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mardi, juillet 19, 2022

Luc 10, 38-42, Marthe et Marie. Année C, 16 ème dimanche ordinaire. 17 juillet.

 

 

Premières réflexions

 

C'est un texte bien connu, ce texte qui semble opposer contemplation et activité. On lit ce texte le 29 Juillet pour la Ste Marthe, parce que le nom de de Marthe y figure, mais ce n'est pas un texte qui la valorise vraiment, puisque Jésus refuse d'écouter sa demande.  


J'avais laissé, il y a très longtemps, Marthe raconter cet épisode de sa vie - https://giboulee.blogspot.com/2005/08/marthe-et-marie-lc-1038-43.html - puis plus récemment c'est Marie qui a pris le relais: https://giboulee.blogspot.com/2021/07/luc-10-38-42-jesus-est-recu-dans-la.html

 

C'est un texte court, donc facile à mémoriser. En le laissant travailler en moi ce dimanche - mais je l'avais déjà lu la veille - est venu se mettre à résonner ce terme de "Seigneur" que Marthe emploie quand elle interpelle Jésus, au moment où elle commence à ne plus supporter la situation. 

 

Elle coupe Jésus dans ce qu'il est en train de raconter, pour lui dire:" Seigneur est ce que cela ne te fait rien que ma sœur me laisse faire toute seule le service? Dis-lui donc de m'aider." Et je me suis demandée ce qu'il y avait derrière ce "Seigneur", qui pour moi est une simple formule de politesse: Monsieur. Et, juste après" le narrateur écrit "Le Seigneur lui répondit", ce qui, là, renvoie à Jésus qui est Seigneur, Jésus passé de la mort à vie, Jésus qui est LE SEIGNEUR. 

 

Ce que je veux dire, c'est que ce mot s'est imposé à moi, et m'a renvoyée à la manière dont je m'adresse, moi, à celui qui est mon Seigneur. 

 

Cela m'a permis, dans un premier temps, de laisser simplement ce mot chanter un peu en moi, au rythme de ma respiration; et cela c'est toujours pour moi un cadeau qui m'est offert. Peut-être qu'ensuite est venu s'associer un chant - "Jésus, toi qui a donné l'Esprit à ceux qui te prient…" - parce que, comme je vais le dire, je pense que quand je parle au Fils du Très Haut, je l'appelle par ce nom de Jésus.

 

Dans la prière du cœur que je pratique, je répète "Seigneur Jésus"; mais, de fait,  qu'est-ce que je dis?  Est-ce que ces deux noms accolés n'en forment plus qu'un seul? Ce n'est pas impossible. 

 

Cependant, je crois que lorsque je prie, j'utilise essentiellement le prénom, Jésus. Je n'ai pas à réfléchir. C'est comme cela, et je pense que c'est lié au fait que ce Jésus, je l'ai rencontré quand j'avais une dizaine d'années, à un moment de rupture puisque je quittais ma mère pour entrer dans l'univers de mon père; je quittais aussi un lieu agréable à vivre pour me plonger dans un autre univers. Et ce Jésus-là a été mon frère, mon ami; alors c'était, et c'est, Jésus tout court. Dans le besoin, c'est: "Jésus s'il te plait". 

 

Il y a des années, j'ai été un peu perturbée quand je me suis rendue compte qu'en Allemand, le mot employé pour parler à Dieu, certes avec une majuscule c'est simplement Herr, Monsieur. Mon Sieur (Seigneur). Je m'étais alors demandé, puisque la langue structure la pensée, comment les allemands se représentaient ce monsieur Dieu! Mais il me semble qu'en allemand il y a une notion de respect infiniment plus considérable qu'en Français pour ce même mot.

 

Je crois surtout que, pour moi, "Monsieur" introduit de la distance. Comme on disait autrefois, on n'a pas gardé les cochons ensemble; et cela reste pour moi un fondement dans la relation avec Dieu, Dieu Père, mais surtout avec Jésus, le Fils. Car même si j'ose l'appeler par son prénom, c'est le nouveau nom, celui de la résurrection, celui que je connais sans le connaître, ce qui me permet de ne pas le posséder. On dit que connaître le nom de quelqu'un c'est avoir un pouvoir sur lui. Moi, j'ai la chance de connaître ce nom, qui comme le dit Paul, est au-dessus de tout nom, de fléchir le genou, mais de ne pas le chosifier. 

 

Ce qui m'a aussi touchée dans ce texte, c'est Marie qui s'assoit aux pieds de Jésus; et cela c'est actif, c'est sa décision. Et c'est ce choix qui lui permet ensuite d'écouter, de garder dans son cœur, de contempler. Mais l'action précède la contemplation. Il y a de la volonté la-dedans.

 

Revenons à ce qui nous est raconté par Luc.

 

Réflexions sur le texte.

 

Quand Marthe reçoit Jésus, il se présente comme quelqu'un qui a des disciples et qui demande l'accueil. Mais qui est-il pour elle? Je pense qu'il est un homme intéressant, dont elle peut-être un peu entendu parler, un Monsieur si je puis dire. 

 

Elle ne l'appelle pas par son nom, par son prénom, mais cela ne semble pas se faire dans les évangiles. Personne n'appelle Jésus "Jésus", ou même "Seigneur Jésus". Là, elle lui parle comme Marie de Magdala parlera au jardinier, du moins à celui qu'elle pense être un jardinier, au matin de la résurrection. 

 

Ensuite elle veut juste qu'il use de son autorité, et sa phrase est assez subtile, puisqu'elle en appelle à la sensibilité de Jésus. Est-ce que cela ne te fait rien qu'elle me laisse toute seule à tout faire pour te recevoir?

 

Marie, on ne sait pas comment elle l'appelle, cet homme aux pieds duquel, elle est allée s'installer, un peu comme un chien qui se met aux pieds de son maître. Si Marie de Béthanie est Marie de Magdala, mais cela rien ne le prouve, cet homme est pour elle son "Rabbouni"; j'aime les mots qui ont cette consonance en "ou". C'est un mot que moi, j'emploierais facilement. Mais dans ce qui est rapporté là, cette jeune femme, cette disciple, ne dit rien; elle attend.

 

Jésus répond directement à Marthe; en lui faisant remarquer qu'elle se prend la tête, qu'elle se soucie, qu'elle s'agite pour bien des choses. Il me semble que s'agiter, ce serait un peu le propre du sot, de l'insensé, ce qui ne doit pas trop plaire à Marthe qui se prend peut-être pour la femme parfaite de ce même livre des Proverbes. Là, elle se disperse, elle a perdu son assise, celle que Marie a justement trouvée en se mettant aux pieds de Jésus. 

 

Alors ce qui lui est demandé, au lieu de faire porter la responsabilité à sa sœur de cette sorte de colère qui gronde en elle à ce moment-là, c'est de prendre le temps de se poser, de réfléchir, de trouver ce qu'il y a de plus important, ce jour-là, à ce moment-là, parce qu'elle n'a peut-être pas compris que Jésus n'est pas qu'un guérisseur qui va de village en village, mais son Seigneur qui vient visiter son peuple. 

 

Et le texte s'arrête là, avec: "Marie a choisi la meilleure part, elle ne lui sera pas enlevée" ( ni par toi, ni par lui). Jésus prend en quelque sorte la défense de Marie; il est son prochain.

 

Je peux imaginer que ce qui s'est passé là a quand même pu faire réagir ceux qui ont accompagné Jésus dans la maison de Marthe (maison qui n'est pas la maison de Marie, il y a bien une différence de statut entre les deux sœurs). Peut-être pensaient-ils comme Marthe qu'une femme n'avait rien à faire aux pieds de Jésus, que la place d'une femme ce n'était pas là, et qu'elle faisait honte à sa sœur. 

