jeudi, novembre 15, 2007

"Un seul corps".

J'entends comme presque tous les jours cette phrase prononcée par le célébrant après la consécration: "nous soyons rassemblés par l'Esprit Saint en un seul corps".

Jusque là j'ai toujours eu tendance- et je dois dire en vain- à essayer de me dire que je fais partie du corps du Christ, mais honnêtement cela ne veut rien dire de concret pour moi.

Qui suis-je moi, pour être le corps de Lui, de Lui qui est le ressucité. En d'autres termes, j'essayais de me fabriquer une représentation allant du Je que je suis, vers le Il qu'Il est devenu, le ressucité et ça n'allait pas.

Je crois depuis ce matin que le corps qui se crée pendant l'eucharistie, c'est un corps qui est comme l'union de toutes les personnes qui sont là, quelles qu'elles soient, de ces personnes qui font toutes mémoire d'un Etre.

Ces personnes semblables et différentes, c'est-à-dire nous qui sommes présents, elles sont comme des grains de blé rassemblés les uns à côté des autres.

Pour que le blé devienne pain, il faut le levain de l'Esprit Saint. Alors tous ces individus peuvent former un seul corps, parce que d'une certaine manière ils ne forment qu'un seul coeur.

Le corps qui se fait ce n'est pas mon petit je en lien avec Jésus, mais la somme de tous ces je des personnes qui sont présentes, et chacun sait que le corps global n'a rien à voir avec la somme des individualités.

Et lors de chaque messe, ce corps se refait avec des individus différents. C'est le travail de l'Esprit aint de réaliser cela quand deux ou trois sont réunis en Son nom. Ce corps est à chaque fois autre et pourtant il y a une sorte de pérennité.

Il est alors peut-être figure "des cieux nouveaux et de la terre nouvelle", qui se créent ici et maintenant.

Sortir pour moi d'une représentation que je peux ressentir comme égocentrique pour passer à une représentation communautaire est quelque chose que je considère comme un progrès.

lundi, novembre 05, 2007

Péché de l'homme.

Une fois de plus je reviens à ce qui nous est presque rabâché au début de chaque célébration, à savoir que nous sommes des pécheurs, des nuls et que de ce fait nous sommes en danger de mort.

On va dire pour parler mal que "Dieu est colère..."

Mais grâce à la miséricorde de Dieu, notre péché est pardonné et donc la vie nous attend.

Or sans être le pharisien de l'évangile, il me semble que l'important n'est pas tant de se reconnaître pécheur, et de se battre la coulpe avec délectation (ce qui parfois me parait un peu morbide) et en opposition à la Vie que Dieu donne par son Fils et par l'Esprit, mais de ne pas "se" dissocier du collectif "humain" qui lui globalement vit (et de ce fait moi avec) dans la convoitise, et qui de ce fait ne peut accéder au chemin de divinisation qui lui est proposé.

Certaines grandes prières du premier testament commencent par reconnaître le péché des générations précédentes (donc la solidarité avec celles-ci), puis le péché de tout le peuple (tous confondus). Là je m'y retrouve.

Il s'agit là de la reconnaissance d'un péché qui peut s'entendre comme le non respect de la Tora. Nous n'avons pas tenu compte de Tes ordres et prescriptions et nous nous sommes détournés de Toi, l'unique. Mais il est bien évident que tous ne se sont pas détournés de la Tora (la bible raconte l'histoire des ces justes qui sont pourtant persécutés alors qu'ils devraient avoir une vie agréable).

Je peux au début de chaque célébration, me sentir solidaire de notre humanité et reconnaître que je ne fais pas grand chose pour lutter contre le mal. Je le fais un tout petit peu avec les moyens qui sont les miens. Je veux bien appeler ce "manque" péché mais je n'en suis pas convaincue.

Que cette complaisance au mal soit mauvaise oui. Mais est ce que cela me coupe de Dieu? Me détourne de Lui? Oui et non.

Il s'agit pour moi de reconnaître ce que je suis sans complaisance certes, mais avec lucidité, puis de demander que mes yeux s'ouvrent pour que je sois capable de voir tout ce qui s'oppose à la sainteté de Dieu et peut-être d'oeuvrer un tout petit peu plus, en fonction justement de ce que je peux au fil des jours percevoir.

