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dimanche, juillet 07, 2024

MATTHIEU 9, 2-5; 20-22.DEUX GUÉRISONS.

MATTHIEU 9, 2-5; 20-22 : DEUX GUÉRISONS

 

Contrairement à ma manière de faire habituelle, c'est-à-dire de travailler les textes verset après verset (ce qui a été fait: blog Intimes: https:// obsidiennes.blogspot.com), pour ne pas alourdir, j'ai ici simplement raconté les réflexions réflexions soulevées en moi par ces textes, en restant "collée" à l'évangile de Matthieu, puis laissé venir, ensuite, les récits racontés par les bénéficiaires. 

 

Ce que me disent ces récits

 

 Ces deux guérisons ont été proposées en lecture de semaine. Jésus revient au pays des Gadaréniens, en Décapole, où somme toute, ça ne s'est pas très bien passé pour lui (nettement mieux pour l'homme qui était habité par une légion de mauvais esprits), puisqu'en bon français, Jésus s'est fait virer - pas manu militari mais presque - de cette contrée:  ("Ils le suppliaient de quitter leur ville", comme d'ailleurs les démons l'ont supplié de les faire aller dans le troupeau de porcs).  Jésus remonte donc dans sa barque, et retourne dans sa ville. 

 

            La guérison du paralytique

 

Le récit est très sobre, surtout si on le compare à celui de Luc (voir annexe ) . On ne sait pas combien il y a de porteurs, on sait juste que des hommes présentent à Jésus un paralytique sur une civière. On nous dit que Jésus, voyant "leur" foi, s'adresse à l'homme impotent et lui dit: mon enfant, tes péchés sont pardonnés. Peut-être que c'est l'insistance des amis qui a permis le miracle, peut-être que c'est la foi conjuguée des uns et autres qui est à l'œuvre. C'est, pour Matthieu, l'importance de la communauté, celui qui a besoin d'aide et qui a confiance, mais aussi la confiance de la communauté toute entière.

 

Beaucoup de commentateurs insistent sur la foi des porteurs, comme si le paralysé, lui, comptait pour du beurre. Or cela m'insupporte, parce qu'une fois de plus c'est faire d'un malade une chose qui n'a pas la parole. Et ce que dit Jésus est quand même étrange. Il lui dit "confiance mon enfant" (d'autres traductions disent "mon fils") ce qui introduit d'emblée un lien très particulier. 

 

C'est comme si Jésus établissait d'emblée un lien affectif avec cet homme qui est peut-être rejeté, parce qu'il est vécu comme un fardeau.  Jésus l'introduit dans cette nouvelle famille qui est celle qu'il crée, cette famille avec des appelés de tous bords (il appellera Matthieu juste après): des gens de bonne volonté qui lui font confiance. Et ce qu'il dit est étrange, puisqu'il lui dit que ses péchés sont pardonnés, alors qu'on s'attend à une guérison de la pathologie. Jésus ne répondrait-il pas à une autre demande, non formulée, mais quand même la plus importante? Se reconnaître pécheur, reconnaître la force de la paralysie liée à la présence du mal qui est en nous?  

 

En général Jésus demande à ceux qui viennent ce qu'ils veulent, (c'est ce qu'il fait avec le lépreux qui lui demande de le purifier); mais, avant d'embarquer pour Gérasa, Jésus a guéri tous ceux qu'on lui présentait: possédés et malades, "il les guérit tous", dit le rédacteur. Là, ce qui se passe est différent.  

Il me semble que cela peut poser la question de la relation entre le péché (culpabilité) et la maladie qui vous est tombée dessus, or il n'est pas du tout exclu que ce soit le cas de cet homme qui est peut-être persuadé que le mal qu'il a pu faire est responsable de ce qu'il vit dans sa vie: la paralysie étant une punition. La petite phrase "Qu'est -ce que j'ai bien pu faire au bon Dieu?", que l'on entend encore si souvent, traduit bien cela. 

 

Sauf que cet homme qui est "maintenant" un enfant aimé, un enfant reconnu, est délivré de ce qui l'entravait, et cela c'est déjà une guérison, celle dont il avait besoin, celle qui répond à son besoin, même si ce n'est pas une guérison somatique. Est-ce que l'homme aurait retrouvé la motricité une fois sur le chemin du retour, comme les dix lépreux qui sont guéris dans un second temps, nous ne le savons pas, puisque la phase de Jésus provoque la polémique. 

Qui est-il celui-là, pour qui se prend-il se disent les scribes qui connaissent leurs écritures. Il faut dire que cette question, d'autres se la sont déjà posée lorsque la tempête a été apaisée: "qui est-il celui-là, que même la mer et le vent lui obéissent"? Ici il n'y a pas de crainte, mais de la colère, et l'accusation: "Il blasphème". 

 

La réponse de Jésus, qui se contente de parler de ces "mauvaises pensées qui sont dans leur cœur," de ces pensées qui sont bien plus paralysantes finalement que la maladie somatique, parce qu'elles enserrent, rigidifient, bloquent, étouffent finalement, est simplement d'affirmer son identité en tant que Fils de L'Homme; donc de pardonner les péchés sur cette terre, et de guérir, ce qui montre bien la puissance de Vie qui est en lui. 

 

Jésus espère que cette guérison va leur ouvrir les yeux, mais il me semble qu'il n'en est rien. 

 

C'est alors le relèvement du malade, avec un ordre: se lever, prendre sa civière et rentrer chez lui. Des porteurs, il n'est plus question. Ce qui me semble important, c'est la succession des ordres. Lève-toi, toi qui étais allongé; mets- toi debout, sois vivant: le poids qui pesait sur tout ton corps est parti. Mais cette civière qui a fait partie de ta vie, ne la laisse pas là en plan. Elle est à toi, elle est un peu toi, ramène là avec toi, chez toi, c'est ton passé; à toi maintenant de bâtir ton présent. Je dois dire que cela me semble important: Jésus nous guérit avec tout ce que nous sommes, et même si du coup le passé semble passé, il est là dans notre présent, et il peut servir aussi à quelque chose, ne serait-ce que de témoigner de ce qui est advenu. 

