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mercredi, avril 19, 2023

Lc 24,13-35. Les disciples d'Emmaüs. 3° dimanche après Pâques. Avril 2023. Le vestiaire..

Luc 24, 13-   Les disciples d'Emmaüs. 3°dimanche après Pâques, Avril 2023. 


 

Ce texte a déjà été proposé le mercredi de la semaine de l'octave de Pâques, semaine consacrée aux récits relatant les attitudes des disciples après la résurrection. 

 

Il s'agit donc de la rencontre de Jésus avec des disciples déçus et tristes qui rentrent chez eux ce matin-là. C'est un texte que j'ai déjà beaucoup travaillé, mais cette année, ce qui m'a travaillée, c'est cette non reconnaissance de Jésus, non reconnaissance qui peut être la nôtre.  

 

Quelques textes plus anciens qui racontent cet épisode.

https://giboulee.blogspot.com/2022/04/lc-24-35-45-clephas-raconte-ce-qui-sest.html

https://giboulee.blogspot.com/2014/03/les-disciples-demmaus-adam-et-eve.html

https://giboulee.blogspot.com/2005/04/les-disciples-demmas.html 


Certes, Luc nous dit qu'ils en étaient empêchés de le reconnaître, et ce qui se passe à la fin du texte avec cette ouverture des yeux évoque comme la sortie d'une cécité. Mais malgré tout, l'homme qui chemine avec eux est quand même très différent du Jésus qu'ils ont connu, qu'ils ont peut-être côtoyé et qu'ils ont peut-être vu sur sa croix. Alors, m'est venue une idée un peu farfelue, à savoir l'existence d'un lieu, quelque part dans le ciel, où Jésus peut choisir comment se vêtir, soit pour se faire reconnaître, soit pour passer incognito. 


Ce serait le vestiaire de Jésus (mais peut-être aussi de Marie, par la suite). C'est pour cela qu'en sous-titre, ce billet s'intitule le vestiaire de Jésus. Autrefois j'avais une rubrique dans ce blog qui s'appelait "impertinences". J'avais créé une sorte de dictionnaire des mots employés dans la Bible ou dans la liturgie, avec mes propres définitions. Une sous section porte ce titre: impertinences. On peut le retrouver dans la table des matières de ce livre de la série Porteuse d'eau, dictionnaire.


https://www.amazon.fr/Porteuse-deau-Dictionnaire-Catherine-Lestang/dp/B01FP872B6/ref=sr_1_4?__mk_fr_FR=%C3%85M%C3%85%C5%BD%C3%95%C3%91&crid=A73E3UW3RKGH&keywords=Catherine+Lestang&qid=1681916933&sprefix=catherine+lestang%2Caps%2C70&sr=8-4&asin=B01FP872B6&revisionId=&format=4&depth=1


 

Nous savons que Jésus est mort nu sur la croix. Qu'il a été mis au tombeau rapidement après sa mort, enveloppé d'un linceul et avec un linge sur le visage. Si comme on le pense le linceul est resté sur place, Jésus ressuscité, même si comme le dit le psaume "il s'enveloppe de lumière comme d'un manteau" (Ps 104, 2), n'a pas de vêtements.,

 

Et il semble bien que cela soit différent, en fonction des personnes rencontrées ce matin-là. Pour Marie-Madeleine (Jn 20), Jésus est vêtu simplement, puisqu'elle le prend pour un jardinier. Pour Cléophas et Simon, c'est un quelqu'un qui est venu célébrer la Pâque à Jérusalem, un non résident de cette ville, et donc habillé peut-être différemment. En Jn 21, c'est un homme qui fait cuire du poisson, et si Jean le reconnaît avec les yeux du cœur, les autres ne le reconnaissent pas. Je me demande, dans les apparitions actuelles, comment cela se passe. Je crois que j'aime bien "monsieur tout le monde", mais à un moment donné, comme pour les disciples, les yeux s'ouvrent et on le voit Lui. Et Paul, Saul, sur la route de Damas, qui voit une lumière et entend une voix, qui voit-il? 

 

 

Recensement des différentes rencontres rapportées par les évangélistes

Dans l'évangile de Matthieu, après avoir entendu les paroles de l'ange, les femmes se mettent en route, et Jésus vient à leur rencontre - Mt 24,9. Et là, c'est bien le Jésus qu'elles connaissent, qu'elles reconnaissent, dont elles entendent la voix, mais pour autant, elles ne sont pas trop rassurées et ont besoin de le saisir pour être bien sûres qu'il est de chair et d'os, qu'il n'est pas un fantôme, une illusion. Plus tard en Galilée - Mt 24, 16, certes les disciples se prosternent mais le doute subsiste.

 

Dans l'évangile de Marc, les femmes voient un jeune homme vêtu de blanc. Ange ou Jésus? Mais elles ne disent rien et restent dans leur peur. 

 

Dans l''évangile de Luc, au tombeau, en Luc 24,4 les femmes voient deux hommes aux vêtements étincelants (ce qui évoque un peu la transfiguration et donc le divin, ou au livre de Daniel, l'Ange dans la fournaise) qui parlent aux femmes. Elles sont des messagères, mais ne sont pas crues. 

 

Sur la route d'Emmaüs ( Lc 24,13-32) Jésus est pris pour "un étranger", ce qui montre que cet homme n'a rien à voir avec le Jésus d'avant la Passion. Il est habillé comme un homme de son temps, plus aucune marque sur son visage. Et bien entendu on ne voit ni ses mains ni ses pieds, qui semblent normaux. Peut-être est-ce au moment ou Jésus rompt le pain, que les deux hommes voient les trous laissés par les clous, mais rien n'est moins sûr

 

Par contre quand Jésus apparaît, d'un seul coup au milieu de des disciples Lc 24, 33 et suivants, il y a de quoi être dans la crainte, de quoi être bouleversé: peur que ce soit un esprit venu d'en bas, un fantôme. Heureusement qu'il demande à manger et qu'il montre son corps, même si là, personne ne le touche. 

 

Je pense qu'il faut aussi faire mention de ce qui se passe pour Saul sur la route de Damas (Ac 9). Il est question de lumière et d'une voix, mais on peut penser que Saul a bien vu le Ressuscité, dans sa Gloire. Mais il fallait bien cela pour que la conversion ait lieu. Jésus s'adapte au vécu de chacun.

 

Les écrits de Jean

 

Que Marie-Madeleine - Jn 20,15 - ne le reconnaisse pas bien qu'elle l'entende parler, qu'elle le prenne pour un employé de ce jardin où son bien-aimé a été déposé, montre bien que là Jésus est parfaitement adapté à son environnement. 

 

Marie ne s'attend pas à le voir, elle est dans son deuil, elle cherche un corps, pas quelqu'un finalement, et Jésus lui permet de faire un travail intérieur de retournement dira Jean, qui lui permet d'entendre vraiment le son de la voix, de la reconnaître enfin, et de pouvoir elle aussi avoir envie de le tenir, de le retenir. 

 

Le récit suivant, qui de fait est en deux temps (Thomas absent, Thomas présent) - Jn 20,19-29, évoque une vision de Jésus tel qu'il a été, mais avec un visage sans aucune trace. Or c'est peut-être cela qui perturbe Thomas et l'empêche de croire. Le Jésus qui se présente là porte bien les marques, mais finalement, là encore ce n'est pas tout le monde qui peut le lire, les voir.

 

Quant au dernier récit, Jn 21, sur le bord du lac, là encore Jésus vu de loin est un homme semblable à tous les hommes. Il interpelle, mais personne ne reconnaît le son de sa voix, et c'est l'ordre donné de jeter le filet à droite, qui est pour le rédacteur le signe que l'homme sur la rive, ce monsieur tout le monde, n'est pas monsieur tout le monde, mais le Seigneur. Et quand tous arrivent sur le rivage, on ne sait pas s'ils reconnaissent vraiment leur Seigneur; devant eux aussi il fait un geste semblable à ce qu'ils ont vécu (Jn 6): le pain et le poisson qu'ils avaient eux-mêmes distribués, alors que là, c'est Jésus qui partage.

 

 

Pour ma part, j'ai tendance à penser que lorsque Jésus se révèle, et d'après ce que l'on dit, les visions sont nombreuses, il le fait de manière à ce que les hommes et les femmes puissent le reconnaître. Parfois ce sera lui, parfois ce sera dans un être rencontré, un témoin comme on dit, où un de ces petits qui est présence du Seigneur.