 

Un disciple raconte

 

Le Maître avait un peu cloué le bec d'un pharisien qui avait demandé qui était son prochain, en racontant une sorte de parabole où il était question d'un homme attaqué par des brigands sur la route de Jérusalem à Jéricho, qui avait été volé, blessé, et presque tué. Il avait ensuite été question de trois personnes qui passaient là; et seule l'une d'entre elles, un Samaritain, prenait le temps de s'arrêter, de le soigner, de le conduire dans une auberge, de dépenser de l'argent pour lui. Les deux autres, un prêtre et un lévite, n'ont pas bougé le petit doigt, ils ont même changé de côté, pour ne pas être souillés par le blessé. Alors quand Jésus avait demandé au pharisien lequel avait été le prochain, il avait répondu que c'était celui qui avait fait quelque chose. Jésus lui a dit qu'il avait bien répondu - mais il est évident qu'il n'y avait pas d'autre réponse - et qu'il devait faire de même. 

 

Du coup je me suis demandé si en racontant cela, Jésus n'avait pas été le prochain du pharisien. Il me semble que quand Jésus guérit, il se fait bien le proche de tous. 

 

Nous sommes arrivés dans un village pour y passer la nuit et refaire nos forces. Parfois nous sommes accueillis, parfois pas. Là on a eu de la chance. Une femme s'est présentée, elle s'appelle Marthe et elle nous a invité chez elle. Je pense qu'elle avait dû entendre parler de nous et de Jésus. 

 

Nous sommes entrés chez elle; elle nous a donné de quoi nous rafraîchir, et elle est partie donner des ordres pour préparer le repas. C'est là que j'ai découvert qu'elle avait une sœur, plus jeune, Marie. Un très très joli brin de fille. Être disciple n'empêche pas de regarder. 

 

Et voilà qu'elle entre dans la pièce où nous étions, elle s'installe aux pieds de Jésus, comme le font les disciples; et elle buvait littéralement ce qu'il disait. Moi je me demandais si c'était vraiment sa place. Mais le Maître semblait heureux. Et il parlait de tout et de rien. Il y avait de la Paix entre nous. 

 

Mais ça s'est gâté d'un coup. En fait on entendait bien la voix de Dame Marthe qui donnait des ordres, les annulait, en donnait d'autres, et on avait l'impression qu'elle avait du mal à savoir où donner de la tête. Elle est arrivée dans la pièce, elle a regardé Jésus et elle lui a demandé sur un ton très autoritaire si ça ne lui faisait rien qu'elle soit toute seule à faire le service. Et qu'il devait dire à Marie de l'aider; vraiment elle n'avait pas l'air contente. Moi je sais que quand on donne des ordres comme cela à notre Maître, il n'aime pas du tout.

 

Il a pris un peu de temps, il l'a regardée et lui a dit une phrase étonnante pour moi. Je veux dire qu'il ne lui a pas donné raison, mais en quelque sorte il l'a renvoyée à elle-même. Il ne lui a pas dit si c'était bien ou mal, il lui a fait remarquer qu'elle s'agitait pour beaucoup de choses, alors qu'une seule était nécessaire; mais il n'a pas dit laquelle. Je crois qu'il voulait qu'elle la trouve toute seule cette chose. 

 

Il a conclu en disant que Marie avait choisi la meilleure part, et que le choix qu'elle avait ce jour-là lui appartenait; que c'était son choix à elle. Et que lui, Jésus, n'allait pas la faire sortir de cette pièce où il y avait une telle concorde.

 

Marthe est repartie, mais j'ai bien vu qu'elle s'était calmée. Marie est restée là. Le repas a pu commencer un peu plus tard, et surtout Marthe est venue s'asseoir avec nous, avec sa sœur, avec Jésus, et je crois que c'était cela le principal. Là encore, il avait mis de la Paix, il avait sûrement guéri, il avait été le prochain de ces deux femmes. 

 

Que j'en ai de la chance d'avoir été choisi par un tel Maître.

 

Puis Jésus partira de là, il ira ailleurs, et il parlera à ses disciples de la prière et de la bonté de son Père.

mardi, décembre 27, 2022

Jean 20, 2-8. Il vit et il crut. Marie la mère de Jésus raconte. Semaine de Noël 2022

C'est la fête de St Jean l'évangéliste, qui pour moi n'est pas le fils de Zébédée.  

Si je reviens en arrière, à la fin du chapitre 19, Jean, le seul des disciples, est au pied de la croix.. Il reçoit Marie comme mère. 


Il entend Jésus dire "j'ai soif" puis "tout est accompli" (ce qui renvoie au Psaume 68 - j'avais soif et il m'ont donné du vin aigre, mais aussi au texte de la Samaritaine: "Donne moi à boire ... Et moi je te donnerai de l'eau vive").. Il voit ensuite Jésus rendre l'esprit. Est-il là quand le flanc de Jésus est transpercé et qu'il en jaillit du sang et de l'eau? Je peux l'imaginer, mais est-ce que Marie est encore là? 


Il sait ensuite que le corps a été mis dans un tombeau et qu'il y avait 100 livres (ce qui me paraît énorme) d'aromates. Il sait que le corps est enveloppé du linceul, lié avec les bandelettes, que la tête est dans le suaire, et qu'il s'agit d'un tombeau neuf (accomplissement des écritures qui concernent le serviteur souffrant, Is 53). 

 

Donc Jean a vu et entendu beaucoup de choses. Et voilà qu'arrive Marie de Magdala, dans tous ses états: on a enlevé le corps et elle ne sait pas où il est; pour elle, c'est la panique. De résurrection, il n'est pas question. 


En effet, il est arrivé ce petit matin qu'elle attendait, et c'est dans les ténèbres qu'elle est allée au tombeau avec ses aromates à elle, et aussi, si on en croit les synoptiques, avec une ou deux autres femmes. Et voilà qu'elle a vu la pierre roulée, donc le tombeau ouvert, violé. On peut penser qu'elle se penche et voit la disparition du corps; elle prend les jambes à son cou pour prévenir. Peut-être espère-t-elle que les disciples y sont pour quelque chose.


Travail sur le texte


Dans le texte de la liturgie d'aujourd'hui, il manque le verset 1, qui raconte que le premier jour de la semaine (notre dimanche) Marie est partie aux premières lueurs du jour, dans les ténèbres; ce qui sous la plume de Jean n'est pas anodin ("et les ténèbres ne l'ont pas retenu" peut on lire dans le Prologue), et découvre le tombeau ouvert. 

 

2 Le premier jour de la semaine, Marie Madeleine courut trouver Simon-Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle leur dit : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a déposé. » 

 

Le "nous" renvoie logiquement aux femmes. Et c'est la panique: comment rendre hommage au corps qui a disparu. Qui a pris? Qu'est ce qu'on en a fait...?  


3 Pierre partit donc avec l’autre disciple pour se rendre au tombeau. 

 

Ce qui est étonnant, c'est qu'il n'y a aucune mention de Marie, la mère de Jésus, qui devait être là., puisqu'il nous a été dit qu'à partir du moment où Jésus a confié sa mère à Jean, il la prend chez  lui. Elle ne devait pas dormir quand Marie de Magdala arrive. Mais elle, elle reste là. La tradition dit que Jésus lui apparaît, mais cela c'est la tradition. Tout ce qu'elle sait, c'est que le corps de son fils n'est plus là. Mais pour elle, cela prend un autre sens; elle n'a pas besoin de voir.

 

4 Ils couraient tous les deux ensembles, mais l’autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau. 

5 En se penchant, il s’aperçoit que les linges sont posés à plat ; cependant il n’entre pas. 

 

Et c'est un peu la course, et il y a le plus jeune qui se penche, sans entrer et qui voit les linges posés. Donc si c'est ainsi, c'est que le corps n'est plus dans le linceul, contrairement à ce qui s'est passé pour Lazare. Il a été délié, et cela un simple voleur ne l'aurait pas fait.

