vendredi, juin 20, 2008

"L'olivier sauvage"



                              Un Olivier sauvage

Ceux qui connaissent les écrits de Paul     savent qu'il compare (épître aux Romains chapitre 11) les nouveaux convertis  d'origine non juive, à des rameaux d'olivier sauvage, qui seraient greffés sur le tronc de l'olivier franc qui représente Israël. Outre le fait que la technique de greffe m'a toujours parue très curieuse (mais je veux bien admettre que cela soit voulu par l'auteur), il m'a souvent semblé que le sang neuf pouvait avoir du bon... 

On peut dire aussi que Paul met en garde contre un certain orgueil, voir un certain mépris à l'encontre du peuple qui a donné naissance au Messie. 


En lisant tout à fait par hasard dans le premier livre des Rois les chapitres consacrés à la construction du Temple, j'ai trouvé quelque chose qui m'a profondément réjouie, quant au choix du bois choisi pour façonner les chérubins entre les ailes desquels la gloire de Dieu résidera.

 Si dans l'Exode on parle beaucoup du bois d'acacia (qui est un bois dur et résistant, dont on dit qu'il serait aussi le bois de la Croix), Salomon a choisi pour l'aménagement du Saint des Saints (le Débir), de façonner les chérubins entre les ailes desquels réside la Gloire de Dieu en bois d'olivier sauvage recouvert d'or. La porte du Débir est elle aussi en olivier sauvage.

Alors pourquoi de l'olivier sauvage? Bien sûr il s'agit peut-être d'une problème de traduction et je ne suis pas experte en la matière, mais dans ce bois sauvage, j'entends un bois fort, qui n'a pas été domestiqué, qui est là dans toute sa vitalité, qui n'a jamais non plus subi des coups de serpes, qui n'a pas été taillé ni entaillé. 

 Les païens sont peut-être ainsi à l'état brut, pas taillés (polis comme une pierre est polie par le joaillier) par la pratique de la loi (dont on sait quand même ce qu'en dit Paul), mais ils, deviennent à leur tour des temples du Dieu vivant. 

 Alors, vive l'olivier sauvage et ses fruits...

 

Quelques informations sur l'olivier sauvage, dont le bois se travaille en ébénisterie.




mercredi, juin 18, 2008

"L'arbre de la vie".


"Il bannit l'homme et il posta devant le jardin de l'Eden les chérubins et la flamme du glaive fulgurant pour garder le chemin de l'arbre de la vie".Gn3,24

Si je laisse fonctionner mon imaginaire en l'étoffant par ce que j'ai lu de contes et de la mythologie, je peux imaginer qu'il existe quelque part, dans un jardin un trésor, un arbre merveilleux qui donne l'immortalité. Mais l'accès est défendu par un dragon qui veille jour et nuit et qui met à mort tout être humain qui tenterait de pénétrer dans le jardin pour s'emparer de l'arbre de la vie. 

Cet arbre, il a ses racines dans la terre, ses ramures dans le ciel, sur le plan symbolique, il est enraciné dans l'humain et il va vers le divin. Ses fruits (ou ses feuilles) sont très désirables pour le mortel. Encore faut il se mettre d'accord sur ce que l'on entend par vie éternelle.  

Si je suppose que la vie éternelle est une vie de Dieu, (et non pas une vie qui ne connaît pas la mort finitude) alors s'emparer de cet arbre peut signifier devenir Dieu. Mais ce n'est pas en s'emparant de cet arbre par la force ou la violence que la vie divine sera transmise. 

Jésus, certes est censé sauver l'être humain du péché qui l'a rendu inapte à voir Dieu en prenant sur lui le péché (cf serviteur souffrant, Is 53), mais aujourd'hui, j'ai envie de me représenter Jésus comme le héros qui vient en combattant le dragon qui barre l'accès au jardin, ouvrir le chemin perdu et permettre à l'humain de devenir à l'image et à la ressemblance de Dieu. 
 
Le dragon, ce n'est pas par la force ou la violence qu'il est vaincu, parce que ces armes là, il les connaît trop bien.Il est vaincu par ce que celui qui vient se laisse brûler par le feu de l'amour et le feu de la violence et de la haine disparaît et le chemin, le passage, la Pâque peut advenir et l'homme est sauvé. 

Voilà le fruit de ma distraction pendant l'homélie de ce jour.

J'aime tant cette iumage du passage qui est rétabli ou ouvert et qui permet à l'homme d'accéder à son désir le plus profond, être non pas Dieu, mais être comme Dieu: "j'ai dit: vous êtes des fils du très haut, vous tous" Ps 82,6. 

lundi, juin 16, 2008

"Comme quoi"


Comme quoi, on n'a jamais fini de remâcher l'écriture, même des textes que l'on croit bien connaître. 

Ce matin je repensais à l 'Eden tel qu'il est décrit dans la Genèse, et je me disais que le fait qu'il y ait des anges et un glaive de feu qui barrent l'accès à l'arbre de la vie montre bien la force de l'interdiction de retourner dans ce lieu qui peut être lieu de convoitise pour l'humain. 

J'ai toujours pensé que ce lieu pouvait aussi symboliser la relation primitive avec la mère toute bonne et toute puissante, relation qui ne peut durer et dont l'enfant doit s'extraire avec un regret qui perdurera toute sa vie et le poussera (et c'est cela l'important) à explorer tout l'extérieur qui lui est donné. 

Et du coup j'ai repensé au texte dit de la tentation (peut-être pourrait-on dire de l'épreuve) et il m'a semblé (ce dont je ne m'étais jamais rendue compte, comme quoi...) que durant toute cette séquence, Adam est présent et c'est effectivement ce que dit le narrateur: 

Gn3,6.  La femme vit que l'arbre était bon à manger et séduisant à voir, et qu'il était, cet arbre, désirable pour acquérir le discernement. Elle prit de son fruit et mangea. Elle en donna aussi à son mari, qui était avec elle, et il mangea.