 

 Les vêtements de Jésus. 

 

Ce qui me frappe donc dans les différents textes proposés ces derniers jours, c'est que d'une manière générale Jésus n'est pas reconnu par ses proches, même par ses très proches, ses intimes. 

 

Bien entendu, les images qui représentent les apparitions de Jésus, nous montre soit un Jésus tout de blanc vêtu avec une auréole, ou revêtu de vêtements byzantins, qui ont leur symbolique, mais qui ne correspondent pas du tout aux vêtements portés du temps de Jésus. Si personne ne reconnaît Jésus, à savoir une tunique et un manteau (enfilé au-dessus de la tunique), c'est bien qu'il se fond en quelque sorte avec ces gens qui retournent chez eux après la fête de la Pâque, ou avec les pêcheurs de Galilée.

 

Comme je l'ai déjà dit, Jésus est mort nu. Quand il reprend vie, une vie qui n'a plus rien à voir avec la vie humaine, il faut bien lui trouver un vêtement. Il y a la lumière qui peut être tissée pour faire ce vêtement entrevu lors de la transfiguration. Bon, c'est ce que je peux imaginer, revêtu de lumière. Mais quand Jésus, se manifeste, et qu'il n'est pas reconnu, il faut bien qu'il soit vêtu comme un tout à chacun. D'où l'idée d'une sorte de vestiaire, avec un ange préposé à cela, qui peut conseiller Jésus. 

 

Et voici un dialogue possible entre Jésus et l'Ange préposé au vestiaire. 

 

     °Tu veux rencontrer les femmes au sépulcre et tu veux qu'elles te reconnaissent? Alors habille toi comme tu t'habillais, mais tu n'auras plus cette tunique d'une seule pièce, parce qu'elle était unique. Mais une tunique simple et un manteau simple, peut-être de couleur. Je suis sûre qu'elles vont tomber à tes pieds et vouloir de retenir quand elles te reconnaîtront.

 

    °Tu veux que Marie de Magdala, ta disciple que tu aimes tant, ne te reconnaisse pas tout de suite? Alors fais-toi passer pour l'homme chargé de l'entretien du jardin. Quand elle te verra, elle te prendra pour le jardinier et te demandera de lui dire où tu as caché le corps. Et elle comprendra qu'il n'y a pas de corps caché; que celui qu'elle voit, c'est bien toi. Peut-être faudra-t-il que tu lui parles, parce qu'émotive comme elle, elle risque de ne rien voir, de ne rien entendre.  J'ai ce qu'il te faut. Et même de belles sandales.

 

    °Tu veux que les hommes qui retournent à Emmaüs, ne puissent pas te reconnaître? Là j'ai l'habit parfait pour que tu te fondes dans le paysage, qui tu sois comme un juif qui vient de célébrer la Pâque dans la ville sainte. Tu pourras te faire passer pour un juif de la diaspora et ouvrir petit à petit leur cœur. 

 

    °Tu veux que Simon-Pierre et ses compagnons ne te reconnaissent pas sur les bords du lac? Je vais te donner ce qu'il te faut, et aussi de quoi faire du feu, puisque tu veux leur faire la surprise de leur donner du pain et du poisson. Cela je peux aussi te le procurer. Je suis un ange très doué. 

 

     °Le jour où tu rencontreras Saul, ce pharisien qui commencera par te haïr, tu n'auras pas besoin de vêtement. Lui il doit te voir dans ta gloire, et entendre ta voix. 

 

Et je me dis que pour habiller Marie, ce doit être la même chose, car Marie est vêtue suivant la manière dont les nobles s'habillaient à certaines époques. La description que fait Catherine Labouré est très claire à ce ne niveau-là. Et il lui faut aussi s'adapter aux différents pays dans lesquels ont lieu les apparitions. 

 

Merci donc à ce ange préposé au vestiaire.

 

Travail sur le texte.. 

 

 

13 Le même jour (c’est-à-dire le premier jour de la semaine), deux disciples faisaient route vers un village appelé Emmaüs, à deux heures de marche de Jérusalem,

14 et ils parlaient entre eux de tout ce qui s’était passé.

15 Or, tandis qu’ils s’entretenaient et s’interrogeaient, Jésus lui-même s’approcha, et il marchait avec eux.

16 Mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître.

17 Jésus leur dit: « De quoi discutez-vous en marchant?» Alors, ils s’arrêtèrent, tout tristes.

 

Le même jour, chez Luc, il y avait eu les trois femmes qui trouvent la pierre, roulée, qui entrent mais ne trouvent pas le corps, et qui sont accueillies par deux hommes avec des vêtements étincelants, qui leur font un petit cours: "Souvenez-vous de ce qu'il avait dit"; et de fait cela sera développé avec les disciples d'Emmaüs. Il y avait eu cet ordre, ne pas chercher le Vivant parmi les morts, et de prévenir les disciples. Mais l'impression que cela donne, c'est que les femmes ne sont pas crues. Et c'est d'ailleurs ce qui sera rapporté un peu plus loin dans le texte.  

 

Eux, un peu étonnés, s'arrêtent de marcher. C'est presque étonnant cela. Dépression? On les sent abattus. A la fin du texte, ils se lèvent et n'hésitent pas une minute pour refaire deux heures de marche. 

 

18 L’un des deux, nommé Cléophas, lui répondit: «Tu es bien le seul étranger résidant à Jérusalem qui ignore les événements de ces jours-ci. »

 

Si Jésus est pris pour un étranger, ou du moins pour quelqu'un qui ne réside pas à Jérusalem, qui peut être un juif de la diaspora, c'est bien que son vêtement est un vêtement normal, peut-être un peu différent. Ce qui me paraît certain, c'est que ce sont d'autres vêtements que les vêtements habituels, puisque personne ne le reconnaît. 

 

19 Il leur dit : « Quels événements ? » Ils lui répondirent : « Ce qui est arrivé à Jésus de Nazareth, cet homme qui était un prophète puissant par ses actes et ses paroles devant Dieu et devant tout le peuple :

20 comment les grands prêtres et nos chefs l’ont livré, ils l’ont fait condamner à mort et ils l’ont crucifié.

21 Nous, nous espérions que c’était lui qui allait délivrer Israël. Mais avec tout cela, voici déjà le troisième jour qui passe depuis que c’est arrivé.

 

Ce que je trouve intéressant dans cette séquence, c'est que ce sont bien les grands-prêtres et les chefs qui ont fait crucifier Jésus. Responsabilité de ceux qui ont le pouvoir. Qui n'ont pas voulu reconnaître, ouvrir les yeux. Jésus est décrit ici comme un prophète puissant par ses actes et ses paroles devant dieu, et on attendait qu'il délivre Israël.

 

22 À vrai dire, des femmes de notre groupe nous ont remplis de stupeur. Quand, dès l’aurore, elles sont allées au tombeau,

23 elles n’ont pas trouvé son corps; elles sont venues nous dire qu’elles avaient même eu une vision: des anges, qui disaient qu’il est vivant.

24 Quelques-uns de nos compagnons sont allés au tombeau, et ils ont trouvé les choses comme les femmes l’avaient dit; mais lui, ils ne l’ont pas vu. »

 

Stupeur des femmes, déplacement des apôtres, corps absent, corps pas trouvé. Et pas d'anges non plus. La pierre roulée, le tombeau ouvert et vide et les linges (je résume). Et ce mot "stupeur", que l'on retrouve au chapitre 4 de Luc, après l'expulsion d'un esprit impur (Lc 4, 36). 

 

25 Il leur dit alors : « Esprits sans intelligence ! Comme votre cœur est lent à croire tout ce que les prophètes ont dit !

26 Ne fallait-il pas que le Christ souffrît cela pour entrer dans sa gloire ? »

27 Et, partant de Moïse et de tous les prophètes, il leur interpréta, dans toute l’Écriture, ce qui le concernait.

 

Ils sont comme les disciples quand Jésus leur explique les paraboles. Là, il explique les Écritures, du moins ce qui le concerne. J'ai un peu l'impression d'entendre Paul dans son épitre aux Galates: "hommes sans intelligence, qui donc vous a ensorcelés?" Qu'est-ce qu'on aimerait entendre Jésus lui-même.

