Une manière d'être en fin de carrière! Un désir de communiquer, de partager... un désir de changer encore et toujours
vendredi, février 10, 2017
La femme syro-phénicienne - Marc 7, 24-30
vendredi, décembre 09, 2022
Matthieu 9, 27-31. Les deux aveugles de Capharnaüm.
C'est le texte proposé pour le vendredi de la première semaine de l'Avent.
Il s'agit de la guérison, non pas d'un aveugle, mais de deux, ce qui m'étonne un peu. Je sais bien qu'il faut deux témoins lors d'un procès... Matthieu reprendra le même épisode à Jéricho, et toujours avec deux aveugles, contrairement à Marc et à Luc.
Et comme la similitude des deux guérisons est très étonnante, on peut se demander pourquoi Matthieu a eu besoin de ce doublet. Peut-être que ces deux guérisons de la cécité, une qui a lieu au début de la vie publique, une qui a lieu avant l'entrée dans Jérusalem devaient se répondre.
Je dois dire aussi, que j'ai du mal à comprendre la manière dont la liturgie a bâti ces deux premières semaines de l'Avent. À partir du mercredi de la troisième semaine, c'est plus simple, puisque c'est toujours l'évangile de Matthieu qui est utilisé avec la centration sur Jean le Baptiste, puis le premier chapitre de l'évangile de Luc.
J'avais pensé à un moment que ce temps de l'Avent permettait une sorte de lecture continue du premier livre d'Isaïe, mais comme on fait des allers et retours entre les différents chapitres, il n'en est rien. Il me semble aujourd'hui qu'il s'agit de se centrer et de redécouvrir les différentes facettes de celui qui sera le Messie, l'Envoyé, l'Élu, le Fils du Très Haut, les textes d'Isaïe étayant cela.
Le texte d'aujourd'hui montrant l'aspect "guérisseur" de Jésus.
C'est l'un des premiers miracles de Jésus après le long discours sur la montagne, mais comme on retrouve pratiquement la même guérison en Mt 20, (Jéricho), juste avant que Jésus ne prenne de prendre la route qui conduit à Jérusalem et à la passion, je me suis demandée le pourquoi de ce choix, puisqu'à Jérusalem il y aura certes quelques miracles, mais pas de guérisons.
Il me semble que l'on peut dire que ce qui sauve de la cécité, c'est la foi. C'est d'ailleurs la question que pose Jésus: "Croyez-vous que je peux faire ça"? Le miracle suivant étant la guérison d'un sourd-muet, je peux me demander si ces guérisons des sens ne sont pas là pour nous amener à nous rendre compte à quel point nous sommes aveugles, sourds et incapables de parler...
Il me semble que nous sommes en permanence très proches des aveugles, qui ne pouvant voir, doivent en permanence se fier au témoignage des autres. C'est ce que nous lisons ou ce que nous entendons (mais nous ne voyons pas vraiment) qui peut nous permettre d'accéder à la foi.
Les deux aveugles de la péricope, comme ceux de Jéricho, ne voient pas ce qui se passe. Il faut leur dire que Jésus, celui qui vient de redonner la vie à la fille de Jaïre, est en train de passer sur leur route.
Et c'est aussi ce qui se passe pour l'aveugle ou les aveugles de Jéricho qui ne comprennent pas d'où vient l'agitation inhabituelle. Entendre, poser des questions, et se mettre en route, crier pour attirer l'attention. Crier certes avec une jolie formule, puisque nous l'utilisons à peu de choses près dans la "prière du Cœur": "Seigneur Jésus, Fils de Dieu, aie pitié de nous"
Dans les évangiles, des guérisons d'aveugles, il y en a. La guérison de l'aveugle de Jéricho (ou des aveugles de Jéricho, que ce soit à l'entrée ou à la sortie de la ville) se retrouve dans les synoptiques. Mais il y a aussi chez Matthieu la guérison rapportée aujourd'hui, et en 12,22 la guérison (mais il s'agit d'un cas de possession) d'un démoniaque muet et aveugle, et chez Marc en 8,22 d'une guérison très étonnante, qui se passe en deux temps, l'homme commençant par distinguer des formes, un peu comme un nourrisson, puis accédant à la pleine vision. Serait-ce une représentation du baptême?