La position d'Adam, est assez ambigüe assez étonnante. Le héros de la Genèse, celui autour duquel tout tourne, c'est Adam. Eve est certes issue de son côté, mais j'ai l'impression qu'elle fonctionne plus en "faire valoir" que comme personne. Et peut-être que son rôle dans cette séquence était de permettre à Adam d'exister, de parler, de s'interposer, de dire non, de faire respecter le Nom de son créateur, de Le faire exister au travers de sa parole. Cela c'est peut-être le travail de l'humain (et cela aujourd'hui me plaît assez comme idée du rôle de l'humain).

Adam, s'il est présent, écoute, regarde, mais n'agit pas, ne parle pas, se tait. Il attend...

Eve mange et il ne se passe rien. Elle teste d'une certaine manière, elle est le goûteur. Et parce qu'il ne se passe rien, parce que à ce moment là, le ciel ne lui tombe pas sur la tête, alors Adam mange et c'est quand lui mange, (se remplit la bouche)  leurs yeux à tous les deux s'ouvrirent.

Gn3,7. 
Alors leurs yeux à tous deux s'ouvrirent et ils connurent qu'ils étaient nus; il cousirent des feuilles de figuier et se firent des pagnes.

L'épreuve n'a pas été réussie et les autres épreuves vont commencer, à commencer par l'exclusion de ce jardin, qui restera toujours dans le coeur de l'homme comme un lieu à reconquérir.

Ce qui me semble aussi important c'est que à partir de cet échec (désobéissance) deux sentiments apparaissent: la peur et la honte et ces deux affects signent bien souvent l'échec d'un système éducatif où l'enfant est porteur de tout le mauvais. Mais ceci est une autre histoire et j'y reviendrais peut-être.




dimanche, juin 01, 2008

"Bâtir une maison sur le roc ou sur le sable" Mt 7,21-27

J'aime bien cet évangile, surtout la fin qui pour moi, fait un peu ritournelle et qui se retient bien. 

"Tout homme qui écoute ce que je vous dis là et le met en pratique est comparable à un homme prévoyant qui a bâti sa maison sur le roc.
La pluie est tombée, les torrents ont dévalé, la tempête a soufflé et s'est abattue sur cette maison ; la maison ne s'est pas écroulée, car elle était fondée sur le roc.
Et tout homme qui écoute ce que je vous dis là sans le mettre en pratique est comparable à un
homme insensé qui a bâti sa maison sur le sable.
La pluie est tombée, les torrents ont dévalé, la tempête a soufflé, elle a secoué cette maison ; la maison s'est écroulée, et son écroulement a été complet."»


Ces versets m'ont toujours fait penser à l'histoire des trois petits cochons. La morale de ce conte étant que pour se défendre contre le souffle du loup (qui symbolise le mal, la violence, la destruction la dévoration), il faut avoir pris la "peine" de construire une vraie maison, une maison bâtie sur le roc et non sur le sable. Et pour avoir cette maison là, il faut certes prévoir que la tempête peut arriver, mais surtout dépenser du temps et de l'argent., c'est à dire que "pratiquer", mettre dans sa vie ce que Jésus demande, si humble et si doux soit-Il n'est pas facile. Isaïe reproche au peuple de "fatiguer" Doei, mais nous, il faut bien nous fatiguer, même si nous avons la force de l'Esprit Saint en nous. 

Mais je me disais aussi, que la maison peut certes s'entendre comme un contenant, mais aussi dans la dimension temporelle:  (la maison de David par exemple). Pour qu'une maison tienne, (et cela n'a pas été vraiment le cas de lignée davidique) il est indispensable de s'appuyer sur les commandements et les préceptes et de ne pas se détourner du Dieu Unique. Construire sa maison sur le roc, c'est pratiquer ce que Jésus vient de dire dans les deux chapitres précédents. D'une certaine manière c'est aussi faire entrer le psaume 119 dans sa vie. 

On peut évoquer les psaumes qui comparent Dieu à un rocher sur lequel on peut et doit d'appuyer. Cela c'est un des thèmes récurrent des psaumes et des livres de Sagesse: celui qui s'appuye sur YHWH, celui là se maintiendra ( je parodie un peu la phrase de Isaïe 6,9: si vous ne me tenez pas, vous ne vous maintiendrez pas"). 


Mais ce qui m'a aussi frappée, mais vraiment dans l'après coup, ce sont les mots de prévoyant et de insensé qui sont les mots utilisés par un autre évangéliste  (Luc) pour la parabole des vierges sages et des vierges folles. Pour entrer dans le royaume, car c'est bien cela la fin de la parabole, il faut allumer sa lampe à la parole, lui donner de quoi se rallumer et ne pas croire que appeler Jésus par son nom sera suffisant. "Il ne suffit pas de me dire Seigneur Seigneur pour être sauvé mais de faire la volonté de mon Père". 

samedi, mai 24, 2008

Une histoire de petit chaperon rouge: 2Sam 13.


Il était un fois un fils de roi, qui se nommait Amnon (Fidèle). Il était l'aîné des fils du roi David. Sa mère était Ahinoam de Yisréel. Un de ses demi-frères, Absalon avait pour mère une princesse, ce qui n'était pas son cas et il espérait  bien, maintenant que la royauté de son père semblait affermie et qu'il avait son propre palais à Jérusalem, faire un beau mariage, un mariage princier.

Seulement, dans le palais de son père, il y avait tous les enfants du roi et en particulier la soeur d'Absalon, la belle Tamar qui était la petite fille du roi de Geshur. 

Et Amnon en était devenu amoureux fou. Il la voulait, n'osait pas le dire et en perdait l'appétit. Il se mourait d'amour pour elle. Des amoureux transis, nous en connaissons tous. Mais il ne peut faire comme son père le roi David avec Betsabée. Lui ne peut l'envoyer chercher pour la connaître. 

Alors cela le travaille et il en perd le sommeil et l'appétit. 

Un de amis (qui semble plutôt être un oncle) cherche à comprendre ce qui se passe et lui conseille de faire le malade (comme le loup de la fable qui se transforme en grand-mère affaiblie et malade), et de demander au roi David que sa soeur vienne chez lui pour lui donner à manger. 