 

28 Quand ils approchèrent du village où ils se rendaient, Jésus fit semblant d’aller plus loin.

29 Mais ils s’efforcèrent de le retenir: «Reste avec nous, car le soir approche et déjà le jour baisse.» Il entra donc pour rester avec eux.

 

Là, ce n'est pas saisir, c'est retenir et ce n'est pas violent. Il y a le désir, et ce désir Jésus l'entend. Peut-être même l'attend-il; cette soif.

 

30 Quand il fut à table avec eux, ayant pris le pain, il prononça la bénédiction et, l’ayant rompu, il le leur donna.

 

Bénédiction du maître de maison en quelque sorte. Mais j'ai toujours une question sur cette fête de Pâque mais aussi sur la fête des azymes qui, elle, dure 8 jours et se termine par un jour de fête. Où en est-on par rapport à cette prescription?

 

31 Alors leurs yeux s’ouvrirent, et ils le reconnurent, mais il disparut à leurs regards.

 

Ouverture des yeux, mais disparition de Jésus, peut-être pour qu'ils ne saisissent pas de lui. Une nouvelle image de lui est dans leur cœur, et c'est cela qui va les mouvoir.

 

32 Ils se dirent l’un à l’autre: « Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route et nous ouvrait les Écritures? »

 

Perception de quelque chose dont ils ne s'étaient pas rendus compte; captivés par cet homme, au sens fort.

 

33 À l’instant même, ils se levèrent et retournèrent à Jérusalem. Ils y trouvèrent réunis les onze Apôtres et leurs compagnons, qui leur dirent :

34 « Le Seigneur est réellement ressuscité : il est apparu à Simon-Pierre. »

 

Le verbe se lever. Il s'est passé en eux quelque chose qui est de l'ordre de la résurrection. Ils ne sont plus dans le doute, dans la tristesse. Et ils comprennent en arrivant qu'ils n'ont pas eu une vision ou un songe, il y a le réellement ressuscité, il est apparu à Simon.

 

35 À leur tour, ils racontaient ce qui s’était passé sur la route, et comment le Seigneur s’était fait reconnaître par eux à la fraction du pain.

 

Cela me semble important; c'est le Seigneur qui a décidé que c'était à ce moment-là qu'ils pouvaient le reconnaître, qu'avant ils n'en n'auraient pas été capables; il a fallu l'enseignement sur la route, l'arrêt dans le village et la préparation du repas, une sorte de temps mort, et le repas, qui est peut-être celui qui termine la fête des azymes. Mais on est normalement encore dans ce temps-là. Qu'est-ce que Jésus a dit ou a fait à ce moment où il rompt le pain? Nous ne le savons pas. Il y a deux répétitions, ce qui s'est passé pour les multiplications des pains et ce qui s'est passé le soir du dernier repas; je pense, comme pour Marie, que le timbre de la voix a fait l'ouverture et des yeux et des oreilles. 

 

 

L'ange du vestiaire raconte aux autres anges.

 

 

Il en a fait ces choses ce jour-là le Fils du Très Haut. Avant même de retourner auprès de son Père, alors qu'il était sorti vainqueur du royaume de la mort, du royaume des ténèbres qui voulait l'anéantir, il a envoyé deux d'entre nous, pour parler aux femmes qui étaient venues au tombeau pour "le faire beau", lui dont le corps avait été aussi maltraité. Elles avaient apporté tout ce qu'il fallait pour l'embaumer, même pour le vêtir, comme s'il avait besoin de cela. Ils leur ont rappelé les paroles qu'il avait dites par trois fois, qu'il devait être livré aux mains de pêcheurs, être crucifié (enfin je ne sais pas s'il l'avait dit aussi clairement, et revenir à la vie le troisième jour.

 

Elles nous ont cru, et sont allées le dire aux disciples, mais eux, ils les ont prises pour des folles et ont refusé de les croire. Je crois qu'il a alors pensé que si c'était des hommes qui pouvaient témoigner de sa présence, ils croieraient.

 

Il a alors rejoint deux hommes, deux disciples à lui, qui revenaient chez eux en ce jour de la fête des Azymes, et qui semblaient très abattus. Il a juste marché à leur pas, et au bout d'un petit moment, il leur a demandé de quoi ils discutaient en chemin. Cette question les a interloqués, à tel point qu'ils ont arrêté de marcher, qu'ils ont regardé jésus, bizarrement. Il faut dire qu'il ne ressemblait en rien à l'image de Jésus qu'ils pouvaient avoir en eux, quand ils l'avaient vu sur la croix. Et les vêtements que j'avais choisi pour lui avec soin, étaient ceux d'un juif de la diaspora, donc un peu différents des vêtements des judéens, n'aidaient pas. Ils étaient vraiment très tristes. S'ils avaient su qui était avec eux, mais ils ne le savaient pas, ils ne pouvaient pas le reconnaître et c'est ce que Jésus voulait. 

 

Ils ont exprimé leur stupéfaction devant cette question et ils lui ont expliqué que leurs chefs avaient mis à mort, enfin fait mettre à mort, comme un malfaiteur celui qu'ils croyaient être un prophète puissant, par ses paroles et par ses actes (et cela c'est rare), qui avait été livré et mis à mort par les grands-prêtres qui étaient jaloux de lui. Eux ils espéraient que cet homme serait vraiment celui qui délivrerait Israël. Ils ont dit (comme si Jésus ne le savait pas) que des femmes étaient allées au tombeau, qu'elles ne l'avaient pas trouvé, mais que deux anges leur avait dit qu'il était vivant. Cela nous a rempli de stupeur. Mais de là, à les croire? Certains sont allés vérifier que c'était bien comme elles l'avaient dit, que le tombeau était ouvert, avec la pierre roulée et pas de corps, et c'est ce qu'ils ont vu. Mais n'importe qui aurait pu le prendre le corps, le mettre ailleurs, parce que ce tombeau n'était pas pour lui. 

 

Alors là, il leur a coupé la parole. Il leur a dit, que leur esprit était sans intelligence, qu'ils étaient vraiment, vraiment lent à croire, et tout en cheminant, il leur a montré ce qui dans les écritures parlaient de lui. Et le temps a tourné. Ils écoutaient, écoutaient, écoutaient, et ce n'est que quand le soir est tombé et qu'ils sont arrivés chez eux, à Emmaüs et que Jésus a fait semblant de continuer sa route, qu'ils lui ont demandé de rester avec eux, de partager leur repas. C'est celui qui s'appelle Cléophas qui le lui a demandé.

 

Ils ont préparé le repas, et là il a pris le pain, il a prononcé la bénédiction, il l'a rompu et là… 

Là il s'est passé quelque chose, leurs yeux se sont comme ouverts, ils ont vu dans l'homme qui avait marché avec eux, le maître qui était le leur, le maître qui était vivant, mais vivant autrement, vivant totalement. Et il a disparu. Cela ça n'a pas dû être facile pour eux, je suis sûr qu'ils auraient tellement pouvoir lui poser des questions, le toucher. Mais il n'était plus là. 

 

Ils se sont regardés et moi qui les regardait, je voyais la joie qui avait remplacé leur tristesse, leur abattement. Eux aussi étaient revenus à la vie. Et ils ont tout laissé en plan, leur cœur était brulant de joie et ils sont retournés à Jérusalem annoncer que Jésus était vivant, qu'il était le Vivant. Les onze, ceux qui étaient les plus proches de Jésus, les ont accueillis avec joie, et leur ont dit que le seigneur était apparu à Simon-Pierre et eux de raconter ce qui s'était passé pour eu et comment il s'était laissé reconnaître) à la fraction du pain.

 

Juste après Jésus s'est manifesté, leur a ouvert à tous l'esprit (et ils en avaient vraiment besoin) à la compréhension des écritures, mais une autre compréhension que celle des rabbins et qu'il leur envoyer sur eux, ce que le Père avait promis. Là je pense qu'ils n'ont pas trop compris, et il a disparu à leurs regards; et maintenant, c'est nous qui pouvons-nous réjouir de sa présence et d'être attentifs à ses désirs. Que notre Dieu est Grand. Louons le et réjouissons -nous, car le Salut est en marche pour tous les hommes.

 


mercredi, avril 10, 2013

"Il est ressuscité des morts"


Résurrection
« Il est ressuscité des morts ».
Col 2, 12  « Ensevelis avec lui dans le baptême, avec lui encore vous avez été ressuscités puisque vous avez cru en la force de Dieu qui l'a ressuscité des morts ».