La cécité, c'est un peu notre point faible, notre talon d'Achille. Et Jean le fera bien remarquer dans la guérison de l'aveugle-né quand il s'adresse à ceux qui "savent": "Vous dites-nous voyons: votre péché demeure".
Alors peut-être que ce texte, est là pour que nous puissions nous aussi, nous qui entendons, mais qui sommes bien souvent un peu sourds ou qui déformons ce que nous entendons pour que ça aille dans le sens qui nous plait, d'essayer une fois de plus de voir avec les yeux du cœur, en ce temps de l'Avent, celui qui vient, celui qui guérit, celui qui donne la vie, celui qui nous ouvre les yeux et le cœur.
Avant de revenir au texte de ce jour, il m'a paru intéressant de le comparer à la guérison qui se passe à la sortir de Jéricho. En gras les similitudes.
Matthieu 9 | Matthieu 20 |
27 Tandis que Jésus s’en allait, deux aveugles le suivirent, en criant : « Prends pitié de nous, fils de David ! »
28 Quand il fut entré dans la maison, les aveugles s’approchèrent de lui, et Jésus leur dit : « Croyez-vous que je peux faire cela ? » Ils lui répondirent : « Oui, Seigneur. »
29 Alors il leur toucha les yeux, en disant : « Que tout se passe pour vous selon votre foi ! » 30 Leurs yeux s’ouvrirent, et Jésus leur dit avec fermeté : « Attention ! que personne ne le sache ! » | 29 Tandis que Jésus avec ses disciples sortait de Jéricho, une foule nombreuse se mit à le suivre.
30 Et voilà que deux aveugles, assis au bord de la route, apprenant que Jésus passait, crièrent : « Prends pitié de nous, Seigneur, fils de David ! » 31 La foule les rabroua pour les faire taire. Mais ils criaient encore plus fort : « Prends pitié de nous, Seigneur, fils de David ! »
32 Jésus s’arrêta et les appela : « Que voulez-vous que je fasse pour vous ? » 33 Ils répondent : « Seigneur, que nos yeux s’ouvrent ! »
34 Saisi de compassion, Jésus leur toucha les yeux ; aussitôt ils retrouvèrent la vue, et ils le suivirent. |
En ce qui concerne les aveugles de Jéricho, une fois de plus, on peut s'interroger sur la concision de Matthieu par rapport à Luc et surtout à Marc. On peut aussi remarquer que, en Matthieu 19, la demande est peu différente:" Prends pitié de nous Seigneur fils de David". En Matthieu 9, le "Seigneur" manque .
Mais quand Jésus s'adresse à eux, les deux récits utilisent le mot seigneur, mais je me demande si ce n'est pas le "monsieur" (Mon Sieur) que nous utilisons, plutôt qu'une reconnaissance de la divinité. Alors que la demande, elle, s'adresse à celui qui est l'envoyé du TrèsHaut, le successeur de David, le Roi.
Dans les deux textes, Jésus s'en va après cela. A Capharnaüm, les aveugles répandent la nouvelle de la guérison alors que Jésus l'a interdit. A Jéricho, les aveugles suivent Jésus.
Un autre point qui m'étonne, c'est le silence de Jésus dans cette péricope. Dans le chapitre 9, Jésus a redonné vie à la fille de Jaïre (certes le texte est très concis), il sort de cette maison, il reprend la route dont il a été détourné, pour se rendre vraisemblablement dans la maison de Pierre. On peut penser que les aveugles ont appris ce qui s'est passé chez le "notable". Ils pistent alors Jésus, le trouvent, et l'interpellent, mais lui fait comme s'il ne les entendait pas, ce qui est très différent de ce qui se passe à Jéricho. Est ce que Jésus, après cette résurrection, rentre en lui-même, est pensif? Il les ignore un peu comme il ignorera la femme syro-phénicienne qui casse pourtant les oreilles de des disciples.
A Capharnaüm, Jésus a redonné la vie à une jeune fille. Après avoir quitté Jéricho Jésus donnera sa vie, pour que nous ayons la vie, et la vie en abondance.