 

6 Simon-Pierre, qui le suivait, arrive à son tour. Il entre dans le tombeau ; il aperçoit les linges, posés à plat, 

7 ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus, non pas posé avec les linges, mais roulé à part à sa place. 

 

Pierre semble en voir un peu plus, il y a non seulement les bandelettes, mais le suaire. Donc si la tête n'est pas dans le suaire, c'est que la vie est revenue. On met un drap sur le visage des défunts. Je pense que c'est un peu pareil.

 

8 C’est alors qu’entra l’autre disciple, lui qui était arrivé le premier au tombeau. Il vit, et il crut.

 

Et Jean entre à son tour et pour lui, c'est évident, le maître n'a pas été enlevé, il est élevé! Il n'est plus là. Ce qui avait été annoncé est accompli. Lui ne doute pas: son Seigneur est vivant.


Je n'avais pas du tout prévu d'écrire un nouveau texte sur ce passage, puisqu'il y en déjà au moins un: https://giboulee.blogspot.com/2019/12/jn-20-8-il-vit-et-il-crut.html . Mais le texte est venu tout seul.

 

Marie, la mère de Jésus, raconte:

 

Oui, un glaive de douleur a transpercé mon cœur. Mon Unique est parti, il est retourné vers son Père, il est mort. J'ai vu le souffle le quitter, sa tête s'incliner, ses yeux se fermer. Ensuite Jean, le jeune disciple de mon fils, m'a conduite chez lui.


 Puis il est retourné là-bas. Il m'a dit que des soldats sont venus briser les jambes des deux autres mais que lui ils ne l'ont pas touché. Malgré tout, je suis émue pour les deux hommes qui sont morts étouffés ainsi. Quelle mort cruelle et affreuse. Un des soldats n'a pas pu s'empêcher de faire du mal à mon fils, comme aux autres. Il a donné un coup de lance dans son thorax, et Jean m'a dit qu'il en était sorti du sang et de l'eau. Son corps transpercé, comme si les clous n'avaient pas suffi.


Que j'aurais voulu être là, quand il a été descendu de sa croix! Mais Jean n'a pas voulu. Je sais que deux de ses disciples, des hommes qui sont dans le Grand Conseil, ont déposé son corps dans un tombeau tout neuf, qui n'avait jamais servi, et qu'ils ont eu le temps de l'ensevelir en oignant son corps d'aromates, et en l'enveloppant dans un suaire, comme cela se fait chez nous.

 

Comme le lendemain était un grand Sabbat, nous ne pouvions rien faire. Il avait dit et répété qu'il reviendrait à la vie le troisième jour. Alors moi, j'attends ce matin, ce jour béni où il nous sera rendu, rendu autrement, pas dans ce corps meurtri, mais dans ce corps qui est le sien depuis toujours. Mais même si j'attends, un peu comme la fiancée du Cantique, mon cœur saigne, mon cœur est dans l'angoisse et dans la tristesse.

 

Les heures ont défilé. Nous avons chanté les psaumes, lu les livres. Il y eu encore un soir; et au petit matin, voilà que Marie de Magdala est venue frapper à la porte. Elle était comme folle. Elle a dit que le corps avait disparu, qu'elle ne savait pas où il était. Alors en moi, quelque chose s'est mis à chanter. Il a vaincu la mort, il a libéré son peuple, la vie s'est manifestée! Cela se disait en moi, était en moi. Il y avait en moi une joie du possible, une joie toute neuve.. 

 

Eux, sont partis en grande hâte, un peu comme moi jadis quand je me suis précipitée pour aller vers la cousine Elisabeth. 


Ils sont revenus peu après. Jean m'a raconté qu'en arrivant dans le jardin où était la tombe, il avait vu la pierre roulée, l'ouverture béante, mais qu'il n'avait pas voulu entrer le premier. En fait, comme il est plus jeune que Simon-Pierre, et en meilleure forme que lui, il était arrivé le premier. Il m'a dit que Pierre était entré, et ressorti sans rien dire. 


Puis, lui-même était entré, et là dans cette lumière qui venait de dehors et qui donnait de la vie à ce lieu de mort, il a vu que les linges, bandelettes et linceul avaient été pliés au pied de la couchette, et que le suaire était posé à la tête. C'était bien plié, mais il y avait des taches de sang. Et voir cela, pour lui, c'était évident Jésus, avait vaincu la mort, il n'était plus là, il n'avait pas été enlevé, mais il avait été élevé dans la gloire, cette gloire qui était la sienne depuis le commencement, depuis les commencements. 

 

Et mon âme a exulté de joie et j'ai béni Dieu mon sauveur, qui fait bien toute choses et qui fait des merveilles. Oui, la vie, la vie s'est manifestée, la mort a été vaincue, et mon cœur est dans la joie.

 

vendredi, septembre 15, 2023

Jn 19,25-27. Notre Dame des sept douleurs - 15 septembre 2023.


Hier c’était ce qu’on appelait autre fois l’exaltation de la Sainte Croix, et aujourd’hui la Croix glorieuse, avec la lecture de quelques versets du chapitre 3 de Jean: Le fils de l’homme sera élevé. Or certes il est élevé sur cette croix, mais de fait il y est pendu comme un criminel; il est peut-être dressé sur le monde, mais il est abaissé, lui le Fils de l’homme; il est alors totalement dans la volonté divine, et le monde est sauvé. Mais cela se fait dans le sang et dans la mort. 

 

Aujourd’hui c’est Marie des douleurs, avec un texte très bref de Jn 19: deux versets. 

En revenant sur ce texte de matin, j’ai senti la nécessité de laisser Marie raconter. Raconter ce qu’une maman peut ressentir quand elle assiste à la mort de son fils, totalement impuissante, et qu’elle reçoit une espèce de mission qui lui permet peut-être de se projeter dans le futur, un futur où elle sait - parce que la foi de Marie lui permet certainement de ne pas douter de la résurrection annoncée - qu’elle aura une place, un rôle: être la mère de ceux qui deviendront le corps de son Fils. 

 

Le texte

 

Est-ce que c’était fréquent que la famille ou les proches soient présents sur le lieu même de la mise à mort? Une exécution avait valeur d'exemple. Mais je pense qu'il a fallu en braver des obstacles, pour être là, sur le lieu. 

 

 

Je vois toujours Marie, avec son fils qu’elle ne peut pas toucher, et qui a du sang plein de visage et les mouches, parce que pour moi elles sont là. Et personne ne peut éponger le visage de Jésus. Il y a les autres qui se moquent de lui. Et elle est là, droite, debout. 

 

Elle n’est plus toute jeune Marie, elle peut avoir près de 50 ans. Et 50 ans, c’est peut-être déjà vieux, même si on a Anne dans l’évangile de Luc qui a 84 ans . Nous ne savons  pas à quel âge Marie est partie rejoindre son fils.  

 

Mais quelle souffrance. Je n’arrive pas imaginer qu’elle puisse voir le futur ressuscité dans cet homme de douleur. Mais peut-être que je me trompe. Maintenant il est plus que possible que sa foi lui permette un certain apaisement. 

 

Lui, Il a tout fait comme il le fallait. Il est au bout de sa vie. Peut-être que Marie est comme ceux qui perdent un être cher, mais qui savent qu’il a eu une vie pleine, et qui comprennent l’inéluctable. Mais un être humain reste un être humain et même si les oraisons parlent de la compassion (mot que je trouve trop faible) de Marie pour son fils, je pense que elle, elle souffre, et que comme toute mère, elle voudrait que ce soit elle qui souffre et pas lui, mais cela c'est impossible. 

 

 Je n’imagine pas qu’elle puisse elle en vouloir à Dieu, comme nous, trop souvent, mais quelle épreuve. Notre dame des 7 douleurs , disait-on disait autrefois.

