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mardi, mars 26, 2013

"La femme adultère" Jean 8,1-10


On ne sait pas très bien s’il faut attribuer ce passage à Jean ou à Luc, mais il se trouve dans l’évangile de jean. Il est question de piège, de Loi, d’adultère, de lapidation. La lecture de l’ancien testament qui est choisie pour accompagner ce texte est  celle du livre de Daniel où une femme est accusée injustement d’avoir commis l’adultère avec un bel inconnu. Jésus ne serait il pas un nouveau Daniel qui met si je puis dire « la honte » chez les anciens, chez  ceux qui enseignent la Loi?

Je me suis demandée si cette histoire c’est pas un coup monté : la femme n’a pas peut –être pas commis d’adultère (ce qui peut expliquer l’absence de l’homme car dans le lévitique, les deux doivent être mis à mort, en dehors du camp, par lapidation). Elle doit jouer ce jeu (cette comédie) peut être parce que son mari qui la soupçonne sans preuves, la menace de la renvoyer si elle ne rentre pas dans cette machination. 

Chez Daniel, les accusateurs sont lapidés. Ici, les accusateurs confrontés à leur propre désir de mort, car c’est de cela qu’il s’agit : mettre à mort celui qui d’une part leur prend des disciples et qui d’autre part a un rapport à la Loi complètement différent du leur, partent un à un sans jeter de pierre sur qui que ce soit, puisque au travers de la femme, c’est Jésus qui est visé.

Quant à la femme, la phrase que Jésus lui adresse, n’est pas si simple : "Moi non plus je ne te condamne pas, va et ne pèche plus.", car pour cette femme la question est bien : où va t elle aller ? Si elle est réellement adultère comment va t elle être accueillie chez elle ? Si elle ne l’est pas, comment va t elle accepter de vivre avec quelqu’un qui lui a fait jouer un tel rôle, comment a t elle, elle vécu ce moment où sa vie se jouait ?

Ce qui est quand même étonnant c’est que ce chapitre 8 commence par une menace de lapidation et se termine par une lapidation qui ne se réalise pas car l’heure de Jésus n’est pas encore venue. Jn8,59: "Alors, ils ramassèrent des pierres pour les lancer contre lui, mais Jésus se déroba et sortit du temple". 

Ce texte m'a toujours frappée alors qu'il semble statique par les mouvements qui e succèdent, et c'est ce que je vais travailler maintenant. J'ai choisi la version de la TOB.

Acte I : Mise en place du cadre. 

     1Et Jésus gagna le mont des Oliviers.
Il semble (chapitre 7) que la fête des tentes se termine, que les pharisiens veulent arrêter Jésus, car venant de Galilée il ne peut être le Messie (importance de la lettre), mais Jésus leur échappe. Jésus va donc du Temple au Mont des Oliviers où il passe peut être la nuit.
    2Dès le point du jour, il revint au temple
Retour au temple, (peut être comme le faisait remarquer le Rabbin Serfatti, Jésus a t il participé à la prière du matin, ce qui fait de lui un juif pratiquant).
et, comme tout le peuple venait à lui,
Jésus est déjà si l’on peut dire le nouveau Temple, le lieu d’une autre présence, d’une autre parole. Une sorte de mouvement se fait autour de Lui. Il draine (si l’on peut dire le peuple) qui se détourne peut être des autres rabbis qui enseignaient.
      il s'assit et se mit à enseigner.
Il prend la position de l’enseignant, qui est une position statique. Peut être se met il au niveau de ses auditeurs.

Acte 2 : arrivée des pharisiens : le temps des pharisiens.

    3Les scribes et les Pharisiens amenèrent alors une femme qu'on avait surprise en adultère et ils la placèrent au milieu du groupe.

Le moins que l’on puisse dire, c ‘est que les pharisiens qui sont un peu des intrus dans ce lieu où Jésus enseigne, et qui se comportent un peu en maîtres des lieux, ne se gênent pas pour interrompre l’enseignement.

 La femme est placée au milieu du groupe. Cette position m’a toujours posé question. De quel groupe s’agit-il ? Jésus et ses auditeurs ? Les pharisiens et les scribes ? Etre au milieu (du moins pour nous) cela renvoie à être le centre. Tous les regards sont sur elle. Elle ne peut pas se cacher, se sauver, elle est entourée par des hommes qui la jugent coupable.

     4« Maître, lui dirent-ils, cette femme a été prise en flagrant délit d'adultère. 5Dans la Loi, Moïse nous a prescrit de lapider ces femmes-là. Et toi, qu'en dis-tu ? » 6Ils parlaient ainsi dans l'intention de lui tendre un piège, pour avoir de quoi l'accuser.

Là, tout est statique. Les pharisiens parlent, posent une question qui doit entrainer Jésus à la chute, car quelle que soit sa réponse, il va se mettre en porte a faux par rapport à la Loi ou par rapport à ceux qui l’écoutent.

Acte 3 : le temps du silence, le temps de Jésus.

     Mais Jésus, se baissant, se mit à tracer du doigt des traits sur le sol.

