mardi, mars 26, 2013

"La femme adultère" Jean 8,1-10


On ne sait pas très bien s’il faut attribuer ce passage à Jean ou à Luc, mais il se trouve dans l’évangile de jean. Il est question de piège, de Loi, d’adultère, de lapidation. La lecture de l’ancien testament qui est choisie pour accompagner ce texte est  celle du livre de Daniel où une femme est accusée injustement d’avoir commis l’adultère avec un bel inconnu. Jésus ne serait il pas un nouveau Daniel qui met si je puis dire « la honte » chez les anciens, chez  ceux qui enseignent la Loi?

Je me suis demandée si cette histoire c’est pas un coup monté : la femme n’a pas peut –être pas commis d’adultère (ce qui peut expliquer l’absence de l’homme car dans le lévitique, les deux doivent être mis à mort, en dehors du camp, par lapidation). Elle doit jouer ce jeu (cette comédie) peut être parce que son mari qui la soupçonne sans preuves, la menace de la renvoyer si elle ne rentre pas dans cette machination. 

Chez Daniel, les accusateurs sont lapidés. Ici, les accusateurs confrontés à leur propre désir de mort, car c’est de cela qu’il s’agit : mettre à mort celui qui d’une part leur prend des disciples et qui d’autre part a un rapport à la Loi complètement différent du leur, partent un à un sans jeter de pierre sur qui que ce soit, puisque au travers de la femme, c’est Jésus qui est visé.

Quant à la femme, la phrase que Jésus lui adresse, n’est pas si simple : "Moi non plus je ne te condamne pas, va et ne pèche plus.", car pour cette femme la question est bien : où va t elle aller ? Si elle est réellement adultère comment va t elle être accueillie chez elle ? Si elle ne l’est pas, comment va t elle accepter de vivre avec quelqu’un qui lui a fait jouer un tel rôle, comment a t elle, elle vécu ce moment où sa vie se jouait ?

Ce qui est quand même étonnant c’est que ce chapitre 8 commence par une menace de lapidation et se termine par une lapidation qui ne se réalise pas car l’heure de Jésus n’est pas encore venue. Jn8,59: "Alors, ils ramassèrent des pierres pour les lancer contre lui, mais Jésus se déroba et sortit du temple". 

Ce texte m'a toujours frappée alors qu'il semble statique par les mouvements qui e succèdent, et c'est ce que je vais travailler maintenant. J'ai choisi la version de la TOB.

Acte I : Mise en place du cadre. 

     1Et Jésus gagna le mont des Oliviers.
Il semble (chapitre 7) que la fête des tentes se termine, que les pharisiens veulent arrêter Jésus, car venant de Galilée il ne peut être le Messie (importance de la lettre), mais Jésus leur échappe. Jésus va donc du Temple au Mont des Oliviers où il passe peut être la nuit.
    2Dès le point du jour, il revint au temple
Retour au temple, (peut être comme le faisait remarquer le Rabbin Serfatti, Jésus a t il participé à la prière du matin, ce qui fait de lui un juif pratiquant).
et, comme tout le peuple venait à lui,
Jésus est déjà si l’on peut dire le nouveau Temple, le lieu d’une autre présence, d’une autre parole. Une sorte de mouvement se fait autour de Lui. Il draine (si l’on peut dire le peuple) qui se détourne peut être des autres rabbis qui enseignaient.
      il s'assit et se mit à enseigner.
Il prend la position de l’enseignant, qui est une position statique. Peut être se met il au niveau de ses auditeurs.

Acte 2 : arrivée des pharisiens : le temps des pharisiens.

    3Les scribes et les Pharisiens amenèrent alors une femme qu'on avait surprise en adultère et ils la placèrent au milieu du groupe.

Le moins que l’on puisse dire, c ‘est que les pharisiens qui sont un peu des intrus dans ce lieu où Jésus enseigne, et qui se comportent un peu en maîtres des lieux, ne se gênent pas pour interrompre l’enseignement.

 La femme est placée au milieu du groupe. Cette position m’a toujours posé question. De quel groupe s’agit-il ? Jésus et ses auditeurs ? Les pharisiens et les scribes ? Etre au milieu (du moins pour nous) cela renvoie à être le centre. Tous les regards sont sur elle. Elle ne peut pas se cacher, se sauver, elle est entourée par des hommes qui la jugent coupable.

     4« Maître, lui dirent-ils, cette femme a été prise en flagrant délit d'adultère. 5Dans la Loi, Moïse nous a prescrit de lapider ces femmes-là. Et toi, qu'en dis-tu ? » 6Ils parlaient ainsi dans l'intention de lui tendre un piège, pour avoir de quoi l'accuser.

Là, tout est statique. Les pharisiens parlent, posent une question qui doit entrainer Jésus à la chute, car quelle que soit sa réponse, il va se mettre en porte a faux par rapport à la Loi ou par rapport à ceux qui l’écoutent.

Acte 3 : le temps du silence, le temps de Jésus.

     Mais Jésus, se baissant, se mit à tracer du doigt des traits sur le sol.