 

Voilà donc cette première guérison, avec ce qui a été important pour moi, ces mots "mon enfant", mots qui font écho avec ce qui se passe pour la femme qui perdait du sang: "ma fille".

Là encore la version matthéenne, est presque lapidaire.

 

            La guérison de la femme hémorroïsse

 

Elle intervient alors que Jésus est en route pour la maison de ce notable qui vient de perdre sa fille, ce qui est différent des autres récits où la jeune fille est certes à l'article de la mort, mais vivante quand le père, joue le tout pour tout. Tout est centré sur la femme, qui elle aussi joue le tout pour le tout: s'approcher malgré la foule (qui ici n'est pas mentionnée), par derrière pour ne pas être vue; se courber pour toucher furtivement la frange du manteau ( ce qui d'après ce que j'ai lu, fait que Jésus n'est pas contaminé par l'impureté de la femme); et croire que la force de bonté qui est Jésus peut agir, que le simple fait de le toucher, cette source de vie, permettra à la source du mal de se tarir. 

Là, apparemment il ne se passe rien. Simplement Jésus se retourne, la voit qui essaie peut-être de se sauver (peut-être déçue car il ne s'est rien passé, elle n'a rien ressenti), et qui lui adresse ces mots "confiance ma fille, ta foi ta sauvée". Et c'est là que la guérison se fait, que la source se tarit. C'est une parole qui lui rend son identité de fille, de celle qui appartient à cette nouvelle famille de ceux qui croient. C'est une parole de vie, qui la reconnaît, et qui la guérit.

 

En écoutant résonner en moi ces deux récits et ces phrases, "confiance mon enfant, tes péchés sont pardonnés" et "confiance ma fille ta foi t'a sauvée", que l'envie de laisser parler ces deux personnes est venue. 

 

Je précise à nouveau que, dans ces récits, je ne tiens pas compte des apports des autres évangélistes; j'essaie de rester la plus fidèle possible au texte proposé par Matthieu, ce qui explique que la guérison de la femme hémorroïsse puisse paraître un peu étonnante.

 

Le paralytique de Capharnaüm raconte

 

J'ai entendu parler d'un certain Jésus de Nazareth qui est maintenant à Capharnaüm, et qui est un guérisseur. Seulement il n'est pas le guérisseur attitré de cette ville, il bouge beaucoup et il paraît même qu'il est parti en Décapole. J'espère qu'il va revenir et que je trouverai des personnes qui voudront bien me conduire à lui, parce que je n'en peux plus de mon impotence. Tous les jours on me dit que je suis un poids, que je ne sers plus à rien et surtout que c'est bien fait pour moi. Et au fond de moi, je suis bien d'accord avec cela. Cette maladie c'est ma punition pour tout ce que j'ai fait de mal dans ma vie, et cela me ronge à petit feu. Il est bien dit que le Seigneur punit les impies, ceux qui font du mal aux pauvres et aux petits. S'il guérit des possédés, il pourra bien me guérir de mes péchés.

 

Quand mes proches ont su qu'il était rentré de la Décapole, la hâte m'a pris: il fallait que je le rencontre, que je sois touché par lui, qu'il m'impose les mains. Je ne sais pas si je veux être guéri - au fond de moi je sais qu'il peut le faire, lui qui aurait apaisé une tempête - mais ce dont j'ai besoin, c'est de paix.

 

 Deux hommes de ma famille ont bien voulu me transporter jusqu'au lieu où il réside avec des disciples. Ce deux-là, ils ont déjà vu Jésus, et ils lui font confiance; ce sont eux qui m'ont parlé de lui, et donné cette envie de le voir. 

 

Jésus était sur le pas de la porte quand nous sommes arrivés. Les gens s'écartaient pour nous laisser passer. Il y avait ses disciples, mais aussi des scribes. Je me demandais ce qu'ils faisaient là. 

 

Il nous a vus arriver. Il m'a regardé, et m'a dit "Confiance mon enfant, tes péchés sont pardonnés". Et là, j'ai ressenti, dans tout mon être, que ce que l'on appelle l'amour et la miséricorde de Dieu, cela passait par lui, et se donnait en lui. Et je me suis senti libre, comme je ne l'avais jamais été. 

 

Seulement les scribes, eux, ils ne pouvaient pas deviner ce qui s'était passé pour moi, ils ne pouvaient pas savoir qu'être appelé "mon enfant", cela m'avait bouleversé, ils ont commencé à faire une tête pas possible. Ce que je veux dire, c'est que moi qui suis rejeté, là je me suis senti accueilli, comme si je rentrais dans une nouvelle famille, sa famille à lui. Les scribes, ils n'avaient entendu que la finale, que mes péchés étaient pardonnés. D'ailleurs il n'a pas dit que lui pardonnait mes péchés mais que mes péchés étaient pardonnés, ce qui n'est pas la même chose, sauf que les scribes, ils entendent ce qu'ils veulent.

 

Jésus savait très bien ce qu'ils pensaient, que personne ne peut pardonner les péchés: c'est bien le Très Haut qui a pardonné à David, et pas le prophète Nathan!

 

Alors il leur a parlé, il leur a dit que c'était aussi facile pour lui de pardonner les péchés que de guérir. Là, il s'est adressé à nouveau à moi, en me disant de me lever, de prendre ma civière et de rentrer chez moi. 