Un ordre du roi ne se transgresse pas, de même que le petit chaperon rouge ne met pas en question l'ordre de sa maman d'aller apporter de quoi manger à la grand-mère, même s'il faut pour cela traverser une forêt dangereuse.

Et voilà Tamar qui va chez son frère, avec ce qu'il faut pour faire des gâteaux, qui les prépare devant lui, les fait cuire et le sert. Mais ce n'est pas cette nourriture là qui intéresse le jeune homme. Ce qu'il veut c'est comme le loup: croquer du corps. 

Alors il lui demande de passer dans sa chambre (loin du regard des autres) ce qu'elle fait (peut-être que cela elle aurait du le refuser) et ce n'est pas les gâteaux qui sont saisis, mais la jeune femme (et le loup se jeta sur elle et la mangea). C'est elle qui est consommée. 

Malheureusement il n'y a pas de chasseurs pour ouvrir le ventre du loup (il y en aura un mais ce sera Absalon et il ne rendra pas à sa soeur l'honneur volé). Et l'histoire finit mal pour le petit chaperon rouge, d'autant que par un mécanisme psychologique elle devient objet de dégoût: Amnon n'en veut plus. Il refuse de l' épouser (ce qui aurait permis un "avenir" à cette jeune fille). 

Ce retournement m'a toujours paru très finement observé. Ce qui compte pour Amnon c'est de posséder un objet, mais une fois l'objet possédé, il perd tout son attrait et il devient mauvais, et menaçant car il va pouvoir révéler ce qui a été fait. De ce fait il devient impératif de le faire disparaître (de le tuer).  L'objet du désir devient objet de répulsion car il devient porteur de toute la violence interne d'Amnon. 

Que peut faire une femme face à un homme désirant qui de plus va la rendre responsable d'avoir suscité son désir?  Et qui du coup va se mettre à la haïr pour cela? 

Mais si on reprend la "geste davidique" racontée dans le deuxième livre de Samuel, de David, cet épisode qui conduira à la mort d'Amnon, puis à celle d'Absalon frère de Tamar est la conséquence de la convoitise de David pour la femme de Urie le hittite et de la mise à mort de ce dernier (même si David ne le fait pas de sa propre main). Car il lui a été signifié par le prophète Natan que même si la maison de David subsistera à jamais, l'épée ne se détournera plus jamais de sa maison (2SAM12,10). 

Il y a donc une logique qui n'est pas forcément celle qui nous plait: si YHWH fait mourir l'enfant de Bethsabée, pourquoi faut-il encore atteindre toute la dynastie? Mais la mort de cet enfant et les luttes entre les fils permettront l'avènement de Salomon, l'enfant remplacement...  

Ce texte, nous l'avons lu en groupe et c'est en le lisant avec d'autres que cette analogie avec les contes de Perrault (repris par les frères Grimm) m'est apparue, comme quoi la bible est un livre plein de surprises. 

 

Encore Marc.:Mc 9,43-48

Et si ta main t'entraîne au péché, coupe-la. Il vaut mieux entrer manchot dans la vie éternelle que d'être jeté avec tes deux mains dans la géhenne, là où le feu ne s'éteint pas.

Si ton pied t'entraîne au péché, coupe-le. Il vaut mieux entrer estropié dans la vie éternelle que d'être jeté avec tes deux pieds dans la géhenne.

Si ton oeil t'entraîne au péché, arrache-le. Il vaut mieux entrer borgne dans le royaume de Dieu que d'être jeté avec tes deux yeux dans la géhenne."Mt 9,43-48.


Le prêtre qui commentait cet évangile a insisté sur le fait que tout choix nécessite des déchirures, des renoncements, des arrachements, ce dernier mot étant très imagé. On ne peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre. En d'autres termes si nous choisissons jésus nous allons être amené à renoncer, à abandonner un certain nombre de choses, d'habitudes, de manières d'être , de relation.  Cette approche m'a intéressée, mais une fois de plus Jésus dans ses enseignements prend tout le monde à rebrousse poil.   

J'avais en tête que les personnes porteuses d'infirmités ne pouvaient pas participer au culte, au temps de Jésus. Ceci pouvant d'ailleurs expliquer la colère du chef de la synagogue lors de la guérison de l'homme à la main paralysée: non seulement c'est un jour de Sabbat, mais en plus cet homme ne devrait pas être là. 

 En général, toutes les grandes religions monothéistes interdisent la castration volontaire.Dans l'ancien testament, toute forme de mutilation est strictement interdite, tout particulièrement la castration ; il est dit dans Deutéronome 23,2 : "Celui qui a les testicules mutilés ou la verge coupée n'entrera pas dans l'assemblée de Yahvé".

Le judaisme condamne fermement toute auto-mutilation, problème abordé à diverses reprises dans le talmud et la Michna. Les conséquences légales de la mutilation sexuelles sont abordés dans le traité Yebamoth 8, 1-2.


Alors affirmer que ces mutilsations volontaires permettront l'accès au royaume, il y a la de quoi faire bondir (de colère et non de joie) tout pratiquant de cette époque. Qu'un mutilé puisse entrer dans le royaume, voilà qui a de quoi surprendre et même scandaliser... 

Maintenant je pense qu'il faut différencier mutilation et renoncement. Il s'agit d'abandonner des comportements qui concernent l'envie et la convoitise (regard) , la cupidité et le violence (le toucher) ,et le désir de piétiner l'autre (meurtre). 

Mais la violence des images demeure et peut-être est elle nécessaire pour que cela fasse mouche en nous. 

mardi, mai 20, 2008

Marc 9....


Je voudrais ici reprendre deux petites phrases de l'évangile de Marc au chapitre 9, qui me font souvent sourire quand je les entends. Je veux dire par là, que les réflexions des apôtres ne sont guère à leur avantage. Et qu'une partie de moi avait jusqu'à ces derniers jours tendance à les trouver vraiment "lents à comprendre".

