mardi, avril 19, 2022

Jn 20, 12-18. La rencontre entre Marie-Madeleine et Jésus. 2022

 

Jn 20, 12-18. La rencontre entre Marie-Madeleine et Jésus. 2022

 

Mardi de l'octave de Pâques.

 

C'est étonnant, je pensais avoir beaucoup écrit sur ce texte que j'aime, mais finalement il y a peu de choses. Ce billet écrit pour la fête du 22 juillet reste d'actualité mais peut-être faut-il le rafraîchir: https://giboulee.blogspot.com/2020/07/jai-vu-le-seigneur-jn-20-18.html

 

C'est le texte avec les "retournements" de Marie. J'aime beaucoup regarder ses attitudes. Mais ce matin, je crois que le dernier retournement c'est le choix de la vie. La voix de Jésus lui permet enfin de se détourner de ce lieu de mort vers lequel elle revient sans cesse, comme si elle était aimantée par ce vide, pour aller enfin vers le dehors, le jardin, la vie. Et ces mouvements-là, ils sont bien souvent les nôtres; et parfois il faut se forcer à ne pas être aimanté par le malheur, par la mort, mais aller vers ce qui reste vivant, ce qui est en vie , ce qui donne la vie.

 

Le texte.

 

11 En ce temps-là, Marie Madeleine se tenait près du tombeau, au-dehors, toute en pleurs. Et en pleurant, elle se pencha vers le tombeau.

 

Très étonnant les postures. Elle est debout, elle est à l'entrée, et elle pleure. Elle est seule, les autres sont partis. Jean, le disciple, certainement transformé, Pierre semblable à lui-même, mais ils ne cherchent pas le corps avec elle, comme si cela ne les intéressait pas. Et elle, elle est seule.

 

12 Elle aperçoit deux anges vêtus de blanc, assis l’un à la tête et l’autre aux pieds, à l’endroit où avait reposé le corps de Jésus.

13 Ils lui demandent : « Femme, pourquoi pleures-tu ? » Elle leur répond : « On a enlevé mon Seigneur, et je ne sais pas où on l’a déposé. »

 

Et là, j'imagine qu'elle tourne la tête vers le tombeau, elle qui n'y est pas entrée. Elle, elle ne voit pas les linges, contrairement aux deux autres, mais deux anges, qui pour moi symbolisent les anges de l'arche d'alliance. Et eux au moins ils parlent, et ils s'intéressent à elle. Seulement, ils ne disent toujours pas où est le corps; et le corps, elle le veut. Et du coup, eux peuvent rester où ils sont, cela ne l'intéresse pas.

 

14 Ayant dit cela, elle se retourna ; elle aperçoit Jésus qui se tenait là, mais elle ne savait pas que c’était Jésus.

15 Jésus lui dit : « Femme, pourquoi pleures-tu ? Qui cherches-tu ? » Le prenant pour le jardinier, elle lui répond : « Si c’est toi qui l’as emporté, dis-moi où tu l’as déposé, et moi, j’irai le prendre. »

 

Et là, elle regarde à nouveau non plus vers la mort, mais vers le jardin, vers la vie, et elle voit cet homme qui s'intéresse lui aussi à elle. Après tout, c'est quand même une semaine importante dans la vie des juifs, la Pâque, les pains azymes. Et deux questions, pourquoi pleures-tu, qui cherches tu. Et là, elle ne se démonte pas, elle, la femme, elle ira chercher le corps du mort. Parce que pour elle, il est mort, mort. Et peut-être qu'elle regarde à nouveau vers le tombeau, ce qui peut aussi expliquer le retournement. 

 

16 Jésus lui dit alors : « Marie ! » S’étant retournée, elle lui dit en hébreu : « Rabbouni ! », c’est-à-dire : Maître.

 

 Et là, parce qu'elle se tourne vers lui et pas vers le lieu où il aurait dû être, elle entend la voix, elle le reconnaît et elle peut le nommer, celui qui est le Maître de la vie et de la mort, qui a vaincu la mort. 

 

17 Jésus reprend : « Ne me retiens pas, car je ne suis pas encore monté vers le Père. Va trouver mes frères pour leur dire que je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu. »

 

Et là, il lui confie une mission. Et pour moi, si Jésus est descendu dans les profondeurs qui ne l'ont pas retenu, c'est qu'il a vraiment terminé sa mission et qu'il peut aller vers le Père - sur les hauteurs; et que désormais ce Dieu est devenu le Dieu de tous, et le Père de tous. Car au ciel aussi, il s'est comme produit une transformation.

