samedi, avril 30, 2011

"Ne sois pas incrédule" Jn20



Réflexions sur Thomas surnommé le "jumeau"(1).


Il est quand même étonnant que le même Thomas qui a pu dire lors de la mort de Lazare « Allons, nous aussi pour mourir avec lui »Jn 11, 16 soit devenu pour nous le modèle de l’incrédulité… « Ne sois pas incrédule mais croyant »Jn20, 27… Enfin grâce à lui, nous avons une béatitude qui nous concerne tous : « Heureux 
sommes nous de croire alors que nous n’avons pas vu ».

Mais ce qui est raconté dans le chapitre 20 de l’évangile de Jean et que nous entendrons ce dimanche (dimanche de la miséricorde) m’a  donné l’envie de raconter un peu « autrement » cet épisode où je ne suis pas sûre de trouver Jésus très miséricordieux avec Thomas celui que l’on surnomme le jumeau, ce qui en soit pose d’emblée une question d’identité. Qui est –il ce Thomas. Est il notre jumeau avec son incrédulité ?

Le soir du vendredi, après la mort de Jésus, les apôtres se demandent ce qui va leur arriver: vont ils être poursuivis, emprisonnés ? Ils sont galiléens dont avec leur accent ils sont reconnaissables. Seulement voilà, quitter Jérusalem c’est impossible puisque le Shabbat de la Pâque est là. Et un jour de Shabbat on n’a pas le droit de faire plus de 2000 pas, alors rentrer à Capharnaüm pour se mettre à l’abri ce n’est pas possible. Et puis il faudrait peut-être si les choses se tassent faire de vrais funérailles au Maître. Il faut bien trouver un lieu en attendant, survivre et se serrer les coudes.

Traditionnellement on imagine que le lieu où vivent les apôtres après la mort de Jésus est le Cénacle, la salle du dernier repas, la salle de la Pentecôte, mais il me semble que c’est une hypothèse. J’imaginerai bien une salle avec peu de fenêtres, une salle un peu comme une cave, pas une chambre haute.  

Passe le samedi, arrive le dimanche. Là il y a des nouvelles : Marie-Madeleine prévient Jean et Pierre qu’Il a disparu. Ces deux là sont allés au tombeau, ont vu la pierre roulée, les linges pliés. Jean « voit et croit » mais on ne nous dit pas ce qu’il croit. On nous dit juste que « ils ne savaient pas encore que d’après l’écriture il devait ressusciter d’entre les morts » et pourtant ces deux là, avaient assisté à la transfiguration.  On nous dit qu’ils s’en retournent chez eux. Et là se repose la même question, où est ce chez eux ?

Ce que nous savons c’est que le dimanche soir, dans ce lieu que l’on assimile souvent à la pièce où a été célébrée la Pâque, mais nous n’en savons rien, les apôtres sont enfermés. On pourrait même dire que eux sont dans la tombe. La pièce est verrouillée (alors que la pierre a été roulée) il fait nuit, ils sont dans l’obscurité de la foi, car il ne semble pas que les allégations des femmes leur aient ouvert les yeux. Ils sont enfermés dans cette pièce et en eux-mêmes. Si Jésus est sorti du tombeau, eux ils y sont bien enfermés.

Peut-être que la faim se faisant sentir, Thomas sort pour acheter ce qu’il faut et peut être aussi pour « humer » l’air du dehors, voir si les choses se sont calmées, s’il sera possible de quitter Jérusalem, de rentrer chez soi. Et Thomas sort dans la nuit, à pas de loups et les autres ferment bien la porte derrière lui et peut-être même lui donnent ils un mot de passe pour quand il rentrera.  Et les voilà à attendre le retour de Thomas. 

Mais ce n’est pas Thomas qui revient, c’est brutalement Jésus qui se trouve au milieu d’eux. Il est le centre, il est au centre, il est le personnage central, un peu comme lorsque la femme adultère est mise « au milieu » bien en vue par les pharisiens (Jn8,3). Jésus est entré dans leur tombeau.  Il leur donne sa Paix, Mais on dirait que ce n’est pas suffisant, que sa voix ne provoque pas grand chose en eux (un peu comme avec Marie- Madeleine qui dans un premier temps ne reconnaît pas la voix de Jésus quand elle le prend pour le jardinier).

Alors Il montre ses mains et son côté et là enfin il se passe quelque chose, ils ne doutent pas de leur vision, ils sont remplis de joie, ils sont sortis de leur tombe. Jésus leur donne l’Esprit Saint et la capacité de remettre en amitié (réconcilier) avec son Père ceux qui le veulent (il ne s’agit plus de chasser les démons ou du guérir mais de  remettre les péchés ce que Jésus avait fait avec le paralytique (Lc 5, 20) et d’étendre ce qui avait été donné à Pierre seul (Mt 16,16). Jésus leur donne ce pourquoi Il a donné sa vie, il fait d’eux des vivants. 

Mais quand Thomas rentre avec peut-être la peur au ventre, pourquoi les croirait-il ? Comment un homme peut il rentrer dans une pièce hermétiquement close ? Cela fait penser à ces romans policiers où un crime est commis alors que la pièce est verrouillée de l’intérieur, les fenêtres fermées. Bien sûr ils ont vu ses mains et son côté, mais ils n’ont pas touché.. Et si c’était une illusion ? Si leur peur avait vraiment disparu, auraient ils eu besoin de continuer à verrouiller la porte ? Alors Thomas va avoir une réaction « saine » normale. Il a vu Jésus sur la croix, il a vu ce qu’a fait le centurion en perçant son côté, alors il va dire une phrase curieuse si on l’analyse : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, et si je ne mets pas ma main dans son côté, je ne croirai pas ». Non seulement il veut voir, mais il veut toucher, comme s’il ne se fiait pas à ce qu’il aurait vu.  Peut-être que en disant cela Thomas ne nie pas que « quelque chose se soit passé » mais comment savoir si ce quelqu’un est bien Jésus. Après tout si Marie Madeleine le prend pour un jardinier c’est que les plaies ne sont visibles. Lui il veut être sûr que ce n’est pas une imposture et lui n’a pas reçu l’Esprit qui permet le discernement, doute, ne fait pas confiance et en cela il est bien comme nous.

Et 8 jours passent. Les apôtres auraient peut-être pu quitter Jérusalem, entre deux shabbat on peut abattre des kilomètres, mais dans cet évangile, ils restant enfermés, verrouillés dans leur tombeau (2). Ils n’osent pas parler de ce Jésus qui leur est apparu, ils restent dans la mort. Et voilà que Jésus à nouveau est là, là au milieu d’eux.