 

 

 

25 Près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Cléophas, et Marie Madeleine.

 

Donc auprès de Jésus, il y a 3 femmes et un homme; et les soldats. Qui est cette Marie, femme de Cléophas ? Est-ce que ce prénom, qui évoque les disciples d’Emmaüs, est donné par le rédacteur pour faire penser à la résurrection ? 

 

26 Jésus, voyant sa mère, et près d’elle le disciple qu’il aimait, dit à sa mère : « Femme, voici ton fils. »

 

Là il y a ce changement de registre: je pars, mais je ne te laisse pas seule; cet homme je te le donne, qu’il soit un fils pour toi. Tu prendras soin de lui et lui de toi. Il y a ce "femme" qui reste curieux, mais qu’on a déjà eu à Cana. A Cana c’est l’eau transformée en vin. Là c’est le sang qui devient source de vie, qui devient fleuve de vie. C’est presque le sang qui devient eau, comme le Jourdain. Le prêtre qui commentait cet évangile aujourd'hui, faisait remarquer que Jésus crée du lien entre ces deux qui sont en souffrance, entre ces deux qui l'aiment, entre ces deux qu'il aime.

 

27 Puis il dit au disciple : "Voici ta mère". Et à partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui.

 

Normalement elle aurait dû demeurer dans sa famille: peut-être est-ce cette famille qui est représentée par l’autre Marie; mais avec quel statut ? Une pestiférée ? Une maudite. La sortir de ça, cela semble très important: et le disciple devient comme un fils qui prend soin de sa mère. Est-ce que cela veut dire que le matin de la résurrection elle est chez Jean quand Marie Madeleine vient annoncer que le corps a disparu. Et là, je peux imaginer la joie envahissante car pour elle, si le corps n’est plus là, c’est qu’Il est vivant son Fils. Il est le Vivant, il est passé de la mort à la vie.


 

Marie raconte

 

Le vieux Syméon me l’avait bien dit (1)qu’un glaive de douleur transpercerait mon cœur, mais cela je l’avais mis dans un petit coin de ma mémoire, et j’avais commencé à comprendre quand mon Jésus était parti retrouver son cousin sur les bords du Jourdain[2)Enfin j’avais déjà compris lorsque nous étions montés à Jérusalem avec lui, pour sa première Pâque[3]Il était resté là-bas à parler avec les rabbis qui étaient dans le Temple, et nous l’avions cherché trois jours et trois nuits. Et quand je lui ai dit que pour son père et moi, cela avait cause d’une grande souffrance il nous avait répondu qu’il lui fallait être chez son Père; je n’avais pas trop compris, mais cela m’a quand même, bien fait comprendre que ce Fils, donné par l’Esprit Saint, ne m’appartenait pas. Bien sûr je le savais, mais pour une mère ce n’est pas facile, surtout qu’il est mon unique, même s’il a des cousins et cousines très proches. 

 

Je ne sais pas ce qui s’est passé sur les bords du Jourdain, mais je sais que Jean, quand il l’a vu, a dit qu’il n’était pas digne de délier la courroie de sa sandale, et qu’il avait vu l’Esprit descendre sur lui, tel une colombe et y demeurer. Et que Jésus était l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. Je sais qu’il a pris avec lui André, Simon, Philippe et Nathanaël, ainsi qu'un jeune de Jérusalem avec lequel il avait un lien très fort. 

Quand je l’ai revu à Cana, [4]j’ai bien vu qu’il n’était plus le même. Je lui ai fait remarquer que le vin allait manquer, il m’a regardé un peu comme si je le dérangeais, comme si je lui demandais quelque chose d’impossible, mais moi je sais bien qu’il peut faire tellement pour que les hommes ne manquent de rien. Il m’a dit « Femme, que me veux-tu, mon heure n’est encore venue ». Je me suis sentie mise à distance et en même temps, je savais bien qu’il m’avait entendue et j’ai dit aux serviteurs que s’il leur demandait de faire quelque chose, ils le fassent. Moi, j’avais foi en lui. Et le vin n’a pas manqué, il a été en abondance. 

 

Aujourd’hui, je suis là. Aujourd’hui, mon cœur se tord en moi. Aujourd’hui ce sont d’autres noces que celles de Cana et je le sais. Aujourd’hui ce sont les noces qui se font avec le sang de mon fils entre tous les hommes et notre Père du ciel, que son nom soit béni!

 

Mais moi, je suis là, devant lui qui est torturé sur cette croix. Il y a deux autres femmes avec moi, et Jean, ce petit que mon fils aime tant. Tous les autres sont partis, ils l’ont abandonné. Je ne peux pas le toucher, je ne peux pas chasser les mouches qui rampent sur son visage ensanglanté, je ne peux pas enlever cette horrible couronne qui a été enfoncée sur sa tête par les soldats. Je ne peux comprendre pourquoi ils lui ont fait ça, pourquoi ils font du mal pour faire du mal; je ne comprends pas et mon cœur est dans la tourmente. Oui, c’est un glaive qui transperce mon cœur.

 

J’étais là, et il y avait aussi les soldats qui avaient partagé ses vêtements. Moi je pensais au corps de mon petit garçon, de mon premier-né, de mon beau petit garçon; dans quel état il est. Il a dit qu’il devait passer par toutes ces horreurs et qu’il reviendrait à la vie le troisième jour, et de cela je suis convaincue, lui qui a transformé de l’eau en vin, lui qui demeure dans le Père, lui qui est la lumière, et que les ténèbres de la mort ne pourront pas retenir; mais je suis là, douloureuse de sa douleur à lui.

 

Il m’a regardé, il a regardé Jean. Son regard était comme noyé par la douleur et la souffrance. Comment a-t-il trouvé la force de parler alors que chaque souffle était une victoire sur la mort ? Il m’a dit: "Femme voici ton fils". Et à lui il a dit: "Voici ta mère". Et c’était comme si la vie continuait: il me donnait quelqu’un à aimer, quelqu’un avec qui je serai comme une mère. Et lui a dit oui de la tête, et il m’a prise comme sa propre mère. 

 

Je dois reconnaître que retourner à Nazareth dans ma famille, moi qui n’ai plus de mari, moi dont le fils vient d’être condamné à mort comme un malfaiteur par les Romains, ne me souriait guère. Quelle vie m’attendait là-bas? J’aurais eu une vie dans la solitude, et surtout dans la honte. Là je vais rester avec lui dans cette famille qu’il a créée autour de lui, la famille de ceux qui ont écouté sa parole et qui l’ont mise en pratique. Et avec eux, j’attendrai qu’il revienne à la vie; car de cela je suis certaine. Mais que mon aujourd’hui est dur pour mon cœur. Que le Très Haut dont je suis la servante se souvienne de moi,  et vienne à mon secours et au secours de son Fils. 

 

Jean n’a pas voulu que je reste jusqu’au bout; je n’ai pas pu résister. Marie de Magdala, elle, est restée, elle a vu qu’il inclinait la tête, qu’il rendait l’Esprit, qu’un soldat en fin de journée lui avait transpercé le cœur et qu’il en était sorti du sang et de l’eau. Elle était là quand Joseph d’Arimathie et Nicodème l’ont enveloppé dans un linceul et mis dans une tombe neuve dans ce jardin qui est tout près du lieu de son exécution; et je suis chez Jean, et j’attends, comme la femme du Cantique des cantiques qui attend que son bien-aimé vienne la chercher. 

 



[1] Lc 2 25 et svts

[2] Jn 1 , 27-36

[3] Lc 2,43-52

[4] Jn 2, 1-5 

samedi, juillet 22, 2023

Jn 20, 10-18: fête de Marie de Magdala. 22 juillet 2023

22 juillet: fête de Marie-Madeleine. 


