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dimanche, mai 07, 2006

Thomas dont le nom signifie le jumeau

Catherine Lestang


Thomas le Didyme: nom, prénom, surnom?
Jn 20,24-28

J'ai toujours été étonnée par la phrase "Thomas dont le nom signifie jumeau" car cela revient à dire que cet homme n'avait pas de prénom mais un surnom. Comment peut-on se sentir existant quand on est "le double" d'un autre.

Je me demande si l'épisode rapporté en Jn 20,24-28 n'est pas un épisode fondateur pour cet apôtre qui voulait "mourir avec Jésus".

Je cite le texte de Jean, texte qui est la conclusion de cet évangile:


20,24
Cependant Thomas, l'un des Douze, celui qu'on appelle Didyme, n'était pas avec eux lorsque Jésus vint.

20,25
Les autres disciples lui dirent donc : «Nous avons vu le Seigneur» ! Mais il leur répondit : «Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je n'enfonce pas mon doigt à la place des clous et si je n'enfonce pas ma main dans son côté, je ne croirai pas» !

20,26
Or 8 jours plus tard, les disciples étaient à nouveau réunis dans la maison et Thomas était avec eux. Jésus vint, toutes portes verrouillées, il se tint au milieu d'eux et leur dit : «La paix soit avec vous».

20,27
Ensuite il dit à Thomas : «Avance ton doigt ici et regarde mes mains ; avance ta main et enfonce-la dans mon côté, cesse d'être incrédule et deviens un homme de foi».

20,28
Thomas lui répondit : «Mon Seigneur et mon Dieu».


Quand le nom de Thomas est cité dans les évangiles, il est presque toujours accolé à celui de jumeau. Pour moi, c’est un peu comme un sobriquet, comme si celui qui portait ce surnom n’avait pas de nom »propre ».

Ne pas avoir pas de nom à soi est un lourd handicap.

On sait aujourd’hui à quel point la vie des jumeaux est difficile. Il y a un dominant et un dominé, et entre les deux il y a une sorte de lutte pour arriver à s’affirmer. Il y a eu des civilisations où les jumeaux étaient mis à mort à la naissance. Ce n’est pas le cas chez les israélites, mais l’épisode de Jacob et d’Esaü montre bien combien la cohabitation est difficile et encore dans cet épisode de la Genèse, ce ne sont pas de vrais jumeaux

Si Thomas a eu un jumeau, comment lui s’est-il constitué ? Comment s’est-il différencié de l’autre, de son double ? Un autre sens du mot toma en araméen est celui du double..

Alors peut-être que son attitude face à celle du « groupe » des apôtres est un essai bien maladroit d’exister enfin de manière indépendante, en se singularisant, et s’opposant. « Vous dites que vous l’avez vu et bien moi, je ne veux pas coller à votre dire, je veux exister.Je veux voir par moi-même, ne pas être une éternelle doublure ».

Et peut-être que la scène entre Jésus et Thomas permet à ce dernier, (comme une autre scène au bord du lac de Tibériade permettra à Pierre de prendre sa stature de pierre de fondation) d’exister autrement. Simplement peut-être un peu comme Pierre au bord du lac, ce qui lui est demandé de vivre (triple affirmation de Pierre) n’est pas si simple. Car lui aussi fait une profession de foi !

Car si on essaye de se représenter les choses, le terme qui vient c’est « la honte » pour Thomas. Jésus dit haut et fort ce que normalement Il ne peut avoir entendu. Alors Qui est Il devenu Celui là qui a été mis à mort ? Quelle stature a –t Il acquise ?

Il y a de quoi avoir et peur et honte, voire même de rentrer sous terre. Il y a bien une phrase de Jésus qui dit:Lc12,3 : « C'est pourquoi tout ce que vous aurez dit dans les ténèbres sera entendu au grand jour, et ce que vous aurez dit à l'oreille dans les pièces les plus retirées sera proclamé sur les toits » .Et c’est bien ce qui se passe. Jésus reprend les termes employés par Thomas, « in extenso » et il y a de quoi se sentir très très mal à l’aise.

Se pose alors pour moi la question de ce qui a été donné à voir à Thomas. Je ne peux imaginer des plaies sanguinolentes. J’imagine (et j’aime imaginer) qu’il ne s’agit pas de cicatrices, mais que les trous sont présents, mais au lieu d’être signe de mort ils sont vie, comme si de la matière que je peux me représenter, mais pas nommer rayonnait à partir de ces trous sans les masquer, sans les cacher, sans les annihiler. Rien ne dit que Thomas soit passé à l’acte, mais la phrase qu’il prononce, qui est sienne le constitue en témoin et non plus en image d’un autre.

Curieusement dans ma mémoire, cette phrase de Thomas « Mon Seigneur et mon Dieu », se serait accompagnée d’une prosternation, mais il n’en est rien. Thomas est un homme debout, qui reconnaît en Jésus le tout Autre et cette reconnaissance le constitue lui en un être unique, singulier. Il n’est plus un double ou une doublure.Il est celui qui ira jusqu’en Inde pour annoncer la nouvelle de la résurrection.


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samedi, avril 30, 2011

"Ne sois pas incrédule" Jn20



Réflexions sur Thomas surnommé le "jumeau"(1).


Il est quand même étonnant que le même Thomas qui a pu dire lors de la mort de Lazare « Allons, nous aussi pour mourir avec lui »Jn 11, 16 soit devenu pour nous le modèle de l’incrédulité… « Ne sois pas incrédule mais croyant »Jn20, 27… Enfin grâce à lui, nous avons une béatitude qui nous concerne tous : « Heureux 
sommes nous de croire alors que nous n’avons pas vu ».

Mais ce qui est raconté dans le chapitre 20 de l’évangile de Jean et que nous entendrons ce dimanche (dimanche de la miséricorde) m’a  donné l’envie de raconter un peu « autrement » cet épisode où je ne suis pas sûre de trouver Jésus très miséricordieux avec Thomas celui que l’on surnomme le jumeau, ce qui en soit pose d’emblée une question d’identité. Qui est –il ce Thomas. Est il notre jumeau avec son incrédulité ?

Le soir du vendredi, après la mort de Jésus, les apôtres se demandent ce qui va leur arriver: vont ils être poursuivis, emprisonnés ? Ils sont galiléens dont avec leur accent ils sont reconnaissables. Seulement voilà, quitter Jérusalem c’est impossible puisque le Shabbat de la Pâque est là. Et un jour de Shabbat on n’a pas le droit de faire plus de 2000 pas, alors rentrer à Capharnaüm pour se mettre à l’abri ce n’est pas possible. Et puis il faudrait peut-être si les choses se tassent faire de vrais funérailles au Maître. Il faut bien trouver un lieu en attendant, survivre et se serrer les coudes.

Traditionnellement on imagine que le lieu où vivent les apôtres après la mort de Jésus est le Cénacle, la salle du dernier repas, la salle de la Pentecôte, mais il me semble que c’est une hypothèse. J’imaginerai bien une salle avec peu de fenêtres, une salle un peu comme une cave, pas une chambre haute.  

Passe le samedi, arrive le dimanche. Là il y a des nouvelles : Marie-Madeleine prévient Jean et Pierre qu’Il a disparu. Ces deux là sont allés au tombeau, ont vu la pierre roulée, les linges pliés. Jean « voit et croit » mais on ne nous dit pas ce qu’il croit. On nous dit juste que « ils ne savaient pas encore que d’après l’écriture il devait ressusciter d’entre les morts » et pourtant ces deux là, avaient assisté à la transfiguration.  On nous dit qu’ils s’en retournent chez eux. Et là se repose la même question, où est ce chez eux ?

Ce que nous savons c’est que le dimanche soir, dans ce lieu que l’on assimile souvent à la pièce où a été célébrée la Pâque, mais nous n’en savons rien, les apôtres sont enfermés. On pourrait même dire que eux sont dans la tombe. La pièce est verrouillée (alors que la pierre a été roulée) il fait nuit, ils sont dans l’obscurité de la foi, car il ne semble pas que les allégations des femmes leur aient ouvert les yeux. Ils sont enfermés dans cette pièce et en eux-mêmes. Si Jésus est sorti du tombeau, eux ils y sont bien enfermés.

Peut-être que la faim se faisant sentir, Thomas sort pour acheter ce qu’il faut et peut être aussi pour « humer » l’air du dehors, voir si les choses se sont calmées, s’il sera possible de quitter Jérusalem, de rentrer chez soi. Et Thomas sort dans la nuit, à pas de loups et les autres ferment bien la porte derrière lui et peut-être même lui donnent ils un mot de passe pour quand il rentrera.  Et les voilà à attendre le retour de Thomas. 

Mais ce n’est pas Thomas qui revient, c’est brutalement Jésus qui se trouve au milieu d’eux. Il est le centre, il est au centre, il est le personnage central, un peu comme lorsque la femme adultère est mise « au milieu » bien en vue par les pharisiens (Jn8,3). Jésus est entré dans leur tombeau.  Il leur donne sa Paix, Mais on dirait que ce n’est pas suffisant, que sa voix ne provoque pas grand chose en eux (un peu comme avec Marie- Madeleine qui dans un premier temps ne reconnaît pas la voix de Jésus quand elle le prend pour le jardinier).