Travail sur le texte lui-même
27 En ce temps-là, Jésus était en route ; deux aveugles le suivirent, en criant : « Prends pitié de nous, fils de David ! »
Les aveugles sont comme nous, ils ont entendu parler de Jésus, de ses miracles, mais ils ne peuvent pas les voir. Ils font confiance aux témoins. Jésus arrive, cela fait du bruit, ils se mettent en place, ils crient mais pas de réponse, et ils se mettent à le suivre, et ils crient, en espérant que Jésus va s'arrêter, et ils vont jusqu'à sa destination: la maison.
Peut-être que ces hommes ne reconnaissent pas en lui, le Seigneur.
28 Quand il fut entré dans la maison, les aveugles s’approchèrent de lui, et Jésus leur dit : « Croyez-vous que je peux faire cela ? » Ils lui répondirent : « Oui, Seigneur. »
Et là, une fois arrivés, ils se taisent mais ils s'approchent de lui. Ils prennent encore l'initiative; ce qui est différent de l'aveugle de Jéricho où Jésus demande qu'on le lui amène. Ils s'approchent de Jésus, qui leur dit, "Croyez-vous que je puisse faire cela"? Et c'est la réponse qui provoque le geste suivant et la guérison.
29 Alors il leur toucha les yeux, en disant : « Que tout se passe pour vous selon votre foi ! »
On peut presque imaginer que si la foi en lui n'avait pas été réelle et forte (et c'est aussi la foi, qui nous permet de sortir de nos ténèbres), la guérison ne se serait pas faite. Et cela, c'est important pour moi, aujourd'hui. Là Jésus joint le geste à la parole.
30 Leurs yeux s’ouvrirent, et Jésus leur dit avec fermeté : « Attention! que personne ne le sache! »
31 Mais, une fois sortis, ils parlèrent de lui dans toute la région.
La réaction des aveugles, je dois dire que je la comprends. Et de toutes les manières, ceux qui connaissent les aveugles auraient fait de même. Mais il est sans doute important qu'au début de la vie publique, on ne fasse pas de Jésus un guérisseur, un thaumaturge, alors que Jésus est bien plus que cela. Le comportement des aveugles, on le comprend; mais la réticence de Jésus vient peut-être du fait qu'on ne va pas voir en lui qui il est. Ce miracle intervient après la résurrection de la fille de Jaïre . Il va falloir presque tout l'évangile pour que Jésus ne soit pas un simple messie, un de plus, mais le Seigneur.
Quelques réflexions
Maintenant, comment faire parler les deux aveugles? Je ne le sais pas, du moins pas encore.
Ce que je sais par contre c'est que la cécité, l'aveuglement, c'est quelque chose qui me parle, qui m'a toujours parlé. Les aveugles de Galilée ne peuvent pas voir ce qui se passe, ils peuvent juste entendre ce qu'on leur raconte, et en cela nous sommes comme eux quand nous lisons les évangiles. Ce qui veut dire que leur foi s'étaye sur ce qu'on leur dit.
Et là, on a pu leur raconter la guérison de la femme qui perdait du sang, et la résurrection de la fille du notable, mais aussi de tous les autres miracles racontés dans ce chapitre; et c'est peut-être là, grâce à ces témoignages, que malgré leur handicap ils se mettent en quête de Jésus. Il me semble même qu'ils se mettent dans son sillage un peu comme un saumon qui remonte un torrent, car suivre quand on est aveugle c'est compliqué. Et ils ne savent pas où ils vont, alors que nous nous savons que Jésus va à Capharnaüm, certainement dans la maison de Pierre. Suivre sans savoir où on va, suivre sans réponse, et continuer à implorer. Peut-être que là, nous nous reconnaissons en eux. Puis arrive le temps de l'étape, le temps du calme, le temps où Jésus ne fait plus la sourde oreille; et sa demande à lui: "Croyez-vous que je peux faire cela pour vous?"
Est-ce que ma foi est aussi chevillée que la leur? A dire vrai je suis loin d'en être certaine. Mais ce qui est sûr c'est que sans foi, le miracle ne peut se faire. Et là tous les deux retrouvent la vue.
