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samedi, mars 15, 2025

Luc 9, 28-36. Transfiguration. Deuxième dimanche de Carême. Mars 2025

                                          Transfiguration : Luc 9, 28-36



 

Préambules.


Voici revenu le temps du Carême et donc le temps de retrouver des évangiles bien connus. La semaine dernière c'était les tentations après le baptême, racontées par Luc, puisque c'est son année dans le lectionnaire. Chez Luc, au moment du baptême le ciel s'ouvre ce qui réalise une demande du prophète Isaïe: "Ah si les cieux s'ouvraient et si tu descendais les montagnes s'ébranleraient devant toi".  Ce ne sont pas les montagnes qui s'ébranlent mais c'est un autre ébranlement qui se met en place dans notre monde, sauf que cet ébranlement est d'une discrétion totale. Et pourtant un monde nouveau est là. 

 

 

De ce ciel qui était fermé depuis qu'Adam et Eve ont été exclu de ce que nous nommons le paradis terrestre, sort à la fois le souffle de Dieu, qui en se posant sur jésus, l'enveloppe de son onction et demeure en lui, et une voix qui selon les traductions,  dit  : "toi, tu es mon Fils Bien-Aimé en qui j'ai mis toute ma joie,  (affection approbation, en qui je me complais, je me suis complu, mon bon plaisir). Que Jésus puisse être le réceptacle de la Joie du Dieu, qu'il ait pu être rempli de cette joie, ce n'est pas imaginable, en tous les cas pour moi. Il devient à ce moment-là Présence du Père pour les hommes, mais les yeux ne peuvent le voir et le reconnaître. 

 

Ce baptême est le début de ce que l'on appelle la vie publique de Jésus. 

 

Je crois que l'on peut dire que la transfiguration, où la Présence est rendue visible aux yeux des trois apôtres, est un nouveau baptême, car jésus se met en route vers la Croix. La voix qui se fait entendre dit, nous dit "écoutez-le , il est mon Fils , il est celui que j'ai choisi, il est l'élu "

 

Je me disais aussi que voir Jésus avec Moïse et Élie, est aussi un moyen de montrer que Jésus contrairement à ce qu'on pouvait croire n'était pas une sorte d'avatar ce ces deux prophètes, Mais qu'il est l'Unique, celui annoncé par Isaïe, le nouveau messie. Pour le dire autrement Jésus n'est pas la résurgence d'un personnage ancien, si grand soit-il, il est celui qui est choisi par le Père. 

 

J'ai beaucoup écrit sur cette péricope. J'ai relu ce que j'avais écrit il y a trois ans, puisque c'était le même évangéliste et je ne m'y reconnais plus. un texte plus récent de 2023, avec l'évangile de Marc existe, mais je ne m'en suis pas servi. 

 

Je me rends compte aussi, que faire raconter par quelqu'un qui était là ce jour-là, mais qui bien entendu ne peut raconter que bien des années après, ce n'est pas si simple. 

 

Comme conteur, j'ai choisi à nouveau Pierre, d'autant qu'il cite cet événement dans sa première lettre, mais il y a ce qu'il a pu vivre sur le moment et ce qu'il peut en raconter plus tard, quand ses yeux et son cœur ont reçu l'onction de l'Esprit Saint. Peut-être que seul Jésus pourrait raconter, mais cette idée me vient à l'esprit au moment où j'écris ce préambule. 

 

Je me propose donc dans ce billet, de laisser Pierre raconter. On trouvera ensuite, en annexe, le travail préparatoire, à savoir le travail sur les versets, ainsi que la mise en tableau des récits des évangiles synoptiques. 

 

En conclusion de ce billet, j'essayerai de laisser Jésus parler.

 

je me dis que si de la base de l'Hermon,  sortent les sources qui donnent naissance au Jourdain, cette montagne est autrement plus importante que le petit Mont Thabor en Galilée. Et j'aime la situer en ce lieu-là. 


La Transfiguration est un tournant. Jésus, rend son visage dur comme pierre et prend avec détermination, comme le dit Luc, la route de Jérusalem ! Certes il faudra plus de douze chapitres pour que Jésus n'atteigne cette ville, mais la centration sur la croix à venir, sur la mort et la résurrection, s'enracine peu à peu. 

 

PIERRE RACONTE.

 

Nous descendions de la montagne avec lui, je veux dire de l'Hermon et nous avons été accueillis par une foule qui semble presque étonnée de nous voir et qui semblait même soulagée. À croire que notre absence a duré plus que je ne croyais. Mais parfois avec Jésus, on perd un peu la notion de temps. 

 

C'est vrai que pour gravir l'Hermon, cette montagne qui domine Césarée de Philippe, il a fallu un certain temps. Jésus lui, il grimpe comme un chamois, mais moi, ce n'est pas pareil et comme ça grimpait très fort, j'ai dû m'arrêter et les autres ont dû attendre que je reprenne mon souffle. Nous avons connu la fatigue, la soif, et même la faim. Je ne parlerai pas de mes pieds, pourtant ils sont habitués à marcher, mais ces sentiers-là, c'est autre chose

 

.

Tout ça pour dire que nous étions bien fatigués quand nous avions fini de gravir la montagne. 

 

Cette montagne dont parle les psaumes, je ne la connaissais pas; je dois dire qu'elle est magique. On s'y sent plus près de Dieu. L'air est différent, les sons sont différents. 

 

Moi qui suis un pêcheur, je connais les beautés de mon lac, le lac de Tibériade. J'en connais ses beautés, mais aussi ses risques quand le vent se lève et que les flots assaillent les barques. J'aime le scintillement des vagues quand le soleil commence à se lever, ou quand la lune brille. La montagne ce n'est pas du tout mon élément. Pourtant en suivant Jésus, j'ai senti d'emblée que nous nous étions rapprochés du Très-Haut. 

