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mercredi, août 09, 2017
Mt 15, 21-25 La guérison de fille de la femme cananéenne
mardi, août 22, 2023
Mt 15, 21-28: la femme syro-phénicienne. 20° dimanche du temps ordinaire. Août 2023-
C'est cette guérison, en territoire non juif, qui est rapportée ce dimanche. Cet épisode est absent chez Luc. On le trouve donc chez Matthieu, Mt 15, 21-28 et chez Marc, Mc 7, 24-30, et comme souvent la rédaction de Marc est moins sèche que celle de Matthieu, même si celle de Matthieu est plus longue, car s'adressant essentiellement aux disciples.
Lors de l'envoi en mission des apôtres, Jésus leur demande de ne pas aller en Samarie ni chez les nations païennes, mais de s'occuper des brebis perdues de la maison d'Israël. Cependant quand il y a des foules qui demandent des guérisons, Luc en tous les cas note qu'en plus des Galiléens, il y a des Judéens mais aussi des habitants de Tyr et de Sidon. Il semble bien que Jésus, dans cet épisode, passe d'une fin de non recevoir (il ne parle pas à la femme) à une écoute, comme si la simplicité de cette mère, qui se contentera des miettes tombées sous la table, avait permis comme un changement en Jésus. Et c'est bien l'ouverture aux nations qui se dessine ici.
Matthieu 15, 22-28 | Marc 7, 24-30 |
21 Partant de là, Jésus se retira dans la région de Tyr et de Sidon.
| 24 En partant de là, Jésus se rendit dans le territoire de Tyr. Il était entré dans une maison, et il ne voulait pas qu’on le sache. Mais il ne put rester inaperçu :
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22 Voici qu’une Cananéenne, venue de ces territoires, disait en criant : « Prends pitié de moi, Seigneur, fils de David ! Ma fille est tourmentée par un démon. »
23 Mais il ne lui répondit pas un mot. Les disciples s’approchèrent pour lui demander : « Renvoie-la, car elle nous poursuit de ses cris ! »
24 Jésus répondit : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. » 25 Mais elle vint se prosterner devant lui en disant : « Seigneur, viens à mon secours ! »
| 25 une femme entendit aussitôt parler de lui ; elle avait une petite fille possédée par un esprit impur ; elle vint se jeter à ses pieds. 26 Cette femme était païenne, syro-phénicienne de naissance, et elle lui demandait d’expulser le démon hors de sa fille. |
26 Il répondit : « Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. » | 27 Il lui disait : « Laisse d’abord les enfants se rassasier, car il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. » |
27 Elle reprit : « Oui, Seigneur ; mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. »
| 28 Mais elle lui répliqua : « Seigneur, les petits chiens, sous la table, mangent bien les miettes des petits enfants ! » Alors il lui dit :
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28 Jésus répondit : « Femme, grande est ta foi, que tout se passe pour toi comme tu le veux ! » Et, à l’heure même, sa fille fut guérie. | 29 « À cause de cette parole, va : le démon est sorti de ta fille. » |
30 Elle rentra à la maison, et elle trouva l’enfant étendue sur le lit : le démon était sorti d’elle.
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Annalyse du texte.
21 En ce temps-là, partant de Génésareth, Jésus se retira dans la région de Tyr et de Sidon.
C'est au chapitre précédent Mt 14, 34, que Jésus est arrivé à Génésareth. Il est alors abordé par des pharisiens (début du chap 15), et c'est après une vive discussion sur le pur et l'impur que Jésus se retire dans cette région, qui est au bord de la mer. Il semble bien que Jésus se mette en quelque sorte à l'abri. Il se retire, un peu comme la mer, au moment de la marée, se retire loin du rivage.