Ensuite on sait que Jésus leur interdit de parler de cela, ce qui est assez étonnant car la nouvelle de la résurrection, elle, s'est répandue dans toute la région. Mais le temps n'est pas encore venu pour Jésus. Il n'est pas un guérisseur, un thaumaturge, il n'est pas un magicien, il est n'est pas un nouveau prophète, mais il est Jésus, celui qui sauve.
Maintenant se posait à moi la question. Qui va raconter ce qui s'est passé pour ces deux hommes: les deux à la fois, ou l'un d'entre eux? Fallait-il leur trouver des prénoms,? En effet l'un d'entre eux aurait pu avoir été emmené par des proches sur la montagne où Jésus a prononcé les béatitudes et les fondements d'un autre type de vie, d'un autre type de relation, et avoir été séduit par ce discours. Il aurait pu en revenant chez lui en parler à un de ses amis, atteint comme lui de cécité, et décider d'aller à la rencontre de Jésus pour devenir disciples. Seulement sur leur route, ils auraient entendu parler des miracles de Jésus, de l'appel de Lévi, et là ils auraient été certains qu'ils pourraient eux aussi être guéris et se seraient mis en quête de Jésus. J'aurais pu... Mais ce n'est pas cela qui s'est imposé à moi. Et ce sont les deux, d'un seul coeur qui racontent.
Les aveugles racontent.
Nous sommes deux aveugles et nous vivons ensemble. Cela peut paraître étonnant, mais avec des repères et l'aide de nos familles, nous pouvons vivre, nous pouvons même travailler de nos mains. Être deux, permet de se parler et d'être compris. Et nos familles viennent de nous parler de quelque chose d'étonnant. Un certain Jésus de Nazareth a guéri un lépreux, guéri un paralysé, appelé à le suivre ce Lévi qui est collecteur d'impôts, ce collaborateur. Alors nous avons décidé de nous mettre sur son chemin pour qu'il nous rende la vue.
On nous a conduits devant une maison où il venait d'entrer, la maison de Jaïre un chef de synagogue, dont la petite fille était très malade. Il y avait une vraie foule devant la maison. On attendait avec les autres. Il est sorti, il n'a regardé personne, et il est parti. Est-ce qu'il a guéri cette petite fille? Autour de nous, on disait qui lui avait redonné la vie.
Nous nous sommes alors mis à le suivre en criant le plus fort possible pour qu'il nous entende: "Fils de David, aie pitié de nous". Ce n'est pas d'obole dont nous avons besoin, mais de guérison. Voir, voir, distinguer, pouvoir vivre sans l'aide des autres, pouvoir travailler, mais aussi nous réjouir des merveilles de la création, merveilles que nous imaginons mais que nous ne connaissons pas. Seulement il devait être dans son monde, et il continué sa route sans s'occuper de nous. Alors tant bien que mal, nous avons suivi.
Il est entré dans une maison, et nous sommes entrés nous aussi. Et nous l'implorions encore et encore. Et là, il s'est enfin adressé à nous, en nous demandons si nous croyons qu'il pouvait cela. Bien sûr que nous le croyons.
Cela peut paraitre étrange, mais il émane de lui quelque chose que nous sentons, nous les aveugles, comme une force qui l'enveloppe, qui l'entoure et qui est la vie. Un peu comme une source. Il a touché nos yeux et nos yeux se sont ouverts et nous l'avons vu, lui, Jésus, et notre reconnaissance débordait.
Nous voulions aller proclamer ce qu'il venait de faire, seulement il nous l'a interdit, et nous n'avons pas compris. Nous sommes sortis, et bien sûr tout le monde a vu que nous étions guéris alors nous n'avons pas pu nous taire, nous avons raconté ce qui venait de se passer pour nous. Nous n'avons pas obéi, mais nous ne pouvions pas.