 

Nous étions tous les trois, en train de récupérer de notre fatigue. Nos yeux se fermaient presque malgré nous. Jésus lui, selon son habitude s'était mis à prier. C'est quand même rare de le voir en prière. Souvent il part tout seul, et on ne sait jamais quand il va revenir. Des fois, cela nous inquiète. 

 

Tout à coup, il y a eu comme un bruit de voix. Malgré notre épuisement, nous avons vraiment ouvert les yeux, et ce que nous avons vu jamais nous ne pourrons l'oublier. Notre Maître était devenu lumineux. La lumière irradiait de lui, son visage était comme éclairé de l'intérieur, son vêtement était d'une blancheur qui faisait presque mal aux yeux. C'est comme si la Présence de celui qu'il appelle son Père, était visible pour nos yeux. 

 

Et il n'était pas seul. Avec lui, il y avait notre Père Moïse, lui dont le visage était devenu lumineux après qu'il soit resté auprès du Très-Haut pendant quarante jours, ce temps où il écrivait les paroles de l'Alliance sur les tables de pierre, les nouvelles tables, puisque celles écrites par ma main de Dieu avaient été fracassées. Il y avait aussi Elie, qui lui aussi avait rencontré le Seigneur sur l'Horeb, qui avait entendu le son de sa voix, son qui était celui d'une brise légère, et qui avait été emporté sans connaître la mort sur un char de feu. 

 

Ils parlaient avec Jésus de son départ qui allait s'accomplir à Jérusalem. Nous entendions bien cela, et c'était bien de sa mort à lui dont il s'agissait, cette mort qui serait la rédemption, le salut, mais dont je ne voulais pas entendre parler, parce qu'à ce moment-là, mes yeux étaient comme fermés. 

 

Il y avait ce trio, Jésus, Moïse, Elie. Ces derniers étaient en train de se séparer de lui. Malgré la torpeur un peu paralysante qui était sur moi, sur nous trois, je me suis entendu parler et dire en m'adressant à Jésus qui était toujours empli de cette lumière, que nous pouvions construire trois tentes, une pour Lui, une pour Moïse, une pour Elie. Je ne sais pas ce qui m'a pris, peut-être que je voulais que le temps s'arrête, que cette Gloire, la Gloire du Très Haut, la Présence du Très Haut, soit comme capturée sur cette montagne, qu'elle y demeure, que le temps s'arrête, que la roue du temps ne tourne plus. 

 

Je n'avais pas fini de parler, mais je ne sais plus très bien ce que je disais, parce que mon Maître était tellement plus que mon maître, qu'une sorte de brouillard est tombé sur nous. C'est peut-être fréquent en montagne, mais c'était plus qu'un brouillard, et je ne savais pas ce que c'était, Je dirai une nuée, un peu comme celle qui était lieu de la Présence du très haut quand notre peuple est sorti d'Égypte.

 

De cette nuée, parce que je sais maintenant que le Père de mon Seigneur était présent, est sortie une voix, qui s'adressait à nous. Cette voix ne faisait pas vraiment peur, mais quand même ! Elle nous remplissait d'une crainte sacrée. Cette crainte qui est là, quand on est en contact avec quelque chose qui vous dépasse complètement, qui vous donne envie de vous faire tout petit, qui vous donne presque envie de disparaître, parce que c'est trop pour les êtres de chair, les êtres mortels que nous sommes. 

 

Elle nous disait que l'homme qui était devant nous, était celui qui avait été choisi par notre Seigneur, qu'il était son fils et que nous devions l'écouter. 

 

Nos prophètes nous ont parlé d'un serviteur que le Seigneur avait choisi, mais là, c'était bien plus. J'avais bien reconnu en Jésus, le Messie de Dieu. À cet instant, c'était bien plus. C'était la gloire du Père sur le Fils, dans le Fils. Mais les mots sont impuissants. 

 

Quant à l'écouter, je dirai à lui obéir, cela m'a tout de suite fait penser à ce livre où il nous est dit : "écoute Israël, notre Dieu est l'Unique". Écouter Jésus comme écouter le Seigneur. En serai-je capable ? 

 

Même si la voix n'était pas une voix de commandement, malgré les mots qu'elle disait, nous étions remplis de crainte, Le silence a suivi, un beau silence. On entendait à nouveau des oiseaux chanter, le bruit du vent dans les feuilles et Jésus était là, le Jésus que nous connaissions, le Jésus de tous les jours, si je puis dire, qui nous regardait avec ce regard qui est le sien, ce regard qui nous fait parfois chavirer, ce regard d'amour. 

 

Nous sommes descendus en silence. Ce que nous avions vu, nous l'avons gardé au fond de nos cœurs, sans en parler à qui que ce soit. L'indiscible ne se raconte pas. 

 

Et comme je l'ai dit, la foule était là, avec les autres, et un homme a interpellé Jésus lui disant de regarder son fils qui devait être possédé. La vie a repris. Mais par moments, en fermant les yeux, je pouvais encore voir et ressentir la Présence du Seigneur dans celui qui est mon Seigneur.

 

ANNEXE: LE TEXTE.

 

 

Il m'a semblé que reprendre un tout petit peu en arrière était intéressant. Jésus dit en effet au verset 27 : " Je vous le dis en vérité : parmi ceux qui sont ici présents, certains ne connaîtront pas la mort avant d’avoir vu le règne de Dieu".

 

Ces versets suivent ce qu'on appelle la "confession de Pierre" qui proclame que Jésus est le Christ, le Messie de Dieu (deux mots pour dire la même chose, l'OINT), mais l'évangile s'adresse, surtout chez Luc, certes aux juifs mais aussi aux non-juifs de l'empire romain.