Alors Il montre ses mains et son côté et là enfin il se passe quelque chose, ils ne doutent pas de leur vision, ils sont remplis de joie, ils sont sortis de leur tombe. Jésus leur donne l’Esprit Saint et la capacité de remettre en amitié (réconcilier) avec son Père ceux qui le veulent (il ne s’agit plus de chasser les démons ou du guérir mais de  remettre les péchés ce que Jésus avait fait avec le paralytique (Lc 5, 20) et d’étendre ce qui avait été donné à Pierre seul (Mt 16,16). Jésus leur donne ce pourquoi Il a donné sa vie, il fait d’eux des vivants. 

Mais quand Thomas rentre avec peut-être la peur au ventre, pourquoi les croirait-il ? Comment un homme peut il rentrer dans une pièce hermétiquement close ? Cela fait penser à ces romans policiers où un crime est commis alors que la pièce est verrouillée de l’intérieur, les fenêtres fermées. Bien sûr ils ont vu ses mains et son côté, mais ils n’ont pas touché.. Et si c’était une illusion ? Si leur peur avait vraiment disparu, auraient ils eu besoin de continuer à verrouiller la porte ? Alors Thomas va avoir une réaction « saine » normale. Il a vu Jésus sur la croix, il a vu ce qu’a fait le centurion en perçant son côté, alors il va dire une phrase curieuse si on l’analyse : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, et si je ne mets pas ma main dans son côté, je ne croirai pas ». Non seulement il veut voir, mais il veut toucher, comme s’il ne se fiait pas à ce qu’il aurait vu.  Peut-être que en disant cela Thomas ne nie pas que « quelque chose se soit passé » mais comment savoir si ce quelqu’un est bien Jésus. Après tout si Marie Madeleine le prend pour un jardinier c’est que les plaies ne sont visibles. Lui il veut être sûr que ce n’est pas une imposture et lui n’a pas reçu l’Esprit qui permet le discernement, doute, ne fait pas confiance et en cela il est bien comme nous.

Et 8 jours passent. Les apôtres auraient peut-être pu quitter Jérusalem, entre deux shabbat on peut abattre des kilomètres, mais dans cet évangile, ils restant enfermés, verrouillés dans leur tombeau (2). Ils n’osent pas parler de ce Jésus qui leur est apparu, ils restent dans la mort. Et voilà que Jésus à nouveau est là, là au milieu d’eux.

Pouvons nous imaginer la tête de Thomas lorsque Jésus cite pratiquement mot pour mot ce que lui Thomas a dit dans le secret de cette pièce en insistant sur les gestes : » Porte ton doigt ici, voici mes mains. Avance ta main et mets là dans mon côté, et ne sois plus incrédule mais croyant ».
Il m'est possible d'imaginer la stupeur de Thomas, voire même sa peur: comment a t Il pu savoir, comment a t Il pu entendre ce que j’ai dit il y a 8 jours,

Comment l’absent a t il pu rester présent, invisible pour les yeux? Qui est-Il, Qui est-Il devenu ? Ceci a certainement dû provoquer un changement total en Thomas (comme plus tard pour Paul sur la route de Damas), une ouverture des yeux et du cœur et qu’il n’a pas besoin de toucher pour croire.

Dans le psaume 139 il est écrit : « La parole n’est pas encore sur ma langue et voici Seigneur, tu la sais toute entière »… Alors si Thomas peut dire: «  Mon Seigneur et mon Dieu » c’est peut-être parce que il a compris dans sa chair que ce que Jésus disait avant sa mort : « Qui m’a vu a vu le Père » était là, arrivé pour lui.  Et Thomas qui au soir du jeudi Saint disait ne pas connaître le chemin qui mène au Père a trouvé ce soir là ce que serait son chemin: annoncer la bonne nouvelle de la résurrection bien loin de Jérusalem.


(1) http://giboulee.blogspot.com/2006/05/thomas-dont-le-nom-signifie-le-jumeau.html
(2)Il faut dire que suivant les évangélistes il faut soit aller en Galilée, soit rester à Jérusalem. 

mercredi, juillet 04, 2018

"Si je ne vois pas la marque des clous…" Jn 20, 25.

"SI je ne vois pas la marque des clous…" Jn 20, 25.

Une fois de plus, en entendant ce texte: "Si je ne vois pas la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas ma main dans son côté, je ne croirai pas" je me dis qu'il y a peut-être autre chose à tirer de ce texte, tellement connu, que l'incrédulité de Thomas. Sortir des sentiers battus...

Bien sûr, Jésus lui reproche son incrédulité à Thomas, bien sûr Jésus appelle bienheureux ceux qui croiront sans voir, mais la question que je me pose c'est: qu'est ce que Thomas a vu, pour qu'il proclame la divinité de Jésus?"

Le texte oppose le "nous avons vu "des apôtres à ce que répond Thomas et qui est du style, "vous pouvez me dire ce que vous voulez, des esprits moi je sais que ça existe, et vous savez comme moi que les esprits savent vous faire prendre des vessies pour des lanternes; alors moi, même si vous êtes sûrs de vous, je ne suis pas rassuré pour autant. Et je veux des preuves. Vous dites qu'il a montré ses mains et son côté, mais des illusions c'est possible et moi je veux voir et je veux toucher. Je veux en quelque sorte sentir le trou, sentir le vide sous mon doigt, parce que mon doigt, il ne me racontera pas d'histoires".

Je pense que pour comprendre ce qui se passe dans cette première finale de l'Evangile de Jean, pour aller un peu au-delà, il faut mettre en parallèle avec ce qui s'est passé lors du dernier repas pris par Jésus avec ses disciples et en particulier en Jn 14, parce qu'il s'est passé quelque chose entre Jésus et Thomas. 

A ce moment là, Jésus annonce qu'il va partir préparer une place pour ses amis (disciples) et que le lieu où cette place sera préparée, ils le connaissent. N'empêche que pour Thomas, qui à cet instant est plus ou moins le porte parole des autres, c'est loin d'être évident, puisqu'il affirme ne pas savoir où va Jésus et donc ne pas pouvoir en connaître le chemin. A quoi Jésus répond par cette phrase que nous connaissons si bien: "Je suis le chemin, la vérité et la vie. Nul ne vient au Père que par moi" (Jn 14,5-6).

Et là, il est question d'un chemin; et ce chemin que Thomas dit ne pas connaître, c'est maintenant qu'il va l'explorer.

Thomas a vu son maître mort. Comme les autres, il vit dans la peur du futur. Et voilà qu'on lui raconte que Jésus, comme les femmes l'avaient dit, est revenu d'entre les morts, qu'il leur a montré ses mains et son côté (pas les pieds) et qu'il leur a donné le pouvoir de remettre les péchés, ce qui est quand même l'attribut de Dieu. Alors, on peut comprendre que c'est de l'ordre du discours de fou.. Il est complètement perdu. Je pense qu'il voudrait bien les croire les autres, qu'il s'en veut de ne pas avoir été là, et que le chemin, lui, il l'a complètement perdu..

Alors que se passe-t-il? Il voulait voir. Alors Jésus lui donne à voir..

Mais la question qui se pose, c'est qu'est ce que Thomas a vu, parce que finalement il n'a pas touché. 

Pour avoir travaillé en milieu chirurgical, j'ai vu beaucoup de trous, et je me permets d'imaginer que ce qui est donné à voir à Thomas, ce n'est pas un simple trou qui est en train de cicatriser, non c'est autre chose, parce que le corps de Jésus a changé.

Ce qu'il lui est donné de voir, c'est quelque chose qui renvoie à la transfiguration. Il y a le trou, oui, il y a la marque de la plaie, mais il y a aussi un jaillissement de lumière, un jaillissement d'énergie qui fait comme un puits de lumière autour de ce trou, autour de ces trous. Ces trous, j'ose dire que c'est un peu le buisson ardent: c'est la présence du Seigneur. 

Et le cri de Thomas, c'est de reconnaître, en celui qui est devant lui, la Présence du Père. On pourrait presque dire que ses yeux s'ouvrent: pour lui le chemin qui, par Jésus, mène au Père, est devenu réel. 

Alors son cri: "Mon Seigneur et mon Dieu", c'est le cri de la "re-connaissance", en prenant ce mot dans le sens du voir enfin ce qui était fermé.

Pour Thomas, il y a révélation, comme il y aura révélation pour Paul sur le chemin de Damas. 

Des chemins, nous en avons tous; pour chacun d'entre nous ils sont différents, mais ils nous mènent tous au Père.

Contempler les plaies/cicatrices de Jésus, ces trous qui sont remplis de vie, qui ne ne renvoient pas à la mort mais à la vie, qui sont lumière, c'est un chemin qui fait de nous des visionnaires, des voyants, des croyants, des témoins. Il ne s'agit plus de voir, plus de toucher, mais quelque part de rentrer dans ce ballet de lumière qui révèle la Présence.


vendredi, juillet 12, 2019

Thomas, surnommé Didyme, ce qui veut dire jumeau. Jn 20,24-28

Thomas dont le nom signifie le jumeau. Jn 20, 24-28.
Incrédule moi?