Nous sommes rentrés chez nous, heureux comme des princes. Chaque arbre était une merveille; chaque pierre était une splendeur et nous n'avions plus peur de tomber, plus peur de trébucher. En nous c'était l'allégresse et la reconnaissance envers le Très Haut qui permet de si grandes choses. Et à toutes les personnes que nous rencontrions, que nous pouvions voir, nous racontions les merveilles que cet homme a fait pour nous.
Cet homme est bien le nouveau messie, celui que nous attendons. A lui le règne, la puissance et la gloire. Mais les Romains l'accepteront-ils? Les grands-prêtres comprendront-ils? Lui qui a su redonner la vie à une jeune fille, qui parle comme jamais un autre n'a jamais parlé, sera-t-il écouté? Trouvera-t-il la foi?
mardi, août 22, 2023
Mt 15, 21-28: la femme syro-phénicienne. 20° dimanche du temps ordinaire. Août 2023-
C'est cette guérison, en territoire non juif, qui est rapportée ce dimanche. Cet épisode est absent chez Luc. On le trouve donc chez Matthieu, Mt 15, 21-28 et chez Marc, Mc 7, 24-30, et comme souvent la rédaction de Marc est moins sèche que celle de Matthieu, même si celle de Matthieu est plus longue, car s'adressant essentiellement aux disciples.
Lors de l'envoi en mission des apôtres, Jésus leur demande de ne pas aller en Samarie ni chez les nations païennes, mais de s'occuper des brebis perdues de la maison d'Israël. Cependant quand il y a des foules qui demandent des guérisons, Luc en tous les cas note qu'en plus des Galiléens, il y a des Judéens mais aussi des habitants de Tyr et de Sidon. Il semble bien que Jésus, dans cet épisode, passe d'une fin de non recevoir (il ne parle pas à la femme) à une écoute, comme si la simplicité de cette mère, qui se contentera des miettes tombées sous la table, avait permis comme un changement en Jésus. Et c'est bien l'ouverture aux nations qui se dessine ici.
Matthieu 15, 22-28 | Marc 7, 24-30 |
21 Partant de là, Jésus se retira dans la région de Tyr et de Sidon.
| 24 En partant de là, Jésus se rendit dans le territoire de Tyr. Il était entré dans une maison, et il ne voulait pas qu’on le sache. Mais il ne put rester inaperçu :
|
22 Voici qu’une Cananéenne, venue de ces territoires, disait en criant : « Prends pitié de moi, Seigneur, fils de David ! Ma fille est tourmentée par un démon. »
23 Mais il ne lui répondit pas un mot. Les disciples s’approchèrent pour lui demander : « Renvoie-la, car elle nous poursuit de ses cris ! »
24 Jésus répondit : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. » 25 Mais elle vint se prosterner devant lui en disant : « Seigneur, viens à mon secours ! »
| 25 une femme entendit aussitôt parler de lui ; elle avait une petite fille possédée par un esprit impur ; elle vint se jeter à ses pieds. 26 Cette femme était païenne, syro-phénicienne de naissance, et elle lui demandait d’expulser le démon hors de sa fille. |
26 Il répondit : « Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. » | 27 Il lui disait : « Laisse d’abord les enfants se rassasier, car il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. » |
27 Elle reprit : « Oui, Seigneur ; mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. »
| 28 Mais elle lui répliqua : « Seigneur, les petits chiens, sous la table, mangent bien les miettes des petits enfants ! » Alors il lui dit :
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28 Jésus répondit : « Femme, grande est ta foi, que tout se passe pour toi comme tu le veux ! » Et, à l’heure même, sa fille fut guérie. | 29 « À cause de cette parole, va : le démon est sorti de ta fille. » |
30 Elle rentra à la maison, et elle trouva l’enfant étendue sur le lit : le démon était sorti d’elle.
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Annalyse du texte.
21 En ce temps-là, partant de Génésareth, Jésus se retira dans la région de Tyr et de Sidon.
C'est au chapitre précédent Mt 14, 34, que Jésus est arrivé à Génésareth. Il est alors abordé par des pharisiens (début du chap 15), et c'est après une vive discussion sur le pur et l'impur que Jésus se retire dans cette région, qui est au bord de la mer. Il semble bien que Jésus se mette en quelque sorte à l'abri. Il se retire, un peu comme la mer, au moment de la marée, se retire loin du rivage.