 

Je ne sais pas si ces hommes, Pierre, Jean et Jacques,  ont vu de leurs yeux le règne de Dieu avant leur mort, mais spontanément je dirai que oui. Ils ont vu la multiplication des pains, et ce jour-là, leurs yeux ont vu ce que les rois et les prophètes auraient désiré voir., je veux dire Jésus rempli de la Présence et aussi irradiant de lui-même la Gloire.

 

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28b En ce temps-là, Jésus prit avec lui Pierre, Jean et Jacques, et il gravit la montagne pour prier.

29 Pendant qu’il priait, l’aspect de son visage devint autre, et son vêtement devint d’une blancheur éblouissante.

 

Ce qui laisse à supposer que chaque fois que Jésus prie, c'est ce qui se passe, mais ce n'est paa visible pour les yeux de chair. Là, c'est quelque chose de nouveau, Présence Divine totale. Le visage et le vêtement. 

 

30 Voici que deux hommes s’entretenaient avec lui : c’étaient Moïse et Élie,

31 apparus dans la gloire. Ils parlaient de son départ qui allait s’accomplir à Jérusalem.

 

Ce qui me frappe, c'est que ces deux-là, sur l'Horeb ont rencontré la Gloire de Dieu. Moïse le buisson mais surtout Ex 33 et Elie, ce Dieu qui est dans le murmure de la brise. 

 

32 Pierre et ses compagnons étaient accablés de sommeil ; mais, restant éveillés, ils virent la gloire de Jésus, et les deux hommes à ses côtés.

 

Finalement ils sont un peu paralysés, ils sont lourds de sommeil, mais ils ne dorment pas. Il me semble qu'ils sont un peu comme Abram qui voit Dieu passer, mais qui ne peut rien faire, saut voir et entendre et en garder souvenir, en garder mémoire. Alliance avec eux, les hommes qui se fait par Jésus qui va donner sa vie à Jérusalem, la nouvelle Alliance. 

 

33 Ces derniers s’éloignaient de lui, quand Pierre dit à Jésus : « Maître, il est bon que nous soyons ici ! Faisons trois tentes : une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. » Il ne savait pas ce qu’il disait.

 

Je dois dire, que je peux comprendre Pierre qui voudrait que cet instant d'éternité ne soit pas fugitif, mais c'est impossible. 

 

34 Pierre n’avait pas fini de parler, qu’une nuée survint et les couvrit de son ombre ; ils furent saisis de frayeur lorsqu’ils y pénétrèrent.

35 Et, de la nuée, une voix se fit entendre : « Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi : écoutez-le ! »

36 Et pendant que la voix se faisait entendre, il n’y avait plus que Jésus, seul. Les disciples gardèrent le silence et, en ces jours-là, ils ne rapportèrent à personne rien de ce qu’ils avaient vu.

 

Il se passe alors beaucoup de choses, comme si la voix de Pierre avait provoqué quelque chose. Je veux dire comme si sa demande trop concrète de figer l'intemporel, avait fait une sorte de trou. Et c'est là, que comme au moment du baptême, la Présence du Père dans la nuée se donne à entendre, sous la forme de cette voix audible, qui contrairement à l'exode n'est pas une voix qui provoque la panique.  Elle donne la Loi nouvelle : écouter le Jésus, qui est le Fils choisi entre tous les hommes, l'Unique. 

 

 

La Transfiguration dans les synoptiques

 

Matthieu 17, 1-10

Marc 9, 1-11

Luc 9, 28-36

 

01 Six jours après, Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère, et il les emmène à l’écart, sur une haute montagne.

 

 

02 Six jours après, Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean, et les emmène, eux seuls, à l’écart sur une haute montagne.

28 Environ huit jours après avoir prononcé ces paroles, Jésus prit avec lui Pierre, Jean et Jacques, et il gravit la montagne pour prier.

02 Il fut transfiguré devant eux ; son visage devint brillant comme le soleil, 

 

et ses vêtements, blancs comme la lumière

Et il fut transfiguré devant eu

 

 

03 Ses vêtements devinrent resplendissants, d’une blancheur telle que personne sur terre ne peut obtenir une blancheur pareille.

 

 

29 Pendant qu’il priait, l’aspect de son visage devint autre

et son vêtement devint d’une blancheur éblouissante.

03 Voici que leur apparurent Moïse et Élie, qui s’entretenaient avec lui.

04 Élie leur apparut avec Moïse, et tous deux s’entretenaient avec Jésus.

0 Voici que deux hommes s’entretenaient avec lui : c’étaient Moïse et Élie,

31 apparus dans la gloire. Ils parlaient de son départ qui allait s’accomplir à Jérusalem.

 

0

 

 

 

 

 

 

 

4 Pierre alors prit la parole et dit à Jésus : « Seigneur, il est bon que nous soyons ici ! Si tu le veux, je vais dresser ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. »

 

 

 

 

 

 

 

 

05 Pierre alors prend la parole et dit à Jésus : « Rabbi, il est bon que nous soyons ici ! Dressons donc trois tentes : une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. »

 

06 De fait, Pierre ne savait que dire, tant leur frayeur était grande.

 

 

32 Pierre et ses compagnons étaient accablés de sommeil ; mais, restant éveillés, ils virent la gloire de Jésus, et les deux hommes à ses côtés.

 

33 Ces derniers s’éloignaient de lui, quand Pierre dit à Jésus : « Maître, il est bon que nous soyons ici ! Faisons trois tentes : une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie. » 

 

Il ne savait pas ce qu’il disait.