J'aime cette notion de solidarité avec les générations précédentes, avec les frères et soeurs qui sont là dans l'assemblée. Oui, tous ensemble nous demandons ce Salut c'est à dire la Vie et aussi la divinisation, comme le rappelait le prêtre qui animait la célébration de dimanche.

Que cette vie et cette divinisation nous soient données gratuitement, certainement.

Alors plutôt l'action de grâce que l'affliction.

vendredi, novembre 02, 2007

"Et les ténèbres ne l'ont pas saisie"Jn 1,5


Il y a longtemps que ce petit bout de verset me fascine, car il renvoie bien au combat entre la lumière et les ténèbres et d'emblée il annonce si je puis dire la couleur: les ténèbres (le mal) ne peut pas "attraper" la lumière, la vie, qui finit par triompher. Les ténèbres sont autre chose que la nuit, elles renvoient à une sorte de noir absolu.

Je viens de terminer le dernier Harry Potter, et pour les personnes qui ne l'ont pas terminé, je vais peut-être gâcher leur plaisir en révélant un peu de ce qu'il en est de la fin, mais ce roman comme les précédents donne à réfléchir.

Il s'agit bien d'un combat entre les ténèbres et la lumière. Harry qui représente la lumière, n'a jamais pu être "saisi" de manière définitive par le mal. Quand il se rend compte que pour anéantir le mal, il faut qu'il accepte lui, parce qu'une part de ce mal est enfermé en lui, d'être tué, alors les choses basculent et l'on revient qu'on le veuille ou non à une dimension christique. Celui qui perd sa vie "à cause de moi" la trouvera.

Mais Harry est un héros et moi, n'étant pas un personnage de roman je suis très loin de cet héroïsme.

Cependant il y a une autre thématique qui est pour moi importante dans ce livre, c'est celle de la dépression et de la lutte contre la dépression.

La dépression est personnifiée par les détracteurs, qui font l'obscurité autour d'eux et qui aspirent tout le potentiel de vie qui se trouve dans chaque personne. Il ne reste que le noir, l'horreur, la peur, l'incapacité. Quand Harry est confronté aux détracteurs dans "le prisonnier d'Azkaban", il se trouve physiquement mal, ce qui traduit bien les effets somatiques et dévastateurs du vécu dépressif.

Beaucoup de personnes qui ont été comme dépossédées de leur enfance par des parents abusifs, parlent de leur coeur, qu'elles voudraient arracher. Coeur lourd, coeur brûlant coeur glacé, coeur pesant des tonnes, coeur qui demande la mort comme pour répondre au souhait qui a pesé sur eux au moment de leur naissance.

Cette douleur physique dont je n'avais jamais entendu parler au cours de mes études, est un des aspects somatiques de la dépression quand elle se fait incisive surtout lorsque la nuit est là et que les terreurs de l'enfance remontent.

Baudelaire n'écrivait-il pas: " et l'angoisse atroce, despotique, sur mon crâne incliné plante son drapeau noir"ce qui est une belle mise en mots de cette douleur intense.

Pour en revenir à la sage Harry Potter, il y a comme moyen de récupération après une attaque (de panique) provoquée par les détraqueurs, le chocolat (qu'il soit magique ou non). Or chacun sait que le chocolat est un excellent antidépresseur. Mais il y a un autre moyen pour ne pas se laisser envahir par ces ténèbres, je veux parler des "patronus". Mais la création d'un patronus, figure protectrice et cependant propre à chaque individu, nécessite une certaine énergie et le désir même minime de vaincre.

Il est indispensable de faire appel à un ou à des souvenirs heureux, de retrouver une toute petite oasis à soi, où l'on est bien et ensuite symboliser ce moment de douce chaleur par un animal qui désormais vous représentera (une sorte de totem pourrait-on dire) et qui parviendra à faire fuir, (mais pas à détruire) ces représentations désespérantes.

J'ai déjà parlé dans mon autre blog de l'importance pour moi d'avoir retrouvé un souvenir de mon adolescence, où assise dans une embrasure de fenêtre, je voyais au premier plan un toit de tuiles romaines, puis dans le lointain la mer scintillante sous le soleil.

Cette image m'a beaucoup aidée durant ma radiothérapie. Elle est à moi, je peux la faire apparaître quand je le désire.