Fête de l'apôtre Thomas. L'évangile retenu est celui de Jean. Ce qui est normal, car cet apôtre y apparaît plusieurs fois, avec toujours ce commentaire de Jean: "Thomas appelé Didyme c'est-à-dire Jumeau". Or c'est quand même surprenant, car en araméen Thomas veut dire jumeau! Alors on peut penser que le rédacteur traduit l'araméen en grec: didyme, et que le grec est retraduit dans la langue courante: jumeau. Mais pourquoi cette insistance de l'écrivain? Si on cherche ce qu'il en est des écrits de cet apôtre, puisqu'il y a de nombreux écrits qui lui sont attribués, dont "l'évangile de Thomas" qui est un recueil de paroles de Jésus, on apprend que ce texte qui est considéré comme un apocryphe, est attribué à "Judas ou Jude Thomas" ou à " Didymos Jude Thomas".

Quand on parle de Pierre dans l'évangile de Matthieu au moment où Jésus envoie ses disciples, il est écrit: "Simon nommé Pierre"; nous y mettons une majuscule, mais il s'agit plus d'une qualité donnée par Jésus à cet homme: le roc, la pierre. Et il ne perd pas son prénom pour autant. Par contre Thomas reste Thomas, c'est ce nom qu'il porte; et si on y réfléchit ce n'est pas simple: venir au monde sans avoir de prénom autre que celui de "jumeau", donc une fonction, n'est pas bon. Si Thomas avait été un vrai jumeau, il aurait porté un prénom, comme c'est le cas des jumeaux portés par Rebecca ( Esaü et Jacob, Gn 25), ou par Tamar: Perets (la brèche) et Zerah ( Gn 38). 

Mais on sait que, du temps de Jésus, quand un bébé mourait en très bas âge, celui qui naissait ensuite pouvait prendre la place de l'enfant mort, il était son jumeau; c'était sa fonction et donc son prénom, puisque le prénom est souvent porteur de sens. Alors peut-être que celui qui se nomme - ou qui est nommé - Thomas, a eu pour fonction de remplacer un bébé mort avant lui: comme pour lui donner une existence, pour que ce petit être n'erre pas dans le Shéol. 

Seulement, avoir ce rôle, c'est quand même plus que compliqué: car il faut prendre la place d'un enfant merveilleux, imaginaire; combler le trou laissé par sa mort, combler. Et à ce jeu-là, on peut ne plus savoir qui on est. De nos jours, on parle des enfants médicaments, ces enfants qui viennent au monde pour pouvoir donner leur moelle osseuse, ou une autre partie d'eux-mêmes; et ces enfants-là, qui sont un peu comme des enfants-objet, ont bien du mal à se sentir exister pour eux-mêmes et à être aimés pour eux-mêmes.

Alors peut-être qu'on peut faire l'hypothèse que cet homme, ce Jude - Thomas Didyme, en suivant Jésus, a enfin eu une existence pour lui; et c'est peut-être cela qui lui a donné le courage d'entraîner les autres pour suivre Jésus malgré le danger au moment de la mort de Lazare: "Allons-y, tous aussi, pour mourir avec lui," (Jn 11,16) dira-t-il; mais aussi de dire tout haut ce que lui et les autres ne pouvaient pas comprendre: "Seigneur, comment pourrions-nous te suivre, si nous n'en savons pas le chemin". Et peut-être que la réponse de Jésus, pour un homme qui a dû jouer le rôle de double, mais aussi d'être l'enfant magique pour une mère endeuillée, lui a permis de comprendre qu'il était libre de suivre cet homme qu'il appelle Seigneur, et qui dit être "le chemin, la vérité et la vie."

Mais malgré cela, pour la postérité, Thomas est l'incrédule, comme Pierre est le renégat et Judas le traitre. Et même si Jésus a dit cela à cet apôtre choisi dès le début, et qui était prêt à mourir avec lui, je ne peux m'empêcher de penser que cela a dû être un peu difficile à entendre pour Thomas.

Incrédule. Voilà ce qu'il est. 
 
Et pourtant ici, ce dont Jésus parle, ce n'est pas de la crédulité, qui renvoie à croire sans passer au crible au de la raison; mais c'est d'être croyant, d'avoir foi dans ce que transmet l'autre ou les autres. Et cela pose la question de la confiance. Pourquoi Thomas n'a-t-il pas cru ce que lui racontaient ses frères? Peut-être simplement parce que le traumatisme de la mort de son maître était trop fort, avec le deuil qui aurait juste pu commencer à se faire. Ce n'est pas qu'il ne voulait pas, mais il ne pouvait pas. Et même si c'est exprimé maladroitement, c'est quand même de cela qu'il s'agit. Et en cela, parfois nous sommes bien les jumeaux de Thomas. Et pourtant pour tout quitter pour suivre Jésus, il en fallait de la foi. Alors Thomas raconte.



Thomas raconte:

Ils m'ont demandé d'aller en ville pour rapporter des provisions. Il faut dire que depuis que Jésus est mort, nous vivons dans la peur, peur que les Romains ne nous cherchent et ne nous fassent subir le même sort qu'à lui, mais peur aussi des dirigeants de notre peuple. Alors nous restons dans cette salle où il a rompu le pain et partagé la coupe, nous nous terrons. Nous avons peur. La porte est verrouillée et on a un mot de passe pour rentrer quand on doit sortir.. Mais il faut bien trouver à manger et aussi savoir un peu ce qui se dit dehors. 

Quand je suis revenu, ils m'ont dit que le Maître était venu. Là, j'ai eu l'impression qu'ils voulaient me faire une blague. Mais ils étaient sérieux, sauf que moi, je ne peux pas croire ça. Je l'ai vu mort. Je l'ai vu sur cette croix, j'ai vu sa tête qui était retombée. Je n'ai pas vu le coup de lance du soldat romain, mais je sais que son côté a été ouvert profondément et qu'il est bien mort. Il n'est pas descendu de sa croix, il est mort sur la croix. Et cela m'a anéanti. Quelque chose est mort en moi, avec lui. Et pourtant je sais qu'il est le chemin, la vérité et la vie. La vie.. Il me l'a dit et je le crois, mais ressuscité je n'y arrive pas.

Pourtant, par trois fois, il avait dit, qu'il reprendrait vie quand il aurait été mis à mort, mais bon, j'y ai cru sans y croire. Il disait qu'il ressusciterait d'entre les morts. Il a bien rendu la vie à des morts, que ce soit la fille de Jaïre, le jeune homme de Naïm ou Lazare. Mais lui, qui peut le ramener à la vie? Seul celui qu'il appelle son Père pourrait le faire. Mais jamais cela n'est arrivé. Certes Elie a été enlevé sur un char de feu. Mais lui, il est mort sur cette croix. 

Et là, eux ils racontent qu'il était au milieu d'eux, qu'il n'avait plus de marques de coups sur son visage, qu'il était souriant, qu'il avait mangé avec eux, qu'il leur avait donné ce qu'il appelle son Esprit et même le pouvoir de pardonner les péchés. Est-ce que ne pas croire c'est un péché? Est ce qu'ils vont me pardonner? 

Alors, d'un côté, je suis un peu jaloux, parce que si j'avais été là, je pourrais croire; mais voilà, je n'y arrive pas. Je ne les crois pas, ils ont inventé une belle histoire pour se rassurer, mais ce n'est pas possible. Ils ont eu une vision, une hallucination, cela leur a fait du bien. Mais pourtant... 

J'ai affirmé que si je ne mettais pas mon doigt dans le trou fait par les clous, que si je ne posais pas la main dans le trou fait par la lance dans son côté, je ne le croirais pas. 

Pourtant je crois que cet homme, qui m'a permis, à moi que l'on appelle "Jumeau" parce que j'ai remplacé un bébé qui est mort à la naissance pour le faire vivre quand-même, d'avoir enfin une identité, je crois que cet homme là, il est le messie, il est l'envoyé, il est un prophète, il est la parole, il est la lumière, mais que les forces méchantes ont été plus fortes que lui et qu'il est mort.

Et puis une semaine a passé. En fait c'était comme l'anniversaire du jour où d'après les autres il leur était apparu. Il faut dire que des femmes aussi l'avaient vu et entendu, ainsi que deux disciples qui rentraient chez eux, le désespoir dans l'âme. Alors au fond de moi, je crois que j'attendais quelque chose.

Et le quelque chose est advenu. On était ensemble, une fois de plus, la porte bien fermée. On ne pouvait pas la forcer cette porte. On était à table et d'un coup, il était là. C'était incroyable. Il était là pour de vrai. Mais il n'était plus comme avant. Il était, comment puis-je dire moins massif, plus fin, plus… Mais comment décrire. 

Et il m'a regardé et il a repris mes mots en me montrant les trous laissés par les clous et la lance. Il m'a dit de cesser d'être incrédule et de devenir croyant. Quelque part, cela m'a fait mal cet "incrédule". Devenir croyant, qu'est ce qu'il voulait dire?

