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samedi, janvier 16, 2010

Gédéon,Jg 6,21 "Alors du rocher monta un feu qui dévora la viande et les pains sans levain"


Gédéon est en train de battre du blé qu’il veut « planquer » pour que l’envahisseur ne le prenne pas. Et tandis qu’il fait cela un homme (l’Ange du Seigneur) qui était sous un arbre et l’observait s’adresse à lui en le nommant « vaillant guerrier », ce qui a pour effet de faire rire Gédéon qui en jeune homme bien élevé ne lui rit pas au visage mais n’en pense pas moins et n’en dit pas moins. Battre du blé n’est pas vraiment un acte héroïque, même s’il s’agit de le soustraire à ces doryphores que sont les madianites.

Puis quelque chose bouge en Gédéon, une confiance naît en lui, mais voilà il a besoin de signe, il a besoin d’être sûr de l’identité de cet homme qui lui est apparu comme ça. Il va chercher des offrandes et voilà ce qui se passe alors.

Jg 6, 20 « Le messager de Dieu lui dit : Prends la viande et les pains sans levain, dépose-les sur ce rocher et répands le jus. Il fit ainsi. 21 Le messager du SEIGNEUR avança l'extrémité du bâton qu'il avait à la main et toucha la viande et les pains sans levain. Alors du rocher monta un feu qui dévora la viande et les pains sans levain.

Essayons de nous représenter la scène. Gédéon a disposé les offrandes sur un rocher que l’on peut supposer être plat, une sorte d’autel en fait. Il a respecté peut-être sans le savoir une des prescriptions donnée sur l'Horeb de ne pas utiliser d’autel en pierre taillée.

L’ange du Seigneur avance le bout de son bâton, et touche les offrandes. La scène on la voit bien. Le bâton est signe de pouvoir; on peut penser au bâton de Moïse qui peut se transformer en serpent, changer les eaux du Nil en sang, fendre la mer rouge. Et nous qui sommes des habitués de la « Guerre des étoiles » nous imaginons que du feu va sortir du bâton et consumer les dons.

Cela irait aussi dans le sens de la manière dont nous sont racontées les guérisons de Jésus quand il y a imposition des mains. Jésus avance la main, touche et la personne est guérie, sauf qu’il n’y a pas de feu parce que ce n’est pas nécessaire. Jésus ne vient pas dans la « toute puissance » mais dans la présence humble. Désormais et c’est pour moi une des choses des plus fondamentales de l’Incarnation, on peut toucher ou être touché par Dieu sans mourir.

Si on reprend en Mc 1, 46 la guérison du lépreux c’est comme cela qu’il s’y prend: il pose la main sur lui, le touche et le lépreux est purifié. Certes on ne voit pas de feu (ni la force qui sort de Jésus), mais on imagine que la puissance de Jésus est comme un feu purificateur, puisqu’il s’agit de purifier, qui ôte la souillure de la lèpre (le visible) mais aussi la souillure du péché (l’invisible).

Mais si on revient au texte du livre des Juges, il se passe quelque chose de très inattendu. Le feu jaillit du rocher (on pourrait dire de l’autel) et embrasse les dons. C’est en quelque sorte le support qui s’enflamme et qui détruit ce qui a été posé sur lui.

Nous qui demandons à Dieu d’accueillir avec bienveillance les dons posés sur l’autel à chaque eucharistie, nous ferions une drôle de tête si cela se passait comme cela (je veux dire si les dons disparaissaient). .

Dieu était il caché dans le rocher, comme d’une certaine manière il était caché dans le rocher du Sinaï ? Ce qui est certain c’est que ce qui se passe là est une théophanie et que cela Gédéon le comprend bien, puisqu’il va nommer ce lieu : Adonaï-Shalom. Ce qui est aussi certain c’est que Gédéon comprend qu’il n’est plus abandonné et que Dieu va se servir de lui pour agir.

Il me semble que le nom donné à cet autel « YHWH est tranquillité » peut faire penser à la force tranquille qui est aussi une des caractéristiques de Dieu mais surtout de Jésus.

Mais il me semble (mais bien entendu cela est personnel) que lorsque Jésus touche quelqu’un, il se passe aussi quelque chose dans la personne, dans tout son être ; je veux dire que quelque chose se réveille, se met à travailler et vient en quelque sorte à la rencontre de Jésus; il y a quelque chose qui était éteint, qui était comme mort chez le malade et qui d’un coup se dresse, s’enflamme, reprend de la vigueur et vient consumer ce qui la rendait malade. La personne qui a mis sa foi en jésus devient acteur de sa guérison.

Quand le lépreux dit à Jésus : "si tu veux tu peux me purifier" la purification est rendue possible par la parole de Jésus et par le geste du toucher, mais ce geste fait que tout l’être du lépreux travaille à cette purification, et le lépreux n’est pas guéri passivement mais activement. Il devient un autre homme et c’est peut être pour cela qu’il ne va pas se montrer aux prêtres. Il a vécu quelque chose de dynamique qui lui a donné la vie. Purifié et vivant, mais vivant de l’Esprit qui est entre le Père et Fils.

Dans une guérison il n’y a pas seulement un malade passif et désarmé et le Fils de l’homme habité par la force de l’Esprit Saint qui va faire chasser le mal. Il y a un homme Jésus qui par la force qui est en Lui va permettre à l’autre de trouver le lui la force de guérir, de se lever et de vivre. N’est ce pas ce qui se passe avec le paralysé de Capharnaüm ?

Si jésus insiste tellement sur la foi qui anime les personnes qui viennent demander la sortie de la maladie c’est que celle ci est le préalable. Il faut croire que la guérison est possible pour qu’elle le soit. Mais n’existe t il pas en nous une force de vie qui si elle est stimulée, boostée par la présence aimante de Jésus pourra se réveiller à « sa voix » et nous redonner la vie, nous rendre acteur ou coauteur de nos guérisons ?

La gloire de Dieu c’est l’homme vivant et ces petites résurrections sont comme une anticipation de la résurrection finale quand « le monde ancien s’en sera allé »Ap 21, 1.



Un additif...

Jésus à sa mort (l'agneau immolé) a été déposé sur un "table" de pierre dans le jardin où il a reposé après avoir été descendu de la croix.

Et le corps déposé sur"cet autel" a disparu. L'offrande a été acceptée. Ce corps là n'existe plus. Il est devenu Autre, le tout Autre.

mardi, janvier 17, 2017

La purification du lépreux en Marc 1, 40-45

" Et Jésus s'irritant contre lui, le chassa aussitôt en disant: garde toi de le dire à personne, va te montrer au prêtre et présente pour ta purification ce que Moïse  a prescrit. Ce sera pour eux un témoignage." Mc 1, 43-44. traduction NBS.

En relisant ce passage Mc 40-45, qui clôture le premier chapitre de cet évangile,  j'ai été très surprise, voire interloquée par le comportement de Jésus. On  a l'impression que brusquement cet homme qu'il vient de purifier lui fait horreur, qu'il le chasse comme on chasse un chien. D'autres traductions disent que Jésus "s'irrite" ou qu'il parle avec sévérité. Je me suis vraiment demandée ce que cela peut vouloir dire, à la fois pour nous aujourd'hui, mais aussi pour cet homme. On parle souvent du "secret messianique", quand Jésus ne veut pas être reconnu trop tôt comme le Messie, le Fils de l'homme, mais là il semble que ce soit différent.