 

Je me suis levé, car cela je pouvais le faire, puisque je sentais en moi une force qui me prenait par la main et me mettait debout, tout allégé que je l'étais du poids de mes péchés. 

 

J'aurais bien laissé là ma civière, mais lui ne le voulait pas, et je suis rentré dans la maison. Ma vie a repris, on pourrait dire comme avant, seulement pour moi c'est autre chose: il m'a libéré de mon esclavage, de mon Égypte intérieure, celle qui m'empêchait de vivre, et c'est bien de cette paralysie-là qu'il m'a sauvé.

 

 

La femme qui perdait du sang raconte

 

Cela fait douze longues années que du sang s'écoule de moi en permanence. En permanence je suis impure, en permanence j'ai mal, en permanence je me cache et je dais faire attention à ne frôler personne, surtout pas un homme qui deviendrait impur à mon contact. 

 

Des médecins j'en ai consulté, des guérisseurs aussi, parce qu'au bout d'un certain nombre d'années, on ne sait plus à qui se vouer! 

 

J'avais entendu parler de ce nouveau guérisseur, qui serait originaire de Nazareth et qui habite maintenant à Capharnaüm. En moi, une sorte d'espérance est née: si j'arrivais à m'approcher de lui, à toucher simplement son vêtement, je serais guérie. Je pensais au prophète Elisée, qui dans sa tombe a donné vie à un mort qui avait jeté et qui avait touché ses ossements. Je savais aussi qu'il était plus qu'un guérisseur, j'avais entendu qu'il avait parlé de ceux qui avaient un cœur de pauvres, de ceux qui avaient un cœur pur, et moi de la pureté, j'en avais une soif intense.

 

Ce jour là, un notable de la ville lui avait demandé de venir chez lui, pour toucher sa fille qui venait de mourir, et ainsi lui redonner vie. Beaucoup, beaucoup de monde les suivaient pour voir ça. Et moi, je me suis dit que c'était peut-être le bon jour pour moi. Il y avait beaucoup de monde, je pourrais me fondre dans la foule, m'approcher de lui en douce, le toucher et peut-être que la force qui est en lui tarirait la source de mon mal et me rendrait ma pureté. 

 

Me fondre dans la foule, je l'ai fait. M'approcher de lui par derrière je l'ai fait; toucher la frange de son vêtement, malgré des regards réprobateurs, je l'ai fait. Partir en arrière, j'étais en train de le faire quand il s'est retourné… Nos regards se sont croisés, il s'est arrêté de marcher, il m'a dit: Confiance ma fille. Personne ne m'appelle ma fille depuis des années, même ma mère ne me connaît plus. Confiance, ma fille. Cela résonnait en moi. Il a ajouté: ta foi t'a sauvée; et là, j'ai senti que la source en moi était tarie, asséchée. J'étais propre dedans, j'étais propre dehors, et cela c'était lui qui l'avait fait. 

 

Je n'ai pas pu lui dire merci, parce qu'il était déjà reparti, et peut-être que cela aussi m'a fait du bien je veux dire procuré du bonheur. Il n'attendait pas de moi des dons, des offrandes, ma joie lui suffisait, et ma foi en lui, en tout ce qu'il pourra dire et faire est celle d'une petite fille qui sait que son père peut tout pour la rendre heureuse. En lui, est la Présence de l'Éternel, il m'a permis d'y goûter, loué soit-il.

 

 

 

Annexes.

 

Guérison du paralytique de Capharnaüm

 

Matthieu 9, 1-

Marc 2,1-2

Luc 5, 17-26

01 Jésus monta en barque, refit la traversée, et alla dans sa ville de Capharnaüm.

 

 

 

 

 

 

 

 

02 Et voici qu’on lui présenta un paralysé, couché sur une civière. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Voyant leur foi, Jésus dit au paralysé : « Confiance, mon enfant, tes péchés sont pardonnés. »

 

 

03 Et voici que certains parmi les scribes se disaient : « Celui-là blasphème. »

 

 

 

 

 

 

 

04 Mais Jésus, connaissant leurs pensées, demanda : « Pourquoi avez-vous des pensées mauvaises ?

 

05 En effet, qu’est-ce qui est le plus facile ?

 Dire : “Tes péchés sont pardonnés”,

 

 ou bien dire : “Lève-toi et marche” ?

 

 

06 Eh bien ! pour que vous sachiez que le Fils de l’homme a le pouvoir, sur la terre, de pardonner les péchés… 

 

 

– Jésus s’adressa alors au paralysé 

 

– lève-toi, prends ta civière, et rentre dans ta maison. »

 

 

 

 

 

07 Il se leva et rentra dans sa maison

 

 

 

 

 

 

08 Voyant cela, les foules furent saisies de crainte, et rendirent gloire à Dieu qui a donné un tel pouvoir aux hommes.

 

 

01 Quelques jours plus tard, Jésus revint à Capharnaüm, et l’on apprit qu’il était à la maison.

02 Tant de monde s’y rassembla qu’il n’y avait plus de place, pas même devant la porte, et il leur annonçait la Parole.

 

03 Arrivent des gens qui lui amènent un paralysé, porté par quatre hommes.

 

 

 

04 Comme ils ne peuvent l’approcher à cause de la foule, ils découvrent le toit au-dessus de lui, ils font une ouverture, et descendent le brancard sur lequel était couché le paralysé.

 

 

 

 

 

05 Voyant leur foi, Jésus dit au paralysé : « Mon enfanttes péchés sont pardonnés. »

 

 

 

06 Or, il y avait quelques scribes, assis là, qui raisonnaient en eux-mêmes :

07 « Pourquoi celui-là parle-t-il ainsi ? Il blasphème. Qui donc peut pardonner les péchés, sinon Dieu seul ? »

 

 

08 Percevant aussitôt dans son esprit les raisonnements qu’ils se faisaient, Jésus leur dit : « Pourquoi tenez-vous de tels raisonnements ?