Cette fête m'a un peu surprise, j'avais oublié. Et pourtant j'ai quand même écrit quelques textes, mais plus souvent avec le temps de la résurrection. 



https://giboulee.blogspot.com/2013/07/oh-voleur-jn-20-1-211-18.html

https://giboulee.blogspot.com/2020/07/jai-vu-le-seigneur-jn-20-18.html

https://giboulee.blogspot.com/2022/04/jn-20-12-18-la-rencontre-entre-marie.html

 

 

Donc, en  pensant à cette fête ce matin mais surtout à cet évangile si connu de la rencontre de Marie avec son Rabbouni, j'ai pensé à un autre moment où cette même Marie (enfin pour moi, c'est la sœur de Lazare), avait déjà été devant une tombe, celle son frère, et Jésus était présent. 

 

Je vais donc reprendre les versets du texte d'aujourd'hui, et de comparer ce qui s'était passé si peu de temps auparavent. Car si on suit la chronologie de Jean, la résurrection de Lazare a eu lieu très peu de temps avant la Pâque.

 

En effet, quand cette résurrection est connue à Jérusalem, Jean l'évangéliste nous dit que Jésus ne séjourne plus dans les villes, mais dans une région proche du désert. La Pâque juive était proche, et beaucoup se demandaient si Jésus aurait ou non le courage de s'aventurer à Jérusalem, puisque sa tête est mise à prix. Il est "wanted" comme on pourrait dire de nos jours. (Jn 11,53-57).

 

Puis c'est le repas à Béthanie, qui a lieu 6 jours avant la Pâque, donc une petite semaine avant. Marie, la sœur de Lazare, verse du parfum sur les pieds de Jésus, et les essuie avec ses cheveux... Bon, là, permettez-moi d'être un peu sceptique, parce que pour essuyer quelque chose avec des cheveux, ce n'est pas terrible; mais il faut aller au-delà et être sensible au symbolisme, qui pour moi évoque un geste très maternel. Et Jésus ira au-delà, en disant qu'elle a utilisé cet usage en vue de son ensevelissement.

 

Tout ce préambule pour dire que Marie, qu'elle soit de Béthanie ou de Magdala, a dû affronter deux morts, coup sur coup, celle de son frère et celle de son Seigneur, et que cela fait quand même beaucoup. 

 

Pour mémoire, reprenons ce qui se passe entre Marie et Jésus, lorsque ce dernier revient à Béthanie.

 

Marie, Jésus, Lazare

 

32 Marie arriva à l’endroit où se trouvait Jésus. Dès qu’elle le vit, elle se jeta à ses pieds et lui dit : « Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort. »

 

C'est la même phrase que celle de Marthe. Comment faut-il l'entendre? Venant de Marie, pas comme un reproche, mais comme une sorte de regret. Si tu avais été là, tu aurais certainement pu le guérir, mais maintenant c'est fini et mon frère a succombé.

 

33 Quand il vit qu’elle pleurait, et que les Juifs venus avec elle pleuraient aussi, Jésus, en son esprit, fut saisi d’émotionil fut bouleversé,

 

Les pleurs de Marie et les pleurs des autres sont communicatifs, et on voit bien toute l'empathie de Jésus, et la manière dont il réagit.  Dire que Jésus est saisi d'émotion et qu'il est bouleversé, c'est presque redondant, mais on voit bien ce qui peut se lire sur le visage de Jésus. Ce terme "bouleversé" sera repris lors du dernier repas (Jn 13,21):  Après avoir ainsi parlé, Jésus fut bouleversé en son esprit, et il rendit ce témoignage : « Amen, amen, je vous le dis : l’un de vous me livrera ».  J'aime l'humanité de Jésus.

 

34 et il demanda : « Où l’avez-vous déposé ? » Ils lui répondirent : « Seigneur, viens, et vois. »

35 Alors Jésus se mit à pleurer.

36 Les Juifs disaient : « Voyez comme il l’aimait ! »

 

Jésus demande donc où le corps a été déposé. C'est le même mot qui sera employé pour lui: Jn 19, 41-42: À l’endroit où Jésus avait été crucifié, il y avait un jardin et, dans ce jardin, un tombeau neuf dans lequel on n’avait encore déposé personne. À cause de la Préparation de la Pâque juive, et comme ce tombeau était proche, c’est là qu’ils déposèrent Jésus.

 

Et c'est la demande de Marie au jardinier: dis-moi où tu l'as déposé, et moi je le prendrai.

 

Jésus, quand il pense à ce corps déposé, pense peut-être à ce qui va advenir du sien. Et les larmes sont là, larmes pour Lazare, larmes pour lui. La partie "vrai homme" de Jésus peut tout à fait être saisie de tristesse et d'angoisse, en pensant à sa propre mort. 

 

38 Jésus, repris par l’émotion, arriva au tombeau. C’était une grotte fermée par une pierre.

39 Jésus dit : « Enlevez la pierre. » Marthe, la sœur du défunt, lui dit : « Seigneur, il sent déjà ; c’est le quatrième jour qu’il est là. »

 

Bien entendu, dans ce récit, l'entrée de la tombe est condamnée, la pierre est en place et personne n'y a touché; derrière cette pierre, c'est la mort et la décomposition. Mais pour Jésus, il faut que la pierre soit enlevée, comme ce sera aussi pour lui. Ici, nous savons qui a enlevé la pierre et ce qu'il y a derrière.

 

43 Après cela, il cria d’une voix forte : « Lazare, viens dehors ! »

44 Et le mort sortit, les pieds et les mains liés par des bandelettes, le visage enveloppé d’un suaire. Jésus leur dit : « Déliez-le, et laissez-le aller. »

 

Quand Jésus dit "Déliez-le", cela évoque pour moi le psaume 114, 3:  "J'étais pris dans les filets de la mort, retenu dans les liens de l'abîme, j'éprouvais la tristesse et l'angoisse ". Mais je pense que je dois avoir en tête une traduction de la BJ: "les filets de la mort m'enserraient". Lazare sort lié par le vêtement des morts (on se demande d'ailleurs comment il fait pour se lever, pour avancer jusqu'à la lumière. Lazare est comme prisonnier de la mort; Jésus, lui, en sera vainqueur. Le dialogue qu'il a eu avec Marthe, mais pas avec Marie, va dans ce sens.

 

Marie, Jésus

 

11 Elle se tenait près du tombeau, au-dehors, toute en pleurs.

 

Nous savons que Marie est venue alors que le jour se levait, mais que c'était encore les ténèbres, ténèbres dehors, ténèbres dans son cœur, tristesse infinie. 

Nous savons qu'elle trouve la pierre roulée, qu'elle voit que le corps a disparu, qu'elle se dépêche de prévenir Jean le disciple et Simon Pierre, qui viennent au pas de course constater qu'elle a dit vrai. 

Nous savons qu'ils repartent. L'un, Simon-Pierre, est perplexe; l'autre est convaincu que la mort a été vaincue. 

Nous savons que Marie, elle reste, et qu'elle ne peut que pleurer. 

 

Lors de la mort de son frère, elle était aussi toute en pleurs, mais dans un premier temps à l'entrée du village, puis au tombeau. Les pleurs sont contagieux, mais Marthe, elle, ne pleure pas. Différence entre ces deux femmes. 

 

 En pleurant, elle se pencha vers le tombeau. 

12 Elle aperçoit deux anges vêtus de blanc, assis l’un à la tête et l’autre aux pieds, à l’endroit où avait reposé le corps de Jésus.

13 Ils lui demandent : « Femme, pourquoi pleures-tu ? » Elle leur répond : « On a enlevé mon Seigneur, et je ne sais pas où on l’a déposé. » 

 

Là, elle est seule, Marthe n'est pas là; elle se plaint de ne pas savoir où le corps a été déposé. C'est un peu comme si elle reprenait à son compte la question que Jésus pose à propos de Lazare: Où l'avez-vous mis? Mais pour Lazare, c'était facile. Lazare est sorti du tombeau à la voix de Jésus. Là elle ne peut pas imaginer qu'une voix ait pu faire sortir Jésus du tombeau (et il n'est pas question, chez Jean, de tombeau gardé par qui que ce soit).