On aurait pu imaginer que Jésus se serait levé pour répondre, mais il n’en n’est rien. On a l’impression qu’il se met à l’extérieur de la discussion, il n’est pas dans le cercle. En fait on pourrait presque penser à une ellipse avec ses deux foyers, l’un est la femme, l’autre est Jésus, car c’est peut être aussi entre ces deux là que ça se passe. Jésus en se baissant se met dans la position qu’elle aura si elle est lapidée. Il est elle, si l’on peut dire. Quant à l’action de tracer des traits sur le sol, on a beaucoup écrit dessus, mais rien ne m’a convaincue. J’ai hélas toujours pensé que ce Temple décrit comme une merveille, était bien mal entretenu. On y trouve du sable ou de la poussière, on y trouve des pierres. Ecrit-il, dessine-t-il ? Simplement ses mains ne sont pas inactives et traduisent peut être un conflit intérieur, mais je dois dire que je ne sais pas. Il semble ailleurs, absent et pourtant je pense que la posture (tête baissée, ramassé sur lui-même) montre qu’il est présent, et très certainement à la femme qui est là.

     7Comme ils continuaient à lui poser des questions, Jésus se redressa et leur dit : « Que celui d'entre vous qui n'a jamais péché lui jette la première pierre. »

Devant leur insistance, il se redresse, mais demeure assis, position basse devant ces hommes bien campés sur leurs jambes, surs surs de leur bon droit. Et la phase qu’il assène est comme un jet de pierre, et aura bien cet impact.

Acte 4 : le dénouement. Jésus, les pharisiens, la femme.

      8Et s'inclinant à nouveau, il se remit à tracer des traits sur le sol.
Jésus reprend sa posture, assis, courbé sur lui même, ne regardant pas ce qui se passe. Il laisse le temps que ses paroles fassent effet.

     9Après avoir entendu ces paroles, ils se retirèrent l'un après l'autre, à commencer par les plus âgés, et Jésus resta seul.
On revient presque à la situation initiale : Jésus intact, assis, le cercle de pharisiens qui n’existe plus, et la femme. Ni jésus ni la femme (les deux centres de l'éllipse) ne sont inquiétés; mais il n'y a plus de cercle, plus de milieu, simplement une relation entre un homme et une femme. 

      Comme la femme était toujours là, au milieu du cercle,
Elle, elle est restée debout, attendant… Elle redevient le centre. Le centre de quoi ?

     10Jésus se redressa et lui dit : « Femme, où sont-ils donc ? Personne ne t'a condamnée ? » 11Elle répondit : « Personne, Seigneur », et Jésus lui dit : « Moi non plus, je ne te condamne pas : va, et désormais ne pèche plus. »

Quand il s’adresse à quelqu’un Jésus de redresse, et la phrase qu’il lui adresse est une phrase d’envoi « va et ne pèche plus ». A elle de faire ce qu’elle veut si l’on peut dire. Elle est libre et c’est peut être cela le plus important.


Au total, on a Jésus qui reste là où il est, des mouvements autour de lui, des mouvements en Lui, et le passage du calme à l’agitation puis au calme. Tempête apaisée ?


Dialogue intérieur...

Pouvez vous imaginer ce que je viens de vivre? Je suis une femme, je n'ai pas droit à la parole, je dois obéir. On m'a obligée à jouer un rôle, celui d'une femme qui a couché avec un autre que son mari, parce que mon mari est un pharisien qui ne supporte pas cet homme qu'on appelle jésus et qui dit que D ieu est son Père.

Moi, cet homme je ne l'avais jamais vu. Je me suis retrouvée au temple, aux petites heures du jour, avec ces hommes, des amis de mon mari. Ils ont interrompu Jésus qui parlait pour lui demander ce qu'il fallait faire de moi. Là j'ai commencé à avoir très peur, car ils étaient bien capables de me lapider là, sur place, juste pour montrer leur bon droit.

J'étais là debout. Ceux qui étaient venus écouter Jésus, ils sont partis dès qu'ils ont senti que ça allait mal se finir. Qu'allait il dire, qu'allait il faire? En plus il ne me regardait pas, pas plus qu'il ne regardait qui que ce soit. Lui il est resté assis, on aurait dit qu'il attendait que ça passe. j'ai vu qu'il avait de belles mains, avec ses doigts je ne sais pas s'il pianotait sur le sol, ou s'il dessinait quelque chose, mais il était comme absent. Ils sont revenus à la charge, et là il s'est un peu redressé et il ne s'est pas servi de la Loi pour dire ce qu'il pensait, il n'a pas cité de verset, mais il leur a dit que celui qui n'avait jamais péché avait le droit de me jeter la pierre. Là j'ai cru que le monde s'effondrait, car tout le monde sait que le juste pèche 7 fois par jour et qu'un homme sans péché, cela n'existe pas. J'ai commencé à espérer, j'ai voulu capter son regard, mais rien. Il recommençait à jouer avec le sable, comme un enfant.