22 Voici qu’une Cananéenne, venue de ces territoires, disait en criant : « Prends pitié de moi, Seigneur, fils de David ! Ma fille est tourmentée par un démon. »
23 Mais il ne lui répondit pas un mot.
Les disciples s’approchèrent pour lui demander : « Renvoie-la, car elle nous poursuit de ses cris ! »
Très brièvement Matthieu décrit la scène, qui est une fin de non-recevoir, sauf que la femme ne lâche pas prise.
24 Jésus répondit : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. »
C'est aux disciples que Jésus s'adresse. L'envoi en mission Mt 10, se termine par: 5 « Ne prenez pas le chemin qui mène vers les nations païennes et n’entrez dans aucune ville des Samaritains. 6 Allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d’Israël.» Le salut, du moins à ce moment-là, est seulement adressé aux juifs.
25 Mais elle vint se prosterner devant lui en disant : « Seigneur, viens à mon secours ! »
La femme a donc entendu, et là il me semble qu'il se passe quelque chose en elle. Car elle ne crie plus, elle se prosterne, ce qui laisse à penser qu'elle voit en Jésus, bien plus qu'un simple thaumaturge et maintenant, elle demande pour elle (ce qui se passera aussi pour le père de l'enfant épileptique).
26 Il répondit : « Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. »
27 Elle reprit : « Oui, Seigneur ; mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. »
Maintenant Jésus entend vraiment; il entre en relation avec cette femme, et lui adresse une sorte de remontrance, comme si elle volait quelque chose. Mais c'est là qu'elle raisonne autrement en lui démontrant que non, elle ne vole rien, mais que toute païenne qu'elle soit (petit chien), elle peut profiter de ce qui tombe de la table et qu'elle est prête à tout pour cela.
28 Jésus répondit : « Femme, grande est ta foi, que tout se passe pour toi comme tu le veux ! » Et, à l’heure même, sa fille fut guérie.
Aujourd'hui, presque à mon corps défendant, j'ai voulu laisser parler un disciple, un de ces hommes qui va demander à Jésus de faire quelque chose pour cette femme, parce qu'elle leur casse les oreilles. Mais pour cela, il m'a fallu partir très en arrière. Cela me semblait nécessaire pour que cet épisode prenne son sens.
Et si un disciple racontait…
On en voit de toutes les couleurs avec le maître. Il y a peu il avait nourri une foule immense avec ce que nous avions prévu pour nous, qui n'était que cinq pains et deux poissons. Comment est-ce que cela a pu se faire, je ne le comprends pas, mais c'est un fait. Tous ont eu de quoi manger; de l'eau il y en avait sur place. Moi j'étais sûr que la foule allait s'emparer de lui et le proclamer roi à la place d'Hérode, mais il nous a demandé de ramasser ce qui restait, et cela faisait douze couffins remplis à ras bord, et de partir sur l'autre rive. J'aurai préféré rester avec lui, voir ce qui allait de passer, mais non, il n'a pas voulu.
Quand il donne un ordre, on ne discute pas. Et nous nous avons passé une des pires nuits de notre vie, de ma vie. En pleine nuit, le vent s'est levé, un sale vent, un vent méchant, sournois, qui changeait sans arrêt de direction, comme pour nous narguer. Les nuages se sont amoncelés et nous ont caché la lune, et les vagues se sont mis à battre notre barque. Nous étions perdus. Si encore Jésus avait été là, il aurait pu faire quelque chose, mais non, nous étions seuls dans la tourmente.
Et voilà que d'un coup, j'ai vu une sorte de silhouette se déplacer sur les vagues et s'approcher. J'ai bien cru que ma dernière heure était venue, que ce spectre allait nous prendre avec lui dans les eaux de la mort. Et j'ai crié. J'ai honte de le dire, mais c'est comme ça. Sauf que ce fantôme ce n'était pas un fantôme, mais notre Rabbi qui venait à notre aide. Il nous a parlé et j'ai bien reconnu le son de sa voix. Il nous a dit; confiance, c'est moi, n'ayez plus peur. Sauf que je continuais à ne pas être rassuré.