Et j'ai regardé ses mains et son côté, et il n'y avait plus de sang, il n'y avait pas de peau; c'était comme un puits de lumière où quelque chose était vivant, mais les trous étaient bien là. Alors bien sûr, je n'ai pas touché... Et j'ai été pris dans cette lumière qui avait vaincu les ténèbres et la mort. Lui qui m'avait dit qu'il était le chemin, la vérité et la vie, là je comprenais ce qu'il avait voulu dire. Et ma bouche a proclamé qu'il était, et mon Seigneur, et mon Dieu. Quand j'ai dit cela, je proclamais qu'il était le Seigneur, et que sa divinité était visible: ce qu'on appelle la gloire. 

Et là, parce que j'étais comme transporté devant lui, qui était bien revenu à la vie comme il l'avait annoncé, parce que j'étais dans la joie, je m'attendais à le voir sourire. 

Mais non. Il n'a pas souri. Il m'a dit: "Parce que tu as vu, tu as cru. Heureux sont ceux qui croient sans avoir vu". À moi qui voulais croire, qui aurais aimé croire, et qui n'y arrivais pas, il a bien voulu se montrer, me montrer qu'il avait entendu ma demande et qu'il y avait répondu. Et cela, cette réponse, c'est le plus beau cadeau qu'il pouvait me faire; et je suis sûr que quand on demande, il répond. Et ce qu'il a ajouté, cette nouvelle béatitude, pour ceux qui croiraient sans avoir vu, je crois que cela a été le déclic pour moi. 

J'ai su, au de fond de moi, que ce que j'ai vu ce jour là, ce premier jour de la semaine qui finalement est un peu comme ma vraie naissance, je le raconterai au monde entier. Je ne resterai pas en Israël ou dans les pays proches, non. J'irai dans des pays inconnus, et grâce à ma parole, d'autres croiront en celui qui est venu pour nous les hommes. Je serai son témoin. Et pour cela, j'irai au bout du monde; et tout ce que j'ai entendu, je le transmettrai.


mercredi, avril 19, 2023

Jn 20, 19-31. Apparition aux disciples - 2° dimanche de Pâques. Avril 2023

Quand ce texte revient après Pâques, j'ai toujours envie de dire à Thomas, lui qui était prêt à donner sa vie pour Jésus au moment où ce dernier s'apprête à partir chez Marthe et Marie pour "réveiller" Lazare, qu'il n'est pas incrédule, mais crédule, ce qui n'est pas tout à fait pareil. Et puis c'est grâce à cela que nous avons cette béatitude, je pense la seule de l'évangile de Jean, qui nous est adressée, à nous qui n'avons pas eu la chance de regarder et de toucher. 

 

En 2019 j'avais proposé un texte où Thomas racontait sa rencontre avec Jésus, l'avant dernière puisqu'il sera au bord du lac lors de la pêche des 153 gros poissons, mais où je réfléchissais sur l'insistance d'accoler "didyme", jumeau, à son prénom.
 https://www.blogger.com/blog/post/edit/9807826/5150198278544568177

 

En réfléchissant à nouveau sur ce texte, je me suis dit que Jean utilise souvent des questions ou des attitudes de personnes pour donner un enseignement (si je puis dire les choses ainsi).  Par exemple, c'est parce que Thomas (toujours lui) fait remarquer à Jésus - qui dit que ses disciples connaissent le chemin par lequel il faut passer -  que justement "ils ne connaissent pas le chemin"  (Jn 14,5), que Jésus peut affirmer "qu'il est le chemin, la vérité et la vie". De même c'est parce que Philippe lui dit "montre nous le Père et cela nous suffit" que Jésus peut affirmer que "celui qui le voit, voit le Père".

 

Le questionnement des disciples, qui est aussi le questionnement de celui qui veut ou qui essaie de suivre Jésus, permet à l'auteur de donner des réponses précises. J'ai alors pensé qu'il en allait de même pour ce chapitre 20. L'attitude de Thomas représente notre attitude, notre questionnement. Et la réponse de Jésus nous concerne tous, à deux niveaux. Le premier niveau, c'est de faire confiance à ceux qui témoignent de ce qu'ils ont vécu, de la rencontre et de la reconnaissance de Jésus Fils de Dieu; et le second, c'est cette béatitude qui nous concerne tous: si nous croyons alors que nos yeux de chair n'ont ni vu ni contemplé, alors oui, Jésus nous déclare heureux.

 

Et alors l'importance de ce chapitre n'est peut-être pas tant ce qui se passe avec Thomas, mais bien ce que fait Jésus avec ceux qui sont là, ce premier jour de la semaine, ce premier jour fondateur de son église. Il leur donne sa paix, cette paix différente de celle donnée par les hommes, il leur donne son Esprit Saint en soufflant sur eux, et il leur donne ce pouvoir de remettre le péché ou de le maintenir, ce qui revient à mettre fin à tous les sacrifices qui étaient nécessaires pour avoir la faveur Dieu (voir les livres de l'Exode et du Lévitique) . Son sacrifice à lui met fin aux anciens rituels.

 

Ce qui est aussi étonnant, c'est que dans l'épisode ci-dessus c'est le soir, mais qu'il ne semble pas que Jésus partage le repas de ses disciples; et c'est peut-être pour cela que le chapitre 21, chapitre ajouté, est aussi important, puisqu'il y a là un repas partagé, qui fait écho au repas du chapitre 6; et que les deux postures, celle de de Simon-Pierre, qui témoignera en donnant sa vie, et celle du disciple que Jésus aime, à savoir demeurer en attendant le retour, sont les attitudes fondamentales de celui qui connait Jésus et le reconnaît comme son Seigneur et son Dieu.

 

Travail sur le texte

 

19 C’était après la mort de Jésus. Le soir venu, en ce premier jour de la semaine, alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées par crainte des Juifs, Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. Il leur dit : « La paix soit avec vous ! »

20 Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur.

 

Tel que Jean le rapporte, cela parait simple. Mais quand quelqu'un arrive dans un lieu clos, pas par la porte puisqu'elle est verrouillée, donc on ne sait comment il est là, il y a de quoi avoir peur, même si la personne vous dit "Shalom" et ressemble à quelqu'un que l'on connaît. Sauf que cette personne est morte de mort violente et que son corps a disparu. Or Jean ne parle pas du tout de peur ou de crainte, mais de joie, du moins après que Jésus ait montré ses mains et son côté. Et cela, c'est très différent de ce qui est rapporté par les synoptiques. Cependant, si on revient un peu en arrière, que ce soit dans les synoptiques ou dans l'écrit johannique, on sait que Jésus s'est montré à Marie-Madeleine et qu'elle est allée le dire aux frères - mais on ne sait pas comment .

 

Donc, là, tout se passe bien. Jésus a prouvé que c'est bien lui. La phrase "remplis de joie", évoque ce qui se passera le jour de la Pentecôte: "ils furent rempli d'Esprit"

Peut-on dire que l'évangile de Jean est l'évangile de la JOIE? 

 

21 Jésus leur dit de nouveau : « La paix soit avec vous !

De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. »

 

Le "de nouveau" est étonnant. N'aurait-il dit que Shalom en se manifestant? Mais maintenant, il y a eu reconnaissance de qui il est, et lui les envoie en mission. 

 

C'est comme s'il disait: "Vous m'avez reconnu, vous savez qui je suis, vous êtes comme d'autres Moi. Alors, soyez comme moi, soyez mes envoyés, comme j'ai été l'envoyé de mon Père. 

 

22 Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint.

Mais pour cela, pour être envoyé, pour devenir ses figures, il faut que l'Esprit soit en nous, cet Esprit qu'il avait promis, défenseur; et qui fera que l'on se souvient.

 

"Et de même que j'ai reçu l'Esprit Saint, recevez ce même Esprit, celui que je vous ai promis, celui qui peut vous être donné, parce que moi, je pars et que je vous l'avais promis. Devenir d'autres Lui.

 

 Ce n'est plus "suivez-moi", c'est "je vous envoie". Il y a aussi le pouvoir transmis: si le Père m'a envoyé, aujourd'hui, c'est moi en qui le Père demeure, qui ai le pouvoir de vous envoyer.

 

  

23 À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus. »

 

Et là, le pouvoir qui est donné, était aussi le pouvoir de Jésus: pas venu pour condamner, mais pour sauver. C'est certainement une fonction ecclésiale qui est affirmée d'emblée, mais qui n'est pas explicitée du tout. Fonction de délier donc de permettre le salut, ou au contraire de refuser de délier ( est ce qu'il s'agit de lier?) et donc de bloquer le salut donné par Jésus. Je vois ici un acte fondateur de l'ecclésia, telle que la veut Jésus: le pouvoir de libérer du péché, constitution de l'Église. Et là, ça prend la place de tout le Pentateuque et surtout du Lévitique. Au nom de qui les péchés sont-ils maintenus ou ôtés? Certainement au nom de Jésus. 

 

Il y a là un changement énorme par rapport au premier testament. Ce ne sont plus les sacrifices offerts au Temple par les prêtres qui délient du péché. Ce sont les hommes qui sont emplis de l'Esprit du Fils, qui ont désormais ce pouvoir. Cela dit, est ce que délier est la même chose que pardonner? Je n'en suis pas sûre.

 

24 Or, l’un des Douze, Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau), n’était pas avec eux quand Jésus était venu.