 

14 Ayant dit cela, elle se retourne ; elle aperçoit Jésus qui se tenait là, mais elle ne savait pas que c’était Jésus. 

15 Jésus lui dit : « Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? » 

Le prenant pour le jardinier, elle lui répond : « Si c’est toi qui l’as emporté, dis-moi où tu l’as déposé, et moi, j’irai le prendre. » 

 

La question de Jésus est beaucoup plus précise que celle des anges. Il y a le même pourquoi pleures-tu (qui pourrait peut-être s'entendre comme un reproche, tu sais très bien qu'Il a annoncé qu'il reprendrait vie le troisième jour, pourquoi es-tu en panique?) Et la deuxième partie, "Qui cherches-tu? Qui est vraiment celui que tu cherches?"  Et c'est peut-être là  que tout se noue, car le Jésus que cherche Marie-Madeleine n'est pas Jésus le ressuscité. I

 

Jésus est désormais autre, avec la gloire et dans la gloire de son Père. Mais pour Marie, elle cherche le corps qu'elle veut, et doit trouver pour le mettre là où il doit être. Il faut lui donner un lieu décent pour son repos.

 

16 Jésus lui dit alors : « Marie! » S’étant retournée, elle lui dit en hébreu : « Rabbouni ! » c’est-à-dire : Maître. 

 

Et c'est là que se fait le retournement intérieur: le son de son prénom dans la bouche de celui qu'elle prend pour le jardinier, en qui elle n'a pas reconnu le maître. Elle l'avait bien entendu parler, la questionner, mais cela avait comme glissé sur elle. Cet homme, ce jardinier, ne ressemble pas à celui que son cœur aime, à celui qu'elle a vu défiguré sur la croix. Mais le son de sa voix qui prononce son prénom crée en elle un cœur nouveau. C'est une sorte de miracle. Certes elle dit simplement Rabbouni, mais je crois que dans ce mot "mon maître à moi" il y a bien plus que que la reconnaissance de son Rabbi. Il y a le Ressuscité, celui qui a vaincu la mort.

 

17 Jésus reprend : « Ne me retiens pas, car je ne suis pas encore monté vers le Père. Va trouver mes frères pour leur dire que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. »

 

Jésus anticipe le geste normal (trouvé dans l'évangile de Matthieu) de le tenir, de le retenir; avec une raison un peu étonnante, comme si Jésus était surpris de se trouver là, alors qu'il pensait peut-être à un autre lieu. Est-il descendu aux enfers, comme le dit le credo? En tous les cas, sa place est désormais ailleurs.  Mais avec une annonce, mon Père est aussi le vôtre, il vous adopte. Il est votre Père et il est votre Dieu, un Dieu autre, un Dieu différent..

 

18 Marie Madeleine s’en va donc annoncer aux disciples : « J’ai vu le Seigneur ! », et elle raconte ce qu’il lui a dit.

 

Lazare est redevenu un vivant parmi les vivants; mais un jour la vie cessera à nouveau. Pour Jésus c'est radicalement différent. De cela Marie est témoin, et c'est pour cela qu'elle peut aller annoncer ce qui vient de se passer: elle a vu le Seigneur, et elle peut rapporter ses paroles; à eux d'en faire ce qu'ils pourront. 

 

Marie raconte

 

En moins de dix jours j'ai perdu mon frère Lazare et celui que mon cœur aime plus que tout. Pour mon frère, par certains côtés ce qui s'est passé est extraordinaire, mais il n'est plus du tout le même. Je ne devrais pas dire cela, mais il n'est pas encore vraiment revenu; et je sais aussi qu'en accomplissant ce miracle, rendre la vie à quelqu'un qui est mort depuis quatre jours, Jésus s'est condamné lui-même. Je sais que le collège des grands prêtres a mis sa tête à prix. 

 

Ce matin, me voilà qui vais là où Joseph et Nicodème ont déposé le corps meurtri de mon Maïtre, avec les pieds troués par ces affreux clous, ces pieds que j'avais "onctionné" avec un parfum précieux, pour qu'avant de partir vers la mort son corps embaume une douce odeur. 

 

Parce que oui, il a été mis à mort, à mort sur une croix, avec deux bandits à sa droite et à sa gauche. À part Jean - ce disciple tellement étonnant - et sa pauvre mère, moi et la sœur de sa mère, il était tout seul; seul, vraiment seul. Mais pour moi, il a choisi l'instant où il allait expirer. Parce qu'il a incliné sa tête et a rendu son souffle, mais sa tête n'est pas tombée toute seule, c'est lui qui l'a laissée s'incliner, comme si par ce geste, il montrait à son Père qu'il faisait sa volonté, totalement, librement. 

 

Mais moi, je le pleure, je ne peux pas m'arrêter. Ce matin je suis donc partie avec des aromates, car je pensais que les hommes avaient fait ce qu'il fallait, mais bon… Il fallait faire plus. 

 

Et quand je suis arrivée, mon cœur était si triste qu'il a failli exploser quand j'ai vu que la pierre était roulée et que le corps de mon aimé avait disparu. J'ai couru comme une folle, dans la ville qui se réveillait, pour prévenir Jean et Simon-Pierre. Ils ont vu mon désarroi et sont venus très vite. Simon-Pierre est entré le premier et ressorti, puis Jean à son tour. Lui, quand il est sorti, il était apaisé - il n'y a pas d'autres mots - mais il n'a rien dit. Et moi je suis restée là, avec ma peine infinie. Qui a pu faire cela? Qui a pu voler le corps? Ce n'est pas pensable, pas imaginable. 

 

Puis je me suis décidée à entrer moi aussi dans ce lieu de mort. Il y avait deux hommes vêtus de blanc, l'un à l'endroit où sa tête avait reposé, l'autre à l'endroit de ses pieds. Mais lui, il est où? Ils m'ont demandé pourquoi je pleurais. Quelle question! Je ne pouvais que leur dire qu'on avait enlevé le corps de mon Seigneur, et que je ne savais pas où on l'avait déposé. Et cette question a redoublé mes larmes, parce que Jésus avait demandé où on avait déposé le corps de mon frère. Mais que pouvaient-ils pour moi? Et je suis retournée dans le jardin, à la lumière.

 

Là j'ai vu un homme; il était grand, un peu de la taille de Jésus, fort; et comme c'est rare de voir un homme à cette heure-là dans un lieu qui est un cimetière, j'ai pensé que c'était le jardinier. Il m'a posé presque la même question que les deux dans le tombeau, ces deux qui semblaient attendre quelque chose. Il m'a dit: femme pourquoi pleures-tu, qui cherches-tu? Lui au moins il avait compris que je cherchais le corps. Et c'est ce que je lui ai dit, que je si c'était lui qui avait fait ça, je voulais qu'il me dise où il avait mis le corps et que moi j'irais le chercher. 

 

Et là, il m'a dit: "Marie".. Ça montrait qu'il savait qui j'étais, qu'il me connaissait..  et moi je l'ai reconnu! Ce n'était pas un jardinier, non, c'était celui que je cherchais! Celui que mon cœur aime! Et j'ai fondu… Il y avait tellement de choses à dire, mais je n'ai pu dire qu'un seul mot: "Rabbouni!". Et je voulais me jeter à ses pieds, lui dire ma joie. Sauf qu'il n'a pas voulu. Il a même eu des mots que je n'ai pas trop compris, mais ça m'était égal, il était là, il était vivant, il était le Vivant. Parce que celui qui est mort sur la croix, ce n'est pas celui qui se tenait devant moi. Je ne peux pas expliquer, mais il était autre. Et cela ça n'a pas du tout été le cas pour mon frère. 