Pouvons nous imaginer la tête de Thomas lorsque Jésus cite pratiquement mot pour mot ce que lui Thomas a dit dans le secret de cette pièce en insistant sur les gestes : » Porte ton doigt ici, voici mes mains. Avance ta main et mets là dans mon côté, et ne sois plus incrédule mais croyant ».
Il m'est possible d'imaginer la stupeur de Thomas, voire même sa peur: comment a t Il pu savoir, comment a t Il pu entendre ce que j’ai dit il y a 8 jours,

Comment l’absent a t il pu rester présent, invisible pour les yeux? Qui est-Il, Qui est-Il devenu ? Ceci a certainement dû provoquer un changement total en Thomas (comme plus tard pour Paul sur la route de Damas), une ouverture des yeux et du cœur et qu’il n’a pas besoin de toucher pour croire.

Dans le psaume 139 il est écrit : « La parole n’est pas encore sur ma langue et voici Seigneur, tu la sais toute entière »… Alors si Thomas peut dire: «  Mon Seigneur et mon Dieu » c’est peut-être parce que il a compris dans sa chair que ce que Jésus disait avant sa mort : « Qui m’a vu a vu le Père » était là, arrivé pour lui.  Et Thomas qui au soir du jeudi Saint disait ne pas connaître le chemin qui mène au Père a trouvé ce soir là ce que serait son chemin: annoncer la bonne nouvelle de la résurrection bien loin de Jérusalem.


(1) http://giboulee.blogspot.com/2006/05/thomas-dont-le-nom-signifie-le-jumeau.html
(2)Il faut dire que suivant les évangélistes il faut soit aller en Galilée, soit rester à Jérusalem. 

dimanche, avril 24, 2011

"Se pardonner à soi-même"

"Refaire surface"

Faire le deuil de soi? 
Est ce que le fait de dire «Je te demande pardon » permet de refaire surface?

J’ai regardé les deux premiers épisodes de la nouvelle série Docteur House et je dois dire que depuis je me pose des questions sur la question du pardon. Est ce que le fait de dire : je te demande pardon, je reconnais que j’ai fait quelque chose de mal permet vraiment de ne plus se sentir coupable, de repartir dans la vie débarrassé de ce poids et d’être « debout » ? C’est une question qui s’est posée à moi après avoir regardé le deuxième épisode.


Je résume ce que j’ai retenu : il s’agit là d’un travail thérapeutique entre House et le psy responsable du service dans lequel House se retrouve et qui arrive dans un premier temps à lui faire dire qu’il veut être heureux et qu’il en a assez de saborder tout ce qui pourrait être bon pour lui. En soi le simple fait que House passe de l'opposition à une certaine obéissance, qu'il devienne capable d'ouvrir son oreille à un autre que lui est déjà une victoire. C'est si facile de fermer son oreille à l'autre et de se prendre pour celui qui sait. 


Puis dans le déroulement de l’épisode, House provoque en grande partie par orgueil mais aussi par désir de bien faire un accident qui aurait pu tuer un résident de l’hôpital. Quand cette personne retourne dans le service psychiatrique, House va essayer de « réparer » or le psy va lui dire de demander simplement  « pardon » ce qui  paraît à House (un peu comme un tout à chacun ) un peu simpliste, un peu absurde. 


Il lui explique alors que qu’il n’est pas Dieu et qu’il ne vit pas dans un monde où il peut annuler ce qui a été fait. Au passage on lui fait comprendre qu’une certaine gentillesse qui est une forme de réparation n’est pas bonne parce qu’elle maintient dans la culpabilité et ne permet pas de tourner la page.


Bien sûr parce que l’Amérique c’est l’Amérique, House en récupérant « une boîte à voix » qui est en fait une boîte à musique  et en la donnant à la personnne qui est en morceaux et qui ne parle plus,  va en posant l’acte « vocal » du pardon permettre de profondes modifications pour certains personnages de l ‘épisode,

Certes dans un premier temps le fait de dire « je te demande pardon » ne rend pas la parole, mais par la suite comme si quelque chose avait été mis en mouvement chez ce patient qui ne bouge plus, la parole va revenir. Et il est fort possible que ce soit ces changements qui permettent à House de devenir un vivant. 


Articuler le pardon (le dire à haute voix et devant des tiers) , c’est aussi reconnaître que l’autre a le droit d’accepter ou de refuser, c’est reconnaître qu’une erreur a été faite, mais c’est aussi dire que le regard posé sur l’agressé va changer. Peut être que ce n’est plus le considérer comme  "sa"   victime mais comme "une" victime et de ce fait poser un autre regard sur lui, supposer aussi que l’autre après tout peut « pardonner », même si cela semble presque impensable. Mais c’est arrêter de penser à la place de l’autre.


J’ai lu récemment un commentaire sur « prendre sa croix » avec une insistance sur le mot prendre. Il ne s’agit pas d’être passif, écrasé, mais debout et actif, donc vivant. Ce qui est proposé par le psy (mais qui ne peut se réaliser que parce que la confiance a pu s’établir entre ces deux hommes, parce qu’une relation de dominant/dominé a déjà pu se modifier) c’est bien de vivre et de ne pas être un mort vivant (comme l’autre sur son fauteuil) parce que cela ne sert finalement à rien.

Que le but d’un psy (d’un thérapeute) soit à un moment donné, de permettre à son patient de vivre le mieux possible, de cesser de se détruire, certes oui. Mais est ce qu’il suffit de demander pardon pour que le deuil de l’acte soit réalisé?


 Ce qui semble proposé ici c’est de ne plus se laisser plomber par cet acte dans la vie de tous les jours, c’est  aussi (et c’est peut être cela l’important) se reconnaître faillible, faible, mais de ne pas s’en sentir coupable.Autrement dit ce qui est proposé là en disant les mots à haute voix c’est de faire le deuil d’une certaine image de soi, image qui est celle de quelqu’un finalement de tout puissant.


On parle beaucoup de vertus thérapeutiques du pardon dans les groupes de personnes victimes, mais même si on fait une distinction entre lâcher prise et pardon, même si effectivement le pardon donné à son agresseur peut permettre de vivre enfin sans traîner un fardeau, c’est un acte qui reste difficile, car il s’agit aussi de laisser de côté définitivement tout ce qui est de l’ordre du ressentiment, du pourquoi, de l'incompréhension et finalement de pouvoir regarder l’agresseur comme quelqu’un avec lequel on n’a plus rien à voir. 


C’est être libéré de lui et cette libération là pour moi est de l’ordre autant du spirituel que du travail psychologique.


Ici, pour en revenir à ce que je crois avoir compris, il l s’agit d’une certaine manière de se mettre du côté du responsable (de l’agresseur, même s’il s’agit d’un acte involontaire qui aurait pu demander réparation au niveau de la justice) et de voir comment l’aider lui à s’en sortir. D’ailleurs le simple terme « s’en sortir » montre bien qu’il s’agit de ne pas demeurer sur place, de faire un chemin d’aller vers un ailleurs. 
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Peut-être qu’un certain discours religieux insiste trop sur la faute en elle-même, et pas assez sur la nécessité de se reconnaître dans sa finitude, dans sa limite. La phrase de Paul  (Rm7,15): «  Je ne fais pas le bien que je veux mais le mal que je hais » nous pouvons tous la prendre à notre compte. L’important serait de reconnaître que cela c’est notre condition humaine et que seul l’Esprit Saint donné en abondance par Jésus peut permettre d’en sortir ou du moins de lâcher une culpabilité trop souvent mortifère.