Ils sont tous partis. Je me suis retrouvée presque seule avec lui, car il y avait ses disciples qui étaient là. Il m'a enfin regardée et là il s'est passé quelque chose, car lui me regardait, pas un objet de convoitise, mais comme un être de chair et de sang. Il a dit qu'il ne me condamnait pas (mais en fait je n'avais rien fait, sauf de ne pas avoir su refuser de jouer ce rôle), et il m'a renvoyé chez moi. Mais où vais-je aller maintenant? Peut être que moi aussi je vais le suivre, car ce regard là, m'a donné envie de partir. 

dimanche, avril 03, 2022

Jn 8, 1-11. "Va et ne pèche plus".

Cinquième dimanche de Carême: la femme adultère, ou la mort de Jésus se programme.

On dit parfois que ce texte aurait pu appartenir à l'évangile de Luc, mais je trouve qu'il a bien sa place ici. A Jérusalem, l'étau se resserre de plus en plus.

J'ai déjà écrit deux billets, très éloignés dans le temps, sur cette péricope. Le premier, 2013, https://giboulee.blogspot.com/search?q=la+femme+adultère, fait parler la femme, et ce qu'elle a vécu; et le second, 2019, Jésus lui-même: https://giboulee.blogspot.com/2019/04/jesus-raconte-la-femme-adultere-jn-8-1.html

Ce matin, en travaillant ce texte, je voyais un premier cercle autour de Jésus, avec "la foule" et quelques disciples, car l'heure est matinale; puis un deuxième cercle, mais plutôt une sorte d'ellipse, avec deux foyers: la femme jetée en pâture, et Jésus qui risque d'être lui aussi jeté en pâture, et autour les pharisiens et quelques disciples qui sont restés, et peut-être quelques curieux, mais plus grand monde. Et à la fin à nouveau un cercle, Jésus et la femme sont au centre, il reste peu de monde autour.

 Et c'est un de ses disciples qui va raconter ce qui s'est passé ce matin là.

Les postures physiques de Jésus dans cet épisode m'interrogent toujours. Il est assis, la position du maître qui enseigne. Il se baisse et écrit sur le sol, comme s'il se mettait dans une bulle, comme s'il s'isolait. Il se relève pour donner quelques mots, là c'est une parole qui suit l'écrit, mais peut-être que c'est un moyen de vivifier ce que lui a écrit sur le sol, que nous ne connaissons pas; et à nouveau il se sort de ce qui se passe, il ne regarde pas, il n'influence personne, il est là. Et ce n'est que dans un nouveau silence qu'il s'adresse à la femme, et là, je le vois debout. 

Un disciple raconte

La dernière rencontre avec les bien-pensants, ceux qui utilisent la Loi comme un bouclier, s'était mal terminée. Ils auraient même voulu que notre maître soit arrêté, mais par un vrai miracle les gardes ont été subjugués par sa parole et n'ont pas porté la main sur lui. Un peu de temps avait passé, mais je pensais bien qu'ils chercheraient un moyen pour prouver qu'il n'était pas un bon juif et pour le faire lapider. Ils ont la pierre facile à Jérusalem. Il faut dire qu'ici les pierres ce n'est pas ce qui manque. 

Jésus avait passé comme souvent la nuit dans le jardin des Oliviers, ce jardin qu'il aime tant. Et comme souvent il était arrivé au Temple dès le lever du soleil, pour le chant des psaumes. Des gens s'étaient rassemblés autour de lui, et il avait commencé à leur parler. Ils étaient suspendus à ses lèvres. Il était donc assis, et nous et quelques autres autour de lui en cercle. 

 

Et tout à coup, il y a du bruit, des pas, des pleurs étouffés. arrive une jeune femme, en larmes, tenue par deux pharisiens et suivie par beaucoup d'autres. Ses gardiens, car c'en était, l'ont poussée devant Jésus, presque jetée à terre, mais elle est restée debout. Ils ont dit qu'ils avaient surpris cette femme en délit d'adultère, que la loi de Moïse prescrivait de lapider ces femmes, et que lui, il était sommé de dire ce qu'il fallait faire.

 

Pour un piège c'était un piège et du coup, mon maître était en aussi mauvaise position que cette pauvre femme, parce que s'il disait qu'il fallait obéir à la loi de Moïse, cela le discréditait aux yeux de tous ceux qui croyaient en lui et qui voyaient en lui le sauveur attendu, celui qui communiquait avec le Très Haut, qu'il appelait son père, et s'il disait qu'il ne fallait pas, alors il manquait à la loi de Moïse, et il était lui passible de lapidation. C'était vraiment un vrai traquenard. Et je me sentais là, en spectateur, totalement impuissant.

 

Lui, il était toujours assis. Il avait son regard triste, ce regard que je connais bien quand quelque chose le peine. Et de la compassion pour cette jeune femme il en avait. D'ailleurs normalement elle n'aurait pas dû être seule. Son compagnon aurait dû être là, mais lui, il avait sûrement réussi à sauver, ou alors elle n'avait rien fait et c'était un coup monté. Enfin c'est ce que j'ai pensé à un moment. 


Jésus ne disait rien, ne répondait rien, comme s'il se murait dans le silence; et il s'est mis à écrire sur le sol, enfin à tracer des lettres. J'étais trop loin pour lire ce qu'il écrivait. Il me semble quand même qu'il avait écrit le nom d'Adonaï, et celui de Moïse. Il ne regardait personne. La femme était debout, lui assis, regardant le sol. Le silence était pesant. 