 

09 Qu’est-ce qui est le plus facile ? 

Dire à ce paralysé : “Tes péchés sont pardonnés”, 

 

ou bien lui dire : “Lève-toi, prends ton brancard et marche” ?

 

10 Eh bien ! Pour que vous sachiez que le Fils de l’homme a autorité pour pardonner les péchés sur la terre… 

 

 

– Jésus s’adressa au paralysé –

 

 

11 je te le dis, lève-toi, prends ton brancard, et rentre dans ta maison. »

 

 

 

12 Il se leva, prit aussitôt son brancard, et sortit devant tout le monde. 

 

 

 

 

Tous étaient frappés de stupeur et rendaient gloire à Dieu, en disant : « Nous n’avons jamais rien vu de pareil. »

 

1

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

8 Arrivent des gens, portant sur une civière un homme qui était paralysé ; ils cherchaient à le faire entrer pour le placer devant Jésus.

 

19 Mais, ne voyant pas comment faire à cause de la foule, ils montèrent sur le toit et, en écartant les tuiles, ils le firent descendre avec sa civière en plein milieu devant Jésus.

20 Voyant leur foi, il dit : « Homme, tes péchés te sont pardonnés. »

 

 

 

21 Les scribes et les pharisiens se mirent à raisonner : « Qui est-il celui-là ? Il dit des blasphèmes !Qui donc peut pardonner les péchés, sinon Dieu seul ? »

 

 

22 Mais Jésus, saisissant leurs pensées, leur répondit : « Pourquoi ces pensées dans vos cœurs ?

 

 

 

 

23 Qu’est-ce qui est le plus facile ? 

Dire : “Tes péchés te sont pardonnés”,

 

 

ou dire : “Lève-toi et marche” ?

 

 

24 Eh bien ! Afin que vous sachiez que le Fils de l’homme a autorité sur la terre pour pardonner les péchés, 

 

 

– Jésus s’adressa à celui qui était paralysé 

 

 

–je te le dis, lève-toi, prends ta civière et retourne dans ta maison. »

 

 

25 À l’instant même, celui-ci se releva devant eux, il prit ce qui lui servait de lit et s’en alla dans sa maison en rendant gloire à Dieu.

 

 

26 Tous furent saisis de stupeur et ils rendaient gloire à Dieu. Remplis de crainte, ils disaient : « Nous avons vu des choses extraordinaires aujourd’hui ! »

 

 

 

-On peut noter que Jésus ne dit pas je te pardonne, mais dit "tes péchés sont pardonnés", ce qui évoque ce qui se passera sur la croix quand il dire: père pardonne leur Luc  23, 34. 

-Les trois évangélistes notent que Jésus, parle de lui, comme le Fils de l'homme, qui a le pouvoir dès maintenant de remettre les péchés, sur la terre. Enfin que les foules sont saisies de crainte (ce qui peut faire penser à l'Exode, quand le Seigneur de manifeste soit à Moïse (Ex 3) soit au Sinaï. 

-Selon les traductions, Jésus s'adresse au paralytique en disant mon enfant ou mon fils. La version grecque dit enfant, la vulgate dit fils. Quant Luc, il dit "homme".

-peut-être que l'on peut faire un parallèle avec Jn 5, la guérison du paralysé de la piscine de Bethzatha, où c'est le fait de voir cet homme porter son brancard le jour du Shabbat qui provoquera l'ire des pharisiens. 

 

 

 

 

Guérison de la femme qui perdait du sang. 

 

Matthieu 9,20-22

Mc 5, 25-34

Lc 43-48

20 Et voici qu’une femme souffrant d’hémorragies depuis douze ans»

 

 

 

 

 

 

 

 

 

s’approcha par-derrière et toucha la frange de son vêtement.

 

 

21 Car elle se disait en elle-même : « Si je parviens seulement à toucher son vêtement, je serai sauvée

25 Or, une femme, qui avait des pertes de sang depuis douze ans… –

26 elle avait beaucoup souffert du traitement de nombreux médecins, et elle avait dépensé tous ses biens sans avoir la moindre amélioration ; au contraire, son état avait plutôt empiré –

27 cette femme donc, ayant appris ce qu’on disait de Jésus, vint par-derrière dans la foule et toucha son vêtement.

 

28 Elle se disait en effet : « Si je parviens à toucher seulement son vêtement, je serai sauvée. »

 

 

29 À l’instant, l’hémorragie s’arrêta, et elle ressentit dans son corps qu’elle était guérie de son mal.

 

43 Or, une femme qui avait des pertes de sang depuis douze ans, et qui avait dépensé tous ses biens chez les médecins sans que personne n’ait pu la guérir,

 

 

 

 

 

44 s’approcha de lui par-derrière et toucha la frange de son vêtement. 

 

 

 

 

 

 

 

À l’instant même, sa perte de sang s’arrêta.

 

 

30 Aussitôt Jésus se rendit compte qu’une force était sortiede lui. Il se retourna dans la foule, et il demandait : « Qui a touché mes vêtements ? »

 

 

 

 

45 Mais Jésus dit : « Qui m’a touché ? »

 

31 Ses disciples lui répondirent : « Tu vois bien la foule qui t’écrase, et tu demandes : “Qui m’a touché ?” »

.

Comme ils s’en défendaient tous, Pierre lui dit : « Maître, les foules te bousculent et t’écrasent. »

 

 

46 Mais Jésus reprit : « Quelqu’un m’a touché, car j’ai reconnu qu’une force était sortie de moi. »

 

,22 Jésus se retourna et, 

 

 

 

 

 

 

la voyant, lui dit : « Confiance

ma fille ! Ta foi t’a sauvée. » Et, à l’heure même, la femme fut sauvée.