 

Il m'a dit que je ne devais pas le retenir, parce qu'il n'était pas encore monté auprès de son Père. Et il m'a dit d'aller vers les frères et de leur dire qu'il montait vers son père et notre père, vers son Dieu et notre Dieu. Un peu comme s'il disait qu'il rentrait à la maison; et que sa maison devenait notre maison. 

 

Il est parti: je veux dire qu'il avait été là, devant moi, et qu'il n'était plus là. Je suis allée prévenir tout le monde que j'avais vu le Seigneur, et je leur ai tout raconté; mais je crois qu'ils ont pensé que j'étais folle, parce que qu'ils se sont enfermés dans la salle, et qu'ils y ont passé toute la journée dans la peur; alors que moi je leur avais dit ce que j'avais vu. Peut-être qu'ils finiront par me croire, et que mon Seigneur se montrera à eux comme il s'est montré à moi. Mais maintenant, je vais aller voir Marie, sa mère, parce que, elle, elle me croira.  

lundi, octobre 24, 2005

"Qui nous roulera la pierre" Marc, chapitre 16,verset 1

Catherine Lestang

23 octobre 2005

Qui nous roulera la pierre ?(1)

Cette phrase s’est mise à résonner en moi et quand une phrase résonne (raisonne ?), en général, il me faut lui laisser prendre son envol. Je pense que ce n’est par hasard, car il y a des dates anniversaires qui font remonter un passé, une histoire.

Cette phrase, quand je l’écoute, elle renvoie à une inquiétude. Je peux imaginer les femmes chargées de jarres contenant les aromates et tout ce qu’il faut, pour faire du corps de Jésus un beau corps. Parce que ces représentations d’un Jésus bien propre, à la chair couleur de marbre à la descente de la croix, ne peuvent être celles de cet homme meurtri, abîmé n’ayant plus figure humaine. Le lieu où il repose, je sais qu’elles l’ont bien visualisé, qu’elles peuvent le retrouver, mais de là à pouvoir pénétrer, entrer ? Est-ce la pierre qui est trop lourde pour elles ? Est-ce une autre inquiétude ? Que vont-elles trouver la derrière ? Dans quel état va t Il être ? Et si on ne laissait pas entrer ? Et si et si…

Qui nous roulera la pierre ?

L’inquiétude, cette peur de trouver un obstacle quand on « doit » faire quelque chose, obstacle qui risque de faire capoter ce projet, n’est ce pas un sentiment relativement permanent ? De quoi l’avenir sera-t-il fait ? Ce qui est drôle c’est que cette peur qui se focalise sur cette pierre, met au deuxième plan ce qui en est de la tristesse, des larmes. La centration sur un certain agir, évite les sentiments, dont la tristesse, le deuil. Comment faire ? Comment s’y prendre ? A qui demander ? Et cela c’est tellement humain, tellement normal. On s’y (je m’y) reconnais bien dans cette inquiétude qui empêche presque de penser, tellement (je) on est omnubilé par ce « comment faire, comment s’y prendre, ». En d’autres termes aussi, comme en filigrane; la peur de ne pas y arriver, de ne pas être à la hauteur, la peur de l’échec. Et puis, souvent, « faire » colmate l’angoisse, car on se sent vivant.

Qui nous roulera la pierre ?

J’ai beau savoir que l’inquiétude cela ne sert pas à grand-chose, ce n’est pas si facile de ne pas la ressentir. Il y a ce beau verset de 1P5, 7 : « de toute votre inquiétude déchargez vous sur Lui, car Il a soin de vous », mais ce n’est pas si simple ! Dans cette histoire, Jésus est mort depuis deux, non trois jours. Il faut le laver, le préparer, cela est bon, c’est le travail des femmes. Mais les soldats l’entendront ils de cette oreille ? Ne vont-ils pas les soupçonner de vouloir l’enlever ? Et la mort en tant que telle, n’est elle pas question, inquiétude pour nous les vivants ? Alors la peur de la mort, on peut la projeter sur autre chose, la peur de ne pouvoir rouler la pierre : désir et peur de « voir ».

Qui nous roulera la pierre ?

Alors je suis déjà allé lire les textes et je me suis rendue compte que seul Marc et non Luc (comme je le croyais) note cette peur, cette inquiétude. Et ces lectures dans leur diversité sont très éclairantes. Mais ce qui se donne à lire c’est que la pierre a été roulée, que le tombeau a été ouvert et que Celui pour lequel elles étaient venues n’était plus là dedans. Ce que je ne sais pas, c’est depuis quand Il n’y était plus, mais ce que je sais ou crois savoir, c’est qu’Il n’avait pas eu besoin de rouler la pierre pour sortir. Finalement est ce que cela valait la peine de s’inquiéter ? Il avait bien dit qu’Il redeviendrait vivant, mais était ce si facile de faire confiance ?

Qui nous roulera la pierre ? Se laisser « rouler » par les textes.


Je reviens maintenant aux textes qui parlent de « cette pierre » qui bloque l’entrée, de cette pierre qui est bien lourde et que de toutes les manières on ne peut déplacer sans aide. Des histoires de pierres il y en a beaucoup dans la bible. Il y a celles qui bouchent les puits, et celles qui sont érigées en mémoire d’une manifestation de Yahvé. Des pierres mémoire… Des pierres qui tuent, qui lapident. Des meules que l’on met au cou de celui par qui le scandale arrive. Alors cette pierre là ? Elle ferme, elle protège, elle isole. Elle sépare aussi. De qui fait elle mémoire ?

+ Dans l’évangile de Matthieu (chapitres 27 et 28), la question ne se pose même pas !


Le soir de sa mort, Jésus est déposé dans un tombeau et la pierre est roulée par Joseph d’Arimathie. Le lendemain, bien que ce soit un jour de shabbat, la pierre est scellée et gardée par des soldats. Rouler la pierre pour accéder au corps et l’embaumer devient un acte très périlleux. Cela ne décourage ni Marie de Magdala, ni l’autre Marie, qui étaient restées assises en face du sépulcre le soir du vendredi.

Et c’est leur arrivée qui d’une certaine manière déclenche une scène étonnante. Il y a « un tremblement de terre ». De telles manifestations sont bien souvent le signe de la présence (et parfois de la Colère) de Yahvé, que ce soit dans l’Exode (Ex 19), Elie (1R 19) et le jour de la Pentecôte (Ac2). Elle est suivie par une apparition de l’Ange du Seigneur, ce qui provoque la débandade des gardes (qui comme les apôtres lors de la transfiguration tombent aussi face contre terre) et enfin de paroles données par l’ange. Peut-être peut-on les mettre en lien avec les paroles données à Joseph (Mt1/20) au tout début de cet évangile, puisque ces mots sont en fait la réalisation de ce qui avait été annoncé à Joseph quant à la nomination de cet enfant.

Curieux cet « L’ange du Seigneur » qui se manifeste ici. Il est celui qui parle à Moïse dans le buisson ardent, juste avant que Yahvé se manifeste lui-même. Parfois il a un nom, parfois il n’en a pas. Mais il est dans la tradition le messager, l’envoyé, le lieu-tenant de Yahvé. De même qu’il n’est pas Yahvé, il n’est pas Jésus. Mais Jésus finalement comme Yahvé (Ex3) se manifeste en personne juste après et confirme les directives données par l’ange : « aller en Galilée ». Peut-être que ce parallélisme avec le buisson ardent montre que Jésus est devenu « Je Suis » ou comme il était annoncé au début de cet évangile « Dieu avec nous ».

Dans cet épisode, il semble que les femmes ne se posent pas la question de savoir qui va rouler la pierre. Elles assistent et elles transmettent. Rôle de femme ? Elles étaient venues pour veiller, maintenant il leur est peut-être donné d’éveiller !