On aurait pu imaginer que Jésus se serait levé pour répondre, mais il n’en n’est rien. On a l’impression qu’il se met à l’extérieur de la discussion, il n’est pas dans le cercle. En fait on pourrait presque penser à une ellipse avec ses deux foyers, l’un est la femme, l’autre est Jésus, car c’est peut être aussi entre ces deux là que ça se passe. Jésus en se baissant se met dans la position qu’elle aura si elle est lapidée. Il est elle, si l’on peut dire. Quant à l’action de tracer des traits sur le sol, on a beaucoup écrit dessus, mais rien ne m’a convaincue. J’ai hélas toujours pensé que ce Temple décrit comme une merveille, était bien mal entretenu. On y trouve du sable ou de la poussière, on y trouve des pierres. Ecrit-il, dessine-t-il ? Simplement ses mains ne sont pas inactives et traduisent peut être un conflit intérieur, mais je dois dire que je ne sais pas. Il semble ailleurs, absent et pourtant je pense que la posture (tête baissée, ramassé sur lui-même) montre qu’il est présent, et très certainement à la femme qui est là.

     7Comme ils continuaient à lui poser des questions, Jésus se redressa et leur dit : « Que celui d'entre vous qui n'a jamais péché lui jette la première pierre. »

Devant leur insistance, il se redresse, mais demeure assis, position basse devant ces hommes bien campés sur leurs jambes, surs surs de leur bon droit. Et la phase qu’il assène est comme un jet de pierre, et aura bien cet impact.

Acte 4 : le dénouement. Jésus, les pharisiens, la femme.

      8Et s'inclinant à nouveau, il se remit à tracer des traits sur le sol.
Jésus reprend sa posture, assis, courbé sur lui même, ne regardant pas ce qui se passe. Il laisse le temps que ses paroles fassent effet.

     9Après avoir entendu ces paroles, ils se retirèrent l'un après l'autre, à commencer par les plus âgés, et Jésus resta seul.
On revient presque à la situation initiale : Jésus intact, assis, le cercle de pharisiens qui n’existe plus, et la femme. Ni jésus ni la femme (les deux centres de l'éllipse) ne sont inquiétés; mais il n'y a plus de cercle, plus de milieu, simplement une relation entre un homme et une femme. 

      Comme la femme était toujours là, au milieu du cercle,
Elle, elle est restée debout, attendant… Elle redevient le centre. Le centre de quoi ?

     10Jésus se redressa et lui dit : « Femme, où sont-ils donc ? Personne ne t'a condamnée ? » 11Elle répondit : « Personne, Seigneur », et Jésus lui dit : « Moi non plus, je ne te condamne pas : va, et désormais ne pèche plus. »

Quand il s’adresse à quelqu’un Jésus de redresse, et la phrase qu’il lui adresse est une phrase d’envoi « va et ne pèche plus ». A elle de faire ce qu’elle veut si l’on peut dire. Elle est libre et c’est peut être cela le plus important.


Au total, on a Jésus qui reste là où il est, des mouvements autour de lui, des mouvements en Lui, et le passage du calme à l’agitation puis au calme. Tempête apaisée ?


Dialogue intérieur...

Pouvez vous imaginer ce que je viens de vivre? Je suis une femme, je n'ai pas droit à la parole, je dois obéir. On m'a obligée à jouer un rôle, celui d'une femme qui a couché avec un autre que son mari, parce que mon mari est un pharisien qui ne supporte pas cet homme qu'on appelle jésus et qui dit que D ieu est son Père.

Moi, cet homme je ne l'avais jamais vu. Je me suis retrouvée au temple, aux petites heures du jour, avec ces hommes, des amis de mon mari. Ils ont interrompu Jésus qui parlait pour lui demander ce qu'il fallait faire de moi. Là j'ai commencé à avoir très peur, car ils étaient bien capables de me lapider là, sur place, juste pour montrer leur bon droit.

J'étais là debout. Ceux qui étaient venus écouter Jésus, ils sont partis dès qu'ils ont senti que ça allait mal se finir. Qu'allait il dire, qu'allait il faire? En plus il ne me regardait pas, pas plus qu'il ne regardait qui que ce soit. Lui il est resté assis, on aurait dit qu'il attendait que ça passe. j'ai vu qu'il avait de belles mains, avec ses doigts je ne sais pas s'il pianotait sur le sol, ou s'il dessinait quelque chose, mais il était comme absent. Ils sont revenus à la charge, et là il s'est un peu redressé et il ne s'est pas servi de la Loi pour dire ce qu'il pensait, il n'a pas cité de verset, mais il leur a dit que celui qui n'avait jamais péché avait le droit de me jeter la pierre. Là j'ai cru que le monde s'effondrait, car tout le monde sait que le juste pèche 7 fois par jour et qu'un homme sans péché, cela n'existe pas. J'ai commencé à espérer, j'ai voulu capter son regard, mais rien. Il recommençait à jouer avec le sable, comme un enfant.

Ils sont tous partis. Je me suis retrouvée presque seule avec lui, car il y avait ses disciples qui étaient là. Il m'a enfin regardée et là il s'est passé quelque chose, car lui me regardait, pas un objet de convoitise, mais comme un être de chair et de sang. Il a dit qu'il ne me condamnait pas (mais en fait je n'avais rien fait, sauf de ne pas avoir su refuser de jouer ce rôle), et il m'a renvoyé chez moi. Mais où vais-je aller maintenant? Peut être que moi aussi je vais le suivre, car ce regard là, m'a donné envie de partir. 

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