32 Mais lui regardait tout autour pour voir celle qui avait fait cela

 

33 Alors la femme, saisie de crainte et toute tremblante, sachant ce qui lui était arrivé, vint se jeter à ses pieds et lui dit toute la vérité.

34 Jésus lui dit alors : « Ma fille, ta foi t’a sauvée. Va en paix et sois guérie de ton mal. »

 

 

 

 

47 La femme, se voyant découverte, vint, toute tremblante, se jeter à ses pieds ; elle raconta devant tout le peuple pourquoi elle l’avait touché, et comment elle avait été guérie à l’instant même.48 Jésus lui dit : « Ma fille, ta foi t’a sauvée. Va en paix. »

 

-Chez Marc et Luc, c'est le fait de toucher qui provoque la guérison. De fait chez Matthieu, on ne sait pas, mais il me semble que la parole soit nécessaire. Cela fait un peu penser à un jeu de cache-cache entre Jésus et la femme, surtout chez Marc et Luc. 

-Le récit qui reprend ensuite (la fille de Jaïre), permet à la femme de rester dans son anonymat. 

lundi, décembre 10, 2012

Je suis le paralytique de Capharnaüm:.Marc 2,1



Je suis le paralytique que Jésus a guéri à Capharnaüm. Il fut un temps où je marchais comme tout le monde et puis petit à petit cela s'est grippé en moi et je suis devenu dépendant des autres, incapable de me mouvoir. Inutile de dire que cela m'était insupportable et que cela a agi sur mon caractère et que j'en voulais beaucoup à D ieu, béni soit-Il (encore que pour moi, Il ne l'était pas).

Je me demandais ce que j'avais bien pu faire pour que cela m'arrive. Certains disaient que c'était une punition parce que j'étais un peu trop porté sur le vin et sur les filles, mais ça c'est ce que eux disaient.

Mais malgré tout j'ai conservé des amis. Et un jour ils sont venus tout excités disant qu'il y avait un type qui allait de ville en ville en Galilée, qui disait que le royaume de Dieu était là, mais surtout qui guérissait les malades et les infirmes à tour de bras. Ils voulaient absolument que j'aille le voir. Alors comme je n'avais plus rien à perdre, j'ai accepté d'aller voir ce guérisseur, ce Jésus de Nazareth.

Par le bouche à oreilles on a appris qu'il était à Capharnaüm et nous y sommes partis. Comme je suis devenu lourd à force de ne pas me bouger, il a fallu 4 copains pour porter mon brancard. Mais quand nous somme arrivés, nous nous sommes rendus compte que nous n'étions pas les seuls. Incroyable le nombre de gens qui étaient là. On nous a dit que la maison était remplie de gens de la haute, des scribes, des prêtres, des pharisiens. Je me demandais pourquoi ils étaient là et pourquoi ils prenaient toute la place, car la porte était fermée, il y avait des gens dehors comme nous qui attendaient.

La maison était pleine, tellement pleine qu'on ne savait plus ou mettre les pieds et personne ne voulait ouvrir un chemin vers le guérisseur.Moi, j'aurais bien fait demi tour, mais paralysé comme je le suis, que pouvais-je faire? Mes amis ont refusé de se croire battus. Ils n'avaient pas fait tout ce chemin pour rien. Il ne m'avaient pas trimballé pour rien.  Alors ils ont eu une idée: passer par le toit. Eux ils sont montés sur le toit, ils ont enlevé des tuiles et ceux d'en bas se sont rendus compte que quelque chose de pas normal se passait. Ils ont dû se demander ce qui allait leur tomber dessus! Mais ils n'ont pas ouvert la porte pour autant.

Alors on m'a ficelé sur mon brancard, je ne sais même pas comment ils ont fait pour me hisser sur le toit, parce que j'ai commencé à avoir peur, peur de cette peur qui vous prend au ventre, qui vous empêche de crier... Je me suis retrouvé devant ce trou. En bas il y avait de la lumière. Moi j'avais froid et peur. Je ne sais pas comment ils m'ont fait descendre, mais j'ai eu l'impression que j'allais mourir, que ma dernière heure était arrivée et d'un coup m'est revenu tout ce que j'avais fait de mal dans ma vie et cela se bloquait en moi. j'avais l'impression à la fois d'être dans un cercueil que l'on descendait en terre et que j'allais glisser, glisser et que rien ne pouvait me retenir.

Et puis brusquement, mon brancard était au sol, moi dessus, vivant. Le guérisseur s'est tourné vers mes amis qui n'étaient pas peu fiers d'être arrivés à me faire descendre sans me tuer... Il les a regardés d'abord eux, puis moi.

On aurait dit qu'il savait ce que je venais de vivre (toute ma vie qui avait défilé devant moi, avec tout ce que j'avais loupé) et il m'a dit que mes péchés étaient pardonnés. Mes péchés je venais de les voir tous défiler devant moi et il y en avait un sacré paquet qui me pesait sur les épaules. Pas étonnant que je ne puisse plus marcher.Bien sûr je n'étais pas venu pour ça, mais cette phrase a été au plus profond de moi, dans le puits qui est moi et elle a lessivé, tout ce bourbeux qui était en moi et j'avais envie de danser de joie. Je me sentais à nouveau vivant, même si j'étais toujours couché sur mon brancard.

C'est là ou ceux qui prenaient toute la place dans la maison ont commencé à ronchonner et à dire que personne ne pouvait pardonner les péchés sauf Dieu. Mais moi, je savais bien que j'étais pardonné, que j'étais tout léger, que le poids de mon péché ne pesait plus sur moi et quand jésus -puisque c'est le nom du guérisseur- m'a dit de me lever, de prendre mon brancard et de rentrer chez moi, cela ne m' a posé aucun problème parce que j'avais déjà retrouvé ma vigueur.