Il s'agit d'une part du questionnement des apôtres sur la résurrection après la Transfiguration, et de leur discussion pour savoir qui sera le plus grand après la deuxième annonce de la Passion, 

Voici la première phrase: " ils gardèrent la recommandation (ne pas parler de la transfiguration), tout en se demandant entre eux, ce que signifiait ressusciter d'entre les morts"Mc9,10.

Cette phrase m'a toujours semblé curieuse, car des résurrections, Jésus en avait déjà fait devant eux (la fille de Jaïre dans l'évangile de Marc, le fils de la veuve dans l'évangile de Luc) et il y en a dans le premier testament (Elie et Elisée). Mais ces résurrections sont rares et toujours accomplies  à la demande d'un être humain. Dieu ne se manifeste pas directement si je puis dire.  Or si Jésus meurt (et c'est bien ce qui est annoncé), qui le ressuscitera d'entre les morts? Certainement aucun d'entre eux; alors qui? Et là effectivement ce questionnement est tout à fait compréhensible.

Nous avons parfois trop tendance à penser que les apôtres sont un peu des demeurés (du moins tant que Jésus après sa résurrection ne leur a pas ouvert l'esprit à l'intelligence des écritures), mais comment un homme, même transfiguré, même "Fils bien-aimé" pourrait il revenir à la vie? Se présenterait t-Il cet être de lumière que les apôtres viennent de voir?  Alors le questionnement est bien normal, d'autant qu'ils ont quand même du être assez secoués par ce qu'il leur a été donné de voir. 

Voici la deuxième phrase: Mc 9, 34: "Eux se taisaient car en chemin ils avaient discuté entre eux, qui était le plus grand". Se représenter la scène n'est pas trop difficile. Jésus a expliqué (enseigné) à tout un groupe (pas seulement aux trois) ce qui allait arriver. S'ils ont été bien "enseignés" ils ont compris et n'essaient plus de dire quoi que ce soit à Jésus (qui ne  prend pas forcément bien les remarques: passe derrière moi avait-il dit à Pierre). Ils savent que ça ne sert à rien et que les réprimandes du Maître, cela n'est pas très agréable. 

Seulement, si Jésus disparaît (et même s'il revient à la vie, mais comment), que vont-ils devenir eux? Qui va être le chef de ce groupe d'orphelins? Alors la discussion c'est peut-être tout simplement de savoir quel est celui qui sera le meilleur, le plus apte à remplacer Jésus, bref qui sera le plus grand c'est à dire le plus capable de maintenir la "doctrine".  Ce n'était donc pas si stupide que cela. Mais reconnaître que l'on fait comme si le Maître était déjà mort, là ce n'est pas évident du tout.

 Et Jésus va leur donner un autre mode de recrutement: pas le plus fort, mais le plus nul, puisque à cette époque les enfants n'étaient pas considérés comme des petits rois...

mardi, mai 13, 2008

Petite histoire (vue par un bout de la lorgnette) de Saül.

L’histoire de Saül, premier roi des 12 tribus d’Israël, est rapportée dans le premier livre de Samuel. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que ce brillant jeune homme n’a pas de chance. Il fait tout faux, car en n’obéissant pas, il se disqualifie comme roi. Car et c’est certainement là un des enseignements donné par le ou les rédacteurs, pour perdurer en Israël, il faut d’abord accepter d’obéir (c’est bien ce qui sera valorisé par la suite dans les chants du serviteur). On peut presque se demander ce que  Dieu avait en tête pour choisir, certes un bel homme (qui dépassait tout le monde d’une  tête), mais qui très rapidement sera amené, alors que l’Esprit avait pourtant fondu sur lui, à prendre des décisions qui provoqueront sa mise à l’écart.

 

Nous sommes habitués dans nos livres d’histoires à avoir des représentations un peu merveilleuses de nos rois. Là il n’en est rien. D’ailleurs, même en ce qui concerne David, le rédacteur n’est pas tendre, car David chef d’une bande de petits malfrats (Robin de bois avant l’heure) est menteur comme un arracheur de dents ( voir mon billet : plus menteur que moi).

Alors voici une histoire de Saül .

Moi Saül je suis de la tribu de Benjamin, le dernier fils de Jacob. Le nom de ma tribu veut dire fils de la main droite, et si vous vous souvenez de l’histoire de notre installation dans ce pays, vous devez vous souvenir que même les gauchers (ceux qui ont la main –droite-liée) sont chez nous des combattants d’élite. N’est ce pas Ehud, le gaucher, qui assassina le roi de Moab et nous fit sortir de l’asservissement au roi de Moab ?

 

En fait, il y a de nombreuses années, ma tribu a failli être exterminée par les autres tribus d’Israël, pour une sombre histoire de concubine dont les benjaminites qui vivaient à cette époque là dans la ville Gibéa auraient abusé. Toutes les tribus se sont alors liguées contre nous, y compris bien sûr celle de Juda qui a été la première à donner l’assaut que nous avons repoussé ce jour là. Notre ville a été mise à sac et s ‘il n’y avait pas eu 600 hommes pour prendre la fuite et se cacher dans le désert, ma tribu aurait été exterminée. Mon arrière arrière grand pèreAphiap a été un des ces survivants. On raconte que comme toutes leurs femmes avaient été tuées, et que les tribus avaient fait le serment de ne pas nous donner de filles de leur tribus, il nous a fallu (en fait avec leur aide, car ils se repentaient de ce serment) dévaster la ville de Yabesh en Galaad pour « capturer » uniquement les filles vierges, puis de commettre une rapt sur les danseuses de Silo lors d’une fête. Nous avons ensuite rebâti nos villes, mais ce passé, nous ne pouvons pas l’oublier facilement. Tout ça à cause d’un lévite, un de ces hommes sans terre que nous devons entretenir. Ce passé, il a existé et ce n’est pas simple pour moi, encore aujourd’hui de me sentir en union avec les frères. 