On a l'impression que le lépreux purifié devient dangereux pour Jésus, comme si cette guérison intervenait trop tôt? Ne va-t-on pas le prendre pour Elisée? Si le lépreux va se montrer au prêtre, celui ci constatera la guérison et permettra la réintégration, mais il ne demandera pas comment le malade a été guéri, ce n'est pas sa fonction et le nom de Jésus ne sera prononcé. Et pourtant cette guérison doit être un témoignage. Témoignage de quoi? Peut-être que Dieu s'intéresse à la misère de son peuple, qu'il va le sortir de son péché, puisque la lèpre peut être une image du péché.

Mais comment cet homme a-t-il ressenti ce revirement? Jésus, il lui a parlé. Et Jésus lui a répondu, l'a touché, l'a purifié et voilà qu'il le met loin de lui, comme s'il était encore un pestiféré. Est ce que Jésus aurait vu autre chose en lui que cette atteinte de la peau? Si on pense au livre des Nombres, Myriam la soeur de Moïse devient lépreuse pendant une semaine en punition: punition de la jalousie envers Moïse. En d'autres termes, la lèpre est le châtiment d'un péché; ce qui ne se voit pas, qui est dans le coeur, est manifesté dans la chair et donc devient visible. Est ce que Jésus a vu quelque chose de l'ordre du péché dans cet homme?

SI on fait le lien avec la guérison du paralytique qui suit cette guérison, il est possible de penser qu'il s'agit bien de péché, puisque c'est ce qui va être dit en premier au paralytique: mon enfant tes péchés te sont remis. Alors peut-être que si l'homme avait obéi, quelque chose se serait passé en lui, quelque chose qui l'aurait délivré de ce qui au fond de lui était une sorte de lèpre.


Je me suis demandée si Jésus, comme il le fera avec les dix lépreux, ne vise pas une guérison en deux temps (ce qui va se passer juste après, avec la guérison du paralytique), une guérison somatique et une guérison liée à l'obéissance qui permet aussi une purification de tout l'être, un peu comme s'il était plongé dans une eau vivifiante.

Finalement en refusant de faire ce qui lui était demandé, il est possible que ce lépreux guéri de sa lèpre montre que quelque chose en lui n'est pas guéri, qu'il se sent au dessus de la loi. Et par cette non obéissance (qui se comprend très bien) non seulement il met Jésus dans une position difficile, puisque Jésus aux yeux de ses contemporains devient lui-même impur et ne peut entrer dans les villes, mais qu'il s'est privé d'une autre délivrance qui lui aurait permis de devenir témoin et peut-être disciple.

"Cela fait plusieurs mois que j'ai cette maladie de peau qui m'exclut de mon village, plusieurs mois que je suis à la porte de ma propre ville, plusieurs mois que personne ne me parle.  J'ai tout perdu avec cette maladie. Pourtant je ne comprends pas pourquoi que suis ainsi frappé. Je suis loin d'être parfait, de suivre tous les commandements de notre loi, mais nous savons bien que ce n'est pas possible. Est ce que je paye quelque chose pour mes parents, pour mes proches? Je ne sais pas, mais je suis très très malheureux. Et les prêtres ont été formels: je suis un lépreux. La tache sur ma peau ne part pas et je ne sens rien quand je touche cet endroit.

Aujourd'hui, j'ai vu qu'il y avait plus de monde que d'habitude dans mon village; j'aurais bien voulu savoir ce qui se passait. La femme qui dépose pour moi de la nourriture m'a dit, en restant bien loin de moi, que c'était Jésus de Nazareth, un nouveau prophète qui avait fait beaucoup de miracles, qui parlait et enseignait.

Je n'ai eu qu'une envie, essayer de le "choper" si on peut dire, mais comment faire; il ne passera sûrement pas de mon côté.

Et voilà que je le vois, et là je n'hésite pas. Je me jette à ses pieds et je lui dis que s'il veut me purifier il peut le faire. Je suis un peu étonné de mon audace, mais je sens vraiment qu'il y a une force en lui. A ma grande surprise, au lieu de prendre la fuite et de me traiter de tous les noms, ce qu'il aurait pu faire, il me touche et me dit qu'il veut que je sois purifié. Il ose me toucher: il s'est rendu impur pour moi... Il me dit que je suis purifié parce que lui le veut aussi. Mais je n'ose pas regarder mes mains qui sont attaquées par la maladie; je les sens redevenir comme avant. La peau ne me tire plus.  Je suis tout heureux et je voudrais le suivre, devenir son disciple.

Et puis j'ai l'impression qu'il se met en colère contre moi, comme si je lui avais arraché quelque chose; et il me chasse comme on chasse un chien, comme on chasse justement un lépreux, en me disant d'aller me montrer au prêtre et d'offrir ce qui est prescrit, ce qui veut bien dire que je suis guéri. Le prêtre, il y en a un qui n'est pas trop loin, seulement je suis tellement heureux que je ne peux m'empêcher de crier sur tous les toits de qui vient de m'arriver. Je sais bien que ce n'est pas ce qu'il veut, mais c'est plus fort que moi, un peu comme si j'étais possédé. 

L'ennui, c'est que Jésus maintenant que j'ai raconté, est considéré par tous comme un pestiféré, comme si je lui avais passé mon impureté, alors que c'est sa pureté à lui qui m'a envahi J'aimerais bien aller m'excuser, mais je n'ose pas. J'ai appris depuis qu'il est retourné à Capharnaüm et qu'il a guéri un homme paralysé. Alors peut-être que j'oserai revenir le toucher. et lui dire que je regrette. Peut-être qu'il m'expliquera pourquoi il s'est mis en colère contre moi. 

Je me dis que peut-être je suis le prototype d'Israël, ce peuple à la nuque raide, qui n'aime pas obéir et que ça, Jésus l'a vu, et qu'il savait que je garderais ma nuque raide, et cela l'a mis en colère et l'a peut-être rempli de tristesse. Il m'a guéri de ma lèpre, mais au dedans de moi, ce n'est pas encore guéri, parce que je n'ai pas su obéir. 

mercredi, novembre 14, 2018

Le lépreux samaritain. Luc 17, 11-19 .

Depuis un certain temps, je réfléchis chaque jour sur l'Evangile proposé par la liturgie. Je publie cela dans mon autre blog; Intimes: https://obsidiennes.blogspot.com parce que souvent peuvent apparaître des notations plus personnelles, qui sont de l'ordre de l'intime.

Ce matin, peut-être parce que je m'y suis prise un peu plus tôt que les autres jours, ce texte chante un peu pour moi, avec le samaritain guéri, je sens en moi la gloire de Dieu, alors je mets sur ce blog qui est mon blog principal les réflexions qui sont venues, un verset après l'autre.

Pour compléter je dois dire que je ne me centre jamais sur un verset pour en tirer une morale, un enseignement, mais que tous les versets (et parfois quand la liturgie fait des sauts ou en supprime, je vais chercher ce qui manque pour la cohérence du texte), sont là. Si je souligne un mot, un verbe, des répétitions, c'est que c'est ce qui est important pour moi.

C'est juste mon cheminement au jour le jour dans ces textes que je pense connaître, juste pour passer du temps avec mon Seigneur et lui demander son Esprit.

 Lc 17, 11-19  Les 10 lépreux. 