 

Si je pense à l'envoi de l'Esprit Saint sur les anciens dans le livre de l'Exode, je me demande si Thomas qui est dehors, le reçoit aussi. Mais vu, sa réaction, ce n'est pas sûr dur tout. 

 

25 Les autres disciples lui disaient : « Nous avons vu le Seigneur ! » Mais il leur déclara : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! »

 

Thomas n'arrive pas à croire; on lui dit "nous avons vu", et il peut penser que c'est une sorte d'hallucination qu'ils ont eue. Lui, il veut voir, et surtout il veut toucher; il a besoin de cela pour pouvoir croire en la résurrection. Voir n'est pas suffisant pour lui. Cela le sera pour Paul; mais c'est Jésus dans la Gloire qu'il lui sera donné d'apercevoir.

 

26 Huit jours plus tard, les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison, et Thomas était avec eux. Jésus vient, alors que les portes étaient verrouillées, et il était là au milieu d’eux. Il dit : « La paix soit avec vous ! »

 

Même scénario que la semaine précédente. Là, il s'adresse à tous. 

 

27 Puis il dit à Thomas : « Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté : cesse d’être incrédule, sois croyant. »

 

Et c'est l'ordre. Fais le geste que tu voulais faire. Regarde mes mains, et tu peux constater que c'est un vrai trou. Tu peux toucher. Et ta main, tu peux la mettre dans le trou laissé par la lance. Et cette finale, qu'on répète sans cesse: ne sois plus incrédule, c'est-à-dire, ne te laisse pas abuser par ce que tu penses être vrai, fais confiance aussi à tes frères, et crois que je suis le Vivant. 

 

28 Alors Thomas lui dit : « Mon Seigneur et mon Dieu ! »

29 Jésus lui dit : « Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »

 

Il y a eu une demande de Jésus, et Thomas répond à cette demande. Maintenant, il reconnaît en cet homme celui qui est son Seigneur, celui à qui il obéit; celui qui est son patron et aussi celui qui est son Dieu, et cela, c'est plus compliqué. C'est dire qu'il voit en Lui, Celui qui est Est, qui était et qui vient. Il est reconnu comme le Fils. Enfin c'est ce que je crois en ce jour, où j'écris ce que moi je ressens en lisant ce texte. 

 

Et c'est la finale, avec la béatitude qui s'adresse à nous. Nous qui n'avons pas vu, pas touché. 

 

30 Il y a encore beaucoup d’autres signes que Jésus a faits en présence des disciples et qui ne sont pas écrits dans ce livre.

31 Mais ceux-là ont été écrits pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant, vous ayez la vie en son nom.

 

Cette phrase est peut-être la plus importante. Ce que le rédacteur a écrit, sous l'inspiration et la présence de l'Esprit, c'est pour que nous puissions à la fois voir en Jésus celui qui est Oint de la puissance de Dieu - qui est comme il l'a dit le Fils de Dieu, et, en croyant cela, avoir la vie, la vraie vie. 

 

Jean l'évangéliste raconte. 

 

C'était la fin de ce premier jour de la semaine. Quand je dis premier jour de la semaine, c'est une manière de dire, de vous dire que ce jour-là, c'est comme le commencement. Non pas le recommencement, mais l'aube du Nouveau. Ce fut un jour étrange, un jour où nous sommes passés de la mort à la vie, du deuil à la joie. 

 

Au petit matin, Marie Madeleine était venue nous réveiller toute en pleurs. Elle a juste pu nous dire qu'en allant au sépulcre elle avait trouvé la pierre roulée, et que le corps de Jésus n'était plus là. Avec Simon nous l'avons suivie et nous avons vu qu'elle avait raison. Simon-Pierre est entré le premier, et il avait l'air perplexe en sortant. Puis je suis entré. A ma grande surprise le linceul était posé là où le corps avait été déposé par Joseph et Nicodème, bien à plat, il y avait les bandelettes, et le linge qui avait recouvert son visage était roulé; Tout était en ordre. Il y avait l'odeur des aromates. Il y avait le silence. Et j'ai su que personne ne l'avait enlevé, qu'il était revenu à la vie, l'autre vie, celle dont il nous avait parlé, cette vie qui donne la vie au monde. Puis nous avons rejoint les autres. 

 

Un peu plus tard, Marie est revenue; elle avait vu le Seigneur Elle l'avait pris pour le jardinier, et il l'avait appelée par son nom et l'avait envoyée nous dire qu'il était vivant. Moi je l'ai crue, mais les autres l'ont prise pour une folle. Et comme nous ne savions pas trop ce qui se passerait, puisque le corps avait disparu, nous nous sommes enfermés. Nous avions peur d'être accusés par les autorités d'avoir volé le corps pour faire croire qu'il était revenu à la vie; Thomas, en fin de journée, est sorti, écouter un peu ce qui se disait en ville et rapporter des aliments. Ce dernier jour de la fête des Azymes, il faut bien faire ce qui est prescrit. 

 

Et tout à coup, Jésus était là, présent, bien présent au milieu de nous. Il nous a regardés et nous a dit: "La paix soit avec vous". Nous n'osions pas trop le regarder, pour dire ce qui est. Il était Lui, mais ce n'étais plus lui. Il nous a montré ses mains, ses pieds, les trous laissés par les clous, le trou laissé par le coup de lance; là nous ne pouvions plus douter. Il n'était pas le maître qui était venu en marchant sur les vagues de la mer de Tibériade et que nous avions pris pour un fantôme - il nous avait alors dit de ne pas avoir peur. Ensuite il nous a redit qu'il nous donnait la paix. Et cette paix, c'était celle qu'il nous avait promise, après ce repas où il nous avait lavé les pieds; il avait dit alors que sa paix n'était pas comme celle que le monde donne. Que c'était quelque chose d'autre. Il a ajouté qu'il nous envoyait, comme le Père l'avait envoyé. Je dois dire que nous n'avons pas vraiment compris à ce moment-là ce qu'il voulait dire. Mais il nous envoyait, pour être lui. Enfin c'est ce que je crois. 

 

Il a alors soufflé sur nous, en nous disant: "Recevez l'Esprit Saint". Et le souffle était Esprit, et le souffle s'est posé en nous et sur nous. Et le souffle a fait de nous ses envoyés. Il nous a alors donné le pouvoir de remettre les péchés, et le pouvoir de ne pas les remettre; et là encore je n'ai pas compris, mais maintenant je sais que tous les sacrifices pour les péchés, ces sacrifices d'animaux, sont révolus, parce que lui a donné sa vie et que nous avons à faire ce que lui a fait. Et il a disparu. 

 

C'est à ce moment-là que Thomas est revenu. Nous lui avons raconté ce qui venait de se passer. Il ne nous a pas ri au nez, mais il n'arrivait pas à nous croire. En ville, ce n'était pas facile. Il a dit qu'il croirait, lui, s'il touchait les trous laissés par les clous et par la lance. Nous, nous les avions vus, lui, il voulait les toucher. 

 

Une semaine s'est écoulée, et Jésus est revenu, comme la première fois. Mais cette fois-là nous étions tous ensemble. Comme la dernière fois, la porte était verrouillée, parce que nous avions toujours peur des Juifs. Comme la dernière fois, il nous a dit: "La paix soit avec vous", et comme la dernière fois, nous l'avons sentie, cette paix. Puis il s'est adressé à Thomas. Il lui a dit d'avancer son doigt, de voir le trou laissé par le clou et de poser son doigt; et pareil pour le trou de son côté. Et il a ajouté: "Cesse d'être incrédule, sois croyant"; Thomas l'a regardé, lui a regardé Thomas, il y a eu un silence. Et Thomas a regardé Jésus les yeux dans les yeux, mais dans ses yeux à lui, il y avait des larmes, et il a dit: "Mon Seigneur et mon Dieu". Je ne peux pas savoir ce que s'est passé pour lui, mais il était transformé.

 

Jésus semblait heureux. Et il a regardé son Thomas, en lui disant qu'il était heureux parce qu'il avait eu la chance de le voir pour croire vraiment en lui, mais que désormais ceux qui croiraient en lui, seraient eux aussi heureux, car ils seraient passés de la mort à la vie.
Enfin cela il ne l'a pas dit. 

 

 

mardi, juillet 02, 2024

Jean 20, 24-29. Fête de Saint Thomas.

 

JEAN 20, 24-29. FETE DE SAINT THOMAS.

 

https://giboulee.blogspot.com/2006/05/thomas-dont-le-nom-signifie-le-jumeau.html

https://giboulee.blogspot.com/2011/04/ne-sois-pas-incredule-jn20.html


Mes réflexions.

 

Quand revient cette fête, mais c'est vrai aussi lors du dimanche après Pâques, ce dimanche où l'on rapporte ce qui se passe le premier soir de la semaine qui suit la résurrection de Jésus, je suis toujours un peu triste pour Thomas. Je trouve que l'adjectif "incrédule" est quand même dur à entendre. Il s'oppose peut-être à crédule, croire n'importe quoi, n'importe qui, sans se poser de question, mais il est très péjoratif. 