Si encore la tempête s'était calmée, mais non. Les vagues battaient toujours la barque. Et lui, il était à quelques encablures. Alors Pierre, notre Simon, a eu une drôle d'idée, un peu comme s'il doutait. Il lui a dit: si c'est bien toi, ordonne-moi de venir à toi, sur les flots. C'était quand même rudement risqué de demander ça. Et Jésus lui a dit de venir. Et là j'ai vu Pierre qui enjambait tant bien que mal le bord de la barque et qui se déplaçait sur l'eau. Je n'en croyais pas mes yeux, sauf que d'un coup, il a commencé à s'enfoncer. Il nous a dit que c'était arrivé parce que d'un coup en regardant à droite et à gauche et en voyant les vagues il avait été pris de panique. Je l'ai entendu crier au secours. Et Jésus l'a attrapé tant bien que mal, et ils sont montés tous les deux dans la barque. Simon n'était pas très fier de lui. Jésus, lui, n'a rien dit, mais le vent s'est calmé et là dans ce calme, nous avons compris que celui qui était avec nous était le maître du vent, le maître de la mer, le maître de la mort et nous nous sommes inclinés devant lui, lui l'homme rempli de Dieu. Et nous avons accosté.
Les gens nous ont reconnus et comme d'habitude le défilé des malades et des possédés a repris, et Jésus les a tous guéris. Vous vous rendez compte, tous. À aucun moment il n'a pensé à lui et à sa fatigue, et à la nuit précédente. Parce que lui, la nuit précédente, il l'avait passée à prier. Il nous l'a raconté un peu plus tard et il nous a raconté comment il avait renvoyé la foule.
Un peu plus tard, il y a eu une attaque des pharisiens. Ils sont vraiment odieux ceux-là. Ils auraient dû être dans la barque avec nous, ils auraient compris qui est Jésus. Mais ceux-là ce sont de vrais teigneux, avec leur loi qui leur sort par les trous de leur nez. Ils nous ont reproché de ne pas nous laver les mains avant de manger. D'une part c'est faux, et d'autre part, en quoi ça les regarde. Et Jésus ça l'a mis en colère. Enfin pas une vraie colère parce qu'il leur a quand même répondu, mais d'un ton pas aimable du tout, et il y avait de quoi.
Il a rétorqué qu'ils se servaient de la tradition ("les anciens" comme ils disent), pour faire dire n'importe quoi à la Loi de Moïse, la déformer à leur avantage. Il les a traités d'hypocrites, ce qu'ils sont et il a appelé ceux qui étaient là pour leur faire comprendre quelque chose que je n'ai pas trop compris, mais qui est sûrement important, sur le pur et sur l'impur. Dans notre loi, Moïse a été précis quand il parle des animaux que nous pouvons consommer et de ceux qui sont interdits, qui sont impurs. Là Jésus a dit que ce n'est pas ce qui entrait dans notre bouche, je pense qu'il veut dire ce que nous mangeons, qui rend impur. Sauf que dire cela c'est quand même énorme, mais que c'est ce qui sort de notre bouche, qui rend impur. Je pense que là ce sont les paroles méchantes, comme celles des pharisiens, la fois où ils ont osé affirmer que s'il chassait des démons c'est parce qu'il avait fait alliance avec Béelzéboul. Alors les pharisiens, contrairement à ce qu'ils imaginent, ils ne sont pas purs, eux qui passent leur temps dans des ablutions sans fin.
Naturellement les pharisiens ont été scandalisés, moi je dirais que ça les a rendus furieux. Il a ajouté qu'ils étaient comme des aveugles qui s'imaginent pouvoir guider d'autres aveugles. Pierre lui a demandé de nous expliquer ce qu'il voulait vraiment dire, parce que ça, le maître le fait toujours. Et là, j'ai été très content, parce que j'avais compris que ce qui rend impur ce sont les mauvaises pensées sortent de notre cœur, pas, les aliments. Youpi, je suis vraiment trop fort.