Du coup, je n'ai pas même pas attendu mes amis, je suis sorti, j'ai respiré l'air du dehors, parce que dedans il faisait rudement chaud et mes amis sont arrivés. Ils m'ont dit que tout le monde était dans l'admiration de ce que cet homme était capable de faire (et aussi de river leur clou à tous ces gens porteurs de belles robes), et nous, on a pris le chemin du retour.

On imaginait tout ce qu'on allait pouvoir raconter aux autres de mon village, et la fête qu'on allait faire tous ensemble et je me disais que les copains c'est vraiment une belle chose. Alors j'ai pu moi aussi bénir mon D.ieu et le bénir d'avoir envoyé cet homme Jésus.

mardi, février 13, 2024

Marc, 3, 20-21. 32-35

 

Marc chapitre 3. Jésus et sa famille.

 

 

Introduction à cette réflexion.

 

J’avais envie de travailler sur la rencontre entre Jésus et sa famille à la fin du chapitre 3. Or il m’a paru évident que pour comprendre quelque chose, il faut revenir en arrière. Revenir en arrière, cela peut aller jusqu'au premier chapitre, qui commence par "Commencement de l'évangile de Jésus, Christ, fils de Dieu". Je ne sais pas s'il y a des virgules en grec, mais là il y en a. Et il me semble que le but de cet écrit est de nous amener petit à petit, nous, les lecteurs, à voir en cet homme le Christ (celui qui est reçu l'onction, le messie), et bien plus que cela: car l'onction, d'autres que lui l'ont reçue. Se laisser conduire, en cheminant avec lui dans l'histoire de celui qui est le fils de Dieu, ce qui veut dire que Dieu est désormais parmi nous. 

 

Le chapitre 3 est un chapitre où les conflits commencent déjà à s'exaspérer, et où le destin de Jésus semble bien compromis et bien noir.

 

De fait, ce que je voulais, c’est dire que la rencontre de Jésus avec sa mère et ses frères n’est pas une gentille démarche. Les gens de Nazareth commencent à avoir peur pour leur peau. Jésus, que les pharisiens et les partisans d’Hérode cherchent à faire périr, devient un danger. Alors il faut le récupérer pour l’enfermer dans son village, le boucler. Et à mon avis c’est la première démarche, avec le prétexte très curieux qu'il "perd la tête", qui semble avoir pour appui le fait qu’on ne prend pas le temps de manger dans la maison où Jésus se trouve et guérit ceux qui viennent à lui. 

 

Cette démarche ayant échoué, on lui envoie sa mère et ses frères; si Jésus est un bon juif, il se doit d’honorer sa mère, donc de la suivre pour rentrer gentiment sans faire d’histoires à la maison. Il faut impérativement qu’il sorte pour qu’on puisse l’attraper. Et c’est pour cela que je parle de piège. Ce n’est pas que Jésus n’aime pas sa famille, mais s’il veut continuer sa mission, celle donnée par son père, il ne doit pas se faire arrêter (au sens de mettre en prison) maintenant. 

 

Je voulais donc me centrer sur ces versets, mais comme je l'ai mentionné, il m’a semblé nécessaire de reprendre ce qui se passe au chapitre 2, pour essayer d’y voir plus clair dans la démarche de Marc qui est bien de nous conduire, nous les lecteurs, à nous poser des questions sur « qui est cet homme ». 

 

 Ce qui est finalement assez frappant, c’est que dans les premiers chapitres on ne sait pas du tout ce que Jésus enseigne aux foules qui viennent l’écouter. Au chapitre 4, on aura la parabole maîtresse, celle de la parole qui a du mal à trouver le bon terrain, puis suivent d’autres paraboles pour faire comprendre ce qu’est le règne de Dieu. Or ces paraboles sont loin d’être évidentes, on sait juste que ça commence tout petit. Mais avant, Marc nous dit simplement que la bonne nouvelle proclamée est la suivante: «Les temps sont accomplis, le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez en la bonne nouvelle». Donc se convertir, c'est-à-dire changer, et croire que Dieu est là, en cet homme qui donne en abondance.

 

On est donc dans l’aujourd’hui de Dieu, un Dieu qui se rend présent en régnant dans le cœur de tout homme. «Si vous croyez à ce qui vous est annoncé, aujourd’hui, par moi, Jésus de Nazareth, changez de vie ». Sauf que ce n’est pas si simple.

 

Chapitre précédent: le chapitre 2

 

Dès le début de ce chapitre les prises de bec ou prises de tête, avec ceux qui savent, se multiplient.  Il y a la guérison de l’homme paralysé, dont les péchés sont pardonnés, ce que Dieu seul peut faire; et surtout un jour de Sabbat. Dire à l’homme de retourner chez lui en portant sa civière, c’est ce qui sera reproché au paralytique de la piscine de Bethesda à Jérusalem dans l’évangile de Jean. Alors deux fautes, et non des moindres, du moins quand on veut ne pas voir.

 

Ensuite c’est l’appel de Lévi, cet homme dont on ne connaît que le patronyme, et Jésus qui prend son repas au milieu de ceux que les "gens bien" considèrent comme de pécheurs. Jésus se situe, lui qui fait des guérisons que les médecins sont incapables de faire, comme le médecin, médecin des ceux qui savent qu’ils sont malades. Ce qui est étonnant c’est que Jésus terminera cette séquence en disant qu’il est venu appeler des pécheurs. Or si les pharisiens se considèrent comme des justes, ce n’est pas parmi eux que Jésus recrutera ses disciples. 