C'est un évangile que j'aime bien, peut-être parce qu'il faut se mettre en route sur la foi de la parole sur l'espérance et aussi parce qu'il y a deux guérisons. Celle du corps et une autre, qui fait que le Samaritain rend à la fois gloire à Dieu mais aussi à Jésus et qu'il voit en cet homme bien plus qu'un homme: ses yeux se sont ouverts. On parle souvent de la lèpre du péché, cela c'est l'autre guérison.

Ce qui me frappe aussi, c'est le cri des lépreux l'ouïe qui est sollicité et Jésus qui semble fonctionner au niveau de la vue. Il les voit, il est touché, il les envoie se montrer (être vus). Le samaritain (qui est peut-être doublement considéré comme un lépreux) voit qu'il est guéri et cela le pousse en quelque sorte à ne pas obéir à l'injonction de Jésus, sauf que lui, il ne dépend pas du temple de Jérusalem donc l'obligation est peut-être plus souple.

11 En ce temps-là, Jésus, marchant vers Jérusalem, traversait la région située entre la Samarie et la Galilée.
12 Comme il entrait dans un village, dix lépreux vinrent à sa rencontre. Ils s’arrêtèrent à distance

Contrairement au lépreux qui inaugure les guérisons dans l'évangile de Marc, on a là des lépreux qui respectent la loi. Ils ne sont pas dans le village (pas le droit d'y entrer) et ils restent à distance de Jésus. On pourrait dire, un bon point pour eux. 

13 et lui crièrent: « Jésusmaîtreprends pitié de nous. » 

Cela évoque un peu l'aveugle de Jéricho, qui crie lui aussi. Là ils doivent crier, compte tenu de la distance. Dire Jésus, c'est certes le prénom, mais c'est aussi dire Dieu sauve. Dire maître, c'est lui donner son titre de celui qui connaît, qui sait, qui enseigne. Alors deux titres pour Jésus. Et la demande: prends pitié de nous (guéris nous, fais que nous reprenions notre place, que nous ne soyons plus des errants, des bannis). Est ce qu'il y a pour eux, à ce moment là un possible lien entre cette lèpre maladie et ce qui aurait pu la provoquer? Je ne sais pas. 
  
14 À cette vue, Jésus leur dit: « Allez vous montrer aux prêtres. » En cours de route, ils furent purifiés

Dans l'évangile de Marc, il y a la guérison (purifié) puis Jésus dit à l'ancien lépreux d'aller se montrer aux prêtres et de donner ce que Moïse à prescrit dans la Loi. "Et ce geste là, sera pour les gens un témoignage" dit-il.  Là, il envoie directement aux prêtres mais cela sous tend que quelque chose peut ou ne peut pas se passer. Et les prêtres doivent contrôler la guérison. En tous les cas, ils partent eux aussi vers Jérusalem, mais peut-être pas par le même chemin. Et la guérison advient. Que se passe t il dans leur tête et dans leur corps à ce moment là? 

15 L’un d’eux, voyant qu’il était guérirevint sur ses pas, en glorifiant Dieu à pleine voix

Je ne sais pourquoi, mais ce verset chante en moi. Il n'a rien senti dans son corps, encore que.. Il se regarde et sa peau (comme celle de Naaman le Syrien, un étranger comme lui) est redevenu nette. Alors il est rempli de joie, de gratitude, et quelque chose explose en lui. Lui qui à mon avis ne devait plus prier, il est plein  de quelque chose qui est en lui et qui le dépasse, et et comme les bergers du début de l'évangile de Luc il rend Gloire à Dieu.

16 Il rejeta face contre terre aux pieds de Jésus en lui rendant grâce.Or, c’était un Samaritain

Nous nous connaissons cet évangile par cœur ou presque, mais Luc ménage ses effets.. On s'attend à ce que ce soit un "juif" qui revienne sur ses pas, mais non, c'est celui qui était doublement lépreux: un samaritain. Et surtout il reconnaît en Jésus la présence de Dieu. Se jeter à ses pieds, face contre terre, c'est la posture que l'on prend quand un roi vous a fait une grâce.  

17 Alors Jésus prit la parole en disant : « Tous les dix n’ont-ils pas été purifiés? Les neuf autres, où sont-ils
18 Il ne s’est trouvé parmi eux que cet étranger pour revenir sur ses pas et rendre gloire à Dieu! » 

On pourrait presque parler de constat d'échec.. Pourquoi ne sont-ils pas revenus? Pourquoi sont-ils prisonniers du légalisme? Maintenant qu'ils sont guéris, ils peuvent aller et venir comme ils le veulent. Quand Naaman est purifié, il reconnaît la puissance du Dieu d'Israël. Les 9, contrairement au samaritain ne reconnaissent pas la puissance de vie qui est en Jésus et qui se manifeste dans le dernier verset.

19 Jésus lui dit : « Relève-toiet va: ta foi t’a sauvé. »

C'est un verset de résurrection: relève-toi, suis ta route (va), ne reste pas là, tu es guéri dedans et dehors, tu es totalement un homme nouveau. En même temps dire "ta foi" t'a sauvé, cela veut dire que Jésus n'est pas un magicien, que la guérison est comme œuvre commune. Et en cela c'est un respect total de ce qui nous sommes. 

mercredi, janvier 26, 2011

"Je le veux, sois purifié"Mt 8,1-4



Des trous…



J’emprunte souvent un chemin qui fut jadis bétonné mais que les saisons ont au fil des ans malmené et qui est plein de trous, de nids de poule comme on dit: quand il pleut le chemin est dangereux. 

Parfois les plus gros trous sont bouchés (gravier et bitume), mais très rapidement de nouveaux trous se forment et le travail précédent est comme annulé. Il y a aussi le fait que cette route (ce chemin) est empruntée parfois par des camions et que ceux ci ébranlent encore plus la structure. Il faudrait certainement refaire la route en profondeur, mais cela coute cher et les travaux de cette ampleur ce n’est pas drôle pour les usagers.

Je sais que toute métaphore a ses limites, mais ce chemin évoque pour moi les trous  (les blessures diraient certains) qui sont en nous, qui se forment et se reforment au fil du temps et des événements que nous sommes obligés de vivre et que les trous liés au passage des camions (qui ne doivent pas prendre ce chemin) sont comme ces traumatismes qui détruisent la personnalité en profondeur. 

Ces trous comment empêcher qu’ils ne deviennent des danger ? Comment éviter qu’ils ne s’agrandissent, qu’ils envahissent tout, qu’ils détruisent ? Comment réparer ces trous ? Faut il les combler (bricolage) et c’est déjà mieux que rien car la route redevient praticable au moins pour un temps, ou faut il refaire toute la route avec la lenteur que cela implique et voir même en interdire le passage durant un certain temps ?


Pour le dire encore autrement, je pense que lorsque quelqu’un  a souffert de maltraitances durant son enfance, on peut dire que sa vie psychique est remplie de trous. Certaines prises en charges permettent de remblayer les trous et heureusement cela permet un mieux être. Mais la question que je me pose est la suivante : comment refaire la route toute entière ? Refaire la route, ce serait la guérison… Mais est ce possible ?


Il fut un temps où seule la psychanalyse était la thérapie qui permettait non pas de guérir (la guérison étant donnée par surcroît), mais de redevenir sujet. 