Depuis plus de 10 ans maintenant je chemine lentement à travers le dédale des mots de la foi. Quand je me suis (ou quand j’ai été) sur un chemin de retour dans la pratique ma demande a été que les choses (mot vague, je le sais) se fassent dans la douceur, je veux dire que les changements, les compréhensions, se fassent non pas dans la violence, parce que cela j’avais connu et comme on dit j’avais donné, mais qu’elles se fassent progressivement, à mon rythme, un peu comme un petit ruisseau qui chante dans la prairie   et non pas comme un torrent qui emporte tout sur son passage. Il arrive que dans le temps que je me donne pour lire la parole, certains versets d’un coup posent question, ou plus exactement se dressent devant moi. Quand cela se produit, je sais que j’ai quelque chose à faire, quelque chose à chercher, et que ce travail qui est le mien pourra peut être aussi servir à d’autres qui comme moi ne sont pas arrivés, qui ne savent pas trop si oui ou non ils ont la foi, mais qui un jour après l’autre se laissent déplacer. C’est ce qui s’est passé avec ce verset de l’épitre aux Colossiens. Curieusement la résurrection de Jésus ne m’a jamais posé question, car j’ai vécu avec Lui pendant tant d’années que le fait qu’Il soit vivant a toujours été une certitude. Par contre, le comment de la résurrection ne m’avait jamais posé question, car de fait pour moi Jésus s’était ressuscité d’entre les morts. Je dirais que j’imaginais que cela s’était passé un peu comme dans Narnia, les livres de C.E. Lewis Narnia, où le lion mis à mort par la reine de glace redevient vivant sans que personne ne lui redonne la vie. Or ce verset dit explicitement que la résurrection ne s’est pas passée comme cela, qu’elle est dûe à la force de Dieu et qu’elle révèle aussi quelque chose de l’amour de Dieu pour les hommes. Et si on reprend les épitres de Paul et les actes des Apôtres, il est toujours dit que «  ce Jésus que vous avez mis à mort, il a été ressuscité par Dieu… ».  Donc ce qui suit est un cheminement sur ce point.  

En Jean au chapitre 3, il est écrit que Dieu a tellement aimé le monde qu’il lui a donné son fils. Et que celui qui croit en Jésus aura la vie éternelle. Avoir la vie éternelle, c’est vivre sans connaître la mort (attribut divin : l’éternité) et c’est autre chose que ce qui avait été promis à Abraham s’il faisait alliance avec Dieu. Abraham avait comme promesse une descendance (ne pas s’éteindre, ne pas mourir) et une terre (un lieu pour durer), mais pas la vie éternelle, ce qui est autre chose, puisque que l’on peut dire que Dieu fait alors partager sa propre vie. On peut penser que l’envoi du fils permettra de dépasser les frontières du peuple choisi pour que le Salut concerne non pas un peuple mais tous les peuples de la terre.

Etre sauvé, c’est être vivant de la vie même de Dieu, donc de la vie de l’Esprit. Ce petit verset de l’épître aux Colossiens est pour moi comme un condensé de la vie trinitaire.

Il m’a en tous les cas fait renoncer à l’idée que j’avais que Jésus était revenu à la vie de par l’énergie divine qui était en lui. Je crois que la résurrection est à l’œuvre dès la mort sur la croix, dès que souffle est « remis », mais que dès ce moment c’est la force de Dieu (l’Esprit Saint ?) qui prend le relais, qui vivifie, qui fait toute chose nouvelle.

Quand je travaillais en milieu hospitalier, il y avait au mur une boîte contenant du matériel de réanimation et qui s’appelait «  Ressuscitator ». Ce mot m’a toujours posé question. Faire des réanimateurs des super héros ce n’est pas rien !

Il est certain que faire revenir quelqu’un à la vie, cela peut s’appeler une résurrection et cela c’est parfois le travail des médecins réanimateurs. Pour revenir à la vie, il faut donc qu’il y ait quelqu’un qui vous rappelle, qui vous fasse repasser de la mort à la vie. En d’autres termes on ne se ressuscite pas. Les récits des personnes qui ont vécu une NDE, disent bien qu’il s’agit de leur choix de revenir dans ce corps là, que c’est parfois fort douloureux, et que la mort sera de nouveau au bout. Certes il y a parfois des changements pour les personnes qui ont vécu cette expérience (NDE), en particulier des guérisons et une autre perception du monde, mais leur corps reste leur corps et la mort sera leur lot.

Or pour les chrétiens, ce qui se célèbre à Pâques, c’est la résurrection définitive d’un homme qui a connu la mort. Si la Pâque pour les juifs c’est la libération de l’esclavage, pour les chrétiens il s’agit de la libération d’un autre esclavage, de celui de cette force en nous qui nous enchaîne et nous pousse vers le mal, vers la mort.

Dans les évangiles Jésus annonce plusieurs fois qu’il va ressusciter d’entre les morts, mais on nous dit que les disciples ne comprennent pas ce que cela veut dire et n’osent pas lui poser de questions. Cela se comprend, car si Jésus a rendu à la vie quelques personnes, qui sera capable de lui rendre la vie sinon Dieu ?

Si la résurrection est pour certains un fait, une certitude, le comment de cette résurrection reste un mystère. Nous sommes tellement habitués à avoir des représentations iconographiques du Ressuscité parfois avec des plaies (mains pieds, cœur), parfois sans aucune atteinte, mais toujours avec un visage intact, (contrairement à ce qui montre le suaire de Turin) que le passage d’un cadavre (puisqu’il faut appeler ainsi le corps qui pendait sur la croix), à la présence d’un être qui a les caractéristiques de l’être humain, mais avec infiniment plus de possibilités ne nous pose plus de questions.

Et pourtant même si les évangiles rapportent des potentialités étonnantes : marcher sur les eaux, transfiguration, ce qui se passe là est différent. Il s’agit d’un être qui peut sortir ou se déplacer dans des lieux fermés (tombeau, pièce close où sont enfermés les apôtres), qui peut apparaître (aux femmes, à Marie-Madeleine, aux les disciples d’Emmaüs) et disparaître (disciples d’Emmaüs) , qui peut montrer ou ne pas montrer ses plaies, qui peut manger, préparer un repas, donner son Esprit, mais qui est le Tout Autre, car là où il demeure, personne ne peut venir avec lui, par contre c'est Lui qui demeure dans le coeur de ses disciples.

samedi, mars 29, 2014

Les disciples d'Emmaüs/ Adam et Eve

Nous avons relu en tout petit groupe l'évangile des disciples d'Emmaüs. Ce qui m'a frappée à cette relecture, c'est ce que Luc dit des yeux de des disciples que j'ai envie, comme cela se dit parfois de considérer comme un couple qui m'a interpellée. Car en plein jour les yeux sont "fermés" en l'absence de lumière, les "yeux s'ouvrent'.

Dire que "leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître" c'est comme dire qu'ils étaient aveugles ou aveuglés par quelque chose. Bien sûr l'homme qu'ils rencontrent ne porte pas sur son corps les marques de la crucifixion, c'eut été trop simple.

Quand la rencontre se fait, on est en plein jour, le soleil est là, il fait clair. Mais eux, qui sont dans leur rumination, dans leur tristesse, malgré la clarté qui est là, sont tellement dans leurs pensées, que certes ils accueillent ce drôle de type qui n'est au courant de rien, certes ils cheminent avec lui, certes ils écoutent ce qu'il raconte et qui donne un sens à tout ce qui vient de se passer, mais ils ne se posent pas de question sur cet homme..C'est un homme, il n'a pas de nom. Peut être justement parce que c'est l'Homme, mais cela ils ne le savent pas. d'une certaine manière ils restent dans leur nuit alors que la clarté est avec eux.

Et le soir tombe et avec la tombée de la nuit qui est rapide en Palestine, on passé du clair obscur à la nuit. Le couple est arrivé chez lui, à Emmaüs.  L'homme fait mine de continuer son chemin et de toutes les manières, il n'a jamais dit où il allait et s'il était attendu quelque part. Pourtant cet homme, pour le couple, il n'est pas question de le laisser partir sans lui offrir l'hospitalité. L'hospitalité en Orient, c'est fondamental. Et L'homme se laisse faire.