 En ce temps de Pâques, je dirais bien que c’est ce chemin là qui est proposé à tous les humains, redevenir (ou devenir) vivant, ouvrir tout grand tous ses sens au grand vent de l'Esprit.




mardi, avril 19, 2011

"les deux lavements des pieds" Jn 12, 1-12; Jn 13,1-15

Après avoir entendu ce que j'aimerai appeler non pas "l'onction à Béthanie", mais le premier lavement des pieds Jn 12,1-12, j'ai d'une part compris la réaction de Juda et surtout je me suis demandée si le geste de Marie n'avait pas permis à Jésus d'inventer cet autre geste au cours duquel il appellera ses disciples "ses amis".

Mais revenons au début...

Si la famille de Lazare est une famille amie, on peut bien penser qu'elle aide financièrement cet homme Jésus. Après tout Luc ne dit il pas que des femmes aident financièrement Jésus dans sa mission? Après le cadeau qui vient de lui être fait (la résurrection de Lazare), il serait bien normal que cette famille fasse un geste pour manifester sa reconnaissance. . 

Alors quand Marie arrive avec ce vase, pourquoi ne pas imaginer qu'elle va le donner au "Maître" pour que celui ci l'utilise pour sa mission. Seulement voilà, Marie fait un geste fou, elle verse (gaspille) le contenu sur les pieds de Jésus et dans un même mouvement la bonne odeur va des pieds de Jésus à ses cheveux, à elle,  comme si cela ne formait plus qu'un, comme si ses cheveux servaient de linge pour essuyer les pieds. D'une certaine manière ce qu'on peut voir c'est une sorte d'indistinction entre la femme Marie et l'homme Jésus, entre la tête de l'une et les pieds de l'autre. Peut- être qu'à ce moment là il se passe quelque chose pour Jésus, quelque chose qu'il reprendra dans le geste du lavement des pieds.

Certes il va dire à Judas: Jn12, 7:"Laisse-là garder cela pour le jour de mon enterrement" (NBS) ou "laisse là, c'est pour le jour de ma sépulture qu'elle devait garder parfum"(BJ), comme si Jésus disait à Marie, ce parfum que tu as versé aujourd'hui tu en auras besoin bientôt, mais comment deviner que dans six jours Jésus ne sera plus là.

Mais pour en revenir au parfum, oui cela aurait pu être donné aux pauvres (d'autant que si Jésus a été acheté pour 30 pièces d'argent, là il y avait de quoi acheter 10 Jésus, donc une vraie fortune....), Je me dois de reconnaître que c'est une réflexion que je me fais (dans mon petto) lors de certaines cérémonies où les prêtres portent des ornements surchargés de pierreries, où les calices sont rutilants. Oui je me dis pourquoi ne pas vendre cela pour en donner l'argent à tous ceux qui ont le ventre vide, qui tendent la main à la porte de l'église. Pourquoi cette magnificence alors que Jésus ne l'a jamais demandée.

Seulement peut être que celui qui a donné des pierres précieuses pour orner  ce calice ou ce ciboire, voir ces habits liturgiques,  a été aussi fou que la Marie de l'évangile, il a pensé que c'était important de donner ce qu'il y a de mieux pour contenir le vin qui est figure du Sang ou les hosties figures du corps ressuscité. Il y a peut être là une folie qui révèle quelque chose de l'amour pour Celui qui a donné sa vie pour que nous soyons des vivants. La folie de Marie était finalement sagesse...Serai-je capable de faire une telle folie? Je suis loin d'en être sûre.

Le geste rapporté en Jn 13,1-15 est finalement du même ordre. C'est un geste fou. Je ne dirai pas un geste gratuit parce que ce geste apprend quelque chose aux compagnons de Jésus. Un Maître qui fait un travail réservé aux serviteurs, un maître qui prend le temps d'essuyer les pieds de chacun et qui dans ce geste, - la main qui tient le pied et l'essuie-  reprend cette communion qu'il a vécu avec Marie fait un geste de communion qui ne prendra de sens que plus tard.

Il ne s'agit pas seulement de "comprendre" que ce geste que Jésus a fait ce soir là, signifierait  seulement  que ceux qui se réclament et se réclameront de Lui doivent se faire les serviteurs (les esclaves) des autres, mais de ne pas oublier  la phrase que Jésus dit à la tête de mule qui s'appelle Pierre : "si je ne te lave pas tu n'auras pas de part avec moi"Jn 13, 8.

Marie a lavé (oint) les pieds de Jésus, elle a anticipé ce qu'elle viendra faire le matin de Pâques et elle est déjà d'une certaine manière en union avec le Ressuscité.


Jésus en lavant les pieds de tous ses disciples avec de l'eau anticipe le sang qui va couler dans quelques heures, le sang qui donnera la Vie et qui permettra à ceux qu'Il a choisi de devenir ses amis  et de demeurer en Lui.  

samedi, avril 16, 2011

"Se convertir"


« Convertissez vous, le royaume de Dieu s’est approché » disait Jean le baptiste Mt3, 1 aux foules qui venaient se faire baptiser dans le Jourdain, « Convertissez vous, le royaume de Dieu s’est rapproché » dira Jésus juste après l’épisode de la tentation Mt4,17 avant d’appeler ses premiers disciples. 

Ce mot « convertissez vous » (TOB) est remplacé par « repentez vous » dans la Bible de Jérusalem, or je ne pense pas qu’il y ait équivalence de ces deux mots.

J’aimerai consacrer ce billet au mot « conversion » qui est un mot dont on use et on abuse dans les homélies.

Il faudrait me semble t il passer sa vie à se convertir, c’est à dire à reconnaître qu’on n’est pas très doué pour laisser Jésus être maître de notre vie (donc se reconnaître un peu nul sur les bords, en d’autre terme pécheur) et donc à prendre ou à reprendre « la voie étroite », bref se ressaisir et être d’avantage en accord avec le message de Jésus. 

Il faudrait se sentir « coupable »(1) de nos imperfections. Peut être que c’est cela se repentir, mais je ne suis pas sûre que ce soit extrêmement positif. Etre lucide oui, mais s’auto-flageller non… Dans notre quotidien nous sommes habités par du bon et du moins bon, nous avons notre hérédité, notre manière de vivre. L’important me semble t il, c’est simplement de prendre conscience que l’on n’aime pas assez et demander que l’Esprit Saint vienne nous aider dans notre vie de tous les jours.