 

Peut-être plus que se sentir malade, il y a la question du rejet, de la non reconnaissance. Cela peut d’ailleurs provoquer des maladies. Mais là, Jésus peut intervenir, parce qu’il y a reconnaissance de ses failles, au moins autant que de son péché. 

 

C'est là qu'est posée la question des disciples de Jésus, qui eux semblent avoir un comportement différent des autres écoles de disciples - disciples des pharisiens et disciples de Jean le baptiste. Dans le présent, ils ne jeunent pas, puisque l’époux est là, ce que les pharisiens ne peuvent accepter.; pour les disciples de Jean, c’est plus étonnant, mais cela montrerait que seuls certains ont reconnu en Jésus, le messie attendu (cf Jn: l’appel de Nathanaël). Puis suit l’affirmation de Jésus que pour écouter son message, il ne faut pas être sclérosé, il faut des gens neufs. Des gens adaptés à cet enseignement peut-être pas si nouveau que cela, mais renouvelé. 

 

Suit ensuite l'épisode des épis arrachés, avec toujours le contresens fait par les pharisiens: certes cette prescription a un sens, ou a eu un sens, mais si la vie est en danger, alors c’est la vie qu’il faut protéger, et cela, c’est bien l’enseignement de Jésus. Il est venu pour que les hommes aient la vie et l’aient en abondance. Se proclamer maître du Sabbat, c’est bien affirmer son identité divine, et là, cela devient insupportable. 

 

Donc le conflit enfle et c’est ce qu’on trouve durant tout ce chapitre 3, où les habitants de Nazareth, puis la famille, commencent à avoir peur. Si Jésus continue comme ça, il va être arrêté comme Jean a été arrêté, et cela peut retomber sur tout le village. Alors il vaut mieux le récupérer, l’enfermer, le garder à l’abri et surtout le museler. 

 

Le chapitre 3. Les pièges.

 

Cela commence par la guérison de l’homme à la main sèche ou atrophiée, et cela ressemble tout à fait à un piège; et des pièges il y en aura de plus en plus. Guérison qui se passe un jour de shabbat; mais Jésus ne touche pas, il parle. La main est redevenue saine, et la colère est tellement forte que la mort se profile. Les pharisiens se réunissent avec les disciples d’Hérode pour trouver un moyen de l’éliminer. Si guérir et sauver sont un seul vocable, pourquoi est-ce que ce serait interdit le jour du repos. Cela donne enfin le repos à celui qui est porteur de cette infirmité. Est-ce que tendre sa main est une transgression? Quand on y pense, ce légalisme paraît fou et mortifère. Qui est fou? Jésus ou les autres?

 

Dans cette première séquence, le silence des accusateurs est là. Quand Jésus demande s’il est permis le jour du sabbat de faire le bien ou de faire le mal, de laisser vivre ou de laisser mourir, le silence répond;  et cela rend Jésus à la fois triste et en colère. 

 

Ce silence, on le retrouvera aussi dans l'évangile de Jean, quand les pharisiens lui demandent par quelle autorité il fait ceci ou cela, et qu’il leur pose une question sur Jean le baptiste. Bien souvent ils ne répondent pas, ce qui ne veut pas dire que la colère, elle, ne bout pas en eux.

 

Sa réponse à ce silence, ce sera d’une part un changement de lieu, Jésus se retire (et il sait que ce n’est pas son heure), et il va au bord de la mer. Marc parle d’une barque, mais on ne voit pas trop à quoi elle sert, puisque les gens ont besoin de le toucher ou de l’entendre. Ce qui doit être impressionnant ce sont ces hommes ou ces femmes possédés qui affirment que Jésus est le Fils de Dieu, peut-être en hurlant. Et pourtant faut-il hurler pour affirmer cela? Jésus n'est-il qu'un simple guérisseur, un simple thaumaturge, plus doué que les autres? 

 

Je peux imaginer qu’après des heures et des heures passées à guérir, Jésus comprenne qu’il a besoin d’aide et ce sera le choix des douze, choix très solennel, puisqu’un peu à l’image de Moïse, Jésus gravit le Montagne. Ces douze se doivent d’annoncer la bonne nouvelle et d'expulser les démons, ce qui montre bien que la lutte contre le mal est le souci de Jésus.

 

Sauf que certes il y a les douze, mais que font-ils ? L’impression est qu’ils restent dans le sillage de Jésus. En fait ce ne sera qu'au chapitre 6, où nous trouvons entre autres la première multiplication des pains, qu'ils seront envoyés en mission, avec pour mission première d'expulser les démons, ce qui montre bien combien ce duel est omniprésent dans cet évangile; et reste le combat numéro un, encore de nos jours.

 

Mais là, si le bouche à oreille fonctionne, plusieurs nouvelles remontent à Nazareth. Le fils du charpentier fait des siennes. Il s’est mis à dos les pharisiens et les hérodiens,  il a des disciples en quantité et il en a même choisi douze (et pas un seul de chez eux), ce que les autres groupes n’ont pas fait. Il devient dangereux. Mais il faut savoir où il est, parce qu’il bouge beaucoup. 

 

Ils savent enfin où Jésus se trouve, et là, c’est un peu le comble. Il a une telle audience, que manger devient impossible. Comme si les gens n’avaient plus faim, comme si Jésus leur donnait quelque chose que personne n’avait donné avant. Alors il faut se saisir de lui, dire qu’il est fou, l’enfermer. Mais ça ne marche pas. Jésus ne bouge pas et à mon avis, dépités ils retournent à Nazareth en obligeant Marie, la mère, et les proches de lui intimer l’ordre de rentrer ; Il doit honorer son père et sa mère, s’il ne le fait pas, il est à condamner. Mais le temps que cela se fasse, ce sont les scribes venus de Jérusalem qui prennent le relais. 