Seulement ce jour là, ce n'est pas n'importe quel jour, car si l'agneau pascal a été immolé le vendredi, on est dans le temps de la Pâques des Juifs, et dans le temps de cette semaine où l'on consomme du pain sans levain. C'est une semaine particulière. Et la nuit est tombée, les bougies sont peut être allumées et voilà que l'homme dont ils ne connaissent toujours pas le nom, prend le pain, le bénit, le rompt. Et là, dans la nuit, dans la quasi obscurité, les yeux s'ouvrent, et d'un coup ils "savent", ils comprennent que celui là, c'est le "Seigneur", et que tout ce qu'il a expliqué prend un sens.

C'est dans la nuit que les yeux s'ouvrent. Et quand les yeux s'ouvrent, quand le coeur s'ouvre, quand la brûlure de la présence se fait ressentir, alors celui dont ils savent enfin le nom, disparait, mais reste présent en eux, tellement présent qu'ils partent immédiatement prévenir les autres que ce qu'avait annoncé Jésus est bien arrivé.

Or ce couple là, qui passe d'une certaine manière de l'obscurité à la lumière, il est d'une certaine manière à l'opposé du couple primitif tel que le raconte la Genèse. Eux avaient la lumière, et ils l'ont perdue. Et c'est cet autre couple qui n'a pas la lumière et qui la trouve ou la retrouve.

C'est dans la clarté, dans la journée que les yeux du couple Adam et Eve s'ouvrent d'une certaine manière ou se ferment (si l'on voit les choses autrement). Ils comprennent qu'ils ne sont pas pas Dieux, mais des petits humains, nus, fragiles, dépendants, et qu'ils ont été aveuglés par un faux discours et que cet aveuglement il va perdurer. Ils se voient "nus" et qu'ils se rendent comptent qu'ils ont "perdu" quelque chose.

 C'est à la nuit, quand Dieu qui se promène à la brise du soir que finalement ils se rendent compte qu'ils sont comme des aveugles, parce qu'ils ont perdu "la lumière", celle de Dieu qui donne un halo différent à toutes choses.

Cette cécité, (même si par ailleurs je continue à penser que cette curiosité a permis l'essort de l'humanité) qui fait de l'homme da propre recherche, ne sera vaincue que lorsque Jésus aura d'une certaine manière par la mort et sa résurrection vaincu l'ange porteur d'une épée de lumière qui empêche le passage vers l'arbre de vie.

La porte est ouverte, les yeux sont ouverts à nouveau et une alliance nouvelle peut enfin être créer, pas une alliance dans la peur, mais une alliance dans l'amour.

mardi, janvier 27, 2026

Marc 6, 30-54 : multiplication des pains et marche sur la mer démontée.

De la déception à la dureté du cœur. Marc 6, 30-54"

 

Nous avons entendu cette semaine (il s'agit de la semaine après l' Épiphanie) deux péricopes du chapitre 6 de l'évangile de Marc, la multiplication des pains et la tempête apaisée. Or la seconde se termine par une phrase assez rude :" ils n'avaient pas compris le miracle des pains, leur cœur était endurci ". Et c'est bien la question de l'endurcissement qui sera en filigrane dans la manière dont je vais essayer de raconter à ma manière, ces deux épisodes.

 

Je dois dire que l'envie de retravailler ces textes est venue lors de l'écoute de la multiplication des pains. Il me semblait qu'il manquait quelque chose, je veux dire que Jésus et ses disciples ne s'étaient pas retrouvés là, par hasard. Effectivement il manque les verset 30 et 31, "Les Apôtres se réunirent auprès de Jésus, et lui annoncèrent tout ce qu’ils avaient fait et enseigné.31 Il leur dit : « Venez à l’écart dans un endroit désert, et reposez-vous un peu. » De fait, ceux qui arrivaient et ceux qui partaient étaient nombreux, et l’on n’avait même pas le temps de manger. 

 

Les disciples reviennent de leur première mission, certainement heureux mais épuisés. Ils découvrent une maison, où il est impossible de se restaurer parce que le maître est sans cesse sollicité. Alors Jésus leur demande d'aller à l'écart, dans un endroit sans maison, pour prendre un temps de repos. Ce verset que je cite :  Mc 6, 30 " propose simplement aux missionnaires d'aller dans un endroit désert (loin des villages), au bord du lac. Une de ces petites criques où se trouve une source, des arbres, et le clapotement du lac et d'y prendre un moment de repos. 

Or, il est bien évident que ce n'est pas du tout ce qui s'est passé.

 

 

Or pour moi, cet endurcissement peut avoir une origine, la déception qui augmente au fil des heures. Or la déception, la frustration, cela peut provoquer aussi de la colère, de la rogne, de la jalousie. On peut ou on pourrait parler de péché, mais cela me dérange un peu. Mais ce qui est certain, c'est que cela provoque une sorte d'enfermement, d'emmurement sur soi, et qu'on peut rester complètement imperméable, même face à un miracle. D'ailleurs Jésus dira bien dans la parabole de Lazare, que même si quelqu'un revenait du chez les morts, cela ne servirait à rien., 

 

J'ai donc essayé de relire le texte, avec peut-être un peu de psychologie, pour essayer de comprendre comment les apôtres eux, ont vécu ces différents temps de ce que Marc nous rapporte. Je reviendrai ensuite sur l'endurcissement et je tâcherai d'en trouver quelque chose pour moi, parce que s'endurcir, s'enfermer dans ses convictions, c'est tellement habituel !

 

Le texte de Marc : une approche un peu psychologique.

 

Ils étaient revenus de leur première mission, heureux, épuisés. Ils avaient trouvé la maison pleine d'inconnus, qui entraient et sortaient. Manger il n'en n'était même pas question. Jésus semblait heureux de ce qu'ils racontaient. Il leur a proposé de trouver un end où l'on peut se rendre discrètement en barque, pour avoir un havre de paix. 

 

Et les disciples avaient le droit à leur petite récompense, avoir leur "rabbi" pour eux tous seuls, partager du pain et du poisson, bref une belle et bonne journée. 

 

Or, c'est bien cela qui va faire défaut, et il peut y avoir de quoi se sentir frustré, pour parler avec des mots d'aujourd'hui. En effet, quand la barque arrive, quand la petite troupe débarque, le lieu est loin d'être désert. Il y a du monde, beaucoup de monde. Leur départ n'a pas été assez discret.  Et quelque part, c'est la tuile. Ils ne vont pas être tranquilles. Car il y a du monde, des bien-portants, et des malades? C'est certain que Jésus ne va pas pouvoir résister, puisque c'est pour eux qu'il a été envoyé. 

 

Le repos Jésus lui, ne semble ne pas connaître. Il est vrai aussi que son temps est compté, mais cela lui seul le sait. Ne passe-t-il pas certaines nuits à prier? Son cœur est ému, cette foule, elle est là comme un troupeau de brebis sans berger. Alors lui, il fait ce qu'il aime, il guérit, il enseigne. Une fois de plus les heures passent. Il commence à se faire tard et à mon avis, les disciples qui voient le temps filer s'impatientent. Ont-ils pris le temps de manger un peu, eux? Lui non, mais quand il se donne ainsi, il est hors du temps. Ce qui n'empêche pas les disciples de se demander quand est-ce qu'il va se décider à renvoyer ces intrus qui leur ont volé leur maître? 

 

Pourtant ils ont beaucoup patienté. Jésus devrait apprécier leur patience.  C'est lorsque le soleil commence sa course vers l'horizon, qu'ils essayent enfin de lui suggérer qu'il serait bon qu'il renvoie les foules. Comme cela, eux auront un peu de temps avec lui, un feu, une soirée tranquille avant de repartir, d'autant que depuis la mort de Jean le baptiste, une certaine inquiétude règne. Cela permettrait aux autres, les intrus, d'aller acheter de quoi se substanter. Mais comment s'y prendre pour que le Maître rentre dans leur désir? 

 

Alors ils vont lui font remarquer que l'heure est tardive, et qu'il serait bon que ces hommes, ces femmes, ces enfants, aillent acheter de quoi manger. Dire cela, c'est appuyer sur un bon levier. C'est insister sur le bien-être, et normalement Jésus y est sensible, lui qui ne vit que pour ça. Pourtant, Seulement Jésus manifestement n'apprécie pas et il leur répond (j'imagine assez sèchement), qu'ils s'en occupent eux-mêmes, puisque c'est leur idée. 