 

05 Il parlait encore, lorsqu’une nuée lumineuseles couvrit de son ombre, et voici que, 

 

 

de la nuée, une voix disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie : écoutez-le ! »

 

 

7 Survint une nuée qui les couvrit de son ombre, 

 

 

 

et de la nuée une voix se fit entendre : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé : écoutez-le ! »

 

4 Pierre n’avait pas fini de parler, qu’une nuée survintet les couvrit de son ombre ; ils furent saisis de frayeur lorsqu’ils y pénétrèrent.

 

35 Et, de la nuée, une voixse fit entendre : « Celui-ci est mon Fils, celui que j’ai choisi : écoutez-le ! »

06 Quand ils entendirent cela, les disciples tombèrent face contre terre et furent saisis d’une grande crainte.

 

 

 

6 Et pendant que la voix se faisait entendre

07 Jésus s’approcha, les toucha et leur dit : « Relevez-vous et soyez sans crainte ! »

 

 

 

 

8 Levant les yeux, ils ne virent plus personne, sinon lui, Jésus, seul.

 

9 En descendant de la montagne, Jésus leur donna cet ordre : « Ne parlez de cette vision à personne, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts. »

08 Soudain, regardant tout autour, ils ne virent plus que Jésus seul avec eux.

 

09 Ils descendirent de la montagne, et Jésus leur ordonna de ne raconter à personne ce qu’ils avaient vu, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts.

 

 

, il n’y avait plus que Jésus, seul. 

 

 

 

 

 

Les disciples gardèrent le silence et, en ces jours-là, ils ne rapportèrent à personne rien de ce qu’ils avaient vu.

10 Les disciples interrogèrent Jésus : « Pourquoi donc les scribes disent-ils que le prophète Élie doit venir d’abord ? »

 

11 Ils l’interrogeaient : « Pourquoi les scribes disent-ils que le prophète Élie doit venir d’abord ? »

 

 

 

 JÉSUS RACONTE.

 

Nous étions dans le nord de la Galilée, pas loin de Césarée de Philippe. Je savais qu'il était temps pour moi de ne plus être seulement celui qui fait des guérisons, des miracles, qui rassemble les foules, mais de devenir celui qui conduit au Père. 

 

J'avais demandé aux douze qui j'étais pour les foules; ils ont répété ce qu'ils entendaient dire quand ils passaient dans les villes ou les villages, à savoir que j'étais Jean le Baptiste, ou Elie, ou l'un des prophètes. Cela m'a fait un peu sourire, mais ces braves gens, ils voyaient en moi finalement un prophète de l'ancien temps, qui peut-être allait remettre un peu d'ordre. Mais ils ne me voyaient pas comme dénonciateur des ruptures d'alliance. Je crois qu'ils me voyaient comme un faiseur de miracles, un type gentil, mais de là à se convertir, il y avait de la marge, ce qui me désolait. 

 

Je leur ai demandé alors pour eux qui j'étais. Et là, mon brave Simon a pris la parole, il a dit que j'étais le messie (l'envoyé, celui qui avait reçu l'onction) de Dieu. Comme il est le porte-parole des douze, cela me suffisait pour le moment. 

 

Plus tard, ils comprendraient que je ne serai pas le libérateur de Jérusalem, mais le libérateur du Malin. La réponse de Simon, me montrait que le temps pour moi était venu de me mettre en route. Mais avant cela, parce que je savais qu'ils auraient des doutes au moment de mon arrestation et de ma mort, je voulais que quelques-uns puissent voir en moi la Présence du Père, pour qu'ils ne prennent pas la fuite quand le temps de l'épreuve serait arrivé. J'espérais aussi que ceux-là ne m'abandonneraient pas.

 

Nous n'étions pas loin de l'Hermon. C'est une belle montagne, parfois ses sommets sont enneigés et pour moi, même si on ne le voit pas, c'est le lieu où le Jourdain prend sa source. 

 

J'ai pris avec moi, Pierre, Jean et Jacques, en laissant aux autres le soin de préparer villes et villages à mon passage.

 

La montée n'est pas facile et Pierre peinait beaucoup, transpirait beaucoup, traînait les pieds, râlait ! Les deux autres un peu moins, mais quand même. En arrivant là où moi je voulais aller, ils se sont couchés à même le sol, et se sont endormis. 

 

Je me suis mis à prier, j'aime ces temps où je suis seul avec mon Père, où il est Présence pour moi, où je suis toute écoute, mais où je peux aussi lui parler de tout, de tout ce qui me préoccupe, de tout ce qu'il veut que je fasse. J'ai senti que ce qui se passait était différent de ce que je vivais d'habitude quand je partais dans la nuit pour le prier. 

 

J'ai regardé mes trois amis, ils étaient plongés dans un sommeil autre que celui dû à la fatigue, ce sommeil donné par mon Père, quand il veut se manifester aux hommes, dans une vision. Il faut dire que me voir avec Moïse et Elie avait de quoi les surprendre et surtout de me voir parler avec eux, m'entretenir avec eux. Peut-être auraient-ils eu peur s'ils n'avaient pas été dans ce demi sommeil et auraient crié comme lorsque j'avais marché sur le lac pour les rejoindre en pleine nuit, après avoir multiplié les pains.

 

Moïse et Elie, eux qui avaient été si proches de mon Père. Ils me confortaient dans mon devoir de prendre la route de Jérusalem, pour aller certes vers la vie, pour donner vie à mon peuple, mais en perdant la mienne. 

 

Pendant ce temps, mes trois amis s'étaient réveillés, mais pas vraiment. Je sais que plus tard, ils parleront d'un sommeil mystérieux, comme celui qui était tombé sur Abram au moment où dans la nuit, mon Père a fait alliance avec lui, en lui promettant la terre de Canaan. Moi ce que je leur promets, ce n'est pas une terre à conquérir ou à libérer,  c'est une autre terre, un autre ciel, un ciel nouveau, une terre nouvelle. Mais il leur en faudra du temps pour l'entendre. 