Aujourd’hui, il existe de multiples thérapies qui permettent un mieux être, mais ne sont elles pas parfois seulement des rustines ? On parle beaucoup de cure de guérison, de cure d’âme (ce qui était quand même un des premiers noms donné par Freud à sa méthode du parler), mais qu’est ce que guérir ?


Je veux dire que toute thérapie n’est pas guérison. Parfois elle colmate le trou, ça va mieux, mais si à nouveau le temps de dégrade, un trou va se former ailleurs et la route continue à s’abimer. Ces rustines sont indispensables, mais elles peuvent faire illusion.


La guérison c’est autre chose.


 


Quand Jésus dit au lépreux : je le veux, sois purifié, il se passe quelque chose d’autre, car venant de Lui, ce n’est pas seul l’extérieur qui est rendu propre et net, mais aussi l’intérieur. Que lépreux au lieu d'aller au temps comme le lui a ordonné Jésus, se mette  à raconter ce qui lui est advenu, c'est peut être justement parce que tout l'être a été renouvelé, qu'il a vécu une naissance et que sa joie il veut la faire partager. 







Freud parle d’abréaction dans les psychanalyse. C'est un mécanisme qui transcende complètement la démarche analytique, qui fait que brusquement les choses prennent sens et cessent de faire poids. "C’est le processus de décharges émotionnelles qui, en libérant l'affect lié aux souvenirs d'un traumatisme jusqu'alors refoulé, en annule les effets pathogènes". Ce qui se passe est imprévisible, il faut bien entendu que le cadre soit suffisamment sécurisant pour que cela puisse advenir. Cela se passe dans et par le corps. C'est le  moment où le patient redevient sujet de lui même et même sujet parlant (le parle être dirait Lacan), même s’il ne parle pas. Il se sent exister, il se sent libre. Et cela n’est pas lié à la parole de l’analyste: ce n'est pas de la magie, c'est un autre phénomène qui pour moi est spirituel et non psychologique. 

La guérison telle que j’ai envie de la concevoir n’est pas la fin d’un symptôme si gênant soit il, mais la possibilité de devenir un vivant parmi d’autre, un être debout.





Pour les personnes qui ont été des victimes (et bien souvent elles continuent à l’être mais sous d’autres formes car l’inconscient cela fonctionne)  il y a la possibilité dans un temps premier et fondamental de dire l’abus, d’être entendue et reconnue non plus comme « responsable » de ce qui est arrivé, coupable, porteur de honte et d’opprobre, mais comme une victime. Mais ensuite de ce statut il faut pouvoir sortir.



 Récemment j’entendais une prédicatrice dire en parlant de la guérison du paralytiqueMarc 2,1-12 : "porter son lit, c’est passer du statut de victime au statut de témoin" et j’ai trouvé cette phrase admirable car la personne qui a été victime a alors un rôle, une place, un devoir.  




Si les groupes chrétiens qui se centrent sur la guérison des blessures (ce sont ceux que je connais un peu) fonctionnent assez bien, c’est qu’il y a à la fois le phénomène de groupe qui donne un contenant sécuritaire, sans risque, qui permet une certaine détente, et surtout la présence non pas du thérapeute humain, mais de l’Esprit Saint, qui est le tiers qui permet le renouvellement  et pour certains la guérison c’est à dire à la fois la cicatrisation des blessures, mais aussi des séquelles invisibles de ces blessures et surtout la vivification de l’être.


 Les personnes qui ont vécu un abus, ont une partie d’elle même qui est morte ce jour là et la guérison ce n’est pas tant la remémoration des actes, ou la fin de la souffrance, mais de redevenir vivant, entier, unifié.


Il est évident aussi que le thérapeute n’est que le vecteur et que même s’il a une bonne technique et un grand respect de la personne, il n’est pas le guérisseur.


La guérison est une démarche spirituelle, Je veux dire que l’abréaction (ou la catharsis dont parlait Aristote : « Nous voyons ces mêmes personnes, quand elles ont eu recours aux mélodies qui transportent l'âme hors d'elle-même, remises d'aplomb comme si elles avaient pris un remède et une purgation » est autre chose que le fruit d’une technique thérapeutique.

C’est une expérience vécue dans un cadre particulier, avec une ou des personnes qui permettent enfin la sécurité, mais qui est une guérison voire une nouvelle naissance, Celui qui vient au monde ce jour là (et c’est bien souvent dans les larmes qui lavent et purifient) est un homme nouveau ou renouvelé, mieux armé aussi pour supporter les aléas de la vie qui ne viendront plus s’accrocher sur le vécu pathogène (qui lui est enfin comme désaccroché, désolidarisé du rocher de la personnalité) sans pour autant être oublié ou nié.

Si l’acte du pardon est si difficile et si long dans le temps (je me souviens avoir vu des reportages sur des groupes de paroles aux Etats Unis, où le pardon pouvait parfois être donné après des années et des années de travail , sans d’ailleurs que l’on puisse prévoir quoique ce soit quant à la possibilité de cet acte), c’est qu’il n’est possible que lorsqu’il y a eu guérison et non colmatage.

Bien entendu il est indispensable d’utiliser toutes les techniques thérapeutiques qui permettent de mieux vivre, mais peut être faut il accepter que la guérison est un moment imprévisible, qui prend tout l’être et qui l’ouvre à une dimension intérieure qu’il avait comme oubliée.



Peu importe le nom que l’on donne à cette ouverture : Energie, Energie Divine, Esprit Saint, mais peut être que le simple fait de reconnaître et de savoir que cette Energie existe, et qu’elle peut agir si on lui en donne le droit, permet la guérison qui permet de vivre libéré du mal que l’on a subi.

La guérison permet de créer quelque chose à partir de ce vécu de mort ou pour reprendre mon image de la route, de faire une nouvelle route, bordée d’arbres, où le chant des oiseaux pourra se faire entendre et où il fera bon marcher avec d’autres. 

dimanche, février 11, 2024

Marc 1, 40-45: la guérison d'un lépreux.

 Mc 1, 40-45

 

J'ai déjà parlé de cet évangile dans le billet précédent. Il s'agit de la guérison d'un lépreux, et cela tout au début de l'évangile de Marc. 

 

Or, en lisant le commentaire proposé par "regards protestants", une fois de plus je suis amenée à me poser des questions sur les traductions qui nous sont proposées et dont nous sommes tributaires quand on ne connaît pas les langues anciennes, le latin et surtout le grec, puisque c'est dans cette langue que les évangiles ont été rédigés.

 

Le Pasteur Antoine Nouïs insiste sur le fait que, dans certains manuscrits, Jésus n'a pas du tout un regard de compassion vis-à-vis du lépreux qui est quand même un trouble-fête, mais un regard irrité, je pourrais presque dire rempli de colère. 

 

Or ce regard, qui pourrait être rempli de colère, n'empêche pas la tristesse, la compassion. Là je fais référence à ce qui se passe au début du chapitre 3, quand Jésus est confronté au silence des pharisiens, qui veulent pouvoir le condamner parce qu'il va oser opérer une guérison le jour du Sabbat. Marc nous dit que Jésus promène sur eux un regard de colère, navré de l'endurcissement de leur cœur. Or il est très possible que ce soit ce qui se passe. D'un côté Jésus a le cœur ému devant cet homme qui pour le moment a tout perdu, qui est un exclu, et est considéré comme un pécheur, puisque la lèpre est associée au péché dans la Bible, mais aussi qu'il y ait de la colère en lui, parce que cet homme, malgré tout, n'aurait pas dû être là. 