Ce qui est étonnant, c’est la douceur de Jésus. Il les appelle auprès de lui (ce qu’il ne fera pas avec sa famille), il leur montre que leur raisonnement est stupide, faux, et il affirme que lui, il est l’homme fort. Pour faire ce qu’il fait il ne peut être à la botte du chef des démons. Mais malgré sa douceur, il y a cette profonde tristesse qui fait que Jésus parle alors de ce péché qui ne peut être pardonné, ce péché d’aveuglement, ce péché qui transforme la vie en mort, qui se ferme, qui se coupe au don de Dieu.

 

Et le chapitre se termine sur cet autre piège: faire sortir Jésus de cette foule qui en quelque sorte le protège, pour l’enfermer. Et c’est la bonne nouvelle: non seulement Jésus s’est choisi des hommes pour faire le bien pour lui, mais tous ceux qui font la volonté de Dieu, volonté que lui Jésus explique et montre par sa manière d’être, ceux-là, sont sa famille. Que la famille biologique, comme on le dit maintenant, en ait eu lourd sur la patate (pas Marie, parce qu’à mon avis on lui a forcé la main), ou surtout qu’elle soit en colère, c’est évident, mais c’est la bonne nouvelle pour nous aujourd’hui. Jésus est venu pour appeler auprès de lui des pécheurs, et ce sont ceux-là, qui parce qu’ils sont prêts à accueillir le vin nouveau, qui se font rafistoler, et sont frères, sœurs et mère de cet homme qui commande aux démons, qui guérit sans rien demander en retour, et qui se donne.

 

 

Un habitant de Nazareth raconte

 

Notre village n’est pas loin de la ville grecque de Sephora, et comme beaucoup d’entre nous y vont pour chercher du travail, nous n’avons pas bonne réputation. Alors nous nous tenons calmes, nous nous faisons oublier. Entre les Romains et Hérode, qui vient de faire emprisonner Jean, le nouveau prophète qui appelait à la conversion et proposait un baptême dans le Jourdain, parce qu’il avait osé, à juste titre, lui reprocher de vivre avec la femme se son frère Philippe, il y a de quoi être inquiet. Pourtant Jean fait ce que tout prophète doit faire (voir  Ez 2, 20). 

 

Il y a un homme de chez nous, le fils de Joseph le charpentier, Jésus, qui est parti voir Jean lui aussi. Mais depuis, ce n’est plus le même homme. Il se prend pour le messie, il a même des disciples, des pêcheurs, un publicain, et plein d’autres qui ne valent pas mieux; et surtout il se met à dos les pharisiens et les partisans d’Hérode . Or, Hérode, on sait de quoi a été capable son père, et on sait de quoi il est capable quand on s'oppose à lui; alors nous voudrions bien que Jésus arrête de faire le malin, qu'il arrête de faire du tapage, qu'il arrête ses guérisons, ses expulsions de démons, bref qu'il la ferme et qu'il se calme. 

 

De plus, on ne sait jamais très bien où il se trouve, et quand on parle d'une ville ou d'un village, quand on y va, lui n'y est plus. Heureusement que souvent il est à Capharnaüm dans la maison d'un pécheur du coin. Ce qui complique aussi les choses, c'est qu'il n'est pas souvent seul. Maintenant, il paraît qu'il a non seulement des disciples, mais que parmi eux, il en a choisi douze, qui sont un peu ses gardes du corps. Enfin moi, c'est l'impression que j'ai. 

 

Bref, nous lui avons envoyé quelques-uns de chez nous, pour se saisir de lui, parce que nous pensions qu'il avait vraiment perdu la tête, et qu'il devenait un danger pour nous. Seulement là où il était il y avait du monde, du monde à un tel point d'ailleurs que personne ne prenait le temps de manger, ce qui montre bien sa folie; nous n'avons pas pu l'approcher et nous sommes revenus bredouilles. Si nous voulons le prendre, il faut qu'il soit seul, qu'il vienne à notre rencontre. Mais il nous a ignorés. Alors nous avons pensé que si nous lui envoyions sa mère et ses frères, il ne pourrait pas refuser de les suivre. Après tout, lui qui se targue de connaître si bien la Loi, il sait qu'il doit honorer son père et sa mère. 

 

Mais, là encore, les choses ne sont pas passées comme nous le voulions. Marie et les proches sont bien arrivés à leur maison, ils n'ont pas pu entrer; mais cela c'est ce que nous voulions, pour que Jésus sorte et que l'on puisse mettre la main sur lui. Ils lui ont fait dire qu'ils étaient dehors et qu'ils voulaient lui parler. 

 

Jésus n'a pas bougé, il est resté là où il était, c'est ce qu'on nous a raconté. Il a regardé ceux qui étaient assis autour de lui, tout autour de lui, en disant: qui sont ma mère, qui sont mes frères? Et comme personne ne disait mot il a ajouté, en les regardant: voici ma mère et voici mes frères. Celui qui fait la volonté de mon père, celui-là est pour moi, un frère , une sœur, une mère. 

 

Quand Marie a entendu cela, elle a paraît-il souri; les autres par contre n'étaient pas contents du tout, car ils avaient échoué comme ceux qui avaient été envoyés avant eux. Peut-être qu'un jour il viendra à Nazareth, on verra alors s'il y a moyen de le capturer. 


Mais j'en doute un peu, parce que je commence à penser que ce Jésus, notre Jésus, qui parle de Dieu comme étant son père, il est bien plus que ce que nous pensons et imaginons. Espérons quand même que nous n'aurons pas d'ennuis à cause de lui. Et puis à mon avis, s'il y en a bien une qui fait la volonté de Dieu et la met en pratique, c'est bien la maman de Jésus.