22 Voici qu’une Cananéenne, venue de ces territoires, disait en criant : « Prends pitié de moi, Seigneur, fils de David ! Ma fille est tourmentée par un démon. »
23 Mais il ne lui répondit pas un mot.
Les disciples s’approchèrent pour lui demander : « Renvoie-la, car elle nous poursuit de ses cris ! »
Très brièvement Matthieu décrit la scène, qui est une fin de non-recevoir, sauf que la femme ne lâche pas prise.
24 Jésus répondit : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël. »
C'est aux disciples que Jésus s'adresse. L'envoi en mission Mt 10, se termine par: 5 « Ne prenez pas le chemin qui mène vers les nations païennes et n’entrez dans aucune ville des Samaritains. 6 Allez plutôt vers les brebis perdues de la maison d’Israël.» Le salut, du moins à ce moment-là, est seulement adressé aux juifs.
25 Mais elle vint se prosterner devant lui en disant : « Seigneur, viens à mon secours ! »
La femme a donc entendu, et là il me semble qu'il se passe quelque chose en elle. Car elle ne crie plus, elle se prosterne, ce qui laisse à penser qu'elle voit en Jésus, bien plus qu'un simple thaumaturge et maintenant, elle demande pour elle (ce qui se passera aussi pour le père de l'enfant épileptique).
26 Il répondit : « Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens. »
27 Elle reprit : « Oui, Seigneur ; mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres. »
Maintenant Jésus entend vraiment; il entre en relation avec cette femme, et lui adresse une sorte de remontrance, comme si elle volait quelque chose. Mais c'est là qu'elle raisonne autrement en lui démontrant que non, elle ne vole rien, mais que toute païenne qu'elle soit (petit chien), elle peut profiter de ce qui tombe de la table et qu'elle est prête à tout pour cela.
28 Jésus répondit : « Femme, grande est ta foi, que tout se passe pour toi comme tu le veux ! » Et, à l’heure même, sa fille fut guérie.
Aujourd'hui, presque à mon corps défendant, j'ai voulu laisser parler un disciple, un de ces hommes qui va demander à Jésus de faire quelque chose pour cette femme, parce qu'elle leur casse les oreilles. Mais pour cela, il m'a fallu partir très en arrière. Cela me semblait nécessaire pour que cet épisode prenne son sens.
Et si un disciple racontait…
On en voit de toutes les couleurs avec le maître. Il y a peu il avait nourri une foule immense avec ce que nous avions prévu pour nous, qui n'était que cinq pains et deux poissons. Comment est-ce que cela a pu se faire, je ne le comprends pas, mais c'est un fait. Tous ont eu de quoi manger; de l'eau il y en avait sur place. Moi j'étais sûr que la foule allait s'emparer de lui et le proclamer roi à la place d'Hérode, mais il nous a demandé de ramasser ce qui restait, et cela faisait douze couffins remplis à ras bord, et de partir sur l'autre rive. J'aurai préféré rester avec lui, voir ce qui allait de passer, mais non, il n'a pas voulu.
Quand il donne un ordre, on ne discute pas. Et nous nous avons passé une des pires nuits de notre vie, de ma vie. En pleine nuit, le vent s'est levé, un sale vent, un vent méchant, sournois, qui changeait sans arrêt de direction, comme pour nous narguer. Les nuages se sont amoncelés et nous ont caché la lune, et les vagues se sont mis à battre notre barque. Nous étions perdus. Si encore Jésus avait été là, il aurait pu faire quelque chose, mais non, nous étions seuls dans la tourmente.
Et voilà que d'un coup, j'ai vu une sorte de silhouette se déplacer sur les vagues et s'approcher. J'ai bien cru que ma dernière heure était venue, que ce spectre allait nous prendre avec lui dans les eaux de la mort. Et j'ai crié. J'ai honte de le dire, mais c'est comme ça. Sauf que ce fantôme ce n'était pas un fantôme, mais notre Rabbi qui venait à notre aide. Il nous a parlé et j'ai bien reconnu le son de sa voix. Il nous a dit; confiance, c'est moi, n'ayez plus peur. Sauf que je continuais à ne pas être rassuré.