Pourtant Thomas, lors de résurrection de Lazare, alors que Jésus a pris la fuite pour ne pas être mis à mort, sera celui qui dira quand Jésus prend la décision d'aller à Béthanie, donc tout près de Jérusalem, ce qui veut dire se mettre dans la gueule du loup, qu'il était prêt à aller avec lui et à mourir avec lui. Jn 14,16: "Thomas, appelé Didyme (c'est-à-dire jumeau) dit aux autres disciples: " allons-y nous aussi, pour mourir avec lui". Il a là, un rôle de leader.

En lisant le texte ce matin, j'ai été une fois de plus étonnée par l'insistance portée sur le voir, et cela fait écho avec la première épitre de Jean: 1Jn 1: " Ce qui était depuis le commencement, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont touché du verbe de vie, nous vous l'annonçons. Oui la vie s'est manifestée et nous l'avons vue et nous lui rendons témoignage..."

Cette insistance sur le verbe voir, a été comme un déclencheur et j'ai laissé Thomas raconter, avec des mots peut-être un peu trop modernes, mais pourquoi pas.

Thomas raconte.

 

Ils l'avaient attrapé, il avait eu un simulacre de procès, et ils l'avaient cloué comme un malfaiteur, avec deux autres types qui eux étaient des sales types, sur une croix. 

 

Moi je n'avais pas voulu voir ça, voir celui qui état et qui est mon maître et pour qui j'aurais aimé donner ma vie, rendre le souffle. On m'a dit que ça a été rapide, mais après la flagellation, ce n'est pas étonnant. 

 

Après son arrestation au jardin des oliviers, nous nous étions tous plus ou moins dispersé; nous avions peur que la garde des prêtres nous mette la main dessus, nous emprisonne et nous fasse lapider. Ils sont très forts pour trouver de faux témoins.

 

Finalement, nous nous sommes tous retrouvé dans cette grande salle où il nous avait lavé les pieds et où il nous avait tellement de choses, que ce n'était pas possible de toute les retenir. 

 

Je sais quand même qu'il avait dit que nous connaissions le chemin que lui allait prendre pour nous préparer une place et que je n'ai pas pu m'empêcher de lui dire qu'il se trompait, que le chemin nous ne le connaissions pas. Là, il m'avait cloué le bec en me disant que le chemin je le connaissais, parce qu'il était lui le chemin, (la route), la vérité et la vie. Bon cette phrase là je l'ai gardée, même si je ne la comprends pas trop, mais c'est ma phrase à moi. 

 

La nuit a passé, et quand la nuit a commencé à tomber, je suis sorti. C'était plus prudent d'attendre la nuit, les romains ne sont pas tendres avec ceux qui font mine de se révolter. J'ai acheté de quoi manger. 

 

Quand je suis revenu, alors là, alors là. Ils étaient tout sourire et ils m'ont dit qu'ils avaient vu le Seigneur. Non, mais vous vous rendez compte? Déjà la Marie de Magdala elle était passé le matin, pour nous dire qu'elle avait vu le Seigneur et qu'il lui avait parlé. Mais vous savez les bonnes femmes, elles racontent n'importe quoi, et elle était tellement triste qu'elle a dû tout inventer. Et puis, cette femme, croyez-moi, elle est un peu, pas comme les autres. Elle nous a raconté qu'elle a vu des anges dans la frotte où était le corps, puis quelqu'un qu'elle a pris pour un jardinier et qui aurait été Jésus qui lui aurait parlé. Comment croire cela? 

 

Mais là, c'était un peu fort de café(1) quand même. Impossible de les croire. Alors je leur ai dit que si moi je ne voyais pas dans ses mains la marque des clous, que si je ne mettais pas mes mains dans les trous laissés par les clous, et que si je ne mettais pas ma main dans son côté ouvert, ils pouvaient me raconter tout ce qu'ils voulaient, je ne croirai pas, je ne croirai pas qu'il est revenu à la vie. Comment voulez-vous qu'il revienne à la vie alors que son cœur a été ouvert par la lance du soldat, déchiré. Ce n'est pas possible. Un cœur intact, déjà c'est difficile à croire mais un cœur cassé.

 

Bon, on est resté chacun sur nos positions, mais ils me regardaient un peu de travers et manifestement je sentais bien qu'il s'était passé quelque chose, et j'étais même un peu jaloux, parce qu'ils étaient heureux et moi pas. 

 

Ils m'ont dit aussi,  qu'il avait soufflé sur eux, et qu'il leur avait dit qu'ils recevaient l'esprit saint, cet esprit dont il nous a parlé et qui doit être défenseur, avocat et nous rappeler toutes choses et que par-dessus le marché, il leur avait donné le pouvoir de remettre les péchés. Je me doute bien que ça, ils n'ont pas pu l'inventer, mais quand même, moi j'ai besoin de voir et de toucher pour croire. C'est comme cela, je n'y peux rien, je suis fait comme ça.

 

Une semaine s'est écoulée, la vie avait repris un peu plus normalement. On apprenait à s'aimer les uns les autres comme il nous l'avait demandé et ce n'est pas facile. 

 

Nous étions à table, c'était le premier jour de la semaine, et d'un coup il était là alors que les portes étaient verrouillées. Il nous a adressé la salutation habituelle, celle que l'on dit quand on rentre dans une maison: "la Paix soit avec vous". 

 

Donc il parlait et c'était bien sa voix. Je ne savais pas trop où me mettre et voilà qu'il s'adresse à moi. Uniquement à moi. 

 

Il me dit d'avancer mon doigt vers la marque des clous, et de regarder ses mains. Je voyais bien le trou, sauf que ce n'était plus un trou sanguinolant, mais autre chose, c'était lumineux et sombre, ça disait trou, mais ça disait aussi ouverture, don, amour. 

 

Il a ensuite ajouté que je devais mettre ma main dans son côté et son côté il était grand ouvert, et on voyait son cœur palpiter, mais c'était certes un cœur, et ce n'était pas un cœur.  Je ne sais pas comment dire ce que j'ai vu, ce que j'ai ressenti. Peut-être que c'est facile pour une femme de dire avec des mots, , mais pour un homme, c'est autrement plus difficile. J'étais comme happé, captivé par ce cœur, d'où sortait un amour infini pour moi, qui avais douté. Et en même temps je me demandais comment Il avait pu entendre ce que j'avais dit, alors qu'il n'était pas là. Mon besoin de voir et de toucher pour croire. Cela aussi c'était bouleversant. 

 

Puis, il a eu une phrase qui m'a fendu le cœur, mon cœur à moi, mon cœur d'homme, mon cœur de chair. Il m'a dit qu'il était temps que je cesse de refuser de croire, il a dit incrédule, et que je sois croyant. Sauf que cela, être croyant, ce n'était plus ma volonté et ma raison, c'était tout mon être qui l'était. 

 

Il me regardait, les autres regardaient, je le regardais et je me suis entendu dire avec tout mon amour pour lui, le ressuscité qu'il était mon Seigneur et mon Dieu. Il a eu l'air très heureux d'entendre ces mots que je n'avais pas cherchés, qui étaient venus tout seuls.

 

Il m'a encore regardé, et il dit que parce que j'avais vu, j'avais pu croire. Cela faisait de moi un privilégié, un élu finalement. Il a ajouté que d'autres, ceux qui croiront sans avoir vu ceux -là, ils seront des "heureux." Je pense qu'il disait ça, pour tous ceux qui un jour entendront parler de lui, et qui croiront qu'il est revenu à la vie, qu'il est le vivant et qu'il est le sauveur du monde. 

 

Et il a disparu, une fois de plus. Mais moi, j'avais son image en moi et cette image personne ne pourra me l'enlever. Et puis, croyez-moi ou pas, mais oui, les trous sont là, seulement ce n'est plus la mort et la souffrance, même si ça l'est aussi, c'est de la vie qui ruisselle..

 

(1) pardon pour l'anachronisme.

 

Rappel du texte.

 

24 L'un des Douze, Thomas, appelé Didyme (c'est-à-dire Jumeau), n'était pas avec eux quand Jésus était venu.

25 Les autres disciples lui disaient : « Nous avons vu le Seigneur ! » Mais il leur déclara : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! »

 

Voir le Seigneur, est-ce une hallucination? Est-ce qu'ils n'ont pas été les jouets d'un mauvais esprit? Il est vrai que dans les autres récits, Jésus mange avec ceux qu'il rencontre, les femmes touchent ses pieds. Alors la réaction de Thomas peut se comprendre. Est-ce qu'ils ne sont pas devenus fous?

 

26 Huit jours plus tard, les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison, et Thomas était avec eux. Jésus vient, alors que les portes étaient verrouillées, et il était là au milieu d’eux. Il dit : « La paix soit avec vous ! »

 

J'ai toujours pensé que ces manifestations de Jésus, peuvent créer une certaine panique. Portes fermées, et le voilà qui est là, au milieu. Un peu comme le moyeu d'une roue. C'est une belle image.

 

27 Puis il dit à Thomas : « Avance ton doigt ici, et vois mes mains ;

avance ta main, et mets-la dans mon côté :

cesse d’être incrédule, sois croyant. »

 

J'ai séparé les deux demandes de Jésus qui correspondent bien aux désirs de Thomas, il y a le voir et le toucher, mais la troisième demande, n'est pas facile à entendre. Pourquoi n'as-tu pas pu faire confiance aux autres? Apprends à faire confiance, à me faire confiance, parce que j'ai dit que quand j'aurais été élevé, j'attirerai tout à moi.