Et nous avons quitté cette région pas vraiment accueillante. L'idée, c'était de nous reposer un peu au bord de la mer, dans la région de Tyr et de Sidon. Sauf que cette région, elle est remplie de païens, et même de ces habitants qui possédaient tout le pays dans les temps lointains. Je pensais qu'on serait un peu tranquille, mais non. Une bonne femme est arrivée, une femme de ce pays impur. Elle hurlait, elle criait, elle lui demandait de guérir sa fille qui était possédée par un démon. Je crois qu'elle voulait le prendre par les sentiments en lui donnant du "Seigneur Fils de David".
Et lui, il ne l'a pas regardée, pas écoutée, elle se répétait et lui ne disait rien. Et cela c'était très étonnant. Est-ce qu'il aurait perdu ses capacités de guérir dans ce pays qui appartient au mauvais? Moi, je n'aurais pas insisté, mais elle si. Et lui il faisait le sourd, sauf que nous, on ne supportait plus de l'entendre, surtout avec son drôle d'accent. L'un d'entre nous a même demandé à Jésus de lui dire de partir. Il a semblé nous entendre et il nous a dit qu'il n'avait été envoyé que pour les brebis perdues de la maison d'Israël. En fait il m'étonne un peu, parce que quand de grandes foules venaient se faire guérir,(1) il y avait des gens de toute la Galilée, mais aussi de Tyr et de Sidon; alors pourquoi là, faire une différence. Mais lui, il sait. Peut-être qu'il ne veut pas d'histoires, il y en a déjà bien assez ailleurs. Mais cela m'a étonné.
Alors là, la femme, elle m'en a bouché un coin. Je dirais même qu'elle ne manquait pas d'air, comme on dit, parce que cette phrase, qui était pour nous, elle s'en est servie pour elle. Elle a vu que Jésus nous parlait, elle s'est prosternée, comme nous dans la barque, et comme Pierre, elle lui a demandé de venir à son secours. Je crois vraiment qu'elle était en train de se noyer, avec cette petite fille malade.
Et là, le maître lui a adressé une remontrance: il lui a dit qu'il n'est pas bien de prendre le pain des enfants (je pense le pain que lui donne aux brebis affamées qui le suivent chez nous), et de le donner aux petits chiens. Là, petits chiens, je n'aurai pas aimé du tout qu'on me compare à un chien. C'est quand même injurieux.
Mais ça ne lui a fait ni chaud, ni froid: il l'écoutait enfin; et elle a eu une réponse sidérante: elle lui a dit que les petits chiens, sous la table, mangent ce qui tombe de la table, et que cela ne prive personne. Jésus a été sidéré par cette réponse de bon sens, et il l'a félicitée pour sa foi, elle qui ne s'était pas laissée démonter; il lui a dit que sa foi était grande (et peut-être plus forte que la nôtre), et que tout allait se passer comme elle le voulait.
Ce qui est étonnant, c'est que lui n'a rien dit d'autre. Elle l'a regardé avec un sourire qui en disait long, et elle est partie. Elle est revenue un peu plus tard dire que sa fille était guérie, et dans ses yeux il y avait une lumière. Cette femme qui était comme éteinte était devenue vivante, et Jésus aussi était heureux. Cela faisait plaisir.
Nous avons quitté le littoral et sommes revenus vers le pays qui est le nôtre. Et des guérisons il y en a eu, encore et encore. Quand comprendront-ils qu'au-delà du guérisseur, il y a cet Autre, celui qui vient au nom du Seigneur, celui qui est le Seigneur, celui qui apaise la tempête et qui donne en abondance.