Si encore la tempête s'était calmée, mais non. Les vagues battaient toujours la barque. Et lui, il était à quelques encablures. Alors Pierre, notre Simon, a eu une drôle d'idée, un peu comme s'il doutait. Il lui a dit: si c'est bien toi, ordonne-moi de venir à toi, sur les flots. C'était quand même rudement risqué de demander ça. Et Jésus lui a dit de venir. Et là j'ai vu Pierre qui enjambait tant bien que mal le bord de la barque et qui se déplaçait sur l'eau. Je n'en croyais pas mes yeux, sauf que d'un coup, il a commencé à s'enfoncer. Il nous a dit que c'était arrivé parce que d'un coup en regardant à droite et à gauche et en voyant les vagues il avait été pris de panique. Je l'ai entendu crier au secours. Et Jésus l'a attrapé tant bien que mal, et ils sont montés tous les deux dans la barque. Simon n'était pas très fier de lui. Jésus, lui, n'a rien dit, mais le vent s'est calmé et là dans ce calme, nous avons compris que celui qui était avec nous était le maître du vent, le maître de la mer, le maître de la mort et nous nous sommes inclinés devant lui, lui l'homme rempli de Dieu. Et nous avons accosté.
Les gens nous ont reconnus et comme d'habitude le défilé des malades et des possédés a repris, et Jésus les a tous guéris. Vous vous rendez compte, tous. À aucun moment il n'a pensé à lui et à sa fatigue, et à la nuit précédente. Parce que lui, la nuit précédente, il l'avait passée à prier. Il nous l'a raconté un peu plus tard et il nous a raconté comment il avait renvoyé la foule.
Un peu plus tard, il y a eu une attaque des pharisiens. Ils sont vraiment odieux ceux-là. Ils auraient dû être dans la barque avec nous, ils auraient compris qui est Jésus. Mais ceux-là ce sont de vrais teigneux, avec leur loi qui leur sort par les trous de leur nez. Ils nous ont reproché de ne pas nous laver les mains avant de manger. D'une part c'est faux, et d'autre part, en quoi ça les regarde. Et Jésus ça l'a mis en colère. Enfin pas une vraie colère parce qu'il leur a quand même répondu, mais d'un ton pas aimable du tout, et il y avait de quoi.
Il a rétorqué qu'ils se servaient de la tradition ("les anciens" comme ils disent), pour faire dire n'importe quoi à la Loi de Moïse, la déformer à leur avantage. Il les a traités d'hypocrites, ce qu'ils sont et il a appelé ceux qui étaient là pour leur faire comprendre quelque chose que je n'ai pas trop compris, mais qui est sûrement important, sur le pur et sur l'impur. Dans notre loi, Moïse a été précis quand il parle des animaux que nous pouvons consommer et de ceux qui sont interdits, qui sont impurs. Là Jésus a dit que ce n'est pas ce qui entrait dans notre bouche, je pense qu'il veut dire ce que nous mangeons, qui rend impur. Sauf que dire cela c'est quand même énorme, mais que c'est ce qui sort de notre bouche, qui rend impur. Je pense que là ce sont les paroles méchantes, comme celles des pharisiens, la fois où ils ont osé affirmer que s'il chassait des démons c'est parce qu'il avait fait alliance avec Béelzéboul. Alors les pharisiens, contrairement à ce qu'ils imaginent, ils ne sont pas purs, eux qui passent leur temps dans des ablutions sans fin.
Naturellement les pharisiens ont été scandalisés, moi je dirais que ça les a rendus furieux. Il a ajouté qu'ils étaient comme des aveugles qui s'imaginent pouvoir guider d'autres aveugles. Pierre lui a demandé de nous expliquer ce qu'il voulait vraiment dire, parce que ça, le maître le fait toujours. Et là, j'ai été très content, parce que j'avais compris que ce qui rend impur ce sont les mauvaises pensées sortent de notre cœur, pas, les aliments. Youpi, je suis vraiment trop fort.
