-ils - que les hommes ne peuvent pas se sauver en "faisant", mais que mon Père, lui, lui qui m'a envoyé, peut les sauver. Ce qui est impossible aux hommes, est possible à Dieu, le Tout Puissant.

Là dessus, Pierre a pris la parole. Je m'y attendais un peu. Il m'a demandé quelle récompense ils auraient, lui et ceux qui avaient tout quitté pour marcher à ma suite. Je lui ai répondu qu'ils auraient tout au centuple, mais pas ici bas… Ici-bas ce serait, comme pour moi, les persécutions et la mort, mais là-bas, dans le royaume, ce sera cette vie à laquelle ils aspirent sans trop savoir ce qu'elle est. Et je leur ai fait remarquer que ceux qui semblent les nantis sur cette terre, ne seront pas ceux qui auront la meilleure place plus tard; et que au contraire les petits, les culs-terreux, ceux-là seront les premiers. Je ne sais pas si ça les a rassurés. Je ne crois pas, parce que quand je me suis remis en route, ils étaient en groupe derrière moi… Mais il y a quelque chose qui m'a fait un immense plaisir. L'homme de tout à l'heure, celui qui était parti tout triste, eh bien il était avec les miens, il avait du prendre sa décision et il avait fait son choix. 

Je sais que pour moi les jours sont comptés, mais je sais aussi que mes paroles ouvrent le chemin et c'est pour cela aussi que je suis venu.


vendredi, mars 01, 2019

"Je dois être complètement bouché..." Mc 9 et 10

Je dois être complètement bouché, mais je ne comprends plus grand chose... Mc 9, 35-50 et 10, 1-16.

Objectivement, mis à part les enseignements plus ou moins traditionnels, la fin de ce chapitre 9 et le début du chapitre 10 - qui est un chapitre important puisque Jésus est sur la route qui le mène à Jérusalem et donc à la passion - sont difficiles. D'autant qu'on a parfois l'impression que l'évangéliste fonctionne un peu avec des accroches: qui dit feu, dit saler par le feu, qui dit saler dit sel… Qui dit sel dit... 

Bien sûr, on peut parler de scandale, d'endurcissement, de sel, de l'enfer, du fait que Jésus ne demande pas des amputations mais des renoncements; mais il y a des mises en garde précises. Lire tel quel n'est pas facile, et c'est un peu ce que j'ai voulu rendre au travers du questionnement d'un disciple, puisque Jésus s'adresse à eux.


Le disciple s'exprime

Depuis qu'il a guéri cet enfant possédé, et qu'il parle ouvertement de ce qui va arriver, même si moi j'espère qu'il se trompe, qu'il ne sera pas condamné à mort mais que le peuple qu'il aime tant le défendra, je dois dire que je ne comprends pas grand chose. 

Et d'abord, comment peut-on ressusciter des morts? Si c'est redevenir vivant pour mourir ensuite, comme le soldat dont le corps a touché les os du prophète Elisée, mais qui est mort comme tout le monde ensuite, je ne vois pas. Alors c'est sûrement autre chose, mais... 
Qu'il soit emporté au ciel sur un char de feu, ça ça me plairait bien, mais ce n'est pas son genre. Mais s'il n'y avait que ça.. Il nous en dit des choses!
Il y a le prophète Ézéchiel qui a rapporté cette vision des ossements desséchés qui reprennent vie grâce au souffle de l'Esprit. Peut-être qu'il veut parler de cela: qu'un jour le souffle de Dieu le fera redevenir vivant pour l'éternité, lui qui parle de la vie éternelle; peut-être, mais que c'est difficile! 

Et là, je reviens à tout ce que je ne comprends pas. Il parle d'amputations, si on ne veut pas brûler éternellement dans la géhenne de feu, là où iront lors du jugement dernier ceux qui se détournent du Très Haut. Se couper une main, un pied ou s'éborgner, ça veut dire quoi? À quoi ça sert de se mutiler et en plus c'est interdit par la Tora.

Est ce qu'il veut dire que si je n'ai qu'une seule main, je ne pourrais plus attraper, cogner sur un autre? Peut-être. Mais je crois que je n'ai pas besoin me mutiler pour ne pas faire du mal. Depuis que je suis avec lui, petit à petit je regarde les autres comme lui les regarde et j'apprends à les aimer et à les respecter .Mais c'est vrai que la colère ça fait faire des choses pas belles. Et c'est vrai aussi que des phrases comme ça, on les retient.

 Si je n'ai qu'une seule jambe, je ne peux plus tenir debout; et si je ne tiens plus debout, je tombe et on doit me ramasser, m'aider. Peut-être qu'il veut dire que j'ai besoin que mes deux jambes soient là pour que je puisse tenir debout, marcher, me déplacer, mais pas pour faire du mal à un autre, comme lui donner des coups, le faire tomber. Peut-être qu'il veut que je reste debout, mais que je marche derrière lui, et pour ça, j'ai bien besoin de mes deux jambes. 

Et si je n'ai qu'un œil, si je suis borgne, là encore à quoi ça sert? Qu'est ce qu'il veut dire? 
Peut-être que, si je regarde avec envie ou convoitise ce que possède l'autre, et que - comme le roi Achaz qui voulait la vigne de Nabot - je cherche comment m'en emparer, et je fomente des idées de piège, de mort, c'est mal. Et que ces pensées, je dois les extirper de moi si je veux entrer dans la vie éternelle. C'est un peu comme s'il me disait que j'ai un oeil qui regarde vers Dieu et un autre qui regarde vers Satan, et que je dois me séparer de cet oeil qui veut me faire faire de mauvaises choses, qui me donne de mauvaises idées. 
Mais je peux comprendre que ce qu'il veut dire, c'est que le péché est là, et que j'ai quelque chose à faire, moi, si je veux avoir la vie éternelle! N'empêche que c'est bien compliqué.. 