 

Cette interprétation permettant de mieux comprendre ou entendre ce qui se passe ensuite, et qui selon les traductions est plus ou moins violent. La traduction liturgique se contente de dire que Jésus le renvoie avec fermeté, ce qui est très doux à côté de ce que l'on trouve, soit dans la BJ - "en le rudoyant, il le renvoya aussitôt", soit dans TOB - "s'irritant contre lui, Jésus le renvoya aussitôt. On est quand même loin de "renvoyer avec fermeté". 

 

 

J'avais proposé en 2017 un texte où je laissais parler le lépreux, et de son incompréhension devant ce qui semble être un renvoi violent alors qu'il vient d'être guéri:
https://giboulee.blogspot.com/2017/01/la-purification-du-lepreux-en-marc-1-40.html . 

 

Je me demande aujourd'hui s'il n'y a pas moyen de laisser Jésus, et un témoin de cette courte scène,  rapporter ce qu'ils ont vécu ce jour-là.

 

 En fait Jésus sait que si l'homme proclame ce qui vient d'être fait pour lui, s'il insiste sur le fait que Jésus ne s'est pas contenté de lui parler mais de le toucher, lui, ne pourra plus entrer dans les villes, il partagera l'exclusion vécue depuis un certain nombre de mois ou d'années par cet homme et sera obligé de suspendre sa première évangélisation de la Galilée. 

 

Pour l'analyse du texte, je renvoie au billet précédent: https://giboulee.blogspot.com/2024/02/marc-1-29-39-mc-1-40-45-cinquieme-et.html

 

Jésus raconte

 

Mon Père m'a demandé de ne pas rester à Capharnaüm, mais de parcourir la Galilée pour annoncer les temps nouveaux, les temps du renouvellement. Et j'ai alors proclamé la bonne nouvelle dans les villes, les bourgs et les villages. J'en ai guéri des malades, j'en ai expulsé des esprits impurs. Ces esprits, je devais les faire taire, car certes eux savent qui je suis, mais même ceux que j'ai appelés à me suivre ne le  savent pas, et ils devront le découvrir et l'accepter au fil des jours. 

 

Et voilà, que se présente à moi un homme qui s'agenouille devant moi, et qui me supplie. Et c'est en le regardant que je vois que c'est un lépreux. Mais comment a-t-il pu s'approcher de moi, alors qu'il sait que c'est interdit? Je dois dire qu'à la fois j'étais rempli de compassion pour lui, mais aussi très en colère, très irrité, parce qu'il n'aurait pas dû être là. 

 

Et en plus il me mettait au défi en me disant que si je le voulais, je pouvais le purifier de sa lèpre. Bien sûr que je le peux, mais est ce que je le veux? Mais qu'est-ce qu'il fait là, à mes pieds. Vraiment il ne devrait pas être là. Je n'aime pas qu'on me force la main, qu'on m'oblige. Bien entendu, je lui ai dit que je voulais cela pour lui, que je voulais qu'il soit purifié. 

 

Ce qui s'est passé ensuite est étonnant, car cet homme, ce lépreux dont je ne voyais pas le visage, j'ai tendu la main vers lui, mais ma main ne s'est pas arrêtée, elle l'a touchée, comme elle avait touché la belle-mère de Simon, comme elle a touché tous ces malades que j'ai guéri. Et j'ai senti, en moi, que la lèpre partait, et que sa peau redevenait saine. 

 

Seulement, il me faisait horreur cet homme. Pourquoi n'était-il pas resté loin de moi? Pourquoi m'avait-il en quelque sorte mis au défi? Alors une certaine colère m'a pris, je ne voulais plus le voir. Je lui ai dit de foutre le camp, le plus vite possible, que je ne voulais plus jamais le voir, et qu'il aille se montrer aux prêtres pour être déclaré guéri. Mais surtout qu'il se taise, qu'il disparaisse. 

 

Il y a autre chose aussi, c'est que la lèpre, ce n'est pas qu'une maladie, c'est ce que fait le mal dans l'homme. Myriam a été couverte de lèpre en punition de sa calomnie; le roi Ozias est devenu lépreux car il s'estimait plus grands que les prêtres, en voulant offrir des parfums à l'éternel (2Ch 26). Et moi, je me suis vu couvert de ce mal, à la place de cet homme. Je suis, comme l'a dit Jean, l'agneau de Dieu qui enlève le péché du monde; mais pour l'enlever il faut que je le porte, et cette impureté est horrible, car elle touche aussi bien le dedans que le dehors.

 

Hélas il n'a pas obéi, il s'est mis à proclamer partout que je l'avais purifié et surtout que je l'avais touché. Maintenant c'est moi qui suis considéré comme un paria, comme un lépreux et je ne peux plus entrer dans les villes, je ne peux plus annoncer la Parole. Il me faut, moi, me soumettre à la loi, car là c'est la loi de Moïse. Mais ce n'est que pour un temps, et bien que je fuie les villes, beaucoup continuent à venir à moi, car la vie est plus forte que la mort et la mort sera vaincue. J'ai hâte de retrouver Capharnaüm et la maison de Simon.

 

Simon Pierre raconte.

 

Mais d'où est ce qu'il est sorti celui-là? Comment un lépreux a-t-il eu le culot de s'approcher de mon maître, et de le supplier de le rendre pur?  Il n'aurait pas dû être là; mais bon au fond de moi je peux comprendre: il a une maladie qui ne se soigne pas, il est répugnant aux yeux de tous et en plus, il a dû quitter da famille et habiter comme les rats dans un trou puant. Ce n'est pas une vie.

 

Ce qui est étonnant, c'est que j'ai eu l'impression qu'il défiait un peu le Maître, qui lui a répondu qu'il pouvait lui rendre sa pureté.  Mais Jésus ne s'est pas contenté de menacer la lèpre, et j'ai eu du mal à croire ce que je voyais, car il a d'abord tendu la main vers l'homme, et ensuite il l'a touché. Vous vous rendez compte, il a touché cet homme que personne ne doit toucher. Je sais que ma belle-mère m'a raconté combien le contact de la main de Jésus sur elle avait été fort et bienfaisant. Mais pourquoi le toucher? Il est un peu fou mon maître! 

 

Après je n'ai pas trop compris, parce que Jésus n'est jamais comme ça avec les personnes qu'il guérit. Il l'a carrément chassé en lui disant de s'en aller, et de n'en parler à personne; d'aller faire constater sa guérison par les prêtres. Et croyez-moi, ce n'était pas dit comme un conseil, mais comme un ordre. Je ne dis pas que Jésus lui hurlait dessus, mais ce n'était pas loin, presque comme si l'homme avait été possédé par un démon.

 

 Seulement ce con là, il n'a pas obéi, il s'est mis à proclamer que Jésus l'avait purifié, et du coup Jésus a été exclu à son tour. Nous qui avions vu, nous n'aurions jamais raconté que Jésus l'avait touché, mais lui, il a fallu qu'il raconte ça à tout le monde. Je lui en veux beaucoup, quel dommage que Jésus n'ait pas refusé de le purifier, on aurait eu la paix. 

  

dimanche, octobre 12, 2025

Luc 17, 11-19. Sur la route de Jérusalem, la rencontre avec les dix lépreux.

Luc 17,11-19, Les dix lépreux.