Mais on ne convertit pas, on est converti. C’est quelque chose que l’on reçoit. Il s’agit d’une expérience, pas d’un acte où la volonté serait première. On se trouve à un moment donné de sa vie devant une situation (un événement, une expérience intime)  qui provoque une conversion, c’est à dire un changement. Que cette expérience provoque ensuite une autre manière de vivre, oui, mais c’est la conséquence de quelque chose qui a été donné gratuitement. Et si l’on a reçu gratuitement, alors on peut donner gratuitement… (Mt 10,8)

On prend souvent pour expliquer ce mot de conversion l’exemple de la conversion des skieurs. Pour l’avoir pratiquée (ce qui ne se fait plus maintenant compte tenu de l’évolution de la structure du ski) la conversion est le seul moyen de ne pas partir dans le décor.. Pour rester sur la piste, il fallait après une traversée et quand la pente était trop raide pour un skieur moyen, faire cette conversion qui permettait de pouvoir repartir en traversée. Pour continuer la descente, c’était alors le seul moyen, il n’y avait pas le choix, sauf d’être un meilleur skieur et de descendre schuss…

Certes il y a comme le dit la définition de ce mot la notion de changement par retournement, mais d’une certaine manière il faut faire cette rotation si on veut continuer à vivre. Je me souviens lors d’une descente récente à ski me trouver presque au bord de la piste avec la peur de tomber et avoir entendu une petite voix, très impérative me disant « tourne » et j’ai fait le virage qui m’a non pas sauvé la vie, mais qui m’a permis de ne pas tomber et de continuer mon chemin. Le choix c’était obéir ou tomber…

Quand Paul est sur la route de Damas et qu’il entend Jésus lui parler, a t il le choix de se convertir ? Nous parlons nous de conversion parce que à partir de ce moment là, Paul cesse de persécuter les juifs qui croient en la résurrection de Jésus, mais la conversion de Paul c’est de pouvoir utiliser le zèle pour Dieu qui le dévorait, pour l’annonce de la bonne nouvelle.

On ne se convertit pas par un acte volontaire. On est converti (et on peut parfaitement refuser cette expérience parce que l’on peut percevoir qu’elle va demander des efforts,) et cette expérience qu’il n’est pas toujours facile de faire partager aux autres,  provoque des changements.

Ces conversions, elles n’ont pas lieu tous les jours… Elles ont lieu une fois ou deux par vie, elles sont des appels à autre chose, à reconnaître la présence d’un autre et effectivement à changer quelque chose. Quand on a vécu cela on ne se pose pas vraiment la question du quand et du comment du pourquoi. Quelque chose s’est manifesté, quelque chose s’est éveillé, et il est nécessaire d’agir pour rester éveillé et pour faire partager cela à d’autres. Mais c’est aussi faire l’expérience du Tout Autre, de Celui que l’on ne maîtrise pas, qui souffle où il veut et comme il veut. Le brave Claudel quand il est entré à Notre Dame un soir de Noël ne savait pas qu’il allait faire une expérience qui allait le changer…

Ensuite il s’agit - et c’est cela le difficile - de rester sur la voie choisie, mais pour moi ce n’est plus « se convertir ».

C’est parce que l’on a été converti (et je crois que Paul dirait « par grâce ») qu’il devient nécessaire de demander l’aide de l’Esprit pour que nos yeux, nos oreilles, notre cœur, s’ouvrent autrement. Pour que petit à petit, un jour après l’autre, sans chercher le grandiose ou l’extraordinaire, le changement continue à s’opérer en soi et à opérer dans la communication et la relation avec les autres.
On peut peut-être s’en vouloir parce que l’on perçoit que l’on ne fait pas tout ce qu’il faudrait faire, mais cela ne n’est pas ma manière de voir. Dieu sait ce qu’il y a en nous, et de quoi nous sommes fait. Le difficile est d’accepter de devenir d'une certaine manière dépendant de Celui qui nous a fait vivre cela, alors que tout dans notre éducation nous conduit à l’autonomie et à l’indépendance. 

La conversion c’est peut être juste cela, comprendre que seul on ne peut pas laisser vivre et de développer le souffle, l’haleine de vie que Dieu a donné à tout être humain.




(1) Je viens de découvrir dans le lévitique au chapitre 5, qu'il y a tout un rituel intitulé sacrifice pour la culpabilité: il s'agit de fautes commises "sans faire exprès". Peut être est il important de sortir d'un pareil système.  

dimanche, mars 27, 2011

1 Jn 2, 2 victime de propitiation pour nos péchés: début

Propitiation
Quand un mot me travaille, il faut que j'aille voir son sens dans un dictionnaire et ce fut le cas de ce drôle de mot «propitiation ». Je pensais qu’il venait de l’épître aux Hébreux, mais je me trompais. Il est  employé dans la première épître de Jean: 1 Jn 2, 2 « C'est lui qui est victime de propitiation pour nos péchés, non seulement pour les nôtres, mais aussi pour ceux du monde entier » et 1Jn 4,10: «  En ceci consiste l'amour : ce n'est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c'est lui qui nous a aimés et qui a envoyé son Fils en victime de propitiation pour nos péchés ». Ce mot est employé dans la bible de Jérusalem, mais d’autres bibles (BFC, Nouvelle Bible Segond, TOB) emploient la phrase : «  offert en sacrifice pour le pardon de nos péchés ».


plaque d'or qui recouvrait l'arche d'alliance et sur laquelle on offrait des sacrifices.
La définition de ce mot serait: « Victime offerte pour obtenir les complaisances (les faveurs) d’un Dieu ». Ceci se trouve dans beaucoup de religions, c’est ce que l’on voit avec le sacrifice d’Iphigénie par exemple. On peut supposer que plus le sacrifice a de la valeur, par exemple le fils ou la fille d’un roi (ceci étant reproché à certains rois de Samarie), ou plus il est important en nombre (je pense là au nombre de taureaux offerts en sacrifices lors du transfert de l’arche dans le temple 1R 7, 63) par Salomon, plus les faveurs du Dieu seront acquises.

Le livre du Lévitique montre bien le rôle du sacrifice des animaux, pour obtenir à la fois le pardon des péchés (qui sont responsables des malheurs collectifs ou individuels)  et s’attirer la bienveillance ce Dieu. Pourtant, il me semble que ceci est une manière bien anthropomorphique que de projeter sur Dieu nos propres manières de fonctionner. Dans le psaume 50 ne lit-on pas :
8Ce n'est pas pour tes sacrifices que je te fais des reproches ; tes holocaustes sont constamment devant moi.
9Je ne prendrai pas un taureau de ta maison, ni des boucs de tes bergeries.
 10Car tous les animaux de la forêt sont à moi, toutes les bêtes des montagnes, par milliers ;
11je connais tous les oiseaux des montagnes, et tout ce qui se meut dans les champs m'appartient.
12Si j'avais faim, je ne te le dirais pas, car le monde m'appartient, avec tout ce qui s'y trouve.
13Est-ce que je mange la viande des taureaux ? Est-ce que je bois le sang des boucs ?
14En sacrifice à Dieu, offre la reconnaissance ; acquitte-toi de tes vœux envers le Très-Haut.
15Invoque-moi au jour de la détresse : je te délivrerai, et tu me glorifieras.