 

28Alors Thomas lui dit : « Mon Seigneur et mon Dieu ! »

 

 

 29Jésus lui dit : « Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »

 

Merci pour cette béatitude.


 

mardi, avril 09, 2013

Pauvre Thomas...Jn 20,19-28




Dimanche, alors que c'était le dimanche de la miséricorde, nous avons eu droit à toute une homélie centrée sur Thomas l'incrédule, sur l'incrédulité, etc etc. Inutile de dire que je n'ai pas aimé.

Pour ma part j'ai eu envie de comparer l'apparition de Jésus le 1° jour de la semaine parmi ses apôtres qui sont enfermés (mais on peut en mettre des choses derrière ce mot), certes dans un lieu "verrouillé" parce qu'ils ont peur, à l'épisode de la tempête apaisée (Jn 6, 16).

 Dans les deux cas c'est la nuit; dans les deux cas, les apôtres ne peuvent sortir du lieu dans lequel ils se trouvent; dans les deux cas, Jésus apparaît brutalement au milieu d'eux et leur parle: "N"ayez pas peur" ou "La paix soit avec vous". Dans les deux cas ils reprennent pied si je puis dire: don de l'Esprit dans un cas, arrivée sur la terre ferme dans l'autre. Ils retrouvent un Jésus qu'ils connaissent...

Maintenant si on reprend ce même épisode dans les synoptiques en particulier en Mat 14,28, on peut constater que l'attitude de Pierre est très identique à celle de Thomas: Pierre ne dit il pas (ce qui montre qu'il a beaucoup de mal à croire qu'il s'agit bien de Jésus et non pas d'un fantôme), "si c'est bien toi, ordonne que...." et Jésus comme avec Thomas obtempère et lui tend la main dès que sa foi vacille. Mais lui aussi comme Thomas reconnaît en Jésus le Seigneur.



Dans l'évangile de Jean, bien souvent les questions des apôtres sont là pour mettre en valeur les réponses de Jésus et bien souvent Jésus n'est pas très aimable avec ses disciples. Or la réponse de Jésus à Thomas, elle nous concerne tous, nous qui n'avons pas vu.

Alors au lieu de casser du sucre sur le dos de Thomas, peut être faut il se réjouir d'une part de cette béatitude qui nous est donnée et qui nous concerne tous"heureux ceux qui croient sans avoir vu" mais aussi de constater que le Seigneur s'adresse à chacun là où il en est, qu'il est capable de s'adapter et qu'il ne critique pas, peut être contrairement à ce qu'il est si facile de nous faire croire. Car après tout, dans
l'évangile de Jean, Thomas est aussi celui qui dit "Montons avec lui à Jérusalem pour mourir avec lui"Jn 11, 16.  

lundi, août 27, 2018

Jn 1, 48 "Quand tu étais sous le figuier"

Quand tu étais sous le figuier…

En écoutant cet évangile qui parle de cet apôtre dont le nom est cité seulement dans l'évangile de Jean, je me suis dit tout d'abord que ce figuier devait représenter quelque chose; et l'image qui est venue est celle du jardin de l'Eden, ce jardin où poussaient tous ces arbres donnant du fruit, mais aussi ayant de belles feuilles, puisque Adam et Eve ont pu se faire des tuniques avec les feuilles; et je me disais que quand Jésus dit à Nathanaël, "Quand tu étais sous le figuier, je t'ai vu", peut-être que cette phrase a fait là celui-ci le même choc que lorsque Dieu appelle Adam dont les yeux viennent de s'ouvrir et qui ne sait plus où se mettre. De quel figuier s'agit-il? Peu importe, mais ce jour là, quelque chose aussi de l'ordre de l'ouverture des yeux s'est passé pour Nathanaël ("don de Dieu").

Ce qui est étonnant, si on regarde les phases de cette transformation, c'est qu'il y a d'abord ce que lui dit son ami Philippe: "Nous avons trouvé le messie, c'est Jésus de Nazareth". Alors là, le juif instruit que semble être Nathanaël, réagit au quart de tour: il est sûr que son ami se trompe, parce qu'il sait que Nazareth n'est pas la ville d'où doit sortir le messie.

Et fort de sa certitude,-  celui là ne peut pas être ce que Philippe me raconte -, il va quand même voir cet homme, certainement pour faire plaisir à son ami. 

Jésus commence alors par  le féliciter pour sa culture, qui ne lui permet pas de prendre des vessies pour des lanternes, ce qui provoque un premier choc, d'où me connais-tu, comment sais-tu ce que je pense, comment connais-tu ce que je viens de dire à Philippe? Car la phrase de Jésus semble montrer qu'il a entendu (comme à la fin de l'évangile, il montrera à Thomas qu'il avait entendu ce que ce dernier avait dit à ses amis qui disaient avoir vu le Seigneur). On dirait que Jésus approuve sa réaction. Mais Jésus d'enfoncer le clou un peu plus loin, en révélant quelque chose que seul Nathanaël peut comprendre. Peut-être que le figuier renvoie à la connaissance, donc à la lecture de la Torah, peut-être que le figuier est un lieu que Nathanaël, aime, peut-être qu'il aime les figues, peut-être… Peut-être qu'il s'imaginait sous le figuier en train d'attendre que Dieu vienne lui parler, comme un ami à un ami, peut-être… . On peut fantasmer, mais seul Nathanaël savait. Et ce qui est dit là, lui permet de comprendre que même si Jésus est de Nazareth, il est bien ce que lui a annoncé Philippe. Alors à son tour, il peut proclamer: "C'est toi le Fils de Dieu, le roi d'Israël". 

Jésus lui fait alors une sorte de reproche et une promesse: voir les cieux ouverts et les anges du ciel monter et descendre au dessus du Fils de l'Homme. C'est là une vision grandiose, qui à la fois montre que le ciel s'est ouvert, que Jésus fait le lien (l'échelle du songe de Jacob) entre le ciel et la terre, et que les temps nouveaux sont en train de s'accomplir.

Ensuite Nathanaël disparaît de la scène, et cela clôt le premier chapitre de cet évangile qui fait de Jésus bien plus qu'un homme, et ce dès le début.

Mais si on va au dernier chapitre de l'évangile de Jean, curieusement il se passe un peu la même chose avec Thomas. En effet, pour Thomas, jésus ne peut pas être ressuscité, même si les dix lui ont dit ce qui s'est passé (de même que Jésus vivant à Nazareth ne peut être le messie). Il y a le même déni. Puis Jésus apparaît, et fait comprendre à Thomas, qu'il sait ce que ce dernier à dit (de même qu'il a vu où était Nathanaël). Et il se passe pour Thomas ce qui s'est passé pour Nathanaël: les défenses tombent et la reconnaissance de la divinité est proclamée. Puis Jésus promet quelque chose. Au début de l'évangile, c'était de voir les cieux ouverts, avec le Fils de l'Homme faisant le lien, là c'est une promesse liée à la foi, il ne s'agit plus de vision, il s'agit de croire. Et cela fait de nous des "Heureux"..

Mais peut-être que l'important dans ce qui se joue dans ces chapitres qui ouvrent et ferment l'évangile de Jean, c'est le chemin proposé. 

Jésus accepte que l'on se pose des questions, que l'on ne fonce pas tête baissée parce qu'un autre nous a parlé de lui. Il prend du temps, et il montre qu'il "sait" et c'est cela qui peut ou non provoquer le déclic, car la liberté reste intacte. Et une fois que la reconnaissance est faite, alors quelque chose d'autre s'ouvre, comme si le cœur pouvait se dilater à d'autres dimensions, et nous mettre dans ce temps nouveau.


jeudi, mars 21, 2019

Jésus marche sur la mer: Mt 14,23-33

Jésus marche sur la mer. Mt 14,23-33

Nous avons lu ce chapitre en groupe il y a quelques jours. Quand cet épisode est proclamé le dimanche, le prêtre parle en général de la barque de l'église qui est battue par les flots, par le mal; et en ce moment il semble bien que l'église vive quelque chose comme cela. Mais ce qui m'a intéressée, c'est que Jésus n'est pas reconnu, et que Pierre lui demande une preuve, comme Thomas le fera plus tard après la résurrection. Alors peut-être que le Christ est déjà là au milieu de ce qui se passe; encore faut-il lui faire confiance et penser à tous ceux qui, jour après jour, sont ses disciples. 

J'ai donc tout d'abord repris simplement le texte, tel qu'il se donne à lire. Ensuite j'ai laissé Thomas raconter à sa manière "ses tempêtes".

Dans l'évangile de Matthieu on trouve, après le chapitre consacré aux paraboles, un chapitre relativement "actif". Jésus, qui a appris la mise à mort de Jean-Baptiste, préfère prendre ses distances et va dans un lieu désert; mais pas si désert que ça, puisque les foules le suivent. Il enseigne, et le soir venu ses disciples lui font remarquer, en parlant de nourriture, que peut-être ça serait bien qu'il s'arrête, qu'il s'occupe un peu d'eux, et qu'il renvoie tout le monde. Mais ça, c'est mal connaître Jésus: d'abord les autres.. Et il prend le pain prévu pour les siens, et nourrit plus de cinq mille hommes. Nous connaissons bien ces textes, mais il est évident que pour ceux qui participent à cela, un nouveau Moïse est là. Et Moïse, c'est le libérateur, celui qui a fait de grands miracles. Jésus ne veut pas être le nouveau Moïse, et avant même de renvoyer la foule il renvoie ses disciples... 