Après, il parle "d'un feu qui sale". Ce n'est plus la géhenne où ça brûle dans arrêt, c'est un autre feu, mais ça veut dire quoi? 
Du coup je pense aux feux allumés par les pécheurs sur le bord du lac, aux poissons grillés, ou fumés qui parce qu'ils sont cuits, donnent tous leurs parfums, tous leurs sucs et qui se conservent... Et là, je comprends un tout petit peu. 
Il y a un autre feu, un feu qui purifie, un feu qui transforme. 
Ce feu, j'espère qu'il nous le donnera un jour. Je pense à un feu qui qui pourrait exalter ce qu'il y a de bon en moi, ce qu'il appelle le sel. Mais quand même c'est rudement compliqué. 

Et puis, il nous dit aussi de faire attention à ce qu'on dit, et à ce qu'on fait, pour ne pas être une cause de chute pour tous ceux qui sont dans les villages: qui viennent d'abord pour être guéris, et puis qui découvrent que la guérison c'est bien, mais que vivre autrement c'est mieux; mais qui ne savent pas trop comment s'y prendre.

Ceux-là, il les appelle les petits et il les aime beaucoup, beaucoup. Et nous devons prendre soin d'eux. Mais pour le moment, c'est lui qui le fait et il le fait très bien.

C'est comme avec les enfants. Les enfants, c'est souvent sale, ça sent mauvais, ça ne comprend rien. Mais voilà que lui, il les touche, il les embrasse, il les bénit. Et il dit que si on accueille un enfant, je pense qu'il veut dire qu'on ne le chasse pas, c'est lui qu'on accueille. 
Mais il veut dire quoi le Maître? 
Il est un adulte lui, il est propre, il sait parler, il sait nous aider à discerner; et il voudrait qu'on redevienne comme ça? 
Peut-être qu'il veut parler de la confiance, et ça, c'est vrai que les enfants ils en ont de la confiance. Bon, alors ça je veux bien, n'empêche que c'est bien difficile.

Et pour compliquer encore les choses il y a eu ces éternels pharisiens, qui veulent le prendre en défaut et qui l'entrainent dans des discussions qui n'en finissent pas. Sauf que lui, il sait leur clouer le bec. Là, il s'agissait de savoir si on a le droit ou non de renvoyer sa femme, et je me sens concerné. Il leur a demandé ce que disait Moïse. Ils lui ont répondu que Moïse l'avait permis, à condition d'établir un acte de répudiation. Sauf que l'adultère est puni de mort.. Et que bien souvent ceux qui divorcent c'est pour changer de femme, pour en avoir une plus jeune, une plus belle.
D'après ce qui se dit, avec un peu d'argent on peut avoir cet acte de répudiation, et la femme se retrouve mise au ban de la société. 
Et là, Jésus leur rétorque qu'en faisant cela ils ne respectent pas la loi donnée par le Tout Puissant; et je crois qu'il veut leur faire comprendre que tout ce qui vient en plus des Dix paroles données sur la montagne, et qui sont là pour faire grandir l'amour, ça ne sert pas à grand chose. A la limite, il y a les lois (pas la Loi) et l'Amour; et lui il est venu pour nous faire comprendre ça, mais qu'est ce que c'est difficile... 

Je me suis même demandé si ce n'étaient pas eux, les purs, qui sans s'en rendre compte, commettaient cet adultère que les prophètes reprochaient à notre peuple. Certes ils ne vont pas vers des dieux étrangers, mais ils font de la loi une espèce d'idole, et ils ne voient plus que notre Maître est là pour les aider à renaître de l'Esprit. Et ça, ils ne le veulent pas, et je sens bien qu'ils veulent le lapider et ça, ça me tue.

Aujourd'hui, alors que nous avons quitté la Galilée pour aller vers la ville sainte, je sais que j'ai encore du chemin à faire pour qu'en moi s'opère une purification. Il y a du bon en moi, mais j'ai besoin de son amour à Lui, pour que mon cœur et mes oreilles s'ouvrent, et que mon vrai cœur comprenne ce qu'il veut me faire comprendre. Finalement je suis un vrai juif.. J'ai la nuque bien raide…. 


lundi, février 25, 2019

La guérison de l'enfant "possédé" Mc 9,14-29


Professionnellement j'ai travaillé avec des enfants épileptiques. Oui, une lumière trop vive peut provoquer une crise, et une crise c'est impressionnant. Au sortir de la crise, ces enfants ont besoin de dormir, de récupérer. Pendant la crise, ils ne sont pas là, ils n'entendent rien, ils ne disent rien. Aujourd'hui, c'est une maladie, mais du temps de Jésus, cela pouvait bien être l'œuvre d'un démon, d'un démon qui pouvait faire tomber ces enfants n'importe où, et donc les faire mourir si personne n'était là pour veiller sur eux. 

Dans cet évangile, la mère de l'enfant est absente. Le dialogue se fait entre le père et Jésus. Il y a déjà eu une demande de guérison auprès des disciples, mais ce fut un échec, et on peut imaginer la déception, voire même la colère du père qui avait mis son espoir en eux. J'ai pensé que peut-être la mère était là, et qu'elle pouvait raconter..

Il est intéressant aussi de noter que l'enfant n'a pas de nom. L'infans, l'enfant, c'est celui qui ne parle pas, mais qui est parlé. Lui rendre la parole, c'est lui donner son identité et faire de lui un vivant.