 

Ils sont revenus à la charge, et là, il s'est redressé, il les a regardés, avec toujours cette infinie tristesse, je dirais presque qu'il avait des larmes dans les yeux; et il a juste prononcé une phrase. Il a dit: "Que celui qui est sans péché lui lance la première pierre". 


Et là il y a eu un autre silence. On ne lapide pas dans le Temple, on lapide hors de la ville, et eux ils avaient des pierres avec eux. Comme si tout était prévu à l'avance. Seulement là, ils ont baissé la tête. Après tout, l'écriture ne dit-elle pas que le juste pèche sept fois par jour? Alors les uns après les autres, en commençant par le plus âgé, ils sont partis. Qu'ont-ils pensé? Ont-ils reconnu qu'ils étaient aussi mauvais que ces vieillards des temps anciens qui avaient voulu faire condamner la jeune Suzanne? Étaient-ils furieux après Jésus? Je ne sais pas, mais un autre silence était là. Et Jésus avait continué à écrire.

 

Il s'est enfin redressé, un peu comme s'il s'éveillait d'un mauvais rêve. Il a regardé la femme, et il a dit "Femme où sont-ils? Puis il a ajouté, comme s'il était surpris: "Personne ne t'a condamnée?". Elle a répondu: "Personne Seigneur". 


Et là, Jésus a souri. Un pauvre sourire. Je crois qu'il était très secoué par ce qui venait de se passer. Il s'est remis debout, il l'a regardée, et il lui a dit "Va, et ne pèche plus". Alors bien sûr elle est partie, sans trop demander son reste, mais elle était devenue autre. Elle s'était redressée, elle n'était plus perdue, elle était belle, belle comme tous ceux que notre maître fait renaître. 

 

A notre tour nous avons quitté le Temple, et nous sommes partis à Béthanie.

 

 

dimanche, avril 07, 2019

Jésus raconte la femme adultère: Jn 8, 1-11

C'est le cinquième dimanche de Carême. L'évangile propose la femme adultère; et même si j'ai déjà écrit plusieurs textes sur ces versets, j'ai eu envie de laisser Jésus raconter. Mais j'ai eu aussi envie de remettre ce texte dans le contexte de mort: car, si je puis dire, quand Jésus est en Judée, il est "wanted", sa tête est quasiment mise à prix. Il dérange trop. Et dans cette histoire, il est bien question d'arriver enfin à se débarrasser de ce type qui est tellement gênant.

Ce qui se passe là, c'est aussi cette manière qu'a Jean de reprendre les synoptiques à sa manière. Car si on ne présente pas, dans les synoptiques, une femme ayant (soit-disant) commis l'adultère, cette question de l'adultère sera évoquée autrement, quand les pharisiens demanderont à Jésus si un homme a le droit de renvoyer sa femme, ou quand les sadducéens poseront la question de savoir avec lequel de ses époux la femme qui a épousé les sept frères vivra après la résurrection. Mettre Jésus à l'épreuve pour pouvoir le tuer..


Jésus raconte sa rencontre avec cette femme dont on ne connaît pas le nom...

C'était pendant la semaine de la fête des Tentes. J'avais hésité à monter au Temple, mais mon Père m'a dit que je devais y aller, être un juif qui obéit aux prescriptions de Moïse. Et une fois dans ce lieu, qui est le lieu ou qui devrait être le lieu de la Présence, j'ai enseigné; et les foules de ceux qui aiment m'entendre sont venues. J'aime leur parler, j'aime les enseigner. Ils commencent à se demander qui je suis.

Ils sont un peu empêtrés avec ce que disent les scribes sur le Messie: parce que pour eux je suis de Nazareth, et Nazareth est en Galilée. Et de Galilée, d'après leur manière de scruter les écritures, rien ne peut sortir de bon, surtout pas un prophète; et encore moins le messie. Ils ne savent pas que je suis pourtant de la descendance de David, et que j'ai vu le jour à Bethléem; mais c'est important qu'ils ne le sachent pas. Ils doivent me reconnaître comme le Fils, non pas à cause de mon origine géographique, mais parce que, comme mon Père, j'agis pour le bien et pour le bon. Et si j'ai guéri ce paralytique un jour de Sabbat, ce n'est pas pour transgresser, mais pour permettre à cet homme de vivre en fils, et n'est ce pas cela l'important? 

Mais si la foule m'apprécie, par contre les scribes et les pharisiens, et même les anciens qui siègent au Sanhédrin, sont tellement en colère contre ce que je suis, qu'ils ont même envoyé des gardes pour m'arrêter; tout ça, pour cette guérison. Mais au-delà, ils ont peur. Et ils ne savent pas de quoi. Du coup, ils refusent d'ouvrir les yeux de leur cœur et ils se servent de la loi comme d'une arme contre moi. Seulement, les gardes, qui sont des gens simples, n'ont pas porté la main sur moi, et ils en ont été pour leur frais; mais je suis sur "mes gardes", ils vont trouver quelque chose pour me mettre à mort.