 

Manifestement c'est un texte qui m'a pas mal inspirée dans le passé. Voici un petit florilège :   https://giboulee.blogspot.com/search?q=les+dix+lépreux.

 

Je constate que ce ne n'est pas le cas des paraboles des deux dimanches qui suivent, que ce soit celle du "juge inique" ou celle du pharisien et du publicain. Peut-être que je pourrais réparer ce manque. 

 

J'ai tout d'abord  eu envie de laisser parler les neuf, ceux qui ont obéi à la consigne, mais au lieu de cela un autre récit est venu, c'est celui que vous pourrez lire après mes premiers commentaires (ceux que je fais de fait chaque matin sur le texte d'évangile proposé par la liturgie). Je me suis quand même risquée à ce récit des neuf autres, mais c'est un peu maigre.  

 

Je me disais aussi, que si comme on le dit, dix représente une totalité, mais aussi les dix justes qui doivent être présents pour qu'une prière puisse être entendue, et si ces hommes représentent notre humanité couverte de la lèpre de la médisance, le 1% qui est non pas guéri de la maladie, mais vraiment revenu à la vie, qui est ressuscité parce que celui a reconnu en l'homme Jésus la présence de Dieu, et bien ça ne fait pas beaucoup, mais peut-être que ça peut servir de levain dans la pâte. 

 

 

Le texte de ce jour. 

 

11 En ce temps-là, Jésus, marchant vers Jérusalem, traversait la région située entre la Samarie et la Galilée

12 Comme il entrait dans un village, dix lépreux vinrent à sa rencontre. Ils s’arrêtèrent à distance 

13et lui crièrent : « Jésus, maître, prends pitié de nous. » 

14 À cette vue, Jésus leur dit : « Allez- vous montrer aux prêtres. » En cours de route, ils furent purifiés. 

 

Ces lépreux-là, contrairement à celui de Marc, respectent les règles. Ils restent à distance; ils ne semblent même pas demander explicitement une guérison. Que mettre sous la phrase ". "prends pitié de nous"? Et Dieu sait que cette phrase nous la prononçons bien souvent, ne serait-ce que durant la célébration de la messe; 

 

Veulent-ils de l'argent, des vêtements, de la nourriture la guérison? Ils me font un peu penser à l'aveugle de Jéricho qui crie sans se lasser : "Jésus fils de David, prends pitié de moi. Sauf que Jésus lui demande ce qu'il veut, c'est bien la guérison qu'il demande. SI on prend cela comme modèle, il semble évident que ce que veulent ces hommes, c'est bien une purification, et Jésus en les envoyant aux prêtres, montre qu'il a compris. Sauf que ce n'est pas immédiat. Cela fait penser à l'évangile de Jean, la guérison de l'aveugle-né. Se mettre en route, sur la foi d'une parole, faire confiance à la parole entendue. 

 

15 L’un d’eux, voyant qu’il était guéri, revint sur ses pas, en glorifiant Dieu à pleine voix

16 Il se jeta face contre terre aux pieds de Jésus en lui rendant grâce. Or, c’était un Samaritain

 

Un seul revient. Pour lui, ce qui s'est passé, c'est un don de Dieu, un cadeau fait par cet homme qu'il ne connaît pas, dont il vient peut-être juste d'entendre le nom. Et en son cœur, la gratitude explose et il la laisse exploser. Peu importe les prêtres, peu importe le moment où il sera réintégré dans la communauté des vivants. Ce qui compte pour lui, c'est de se tourner vers cet homme qui l'a guéri, qui lui a rendu en quelque sorte sa vie, son honneur. Il peut à nouveau vivre normalement. Il n'est plus exclu, il n'est plus un paria, il n'est plus le rappel permanent du péché. 

 

17 Alors Jésus prit la parole en disant : « Tous les dix n’ont-ils pas été purifiés ? Les neuf autres, où sont-ils ? 

18 Il ne s’est trouvé parmi eux que cet étranger pour revenir sur ses pas et rendre gloire à Dieu ! » 

 

Est-ce que je peux entendre comme une plainte de Jésus? Pourquoi, ne viennent-ils pas rendre grâce? Je crois que le pasteur A. Nouis dit que la foi c'est aussi cette capacité à louer. " Le Samaritain fait le parcours de la foi en trois temps : il voit – il revient sur ses pas – il rend gloire à Dieu. La foi consiste à voir le monde comme Dieu le voit – à changer de direction et de comportement pour répondre à ce que nous avons vu – et enfin d’être capable de reconnaissance pour tout ce qu’il y a de beau et de bon dans notre histoire " . Je dois dire que cette interprétation me convient bien.

 

19 Jésus lui dit : « Relève-toi et va : ta foi t’a sauvé. »

 

Pour moi, mais je dois me répéter, c'est une phrase de résurrection, que Jésus dit . Se lever comme la fille de Jaïre, revenir à la vie, comme le fils de la veuve de Naïm. La résurrection, ça ne touche pas que le corps, ça change aussi le dedans, ça crée un cœur nouveau. Alors oui, cet homme, parce qu'il a cette foi qui l'a poussé à revenir tout de suite pour rendre grâce, est ressuscité. Important ce que dit Jésus, ta foi t'a sauvé. Ta foi en moi, ta foi en ma parole, mais c'est un acte de ta part, un acte qui t'appartient à toi et que les autres n'ont pas fait. 

 

 

L'histoire des dix lépreux. 

 

Si comme je l'ai déjà écrit au début de texte, dix représente la plénitude, on a là un groupe de dix personnes, des personnes rejetées, mises au banc de l'humanité, porteuse de cette lèpre qui renvoie au péché, puisque la lèpre dans la culture juive renvoie à Myriam (livre des Nombres) qui se trouve affligée de cette maladie après avoir médie de Moïse.

 

Mais dans ces 10, il y en a un qui porte une double tare, non seulement il est lépreux, mais en plus il est samaritain. Ce n'est pas un païen au sens fort, puisqu'il adore quand même le "Seigneur", mais il l'adore ailleurs qu'à Jérusalem, et ces samaritains quelque part, ce sont des métis. C'est un peu oublier ce qui s'est passé jadis pour Naaman le Syrien, ce général qui avait infligé une défaite à Israël et qui a été guéri simplement en se trempant 7 fois dans les eaux du Jourdain

 

Revenons à nos dix lépreux. Ils sont donc à qui vivent comme ils le peuvent dans une grande misère à l'écart d'un village, mais pas trop loin quand même, puisqu'ils apprennent que Jésus entre dans ce village. Et normalement quad Jésus entre quelque part, c'est pour faire du bien.

 

On peut supposer qu'ils vivent quand même de la charité des villageois qui leur donnent de temps en temps de quoi manger, peut-être de quoi faire du feu. Maintenant comment se comportent-ils avec le samaritain, qui vit avec eux, cela personne ne le sait, mais on peut imaginer que si les neuf font corps, lui, il est seul, encore plus exclu. J'ai presque envie de dire, double peine pour lui. Connaissent-ils seulement son prénom? 

 

Ils ne risquent rien à implorer ce nouveau prophète, surtout s'ils ne s'approchent pas de lui. 

 

Alors les voilà qui se tiennent à une certaine distance , les voilà qui crient, tous les dix, qui en en appellent à la pitié de ce Rabbi qui ne peut faire autrement que de les entendre. 