La mère de l'enfant raconte

Cet enfant, sa naissance a été plus que difficile. Il n'a pas crié tout de suite, il était tout bleu, il a mis du temps pour respirer, mais après il mangeait bien, et c'était un beau bébé. 

Seulement quand il a grandi, il n'a pas parlé. Il nous reconnaissait bien son père et moi, il nous souriait, mais pas un mot de sortait de sa bouche. On pensait qu'il était sourd. Parfois il semblait dans son monde. Et puis il a marché très tard, et il avait du mal pour marcher, il fallait l'aider.

En grandissant ça a été de pire en pire. Il tombait souvent, et surtout, quand il tombait, il se mettait en danger. Il lui arrivait de tomber dans le feu, ou dans l'eau. Et quand il tombait, il ne pouvait pas se relever parce qu'il se mettait à trembler de partout, à baver, parfois à faire pipi sur lui, à se mordre la langue. C'est comme s'il était possédé par une force intérieure qui voulait le faire mourir. 

C'est alors devenu évident pour nous qu'il était possédé par un esprit impur. Qu'avions nous fait pour mériter cela? Et c'était, pour moi, pour nous, une souffrance énorme d'avoir un enfant possédé. Au fond de moi, j'étais sûre qu'il était normal mon fils! Même s'il ne parlait pas, il comprenait tout ce que je disais et son visage était si expressif. Il était sûrement la proie d'un démon. Comment le libérer? Et puis avoir un enfant comme ça, ça faisait que tout le monde nous regardait de travers, comme si c'était de notre faute.  

Les disciples des pharisiens avaient essayé de le guérir, d'expulser le démon, mais ça n'avait rien changé. Et puis des disciples de ce Jésus sont arrivés chez nous, pour parler d'un royaume qui allait advenir. Ils ont guéri des personnes qui étaient malades, et du coup mon mari leur a demandé de guérir notre fils. Ils ont imposé les mains, ils ont crié pour chasser le démon, mais il ne s'est rien passé; et personne ne comprenait pourquoi ils n'y arrivaient pas. Les scribes s'en sont mêlés et ça s'est mis à discuter dans tous les sens. Et ça discutait aussi sur ce Jésus qui n'était pas là, mais qui manifestement n'était pas aimé par les pharisiens.

Et puis voilà que Jésus lui-même est arrivé. Il a vu que ça discutait ferme et il a demandè ce qui se passait. Alors mon mari s'est avancé, il a expliqué que notre fils, qui est possédé par un esprit muet, n'avait pas été guéri par ceux qui se réclament d'être ses disciples. 

Là, j'ai eu l'impression qu'il n'était pas content, ce Jésus. Puis il a posé des questions pour savoir quand ça avait commencé, et mon mari a parlé, il a expliqué; et il a dit à cet homme que s'il pouvait faire quelque chose pour nous, qu'il le fasse. 

Et là Jésus l'a regardé bien en face, il a repris la phrase qu'il venait de lui dire, et qui était: "Si tu peux, viens à notre secours", en lui disant "Tout est possible à celui qui croit".

Alors, je sais qu'il s'est passé quelque chose chez mon mari, qui était allé voir les disciples pour me faire plaisir, et qui au fond était très en colère contre eux parce que malgré leurs grandes phrases, ils étaient des incapables. Je dis cela, parce que j'ai vu que mon mari changeait d'attitude; il n'était plus en colère, il ne demandait plus la pitié, il demandait autre chose. Et il a dit: "Viens au secours de mon manque de foi". Ce qui m'a étonnée, c'est qu'il demandait quelque chose pour lui, lui qui ne demande jamais rien. Il faisait confiance. 

Jésus a alors menacé l'esprit impur en lui disant de sortir. Et mon garçon est tombé sur le sol, il s'est mis à convulser, et j'ai cru qu'il était mort; mais ça, c'est quelque chose qui arrive souvent quand il est pris par cet esprit. J'ai même cru que Jésus n'avait pas réussi, et que j'avais perdu mon fils.

Mais il l'a pris par la main, il l'a aidé à se mettre assis, et mon enfant s'est mis debout tout seul; et surtout, il est allé vers moi et il a dit Maman! Lui qui n'avait jamais dit un mot, il était comme tous les enfants, et ma joie était intense. J'aurais tellement voulu remercier, tout donner, mais Jésus n'est pas resté. 

On m'a raconté que ses disciples, qui n'avaient pas réussi à chasser cet esprit, lui ont demandé pourquoi lui avait réussi, et pas eux. Et il leur aurait répondu que ces esprits impurs, qui rendent sourds à la présence de Dieu, qui empêchent de célébrer sa présence, ne peuvent se chasser que par la prière. Alors moi, tous les jours de ma vie, je vais prier pour que plus jamais d'autres parents n'aient à vivre un pareil calvaire, et que ces démons soient chassés! Qu'ils ne rentrent plus jamais en nous! Et je vais aussi louer le Dieu d'Israël, d'avoir envoyé cet homme.

samedi, février 23, 2019

La transfiguration. Mc 9, 2-13


Cet événement se trouve dans les trois évangiles dits synoptiques. Il est suivi de la guérison de l'enfant épileptique. Il est précédé par la première annonce du "destin" de Jésus et la réaction de Pierre. J'ai toujours pensé que ce qui se passe là est un tournant majeur dans les récits. Jésus, qui peu de temps après va prendre "avec détermination" la route qui conduit à Jérusalem, entre dans le temps qui va le mener à la mort, et ce tournant se fait avec la transfiguration, qui est figure de la résurrection et du corps "glorieux".

Il est un peu difficile, quand on connaît les autres textes qui rapportent cet événement, de ne pas penser à la torpeur qui s'abat sur les apôtres, à Jésus qui parle de son départ (Luc), etc. Mais là, c'est Marc.