Et aujourd'hui, après avoir passé la nuit dans le jardin des oliviers, ce jardin où il y a ce grand cimetière mais aussi ces arbres qui me font penser à cette phrase "et moi je suis comme un bel olivier planté dans le jardin de mon Dieu", je suis allé chanter les psaumes dans le temple et j'ai commencé à enseigner. Bien sûr mes disciples sont là, et déjà une petite foule. Et ils sont arrivés., ils je veux dire les "bien pensants", les "purs", les "justes". 

Avec eux, il y avait une jeune femme, elle me faisait penser à ma maman, elle était toute jeune. Surement une de ces femmes accordée à un homme bien plus âgé qu'elle, et qui est un peu une esclave, quoiqu'on en dise. Elle n'avait pas son voile; elle était vêtue à la hâte et il y avait des larmes qui coulaient. 

Ils m'ont interrompu, ont placé la femme en plein milieu devant moi. Ils m'ont dit qu'elle avait commis l'adultère, et qu'ils voulaient que je leur dise ce qu'ils devaient faire... Alors là.. SI je dis qu'il ne faut pas la lapider, ils diront que je ne respecte pas la Loi, et ils me lapideront avec elle. Et si je dis qu'il faut la lapider, ils diront que moi qui prêche la miséricorde des pécheurs, je ne suis pas cohérent, et je n'aurai plus aucun crédit auprès de ceux que j'aime tant enseigner. 

Alors je me suis assis, je suis comme rentré en moi-même, et je parlais à mon Père. Il m'a dit d'écrire sur le sol la loi que moi je devais mettre dans leur cœur, cette loi dont parlaient Jérémie et Ezéchiel, cette loi d'amour. Cette loi je l'ai écrite sur le sable, parce que le temps de l'écrire dans le cœur n'était pas venu: "Aimez vous les uns les autres comme je vous ai aimés". Et eux, ils discouraient toujours, et elle, elle était de plus en plus terrorisée. Certains avaient déjà commencé à ramasser des pierres. Moi, je cherchais les mots pour exprimer la nouvelle loi, celle que je leur donnerai. 

Ils se sont à nouveau adressés à moi, et là je me suis redressé; et les mots sont sortis tous seuls: "Que celui qui n'a jamais péché lui jette la première pierre!" Je n'ai pas vraiment réfléchi, les mots se sont formés en moi. Et eux qui connaissent si bien la Tora, ils savent bien que le juste pèche sept fois par jour, alors eux.. Je ne juge pas, je suis triste à en mourir pour eux; mais cette femme, cette petite fille, qu'elle ait ou non commis l'adultère, n'est-elle pas aussi comme tout ce peuple qui n'écoute plus mon Père? Et moi je suis venu pour qu'ils aient la vie, pas la mort. 

Alors ils ont baissé les yeux, eux tous, tels qu'ils sont; et ils sont partis les uns après les autres, en commençant par les plus âgés. Et elle est restée seule, dans ce cercle vide. Elle et moi. Moi assis, elle debout. Elle n'osait pas me regarder. 

Je lui ai demandé où ils étaient - j'ai fait cela pour qu'elle revienne dans le présent, pour qu'elle sorte de son mutisme. Elle a ouvert la bouche pour dire qu'ils étaient tous partis. Je lui ai dit qu'elle pouvait partir, rentrer (mais où?); et qu'elle devait résister au péché. 

Il s'est alors passé quelque chose. Son regard s'est comme illuminé; je crois qu'elle m'a vu tel que je suis, sans péché. Et au lieu de partir, elle a regardé mes disciples.

Jean, celui qui a ses entrées auprès des grands-prêtres lui a souri, et lui a fait signe qu'elle pouvait venir avec nous. Un jour, un autre jour, c'est ma maman que je lui confierai, mais ce jour n'est pas encore là, même s'il n'est pas loin. 

mercredi, septembre 25, 2013

"La femme pécheresse: Luc 7, 36-49


Luc 7,34-39 " la femme pécheresse"
.

"Un pharisien avait invité Jésus à manger avec lui. Jésus entra chez lui et prit place à table. Survint une femme de la ville, une pécheresse. Elle avait appris que Jésus mangeait chez le pharisien, et elle apportait un vase précieux plein de parfum. Tout en pleurs, elle se tenait derrière lui, à ses pieds, et ses larmes mouillaient les pieds de Jésus. Elle les essuyait avec ses cheveux, les couvrait de baisers et y versait le parfum.
En voyant cela, le pharisien qui avait invité Jésus se dit en lui-même : « Si cet homme était prophète, il saurait qui est cette femme qui le touche, et ce qu'elle est : une pécheresse. »
Jésus prit la parole : « Simon, j'ai quelque chose à te dire. — Parle, Maître. »
Jésus reprit : « Un créancier avait deux débiteurs ; le premier lui devait cinq cents pièces d'argent, l'autre cinquante. Comme ni l'un ni l'autre ne pouvait rembourser, il remit à tous deux leur dette. Lequel des deux l'aimera davantage ? »
Simon répondit : « C'est celui à qui il a remis davantage, il me semble. — Tu as raison », lui dit Jésus.
Il se tourna vers la femme, en disant à Simon : « Tu vois cette femme ? Je suis entré chez toi, et tu ne m'as pas versé d'eau sur les pieds ; elle, elle les a mouillés de ses larmes et essuyés avec ses cheveux. Tu ne m'as pas embrassé ; elle, depuis son entrée, elle n'a pas cessé d'embrasser mes pieds. Tu ne m'as pas versé de parfum sur la tête ; elle, elle m'a versé un parfum précieux sur les pieds. Je te le dis : si ses péchés, ses nombreux péchés, sont pardonnés, c'est à cause de son grand amour. Mais celui à qui on pardonne peu montre peu d'amour. »
Puis il s'adressa à la femme : « Tes péchés sont pardonnés. »
Les invités se dirent : « Qui est cet homme, qui va jusqu'à pardonner les péchés ? »
Jésus dit alors à la femme : « Ta foi t'a sauvée. Va en paix ! "