 

Lui, il s'est arrêté, les a regardés, n'a pas regardé ailleurs comme s'ils étaient invisibles. Il leur a parlé, il leur a dit d'aller se montrer aux prêtres. D'après la Tora, c'est quand on est guéri qu'on doit se montrer aux prêtres, de manière à être réintroduit officiellement dans la communauté des biens portants, ce qui veut dire retrouver sa famille, son métier, son village d'origine, car ils ne sont pas tous de ce village-là. Trouver un prêtre, cela peut vouloir dire aller à Jérusalem ou peut-être trouver un prêtre qui dessert un autre sanctuaire, car il y a encore beaucoup de sanctuaires en Galilée et en Juda. Mais croient-ils vraiment que c'est possible? 

 

Ils se mis en route, ils sont tous partis. Que va-t-il se passer? Et s'il ne se passait rien? Et soudain, en voilà un qui regarde son compagnon de misère et il voit que le visage de ce dernier n'a plus de plaies, plus de croutes. Il regarde alors ses mains, et ses mains à lui, sont redevenues belles. Et là, il parle, il annonce, et c'est la joie ce petit groupe, tous sons guéris, même le samaritain. Alors ragaillardis, les voilà qui d'un bon pas, partent à la recherche du prêtre qui va attestera de leur guérison (et leur demandera une offrande). .

 

Seulement voilà, le samaritain lui, et peut-être que lui n'a pas du tout envie de voir un prêtre juif pour constater qu'il est guéri, sent en lui monter un désir qui le pousse à laisser les autres, à revenir sur ses pas, à dire merci encore et encore, merci au Très Haut qui a fait des merveilles, merci à ce Jésus, qui a entendu sa demande, qui a eu pitié de lui.

 

Lui, il retourne sur les pas, en laissant son cœur déborder de joie. Il a enlevé cette espèce de voile qui lui couvrait le visage. La lèpre l'a quitté, elle est partie, il est libéré. Il célèbre cette libération, il est un homme neuf. Il chante à pleine voix. Et Jésus qui a repris sa route vers Jérusalem avec ses disciples, l'entend, le voit, s'arrête.

 

Tout le monde s'arrête, le samaritain se prosterne devant lui, un bon moment, un long moment, cat Jésus regarde la route devant lui, mais personne d'autre n'apparaît. 

 

Manifestement les autres, ont suivi l'ordre d'aller se montrer aux prêtres, ils n'ont pas compris que l'important n'était pas de faire constater la guérison au plus vite, mais de remercier, de louer. Jésus dit alors à l'homme de se relever, il lui sourit, avec ce sourire au quel on ne peut pas résister, et il lui adresse une phrase étonnante, il lui dit: va, ta foi ta sauvé". 

Or le samaritain sait bien que sa foi en cet homme était bien ténue, qu'il a crié avec les autres parce que c'était un peu la dernière chance, le dernier recours et voilà qu'il lui est dit que la foi l'a sauvé. 

 

Et c'est alors qu'il ressent en lui, une joie encore plus forte que celle qui avait émergée quand il avait vu sa peau guérie, une joie qui lui faisait comprendre que lui, le samaritain, l'étranger, le détesté, il était aimé, il était juste aux yeux du Très Haut. Alors il n'était pas rentré chez lui, mais il s'était joint aux disciples qui lui avaient fait une place, et lui avaient trouvé des vêtements propres,  qui l'avaient nourri, et il avait pris lui aussi, tout samaritain qu'il était, la route de Jérusalem.

 

Un essai de récit des neufs purifiés, mais pas sauvés.

 

On a tous été purifié, mais l'autre, le samaritain, celui que nous devons tolérer avec nous, il nous a laissés. C'est sûr que lui, il doit aller en Samarie pour faire constater sa guérison. Bon débarras après tout. 

 

Quand nous sommes revenus, dans nos villages, après avoir fait constater notre guérison par un prêtre qui d'ailleurs n'en revenait pas, guérir dix lépreux, cela ne s'était jamais vu en Israël, des amis nous ont rapportés que le Samaritain, n'était pas parti vers la Samarie, mais qu'il était revenu en arrière pour louer Dieu, et se prosterner aux pieds de Jésus, ce dernier n'avait été comme irrité parce que nous, nous lui avons obéi à la lettre.

 

C'est de sa faute après tout. Il aurait pu nous guérir tout de suite, ça aurait été tellement plus simple. Il avait dit que nous devions nous montrer aux prêtres. On lui a obéi, alors de quoi se plaint-il? 

 

C'est vrai aussi que la guérison est advenue très peu de temps après l'avoir quitté, nous aurions pu revenir sur nos pas, , nous prosterner à ses pieds, et peut-être même nous joindre à ses disciples, comme l'a fait le samaritain, dont nous ne savons même pas prénom. Mais un ordre est un ordre, nous avons entendu et nous avons obéi. S'il repasse par chez nous, alors nous lui offrirons un repas dont il se souviendra !  

  

samedi, janvier 19, 2008

"Du lépreux au paralytique".

Dans la liturgie des messes de la semaine dernière ces deux textes de guérison se suivent.

Pour le premier texte,(Mc 1,40-45) le célébrant faisait remarquer que d'une certaine manière le lépreux est "purifié" mais peut-être pas guéri au fond de lui. En n'allant pas se montrer aux prêtres et donc en refusant de servir de signe (tu rendras témoignage) il "instrumentalise " Jésus en en faisant un guérisseur, un simple guérisseur. Ceci pouvant être mis en parallèle avec la prise de l'arche par les Philistins dans le livre de Samuel (première lecture de ce jour). L'arche ne fonctionne pas de manière magique. Or il peut y avoir un  risque pour nous aujourd'hui d'utiliser le nom de Jésus pour essayer d'obtenir des miracles, alors que le miracle est là pour servir de signe à la présence active de Dieu dans notre monde. Cette guérison devait être une interrogation pour les prêtres: qui est -Il celui là qui peut rendre pur ce qui est impur?

Si je suis une certaine logique dans l'évangile de Marc, au chapitre 2, il me semble que le lépreux condamne Jésus à rester un guérisseur, que tous viennent voir, à tel point qu'il doit se cacher pour prier. 

Lors de l'incident du paralytique, il est de retour à la maison, il y a foule et à nouveau Jésus se doit de guérir encore et encore. 

Je ne sais pas pourquoi quand on parle de cet homme, on dit qu'il est paralysé depuis toujours, comme pour magnifier le "miracle".

Pour moi, j'ai toujours imaginé que cet  homme a fait un mauvaise chute, par exemple en tombant d'un toit. Peut-être avait-il bu un coup de trop, peut-être a-t-il voulu comme on dit faire le mariole, mais il a chu et depuis il ne peut plus marcher. Il est certain que lorsque ses compagnons ont entendu parlé de ce Jésus qui guérit, ils se sont dit que peut-être cet homme pourrait bien guérir leur ami et qu'ainsi ce dernier pourrait reprendre la vie là où elle s'était arrêtée pour lui.

Les porteurs sont des compagnons, pas des gens de la famille, ce qui aurait peut-être été le cas si la paralysie avait été donné dès la naissance.

Je me suis souvent identifiée à cet homme, et à l'épreuve de la descente. Je l'imagine entrain de se cramponner à son brancard, mort de peur, lui qui est déjà tombé.