 

Là, c'est un peu la panique. Trouver du pain pour autant de personnes, c'est impossible. Certes Dieu a bien donné de la manne quand le peuple récriminait contre Moïse, mais c'était autrefois. Bien sûr Élisée avec un petit nombre de pains a donné à manger à une centaine de personnes, mais eux, ils ne sont pas Moïse, ils ne sont pas Élisée, et ils savent bien qu'il faut de sous, que le pain comme on dit, ça ne pousse pas tout seul sous les sabots d'un cheval. Et les voilà qui baissent la tête.  

 

Des sous ils en ont un peu, mais c'est pour eux. Du pain ils en ont aussi un peu, mais de là à le donner? Et ce serait une goutte d'eau. C'est alors que Jésus leur demande de trouver de quoi manger parmi ceux qui sont installés là. Et les voilà qui quémandent. Quémander ce n'est pas si simple, et trouver encore moins. Certes ils ne reviennent pas les mains vides, mais cinq pains et deux poissons, c'est bien maigre comme butin. Seulement ce pain- là, c'est du pain donné pour être partagé, ce n'est pas du pain acheté. C'est différent ! Mais eux ils en restent au nombre ridicule de cinq pains et deux poissons. Que peut-on faire avec ça. 

 

Comme le dira Marc quelques versets plus loin, "ils n'avaient pas compris le miracle des pains, leur cœur était endurci", mais quand le maître leur demande de faire asseoir tout le monde, donc de ne pas les renvoyer, ils obéissent, mais peut-être avec un peu de rage dans le cœur.

 

L'inattendu se produit. De ces pains donnés, de ces poissons posés devant Jésus, Jésus fait quelque chose d'unique. Je dirai que l'image qui me traverse c'est celle d'un pain unique, d'un pain qui est comme l'union de ces cinq pains, d'un pain " autre ". Et c'est ce pain- là, ce pain multiplié qui est passé de cinq à un qui est distribué par les disciples. Ce qui se passe là semble fou, dans la démesure, mais n'est-ce pas là, la caractéristique de Jésus? Seulement n'oublions que le verset 42, ils mangèrent tous et furent rassasiés, évoque le psaume 21, psaume que Jésus dira sur la croix Mc 15, 34, montre (de mon point de vue) le lien entre ce miracle des pains, et le miracle du corps-pain ou du pain-corps. 

 

Mais cela, ils le comprendront bien plus tard. 

 

Et tout le monde mange, tout le monde est heureux, sauf peut-être eux, les proches, parce qu'ils voudraient bien que ça se termine. 

 

Puis on ramasse, on ramasse, et il y a des restes. Douze corbeilles. Bon, ça y est, c'est tout bon. Mais non, ce n'est pas tout bon, car maintenant Jésus les renvoie eux, à Bethsaïde, alors que la nuit est bien là. Il dit qu'il va renvoyer les foules. C''est tout ce qu'il leur dit.

 

Les voilà, dans leur barque, en pleine nuit, pas trop contents. Il va falloir ramer. Dire qu'ils devaient se reposer. Et pour comble de comble, la lune se voile, les nuages arrivent, le vent souffle fort. Ils rament, rament, mais ils font presque du sur place.  Cela c'était déjà arrivé, mais Jésus était avec eux. Là, ils sont seuls et eux qui connaissent bien le lac, ils savent qu'une tempête parfois ça ne pardonne pas. Ils ne savent plus trop à quel saint se vouer (pardonnez l'expression), quand tout à coup, ils voient une forme lumineuse qui vient vers eux. Une lumière dans leur obscurité, une lumière qui bouge, qui se déplace, qui va les dépasser.

 

Peut-être auraient-ils pu penser à la nuée qui précédait le peuple hébreu lors de la traversée de la mer, mais ils ont bien trop peur. Des histoires de fantômes qui viennent les nuits attirer les marins dans les profondeurs, ça ils connaissent ! Et eux, des hommes qui ne sont plus des enfants, se mettent à crier comme des femmes.

 

Plus tard, Jésus leur dira qu'après avoir renvoyé les foules, il était resté pour prier, tout seul parce que lui, il avait besoin de reprendre son souffle, de retrouver sa respiration, de respirer au même tempo que celui que lui seul, peut appeler Abba. Il avait vu qu'ils avaient à lutter contre des vents contraires, ce qui l'avait décidé à venir à leur secours. Mais eux, ils ont peur. Peut-être comprendront-ils plus tard que même absent, Jésus est avec eux. N'est-il pas Emmanuel? 

 

Ils ont bien vu que cette lueur avait une forme humaine, mais de là, à comprendre que c'était Lui qui venait à eux, ils ne le pouvaient pas. Il a fallu que Jésus leur parle, leur dise d'avoir confiance, de ne plus avoir peur pour que leur peur diminue un peu. Certes ils avaient bien reconnu le son de sa voix, mais le vent ne s'était pas apaisé pour autant. . Il a fallu qu'il monte dans la barque et que le vent s'apaise enfin.

 

C'est là que Marc insiste sur leur stupeur (on pourrait presque parler de traumatisme de nos jours), de leur incapacité à comprendre, donc finalement de "faire confiance ou d'avoir confiance", et de la dureté de leur cœur. La stupeur c'est quelque chose qui paralyse, qui renvoie à la peur, à une vision terrible, mais qui parfois peut permettre de se tourner Dieu, en dernier recours. Puis il parle de la dureté de leur cœur, et il faudra bien essayer de comprendre ce qui a pu se passer pour que ce miracle passe au-dessus de leur tête, si je puis dire. 

 

 

Voilà donc pour le récit. Mon hypothèse est que dans un premier temps, les disciples vivent une grande déception : ils n'auront pas leur maître pour eux tout seuls, déception qui parce que la frustration augmente, va peut-être même se teinter de colère. Impossible de chasser cette foule . Et en plus il faudrait la nourrir. Alors peut-être que dans cet état de rogne intérieure, le miracle de la multiplication des pains, leur passe au-dessus de la tête. Ils ne comprennent pas que se renouvelle devant eux ce qui s'est passé dans le désert autrefois, pendant l'Exode. Ils ne comprennent pas que Jésus, quand on lui donne un peu, est capable de faire de ce peu un "tout". Cela leur passe au-dessus de la tête. Et c'est dans un état de fatigue et quand même de frustration, qu'ils s'embarquent en pleine nuit pour aller là où il leur a dit d'aller, et en plus, il ne vient pas avec eux, ce qui est source d'inquiétude. 

 

Puis c'est la tempête, la peur, le noir et pour combler la coupe, cet esprit qui vient à leur rencontre. Là c'est la peur, la panique. Il y a déjà eu une tempête, mais Jésus était avec eux. Faire mémoire de ce que Jésus a accompli en nourrissant cinq mille hommes, ils n'en sont pas capables, ils ont trop peur. Ils se sentent juste abandonnés, terrorisés. Leur foi en celui qui se dit le Fils d’l'homme, elle est comme partie, et c'est bien cela que Jésus va leur reprocher? Lui qui guérit tant et tant d'hommes et de femmes, va-t-il laisser ses amis périr?  Il s'agit bien de la perte de la confiance. La peur submerge tout. Et quand on ne sait plus à quel saint se vouer, on fait souvent n'importe quoi. Et c'est bien ce que fait trop souvent le peuple juif, qui prend les dieux de ses voisins, ou qui oublie que l'autre est un frère qui doit être respecté. 

 

Ce qui se passe là, pour nous qui connaissons la suite est aussi une image de ce qui se passera au moment de l'arrestation de Jésus, de sa mise à mort. Les disciples sont dans la tempête, ils sont atterrés. Croire qu'un futur est possible, malgré tout ce que Jésus a pu leur dire, c'est impensable. La foi en la parole, est morte.  Comment croire en la résurrection? Même les femmes n'osent pas aller voir les apôtres (dans cet évangile là-);

 

De fait jésus ne leur reproche pas leur endurcissement ce qu'il fera après la deuxième multiplication des pains, Mc 8 17 : Jésus s’en rend compte et leur dit : « Pourquoi discutez-vous sur ce manque de pains ? Vous ne saisissez pas ? Vous ne comprenez pas encore ? Vous avez le cœur endurci ?18 Vous avez des yeux et vous ne voyez pas, vous avez des oreilles et vous n’entendez pas ! Vous ne vous rappelez pas ?" est plutôt un commentaire qui peut nous être utile. La stupeur peut bloquer la compréhension, l'intelligence. Or ce fantôme qui marche sur les eaux démontées, qui monte dans leur barque, qui fait tomber la tempête par sa simple présence; peut complètement désarçonner. 