Matthieu Mt 
Marc 9, 2-13
Luc 9, 28-36
01 Six jours après, Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère, et il les emmène à l’écart, sur une haute montagne.



02 Il fut transfiguré devant eux ; son visage devint brillant comme le soleil, et ses vêtements, blancs comme la lumière.



03 Voici que leur apparurent Moïse et Élie, qui s’entretenaient avec lui.











04 Pierre alors prit la parole et dit à Jésus : « Seigneur, il est bon que nous soyons ici ! Si tu le veux, je vais dresser ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. »





05 Il parlait encore, lorsqu’une nuée lumineuse les couvrit de son ombre, et voici que, de la nuée, une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie : écoutez-le ! »
06 Quand ils entendirent cela, les disciples tombèrent face contre terre et furent saisis d’une grande crainte.


07 Jésus s’approcha, les toucha et leur dit : « Relevez-vous et soyez sans crainte ! »
08 Levant les yeux, ils ne virent plus personne, sinon lui, Jésus, seul.


09 En descendant de la montagne, Jésus leur donna cet ordre : « Ne parlez de cette vision à personne, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts. »







10 Les disciples interrogèrent Jésus : « Pourquoi donc les scribes disent-ils que le prophète Élie doit venir d’abord ? »

11 Jésus leur répondit : « Élie va venir pour remettre toute chose à sa place.







12 Mais, je vous le déclare : Élie est déjà venu ; au lieu de le reconnaître, ils lui ont fait tout ce qu’ils ont voulu. Et de même, le Fils de l’homme va souffrir par eux. »

13 Alors les disciples comprirent qu’il leur parlait de Jean le Baptiste.

02 Six jours après, Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean, et les emmène, eux seuls, à l’écart sur une haute montagne. Et il fut transfiguré devant eux.


03 Ses vêtements devinrent resplendissants, d’une blancheur telle que personne sur terre ne peut obtenir une blancheur pareille.


04 Élie leur apparut avec Moïse, et tous deux s’entretenaient avec Jésus.










05 Pierre alors prend la parole et dit à Jésus : « Rabbi, il est bon que nous soyons ici ! Dressons donc trois tentes : une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. »
06 De fait, Pierre ne savait que dire, tant leur frayeur était grande.





07 Survint une nuée qui les couvrit de son ombre, et de la nuée une voix se fit entendre : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé : écoutez-le ! »







08 Soudain, regardant tout autour, ils ne virent plus que Jésus seul avec eux.





09 Ils descendirent de la montagne, et Jésus leur ordonna de ne raconter à personne ce qu’ils avaient vu, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts.
10 Et ils restèrent fermement attachés à cette parole, tout en se demandant entre eux ce que voulait dire : « ressusciter d’entre les morts ».


11 Ils l’interrogeaient : « Pourquoi les scribes disent-ils que le prophète Élie doit venir d’abord ? »


12 Jésus leur dit : « Certes, Élie vient d’abord pour remettre toute chose à sa place. Mais alors, pourquoi l’Écriture dit-elle, au sujet du Fils de l’homme, qu’il souffrira beaucoup et sera méprisé ?





13 Eh bien ! je vous le déclare : Élie est déjà venu, et ils lui ont fait tout ce qu’ils ont voulu, comme l’Écriture le dit à son sujet. »

28 Environ huit jours après avoir prononcé ces paroles, Jésus prit avec lui Pierre, Jean et Jacques, et il gravit la montagne pour prier.



29 Pendant qu’il priait, l’aspect de son visage devint autre, et son vêtement devint d’une blancheur éblouissante.


30 Voici que deux hommes s’entretenaient avec lui : c’étaient Moïse et Élie,
31 apparus dans la gloire. Ils parlaient de son départ qui allait s’accomplir à Jérusalem.

32 Pierre et ses compagnons étaient accablés de sommeil ; mais, restant éveillés, ils virent la gloire de Jésus, et les deux hommes à ses côtés.




33 Ces derniers s’éloignaient de lui, quand Pierre dit à Jésus : « Maître, il est bon que nous soyons ici ! Faisons trois tentes : une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. » Il ne savait pas ce qu’il disait.




34 Pierre n’avait pas fini de parler, qu’une nuée survint et les couvrit de son ombre ; ils furent saisis de frayeur lorsqu’ils y pénétrèrent.
35 Et, de la nuée, une voix se fit entendre : « Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi : écoutez-le ! »






36 Et pendant que la voix se faisait entendre, il n’y avait plus que Jésus, seul. Les disciples gardèrent le silence et, en ces jours-là, ils ne rapportèrent à personne rien de ce qu’ils avaient vu.

37 Le lendemain, quand ils descendirent de la montagne, une grande foule vint à la rencontre de Jésus.



Je me suis dit ce matin que peut-être Jean, un des fils de Zébédée, pourrait raconter ce qu'il a vécu ce jour là, lui le disciple de la première heure, lui qui aimerait bien avoir la meilleure place dans le royaume. 


Jean, le fils de Zébédée et le frère de Jacques, raconte.

Le Maître nous avait demandé qui il était pour nous. Alors, avant même même que nous ayons pu ouvrir la bouche, Simon a dit qu'il était le Christ. Là c'était la bonne réponse. Mais ensuite, comme Jésus disait (et à nous non plus, ça ne plaisait pas du tout) qu'il allait être livré aux mains des scribes, des anciens et des grands prêtres, qu'il devait souffrir et être mis à mort, Pierre a réagi au quart de tour, et s'en est pris plein la gueule, parce qu'il disait à Jésus que ce n'était pas possible. Après, ça a jeté un sacré froid: il s'est quand même fait traiter de Satan... Alors on continué à marcher vers Césarée, sans trop rien dire. Mais on comprenait quand même la réaction de Simon. 

Bref, ce n'était pas terrible. Les jours ont passé, et là Jésus est venu nous chercher, moi Jean, avec Jacques et Pierre. Je me suis souvenu de ce jour à Capharnaüm où il n'avait pris avec lui que nous trois, pour aller dans la maison d'une jeune fille qui venait de mourir; comment il l'avait prise par la main et lui avait rendu la vie. Il n'y avait eu que nous trois et c'était une telle joie pour nous.

Là, il nous a conduit à l'écart. Il aime bien cela le Maître, se mettre à l'écart. Souvent quand on lui demande une guérison, il prend la personne avec lui - enfin avec nous aussi, et il le sort de cet endroit où il y a de la foule, du bruit; et là, il peut parler, il peut regarder, il peut vraiment être celui qui est rempli d'amour pour son prochain. Alors quand il nous a demandé d'aller dans la montagne, au fond de moi, j'étais heureux; et comme Simon était là, c'était un peu comme s'il lui avait pardonné. 

On a pris notre temps pour monter. Arrivés tout en haut, il y avait le bruit du vent dans les pins, il y avait des rochers plats. On s'est assis. Lui il s'est mis à prier. Et là…

Là, il s'est passé quelque chose d'extraordinaire. D'un coup, il est devenu différent, il est devenu tout Autre. Il y avait comme une lumière en lui, il était lumineux, il était lumière. Et avec lui, il y avait Elie avec son manteau en poils de chameaux, et Moïse. 

Je sais que cela paraît impossible, et pourtant c'est bien ce que nos yeux ont vu. Et Simon, qui a toujours besoin de parler, a dit qu'il se proposait pour dresser trois tentes... Un peu fou Simon, mais il voulait sûrement que ce moment dure longtemps. Et la tente, cela fait penser à la tente de l'Alliance, cette Tente où Dieu parlait à Moïse, comme un ami parle à son ami. 

Et puis il s'est alors passé quelque chose d'autre. La nuée, cette nuée dont Moïse parlait, elle était là, sur nous, comme si nous étions pris dans cette lumière qui nimbait notre maître. Et nous avons entendu une voix très douce, une voix qui ne faisait pas peur, une voix qui était presque suppliante, qui nous disait que notre Rabbi était son Fils, son fils bien aimé, et qu'il nous demandait de l'écouter. Ecouter, obéir, oui, ça nous le savons, mais là, c'était autre chose, c'était comme si Le Seigneur, le créateur de tout l'univers, nous faisait à nous, une demande: écouter celui qui est son envoyé, celui qui est son Fils. Et c'est bien plus que le Roi Messie. Le Fils… 

J'avais fermé les yeux quand les gouttelettes de lumière s'étaient posées sur nous, et je ne sais pas combien de temps s'est écoulé. Mais quand j'ai rouvert les yeux, il n'y avait plus que Jésus, et Simon-Pierre et Jacques. 

Jésus nous a demandé de ne parler de cela à personne, tant qu'il ne serait pas ressuscité d'entre les morts: comme un secret très fort entre lui et nous. N'empêche que ce "ressuscité d'entre les morts", on n'arrivait pas à le comprendre, mais on lui a fait confiance. 

En redescendant, on lui a posé des questions; parce que Elie nous l'avions bien vu avec lui. Et il nous a expliqué que Jean c'était le nouvel Elie, qui avait préparé les chemins pour lui; et là, on était bien d'accord, parce que si nous n'avions pas reçu le baptême de Jean dans les eaux du Jourdain, nous, les pêcheurs nous ne l'aurions pas suivi, et nous n'aurions pas vu ce que nos yeux ont vu aujourd'hui. Et nous savons maintenant que quoiqu'il arrive, nous le suivrons.

vendredi, février 22, 2019

"Passe derrière moi Satan" Mc 8, 27-33

La honte de Pierre


Quand Pierre, dans l'évangile de Marc, différent des synoptiques, après avoir proclamé que Jésus est le Messie, se fait violemment rabrouer par Jésus qui le traite de Satan, je peux imaginer que le pauvre Pierre a dû se sentir tout petit, tout honteux. Et pourtant à mon avis il était plein d'amour, plein de bonne volonté. Croire que celui qu'il suivait puisse être rejeté par les anciens, les grands prêtres, être tué (et là la mort logique ne pouvait être que la lapidation) et qu'il ressuscite trois jours après, c'en était trop pour lui. 

Mais si on remet cet épisode dans la logique de ce qui est rapporté avant (même si le mot logique n'est pas le bon, mais renvoie simplement à la chronologie voulue par Marc), on pourrait dire que Pierre est un peu comme cet aveugle auquel Jésus rend la vue en deux temps. 

Pierre, en proclamant que Jésus est le Christ (même s'il ne sait pas très bien ce que concrètement cela peut signifier), a une première vision. Ses yeux sont ouverts sur une autre réalité: quand, dans les autres synoptiques, Jésus lui fait comprendre que si cette parole est sortie de lui, c'est parce que c'est le Père qui lui a révélé cela, cela montre bien que les yeux de Pierre sont ouverts. Mais si on revient à l'évangile de Marc, cette vision "globale" manque d'acuité. Pierre ne peut pas saisir pourquoi la fin doit être aussi noire. Et il faudra la Pentecôte pour que la vision soit donnée totalement.

Ce que je veux dire également, c'est que cette guérison d'un aveugle, guérison qui ressemble beaucoup à celle opérée en Décapole sur un sourd profond - qui guérit de deux infirmités (surdité et mutité) - et se passe dans la ville d'origine de Pierre, se fait en deux fois, comme si là aussi il y avait deux infirmités à guérir (vue, au sens large, et acuité visuelle), et peut prendre tout son sens si on  la place dans l'histoire de Pierre. 

Lui aussi est un aveugle, qui commence à voir, mais il lui reste encore du chemin à faire. Et c'est peut-être la transfiguration, qui suit dans cet évangile, qui va lui permettre de dépasser ce qu'il pensait savoir de Jésus, et de commencer à accepter la mort, même si - comme c'est dit - "ils ne comprenaient pas ce que voulait dire ressusciter des morts". 

Car la question qui se pose c'est que, certes, Jésus peut faire des résurrections (fille de Jaïre, fils de la veuve de Naïm, Lazare), mais qui va avoir la parole ou le geste pour lui redonner la vie à lui, au bout de trois jours? Il est certain que la transfiguration, qui comme le baptême montre le lien qui unit le Père au Fils et le Fils au Père, peut changer le regard, mais je pense qu'il faudra la Pentecôte pour que l'acuité soit donnée dans sa plénitude. 

Pour en revenir à la honte de Pierre quand  Jésus le  le traite de Satan, j'ai laissé Pierre raconter. 


Pierre raconte..

Il a donné à manger à quatre mille hommes, et on est parti en barque, parce qu'il ne voulait pas que la foule fasse de lui un "grand chef". Il est monté dans la barque, et ensuite, dès qu'on a été à terre, les pharisiens lui ont demandé de faire un signe venant du ciel, comme si ce qu'il venait d'accomplir et qui faisait de lui un nouveau Moïse ne leur suffisait pas.  Il a haussé les épaules et il est parti. On a repris la barque, et là, avec les autres apôtres, on s'est rendu compte qu'on avait oublié de prendre assez de pains pour nous tous, et on ne savait pas trop qui était le responsable; et quand Jésus s'est mis à nous parler d'une histoire de pharisiens, d'hérodiens et de levain, eh bien on n'avait vraiment pas la tête à ça. Alors lui, il n'était pas trop content. Il nous a fait comprendre que tant qu'on était avec lui, et lui avec nous, il veillerait à ce qu'on ne manque de rien. 

Puis on est passé par chez nous à Bethsaïde. Mais on ne s'est pas vraiment arrêté. Jésus voulait aller à Césarée de Philippe. On lui a amené un aveugle, et il s'est arrêté, parce que les personnes qui étaient avec lui le suppliaient de lui imposer les mains. Et Jésus, quand on le supplie comme ça, il ne sait pas résister. Il l'a pris par la main, il l'a conduit en dehors du village; bien sûr, nous nous étions là. Il a mis de la salive sur ses pauvres yeux, il lui a imposé les mains et il lui a demandé s'il apercevait quelque chose. C'était surprenant, parce que, quand il avait guéri un sourd qui proférait des sons indistincts, celui-ci avait retrouvé l'ouïe et la parole aussitôt.

Et là, l'homme a dit qu'il voyait un peu, mais qu'il ne savait pas trop ce que c'était. Alors il lui a imposé à nouveau les mains, et là, la guérison a été totale. Jésus lui a dit de rentrer chez lui, et ne pas se montrer au village. C'est toujours un peu bizarre, mais c'est comme ça. 

Et on a continué la route. Là, il nous a demandé ce qu'on disait de lui. 

Alors on a répété ce qu'on entendait, que l'esprit de Jean le Baptiste, ou celui d'Elie ou celui d'un des prophètes était en lui, et que c'est pour ça qu'il faisait des miracles. Il n'a pas répondu. Puis il nous a demandé ce que nous, on pensait. Alors là j'ai pris la parole, ou plutôt une parole a jailli de moi, une parole qui reflétait aussi ce que nous pensions tous, et j'ai dit qu'il était le Messie, le Christ. Il nous a alors dit de ne pas répéter cela en dehors de notre petit groupe; c'est étonnant quand même. Des fois, je ne le comprends pas du tout: il fait des miracles et ceux qui sont guéris ne doivent pas le dire; sauf que ça, ça ne marche jamais. Il a une renommée, et on dirait qu'il n'en veut pas. 

Et puis voilà qu'il déclare que le Fils de l'homme doit souffrir beaucoup. Déjà quand il parle de lui en se nommant le "Fils de l'homme", je n'aime pas, parce que je ne sais pas trop ce que ça veut dire, sauf que ça fait penser au messie de la fin des temps annoncé par Daniel et que ça fait un peu peur. Et il continue en affirmant qu'il va être rejeté par le pouvoir religieux, qu'il va être mis à mort et revenir à la vie au bout de trois jours.

Alors là, je n'ai pas supporté qu'il dise des choses pareilles. Il est là pour nous sauver, pas pour être tué. Et je l'ai pris à part, et je lui ai dit que ça ne devait pas arriver, que je le protégerais, qu'il n'avait pas le droit de dire des choses pareilles. Et pendant que je parlais, j'ai vu son visage se fermer. Les autres étaient à quelques pas derrière nous. Il s'est tourné vers eux, il il m'a littéralement gueulé dessus. Il a crié aussi fort que lorsqu'il avait dit à la tempête de s'arrêter. Il m'a traité de Satan, il m'a dit que je ne comprenais rien. Et là, j'ai ressenti une honte terrible. Pourtant je savais qu'il était celui que j'attendais, celui que j'aimais, et voilà qu'il me disait de passer derrière lui, comme s'il ne voulait plus jamais me voir. 

Je ne savais plus où me mettre, c'était affreux. Qu'est ce que j'avais dit de mal... Je l'aime, cet homme qui a dit qu'il ferait de moi un pécheur d'hommes, même si je ne comprends pas trop.