+ Dans le récit de Marc, la question « qui nous roulera la pierre », est posée explicitement.


Le corps a été déposé dans le tombeau, la pierre roulée pour fermer l’ouverture ; et cette pierre est lourde. Mais si un homme est capable de la pousser, on peut quand même imaginer qu’à deux ou trois il est possible de la rouler. Alors pourquoi cette inquiétude ? Savent elles que le tombeau est gardé et la pierre scellée ? Si le fait rapporté par Matthieu est exact, on peut bien imaginer qu’elles sont au courant, et que au petit matin, les soldats seront encore présents. Est-ce l’absence d’autorisation que les effrayent ? Je veux dire que l’inquiétude, ce n’est pas le poids de la pierre, ce n’est pas se savoir « faibles », c’est peut-être de se demander si les soldats vont accepter ou non qu’elles donnent les soins nécessaires. Se dire solidaires de cet homme, n’est ce pas dangereux ? Affronter une soldatesque n’est pas une mince affaire !

Si je reprends le fil du récit, j’y lis que le vendredi soir, les deux mêmes femmes sont là qui regardent, comme pour mémoriser l’endroit. Le troisième jour (mais je dois dire que j’ai du mal avec cette manière de compter, parce qu’il faut se référer à la genèse, où les jours partent du soir au soir, pour arriver au troisième jour, alors que dans ma logique européenne, il n’y a que deux nuits depuis la mort de Jésus) les femmes viennent pour faire le travail. Il est évident que pour elles, la résurrection n’est pas pensable. Elles ont comme oublié ce qui a été annoncé. Alors elles vont faire leur travail de femme, réparer et préparer ce corps qui ne devait pas être bien beau.

Comme pour répondre à leur préoccupation, la pierre a été déplacée, elles peuvent entrer dans cette espèce de grotte. La vision ici est beaucoup moins imposante que chez Matthieu : un jeune homme vêtu de blanc. Simplement quand on s’attend à trouver un cadavre, cela doit faire un choc ! Et de ce choc elles ne s’en remettent pas, puisque le message donné n’est pas transmis, la peur est trop intense ! Elles, on peut dire qu’elles ont vécu un traumatisme ! La peur n’est pas vaincue. Ce qui est étonnant dans la suite du texte, c’est que Marie de Magdala (qui entre temps a vu Jésus) arrive à dépasser sa peur pour raconter sa rencontre. Et sa parole n’est comme rejetée. Dans cet évangile, le témoignage humain n’est pas reçu et Jésus doit se manifester lui-même. Même si la pierre est roulée, ce n’est pas si facile de croire, de faire confiance !

+ Quant à Luc, c’est très sobre. Lc 23/ 50 et suivants.


Joseph prend le corps, l’installe dans une tombe taillée dans le roc. Les femmes sont là et comme il fait nuit, on a à nouveau l’impression qu’il leur faut repérer l’endroit pour pouvoir le retrouver ultérieurement. Quand elles arrivent elles ne se posent pas de question quant à la pierre qui ferme la tombe car le caveau est ouvert. Elles entrent, ne trouvent pas le corps. Là on peut imaginer et leur surprise et leur inquiétude. A nouveau, une apparition transmet un message qui est ici différent : se rappeler les paroles concernant la résurrection, les transmettre aux apôtres. Mais ces paroles ne seront pas acceptées, trop « folles » et elles sont traitées «de radoteuses ». Pierre quand même se posera des questions et ira voir. D’une certaine manière la fin de ceci ce sera la rencontre avec les disciples d’Emmaüs.

+ Dans l’évangile de Jean, Jn 20 et suivants, on peut presque parler de panique.


Parce que là, la pierre a été roulée et elle n’aurait pas du l’être. C’est la pierre qui est signe que quelque chose est arrivé qui n’aurait pas du se passer ! Alors Marie de Magdala(2) en réfère aux apôtres, qui entrent l’un après l’autre, voient les linges mais pas de corps, qui semblent réagir différemment mais sans mots à cette absence de corps, et qui semblent ignorer la femme ! Ce n’est que après leur départ qu’elle s’autorise à rentrer, pour trouver elle aussi des personnages inconnus, qui semblent ne pas avoir été vus par Pierre et Jean. Mais pour elle, c’est quand même la panique : qui a pris le corps de son Seigneur, car pour elle, la résurrection n’est pas imaginable ni représentable. La disparition n’est pas la résurrection mais vol. Les deux hommes, cela ne la concerne pas. Elle, elle voit juste que de corps n’y est plus, qu’il a disparu, qu’il a été pris. Et cela peut éveiller une grande peur, car un mort doit avoir une sépulture. Là encore il y a ce doublet des mots prononcés par les anges et repris par Jésus. Il me semble que ces phrases différentes d’un récit à l’autre, traduisent comme une grande tendresse : dire à chacun les mots qu’il peut entendre. Puis c’est la rencontre ou la reconnaissance avec Jésus, le Un qui est devenu Autre.

+ Alors quatre récits, quatre présentations différentes, quatre réactions différentes.

La pierre qui était là pour fermer, pour obturer a été roulée et le jour pénètre et montre que le corps terrestre a disparu. Un Autre va advenir, un Autre à reconnaître dans une présence-absence, un Autre qu’on ne peut retenir ou posséder.

Il y a là comme un dévoilement. Peut-on dire une apocalypse ? Un autre temps est alors possible, le temps de l’Esprit où la peur sera balayée parla présence de celui dont le corps n’est plus.

Qui roulera la pierre ?

Quand j’étais petite, il y avait près de chez moi un mausolée construit par un anglais qui aimait la ville où j’habitais et qui avait voulu y être enterré, comme pour ne pas la quitter. Moi, cette grande construction vide m’inquiétait, car je ne savais pas à quoi elle servait et qui était dedans. Et puis, je trouvais que une seule personne c’était beaucoup trop grand. Et en même temps j’avais l’impression que le lieu n’avait pas été choisi au hasard. Il était tout en haut d’un chemin qui dominait d’un côté la mer et de l’autre une église où se trouvait sous l’autel dans une chasse, une statue en cire de la sainte protectrice de la ville. Je pense que je faisais un lien entre cette statue et ce mausolée. Sans trop savoir lequel.

J’ai longtemps cru que cette fidélité qui consistait à « monter la garde » devant un mausolée vide et de s’y complaire était peut-être que je devais faire. Et un jour, je me suis rendue compte que le mausolée était vide, et que cette astreinte volontaire était de la folie. On ne peut et on ne doit rester prisonnier du passé, même pour faire plaisir à une injonction qui vient de l’enfance.

Je n’ai pas roulé la pierre parce que je ne crois pas que l’on puisse faire cela tout seul. Un jour la pierre a été roulée, la lumière a pu entrer et j’ai peut-être pu commencer à me regarder autrement, à vivre autrement, à me sentir autrement.

Mais des pierres à rouler, il n’y en pas une mais un certain nombre. Il me semble avoir lu autrefois des commentaires de cette phrase qui se centraient sur les zones tombeaux qui sont en nous. Je ne suis pas sûre que ce soit une chose saine que de se centrer là-dessus. Les zones d’ombre, elles font aussi partie de nous, simplement l’important est d’éviter de faire comme si elles n’existaient pas.

Je sais juste que quand cette pierre a été roulée, « la vie s’est manifestée ».1Jn 1,2 et que cette manifestation là, même si elle n’a pas pris sens tout de suite, elle a été libération.

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[1] Mc 16,1

[2] Si cette Marie est la sœur de Lazare, rendu à la vie au bout de 4 jours par Jésus, cela peut paraître curieux qu’elle ne se soit pas remémorée ce que Jésus avait été capable de faire ! Mais elle c’est autour du corps disparu que se focalise sa peur.