Le peuple, après les défaites infligées par les Philistins qui nous réduisaient en esclavage, a demandé un roi, pour avoir un chef comme tous les autres peuples. Le juge (en titre) Samuel n’était pas chaud du tout, car pour lui avoir un roi cela voulait dire que notre Dieu des armées ne serait plus le roi de notre peuple. Mais j’ai été choisi. Je me demande encore pourquoi, car le jour où les tribus se sont réunies pour répondre à la convocation de Samuel, moi je me suis caché dans les bagages, tellement j’avais peur d’être l’élu. Certes j’avais reçu l’onction grâce à mon serviteur qui connaissait l’existence de Samuel et voulait le consulter pour savoir où nos génisses avaient disparu. Les génisses ont été retrouvées et moi j’ai été choisi. J’avais même été rempli par l’Esprit qui a fondu sur moi et m’a rendu un peu fou. Etre choisi, cela veut dire représenter notre peuple et être obligé de me battre contre ces Philistins de malheur. Certes il y a des avantages à la royauté mais Samuel ne semble pas du tout décidé à abandonner sa charge de « juge et de prêtre » et moi, là dedans comment vais-je être le Roi de ces 12 tribus qui bien souvent ne s’entendent pas du tout?

 

Même si j’ai été vainqueur, très vite j’ai fait ce qui déplait à notre Dieu et voilà la liste de tout ce que j’ai mal fait. En fait je crois qu’il s’agissait d’épreuves, comme jadis pour notre père Abraham. Je n’ai pas eu sa sagesse (d’ailleurs je suis un homme jeune) et j’ai fait ce qui me semblait « politiquement correct ».

Samuel m’avait fixé un rendez vous à Gilgal (1SM 11) pour offrir un holocauste à l’Eternel, et de mon point de vue (je l’ai attendu me semble t il le temps fixé), il fallait agir et offrir cet holocauste. Et surtout je voyais que les hommes convoqués pour aller se battre retournaient tous chez eux. Alors un roi doit être capable de prendre des initiatives, et là je ne sais pas trop si c’est Samuel ou si réellement Dieu s’est adressé à lui, mais d’après lui, j’aurais désobéi et de ce fait il m’a dit que ma royauté ne tiendrait pas. Et pourtant j’ai des fils, qui doivent me succéder, alors cela m’a fortement déplu, et j’ai fait la sourde oreille.

Et puis par la suite, il m’a semblé que le Seigneur était avec moi, car il a permis des victoires inespérées en semant une confusion totale chez nos adversaires qui se sont entre tués eux-mêmes sans que nous ayons rien à faire.

 

Ensuite J’ai failli tuer mon fils de ma propre main car il avait transgressé un ordre dont il n’avait pas eu connaissance. Je ne sais pas si cela est aussi une faute, mais le peuple m’en a voulu, car c’est grâce à l’initiative de Jonathan que nous avions remporté une grande victoire sur les Philistins. Heureusement le peuple ne m’a pas suivi et m’a permis d’éviter la mort de mon fils. Mais parfois je me suis demandé si cela n’aurait pas simplifié la suite de ma vie, car mon fils, mon héritier est devenu un traître à son propre père en faisant alliance avec ce David, cet petit berger de la maison de Juda que Dieu a décidé de choisir pour prendre ma place. Pourtant autrefois les juges avaient droit de vue ou de mort sur leur descendance (Jephté), pourquoi ai-je du plier ?

 

Yahvé nous a demandé d’exercer contre le roi des Amalécites une sorte de vengeance car ils ne nous avaient pas aidés lors de notre passage sur son territoire au temps de Moïse. (1Sam 15). Mais je n’ai pas mis à mort cet homme et tous leurs biens n’ont pas été donnés à Yahvé. Il fallait quand même que mes hommes y trouvent leur compte. A nouveau c’est ma désobéissance qui a été mise en avant et là il m’a été dit, que parce que j’avais rejeté la parole de YHWH, je n’étais plus roi. Et pourtant j’avais reçu l’onction et tout le peuple croyait en moi.

C’est à partir de ce moment que je suis devenu soupçonneux envers tous ceux qui me servaient et qui auraient pu prendre ma place. Ce David, qui a tué le philistin Goliath avec une fronde (comme si nous n’étions pas capables de faire la même chose, puisque même des gauchers sont des frondeurs d’élite), celui-là il m’inquiète et si la main de Yahvé n’avait pas été sur lui, il aurait du mourir. J’ai même du lui donner ma deuxième fille, mais cela ne suffit pas pour en faire mon successeur.

Comme David, s’est caché pour que jen e puisse le mettre à mort (ma propre fille a même aidé à son évasion) diverses personnes pour se faire bien voir de moi me disent où il se cache; c’est ainsi que j’ai appris que le prêtre de Nob l’avait aidé dans sa fuite et surtout lui avait fourni l’épée de Goliath (1Sam 22).  Alors lui et sa famille et tous les prêtres de son sanctuaire, je les ai fait mettre à mort. Yahvé m’en voudra-t-il ? Mais moi je dois protéger ma descendance et David ne doit pas régner à ma place ou à celle de Jonathan.

J’avais voulu et j’espère que cela me sera retenu comme quelque chose de bien par Yahvé, ôter de mon peuple toutes ces pratiques de divinations et de nécromancie. Mais quand j’ai vu que les Philistins se préparaient à nous envahir et que les prêtres qui consultaient notre Dieu pour moi, n’avaient pas de réponses, alors j’ai cherché une femme qui me mettrait en relation avec Samuel (1Sam 28 ). Moi le roi, je me suis déguisé et je me suis fait passer pour un autre. J’aurais mieux fait de ne rien faire, car certes Samuel m’est apparu, mais il m’a redit que Yahvé s’était détourné de moi, que la royauté serait donnée à David et à sa descendance et que moi et mon armée serions livrés aux Philistins.

 

Personne ne sait vraiment comment je suis mort au combat. Ce qui est certain c’est que je ne voulais pas tomber vivant dans les mains des Philistins (et donner ensuite une occasion de victoire à David, ce qui m’aurait humilié comme il l’a fait par deux fois en me laissant la vie sauve). Alors j’ai demandé à mon écuyer de me donner la mort. Il a refusé et je me suis jeté sur mon épée, ce qui en soi est un suicide (1Sam31), donc encore une faute, mais qui est une belle mort. Mais le suicide n’est pas permis.