Si on fait abstraction de tout ce que l’on a pu lire sur cette femme qui verse du parfum contenu dans un vase de prix, sur les pieds de Jésus au cours d’un repas, si on reste dans l’évangile de Luc en essayant d’aborder ce récit comme un texte neuf, la première chose qui frappe, c’est que cette femme, comme la femme qui perdait du sang, n’a pas de nom, mais une étiquette (un qualificatif) et une origine : un lieu lui aussi sans nom : la ville.

Il y a comme cela dans les évangiles un bon nombre de personnages qui ne sont connus que par une épithète : la femme adultère, le paralytique de Capharnaüm, la veuve du temple etc. Cette femme la, porte juste une étiquette : elle est pécheresse et on nous dit qu’elle habite en ville.

Dans la Bible, la ville est souvent un lieu « mauvais » : Ps 55, 10-12 « Car je vois dans la ville la violence et les querelles ; jour et nuit elles en font le tour sur les murailles ; le mal et l'oppression sont en son sein ; en son sein il n'y a que ruine ; la violence et la tromperie ne s'éloignent pas de ses places ». La ville d’où vient cette femme, est certainement une citée porteuse d’un nom grec et dans lesquelles les habitants vivent « librement » sans respecter les préceptes de la Torah. C’est un endroit « sale », impur, impie. Dans le langage biblique c’est un endroit où règne le péché, c’est à dire où Israël se livre à l’idolâtrie et à la prostitution. (Adorer d’autres dieux c’est de la prostitution).

En d’autres termes cette femme ne vit pas comme une « bonne juive », elle est impie, donc impure, donc elle doit être considérée comme une pestiférée et être exclue. Si j’insiste là dessus, c’est que dire que cette femme est une prostituée comme cela est fréquemment traduit, n’est peut être conforme à la réalité, car majore encore plus négativement le terme de pécheresse.

 On peut toute fois dire que en venant chez des purs, des pharisiens, elle va les contaminer, surtout si elle a adopté les mœurs dévoyées des occupants, qu’ils soient grecs ou romains. Essuyer les pieds de Jésus avec ses cheveux indique qu’elle ne porte pas de voile, (signe des femmes mariées dans la bible) et en cela elle n’est pas quelqu’un de bien.

Je pense que si cette dame (pourquoi ne pas l’appeler comme cela) a su où Jésus allait manger ce jour là, et si elle s’y est présenté sans changer sa tenue pour s’adapter aux hôtes de Jésus, et avec ce cadeau : un flacon de parfum, c’est que peut être il s’était  déjà passé quelque chose entre elle et Lui. Cela peut être de la curiosité, mais si ce n’était que cela, il n’y aurait pas justement cette offrande, ce cadeau.

Dans le chapitre qui précède cet événement, il y a eu beaucoup de guérisons, beaucoup d’expulsions d’esprits mauvais, et peut être qu’elle a vu cela ? Mais peut être a t elle entendu ce que nous avons coutume d’appeler les Béatitudes, ces phrases qui chez Luc sont brèves, percutantes.

Peut-être qu’elle a entendu « malheur à vous qui riez maintenant » et que cela fait choc en elle, peut être l’a-t-elle croisé son regard, et ce regard a fait naître quelque chose en elle qu’elle ne connaissait pas et qui la bouleversée ? Cela nous ne le saurons pas, mais au fond de moi j’ai du mal à croire qu’elle s’est décidée comme cela à braver les regards noirs des bien pensant pour se mettre aux pieds de cet homme, pour lui déclarer son amour, parce que c’est bien de cela qu’il s’agit. Cette femme n’est elle pas aussi la fiancée du cantique qui sort de la ville à la recherche de son  bien aimé et qui ne le lâchera plus une fois qu’elle l’aura trouvé ?

Quant au parfum, de quoi s’agit il ? Quand on va voir quelqu’un on n’arrive pas les mains vides et cette femme de la ville, il est sûr qu’elle est bien « élevée » ! Elle arrive avec quelque chose de royal pour celui qui est son Roi. A t elle acheté cela ou est ce un cadeau dont elle ne veut plus ? Est ce le cadeau d’un de ses admirateurs, de ces hommes qui étaient avec elle  et qu’elle ne veut plus porter ? Est sa manière de dire qu’elle rompt avec ce passé ? Je ne sais pas, mais ce que dira Jésus : « parce qu’elle a beaucoup aimé, il lui sera beaucoup pardonné », montre bien qu’il y a là un symbole de l’amour qui se répand ?