Et nous avons quitté cette région pas vraiment accueillante. L'idée, c'était de nous reposer un peu au bord de la mer, dans la région de Tyr et de Sidon. Sauf que cette région, elle est remplie de païens, et même de ces habitants qui possédaient tout le pays dans les temps lointains. Je pensais qu'on serait un peu tranquille, mais non. Une bonne femme est arrivée, une femme de ce pays impur. Elle hurlait, elle criait, elle lui demandait de guérir sa fille qui était possédée par un démon. Je crois qu'elle voulait le prendre par les sentiments en lui donnant du "Seigneur Fils de David".
Et lui, il ne l'a pas regardée, pas écoutée, elle se répétait et lui ne disait rien. Et cela c'était très étonnant. Est-ce qu'il aurait perdu ses capacités de guérir dans ce pays qui appartient au mauvais? Moi, je n'aurais pas insisté, mais elle si. Et lui il faisait le sourd, sauf que nous, on ne supportait plus de l'entendre, surtout avec son drôle d'accent. L'un d'entre nous a même demandé à Jésus de lui dire de partir. Il a semblé nous entendre et il nous a dit qu'il n'avait été envoyé que pour les brebis perdues de la maison d'Israël. En fait il m'étonne un peu, parce que quand de grandes foules venaient se faire guérir,(1) il y avait des gens de toute la Galilée, mais aussi de Tyr et de Sidon; alors pourquoi là, faire une différence. Mais lui, il sait. Peut-être qu'il ne veut pas d'histoires, il y en a déjà bien assez ailleurs. Mais cela m'a étonné.
Alors là, la femme, elle m'en a bouché un coin. Je dirais même qu'elle ne manquait pas d'air, comme on dit, parce que cette phrase, qui était pour nous, elle s'en est servie pour elle. Elle a vu que Jésus nous parlait, elle s'est prosternée, comme nous dans la barque, et comme Pierre, elle lui a demandé de venir à son secours. Je crois vraiment qu'elle était en train de se noyer, avec cette petite fille malade.
Et là, le maître lui a adressé une remontrance: il lui a dit qu'il n'est pas bien de prendre le pain des enfants (je pense le pain que lui donne aux brebis affamées qui le suivent chez nous), et de le donner aux petits chiens. Là, petits chiens, je n'aurai pas aimé du tout qu'on me compare à un chien. C'est quand même injurieux.
Mais ça ne lui a fait ni chaud, ni froid: il l'écoutait enfin; et elle a eu une réponse sidérante: elle lui a dit que les petits chiens, sous la table, mangent ce qui tombe de la table, et que cela ne prive personne. Jésus a été sidéré par cette réponse de bon sens, et il l'a félicitée pour sa foi, elle qui ne s'était pas laissée démonter; il lui a dit que sa foi était grande (et peut-être plus forte que la nôtre), et que tout allait se passer comme elle le voulait.
Ce qui est étonnant, c'est que lui n'a rien dit d'autre. Elle l'a regardé avec un sourire qui en disait long, et elle est partie. Elle est revenue un peu plus tard dire que sa fille était guérie, et dans ses yeux il y avait une lumière. Cette femme qui était comme éteinte était devenue vivante, et Jésus aussi était heureux. Cela faisait plaisir.
Nous avons quitté le littoral et sommes revenus vers le pays qui est le nôtre. Et des guérisons il y en a eu, encore et encore. Quand comprendront-ils qu'au-delà du guérisseur, il y a cet Autre, celui qui vient au nom du Seigneur, celui qui est le Seigneur, celui qui apaise la tempête et qui donne en abondance.
(1) Marc 3, 8 et de la Judée, et de Jérusalem, et de l'Idumée, et d'au delà du Jourdain, et des environs de Tyr et de Sidon, une grande multitude, apprenant tout ce qu'il faisait, vint à lui.:
(2) Lc 6, 17 Il descendit avec eux, et s'arrêta sur un plateau, où se trouvaient une foule de ses disciples et une multitude de peuple de toute la Judée, de Jérusalem, et de la contrée maritime de Tyr et de Sidon. Ils étaient venus pour l'entendre, et pour être guéris de leurs maladies.