 

Finalement je ne suis peut-être plus à une faute près. J’espère que David aura bien du mal à trouver sa place et que les tribus n’accepteront pas de servir ce petit berger, ce petit brigand, cet intriguant. J’espère aussi qu’Abner mon chef de guerre restera de mon côté et permettra à ma descendance de régner sur Israël.  


samedi, mai 10, 2008

"Langues de feu".


La représentation picturale de la Pentecôte montre les apôtres avec au-dessus d'eux quelque chose qui ressemble plus ou moins à une flamme de bougie. Du coup la représentation se centre sur la lumière ou le feu, mais pas sur la forme. 

Or si on fait attention au texte des Actes des Apôtre, on ne doit pas faire abstraction du fait qu'il s'agit d'une d'une théophanie bien semblable à celle décrite dans le premier livre des rois au chapitre 19. La forme de la manifestation n'est donc pas due au hasard. 

La langue n'est pas la colombe (baptême de Jésus ou la nuée). La symbolique est autre. 

Jésus est la parole du Père (verbe du Père)  et la parole peut se représenter sous la forme d'une langue. Les apôtres deviennent comme Jésus parole de Dieu et leur parole se répandra (comme le feu) sur toute la terre. 

Que le don "des langues" soit donné juste après ce baptême, cette immersion dans le feu amour de Dieu est tout à fait cohérent. Désormais tous les humains pourront entendre et entendre la langue de Dieu.

dimanche, avril 27, 2008

"Lier, délier, relier" : à propos du pardon.

Quand j'ai commencé à travailler en groupe sur la Bible, j'ai beaucoup utilisé la triade: Lire (le texte tel quel,) le dé-lire (avec ou sans jeu de mots) c'est à dire se poser toutes les questions qui viennent , utiliser ma propre grille de compréhension, mettre à plat pourrait-on dire, et enfin le "Re lire", c'est à dire en quelque sorte me l'approprier, le faire mien, l'incorporer. Le texte est alors habité, ce qui ne veut pas dire que la lecture reste figée, mais il est vivant. 

Hier pendant l'eucharistie, je réfléchissais à la question du pardon. Cela n'avait rien à voir avec la thématique proposée qui tournait autour du mot "monde" employé dans l'évangile de Jean et qui avait conduit le célébrant à nous faire réfléchir sur ce que l'église reproche au monde et ce ce que le monde reproche à l'église.

Mais, et c'est peut-être cela qui a été le moteur, l'oraison précédant les lectures avait été modifiée par le célébrant: à la phrase "fais nous revenir à Toi" il avait ajouté "Fais nous revenir à nous, à ce qui est notre profondeur, ce qui nous constitue,  pour que ton souffle le fasse vivre". 

Or il y a beaucoup de personnes que je connais qui sont d'une certaine manière dépossédées de leur intérieur, qui l'ont perdu. parce que les relations qu'elles ont subi ont été dévastatrices. Comment est-il possible de pardonner comme c'est demandé dans la prière "modèle" de Jésus quand on a été dépossédé de sa propre identité, quand on a été utilisé comme un objet.

Alors une autre triade m'est revenue "lier, délier" relier". 

Lier
Le mal commis par un autre, le mal subi, cela "lie" au sens fort du terme. Quand Jésus guérit la femme courbée, il emploie ce terme de lier: cette femme qui était liée (possédée) depuis 18 ans, ne fallait il pas, même un jour de Sabbat enlever ce poids qui pesait sur elle, au point qu'elle ne pouvait plus regarder que le sol? Le mal, l'abus crée une relation de pouvoir entre deux personnes.

Il est important dans un premier temps de se rendre compte que ce lien est mauvais et que pour être vivant, il est nécessaire de prendre conscience que ce lien est pathogène, de se reconnaître victime, et de traverser les étapes décrites par Elisabeth Kübler Ross (déni, colère, dépression acceptation). 


Délier
Ensuite quand on veut rompre le lien (et là je ne parle pas de pardon, mais de libération personnelle),cela  il me semble indispensable de passer par une "dé-liaison". La problème c'est que dans la théorie freudienne les forces de déliaisons sont des pulsions de mort, qui s'opposent aux pulsions de vie qui créent des liens et que la déliaison n'a pas très bonne presse. Pourtant là, il il s'agit de rompre un lien pathogène. Rompre ce lien permet  à chacun de vivre sa vie. Jacques Salomé décrit la relation entre deux personnes comme une écharpe que chacun tient aux deux bouts. Il devient nécessaire de lâcher son propre bout quand la relation est pathogène. Mais c'est loin d'être facile. 

Je me représente (et cela est vrai pour moi et m'a beaucoup aidée) l'autre, celui qui m'a fait mal et du mal comme un ballon qui flotte dans l'air au dessus de moi et que je garde prisonnier en me cramponnant à la ficelle qui le relie à moi. Tenir cette ficelle est épuisant, mais cela me donne l'illusion de contrôler le ballon. Arrive un jour où je me rends compte que l'énergie que je consomme à tenir cette ficelle est un leurre. Je me fatigue pour rien, je me fais du mal pour rien. Alors je décide de lâcher la ficelle. Le ballon peut aller où il veut, ce n'est plus de ma responsabilité. Au sens fort cela s'appelle du lâcher prise, mais ce n'est pas le pardon. Je peux très bien imaginer que le ballon aille au diable, qu'il crève ou que sais-je encore. Mais cela ce n'est plus mon problème et je récupère pour moi l'énergie que j'utilisais pour contrôler les choses.

Par expérience je sais que cette expérience de coupure, il est nécessaire de la faire  et parfois de la refaire et de la refaire encore, parce que la mémoire est là, qu'il y a des dates anniversaires qui réactivent le passé, des événements du présent qui raniment d'une certaine manière ce passé. 

Ce lâcher prise, par certains côtés son pourra dire qu'il est égoïste: je ne me préoccupe pas de l'autre, je veux me débarrasser de lui. Au moins il permet de se sentir allégé d'un poids et d'entrer dans un processus de guérison (de vie). 