 

18 Marie Madeleine s’en va donc annoncer aux disciples : « J’ai vu le Seigneur ! », et elle raconta ce qu’il lui avait dit.

 

Ce qui reprend un peu ce qui s'est passé pour l'évangéliste: il vit et il crut. Mais ce n'est pas le même voir. 

 

Marie raconte.

 

Simon Pierre et Jean - le disciple qui est un ami de Jésus - sont partis. Quand ils sont sortis du tombeau, Simon-Pierre est resté de marbre, et pas un mot. L'autre, lui, c'était différent, il avait l'air heureux, apaisé, mais ils ne m'ont rien dit et ils m'ont laissée seule. Moi qui espérais qu'ils m'aideraient à trouver le corps! Mais non, rien. Et moi je me sens abandonnée, et mes larmes coulent.

 

Maintenant, je me tiens dehors, je n'arrive pas à entrer. Et en me penchant pour regarder je vois deux hommes assis là. Mais qu'est-ce qu'ils font là? Avant ils n'y étaient pas. Ils sont vêtus de blanc. Je pourrais presque dire qu'ils me font penser à ces anges qui étaient de part et d'autre du propitiatoire dans l'arche d'alliance, mais ils me font un peu peur. Je ne comprends pas trop. Est-ce que ce lieu est devenu sacré? 

 

Ils me demandent pourquoi je pleure. Quelle question. Moi je ne leur demande pas ce qu'ils font là. Et eux, ils ne me disent pas où est le corps. Alors je les laisse là, et je regarde de l'autre côté, vers le jardin. 

 

Là, je vois un homme, et je me dis que celui-là, peut-être, me répondra, que c'est le jardinier chargé de l'entretien du jardin. Et comme je ne sais pas trop si Joseph avait le droit d'utiliser ce tombeau tout neuf, peut-être qu'il a pris le corps. 

 

Il me regarde avec bienveillance, il me demande pourquoi je pleure et qui je cherche. Lui au moins, il est un peu plus humain. Alors je lui réponds que si c'est lui qui a emporté le corps qui était là, qu'il me dise où il s'en est débarrassé pour que moi je puisse l'emporter. De fait je ne sais où je le mettrais, mais ce corps je le veux. Et je regarde à nouveau vers ce lieu où il a reposé. En fait je voudrais que le corps revienne là, dans l'obscurité, dans la nuit, mais que le tombeau ne soit plus vide. Que je puisse faire quelque chose, que je puisse agir.

 

Et là, celui que je prends pour le jardinier prononce mon nom; et avec cette manière de le dire qui est cette manière unique qu'avait mon maître de le dire. Alors là, mon cœur tressaille en moi, la joie m'envahit et je me tourne vers lui, avec cette envie de me jeter tout contre lui, pour sentir sa chaleur, sa peau, de voir son regard; et je lui dis tout doucement "Rabbouni", parce que c'est comme cela que moi je l'appelle, mais là, c'est autre chose, parce que maintenant il est le maître de la vie, il est le vivant. 

 

Il me demande alors de ne pas le retenir, parce qu'il n'est pas encore monté vers le Père. Chaque mot qui sort de sa bouche, je le déguste. Il commente ce qu'il vient de dire, il me dit d'aller vers ses frères, et de leur dire qu'il monte vers son Père qui est maintenant notre Père, qu'il monte vers son Dieu qui est notre Dieu. Je crois qu'il me dit quelque chose de très important, que moi je dois transmettre, même si je ne comprends pas très bien. Je comprends juste que désormais, moi aussi je peux appeler, comme Lui, le Très haut mon Père, et que ce Dieu que j'imaginais loin de moi, dans les hauteurs, il est là, en Moi, comme il l'a été pour mon bien-aimé. Je crois qu'il me dit que désormais lui et nous, nous sommes ses frères, que nous avons le même père, parce qu'il a donné sa vie pour nous tous, par amour.

 

Alors en grande hâte, je suis partie et je leur ai annoncé que j'avais vu de mes yeux vu Jésus le Seigneur, et je leur ai transmis ce qu'il m'avait dit. 

 

Maintenant ce sont des larmes de joie que je verse. Il est vivant, je suis vivante, la vie s'est manifestée, la mort a été vaincue.

 

Aucun commentaire: