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dimanche, juin 23, 2024

MARC 4, 35-41: LA TEMPETE APAISÉE. 12° DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE. JUIN 2024

La liturgie nous permet de cheminer dans l'évangile de Marc. La semaine dernière, c'étaient deux paraboles qui parlaient du règne de Dieu, de la confiance nécessaire, de la patience. Aujourd'hui c'est la tempête apaisée, Jésus étant dans la barque avec les disciples. Je dois dire que c'est un texte que j'aime beaucoup, parce qu'on peut vraiment imaginer Jésus debout dans la tempête et invectivant la mer, lui ordonnant de se taire: puissance du Fils de l'Homme...

J'ai travaillé sur ce texte il y a deux ans - https://giboulee.blogspot.com/2022/01/marc-4-35-41-la-tempete-apaisee.html, mais en relisant la manière dont le disciple racontait, j'ai eu envie de faire un peu autrement, et donc de faire comme si le texte je ne le connaissais pas, comme si je le découvrais. 

Il s'est fait des liens avec la première lecture qui parle de Dieu en disant qu'il s'adresse à Job au milieu de la tempête, avec des images de Moïse, mais aussi avec le livre de Jonas, avec Abram qui comme les disciples quitte la ville où s'est établi son père pour quitter son pays, et partir vers ce pays qui lui sera montré.  

Premières réflexions

 

La semaine dernière, c'étaient les paraboles qui permettent de comprendre - ou d'entendre un peu - à quoi on peut comparer le royaume de Dieu. Il nous avait été parlé de la graine jetée en terre, et qui pousse quoiqu'il arrive, à condition peut-être que le sol (la terre) soit préparé (et cela c'est au moins un peu de notre ressort), mais il faut du temps. Il faut accepter de ne pas voir, et de faire confiance. La confiance est peut-être le maître mot, d'autant qu'elle est l'antidote de la crainte, que Jésus va reprocher à ses disciples.  

 

Il nous avait aussi été dit que le royaume était le plus petite des graines, mais que d'elle pouvait naître une plante potagère assez grande pour permettre aux oiseaux du ciel de se trouver leur abri. Et là encore, il était question de confiance, avec une idée importante: Marc écrit pour les Romains, et la petite graine qui a été jetée en Israël commence à grandir: peu à peu la petite église va se développer, et cela demande une sacrée confiance.

 

Aujourd'hui, Jésus décide de semer ailleurs, et d'aller sur l'autre rive. Aller sur l'autre rive, c'est certainement l'inconnu, car à priori les disciples de Jésus, ces pécheurs de Galilée, ne vont pas sur l'autre rive, qui est occupée par d'autres habitants qu'ils considèrent comme des païens et qu'il ne faut pas fréquenter. Peut-être qu'il leur est demandé, comme Dieu l'a fait dans le passé avec Abram, de quitter la sécurité, de se mettre en route, pour aller vers un ailleurs qui peut faire peur.

 

Ce qui est étonnant dans ce texte, c'est le côté presque impérieux, impératif: il fait nuit, nous dit Marc, et il faut se mettre en route. Jésus qui a certainement dû enseigner toute la journée et qui a bien le droit d'être fatigué, ne s'écoute pas, et se met en route tel qu'il est, comme si quelque chose le poussait à partir immédiatement: "aussitôt" aurions-nous pu lire…..

 

Par ailleurs cette péricope s'appelle la tempête apaisée. Apaisée. Autrefois, et c'est ce qu'on peut lire dans le livre de Jonas, pour que la mer s'apaise, pour que les forces qui l'agitent cessent leur violence, il fallait lui donner quelque chose, quelqu'un. Il faut apaiser les forces du mal en sacrifiant celui qui est l'origine de ce déferlement. Jonas est jeté à l'eau, et la mer cesse de s'agiter. Si on relit le début du livre de Jonas, il est quand même étonnant :


Jon 1, 5-7

 

5 Les matelots prirent peur ; ils crièrent chacun vers son dieu et, pour s’alléger, lancèrent la cargaison à la mer. Or, Jonas était descendu dans la cale du navire, il s’était couché et dormait d’un sommeil mystérieux.

6 Le capitaine alla le trouver et lui dit : « Qu’est-ce que tu fais ? Tu dors ? Lève-toi ! Invoque ton dieu. Peut-être que ce dieu s’occupera de nous pour nous empêcher de périr. »

7 Et les matelots se disaient entre eux : « Tirons au sort pour savoir à qui nous devons ce malheur. » Ils tirèrent au sort, et le sort tomba sur Jonas.

 

Si j'ose continuer un parallélisme, les disciples pensent peut-être que cette tempête c'est de la faute de Jésus, et qu'il faudrait se débarrasser de lui pour que la mer se calme, mais c'est vraiment très osé. 

 

En soi, il est plus logique de penser que dans le combat qui se joue entre Jésus et les forces du mal, ces dernières, prennent peur en le voyant se mettre en route, se disent qu'il faut tout faire pour le bloquer dans son action, lui et ses disciples et le faire disparaître avant qu'il ne répande la semence dans une terre que ces esprits mauvais estiment être à eux.

 

Cet épisode se trouve chez Matthieu, Marc et Luc, et précède à chaque fois la rencontre avec le possédé de Gérasa, ce qui signifie bien son importance dans la lutte de Jésus contre l'esprit mauvais. 

 

La tempête apaisée dans les synoptiques.

 

 

Matthieu 8, 23-28

Marc 4, 35-41

Luc 8, 22-26

 

 

 

 

 

 

 

 

 

23 Comme Jésus montait dans la barque, ses disciples le suivirent.

 

 

 

 

24 Et voici que la mer devint tellement agitée que la barque était recouverte par les vagues. 

Mais lui dormait.

 

 

 

25 Les disciples s’approchèrent et le réveillèrent en disant : « Seigneur, sauve-nous ! Nous sommes perdus


 

 

26 Mais il leur dit : « Pourquoi êtes-vous si craintifs, hommes de peu de foi ? »

 

 

Alors, Jésus, debout, menaça les vents et la mer, et il se fit un grand calme.

 

 

 

 

 

 

 

 

27 Les gens furent saisis d’étonnement et disaient : « Quel est donc celui-ci, pour que même les vents et la mer lui obéissent ? »

 

 


 

 

28 Comme Jésus arrivait sur l’autre rive, dans le pays des Géraséniens, deux possédés sortirent d’entre les tombes à sa rencontre ; ils étaient si agressifs que personne ne pouvait passer par ce chemin.

 

35 Ce jour-là, le soir venu, il dit à ses disciples : « Passons sur l’autre rive. »

 

 

 

36 Quittant la foule, ils emmenèrent Jésus, comme il était, dans la barque, et d’autres barques l’accompagnaient.

 

 

 

37 Survient une violente tempête. Les vagues se jetaient sur la barque, si bien que déjà elle se remplissait.

38 Lui dormait sur le coussin à l’arrière

 

 

 

Les disciples le réveillent et lui disent : « Maître, nous sommes perdus ; cela ne te fait rien ? »

 

 

 

39 Réveillé, il menaça le vent et dit à la mer : « Silence, tais-toi ! » Le vent tomba, et il se fit un grand calme.

 

 

 

 

 

 

40 Jésus leur dit : « Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ? »

 

 

 

41 Saisis d’une grande crainte, ils se disaient entre eux : « Qui est-il donc, celui-ci, pour que même le vent et la mer lui obéissent ? »

 

 

 


 

Mc 5, 1 1 Ils arrivèrent sur l’autre rive, de l’autre côté de la mer de Galilée, dans le pays des Géraséniens.

 

22 Un jour, Jésus monta dans une barque avec ses disciples et il leur dit : « Passons sur l’autre rive du lac. » Et ils gagnèrent le large.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

23 Pendant qu’ils naviguaient, Jésus s’endormit. Une tempête s’abattit sur le lac. Ils étaient submergés et en grand péril.

 

 

24 Les disciples s’approchèrent et le réveillèrent en disant : « Maître, maître ! Nous sommes perdus ! » 

 

 

 

Et lui, se réveillant, menaça le vent et les flots agités. Ils s’apaisèrent et le calme se fit.

 

 

 

 

 

 

 

 

25 Alors Jésus leur dit : « Où est votre foi ? » 

 

 

 

Remplis de crainte, ils furent saisis d’étonnement et se disaient entre eux : « Qui est-il donc, celui-ci, pour qu’il commande même aux vents et aux flots, et que ceux-ci lui obéissent ? »

 

 

26 Ils abordèrent au pays des Géraséniens, qui est en face de la Galilée.

 

 

 

 

Si on s'essaie au jeu des différences, on peut voir que seul Marc est dans l'urgence: on emmène Jésus tel qu'il est, et ce, bien que le soir soit tombé. On est au début de l'évangile de Marc, mais beaucoup de miracles ont eu lieu et peut-être parce que Jésus se sent déjà en danger, le discours en paraboles (début du chapitre 4) a été une sécurité pour lui, l'a mis dans la lignée des "rabbis".

 

Chez Matthieu la foule est dense autour de Jésus qui, il faut le dire, vient de guérir un lépreux et le serviteur d'un centurion, puis la belle-mère de Pierre et enfin un grand nombre de malades et de possédés qui sont tous guéris. Cette foule est comme un filet qui enserre Jésus dans ses mailles, qui le veut pour elle; mais cela ce n'est pas possible, alors Jésus, en pleine nuit, décide de prendre de la distance et d'aller sur "l'autre rive".

 

 Quant à Luc, tout se passe en plein jour.  

 Si chez Marc, les disciples sont remplis de crainte et chez Matthieu les gens d'étonnement, chez Luc, ce sera crainte et étonnement (mais chez Luc, c'est un mot qui revient assez souvent: 9 fois contre 2 fois chez Matthieu et 6 fois chez Marc)  et qui renvoie bien au bouleversement.

 

On trouve le même reproche dans les trois, exprimé différemment; mais si chez Matthieu, c'est "hommes de peu de foi", chez Luc c'est plus doux: où est votre foi. Mais cela nous oblige peut-être à plus de réflexion. Sommes-nous capables de garder notre confiance en celui qui semble absent (qui dort) quand la tempête s'abat sur nous? 

 

 

Travail sur le texte de Marc

 

35 Ce jour-là, le soir venu, Jésus dit à ses disciples : « Passons sur l’autre rive. » .

 

Il n'y a aucune transition. On sait juste que c'est le soir, un soir. Avant il y avait eu les discours en paraboles. On peut juste imaginer que Jésus a raconté (enseigné) et que là, au lieu d'expliquer aux disciples le sens des paraboles, il décide de quitter ce lieu, cette ville et d'aller ailleurs. Il est certain que pour nous, le "passons sur l'autre rive", ne veut pas dire grand-chose. Peut-être qu'il faut l'entendre comme ce que Dieu dit à Abram dans le livre de la Genèse: Gn 12, 1: Le Seigneur dit à Abram : « Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père, et va vers le pays que je te montrerai.

 

Il s'agit bien de prendre la barque, et de partir, de quitter un environnement connu, pour s'embarquer pour quelque chose, peut-être pour aller semer si on prend le début du chapitre. 

 

36 Quittant la foule, ils emmenèrent Jésus, comme il était, dans la barque, et d’autres barques l’accompagnaient.

 

Manifestement, jésus doit se montrer assez intransigeant, c'est maintenant qu'il faut se mettre en route et tant pis s'il fait nuit. Après tout ce sont des pécheurs, donc ils connaissent leur métier, et la pêche se fait de nuit. Il s'agit donc bien d'aller pêcher quelque part, sur cette autre rive. Une nouvelle pêche se prépare, mais les disciples ne le savent pas, et c'est bien cette nouvelle pêche qui va provoquer la fureur des forces mauvaises; Jésus part, mais pas seul, puisque Marc nous dit qu'il y a d'autres barques. 

 

37 Survient une violente tempête. Les vagues se jetaient sur la barque, si bien que déjà elle se remplissait.

38 Lui dormait sur le coussin à l’arrière. Les disciples le réveillent et lui disent : « Maître, nous sommes perdus ; cela ne te fait rien ? »

 

Les vagues se jettent sur la barque, comme un adversaire se jette sur un autre adversaire, avec une grande violence. On sent bien là, qu'il s'agit d'un combat. Il s'agit de se débarrasser de cet empêcheur de tourner en rond, de l'éliminer lui et ses disciples, de les envoyer rejoindre les morts qui sont dans le fond de cette mer.

 

Mais il me semble que pour raconter la scène, il faut en inverser l'ordre. 

- Jésus est fatigué, on lui a préparé un endroit pour qu'il puisse se reposer et dormir, puisqu'il fait nuit et que lui n'est pas un navigateur. 

- La tempête se lève et elle est violente. La mer est démontée et les vagues sont comme à l'assaut de la barque, pour la faire couler puisqu'elle se remplit d'eau. Mais lui, il continue à dormir., un peu comme Jonas qui dormait d'un sommeil mystérieux dans la calle du bateau, alors que la tempête fait rage. 

- Eux écopent, mais ça ne sert à rien.

 - Ils réveillent Jésus, avec cette phrase qui sonne comme un reproche: "ça ne te fait rien?": Tu dors, toi! Mais qu'est-ce que tu fabriques! Comment peux- tu dormir alors que nous sommes en danger? Je peux imaginer quelqu'un lui disant: "Mais bon Dieu, réveille-toi Jésus, sois un peu présent dans cette m... et fais quelque chose.

 

39 Réveillé, il menaça le vent

et dit à la mer 

: « Silence, tais-toi ! » 

Le vent tomba, et il se fit un grand calme.

Jésus alors se lève, je l'imagine se mettre debout, un peu comme Moïse devant la mer des joncs, et avec d'abord une menace que nous n'entendons pas qui concerne le vent (la tempête), et une autre phrase adressée à la mer, qui serait presque "ta gueule". S'il y a menace, c'est je t'ordonne de t'arrêter ou tu vas voir ce qui va t'arriver; ou alors on fait un parallèle avec le livre de Job, Jésus est comme Dieu, debout au milieu de la tempête et il menace la mer, il lui ordonne de cesser son agitation. Et c'est le silence, le calme, le vent qui se calme, les vagues qui reprennent leur clapotis.

 

40 Jésus leur dit : « Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ? »

 

Mais il n'en reste pas là. Il a engueulé le vent, la mer et là c'est le tour des disciples. Vous n'avez pas compris qui je suis. Si je suis avec vous, même si tout se déchaîne, rien ne peut vous arriver. Est-ce que je vais vous laisser tomber? 

 

41 Saisis d’une grande crainte, ils se disaient entre eux : « Qui est-il donc, celui-ci, pour que même le vent et la mer lui obéissent ? »

 

La réponse c'est le questionnement: qui est-il celui-là? Or nous, ce Jésus-là, qui est comme le Père debout dans la tempête, est-ce qu'il nous fait peur? Il me paraît important de ne pas oublier que même s'il se présente comme doux et humble de cœur, le combat contre le mal combat qui se fait ici avec cette parole "qui ne revient pas sans avoir accompli ce qu'elle a dit" (Is  55, 11), est un combat permanent; Jésus ne dort pas, il est là et il agit.

 

Un disciple raconte.

 

J'ai tout quitté (ou presque pour le suivre), je suis de Capharnaüm, et je suis heureux d'avoir fait ce choix. À nous qui sommes ses proches, il explique les paraboles; et des paraboles, il en dit beaucoup à la foule qui se masse autour de lui et qui l'aime bien, parce qu'il fait des choses que personne n'a jamais faites avant lui, qu'il accepte tout le monde, qu'il écoute, qu'il guérit, qu'il est là vraiment au milieu de son peuple. Tout serait parfait si les pharisiens ne passaient pas leur temps à lui mettre les bâtons dans les roues comme on dit, à chercher la petite bête, mais dans le but de le tuer. 

 

Ce soir là, je pensais que ce serait comme tous les soirs, à la limite que je passerais chez moi, mais il a décidé tout d'un coup qu'il voulait partir sur l'autre rive. Je dois dire que l'autre rive, ce n'est pas chez nous, c'est chez ceux qui ne connaissent pas le Dieu Unique, et qui d'après ce qu'on nous dit, vivent avec plein de mauvais esprits. D'ailleurs ils ne nous aiment pas, et nous évitons leurs villes. Mais Jésus ne nous a pas laissé le choix et nous sommes partis tels que nous étions et lui tel qu'il était, alors que la nuit tombait.

 

Il s'est installé sur les coussins à l'arrière du bateau et s'est endormi. Je dirais même qu'il s'est écroulé. Au début tout allait bien, les étoiles étaient là, la lune éclairait la surface du lac. Mais d'un seul coup, le ciel est devenu noir, le vent s'est levé, ce vent méchant qui change sans arrêt de direction, et les vagues ont commencé à se jeter contre le bateau, puis elles sont devenues de plus en plus fortes, et nous avions beau écoper, la barque se remplissait d'eau, et nous commencions à nous enfoncer. Les autres barques, elles avaient disparu dans les ténèbres. 

Croyez-moi ou pas, mais Jésus continuait à dormir. C'était incroyable; À croire qu'on lui avait jeté un sort. Nous ne savions vraiment plus que faire, nous avions l'impression qu'un combat se jouait, et que le but était de nous faire couler au plus profond du lac. Alors nous l'avons réveillé, mais à cause du bruit des bourrasques, des craquements de la barque, nous devions hurler pour nous faire entendre. Seulement, je ne sais pas comment le dire, mais nous avions aussi un peu peur de le sortir de son sommeil. Alors Matthieu l'a touché, l'a secoué en lui demandant si ça ne lui faisait rien de mourir avec nous? C'est un peu bizarre comme phrase, mais nous avions tellement peur de mourir…

 

Il s'est alors mis debout dans cette tempête, dans cette barque qui tanguait dans tous les sens, il était comme Moïse face la mer alors que les Égyptiens arrivaient au galop pour nous exterminer; il était comme Elie, il était comme Adonaï béni soit-il, quand il mettait de l'ordre dans le Tohu-Bohu, il était l'image de la puissance, de la force. Il a parlé à la mer en lui disant de se taire. Et le vent est tombé, les vagues ont perdu de leur force, et le silence est revenu. Mais quel silence. Je n'avais jamais entendu un silence pareil. Les nuages ont disparu, les étoiles ont repris leur place dans le firmament et nous étions là, sauvés, mais je dois dire sonnés par ce qui venait de se passer.  

 

Avant que nous ne reprenions les rames, il nous a regardés, avec cette manière qu'il a de regarder, où on a l'impression qu'il lit en nous comme dans un livre. Il nous a demandé pourquoi nous étions si craintifs, et si nous avions la foi. 

 

Il en pose des questions, lui. Il ne se rend pas compte. Oui, il était avec nous, oui, nous sommes ses disciples, oui, il nous a choisis, oui il nous a dit que nous étions pour lui des frères, mais la peur était tellement forte, et lui qui dormait, tellement loin, que nous avons pensé qu'il nous laissait seuls et que nous allions tous crever. 

 

Je dois dire que cette question, encore aujourd'hui, je me la pose et pourtant, ce jour-là, ou plutôt cette nuit-là, nous avons vu en l'homme qui nous avait appelé et choisi une présence qui était celle du Très Haut. Et nous nous demandions qui était vraiment ce maître, ce rabbi, pour que la mer et le vent lui obéissent. Nous connaissions bien la réponse, mais la réponse nous faisait peur.

 

Nous avons accosté, un homme s'est avancé vers nous, un homme possédé par un esprit impur, et ce fut un nouveau combat contre ces forces qui veulent faire vivre les hommes dans les ténèbres et dans la mort. Alors que lui, il vient pour la vie, pour donner la vie, la vraie. 

mercredi, janvier 05, 2022

Marc 6, 45-52: les disciples pris dans la tempête.

C'est ce qui est rapporté par Marc tout de suite après la multiplication des pains. Ce que je retiens, c'est que même si Jésus n'est pas avec ses disciples dans la barque, il est attentif à ce qui se passe, du lieu où il se trouve (la montagne, le ciel). Quand il se rend compte que la mort est là, que le danger est grand, il n'hésite pas à quitter ce qu'il faisait (être avec son Père) pour venir à l'aide. 

Je remarque aussi que le danger peut faire qu'on ne le reconnaisse pas, je veux dire qu'on ne se rende pas compte que l'aide est là. Et que Jésus ne demande pas à la tempête de s'apaiser. Ce n'est que lorsqu'il peut monter dans la barque, qu'il a sa place avec nous, que le vent tombe. 

Mais la phrase qui résonne en moi c'est ce verset "Voyant qu’ils peinaient à ramer, car le vent leur était contraire, il vient à eux vers la fin de la nuit en marchant sur la mer, et il voulait les dépasser", parce que je trouve ce regard de tendresse tellement important; jésus voir qu'ils n'arrivent pas à ramer parce que les vents sont contraires. Et cela c'est tellement fréquent, et savoir qu'il nous regarde, qu'il est prêt à quitter le lieu de son repose pour nous, donne un tel espoir.

Mais la dernière phrase: ils n'avaient rien compris au miracle du pain car leur coeur était endurci, je la trouve assez dure. 


J'ai essayé de faire raconter le vécu de cette nuit, par un des disciples qui a dû reprendre la navigation en pleine nuit.

Un disciple raconte: 

 

Il aurait dû être content le Maître, notre Maître. Hier nous nous étions  bien démenés pour que tout le monde ait à manger, pour que tout le monde soit satisfait. je dois dire qu'on  s'était bien fatigué. On avait même trouvé des corbeilles pour ramasser tous les morceaux de pain qui restaient de ce repas improvisé d'hier soir. Du poisson il n'y en avait plus, et c'est bien dommage: on ne pouvait pas en mettre un peu de côté pour nous et pourtant c'était bien avec nos poissons qu'il a nourrit tout le monde. On aurait bien voulu passer un peu de temps avec lui, même s'il y avait encore du monde.

 

 Mais non, il n'a rien voulu entendre. Il nous a obligé à repartir pour aller à Bethsaïde, là où se trouve la maison d'André, pour arriver avant lui là-bas. 


On est parti, mais on grognait un peu, pour ne pas dire beaucoup. Et pour comble de malchance, le vent s'est levé, la tempête est arrivée, les vagues nous secouaient, nous malmenaient et on ne savait plus du tout où nous étions. on avait déjà essuyé un sacrée tempête, mais il était avec nous, et c'était différent. Là nous étions seuls dans cette nuit d'encre. on avait beau ramer, la barque avait du mal à avancer et pour la direction, ça on ne savait plus du tout où on était.

 

Et tout d'un coup, on a vu une espèce de silhouette qui se mouvait sur ces vagues, et là on était sûr que c'était l'esprit d'un de ceux qui ont péri dans le lac, un de ces esprit qui veut du mal, un fantôme sans sépulture. On avait tellement peur qu'on a hurlé, nous des hommes faits.


Et pourtant, en regardant bien, cette silhouette ce n'était pas un fantôme, c'était celle de notre maître. À croire qu'il avait vu combien nous avions de mal dans cette nuit d'encre. Il marchait sur la mer. Vous vous rendez compte. Il allait droit devant lui, il allait nous dépasser. Mais quand nous avons hurlé, la forme s'est arrêtée, et on crié "à l'aide". . On aurait dit qu'il n'attendait que ça. Et là, nous l'avons vraiment reconnu, mais croyez-moi, ce n'était si facile.. 

 

Mais ça soufflait toujours. Dans la tempête, il a ouvert la bouche, il nous a rassurés, demandé d'avoir confiance, et c'était bien son timbre de voix. 


On l'a aidé à monter dans la barque, parce que ça tanguait beaucoup. Et d'un coup le vent est tombé et nous avons accosté. 

 

Nous étions stupéfaits, bouleversés. Certes nous étions sains et saufs, mais comment avait-t-il pu nous voir de sa montagne, comment avait-t-il pu marcher sur ces vagues, comment avait-t-il pu donner à manger à toute cette foule. Parfois on comprend, mais parfois nous avons eus peu peur. Je dois reconnaître qu'on est dépassé. et il nous fait même un peu.peur. Le Très Haut n'est-il pas le seul à être le maître des éléments? Qui est-il vraiment celui qui nous a choisi? 

 

 

lundi, août 01, 2022

Matthieu 14, 13-36. Multiplication des pains et tempête sur le lac.

 Chapitre 14: Multiplication des pains et tempête sur le lac.

 

La lecture plus ou moins continue de l'évangile de Matthieu propose, sur deux jours, la multiplication des pains et le récit de la nuit sur le lac dans la tempête.

Le chapitre 14, démarre par le récit de la mise à mort de Jean le baptiseur, et les conséquences de cet acte sur Jésus: partir, aller ailleurs, aller au loin.

 

 Dans un premier temps, Jésus quitte un endroit sans doute dangereux pour lui parce que trop proche d'Hérode, dont on sait qu'il prend Jésus pour une réincarnation de Jean, donc quelqu'un de dangereux pour lui. Il va,, en barque, dans un endroit loin des villes et villages, et ce sera la multiplication des pains; puis il va ailleurs, sur l'autre rive, et ce sera la tempête apaisée. Puis il ira encore plus loin, dans le territoire de Tyr et de Sidon, et ce sera la rencontre avec la femme cananéenne. Quel que soit le lieu, Jésus est maintenant reconnu et sollicité.

 

Ce qui m'a étonnée (enfin pas vraiment, parce que l'évangile de Luc que nous avons entendu dimanche, va pour moi un peu dans le même sens) c'est que d'habitude on ne donne pas d'ordres à Jésus; c'est lui qui prend l'initiative, et parfois il peut refuser (ce qu'il fait avec l'homme qui lui demande de dire à son frère de partager son héritage). Or là, ce sont les disciples qui demandent à Jésus de renvoyer la foule (leur désir). Mais pour Jésus ce n'est pas le moment. La foule, il la renverra bien, mais plus tard et quand il sera sûr que cela ne sera pas dommageable pour elle.

 

C'est sur cet aspect de maîtrise que j'ai centré le récit de la multiplication des pains et de la tempête apaisée. Jésus, maître des circonstances et des événements.

 

Un disciple raconte.

 

Les disciples de Jean étaient venus voir notre Rabbi, et lui avaient raconté comment leur maître avait été assassiné par la traitrise d'Hérodiade. Est-ce que maintenant Hérode n'allait pas s'en prendre à notre Jésus? Alors il a décidé de quitter ce lieu un peu trop proche du pouvoir, et nous sommes partis en barque vers un endroit loin des villages et des villes. 

 

Seulement quand nous sommes partis, il y avait des gens qui traînaient là, et ils se doutaient bien du lieu où nous irions. Alors quand nous sommes arrivés, il y avait déjà plein de monde sur la plage. Et parmi eux, des malades et des possédés. Jésus n'a pas résisté à son bon cœur. Il a guéri, guéri, guéri. Le temps a passé, et le soir commençait à arriver.

 

Nous, je reconnais que nous en avions un peu assez de voir tous ces gens qui arrivaient sans arrêt. Nous avions besoin de nous retrouver au calme avec lui. Alors nous lui avons demandé, puisque le soir commençait à tomber, de dire à toute cette foule, de partir, de trouver à manger et de revenir demain. Seulement ça, Jésus l'a mal pris. Je me suis bien rendu compte que s'il y a quelque chose qu'il n'aime pas, c'est qu'on décide à sa place de ce qu'il doit faire. 

 

Il nous a regardés et nous a dit que c'était à nous de leur donner à manger. Là, j'ai cru qu'il était devenu un peu fou. Nous, leur donner à manger? Alors que nous n'avions en tout et pour tout que cinq pains et deux poissons! C'est ce que nous lui avons répondu quand il nous a demandé ce que nous avions. Il nous a dit de lui apporter les pains et les poissons.

 

Il a regardé la foule et lui a ordonné de s'asseoir; ils ont obéi comme de gentils petits agneaux. Il nous a regardé, nous; il a pris les pains et les poissons, et a levé les yeux vers le ciel: cela c'est ce qu'il fait quand il prie. Il a prononcé la bénédiction que nous prononçons sur le pain. Et ce qui s'était passé avec Elisée autrefois s'est reproduit.: des pains et des poissons, il y en avait à profusion. 

 

Et il nous a dit de les distribuer, et c'est ce que nous avons fait. Et, croyez-le ou pas, mais tous ont mangé, les cinq mille hommes, sans parler des femmes et des enfants. Et on a eu des restes: vous vous rendez compte, douze corbeilles pleines. 

En moi chantait la phrase du cantique: "Ils mangeront et seront rassasiés, ils loueront le Seigneur, ceux qui le cherchent". Ce cantique chante un juste qui se pense abandonné par le Très Haut, qui souffre mille morts, et qui est sauvé, et peut chanter et louer le très Haut en pleine assemblée. 

 

Puis la nuit est vraiment tombée et là, alors que nous pensions enfin être tranquilles, il nous a obligés à remonter dans la barque, de partir sur l'autre rive, pendant que lui renverrait enfin la foule. Peut-être qu'il voulait être seul, et prier son Père, lui rendre grâce. Toujours est-il que nous sommes partis; et que le vent s'est levé. La mer s'est mise en colère sous la force du vent, et nous ne savions plus ce que nous allions devenir. Les tempêtes en pleine nuit, elles font parfois des morts. 

 

Tout à coup, au petit matin, enfin à la fin de la nuit, nous avons vu comme une ombre qui s'approchait. Et nous avons tous hurlé, sauf que l'ombre c'était Jésus, qui nous a dit de ne pas avoir peur. Sauf que, malgré tout, on ne voyait pas bien; et les vagues étaient toujours là. Alors Simon a joué le tout pour le tout, il voulait une preuve que c'était bien Jésus: que ce n'était pas un fantôme qui voulait qu'on le prenne pour lui et qui nous ferait sombrer. 

 

Il lui a dit: si c'est bien toi, ordonne-moi de venir à toi. Et celui que nous pensions bien être Jésus, lui a dit: "viens". Et Simon a enjambé la barque et s'est mis à marcher vers Jésus. Là, nous étions sans voix. Sauf que d'un coup, il a commencé à s'enfoncer. Il s'est mis à crier, il a appelé Jésus au secours en lui disant "Seigneur, sauve-moi"; et Jésus l'a pris par la main, il lui a dit d'un ton pas content: "Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté," et ils sont montés tous les deux dans la barque, comme si la mer sous eux était un plancher. Le calme est revenu, mais un calme presque surnaturel.

 

Alors quelque chose s'est passé en nous. Cet homme, ce Jésus, notre maître, celui qui nous a choisis, il est bien plus qu'un homme. Il est le Fils de Dieu, le Messie que nous attendons, et nous nous sommes prosternés devant lui, lui qui est bien plus que tout ce que nous pouvons imaginer, lui qui est le maitre des vents et de la mer, lui qui guérit, lui qui délivre les possédés. 

 

Nous avons accosté, nous étions à Génésareth. Tout de suite, Jésus a été reconnu, et une fois de plus des malades sont venus pour être guéris. Il y avait tellement de monde! Ils ont demandé s'ils pouvaient simplement toucher la frange du vêtement du maître pour être guéris; et ils l'étaient. Que notre maître est grand! Que Dieu soit loué de se manifester ainsi parmi nous!

Nous sommes ensuite partis beaucoup plus loin, en plein territoire païen, espérant que là, nous serions enfin tranquilles, et aurions le Maître pour nous.

 

 

mardi, août 07, 2018

La nuit, le vent. Mt 14, 24-36

En travaillant cet évangile, en soulignant soit des verbes soit des mots, je me suis rendue compte qu'il y avait dans ce texte quelque chose autour de la nuit.

La nuit qui se profile, et qui fait que les apôtres demandent à Jésus de renvoyer la foule; la nuit qui descend et le miracle de la multiplication des pains; la nuit qui est là, profonde, et la foule qui s'en va; les disciples qui partent eux aussi, et Jésus qui reste seul dans la nuit: seul avec lui-même, seul avec son Père.

Puis la nuit et le vent sur le lac; la nuit qui commence à céder mais pas vraiment; la nuit de la peur où tout peut arriver, où des fantômes peuvent venir, pour vous prendre, vous tromper; et le vent qui gonfle, le vent méchant, le vent qui tue.

Et le jour qui se lève, et la tempête qui se calme; et la vie qui reprend. Nuit qui dure, tempête qui s'accroche et le Maître de tout cela...

Alors m'est venue l'envie de raconter cette nuit là, de laisser Jésus parler, de laisser Pierre parler, mais aussi de montrer - une fois n'est pas coutume - comment ce texte a travaillé en moi.

Mt 14, 24-36

22 Aussitôt Jésus obligea les disciples à monter dans la barque et à le précéder sur l’autre rive, pendant qu’il renverrait les foules.
23 Quand il les eut renvoyées, il gravit la montagne, à l’écart, pour prier. Le soir venu, il était là, seul.


La  multiplication a eu lieu au moment où le soir tombait. Là, la nuit est tombée. Jésus renvoie d'abord les disciples, avec une consigne précise quand même: l'attendre (le précéder) sur l'autre rive; ils ont reçu des pouvoirs (Mt 10), alors peut-être qu'ils pourraient déjà commencer l'œuvre du Salut; seulement ils n'arriveront pas avant lui, mais avec lui. 

Dans cet évangile, Jésus gravit la montagne pour prier, et il était là, seul. En cela c'est différent de l'évangile de Jean, où Jésus gravit la montagne et enseigne. Cette phrase, "il était là seul" c'est peut-être un leitmotiv, car oui, Jésus, somme toute, est seul  Est-ce que moi, (un peu le jardin de l'agonie), est ce que je peux veiller un peu avec lui; être avec? J'aimerais bien...

24 La barque était déjà à une bonne distance de la terre, elle était battue par les vagues, car le vent était contraire.
25 Vers la fin de la nuit, Jésus vint vers eux en marchant sur la mer.

Le jour pourrait se lever, mais pas encore; c'est vers la fin de la nuit, la quatrième veille peut-on lire ailleurs. Jésus se met en marche vers eux, en marchant sur les vagues. Eux, ils ont ramé toute la nuit, vents contraires. Mais ils rament.

26 En le voyant marcher sur la mer, les disciples furent bouleversés. Ils dirent : « C’est un fantôme. » Pris de peur, ils se mirent à crier.

Etonnant, quand on est bouleversé on parle. Quand on a peur, on crie..

27 Mais aussitôt Jésus leur parla : « Confiance ! c’est moi ; n’ayez plus peur ! »

On trouve là, la voix qui rassure. La voix qui dit: c'est moi, n'ayez pas peur, mais n'ayez plus peur; que votre peur s'envole, elle n'a plus de raison d'être.  

28 Pierre prit alors la parole : « Seigneur, si c’est bien toi, ordonne-moi de venir vers toi sur les eaux. »
29 Jésus lui dit : « Viens ! » Pierre descendit de la barque et marcha sur les eaux pour aller vers Jésus.

Quand je lis cela, pour moi, j'ai toujours ressenti que pour Pierre il y avait un doute. Qu'il mettait Jésus à l'épreuve. Bien sûr, Pierre reconnait la voix de Jésus, encore qu'avec la tempête ce n'est pas évident, mais il peut penser: "c'est bien ta voix, mais les fantômes sont capables de beaucoup de choses", alors "prouve le que c'est bien toi". Et là, ce qui se passe, c'est beau: Pierre enjambe le bord de la barque et se lance. Cela fait un peu penser à un enfant qui commence à marcher et qui se lance vers son père ou sa mère. Et tant qu'il est centré vers les bras ou le regard, il avance. Sinon, il retombe sur ses fesses.

30 Mais,voyant la force du vent, il eut peur et, comme il commençait  à enfoncer, il cria :« Seigneur, sauve-moi ! »
31 Aussitôt, Jésus étendit la main, le saisit, et lui dit : « Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? »
32 Et quand ils furent montés dans la barque, le vent tomba.


Il se passe quelque chose avec le vent. On dirait que le vent s'est mis à redoubler de violence, que Pierre vacille, qu'il a peur, qu'il perd pied; et lui, l'homme fort, il appelle au secours. C'est une expérience qu'il doit faire. Jésus lui a prouvé qu'il n'est pas un fantôme puisqu'il peut marcher sur les vagues, mais il est partagé entre ses pieds et sa tête, et c'est la tête qui gagne: la peur. Il fait alors l'expérience de quelqu'un qui ne se détourne pas, qui étend la main (et étendre la main, c'est aller vers l'autre - "il étendit les mains à l'heure de sa passion", sur les offrandes); là ce n'est pas le même geste, c'est le geste qui précède le saisir. Et un petit reproche quand même… Ce n'est qu'une fois dans la barque avec Jésus que le vent tombe, sans que Jésus se soit adressé à la tempête.

Il y a aussi une petite phrase qui ne vient pas des psaumes mais de 2 Sam 22,17: "Du  haut du ciel il étend sa main pour me prendre, pour me retirer des grandes eaux". Et cela je pense c'est le vécu de Pierre. 


33 Alors ceux qui étaient dans la barque se prosternèrent devant lui, et ils lui dirent : « Vraiment, tu es le Fils de Dieu ! »


34 Après la traversée, ils abordèrent à Génésareth.
35 Les gens de cet endroit reconnurent Jésus ; ils firent avertir toute la région, et on lui amena tous les malades.

36 Ils le suppliaient de leur laisser seulement toucher la frange de son manteau, et tous ceux qui le faisaient furent sauvés.



Ce petit morceau de texte, c'est une histoire de nuit une histoire de vent. Soit Jésus parle, soit Pierre parle.

Si c'est Jésus qui raconte , il pourrait dire… 

"Tous ceux qui étaient avec moi ont eu à manger: quand la nuit a commencé à venir, les disciples m'ont demandé de renvoyer ceux qui m'avaient écouté. Mais ça, je ne pouvais pas le faire. Bien sûr il faisait encore un peu jour, mais ce n'était pas possible. Je leur ai donné à manger avec que l'on avait. Je sais qu'ils n'ont pas compris; ils comprendront plus tard, quand je serai parti. 

Puis la nuit est vraiment tombée. Alors j'ai envoyé mes hommes avec leur barque sur l'autre rive.  Je voulais être seul; je voulais avoir mon temps avec mon Père, je voulais aussi profiter de cette nuit, la nuit des commencements. Et puis, quand les étoiles ont commencé à pâlir, quand je suis sorti de mon temps à moi, de ce temps où je suis avec la Source de tout, j'ai vu les nuages, j'ai entendu la tempête, et j'ai su que je devais les rejoindre. 

Je me suis levé pour me mettre en route sur ce chemin d'eau. Il y a un chant qui dit" Ô Dieu lève toi sur les flots, que ta face domine la terre", et je me suis dressé sur les flots.. Je les ai rejoints, mais là, au lieu d'être heureux de me voir, ils se sont mis à hurler, eux mes hommes, ils ont cru que j'étais une émanation du mal, un fantôme qui venait pour les entraîner avec moi dans les profondeurs du lac, dans le néant, dans le shéol. 

Ma voix, les a un peu rassurés, mais pas vraiment. Un fantôme, on en connaît qui chantent pour attirer les marins vers la mort. Alors Pierre, mon Pierre m'a dit: Si c'est toi (ah le doute), dis-moi (commande-moi) de venir jusqu'à toi. C'est ce que j'ai fait. Là il a eu le courage d'enjamber le bord de la barque et de se mettre à marcher. Il me regardait, il avançait. 

Seulement les vagues étaient toujours là, le vent aussi, un vent qui voulait le faire vaciller, parce que oui, le mal est là, le mal existe. Alors la peur est revenue, il a oublié que j'étais là en face de lui, et il a perdu pied, il a commencé à perdre l'équilibre, et à être attiré par la mer qui voulait me le voler. Mais il a crié et c'est cela qui l'a sauvé. Il n'a pas vu que je m'approchais de lui très vite, il a juste vu que je tendais la main vers lui, que je l'attrapais que je le remettais debout et qu'épaule contre épaule, nous avons marché vers la barque, mais toujours avec le vent, qui voulait nous faire tomber tous les deux. 

Nous avons enjambé le bord de la barque, et le vent est tombé d'un coup. Cela a été le silence, un silence étonnant, même pour moi, un silence rempli de présence, et les autres, mes hommes à moi, mes hommes qui avaient eu tellement peur, tellement douté, se sont prosternés devant moi. Pas Pierre, parce que lui, il avait vécu autre chose, quelque chose qui je l'espère l'avait transformé. Lui a a été saisi par moi, et sorti du gouffre. Là aussi, je l'ai sorti du gouffre.

Puis nous sommes arrivés à Génésareth et la vie a repris son cours habituel avec les guérisons; mais je ne suis pas sûr qu'ils comprenaient que Dieu visitait son peuple et que le Salut était vraiment là. 

Et si c'est Pierre qui raconte, voilà ce que lui aurait peut-être pu dire.

Une fois de plus les foules attendaient notre maître : c'est au bord du lac, un endroit sans rien, juste de l'herbe. Il a parlé, parlé comme il sait si bien le faire; il a guéri aussi. Nous, nous étions là, et quand il parle, le temps n'existe plus; et quand le soleil est allé sur l'horizon, on lui a dit qu'il fallait qu'il renvoie tous ceux qui étaient là, pour qu'ils puissent rentrer chez eux avant la nuit, et puis que nous n'avions rien pour leur donner à manger.  Là, une fois de plus, il nous a pris à rebrousse poil. Il nous a dit de leur donner à manger. On avait en tout et pour tout cinq pains (je dis cinq pour dire qu'il y avait un peu) et deux poissons. On lui a donné cela et là il a levé les yeux vers le ciel, il a prononcé la bénédiction et on a donné et donné et donné encore. Tout le monde a eu de quoi manger et il y a eu des restes, beaucoup de restes. Je dois dire qu'au fond de nous on était choqués, on ne comprenait pas. Mais lui il savait ce qu'il faisait. 

Il nous a dit de le laisser, et de repartir avec la barque de l'autre côté. On n'a pas posé de questions, on est parti. On n'aime pas trop le laisser tout seul, mais c'est comme ça. On s'est mis à ramer, et comme ce foutu lac sait le faire, il est devenu mauvais. Je veux dire qu'une tempête s'est levée, qu'on ne voyait plus rien, que les vagues battaient le bateau et qu'on luttait tant qu'on pouvait; et en plus, dans la nuit, on ne savait plus où on allait: plus de repères.

Et voilà qu'aux premières lueurs du jour, enfin même pas, on a vu une silhouette qui avancait vers nous. Alors ce fut la panique à bord. C'était sûrement un fantôme qui venait nous entraîner au fond. Le fantôme s'est mis à parler, il a dit "C'est moi, n'ayez crainte". Mais les fantômes, souvent ils prennent la voix des autres, alors je lui ai dit qu'il me donne l'ordre de venir jusqu'à lui sur les eaux. Et il l'a fait et moi, moi qui ne sais pas nager, j'ai enjambé le bord de la barque et j'ai commencé à marcher sur les vagues. Cela était étonnant, je ne comprenais pas comment c'était possible. Seulement si mes pieds sentaient l'eau, je sentais le vent qui m'enveloppait, qui me poussait, qui me renversait et je voyais les vagues et là, j'ai commencé à m'enfoncer et j'ai eu peur, peur et j'ai crié, j'ai crié au secours Jésus. Et il m'a attrapé, il m'a relevé et j'ai compris que ce que cela voulait dire être sauvé. C'est Lui qui m'a aidé à enjamber le bastingage; et une fois dedans, le vent s'est calmé. 

Alors tous les autres se sont tournés vers lui, ils auraient pu l'acclamer, mais ce n'est pas ça qu'ils ont fait, parce que ce qui venait de se passer, c'était un peu comme le miracle vécu par nos ancêtres quand la mer s'était ouverte pour les laisser passer. Je veux dire que pour nous, en Jésus, la puissance de Dieu était présente, et là on ne peut que se prosterner.

Nous avons accosté; et dès que nous avons posé pied à terre, le bouche à oreille à fonctionné, et on a apporté à Jésus des malades et encore des malades. Il y en avait trop pour qu'il puisse leur imposer les mains à chacun, mais il leur a permis de toucher la frange de son manteau et ils étaient guéris, comme moi j'ai aussi été guéri de ma peur, de mon manque de confiance, et de mon peu de foi. 

Je sais que dans le futur quand vous lirez ce texte vous allez vous centrer sur la barque, dire que c'est l'église, que l'église est en proie aux forces du mal. Vous n'aurez pas tort. Restez un peu avec le Maître dans sa nuit; soyez attentifs à ces vents qui veulent faire basculer, chavirer ceux que vous aimez, ceux que vous connaissez, et priez! Non pas pour que le vent tombe, mais pour que se manifeste, au coeur du vent et de la nuit, cette brise qui est signe de la Présence. Signe du vent de l'Esprit qui souffle dans les voiles de la barque Eglise, mais aussi dans les coeurs. Dans vos coeurs.