En français, dans stupeur, il y a peur, et il est plus que possible que ces hommes aient eu très peur, peur de mourir, mais peur aussi d'être entrainé dans les eaux par un esprit mauvais, peur ou crainte de cet homme qui est le maître du vent.

 

La question est donc, qu'est ce qui peut provoquer l'endurcissement du cœur, parce qu'il est bien évident que ce reproche de Jésus, je peux l'entendre aussi pour moi. Comment laisser mon cœur faire confiance dans la tempête? Comment faire mémoire de tout ce qui a déjà été fait pour moi? Comment espérer quand les repères partent? 

 

De l'endurcissement dans l'ancien testament et le nouveau testament.

 

On parle souvent de cœur endurci. Or il me semble que chez les hébreux, le cœur n'est pas comme de nos jours le lieu des émotions, mais le lieu de l'intelligence et de la volonté. Ce qui est reproché serait donc le refus pur et simple. 

 

-L'endurcissement nous le trouvons dans le livre de l'exode avec Pharaon qui avec son cœur endurci refuse de voir en celui qui envoie Moïse lui demander de libérer le peuple hébreu, un Dieu plus puissant que lui, donc on pourrait dire un refus de croire en quelque chose qui le dépasse, et ce malgré les catastrophes qui s'abattent sur son pays et qui montrent bien que ses dieux ne sont pas capables de lutter, est quelque chose qui nous fait un peu peur. Avons-nous le cœur endurci? 

 

Mais dans la traduction de l'exode AELF, on trouve des mots comme s'entêter, s'obstiner, ne pas écouter, mais c'est une traduction qui dédouane Dieu, et qui évite de se poser des questions. Dieu ne veut pas la mort du méchant, mais qu'il se convertisse, dira le prophète Ézéchiel. Seulement entre Dieu et Pharaon, c'est une bataille de dieux, car pharaon est bien dieu lui aussi, du moins c'est ce qu'il croit de lui. Alors va-t-il céder devant ce Dieu dont il n'a jamais entendu parler et qui prétend lui voler sa main c'œuvre, ses esclaves? Certainement pas. Pharaon n'a pas besoin de Yahvé pour refuser. Obéir, il ne connaît pas. C'est à lui qu'on obéit.  En d'autres termes Pharaon refuse d'entendre ce qui lui est demandé, et il n'a pas besoin de du Dieu des hébreux pour cela, il refuse de voir, il refuse d'entendre, c'est son orgueil est en cause, et qui conduit aux désastres dans son pays. 

 

L'endurcissement ici, il est enfermement, repli sur soi, fermeture, emmurement. La certitude d'être le plus fort, d'avoir raison. Il est aussi le refus d'entendre ce que l'autre peut avoir à dire, le refus de la relation. Il faudra que pharaon soit atteint dans sa propre chair pour qu'il baisse enfin les armes, mais que pour un temps, puisqu'il va se mettre en "chasse" pour récupérer ceux qui ont osé lui échapper;  

 

 

Quand les reproches d'adressent au peuple, il s'agit aussi bien souvent de refus, parce qu'on n'a pas envie de faire du bien. On refuse à la fois le très haut et aussi ses commandements. 

 

On le trouve par exemple dans le livre des juges; au tout début de ce livre, et ce sera un peu un leitmotiv. Dieu sauve, envoie un Juge, le peuple oublie et se détourne et adopte les coutumes des envahisseurs. Il devient alors esclave, souffre et crie pour avoir un secours. 

 

Jg 2, 19, (donc au tout début du livre), on trouve :  Mais, à la mort du juge, ils se corrompaient de nouveau plus que leurs pères, en allant après d'autres dieux pour les servir et se prosterner devant eux, et ils persévéraient dans la même conduite et le même endurcissement.  Il s'agit bien de renier le Très Haut.

 

L'endurcissement, ou avoir la nuque raide, parce que finalement c'est un peu pareil, a pour conséquence le refus du dieu de regarder son peuple, sauf que les prophètes donnent toujours un espoir, Dieu quoique fasse le peuple, ou son roi, finit par regarder son peuple et le sauver.

 

Il me semble pour schématiser que l'endurcissement, dans l'ancien testament, c'est bien un conflit avec Dieu, le refus de l'écouter, le refus de lui obéir, donc le refus de croire en lui en en sa puissance. C'est faire de soi son propre Dieu.

 

Dans le nouveau testament, seuls Marc et Luc utilisent ce terme. Marc l'utilise trois fois, Luc une fois, bien que ce soit un peu différent "leur cœur était empêché de voir". Il me semble que le comportement des disciples est différent. Ils n'ont pas la force de croire quand tout semble s'effondrer, ils n'arrivent pas à faire mémoire (ce qui est pourtant souvent demandé dans les psaumes). Je dirai que nous sommes souvent  (ou que je suis) comme eux. Il y a des moments où on n'arrive pas à croire, et pourtant. Mais ce n'est pas un refus, c'est ne pas pouvoir ce qui est différent.

 

Si on prend le reproche du chapitre 16, 14 Enfin, il se manifesta aux Onze eux-mêmes pendant qu’ils étaient à table : il leur reprocha leur manque de foi et la dureté de leurs cœurs parce qu’ils n’avaient pas cru ceux qui l’avaient contemplé, ressuscité. Là; il s'agit bien du manque de confiance envers ceux qui disent avoir l'avoir vu vivant. C'est aussi le refus de croire en sa parole, puisque tout cela il l'avait annoncé. 

 

Réflexions autour de la déception.

 

Ceci dit, quand on vit un traumatisme, et c'est bien ce qui se passe pour les disciples à ce moment-là, il est difficile d'avoir un cœur ouvert. On reste comme le dit Luc, quand il parle des disciples qui s'en retournent de Jérusalem à Emmaüs, dans l'accablement, dans la tristesse, dans l'incapacité d'imaginer du positif et de croire que l'impossible est devenu possible. 

 

Mais si je reprends ces deux péricopes de Marc, il me semble que la déception (et c'est peut-être ce qui s'est passé pour Judas, quand il a cru que ce Jésus en qui il avait cru, ne serait pas le Messie qui sauverait du joug des romains), est parfois un préalable à l'endurcissement 

 

Je dirai que les apôtres ont attendu quelque chose qui n'est pas venu. Ils voulaient Jésus pour eux touts seuls. Lui, n'est pas rentré dans ce désir qui leur parait légitime, il les a en quelque sorte délaissés pour s'occuper de ces autres, des ces malades qui pour les disciples, n'avaient rien à faire là, de ces hommes qui auraient dû ou pu être au travail. 

 

Et puis, parfois quand on attend quelque chose et que ce quelque chose ne vient pas, on n'en veut plus, c'est trop tard. Winnicott disait que lorsqu'un tout petit (nourrisson) attend trop le sein dont il a besoin, quand le sein arrive, il se détourne, il n'en veut plus. Ce qui était bon à un moment donné, ne l'est plus. Il est même devenu mauvais méchant, et dangereux.

 

 Et là, c'est un peu pareil. Bien sûr il y a eu ce miracle inconcevable de ce pain unique devenu pain qui rassasie tous les présents, mais eux, ce n'est pas de cela dont ils avaient envie. Eux, ils voulaient ne pas partager leur maître. Alors le pain oui, mais bon, ce n'était pas ce qu'ils désiraient. 

 

Je dirai même qu'il pouvait y avoir de la colère en eux, de la jalousie. Pourquoi est-ce que le Maitre s'occupe autant des autres? Pourtant il avait promis, et il ne tient pas sa promesse? La déception est une excellente porte d'entrée à l'endurcissement. On en veut à quelqu'un qui n'a pas tenu sa promesse (et peu importe s'il avait de bonnes et vraies raisons pour cela). Et cela crée un enfermement, une espèce de coquille bien dure, à l'intérieure de laquelle on s'isole de tout, et on peut garder son ressentiment.

 

Si pour pharaon l'endurcissement du cœur est vraiment un refus lié à la volonté, pour les disciples (les apôtres) ce serait plus de l'ordre de l'incapacité. À ce moment-là, ils ne sont pas capables, ils ne peuvent pas, ce qui est différent de ne pas vouloir. L'endurcissement est presque protection.