(1) Marc 3, 8 et de la Judée, et de Jérusalem, et de l'Idumée, et d'au delà du Jourdain, et des environs de Tyr et de Sidon, une grande multitude, apprenant tout ce qu'il faisait, vint à lui.:
(2) Lc 6, 17 Il descendit avec eux, et s'arrêta sur un plateau, où se trouvaient une foule de ses disciples et une multitude de peuple de toute la Judée, de Jérusalem, et de la contrée maritime de Tyr et de Sidon. Ils étaient venus pour l'entendre, et pour être guéris de leurs maladies.
lundi, août 01, 2022
Matthieu 14, 13-36. Multiplication des pains et tempête sur le lac.
Chapitre 14: Multiplication des pains et tempête sur le lac.
La lecture plus ou moins continue de l'évangile de Matthieu propose, sur deux jours, la multiplication des pains et le récit de la nuit sur le lac dans la tempête.
Le chapitre 14, démarre par le récit de la mise à mort de Jean le baptiseur, et les conséquences de cet acte sur Jésus: partir, aller ailleurs, aller au loin.
Dans un premier temps, Jésus quitte un endroit sans doute dangereux pour lui parce que trop proche d'Hérode, dont on sait qu'il prend Jésus pour une réincarnation de Jean, donc quelqu'un de dangereux pour lui. Il va,, en barque, dans un endroit loin des villes et villages, et ce sera la multiplication des pains; puis il va ailleurs, sur l'autre rive, et ce sera la tempête apaisée. Puis il ira encore plus loin, dans le territoire de Tyr et de Sidon, et ce sera la rencontre avec la femme cananéenne. Quel que soit le lieu, Jésus est maintenant reconnu et sollicité.
Ce qui m'a étonnée (enfin pas vraiment, parce que l'évangile de Luc que nous avons entendu dimanche, va pour moi un peu dans le même sens) c'est que d'habitude on ne donne pas d'ordres à Jésus; c'est lui qui prend l'initiative, et parfois il peut refuser (ce qu'il fait avec l'homme qui lui demande de dire à son frère de partager son héritage). Or là, ce sont les disciples qui demandent à Jésus de renvoyer la foule (leur désir). Mais pour Jésus ce n'est pas le moment. La foule, il la renverra bien, mais plus tard et quand il sera sûr que cela ne sera pas dommageable pour elle.
C'est sur cet aspect de maîtrise que j'ai centré le récit de la multiplication des pains et de la tempête apaisée. Jésus, maître des circonstances et des événements.
Un disciple raconte.
Les disciples de Jean étaient venus voir notre Rabbi, et lui avaient raconté comment leur maître avait été assassiné par la traitrise d'Hérodiade. Est-ce que maintenant Hérode n'allait pas s'en prendre à notre Jésus? Alors il a décidé de quitter ce lieu un peu trop proche du pouvoir, et nous sommes partis en barque vers un endroit loin des villages et des villes.
Seulement quand nous sommes partis, il y avait des gens qui traînaient là, et ils se doutaient bien du lieu où nous irions. Alors quand nous sommes arrivés, il y avait déjà plein de monde sur la plage. Et parmi eux, des malades et des possédés. Jésus n'a pas résisté à son bon cœur. Il a guéri, guéri, guéri. Le temps a passé, et le soir commençait à arriver.
Nous, je reconnais que nous en avions un peu assez de voir tous ces gens qui arrivaient sans arrêt. Nous avions besoin de nous retrouver au calme avec lui. Alors nous lui avons demandé, puisque le soir commençait à tomber, de dire à toute cette foule, de partir, de trouver à manger et de revenir demain. Seulement ça, Jésus l'a mal pris. Je me suis bien rendu compte que s'il y a quelque chose qu'il n'aime pas, c'est qu'on décide à sa place de ce qu'il doit faire.
Il nous a regardés et nous a dit que c'était à nous de leur donner à manger. Là, j'ai cru qu'il était devenu un peu fou. Nous, leur donner à manger? Alors que nous n'avions en tout et pour tout que cinq pains et deux poissons! C'est ce que nous lui avons répondu quand il nous a demandé ce que nous avions. Il nous a dit de lui apporter les pains et les poissons.