Après il a eu une phrase pour tous les autres, mais je pense aussi pour moi: il a dit que ceux qui voulaient le suivre devaient apprendre à se renoncer à eux-mêmes (peut-être à ne pas parler trop vite, aussi: à tourner leur langue sept fois dans leur bouche, peut-être à réfléchir plus à ce que Dieu attend d'eux), à prendre leur croix, ça je n'ai pas compris sauf que la croix c'est reconnaître qu'on est super pêcheur, et ensuite de le suivre. 

Et moi qui essaie de le suivre, tout ça, je ne sais pas faire..

Il a dit aussi que celui qui perdra sa vie à cause de lui et à cause de la bonne nouvelle qu'il proclame, sauvera sa vie. Alors, ça, ça m'a mis un peu de baume au cœur, parce que si son destin c'est de perdre sa vie, moi je donnerai ma vie pour lui, et je pense qu'il le sait. 

Alors j'ai eu un peu moins de honte et j'ai relevé un peu la tête, et quand il m'a appelé avec Jean et Jacques pour aller sur la montagne du Tabor, j'ai compris que tout ça c'était derrière et qu'il m'aimait pareil.

mardi, février 19, 2019

"Le levain des pharisiens: Mc 8, 14-21

Le levain des pharisiens et des hérodiens - Mc 8, 14-21

Un disciple raconte.

On avait débarqué à  Dalmanoutha. 

Juste avant, le Maître avait à nouveau donné à manger à une foule d'hommes et de femmes venus pour écouter son enseignement et demander des guérisons. Il y avait eu des restes, mais on était partis un peu dans la hâte, parce que Jésus avait peur que ces hommes et ces femmes ne fassent de lui leur chef pour aller réclamer justice aux Romains, et on a tout laissé sur place ou presque.

Et là, à peine avions nous mis pied à terre, qu'une fois de plus les pharisiens nous sont tombés dessus; enfin ils sont tombés sur Jésus… Ils voulaient un signe venant du ciel; comme si ce pain donné dans le désert, même s'il ne tombait pas du ciel comme la manne, ce n'était pas un signe de la présence du royaume. Jésus manifestement en a eu assez, et les a envoyés bouler. Il a juste répondu que pour le signe, ils pouvaient se brosser. Et je ne sais plus s'il a haussé les épaules, mais  avant de répondre il a soupiré très longuement, et moi j'avais l'impression que c'était comme un sanglot, sanglot devant leur incompréhension, sanglot devant leurs cœurs qui ne s'ouvraient pas. 

Et je pensais à ce qu'il avait dit à cet homme qui n'avait jamais entendu de sa vie, qui émettait des sons qui ne ressemblaient à rien, et qu'il avait guéri dans le territoire de la Décapole. Il avait dit à cet homme "ephata": ouvre toi. Et sa langue s'était déliée, ses oreilles s'étaient ouvertes, et il était devenu un homme nouveau, un homme ouvert aux autres. Il était sorti de son enfermement. Eux, ils sont dans leur enfermement, ils s'y trouvent bien et ils ne veulent pas en sortir. Quel miracle mon Rabbi devra–t-il faire pour qu'ils s'ouvrent?

Alors, on est repartis très vite. Du coup, pas le temps de faire de provisions. Et dans la barque, on a commencé à grogner. Normalement l'un d'entre nous aurait dû prévoir, et il ne l'avait pas fait. On avait juste un pain, et un pain ce n'est pas grand chose. Et en mer, on ne sait jamais ce qui peut se passer. On sait bien que Jésus est capable de faire taire une tempête, mais bon, il l'a fait une fois, est-ce qu'il le refera à chaque fois? Bref, on ne pensait qu'à ça.

Et voilà que lui, qui était comme d'habitude sur le coussin, il se met à nous parler. Il nous dit de nous méfier du levain des pharisiens et des Hérodiens. D'accord, parler de levain c'est parler de pain, et du pain on n'en a pas. Alors on n'a pas écouté, d'autant qu'on ne comprenait pas trop. Je pense qu'il parlait de ce que les pharisiens et les Hérodiens, qui veulent le faire mourir et ne s'en cachent pas, racontent sur lui: ces paroles de médisance. Un peu comme s'il avait peur que nous aussi nous finissions par y croire.

Il a bien vu qu'on était ailleurs. Et là, il a été dur envers nous. Je dirais qu'il nous a engueulés; il nous a dit que nous avions le cœur dur, que nous étions aveugles et sourds. Il nous a rappelé ces corbeilles pleines des restes…  On a eu un peu honte… C'est vrai que tant qu'il est avec nous, nous devrions lui faire confiance, savoir que nous ne manquerons de rien. Après tout s'il a, avec 5 pains donné à manger pour 4000 personnes, avec un pain il peut bien faire pareil, mais en fait on était trop en colère contre Barthélémy qui n'avait pas prévu de prendre ce qu'il faut. 

Oui, c'est vrai qu'on est bouché comme les pharisiens, seulement nous, on l'aime. Là où il ira, nous irons. Et même si on ne comprend pas, on ira - pour lui et avec lui - au bout du monde, pour que l'Amour de son Père, qui est notre Père, soit révélé.

lundi, février 18, 2019

Les béatitudes dans l'évangile de Luc: Lc 6, 17, 20-26

Ce texte est présenté pour le  6°  dimanche du temps ordinaire de l'année C.