En d’autres termes, pour se concilier la bienveillance de Dieu, ce n’est pas l’abondance  qui est nécessaire, ni la soumission au rituel sacrificiel, mais c’est la manière dont le rite est accompli. S’il n’y a pas de relation entre celui qui offre le sacrifice et son Dieu, d’une certaine manière le sacrifice est vain. Ce qui importe c’est la confiance et la foi.


Je dois dire que si Jésus est une victime offerte en propitiation, c'est à dire pour obtenir les "complaisances" de Dieu, et bien je peux me poser des questions. D’une certaine manière son sacrifice est un échec. Le monde dans lequel nous vivons n’est pas un monde où la vie est facile. 


La mort de Jésus n’a rien modifié aux famines, tremblements de terre, guerres (sans parler des guerres faites en son nom). Le mal (si on ouvre un peu les yeux) est omni présent et lutter contre lui reste difficile. Le mal est certes en dehors de nous, mais aussi à l’intérieur de nous. Cela nous avons souvent tendance à l’oublier. Compte tenu de notre évolution, il reste encore beaucoup de pulsions animales en nous. Ces pulsions ont certainement permis à l’être humain de survivre, mais aujourd’hui, dans notre culture et  notre civilisation,  si elles demeurent trop vivaces, elles nous conduisent à notre propre mort (et trop souvent à la mort des autres). Quand quelqu’un dans une série télévisée dit « je n’avais pas le choix, je n’ai pas pu faire autrement, alors qu’il vient de tuer quelqu’un, on peut se demander si cela n’est pas un esclavage, esclavage de la convoitise, esclavage d’une certaine représentation de soi. 



Et je pense que c’est de cet esclavage là dont Jésus est venu nous libérer. Cela peut s’appeler le péché et se décliner sous beaucoup de mots, mais cela c’est aussi le Mal et si on lit un peu autrement les évangiles, on peut dire que au dela des guérisons, des miracles, de la résurrection il s’agit bien d’un combat contre le Mal et que le sacrifice de Jésus nous permet non pas d’en être vainqueur mais de lutter contre lui jour après jour en utilisant la force qu’Il nous donne. 

1 Jn2, 2 victime de propitiation pour nos péchés suite.

Propitiation suite

J’ai toujours eu du mal à comprendre (même si une partie de moi est capable de raisonner) que Jésus soit venu sur terre uniquement pour nous « réconcilier » avec Dieu. Si Jésus est le libérateur (ce que je crois profondément), c’est qu’il y a une rançon à payer à celui qui nous retient en otage, à savoir le Mal.

Le combat de Jésus contre le Mal (le Monde) symbolisé dans l’évangile de Jean par la lumière qui ne peut être engloutie par la ténèbre, est un combat qui se termine par la victoire de la Vie sur la mort, mais il y a bien eu mort d’homme pour que la rançon soit en quelque sorte payée.



 Si on accepte de penser que Dieu a donné son propre fils en rançon pour que nous puissions enfin être dégagés des pulsions animales qui sont en nous et qui nous poussent à la destruction, tant la notre que celle des autres, alors la phraseJn 3,16 « Dieu a tant aimé le monde, qu’Il lui a donné son Fils Unique » prend pour moi encore plus de sens. Un Dieu qui accepte de s’amputer, même si ensuite la partie amputée redevient vivante, est vraiment un Dieu que l’esprit humain ne pouvait pas imaginer, et en cela il est vraiment le Tout Autre.


Ce que Dieu n'a pas demandé à Abraham, Lui est capable de la faire. 
Jésus a payé la rançon qui nous sauve des forces qui ne nous permettent pas d’être à l’image et à la ressemblance de Dieu. Le combat contre le Mal est maintenant possible car la rançon a été payée une fois pour toute. Le don de l’esprit nous permet maintenant de nous débarrasser du vieil homme et de laisser vivre en nous l’homme nouveau dont Jésus est figure.

Il me semble qu’une lecture des 13 premiers chapitres de l’évangile de Jean, (ce qui l’on appelle le livre de Signes) permet de comprendre comment Jésus libère et comment fonctionne la force de l’Amour.

Dans les noces de Cana, Jésus fait les choses discrètement, pas avec un bâton comme Moïse, il le fait certainement par amour pour ce couple qui l’a invité lui et ses disciples, mais aussi pour les yeux de ses disciples s’ouvrent. Jésus n’est pas le Dieu de la crainte, mais le Dieu de l’Amour.

Avec la samaritaine, là encore on est dans le familier. Ce qui se dévoile c’est bien le désir de Dieu de donner aux humains cette eau vive qui les fera vivre autrement, qui les lavera de leur sécheresse, qui les fera fructifier.

Les  guérisons tant du fils de l’officier royal, que du paralytique de la piscine de cinq portiques, ou de l’aveugle né, montrent bien que d’une part l’être humain a quelque chose à faire (lève toi, ou va te laver) mais que cette paralysie et cet aveuglement nous en sommes tous porteurs. Quant à la résurrection de Lazare qui clôt ce livre, peut être que nous ne nous rendons pas compte qu’il y a quelque chose de mort en nous, quelque chose qui nous pourrit et de cette mort, Jésus fait naître la vie.


C’est pour nous donner cette vie que Jésus s’est laissé mettre à mort, (car cette mort, il ne l’a pas subie, mais il l’a provoquée un peu comme in provoque un adversaire dans un combat). Cette mort nous a donné le don de l’Esprit, celui que nous appelons le défenseur, le libérateur. Les forces d’amour qui sont en nous peuvent fructifier et la vie éternelle c’est cela.

Si dans la Genèse il était écrit : Gn3,22 : « Que maintenant il ne tende pas la main pour prendre aussi de l'arbre de la vie, en manger et vivre toujours ! » ce qui renvoie à la convoitise, vivre pour vivre, juste pour ne pas mourir, ce qui n’est pas un fin en soi, maintenant nous pouvons nous appuyer sur Jn 7, 37-39 « « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive, 38 celui qui croit en moi ! Comme dit l’Écriture : Des fleuves d’eau vive jailliront de son cœur. »  et la vie éternelle n’est ce pas cela ?




Alors que le sacrifice de Jésus sur la croix soit réconciliation ou victoire contre le mal, à la limite peut importe. Par la résurrection et par le don de l’Esprit, nous entrons dès aujourd’hui dans le royaume et dans la connaissance d’un Dieu capable de donner son fils pour que nous entrions dans sa joie.







mardi, mars 22, 2011

Eve: Gn 2,6: "elle en mangea, elle en donna à son mari et leurs yeux s'ouvrirent.