 

Pierre voyant que ces deux amis de Dieu s'en allaient, m'a proposé de fabriquer avec les deux autres trois cabanes. Il est bien brave Pierre, mais pardonnez-moi, il est quand même un peu idiot. Mais c'est Pierre et je l'aime aussi pour ça ! Je crois qu'il voulait qu'on reste chacun à sa place, dans une petite niche. Peut-être qu'il pensait à la fête des Tentes, je ne sais pas. 

Tout ce que je sais, c'est que mon Père a fait venir sur eux une nuée qui les a comme engloutis, et qu'il leur a dit de m'écouter, que j'étais son Fils, celui que Lui avait choisi. Pour moi, ces paroles qui étaient un peu comme celles qi avaient résonné au moment de mon baptême dans les eaux du Jourdain, c'était comme une huile qui coule sur la tunique d'Aaron que d'entendre ces mots. Pour eux, je ne sais pas. 

 

Je crois que la nuée, la voix, cela les a remplis de crainte, qu'ils auraient voulu rentrer sous terre, qu'ils avaient peur, et une peur comme celle qu'ils avaient ressenti lorsque j'avais rempli leur barque de poissons, juste avant qu'ils ne viennent à ma suite. 

 

Quand ils ont repris leurs esprits, nous sommes descendus vers la plaine, en prenant notre temps. Pour moi désormais le temps est compté, mais eux ne le savent pas encore. Que la volonté de mon Père se fasse et non la mienne.

lundi, juillet 08, 2024

MARC 6, 1-6. JESUS À NAZARETH. 14° DIMANCHE DU TEMPS ORDINAIRE. JUILLET 2024

MARC 6, 1-6. JÉSUS À NAZARETH. 



Jésus dans la synagogue de Nazareth, c'est surtout la version de Luc que nous connaissons, celle où Jésus prend un rouleau du prophète Isaïe, le lit et le commente en disant qu'il est celui dont parle le prophète. La suite, les habitants furieux (on se demande un peu quelle mouche les a piqués) poussent Jésus hors de la ville pour le précipiter dans le vide et jésus qui passe au milieu d'eux, parce que son heure n'est pas encore venue; nous le connaissons presque par cœur . Nous nous interrogeons sur ce qui rend ces nazaréens aussi durs, aussi fermés et du coup, cela ne nous étonne pas que Jésus ne puisse pas faire de miracles dans ce village qui est le sien. 

 

J'ai écrit deux billets sur cette péricope. Le premier, date de 2019: https://giboulee.blogspot.com/2019/02/dans-la-synagogue-de-nazareth-fin-lc-4.html en laissant la parole à Marie. Il s'agit bien du texte de Luc. Le second, plus récent, https://giboulee.blogspot.com/2022/01/luc-4-21-30-la-synagogue-de-nazareth.html  et c'était un ancien de la synagogue qui avait raconté.

Il y a même un texte de cette année, puisque cet évangile est présenté pendant le carê

 

En cette année Marc, il m'a semblé important de suivre la trame donnée par cet évangéliste. Le travail sur le texte, sera présenté en annexe; et ce sera un disciple, un de ceux qui ont été présents avec lui lors de la résurrection de la fille de Jaïre (j'emploie le terme résurrection car réanimation est pour moi, trop connoté médicalement parlant). 

 

Mais des questions se posent, et ce sera le début de ce travail, qui sera donc suivi par le récit. 

 

Il est certain que se pose une fois de plus la question de l'identité de Jésus, mais aussi l'importance de notre participation aux changements que nous demandons finalement si souvent à celui que nous appelons notre sauveur.

 

 

Mes questions et mes remarques

 

Une chose qui me semble étonnant, c'est que Marc, en dehors du verset 9 du premier chapitre de son évangile - "Jésus vint de Nazareth en Galilée et il fut baptisé par Jean dans les eaux du Jourdain" - n'utilise ce mot que pour signifier le lieu d'origine de Jésus. C'est comme nous, lorsque nous parlons d'un saint; nous disons François d'Assise, Thérèse de Lisieux, ce qui est un moyen de ne pas confondre avec d'autres François ou d'autres Thérèse. 

 

De fait, on a déjà entendu parler de Nazareth par deux fois, puisque des gens sont venus le chercher en disant qu'il a perdu la tête, puis ce fut Marie et les frères qui se sont entendus dire que la famille de Jésus, "c'est celle qui écoute la volonté de Dieu et la met en pratique" (Mc 3, 20-35 - avec en sandwich ce qui se passe avec les scribes qui l'accusent d'être possédé). 

 

Dans la péricope qui nous intéresse aujourd'hui, Marc parle de son lieu d'origine. Je trouve assez étonnant que le nom du village ne soit pas cité. Maintenant, dire lieu d'origine est un moyen de dire qu'il est bien de Nazareth, qu'il est bien Galiléen - et par contre la suite du texte montre qu'il y a peut-être une ambiguïté quant à sa filiation. Dire qu'il est "le fils de Marie", alors que toutes les généalogies se centrent sur les hommes, est quand même étonnant, et va un peu dans le sens de l'évangile de Jean, quand les "juifs" disent à Jésus que "eux, ne sont pas fils de la prostitution" (Jn 8, 41) - même si au chapitre 6 ils disent que Jésus est le fils de Joseph (Jn 6, 42).