La phrase "il obligea ses disciples à monter dans la barque", évoque un peu une résistance de leur part... Surtout qu'il ne les accompagne pas. Jésus les pousse à reprendre la mer, à ne pas voir ce qui se passe, et c'est lui tout seul qui renvoie la foule. J'ai un peu l'impression que les disciples ont pu se sentir lésés. Comme quoi obéir, ce n'est pas si facile. 

Là dessus, quelque chose se passe. Et là encore, tel que c'est décrit, il semble que le lac se déchaîne contre la barque, la harcèle comme dit la B.J., pour la faire chavirer, pour se débarrasser de ces hommes qui un jour continueront la lutte contre le mal. Comme ces forces savent qu'elles ne peuvent rien contre Jésus, elles s'attaquent, comme on dit, aux maillons plus faibles.

Là dessus, alors que le jour n'est pas vraiment là, Jésus décide de rejoindre la barque. On peut imaginer la stupeur de ces hommes qui sont dans un demi jour, qui voient une silhouette un peu fantomatique, dans l'écume, qui s'approche: de là à le prendre pour un fantôme, un esprit du mal sorti des profondeurs, ce n'est pas difficile. 

Mais le fantôme parle; et la phrase dite ne peut que résonner avec d'autres phrases adressées à des demandeurs de guérisons: "Confiance!…" Cela, c'est une phrase qui appartient bien à Jésus. Puis arrive: le "C'est moi, n'ayez pas peur", qui aurait dû les rassurer, mais la réaction de Pierre prouve qu'il n'en n'est rien. En fait il demande à cette silhouette de faire un miracle pour lui, pour lui prouver que justement c'est bien Lui, parce que ça Pierre en est sûr, si c'est son Maitre, il ne le laissera pas mourir. 

Alors Pierre fait confiance, il "vient", et manifestement Jésus n'est pas tout près de la barque. Un peu comme un enfant qui fait ses premiers pas, Pierre, au lieu de regarder les bras de sa maman, regarde autour de lui, et voit ce que souvent nous appelons des moutons, ces vagues couronnées d'écume qui se chevauchent, qui vont vite et qui montrent combien ça remue. Et Pierre a peur, tellement peur qu'il perd pied au sens fort, qu'il se sent aspiré par cette eau et qu'il commence à se noyer. Et de là l'appel: "Seigneur sauve moi". Et ce "sauve moi", c'est sauve-moi de la mort; là il ne se pose plus de questions, Pierre, il sait que l'autre, c'est bien Jésus. Comme quoi parfois l'expérience de la mort proche peut ouvrir les yeux.

Le texte dit alors que Jésus étend la main et le saisit, ce qui laisse à supposer que Pierre avait déjà presque atteint Jésus, et que Jésus s'est déplacé pour aider son disciple. Le geste est beau, étendre la main vers, c'est presque un geste de bénédiction. Par contre saisir c'est autrement plus fort. Si on essaye de voir l'image, c'est comme si Pierre était en train de glisser et que Jésus le retient fermement. 

Les deux montent dans la barque toujours secouée par les vagues et ce n'est qu'à ce moment là que la tempête se calme; et que ceux qui sont là se prosternent (pas facile dans une barque), et reconnaissent à ce moment là en Jésus le Fils de Dieu. 

Thomas raconte:

On venait d'apprendre qu'Hérode avait fait assassiner Jean dans sa prison et qu'il pensait que Jésus était comme une réincarnation de Jean. Alors il valait mieux prendre la fuite, au cas où il aurait eu envie de mettre Jésus en prison, comme Jean. On a pris la barque et on voulait trouver un endroit sur la rive, mais en dehors de la ville. Seulement voilà, le bouche à oreille à dû fonctionner, quand on a accosté il y avait une foule immense. Nous qui pensions avoir un peu notre maître pour nous tous seuls! Et bien sûr, il en a guéri tout plein; il leur a parlé, et parlé et encore parlé; et l'un dans l'autre le jour baissait. On s'est regardés, et on s'est dit qu'il fallait lui demander qu'il renvoie tout le monde parce qu'il allait faire nuit, et que bien sûr il n'y avait aucun endroit pour acheter à manger. 

Là, il nous a demandé ce que nous avions, nous. On n'était pas trop contents, mais on lui a dit qu'on avait avec nous 7 gros pains et curieusement deux poissons. Et il a dit aux gens de s'asseoir. On ne comprenait pas ce qu'il comptait faire.

Alors là, vous n'allez pas en croire vos oreilles: il a pris un pain, il a regardé vers le ciel, longuement, il a prononcé la bénédiction sur le pain, il l'a rompu et il nous a dit distribuer les morceaux; et là, des morceaux, il y a en a eu pour tout le monde! Vous ne pouvez pas imaginer le nombre de pas qu'on a faits pour donner aux uns et aux autres. Pour les poissons c'était pareil. On avait l'impression d'une espèce de folie, mais une folie qui faisait du bien. On ne comprenait pas, on allait, on venait, on donnait encore et encore. Et au final il ya eu des restes; beaucoup de restes. On pensait pouvoir manger, nous, un peu tranquilles au lieu de grappiller un morceau par ci par là.  Mais non, il nous a ordonné de prendre la barque, et d'aller sur l'autre rive. Je dois dire qu'on n'était pas trop contents, mais on lui a obéi. Une journée comme ça, c'est usant. 

Bref on est repartis et voilà qu'à la fin de nuit, le vent s'est levé. Une vraie tempête, et on avait vraiment l'impression qu'elle était dirigée contre nous, et que les vagues qui venaient frapper la coque du bateau étaient bien plus nombreuses que les autres; et il faisait sombre. Et alors tout a coup on a vu une sorte de silhouette qui s'approchait vers nous. On a vraiment eu l'impression qu'elle sortait de l'eau, et qu'elle venait pour nous attirer dans les profondeurs. Mais le fantôme a parlé, et nous avons reconnu la voix de Jésus. Il nous disait d'être sans crainte. Pas si facile. 

Et là, Simon, celui que Jésus a appelé Pierre, a voulu faire le malin. Ça c'est bien lui. Il voulait que la silhouette qui était là, debout dans les vagues, prouve qu'elle était bien Jésus. Des fois, les mauvais esprits, ça peut prendre la voix d'un vivant. Et il lui a demandé de lui ordonner d'aller jusqu'à lui. Et l'autre l'a fait, et Pierre est sorti de la barque! 

On pensait vraiment qu'il allait se noyer. Mais non, il s'est mis à marcher vers la silhouette et puis tout d'un coup il s'est mis à hurler "au secours" et on a vu qu'il commençait à s'enfoncer. Alors Jésus, parce que là, nous avons enfin compris que c'était lui, lui a tendu la main; il s'est déplacé vers lui, et Pierre a attrapé la main, et tous deux sont arrivés au bateau et sont montés. On les a un peu aidés, mais qu'est ce qu'on avait eu peur!

Et d'un coup la tempête s'est calmée. Là, ça a été plus fort que nous, nous nous sommes inclinés devant lui, lui qui avait été capable de marcher sur les vagues, lui qui avait fait marcher Pierre, lui qui avait fait tombé le vent; et on lui a dit que nous le reconnaissions vraiment comme le Fils du Très Haut, Béni soit-il..

Puis nous avons accosté à Génésareth. 

Au fond de moi je me demandais vraiment qui était ce Jésus, cet homme maître des éléments, et en même temps si attentif aux uns et aux autres. 

Et puis du temps a passé, et nous avons connu la pire tempête qui puisse exister: Jésus a été arrêté, et crucifié comme un malfaiteur! Après, une femme est venu nous dire qu'elle avait vu Jésus, mais les femmes... Et nous nous terrions dans une salle, parce que nous avions peur des juifs. Ce premier jour de la semaine, je n'étais pas là. Les autres m'ont raconté que Jésus leur était apparu. Comme autrefois sur la mer déchaînée, ils ont cru que c'était un fantôme. Comme autrefois, il leur a dit de ne pas avoir peur, de ne pas craindre. Puis il leur a donné sa Paix. Alors là, c'est moi qui ai fait comme Pierre: qui ai voulu qu'il prouve que c'était bien lui. J'ai dit que je ne croirais que s'il montrait les trous des clous. Et voilà qu'une semaine plus tard il est venu, il s'est adressé à moi, il a montré les trous dans son corps. Là mon incrédulité a fondu comme neige au soleil. Comme autrefois, même si ce n'est pas rapporté par l'évangile, je me suis incliné devant lui, et en Lui j'ai reconnu Le Fils du Très Haut, mais aussi celui qui était le Seigneur de ma vie: Dieu qui était présent. Et son Esprit est venu en moi, comme il était venu dans et sur les autres. Maintenant je suis vraiment son apôtre, son envoyé.