Relier

Le pardon est pour moi la possibilité de me "relier" à nouveau à cette personne, mais d'une manière nouvelle. Cela ne veut pas dire que j'en sois capable, mais c'est quelque chose d'envisageable.

Un ami expliquait que "aimer" ce n'est pas faire du sentimentalisme: le bon samaritain n'aime pas au sens affectif  le blessé. Mais il le respecte en tant qu'individu et il "prend soin" de lui.  Le "prendre soin" s'entend au sens propre, mais aussi au sens figuré. Cette manière d'aimer qui est une relation entre deux être, peut me semble-t-il se re créer,, et c'est cela que je comprends par pardon. 

Un jour il me devient possible de souhaiter du bon (de bénir) cette personne qui m'a fait du mal et que j'ai haï du plus profond de mon être.

La première fois que j'ai eu cette représentation de la relation sous la forme du ballon, je me suis dit qu'en s'accrochant au filin, j'empêchais l'autre personne (décédée) de faire son chemin à elle, que d'une certaine manière je mettais une entrave à son devenir, et qu'il était important, quel que soit son devenir que je n'entrave en rien son présent et son futur. Que je ne sois pas un poids pour elle. Qu'elle soit libre de moi comme je suis libre d'elle. 

Curieusement, même si dans l'évangile il est dit de pardonner 77 fois 7 fois à son frère qui vient demander pardon, je ne suis pas certaine que d'un point de vue psychologique ce soit une bonne chose; c'est trop facile de dire "je te demande, n pardon, donc tu dois me le donner et si tu ne fais pas, tu n'es pas un bon". Le pardon est là aussi pour promouvoir un changement de la relation, pas de pérenniser une relation qui n'est pas bonne. Si je demande pardon c'est bien que je me rends compte que j'ai blessé l'autre et que que je désire que ça change. 

Quand Jésus guérit, il délie, quand cette guérison entraîne un changement  alors il "relie", il crée du nouveau. Il recrée une relation entre l'homme et Dieu, il restaure le divin qui est en l'humain.Quand il dit au paralytique tes péchés te sont pardonnés, c'est qu'il lui propose déjà une restauration, mais cette proposition, dont on ne sait pas si elle heurte l'infirme, n'est pas entendue par l'auditoire et c'est une autre thématique qui va se développer. 

Quand Jésus nous suggère de demander que Dieu " nous pardonne  nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui  nous ont offensé", ne parle-t-Il pas  de la "relation" entre l'humain et Dieu. Il ne s'agit pas tant d'être pardonné parce que nous pardonnons, ce qui fait un peu loi du talion, mais de maintenir la relation entre Dieu et nous. Si je me suis détournée de Dieu, que Lui ne se détourne pas de moi, que la confiance se maintienne (et Dieu sait que la confiance, la foi, ce n'est pas chose facile). 


L'histoire d'Israël montre bien (ou essaye de démontrer) qu'il existe une fidélité de Dieu, même si l'humain se détourne de Lui. Il y a un prix à payer (l'exil, l'occupation), mais la relation perdure, se modifie et s'incarne. La miséricorde de Dieu ce n'est pas tant la non sanction de la faute que la permanence de la relation (même si parfois nous avons du mal à le percevoir, parce que nous ne parlons pas très bien la langue de dieu).

Je veux dire que je crois qu'il est possible (mais pas toujours) de me relier à cet autre qui m'a fait du mal d'une manière complètement différente, complètement nouvelle. Il s'agit non pas de dire j'oublie ce que tu m'as fait, parce que cela c'est impossible, mais de désirer qu'une autre relation se construise, et ce même si la personne est décédée.

Il pourra alors m'être possible de désirer du bien pour cette personne (et pas qu'elle croupisse en enfer pour le restant de son éternité). 

Quand Jésus dit sur la croix, "pardonne leur ils ne savent pas ce qu'ils font", certes Lui ne pardonne pas, mais Il remet le pardon à son Père. Mais en même temps Il demande que la relation ne soit pas brisée parce que du mal a été accompli.

Il me semble qu'en rétablissant par sa mort sur la croix la relation entre l'humain et le divin (le chemin et la vie), le salut est là parce que d'une certaine manière Jésus se fait aussi pardon en inaugurant une relation nouvelle, qui va permettre le don de l'esprit à tout homme.   








David: "Plus menteur que moi tu meurs".


Quand on lit attentivement le premier livre de Samuel, qui d'une certaine manière décrit l'avènement de la royauté en Israël après la fin des juges (Samuel étant le dernier) et surtout les querelles tribales, on est finalement étonné par l'image donnée de David par le rédacteur (ou les rédacteurs) de ces livres.

Dans notre imaginaire, David est ce gentil berger qui a tué le méchant Philistin et qui par la suite a été pendant des années en butte à la jalousie maladive de Saül qui voit en lui (à juste titre) celui qui lui succédera et qui détruira sa lignée:  Juda prendra le pas sur Benjamin...

On a donc des images de ce pauvre David contraint de fuir et de sauver sa vie. Mais on gomme complètement les "ruses" de David pour rester en vie et il raconte parfois n'importe quoi pour obtenir ce qu'il veut. 

Jésus cite l'épisode des pains de propiation. A ce moment là, David est seul et il raconte au malheureux prêtre (qui payera de sa vie l'aide apportée) que ses hommes qui le suivent sont purs et ont besoin d'aliments et que lui-même bon serviteur de Saül a besoin de l'épée de Goliath. Or des hommes il n'y a pas, David est seul et il monte une histoire fausse. Il a besoin de vivres et d'armes  pour survivre alors qu'il est traqué. 

Par la suite, quand il est chez les philistins il racontera qu'il attaque les tribus d 'Israël (ce qui fait croire à l'hôte que David est de son côté et qu'il pourra compter sur lui ultérieurement); en fait il tue des hommes et des femmes habitants les pays voisins qui ne lui ont rien fait. Les mettre à mort évite que ceux ci ne puissent se plaindre du comportement de David. On ne peut pas dire que d'un point de vue humain ce soit très joli. Il s'enrichit en massacrant des innocents. Finalement le truc qu'il trouvera pour faire périr Uie le hittite est cohérent avec le personnage: pas vu, pas pris (sauf que là Dieu verra) et agira en conséquence


Quand à l'épisode qui le conduira à épouser une femme avisée nommée Abigaïl, il faut bien admettre que David qui vient réclamer un salaire pour une protection qui ne lui a pas été demandée est un ancêtre des mafieux. 