 

Dans le récit de Marc, on sort donc d'un temps bien rempli: l'aller et le retour de chez les Géraséniens, la guérison du lépreux,  les guérisons de la fille de Jaïre et de la femme qui perd du sang. Or ces guérisons se font parce que les demandeurs ont une foi indéfectible en cet homme différent des autres. Et ce sera bien la différence: ceux du village d'origine de Jésus - finalement un peu comme les pharisiens qui accusent Jésus de pactiser avec le diable - doutent de lui, et même le méprisent. Alors dans ces conditions, rien ne peut advenir. 

 

Mais ce qui m'étonne quand même, c'est que ce village semble comme coupé du reste du monde. Comment peuvent-ils ignorer que Jésus a redonné une vie à une jeune fille qui venait de trépasser? Est-ce que cela ne place pas Jésus dans la lignée des grands prophètes? N'est-il pas le nouvel Elie, lui qui avait redonné vie au fils de la veuve de Sarepta (1R 17,17-19), ou le nouvel Élisée (2R 4,8-37)?

 

Mais non, on dirait qu'ils sont dans une sorte de bulle; avec peut-être leur peur que ce drôle de loustic leur apporte des ennuis. Et ce drôle de loustic, qui est-il vraiment? 

 

Ce que je veux dire, c'est qu'il est quand même étonnant que les habitants de Nazareth soient finalement aussi fermés aux actions hors du commun faites par un enfant de chez eux. 

 

Quand on prend l'évangile de Luc, il situe cet épisode au tout début de la vie publique, et rapporte le verset d'Isaïe dont Jésus se sert: qui peut (pardon de choquer) évoquer un peu le jeune Joseph dans le livre de la Genèse, quand il affirme que son père, sa mère et ses frères se prosterneront devant lui. Ce que je veux dire c'est qu'affirmer qu'il est lui celui sur lequel repose l'onction, peut susciter une réaction de jalousie très forte et expliquer (au moins un peu la suite). 

 

Je me suis demandée, parce que Jésus dira qu'un prophète est méprisé dans son pays (ce qui est le cas effectivement de beaucoup de prophètes connus: Amos qui est prié d'aller prophétiser ailleurs; Isaïe dont on dit qu'il a été tué; Jérémie) si le mépris, il ne l'a pas connu dès son enfance; et cela évoque pour moi le verset 3 du chapitre 53 d'Isaïe:" Méprisé, abandonné des hommes, homme de douleurs, familier de la souffrance, il était pareil à celui devant qui on se voile la face ; et nous l’avons méprisé, compté pour rien." C'est un peu ce qui se passe dans ce lieu. 

 

 

Alors que se passe-t-il dans cette synagogue? C'est un disciple qui essaye de transmettre ce qu'il a ressenti et vécu. 

 

Un disciple raconte

 

Il venait de faire quelque chose d'extraordinaire, il avait redonné vie à une jeune fille de douze ans qui venait de mourir. Quand son papa était venu supplier Jésus de la sauver, elle était à la dernière extrémité, mais elle était vivante. Ensuite nous les avons suivis, lui et Jaïre, et nous avons été retardés par une femme qui avait voulu toucher le vêtement du maître pour être guérie de sa maladie. Si Jésus ne s'était pas arrêté pour l'obliger à dire devant tout ce monde ce qu'elle venait de faire, peut-être que nous aurions pu arriver plus rapidement, mais la jeune enfant était morte quand nous sommes arrivés, bien morte, car les pleureuses étaient déjà là. Et lui, il lui a redonné la vie! Mais dès qu'il fut sorti de la maison, au lieu de revenir dans sa maison ou dans celle de Simon, il a quitté la ville, comme s'il voulait se faire oublier; il est parti vers sa ville d'origine. Et cela fait une bonne distance. Il a juste dit où il voulait aller, et nous avons suivi.

 

Nous nous sommes installés dans la maison de sa mère, à côte de l'atelier de charpentier - son père était charpentier, et d'ailleurs Jésus est aussi charpentier: dès qu'il a un peu de temps libre, il sculpte le bois. Curieusement personne ne s'est pressé à la porte pour demander une guérison, et Jésus est resté avec sa mère, au calme. 

 

Le jour du Sabbat est arrivé, et nous sommes allés à la synagogue. Là, c'était plus calme qu'à Capharnaüm, pas de pharisiens, pas de scribes venus de Jérusalem. Mais si j'en crois ce que les autres m'ont raconté, il y a des gens du village qui sont venus alors que Jésus enseignait, pour le faire rentrer à Nazareth, parce qu'ils disaient que Jésus avait perdu la tête. Moi je crois qu'ils ont peur de lui, peur des gens de Jérusalem, peur des Romains, et qu'ils auraient voulu l'enfermer, pour qu'il arrête de faire parler de lui. Ils ont même envoyé sa mère et ses frères, mais Jésus a fait comme s'il n'entendait pas. Il me semble qu'ils ne l'aiment pas beaucoup. 

 

Donc ce jour-là, il y avait du monde. Quand il a pris la parole, tous l'ont écouté, et à voir leur tête ils n'en revenaient pas de l'entendre parler aussi bien, avec une telle éloquence, avec une telle autorité - et pourtant il n'a pas suivi l'enseignement des rabbis. Bref, certains étaient subjugués, mais d'autres ont commencé à jacasser entre eux. Ils se disaient que ce n'était pas possible qu'il ait autant changé. Ils ont dit qu'ils savaient très bien que Jésus, le charpentier, le fils de Marie, le frère d'un certain nombre d'entre eux, il ne pouvait pas être le messie, parce que c'est bien de cela qu'il est question. Je crois aussi que certains savaient que la naissance de Jésus avait été particulière et que des bruits disaient que Joseph n'était pas son père, et du coup, ils parlaient de lui en disant le fils de Marie.