 

Pour en revenir à Marc, la dispute parce qu'il n'y a qu'un seul pain dans la barque, alors que Jésus essaye de les faire réfléchir et de les mettre en garde contre les belles paroles (le levain) des pharisiens, c'est oublier que ce que Jésus a fait pour une foule, il peut le faire pour eux. Mais cela, ils l'ont oublié, la confiance n'est pas au rendez-vous. 

 

L'impossibilité après la résurrection de croire le récit des femmes, et le récit des disciples d'Emmaüs, leur incrédulité que Jésus lie à la dureté de leur cœur, ne sera levée si je puis dire, que lorsque l'Esprit leur sera donné, et aura fait d'eux, des hommes renouvelés, des hommes nouveaux, prêts à donner leur vie pour que cette vie que l'homme Jésus vient de donner, devienne source pour tous.

 

Ce qui reste quelque part sidérant, c'est que ces hommes choisis, ont eu Jésus pour eux et avec eux pendant des mois, mais qu'il a fallu que Jésus ressuscite d'entre les morts, que l'esprit saint leur saint donné, pour que l'incrédulité tombe enfin, pour que les yeux voient ce qui était pourtant là, et que les cœurs s'ouvrent et puissent chanter leur admiration et leur reconnaissance;

 

Et aujourd'hui

 

Qui d'entre nous n'a jamais vécu cela? Je veux dire que lorsqu'on est déçu, la colère vient très vite et déforme même la réalité en autre chose qui n'a plus de sens. Oui, ils ont vu les pains; oui, ils ont vu les poissons, mais cela n'a pas pris sens pour eux, du moins pas cette fois là. 

 

Je peux ici rapporter un souvenir très ancien. Il s'agissait au cours d'un pèlerinage en Terre Sainte du moment où nous devions entrer dans Jérusalem, revivre en quelque sorte le dimanche, acclamer celui qui vient au nom du Seigneur. Seulement le départ de cette marche nous a été donné très en retard, et au mois d'Août le soleil tape bien, la chaleur monte vite. Ce n'était pas une époque à laquelle on songeait à boire comme de nos jours. Pour respecter l'horaire, car nous devions aller au St Sépulcre, et les horaires doivent être impérativement respectés, les haltes horaires qui étaient prévues ont été annulées, et tout ça parce que le groupe des garçons s'était réveillé en retard. Nous les filles, nous avons dû les attendre. Du coup cela m'a mis de très mauvaise humeur, puis en colère. 

 

Quand nous sommes épuisées arrivées à Jérusalem (on venait du mont des Oliviers), on nous a distribué des palmes. Et ma mauvaise humeur a fait que je me suis sentie complétement ridicule à agiter ce branchage, que cela n'avait pour moi plus aucun sens et que ce qui aurait pu être un beau souvenir, voire une émotion, fouler la terre que Lui avait foulée, a perdu tout son sens. Je ne sais pas si mon cœur était endurci, mais je n'ai rien compris à ce qui se vivait ce jour-là. Ce que je veux dire c'est que la déception, peut obscurcir le regard, fermer les yeux du cœur 

 

L'endurcissement, l'emmurement, est un risque toujours actuel. Préférer sa manière de voir, sa manière d'être, ne pas croire que seul l'Esprit donné peut chaque jour faire craquer un tout petit peu ce sarcophage dans lequel nous pouvons nous sentir si bien, et mettre la vie en nous. 

 

Une prière. 

 

Jésus, tu sais qu'il m'en faut si peu pour que je m'enferme dans mes convictions et que j'oublie que tu es la source de la vie, la source de ma vie. Que ton esprit soit présent en moi pour que ta lumière pénètre en moi, et que je te laisse un peu transparaître. Que ton Esprit vienne en moi pour que mon endurcissement soit plus dû à ma pauvreté, à mon incapacité à voir qu'à mon refus. A toi la louange et la Gloire pour ce don de l'Esprit. 

 

 

Curieusement, une fois ce long texte rédigé,  il m'a été possible de proposer un récit écrit en nous (ou en je), pour raconter ce que peut-être les apôtres avaient vécu à ce moment-là.

Un autre récit

 

Il nous avait envoyé en mission pour la première fois. Il nous avait dit que nous devions annoncer la bonne nouvelle, que le royaume de Dieu est proche, guérir les malades et expulser les esprits mauvais. Jamais nous n'aurions pu imaginer à quel point le mal est présent dans notre monde. Nous étions épuisés mais heureux et pleins de reconnaissance quand nous sommes rentrés, du moins quand nous avons essayé de rentrer. Car c'était presque impossible de passer le seuil, et il était impossible de se poser pour partager le repas. Alors Jésus nous a dit de prendre la barque et d'aller dans un endroit désert pour prendre un peu de repos. 

 

Cela c'était une bonne nouvelle. Prendre du temps avec lui, tout lui raconter, entendre ses commentaires, prendre du temps. Seulement quand nous sommes arrivés, catastrophe. Il y avait déjà plein de monde, des malades, des possédés de tous les villages. Naturellement Jésus ne s'est plus occupé de nous, de son projet et il a guéri, guéri. Nous on attendait. Moi, je dois dire que je n'aime pas attendre, je n'aime pas qu'une promesse ne soit pas tenue. 

 

Le soir tombait. On s'est dit que ce serait le bon moment pour lui suggérer de renvoyer tout le monde. Qu'ils aillent acheter de quoi manger. C'était une bonne idée non? Et bien non ce n'était pas une bonne idée. Il nous a dit de leur donner nous-mêmes à manger. Des fois il est complètement fou, vous ne trouvez pas? On lui a dit qu'il faudrait au moins deux cent deniers et il sait très bien que nous ne les avons pas. Il nous a alors demandé de voir combien de pains on avait. On avait un peu pour nous et des gens avaient un peu dans la foule. Au total cinq pains et deux poissons. Il a eu l'air content. Pas nous, d'abord c'était aussi ce que nous avions apporté. Il nous a dit de faire asseoir tout le monde. 

 

On l'a fait. Et on a attendu. Tout le monde attendait. Il a regardé les pains, il a regardé les poissons, il les a bénis comme on le fait à chaque repas, et là, il n'y a plus cinq pains mais un pain qu'il partageait, partageait , et nous nous donnions. Mais en tous les cas moi, je n'étais pas content. Il fallait encore se démener; donner, donner du pain et des poissons. Il y a eu des restes. Avec ça, on aurait peut-être pu manger tranquilles, mais non. Il nous a dit de prendre la barque et d'aller à Bethsaïde. Décidément l'avoir pour nous, ce n'était pas ou ce n'était plus dans ses préoccupations. C'était sûr qu'il allait passer sa nuit à prier. Peut-être qu'il trouverait un âne pour aller à Bethsaïde par les routes. 

 

Nous sommes donc partis, en râlant un peu. Obéir, Obéir, ce n'est pas si facile et on aurait bien voulu se reposer. Puis le vent s'est levé. Un vilain vent. On faisait presque du surplace, on ne voyait rien, et la peur était là. Et pour couronner le tout, voilà qu'une sorte de lueur a commencé à se déplacer sur la mer. Elle allait vers nous. Elle avait une forme humaine. Là, la peur est devenue terreur. Nous avions tous entendu parler des âmes des marins qui sont morts dans ce lac et qui partent à la chasse des vivants par les nuits de tempête. La forme s'est mise à parler, c'était Jésus. Il est monté dans la barque et le vent est tombé d'un coup. C'était trop pour nous. Nous ne comprenions plus rien. Nous avons touché terre, et la mission a repris. 

 

Aujourd'hui, maintenant que Jésus est revenu vivant d'entre les morts, maintenant que les écritures sont accomplies, maintenant qu'il nous a donné l'intelligence des écritures, je peux dire que notre cœur était endurci, que nous ne comprenions rien, que nous ne faisions pas de liens, que nous ne comprenions pas que Dieu était avec nous, que Jésus était Emmanuel, qu'il était le Verbe de Dieu, sa parole. 

 

Aujourd'hui, maintenant que l'Esprit nous a été donné, qu'il a fait fondre notre endurcissement comme les soleil ramolli la cire, je ne peux que rendre grâce, et me dire que comme ceux de mon peuple, j'ai été quelqu'un à la nuque raide. Je ne peux que rendre grâce pour tous les bienfaits que nous avons reçu et pour notre cœur qui s'est enfin ouvert.