Comme je réfléchissais à l'arbre de vie, celui qui est au centre du jardin et qui sera interdit après la consommation du fruit de l'arbre de la connaissance et qui signifie d'une certaine manière la possibilité d'une vie sans finitude, je suis retournée au texte et... quelque chose m'a posé question: pourquoi quand la femme mange le fruit donc avant qu'elle n'en donne à Adam, ses yeux à elle ne s'ouvrent pas? 
Voilà ce que dit le texte:  Gn2 6La femme vit que l'arbre était bon pour la nourriture et plaisant pour la vue, qu'il était, cet arbre, désirable pour le discernement. Elle prit de son fruit et en mangea; 
elle en donna aussi à son mari qui était avec elle, et il en mangea.7Leurs yeux à tous les deux s'ouvrirent, et ils surent qu'ils étaient nus.
Si la femme avait vu la nudité de son mari et aussi la différence des sexes dès l'ingestion du fruit, ne lui aurait elle pas signifié? 


Cette ouverture des yeux, qui d'une certaine manière fait changer de stade infantile (la différence des sexes étant la sortie du stade anal et précédant l'entrée dans le stade oedipien), ne se fait que si l'un et l'autre passent par le même évolution. C'est peut être ce qui signifie le changement de nom de la compagne du premier homme: Gn 2, 23 Celle-ci, on l'appellera « femme », et Gn320L'homme appela sa femme du nom d'Eve (« Vivante »), car elle est devenue la mère de tous les vivants. 


Celle qui a été tirée du côté est désormais non plus une identique, un morceau de l'homme, mais celle qui parce qu'elle a un sexe différent peut engendrer. Elle n'est plus miroir, mais autre, et peut être alors que cela valait la peine qu'elle prenne l'initiative de goûter et de faire partager. 


Et puis, peut être que la femme (qui ne s'appelle pas encore Eve) a toujours su (en français si on inverse le mot "savoir", cela donne "voir ça" )que elle et l'homme étaient différents, mais elle n'en faisait pas tout un fromage...



jeudi, mars 10, 2011

Très brève: Jn3,14 "Et comme Moïse a élevé le serpent..."





En réfléchissant ce matin, je me disais qu'une tumeur cancéreuse peut parfois arrêter son oeuvre de mort si on bouche tous les canaux qu'elle a crée pour l'alimenter et pour diffuser. Elle se sclérose et meurt. Je ne suis pas sûre que cela ait été réalisé, mais c'est une piste de recherche.


D'une certaine manière la tumeur attire tout à elle.  Elle se nourrit de tout l'organisme, elle le colonise et elle finit par faire mourir celui qui en est porteur. Peut être peut on y voir une sorte de représentation du mal. Pour que celui ci soit vaincu, il faut d'une certaine manière cesser de l'alimenter, boucher les canaux, combler. 


Alors je me suis demandée si quand Jésus dit Jn3, 14 "Et comme Moïse a élevé le serpent dans le désert, il faut que le Fils de l'homme soit élevé", en ne tenant pas compte du verset suivant), s'il ne faudrait pas regarder Celui qui est sur la croix est une représentation du mal (après tout le serpent en est une). Il attire ainsi sur le Lui le mal (Paul ne dit-il pas que Jésus s'est fait péché pour nous) ce qui nous en délivre. Mais être comme un malfaisant c'est être un mauvais. 


Si Jésus attire ainsi le mal en Lui, un peu comme un paratonnerre, alors il nous en délivre, et il est conforme à ce qu'écrivait le prophète Esaïe dans le 4° chant du serviteur Es 53. 


Voir en cet homme une représentation du Mal c'est comprendre que Jésus en prenant le Mal sur Lui et en Lui , en en mourant, est Celui qui nous donne "La vie éternelle" (verset 15) vie qui commence dès aujourd'hui avec la Présence de Dieu en nous.


La résurrection étant comme la preuve que le Mal peut être vaincu, que la tumeur peut être asséchée et que l'homme peut vivre.


Sauf que le combat est loin d'être terminé, mais que le don de l'Esprit Saint permet jour après jour, heure après heure, seconde après seconde de travailler à assécher cet autre "qui rôde cherchant qui dévorer". 





dimanche, février 27, 2011

"Ce qui rend impur" Marc 7, 14-23





Évangile de Jésus-Christ selon saint Marc 7,14-23.
Jésus appela la foule et lui dit : " Ecoutez-moi tous, et comprenez bien.
Rien de ce qui est extérieur à l'homme et qui pénètre en lui ne peut le rendre impur. Mais ce qui sort de l'homme, voilà ce qui rend l'homme impur. » 
Quand il eut quitté la foule pour rentrer à la maison, ses disciples l'interrogeaient sur cette parole énigmatique. 
Alors il leur dit : « Ainsi, vous aussi, vous êtes incapables de comprendre ? Ne voyez-vous pas que tout ce qui entre dans l'homme, en venant du dehors, ne peut pas le rendre impur, 
parce que cela n'entre pas dans son cœur, mais dans son ventre, pour être éliminé ? » C'est ainsi que Jésus déclarait purs tous les aliments. 
Il leur dit encore : « Ce qui sort de l'homme, c'est cela qui le rend impur. Car c'est du dedans, du cœur de l'homme, que sortent les pensées perverses : inconduite, vols, meurtres, 
adultères, cupidités, méchancetés, fraude, débauche, envie, diffamation, orgueil et démesure. 
Tout ce mal vient du dedans, et rend l'homme impur. » 


J'ai entendu cette "bonne nouvelle" au cours d'une messe de semaine et.... Et, je sais bien que ce que Marc veut montrer (et après tout n'est il pas un disciple de Paul, qui lui a dû se battre pour ne pas imposer le rituel juif aux convertis venus d'ailleurs) que se focaliser sur le pur et l'impur est un faux problème. Qu'il est moins grave de se mettre à table sans se laver les mains, que de dire du mal de l'autre. Et même que ne pas se laver les mains n'est pas grave du tout. Seulement nous sommes imprégnés presque à notre insu de ces notions de pur et d'impur. 
Seulement je n'ai pas pu m'empêcher de penser à deux autres choses. 




          La première  elle est un peu bête... Parce que le pur et l'impur ce n'est pas si simple. Faut il avoir l'estomac vide pour recevoir le corps du Seigneur? Les personnes de ma génération ont vécu avec le fait que pour recevoir le corps du Christ, il fallait être à jeun depuis un certain nombre d'heures. Ceci je suppose pour que dans l'estomac ou dans la bouche le Pur ne soit pas  en contact avec les aliments "normaux" qui du coup devenaient impurs. Pour aller à la messe certains dimanches, je faisais plus de 5 kms à pieds en pleine montagne, à jeun pour respecter la règle. N'était ce pas un peu fou? Jésus n' est Il pas  attentif aux personnes qui restent trop longtemps sans manger et fait pour elles la multiplication des pains...  Peut être faisait on une confusion entre le respect que l'être humain doit à son Dieu et une certaine pureté. J'aimerai mieux que la notion "faire de la place à Celui qui devrait prendre toute la place" soit dite. 