 

Jésus a bien vu ce qui se passait, et moi qui le connais, je savais que ça le rendait très malheureux. Il se sentait pour eux un objet de scandale. Il leur a dit alors que bien souvent un prophète est méprisé dans son propre pays: d'ailleurs c'est ce qui était arrivé au prophète Osée, qui a été chassé de Samarie parce qu'il faisait soi-disant du tort au roi. 

 

Il était peiné. Il aurait tellement aimé faire du bien à ce village qui est le sien; mais ils n'avaient pas confiance en lui, ils le méprisaient même; et moi je crois qu'ils avaient peur de lui. Alors nous sommes partis et il a annoncé le règne de Dieu dans les villages aux alentours; et eux ont cru. 

 

ANNEXE 1: Travail sur le texte.

 

1 En ce temps-là,  Jésus se rendit dans son lieu d’origine, et ses disciples le suivirent.

 

Ce qui est frappant dans cet évangile, c'est que Jésus prend l'initiative - et c'est un peu une constante de l'évangile de Marc: il était monté dans la barque d'un coup, sans se changer, et les disciples avaient dû embarquer avec lui; là, il sort de la maison de Jaïre et il semble se mettre en route immédiatement, presque comme s'il fuyait la notoriété. Les disciples lui emboitent le pas, comme ils peuvent.

 

Que se passe-t-il ensuite? Marc ne le rapporte pas. Mais on sait que par deux fois, les "gens" ont essayé de lui faire entendre raison et de le ramener "à la maison" pour qu'il se taise. On a même demandé à sa mère d'intervenir: en principe une mère c'est sacré, et on ne lui désobéit pas. (Mc 3,20 )

 

2 Le jour du sabbat, il se mit à enseigner dans la synagogue. De nombreux auditeurs, frappés d’étonnement, disaient : « D’où cela lui vient-il ? Quelle est cette sagesse qui lui a été donnée, et ces grands miracles qui se réalisent par ses mains ?

 

Il va peut-être dans la maison familiale (se reposer ?). Arrive le jour de la réunion à la synagogue, et donc il s'y rend; là, on ne sait pas grand-chose, sauf qu'il prend la parole et que c'est l'étonnement. Tout se passe comme si jusque-là, Jésus avait vraiment été quelqu'un de très quelconque, qui ne s'était jamais fait remarquer. 

 

Ceux qui sont là se posent à juste titre des questions: comment se fait-il qu'il parle avec cette sagesse, comment se fait-il qu'il fasse des guérisons? Qui est-il?  

 

Et c'est bien le questionnement, la question centrale. Et là il se passe quelque chose, chez certains des auditeurs. Comment voir en lui plus que ce que l'on sait? Comme je j'ai dit plus haut, il est quand même étonnant que la réanimation de la fille de Jaïre n'ait pas été rapportée, mais c'est pensable.

 

3 N’est-il pas le charpentier, le fils de Marie, et le frère de Jacques, de José, de Jude et de Simon ? Ses sœurs ne sont-elles pas ici chez nous ? » Et ils étaient profondément choqués à son sujet.

 

Bref, ils ne se réjouissent pas du tout; et cela évoque un peu la réaction précédente: il a perdu la tête. Il va nous attirer des ennuis.

 

Ce qui me frappe dans le passage, c'est l'insistance portée sur le métier, et sur le fait qu'il est le fils de Marie, et non de Joseph. Cela me fait penser à l'évangile de Jean quand les juifs disent à Jésus qu'eux ne sont pas nés de la prostitution, ce qui peut renvoyer aux origines de Jésus, qui dit que son Père est Dieu et qui ne parle pas de Joseph. Du coup, je me demande si Jésus n'a pas connu le mépris dans son enfance, ce qui va à l'encontre des récits apocryphes.

 

4 Jésus leur disait : « Un prophète n’est méprisé que dans son pays, sa parenté et sa maison. »

 

Ce qui est étonnant c'est que ce verset évoque aussi le départ d'Abraham (Gn 12,1): "Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père, et va vers le pays que je te montrerai". C'est cela qui peut justifier l'attitude de Jésus: lui aussi, doit partir pour aller ailleurs, pour créer le nouveau pays; le nouvel Israël.

 

Pourquoi Jésus parle-t-il de mépris? Je n'avais pas remarqué qu'il est réduit à sa profession, et à sa filiation - comme fils de Marie, et c'est peut-être cela qui pose question. 

 

Enfant sans père et le voilà qui se fait prophète. Pour qui se prend-il? 

Cela me rappelle le verset du chant du serviteur (Is 53,3): "Objet de mépris, abandonné des hommes, homme de douleur, familier de la souffrance, comme quelqu'un devant qui on se voile la face, méprisé, nous n'en faisions aucun cas." N'est ce pas ce qui se passe là pour lui?

 

5 Et là il ne pouvait accomplir aucun miracle ; il guérit seulement quelques malades en leur imposant les mains.

6 Et il s’étonna de leur manque de foi.

Jésus parcourait les villages d’alentour en enseignant.

 

 

Il y a ici l'affirmation que Jésus n'est pas un magicien: pour que quelque chose advienne, il faut que ceux qui demandent une guérison aient foi en lui.  Peut-être que ce manque de foi est une souffrance pour Jésus. Alors à quoi bon s'éterniser là, alors que d'autres villages attendent. Et le voilà reparti sur les routes.