Peut être a-t-elle juste pris ce vase contenant ce parfum pour l’offrir et en se mettant aux pieds de Jésus, en se rendant compte qu’il se laisse toucher par elle, et les pieds de cet homme ont besoin d’être entretenus, qu’elle verse ce parfum comme une eau pour laver et à cette eau, se mêlent ses larmes. Pourquoi pas ? 

 Et la voilà qui entre dans cette maison, qui se met aux pieds de Jésus, avec certainement la peur qu’il ne la rejette, et voilà qu’il se laisse faire, il se laisse toucher ; alors les larmes montent, ce ne sont pas forcements des larmes liées à la honte, elles peuvent être des larmes de joie, des larmes de soulagement, car elle se sait aimée vraiment dans sa totalité. Il ne l’a pas repoussée, il la laisse faire, il se laisse faire et elle peut lui montrer la force de l’amour qui est maintenant en elle, un amour qui est tournée vers lui et non plus vers elle. Ce n’est plus elle qui est l’objet de l’amour des autres hommes, mais c’est lui qui accepte d’être aimée par elle et qui lui rend en quelque sorte son honneur. Est ce que cela ne fait pas pleurer de bonheur ?

Et si Jésus prend ensuite sa défense (comme il prendra cette de Marie dans l’Evangile de Jean), c’est bien pour montrer que lui, la voit dans ce qu’elle est et a toujours été: une femme remplie d’amour, qui vient enfin d’en recevoir et qui en est comblée.

La parabole qu’il raconte celle de ces deux hommes qui doivent de l’argent et qui sont libérés de leur dette, parle d’amour : lequel l’en aimera le plus ? Or curieusement  ce mot « aimer » me dérange.. Pour moi, il s’agit plutôt de reconnaissance,  pas d’amour. Maintenant si on se souvient qu’un débiteur peut être jeté en prison lui et sa famille par son créancier en cas de non payement, alors la remise de dette peut s’entendre comme un véritable salut et qui dit salut, dit être délivré d’un danger mortel et là, oui il y a amour pour son sauveur.  

Au geste de la femme dite pécheresse (car elle, elle ne dit rien, elle ne parle pas, elle ne demande rien), répond une parole de Salut : « tes péchés te sont pardonnés ». La phrase est lapidaire, mais ne peut-on pas entendre : « Tu as lavé  mes pieds, maintenant moi aussi je te dis que tu es purifiée, que ton passé ne te colle plus à la peau, comme la poussière ne colle plus à mes pieds, que tu fais partie de ma famille ».

Si Jésus se doit d'ajouter; "Va en paix, ta foi t'a sauvée" c'est certes une phrase qu'il emploie souvent, et qui renvoie à la confiance absolue qui se noue entre lui et une personne dans le besoin, mais c'est sa réponse à la question que se posent les "purs". Il est Jésus  LE Seigneur, le Fils du Père. 

Cette femme est-elle Marie que l’on appelle Madeleine, (Lc 8,1) une de ces femmes guéries par Jésus qui l’aident dans sa mission ? Il est facile de l’imaginer puisque c’est la suite du récit évangélique, mais parfois j’ai envie de voir en cette femme « pécheresse » comme une image de chacun d'entre nous.

Parce que nous nous savons aimés nous pouvons reconnaître ce qui ne va pas en nous, ce qui ne va pas autour de nous, et entendre que nous sommes pardonnés et aller de conversions en conversions. 

Regarder ce qui s’est passé pour elle, permet de ne pas rentrer dans cette logique que je peux comprendre mais qui au fond de moi me dérange qui est : reconnais ton péché, demande pardon, Dieu dans sa miséricorde au lieu de te rejeter te pardonne. Alors ce pardon te permettra de comprendre un peu la taille de son amour pour toi.

Quand j’ai rencontré Dieu (je dis Dieu pour faire simple) sur une route qui menait à Chartres, ce que j’ai ressenti, parce qu’il s’agit quand même de ressenti c’est une immense Paix, celle dont j’avais besoin. Ensuite est venue la Joie et si le lendemain je suis allée voir le prêtre responsable des premières années de fac, ce n’était pas pour m’excuser de n’avoir rien fait durant cette année là, mais pour dire que je voulais faire quelque chose, ce qui est quand même très différent. 


jeudi, mars 23, 2017

Guérir du Péché: Partie 2

David: ma faute est devant moi dans relâche..

C’est en réfléchissant au péché (l’offense, la faute) que l’histoire de David avec Bethsabée m’est venue, et donc les mots du psaume que l’on appelle le "Miserere" - ce qui pourrait se dire : regarde sans quel état je suis, regarde ma dépression, regarde-moi et aide-moi.