Il fallait aussi ne pas être en état de péché, ce qui d'une part est impossible et qui d'autre part évacue la parole de Jésus: Je ne suis pas venu pour les bien portants mais les pécheurs. Il fallait d'une certaine manière être "tout propre"  se mettre dans une sorte de cocon de pureté (impossible en général) et du coup on en venait à se sentir coupable de communier, alors que justement Tu nous dis: "celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui, donc...là encore il y a peut-être confusion entre pur et propre, impur et sale. 


Et puis quand Jésus touche un lépreux c'est le lépreux qui est purifié, alors ce n'est pas mon impureté qui va attaquer Jésus. Dire ou faire croire que ce serait lui manquer de respect, ne pas reconnaître sa divinité, c'est peut être un peu  tiré par les cheveux... Il m'arrive parfois de dire avant de recevoir le pain et le vin" dis seulement une parole et je suis guérie", pas dans le futur, aujourd'hui. 


      La seconde, elle est beaucoup plus grave. Il y a des choses (qui ne sont pas des paroles) qui sortent du corps  (et non du coeur encore que ...) de l'homme et qui créent une souillure dans le corps de la femme. 
Je sais bien  que Jésus  voulait faire comprendre ces querelles sur les aliments étaient stériles et que ce qui sort comme paroles peut faire du mal mais surtout rend impur celui qui les prononce. L'impureté c'est ce qui se joue dans le coeur car si je déverse de l'impur je risque fort de faire du mal à mon prochain. Je peux lui faire du mal, le rendre malheureux. 


Seulement voilà, je connais beaucoup de femmes qui ont été obligées d'avaler ce que certains hommes voulaient déverser en elle. En soi le sperme n'est pas impur, mais dans certains cas il l'est. L'homme qui fait cela ne se sent pas impur, il se sent dans son droit, celui d'humilier, de détruire un être (souvent une enfant ou une femme) qu'il considère comme un objet. Lui devrait être honteux de son acte, mais voilà c'est la femme qui se sent avilie, détruite, qui n'ose plus se regarder, qui imagine que cela est inscrit sur son front et qui peut aller jusqu'à vouloir ne plus exister.Cette honte elle perdure toute la vie, elle fausse la relation avec les autres, elle détruit, elle dégrade elle fait mourir. Dans le récit de la destruction de Sodome, ce n'est pas le viol qui est sanctionné mais la relation entre hommes. Que les filles de Lot soient livrées aux habitants de la ville, ne semble poser aucun problème. Ce qui laisse à supposer que dans l'inconscient collectif le viol est quasiment normal, banalisé. Les femmes sont des objets d'échange, elles ne sont pas des filles de "la mère des vivants: Eve" mais des objets.   


Alors cet évangile m'a donné envie de crier, de protester, aussi de consoler toutes les femmes qui ont été souillées et qui n'ont même pas le droit de le dire et de le faire reconnaître. L'impureté ne retombe pas sur celui qui a souillé volontairement un corps qui n'était pas le sien, qui n'était pas à lui, mais pas sur celle qui subit, qui se sent polluée, voire même tuée.Là on est bien au delà de registre de la la faute, du péché, on rentre dans le mal. 


Une Pasteure qui commentait l'évangile du paralytique disait: porter son lit c'est sortir du statut de victime pour devenir témoin. Pour sortir de la honte, il faut pouvoir la dire, il faut pouvoir non pas l'exhiber mais la mettre à distance de soi pour ne plus en être infestée infectée. Il faut pouvoir dire, et cela c'est être témoin de ce qui a été vécu dans le corps et ce qui se vit encore jour après jour.Quand Jésus dit au paralytique: lève toi, il s'agit d'une sorte de résurrection: sors de la paralysie qui t'empêche de vivre, rentre dans ta maison (dans ce corps dont tu as été dépossédé).


Je ne sais pas si cela nous pouvons le dire à celles que nous connaissons et qui nous ont fait le cadeau de nous parler de ce vécu qui les fait basculer dans un certain innommable, mais c'est ce que nous pouvons demander c'est qu'elles puissent se lever, chacune à leur manière, et être lavée de cette honte qui les paralyse encore trop souvent et de la culpabilité qui va avec. Il est possible que le pardon entendu comme "lâche" le lien soit à un moment donné ce qui permet de se sentir purifié, mais cela demande un travail qui ne dépend pas de la volonté et qui peut prendre toute une vie. 


  



vendredi, février 25, 2011

"Il descend de la montagne" Marc 9, 19


« Il descend de la montagne. » Marc 9,19

"Prenant la parole, Jésus leur dit : « Génération incrédule, jusqu'à quand serai-je auprès de vous ? Jusqu'à quand aurai-je à vous supporter ? Amenez-le-moi. "

Quand Jésus descend de la montagne après l’épisode de la transfiguration il trouve une foule, il trouve des disciples qui n’ont pas réussi à guérir, il trouve des scribes qui doivent peut être mettre le bazar en discutaillant avec les disciples, il trouve un père pas content et le moins qu’on puisse dire, c’est que Lui non plus n’est pas ravi de ce qu’il trouve. 

On a un peu l’impression que Jésus en a plein les bottes, qu’il aimerait se reposer, rentrer en Lui et c’est impossible, il lui faut agir pour convaincre qui il est, alors que nous les lecteurs nous venons de le voir dans la gloire. D'une certaine manière on a l'impression que quand Jésus est absent, ça ne tourne pas rond...

Cela m’a fait penser à Moïse lorsque alerté par le bruit de la musique il descend avec Josué de la montagne. 

Il trouve une foule qui fait la fête, il trouve son frère qui n’a rien compris (ils m’ont demandé alors j’ai fait…) il trouve un échec. Moïse cela nous le savons pique son "épique colère". Il détruit les tables écrites par Dieu, il détruit le veau d’or (qui devait être creux) et fait boire la poudre au peuple, et il implore Dieu. bref il essaye de remettre un peu d'ordre et de réinstaurer la foi comme jésus le fait avec le père de l'enfant malade.

Pourquoi ce parallèle entre ces deux là ? Je pensais à ce qui se passe quand on revient chez soi après un temps pris pour soi avec Dieu. Il est souvent difficile de reprendre le cours de la vie…Peut être a t on le droit de manifester que ce n’est pas évident de descendre de la montagne…

vendredi, février 18, 2011

Illumination, transfiguration, mes balbutiements...

Transfiguration, illumination, unification.  

Il m’est venu une nuit, l’idée que l’illumination que cherchent et trouvent certains sages de l’inde et la transfiguration (de Jésus mais aussi de Moïse et d’Elie) pouvaient avoir quelque chose de commun ; d’une certaine manière le rapport à la mort change totalement.

J’ai essayé de mettre des mots, mais ceux ci sont plus un balbutiement qu’autre chose, mais malgré tout, cette perception d’une autre finalité pour ce que nous appelons la mort m’a d’une certaine manière ouvert les yeux, sans que je puisse expliquer comment et surtout a modifié ma perception de la mort.