Il a regardé la foule et lui a ordonné de s'asseoir; ils ont obéi comme de gentils petits agneaux. Il nous a regardé, nous; il a pris les pains et les poissons, et a levé les yeux vers le ciel: cela c'est ce qu'il fait quand il prie. Il a prononcé la bénédiction que nous prononçons sur le pain. Et ce qui s'était passé avec Elisée autrefois s'est reproduit.: des pains et des poissons, il y en avait à profusion.
Et il nous a dit de les distribuer, et c'est ce que nous avons fait. Et, croyez-le ou pas, mais tous ont mangé, les cinq mille hommes, sans parler des femmes et des enfants. Et on a eu des restes: vous vous rendez compte, douze corbeilles pleines.
En moi chantait la phrase du cantique: "Ils mangeront et seront rassasiés, ils loueront le Seigneur, ceux qui le cherchent". Ce cantique chante un juste qui se pense abandonné par le Très Haut, qui souffre mille morts, et qui est sauvé, et peut chanter et louer le très Haut en pleine assemblée.
Puis la nuit est vraiment tombée et là, alors que nous pensions enfin être tranquilles, il nous a obligés à remonter dans la barque, de partir sur l'autre rive, pendant que lui renverrait enfin la foule. Peut-être qu'il voulait être seul, et prier son Père, lui rendre grâce. Toujours est-il que nous sommes partis; et que le vent s'est levé. La mer s'est mise en colère sous la force du vent, et nous ne savions plus ce que nous allions devenir. Les tempêtes en pleine nuit, elles font parfois des morts.
Tout à coup, au petit matin, enfin à la fin de la nuit, nous avons vu comme une ombre qui s'approchait. Et nous avons tous hurlé, sauf que l'ombre c'était Jésus, qui nous a dit de ne pas avoir peur. Sauf que, malgré tout, on ne voyait pas bien; et les vagues étaient toujours là. Alors Simon a joué le tout pour le tout, il voulait une preuve que c'était bien Jésus: que ce n'était pas un fantôme qui voulait qu'on le prenne pour lui et qui nous ferait sombrer.
Il lui a dit: si c'est bien toi, ordonne-moi de venir à toi. Et celui que nous pensions bien être Jésus, lui a dit: "viens". Et Simon a enjambé la barque et s'est mis à marcher vers Jésus. Là, nous étions sans voix. Sauf que d'un coup, il a commencé à s'enfoncer. Il s'est mis à crier, il a appelé Jésus au secours en lui disant "Seigneur, sauve-moi"; et Jésus l'a pris par la main, il lui a dit d'un ton pas content: "Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté," et ils sont montés tous les deux dans la barque, comme si la mer sous eux était un plancher. Le calme est revenu, mais un calme presque surnaturel.
Alors quelque chose s'est passé en nous. Cet homme, ce Jésus, notre maître, celui qui nous a choisis, il est bien plus qu'un homme. Il est le Fils de Dieu, le Messie que nous attendons, et nous nous sommes prosternés devant lui, lui qui est bien plus que tout ce que nous pouvons imaginer, lui qui est le maitre des vents et de la mer, lui qui guérit, lui qui délivre les possédés.
Nous avons accosté, nous étions à Génésareth. Tout de suite, Jésus a été reconnu, et une fois de plus des malades sont venus pour être guéris. Il y avait tellement de monde! Ils ont demandé s'ils pouvaient simplement toucher la frange du vêtement du maître pour être guéris; et ils l'étaient. Que notre maître est grand! Que Dieu soit loué de se manifester ainsi parmi nous!
Nous sommes ensuite partis beaucoup plus loin, en plein territoire païen, espérant que là, nous serions enfin tranquilles, et aurions le Maître pour nous.