 

 

ANNEXE 2: LES SYNOPTIQUES

 

Matthieu 13,53-58

Marc 5,1-6

Luc 4, 14-30 

(Fin du discours en paraboles)

 

 

 

53 Lorsque Jésus eut terminé ces paraboles, il s’éloigna de là.

 

(Jésus sort de la maison de Jaïre)

 

 

 

01 Sorti de là, Jésus se rendit dans son lieu d’origine, et ses disciples le suivirent.

 

 

Début de la vie publique, après les tentations

 

14 Lorsque Jésus, dans la puissance de l’Esprit, revint en Galilée, sa renommée se répandit dans toute la région.

15 Il enseignait dans les synagogues, et tout le monde faisait son éloge.

 

54 Il se rendit dans son lieu d’origine, et il enseignait les gens dans leur synagogue,

 

de telle manière qu’ils étaient frappés d’étonnement

 

 

et disaient : « D’où lui viennent cette sagesse et ces miracles ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2 Le jour du sabbat, il se mit à enseigner dans la synagogue. De nombreux auditeurs, frappés d’étonnement,

 

 

 disaient : « D’où cela lui vient-il ? Quelle est cette sagesse qui lui a été donnée, et ces grands miracles qui se réalisent par ses mains ?

 

 

16 Il vint à Nazareth, où il avait été élevé. Selon son habitude, il entra dans la synagogue le jour du sabbat, et il se leva pour faire la lecture.

 

17 On lui remit le livre du prophète Isaïe. Il ouvrit le livre et trouva le passage où il est écrit :

18 L’Esprit du Seigneur est sur moi parce que le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé porter la bonne nouvelle aux pauvres, annoncer aux captifs leur libération, et aux aveugles qu’ils retrouveront la vue, remettre en liberté les opprimés,

 19 annoncer une année favorable accordée par le Seigneur.

20 Jésus referma le livre, le rendit au servant et s’assit. 

 

 Tous, dans la synagogue, avaient les yeux fixés sur lui.

21 Alors il se mit à leur dire : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre. »

 

55 N’est-il pas le fils du charpentier ? Sa mère ne s’appelle-t-elle pas Marie, et ses frères : Jacques, Joseph, Simon et Jude ?

56 Et ses sœurs ne sont-elles pas toutes chez nous ? Alors, d’où lui vient tout cela ? »

 

57 Et ils étaient profondément choqués à son sujet

 

03 N’est-il pas le charpentier, le fils de Marie, et le frère de Jacques, de José, de Jude et de Simon ? Ses sœurs ne sont-elles pas ici chez nous ? » 

 

 

 

 

Et ils étaient profondément choqués à son sujet.

22 Tous lui rendaient témoignage et s’étonnaient des paroles de grâce qui sortaient de sa bouche. Ils se disaient : « N’est-ce pas là le fils de Joseph ? »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Jésus leur dit : « Un prophète n’est méprisé que dans son pays et dans sa propre maison. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

04 Jésus leur disait : « Un prophète n’est méprisé que dans son pays, sa parenté et sa maison. »

 

 

 

 

23 Mais il leur dit : « Sûrement vous allez me citer le dicton : “Médecin, guéris-toi toi-même”, et me dire : “Nous avons appris tout ce qui s’est passé à Capharnaüm ; fais donc de même ici dans ton lieu d’origine !” »

 

24 Puis il ajouta : « Amen, je vous le dis : aucun prophète ne trouve un accueil favorable dans son pays.

 

25 En vérité, je vous le dis : Au temps du prophète Élie, lorsque pendant trois ans et demi le ciel retint la pluie, et qu’une grande famine se produisit sur toute la terre, il y avait beaucoup de veuves en Israël ;

26 pourtant Élie ne fut envoyé vers aucune d’entre elles, mais bien dans la ville de Sarepta, au pays de Sidon, chez une veuve étrangère.

27 Au temps du prophète Élisée, il y avait beaucoup de lépreux en Israël ; et aucun d’eux n’a été purifié, mais bien Naaman le Syrien. »

28

 

 

 

 

 

28 À ces mots, dans la synagogue, tous devinrent furieux29 Ils se levèrent, poussèrent Jésus hors de la ville, et le menèrent jusqu’à un escarpement de la colline où leur ville est construite, pour le précipiter en bas.

 

58 Et il ne fit pas beaucoup de miracles à cet endroit-là, à cause de leur manque de foi.

05 Et là il ne pouvait accomplir aucun miracle; il guérit seulement quelques malades en leur imposant les mains.

 

 

 

06 Et il s’étonna de leur manque de foi. Jésus parcourait les villages d’alentour en enseignant.

 

 

30 Mais lui, passant au milieu d’eux, allait son chemin.

 

Arrestation de Jean-Baptiste

Appel des douze

Appel des 4

 

Si les récits de Matthieu et de Marc, sont presque identiques, ils se passent cependant à des moments différents. Dans l'évangile de Marc, la vie publique est bien entamée, mais il est toujours question du secret messianique. Est-ce que Jésus quitte rapidement Capharnaüm pour qu'on l'oublie un peu? Mais en même temps, je pense que le rappel de l'Exode montre aussi que Jésus, qui a fait l'effort de revenir chez lui, et alors qu'on veut déjà le faire taire (Mc 3), comprend qu'il est appelé à bien autre chose: universalité du salut.

 

Dans l'évangile de Matthieu, sa mère et ses frères ont tenté de lui parler; la relation avec les scribes et les pharisiens devient violente puisque Jésus est qualifié de démon. Le discours en parabole est peut-être un moyen de parler autrement, sans risques. C'est alors qu'il retourne dans son lieu d'origine. Mais ce n'est pas un lieu pour lui. 

 

Quant à l'évangile de Luc, qui se passe au tout début de la vie publique, il est le seul à rapporter ce qui a pu se passer dans la synagogue, avec la lecture du texte d'Isaïe, qui peut nous ravir, nous, mais qui a pu éveiller de la jalousie et de la haine dans les auditeurs: pour qui se prend-il celui-là. Je peux d'ailleurs penser que ce qui se passe là est le prototype de ce qui se passera à Jérusalem, sauf que là, le temps n'est pas encore venu. Mais Jésus sera bien traîné hors de la ville et mis à mort.