            « Leurs yeux s’ouvrirent et ils le reconnurent »Luc 24,31

Ce verset de l’évangile des disciples d’Emmaüs, évoque un peu pour moi un bébé dont les yeux s’ouvrent, un passage de la mort à la vie. Leurs yeux s’ouvrent après que le pain ait été rompu, donc d’une certaine manière brisé,  mis en morceaux, donné pour être mangé, détruit. Ce que je veux dire c’est que le pain (figure du corps) est fait pour être mangé, détruit. On parle du pain de vie, mais ce n’est pas la seule dimension. Un peu comme si Jésus (qu’ils n’ont pas reconnu dans l’homme qui marchait avec eux) est reconnu dans le pain rompu, dans la mort. Ce n’est que partagé que le pain donne la vie..

La mort nous fait peur, nous n’aimons pas en parler. Jésus dit certes « Je suis le chemin, la Vérité et la Vie » mais cela n’a été rendu possible que parce qu’il a eu un rapport particulier à la mort. Parce qu'il l'a acceptée, désirée, peut être même aimée. 

L’écriture disait « Malheur à l’homme pendu sur le bois » maintenant il est possible de dire : «  Béni soit l’homme qui a désiré et accepté d’être pendu au bois de la croix », Béni celui qui a « fait » par la mort, la vie. Béni soit celui qui a rendu la mort source de vie. 

Je pense mais sans le démontrer qu’en Jésus le combat entre la mort et la vie s’est terminé, qu’il s’est créé autre chose  (une unification qui élimine le clivage et donc le conflit) et que c’est cela qu’est né pour nous ce que Celui que nous appelons l’Esprit Saint.

On raconte que lorsque Henri de Saux est tombé sur le sol en courant après un autobus, terrassé par un infarctus, son visage rayonnait… Ce rayonnement c’est peut être l’unification qui se produit et en particulier quand la mort  cesse  d’être rejetée mais quand elle devient soi. Je veux dire quand le clivage entre la vie et la mort cesse, quand il ne s’agit plus d’un combat entre l’une et l’autre, mais lorsque la mort devient visage de la  vie et la vie visage de la mort.

Je me suis alors demandé si je ne pouvais pas faire une sorte de parallèle entre la transfiguration et l’illumination. 

A partir de ce moment (la transfiguration), la manière d’être de Jésus change. Il y a juste avant dans l’évangile de Luc la première annonce de ce qui va arriver et Pierre réagit fort mal. Et même si Jésus interpelle Pierre (comme il a interpelé la tempête en son temps) peut être que pour Lui la tentation est là. 

Après la transfiguration c’est - du moins pour moi- un autre Jésus C’est comme un tournant. Et il est dit que Jésus parle avec Moïse (dont le visage reflétait la gloire de Dieu, Ex 32, 27-29) et Elie (qui disparaît sur un char de feu) de son départ à Jérusalem donc de sa mort( Lc 9, 31). Comme si à partir de ce moment là la mort devient ce qu’il y a de plus important pour Lui, parce que c’est non pas en la préférant à la vie, mais en en faisant partie intégrante de Lui même que la présence de Dieu qui était déjà là se manifeste autrement.

Or ce qui est frappant dans la transfiguration c’est que Jésus parle avec Moïse et Elie de son départ  à Jérusalem, donc de sa mort. Peut être que à ce moment là dans la vie de l’homme Jésus, il s’est produit quelque chose qui a fait que la peur de la mort qu’il devait avoir comme un tout à chacun s’est transformée. Il n’y avait plus la mort et la vie, il n’y avait plus la mort ou la vie, il y avait autre chose, il y avait la joie de la vie et la joie de la mort, la paix de la vie et la paix de la mort.

Cette Gloire qui est sur le visage de Moïse, peut aussi traduire quelque chose de cet ordre. Que s’est il passé après qu’il ait écrit de sa main à lui les nouvelles tables de la Loi ? Car « il fut donc là avec le SEIGNEUR, quarante jours et quarante nuits. Il ne mangea pas de pain, il ne but pas d'eau. Et il écrivit sur les tables les paroles de l'alliance, les dix paroles. Que s’est il passé pendant cette « absence » pendant ce temps de contact avec Dieu ? Quelle purification a t il vécu ? On raconte qu’à 120 ans Moïse ne voulait pas mourir et que c’est un baiser de Dieu qui lui a permis de partir..  Mais ce baiser montre la proximité de Moïse avec son Dieu, cette relation ou la mort devient vie

Peut être que la théophanie qui suit l’entretien de Jésus avec Moïse et Elie va dans ce sens. 

On parle souvent de combat, entre le bien et le mal, là peut être faut il sortir de cette notion de combat avec le triomphe d’une partie sur l’autre et passer à quelque chose ou la mort et la vie sont les aspects d’une même réalité. Jésus sur le Mont Thabor, parle de sa mort avec ceux qui représentent la Loi et les prophètes (et pour Elie qui est parti sur un char de feu, on peut aussi penser à l’illumination).

Or parler de sa mort, (de sa montée à Jérusalem) montre la place de celle ci dans la vie de Jésus. On peut presque dire que toute sa vie est ordonnée en fonction de sa mort, que celle ci a pour lui une dimension autre. C’est par elle qu’il va devenir Lui ce qu’Il était le Vivant.

Arrivée à ce point de là, je me rends compte que Là je ne suis pas capable d’expliquer cette intuition, de la mettre en mots. Mais que ce que les apôtres ont vu ce jour là, sur cette montagne là, c’est autant la Gloire de Dieu que l’homme totalement en union avec Dieu, sans conflit sans confusion, sans retour aussi.

Or je crois que Jésus est venu nous donner un autre regard sur la mort. La mort donne la vie, on n’a pas à la chercher parce qu’elle est là, mais elle est aussi importante que la vie.

Il y a un passage en nous qui se fait qui permet de comprendre cela, de la regarder non comme une mauvaise chose, mais comme une bonne chose, qui permet de ne pas la rejeter, mais de savoir que c’est par sa mort que Jésus est vivant à jamais et que cela nous est proposé, que si nous changeons (ou si l’Esprit change notre regard sur la mort et peut être aussi sur le mal) alors nous participons à la transfiguration, nous voyons le monde autrement et Dieu aussi.

Quand Jésus dit : celui qui veut être mon disciple qu’il prenne sa croix et qu’il me suive, peut être faut il entendre, qu’il reconnaisse que la mort n’est pas mauvaise, qu’il ne faut pas la fuir (puisque jésus ne l’a pas fui) qu’il en fasse quelque chose qui devienne de la vie.

En d’autre termes peut être que au lieu d’avoir honte de nos limitations, de nos fragilités, il nous faut les accepter comme partie intégrante de nous, ne pas les opposer avec culpabilité à une certaine idée de la vie, mais les bénir parce que les accepter, nous accepter, cela fait de nous des vivants.