Je trouve que le psaume 50 ou 51, quand on le lit avec les chapitres 11 et 12 du deuxième livre de Samuel - qui rapportent comment David se laisse avoir par la beauté d’une femme qui se met nue devant lui, ce qui n’est quand même pas neutre - permet de comprendre un peu ce qu’il en est du péché, de la faute. Car David, une fois son péché révélé par Nathan, demande à Dieu de le guérir de son péché ; il dit que sa faute est devant lui sans  relâche (donc que ça l’empêche de dormir, il s’en veut, il ne pense plus qu’à ça, bref il rumine, et il est dépressif).

 Or quelle est ou quelles sont les fautes de David ?

Peut-être que la première faute (je ne dis pas péché) c’est de ne pas être parti à la guerre, de se prévaloir de son titre de roi pour profiter de la vie (faire la sieste, ce n’est pas rien). Et ce péché là, qui renvoie à sa position sociale, c’est peut-être un des péchés de base (l’hybris : moi je suis au dessus des lois, je suis mon petit dieu, je fais ce que je veux, comme je veux et où je veux). De ce péché là, qui est une vraie maladie, découlent beaucoup de perversions.

         La seconde faute, c’est le non respect du septième commandement  mais aussi du dixième: "tu ne commettras pas l’adultère" et "tu ne convoiteras pas la femme de ton voisin".
Il est évident que voir une  femme se dénuder tout près de lui, et rester de marbre, d’après ce que l’on sait de lui, ce n’est pas son truc. Ce qu’elle fait là n’est pas neutre. Son mari, un mercenaire, est à la guerre, manifestement elle n’a pas eu d’enfants de cet homme, et tout le monde sait que le roi a un cœur d’artichaut. Alors ce n’est pas innocent ce qui se passe là. On peut parler de tentation. Comment résister à la tentation quand on est le roi. Si David se renseigne pour savoir si elle est disponible ou pas, cela indique que la transgression montre bien le bout de son nez. Et là David désire la femme d’un autre, ce qui est contraire au dixième commandement : «  tu n’auras pas de visées sur la femme de ton prochain ».  Maintenant est ce qu’un Hittite est pour le roi un prochain ? Rien n’est moins sûr. En se renseignant sur elle, David apprend qu’elle est seule. Il est le le roi et on obéit aux ordres du roi. Comme le commandement émane de Dieu, c’est à Dieu qu’il désobéit. Alors il désobéit au septième commandement, tu ne commettras pas l’adultère, adultère qui normalement le rend passible de lapidation. Mais n’est-il pas le roi ? 

       La troisième faute arrive quand il apprend que la femme est enceinte. Alors il essaie de se débrouiller pour faire endosser la paternité à Urie, et comme cela ne marche pas, et que ce dernier pourrait attaquer l’honneur du roi, il décide de la faire disparaître; et en cela il désobéit au cinquième commandement qui interdit de tuer. Bien sûr ce n’est pas lui qui se salit les mains, mais cela revient au même. 

Cela fait beaucoup de manquements pour un seul homme. Mais finalement, quand on lit cette histoire, il y a de la convoitise, il y a de l’amour, il y a une maîtresse, bref tous les ingrédients d’un roman policier. La question étant : qui a tué Urie….

Si on reprend le psaume 50, peut-être écrit après que Nathan lui ait mis le nez dans son « caca" et que son fils (l’enfant de Bethsabée) soit mort,  David - un peu comme Adam - commence aussi par dire dit que ce n’est pas vraiment de sa faute, parce que dans la faute il a été enfanté (transmission de la maladie in utero si l’on peut dire). Il ne veut qu’une chose, c’est sortir de la culpabilité qui manifestement le ronge (ou de la honte ce qui est pire).

Que David, le roi qui doit donner l’exemple au peuple, ait péché contre Dieu, en n’écoutant pas sa voix, cela transparait dans tout le psaume, mais la réparation ne se profile pas. Comment réparer ce qui a été fait ? Bien sur on peut dire que Dieu en prenant la vie de l’enfant venge la mort de Urie. Mais cette mort permet la naissance de Salomon qui sera celui qui fera régner la justice et construira la maison de Dieu. Comme quoi du mal peut aussi sortir du bon et permettra la réalisation des promesses faites à David, concernant sa lignée. .

Que David demande à Dieu de ne pas lui reprendre son esprit saint, de lui rendre la joie d’être sauvé, pour qu’il puisse comme les justes enseigner aux coupables les voies du seigneur, semble un peu curieux . Mais peut-être que l’on peut supposer que quelque chose s’est passé dans le cœur de David, quelque chose qui n’est pas dit, mais qui fait qu’il peut louer et chanter Dieu, parce que la miséricorde a fait son travail de restauration. Le cœur brisé, broyé, est devenu un cœur vivant.. Je crois que l’art, et composer un psaume c’est de l’art, permet de sortir de la mort pour aller vers la vie.


Alors que retenir de cela ? Il y a le mal commis, qui une fois reconnu permet un changement, et il est important de rencontrer quelqu’un qui montre ce mal; mais aussi comment aider l’autre à sortir du mal subi? Peut-être que la réponse est Jésus qui sauve et qui permet l’accès au Divin qui est en nous.

Cela permettra, dans une dernière partie de ce billet, d'en venir aux médicaments proposés dans l'oraison dont nous sommes partis: le jeûne, la prière et le partage.