Quand je travaillais auprès d'enfants handicapés moteurs, j'ai voulut tester un lève-malade qui venait d'être installé dans une des chambres. Je dois dire que je n'ai pas aimé du tout. Je n'ai pas eu réellement peur, parce que les sangles étaient bien en place et surtout parce que j'avais confiance dans la personne qui faisait la manipulation, mais je n'ai pas trouvé cela agréable.
Etre dépendant n'est jamais facile à vivre. 

Se retrouver ensuite au centre et le point de mire de tous les regards ne doit pas non plus être évident: tomber comme un  cheveu sur la soupe. 

Et la phrase qui tombe "tes péchés te sont remis" quel sens peut-elle avoir quand on espère une guérison pure et simple. Déception (c'était bien la peine d'avoir risqué ma vie pour m'entendre dire cela....), ou guérison invisible pour les yeux?

Ce qui a été nouveau pour moi, c'est cette phrase et la réaction des scribes. Il me semble en effet que Jésus par cette simple phrase donne "un signe" extrêmement fort, mais que ce signe est dénié par cet auditoire.

Car Jésus se positionne autrement que comme un simple guérisseur ou un simple prophète. Il prend quelque chose qui normalement appartient au dieu d'Israël. Or cela aurait du ouvrir à un interrogation et non pas une condamnation. 

Et là je me sens partie prenante: c'est si facile au nom d'un certain savoir de se boucher les oreilles de se fermer, de refuser la question qui ouvre, même si elle dérange. 

Comment être attentif aux signes qui nous sont donnés. Je veux dire par là que comme les scribes, bien souvent je passe à côté de choses qui devraient me faire réagir. 

Alors la guérison cet autre signe, ce complément de signe, c'est comme si Jésus devant mon incrédulité, m'acceptait avec ma pesanteur, ma lourdeur et me donnait un signe irréfutable, un signe que je ne peux refuser de voir.

Alors de ces deux petites séquences du début de l'évangile de Marc, je retiens le risque d'instrumentalisation (réduire à une seule dimension) et le risque de la surdité (dénier ce que j'entends parce que cela me dérange et ne rentre pas dans mes catégories) comme comme des risques toujours présents. 

Que mes yeux et mes oreilles s'ouvrent à cet autre langage, voilà quel est mon désir de cette soirée.

lundi, janvier 14, 2008

"Purification"

Et le printemps refleurira


Il ne s'agit pas d'une réflexion sur la fête de la Purification, mais d'une sorte de mayonnaise de différents composants, qui me permettent aujourd'hui de comprendre enfin comment je peux me représenter ce que l'église appelle le péché. Je comprends certes ce mot, mais il ne fait pas partie de mon vocabulaire. Et comme je l'ai écrit dans de nombreux billets, c'est pour moi un achoppement.

Remplacer péché par impur(eté) me va aujourd'hui infiniment mieux, parce que cela est lié à la nature ontologique de l'humain.

Dans tout le premier testament, et aussi dans les évangiles de guérison, il y a une relation très forte entre péché et impureté et réciproquement. Le péché est la cause de la mort biologique, et la décomposition est tout sauf quelque chose de propre, de pur. 

Celui qui pèche est souvent puni par une maladie visible qui provoque son exclusion de la communauté (cf la lèpre de Myriam dans le livre des nombres, les questions des disciples sur l'aveugle-né dans l'évangile de Jean et du comportement de Jésus qui mange avec des publicains et des prostituées).

Ce lien entre impureté et péché m'a été précieux. 
Je reviens maintenant sur les différents ingrédients de mon cheminement actuel, de ma mayonnaise.   
 
- Le premier vient d'un commentaire trouvé dans les lectures de la semaine dernière sur le baptême de Jésus. L'auteur écrit: Jésus n'avait pas besoin d'être purifié par l'eau du Jourdain, mais c'est Lui qui la purifie. 

Cela pour moi a évoqué l'eau qui sort du temple de Jérusalem après que la Gloire de YHWH soit revenue s'y installer (Ezéchiel) et qui revivifie tout sur son passage, mais aussi la guérison du lépreux, prototype de l'impur, que la main de Jésus purifie, sans que Lui soit contaminé. Quand Jésus touche,Il m'ôte ce qui m'arrime encore et toujours à ma convoitise, à mon idolâtrie. Lui seul est capable de le faire, moi je ne peux pas. Il est le purificateur, mais pas comme les prêtres du 1° testament. D'une certaine manière il me permet de "muer".

- Le deuxième composant est le début du livre d'Isaïe, qui dans le temple rempli de la présence de Dieu dit: "malheur à moi, car je suis un homme aux lèvres impures". 

Je crois que cette impureté là qui est liée à notre humanité (origine animale ou origine glaiseuse) peut brutalement se révéler quand on est saisi par la puissance de ce Dieu peut faire. Là on se ressent comme vraiment impur, pas à la hauteur, avec une sorte de désir de disparaître. Je veux dire que la distance qui apparaît entre nous et notre Dieu est telle que l'on se sent recouvert d'une croûte de choses pas belles, des écailles, des scories, des cendres. C'est peut-être là que la "crainte" du seigneur se déploie enfin .

- La troisième composante vient de la Genèse et plus particulièrement de l'alliance noachique. L'auteur, en donnant l'interdit de consommer le sang fait dire que "le sang c'est l'âme" et que l'âme appartient à Dieu et donc que l'humain ne peut en disposer pour lui.

Cela me pousse à penser que la consécration du pain et du vin est un même geste, scindé en deux. Un peu comme le symbolon grec. Il faut les deux, pour que la présence soit là, ce n'est pas l'un ou l'autre, mais l'un et l'autre. Si on reprend le symbole de l'agneau, le corps de l'agneau est nourriture, mais l'agneau sans son âme, sans son sang, n'est que chose inanimée. Le sang versé est un sang qui donne vie, qui donne la vie.

Cette âme (sang versé) c'est aussi l'Esprit. Si on admet que au moment de sa mort, Jésus en rendant son Esprit l'a de fait transmis à l'humanité, on est dans un autre registre.La mort sur la croix est comme une sorte de fécondation de l'espèce humaine qui est lavée de son impureté (mot que je préfère à péché). Il y a bien Salut, en ce sens que l'humain devient capable d'entrer en relation avec Dieu et d'aimer autrement. Il y a là comme une mise au monde d'un autre possible pour l'humain. 
Alors quelle mayonnaise? 
Je crois profondément en mon impureté ce qui pour moi est très différent de péché. je suis un être humain, j'ai une origine de terrien, et de ce fait il y a une distance infinie entre Dieu et moi.
 
A ce stade là, je pourrais imaginer que ce dieu là qui ne supporte pas mes caractéristiques d'incomplétude risque de me balayer de la surface de la terre, mais ceci n'est pas ce que je crois. 

Je crois que son désir à Lui est que la relation soit possible et que je puisse en étant purifiée (ce qui est toujours à renouveler) arriver à contempler sa gloire, même si ce n'est pas dans ce monde ci.

Jésus intervient comme celui qui par le contact de son Esprit répandu sur tous (et pour moi c'est peut-être cela la nouvelle renversante), me purifie si je Le reconnais comme Celui qui peut me toucher et me transformer au plus profond de moi-même.  

Je peux enfin dire en vérité: "Seigneur je ne suis pas digne de te recevoir (que mon intérieur et mon extérieur soient touchés par le divin que tu es), mais dis une parole (fais sur moi un geste, un regard) et je serai guérie (mon impureté sera ôtée et je pourrais être dans ta joie.