Certes David, et ce sera sa gloire, ne portera pas la main sur  Saül, ni directement à la descendance de ce dernier.

Cela donne aussi l'image d'un Dieu qui accepte la faiblesse humaine (et ne la pénalise pas) quand il a lui même un projet précis: faire de David  l'ancêtre de celui qui sera le Sauveur d'Israël

Mais au travers de ces textes l'auteur ou les auteurs montrent que même choisi par YHWH l'être humain est bien pécheur. Ce qui fait peut-être la gloire de David c'est de le reconnaître.


vendredi, avril 25, 2008

"Born Again".

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J'ai vu il y a quelques jours une vidéo cassette consacrée à st Paul. Une espèce d'enquête auprès de spécialistes pour savoir ce qu'ils pensent ou savent de cet homme. Je ne peux pas dire que j'ai apprécié cet exercice de style, mais une des séquences m'a permis de réfléchir que la notion d'identité de ceux qui se disent avoir donner leur vie à Jésus. 

Je ne sais si le hasard a bien fait les choses, mais l'auteur prend un taxi à New-York pour aller aller à l'église Saint Paul; le chauffeur lui demande de quelle église il s'agit pour la localiser. La conversation s'engage, et  le chauffeur dit bien connaître bien Paul et surtout s'affirme comme un "born again" et raconte la manière dont s'est faite cette nouvelle naissance pour lui.  

Ce terme très employé dans les pays anglo-saxons, a évoqué pour moi une phrase des actes des apôtres: c'est à Antioche qu'on leur donna la nom de chrétien (ac11,26). Je suppose que ce "nom" de chrétien veut dire disciples de ce Chrestos et qu'il donne une spécificité à ces gens qui ne sont ni des prosélytes, ni des craignants Dieu, ni des juifs pratiquants. Une identité leur est alors donnée avec d'ailleurs tous les risques que cela comportera par la suite.   

Donner un nom, c'est donner une identité, c'est appartenir à un groupe, à une famille. c'est avoir un mode de pensée spécifique. Les chrétiens se différencient des juifs, car pour eux le salut est déjà là: la preuve en étant la mort et la résurrection de Jésus.  S'affirmer chrétien ou born again c'est laisser un certain passé pour s'engager dans une vie différente avec des frères et des soeurs qui ont fait la même expérience. 

En relisant les actes des apôtres j'ai remarqué que le baptême au nom de Jésus est là pour absoudre des péchés, pour délier de ce qui est mauvais en soi, ce qui crée l'homme nouveau; et que l'Esprit Saint est en général donné ensuite par imposition des mains. Pour les "born again" il me semble que le temps premier est d'abord une expérience qui change la vie, qui provoque une conversion. Le baptême par immersion étant le signe de l'appartenance à une nouvelle famille; ceux qui sont donné leur vie à Jésus .

Etre "chrétien" dans notre monde européen, nécessite bien souvent une épithète: catholique, orthodoxe, reformé, évangélique. Il m'a semblé que ce chauffeur de taxi, cet homme "re né" avait plaisir à affirmer sa nouvelle identité.  Est ce que le mot de chrétien nous remplit de la même joie, aujourd'hui? Est-il facile de dire je suis chrétien et j'en suis heureux? 

Mais il est certain que dans un monde en recherche de stabilité parce que tout va trop vite, avoir une identité est un élément très stabilisateur.

Jeudi pendant la lecture des actes, j'ai entendu dans Ac 15,7-23 (discours de Jacques) que "dès le début, Dieu a voulu prendre chez les païens un peuple qui serait marqué de son nom".  Et cette petite phrase:" être marqué du nom de Dieu" m'a semblé extraordinaire.

Ce n'est pas seulement appartenir à un  groupe de personnes qui se disent sauvées par la mort et la résurrection, c'est  porter le nom de celui dont le nom ne se prononce pas, c'est être reconnu par Lui comme Lui.-même. Cela renvoie presque à certaines phrases de Jean sur être un dans le Père. Porter le nom de quelqu'un ce n'est pas rien. Cela peut s'entendre de manière négative: on marque les bêtes d'un troupeau au nom de leur propriétaire, elles lui appartiennent. Cela peut aussi s'entendre de manière positive, comme dans un mariage. C'est porter le nom de celui  qui est le Vivant.   

 Je veux dire que dans notre culture actuelle, la femme prend le nom de son mari, qu'elle le porte et que porter le nom de quelqu'un c'est être non pas lui, parce que cela n'est pas pensable ni possible, mais normalement partager ses valeurs et sa vie. 

Porter le nom de Dieu (même si ce nom est Christ), c'est pour moi ne plus être seulement sauvé (c'est à dire vivant) mais être participant au salut, à la vie et cette dimension de donneur de vie me ravit profondément.

Je n'ose pas dire que la question d'être sauvé après ma vie sur cette terre m'indiffère, mais si dès aujourd'hui je peux être créateur de vie comme celui qui a mis son nom sur moi et en moi, alors oui, la vie vaut la peine d'être vécue. 

Il est plus important pour moi aujourd'hui de connaître que je suis marquée par ce nom que de savoir que mon nom est inscrit dans le coeur de Dieu. Certes cela c'est une bonne nouvelle, mais pour exister, j'ai besoin d'actif et non de passif. Etre sauvé, oui mais si grâce à ce salut je peux devenir comme Dieu, mais à manière à moi,  humblement, minusculement un petit souffle de vie, alors quoiqu'il arrive après la mort,  cela aura valu la peine de vivre cette vie là.

Ma première goutte d'eau d'une source qui sourd de la terre, n'est ce pas une merveille? Etre de Dieu c'est permettre que cette goutte affleure et que peut-être un oiseau puisse y boire.