Comme souvent il est un peu tronqué. Je veux dire que si on reprend le récit dans son contexte - sans faire le saut entre le verset 17 et le verset 20, et surtout si on regarde ce qui s'est passé avant, on a une meilleure compréhension du texte. En effet dans ce chapitre on trouve, juste avant, l'appel et le choix des apôtres; c'est avec eux que Jésus redescend de la montagne, qu'il voit une grande foule, venue de Judée, de Jérusalem et du littoral de Tyr et de Sidon (pays païen par définition); ce qui montre bien l'universalisme de Jésus. Ces gens sont là, ils l'attendent. Et Jésus répond à leur demande. Il expulse les esprits mauvais, donc il délivre, il rend libre. Il guérit les malades, il donne donc la joie; et lui qui est le pur, il accepte d'être touché. Pour lui, il n'y a pas de purs et d'impurs. Et je me disais que cette foule qui est venue dans la tristesse, elle repart dans la joie (ce qui est différent du bonheur). Les pauvres, les petits, ont été comblés; et cela, cette abondance, c'est la marque de Dieu, qui donne en plénitude.

Puis il s'adresse à ses disciples (pas à la foule); à ceux qui l'ont choisi, et que lui vient de choisir. Je pense que mettre ces versets sous forme de tableau montre mieux le contraste entre ceux qui sont appelés ou qui ont choisi de le suivre et les autres. Mais j'y reviendrai.

« Heureux, vous les pauvres, car le royaume de Dieu est à vous. 

21 Heureux, vous qui avez faim maintenant, car vous serez rassasiés. 

Heureux, vous qui pleurez maintenant, car vous rirez.


22 Heureux êtes-vous quand les hommes vous haïssent et vous excluent, quand ils insultent et rejettent votre nom comme méprisable, à cause du Fils de l’homme. 

23 Ce jour-là, réjouissez-vous, tressaillez de joie, car alors votre récompense est grande dans le ciel ; c’est ainsi, en effet, que leurs pères traitaient les prophètes
24 Mais quel malheur pour vous, les riches, car vous avez votre consolation ! 

25 Quel malheur pour vous qui êtes repus maintenant, car vous aurez faim ! 

Quel malheur pour vous qui riez maintenant, car vous serez dans le deuil et vous pleurerez ! 


26 Quel malheur pour vous lorsque tous les hommes disent du bien de vous ! 





C’est ainsi, en effet, que leurs pères traitaient les faux prophètes


 On parle toujours des différences entre les Béatitudes données par Matthieu et celles-ci, qui semblent beaucoup (ou encore plus) radicales. 

Mais ce matin, en pensant à ces phrases, je me disais que Luc a été, si je puis dire, l'historiographe de Paul: et que tout ce qu'il écrit ci-dessus s'applique absolument à ce dernier. Paul est un exemple: il montre comment celui qui a choisi de vivre en imitant le Christ, le Christ crucifié et ressuscité, devient un frère de Jésus, un Fils de Dieu, et qu'en cela, il est heureux. Et peut-être que Luc, en rapportant ces paroles, pensait à celui qu'il avait accompagné pendant des années. 

Alors je relis ces versets en pensant à ce que fut la vie de Paul.

Paul s'est toujours présenté comme un pauvre, travaillant de ses mains, ne demandant rien, mais qui a été accueilli quand il était malade, et qui a fait l'expérience de la dépendance totale, car c'est de cela dont il est question. Et cette pauvreté là, qui ne magnifie pas la pauvreté en tant que telle mais une manière de vivre, oui, elle rend heureux.  Pauvre oui, mais riche de la présence du Christ en lui.

Paul, parle souvent des larmes qu'il verse pour ses communautés, quand elles s'écartent de l'évangile qu'il leur a apporté. Et ces larmes là, il m'arrive de les verser aussi quand je me rends compte combien Dieu est devenu l'absent de notre société. 

Oui, on peut verser ces larmes là, qui ne sont pas liées au chagrin de la perte d'un être cher (encore que là, je puisse me dire que le fait que L'Amour du Christ ne soit même pas rejeté, mais annulé, c'est quelque chose que je ressens comme une perte pour notre humanité). Alors oui, je pense que dans la foi, on peut être consolé. Et dans consolé, je ne vois pas seulement le côté affectif, mais le don de consolation apporté par l'Esprit Saint, qui est cette consolation qui fait sortir d'une sorte de honte d'avoir aussi laissé faire.

Paul a été haï, rejeté, insulté, et cela se trouve surtout dans les Actes. Il ne l'a pas fait pour que son nom soit inscrit dans les cieux, mais pour ne pas être séparé de celui en qui il a mis sa foi et dont il partage ainsi les souffrances. Et Paul parle bien de la joie qui est en lui, lui qui est crucifié avec Jésus.

Je pense que la lecture des épitres de Paul peut beaucoup aider à la compréhension de ces Béatitudes. Je sais que souvent, quand Paul dit que nous devons l'imiter, je trouve qu'il exagère un peu, mais au fond, je dois reconnaître qu'il a raison. Car ce n'est pas lui qu'il faut imiter, mais celui qui est en lui et en nous. 

Quant à la seconde partie, je me dis que malgré tout, à l'époque de Jésus, on considère que ceux qui réussissent, qui ont une longue vie, qui ont leurs greniers bien remplis, c'est parce qu'ils ont choisi de vivre selon les préceptes et commandements de la Tora, donc qu'ils sont des justes. 

Or là, Jésus renverse tout ça, et fait peut-être comprendre à ceux qui se croient des purs (et c'est si facile de se croire pur quand on essaie de prendre au sérieux ce qui est demandé) qu'ils se trompent, que ce n'est pas comme cela que l'on rentre dans le royaume. 

Et que pour y entrer il faut, comme le dit Matthieu, avoir un coeur de pauvre, un coeur qui est dans la dépendance et qui s'ouvre petit à petit.