Et ce matin pendant un temps que je me donne pour essayer de sortir des choses à faire, et où je visualisais cette mer miroitante, deux phrases de psaumes: "Ah si j'avais les ailes de la colombe, je m'en irais gîter au désert" et "quand les ailes de la colombes se parent de reflets d'argent" me sont revenues . Se transformer en oiseau, se planer, utiliser le vent...

Mais pour moi, la colombe ne fait pas partie des oiseaux marins et je me suis vue comme une mouette dansant au dessus de l'eau. Je peux espérer que cette représentation pourra m'aider à accepter ces temps d'hiver.

Bien sûr je n'ai pas de baguette magique, mais j'ai des images de vie qui ne pourront pas être avalées par les images de mort, et c'est à moi de faire vivre en moi ces mouvements d'ailes qui sont évocateurs aussi de la force de l'Esprit qui planait sur les eaux.

mardi, octobre 16, 2007

Compassion, pitié.



Je viens de lire "le livre tibétain de la vie et de la mort" écrit par Sogyal Rinpoché et qui s'adresse à un public occidental. J'y ai découvert- du moins ceci est ma lecture- que l'important c'est de réussir sa mort (qui comprend le avant, le moment de la mort, mais aussi un après au niveau du corps et au niveau de l'essence de l'être qui vient de mourir) qui conditionne tout ce qui va se passer ensuite dans l'au-delà. Une grande partie des enseignements consiste à anticiper les différentes étapes (très proches de ce disent les NDE) pour les réussir. Ceci se trouve aussi dans l'enseignement de Jésus, car il s'agit bien de changer de conduite dans ce monde ci, pour être dans l'unité trinitaire dans l'autre. Mais c'est la première fois que je comprends les choses ainsi.

J'ai découvert un chapitre sur la "compassion" qui m'a beaucoup apporté sur le plan de ma propre spiritualité. L'idée étant que lorsque quelqu 'un est dans la souffrance (en phase terminale par exemple, mais aussi en grande souffrance psychique) je désire moi en tant qu'être humain lui donner ce qu'il y a de meilleur pour lui pour qu'il puisse trouver une certaine paix. L'auteur parle de la pratique du "donner et recevoir" .

Je retranscris ce qui a été important pour moi, car cette pratique permet d'ouvrir son coeur autrement et toujours plus.

"Etre en face de la personne que l'on sait être en souffrance (et je pense que cela peut aussi se faire sans que la personne soit là). Se laisser prendre par l'amour qui notre propre capacité à ressentir de l'amour mais aussi s'appuyer sur ce que nous connaissons déjà dans notre propre expérience du divin) et se laisser émouvoir par la souffrance qui est la sienne (ou par ce que nous lui reprochons)".I l s'agit là de créer un temps de laisser faire, de laisser être. Dans mon expérience ce temps peut être assez long car les distractions sont souvent très présentes.

La douleur, la souffrance, le mal qui est dans l'autre peut être visualisé comme une fumée noire.

"Puis à l'inspiration, visualisez que ce nuage de fumée noire se dissout avec votre inspiration au centre de vous même, de la fixation égocentrique, située au niveau de votre coeur . Il détruit en vous toute trace d'amour de soi immodéré et purifie ainsi votre être."

En d'autres termes ce que je ressens comme mauvais chez l'autre peut devenir source pour moi de guérison en détruisant ce qui est à détruire. Il peut donc me donner quelque chose. Ce négatif devient du positif et mon regard sur l'autre change.

Ceci c'est mon interprétation, mais elle permet de comprendre que la destruction est parfois indispensable et que le mauvais de l'autre peut être un bien pour moi.

"Imaginez que une fois la fixation égocentrique détruite, que le coeur de votre esprit d'éveil (amour, agape) se révèle alors et que lors de l'expiration vous envoyez à l'autre qui souffre (et qui parfois ne s'en rend pas compte) la lumière radieuse et rafraîchissante de paix, de joie, de bonheur et d'ultime bien-être de votre esprit d'éveil, et que ses rayons purifient entièrement le mal en lui".

Cette manière de pratiquer la compassion, d'autant qu'il est toujours possible non seulement d'être ainsi en relation avec une personne, mais avec toutes les personnes qui ont le même type de souffrance ou de maladie m'a ouvert des horizons. En d'autres termes il est, il m'est par exemple possible de prier pour toutes personnes que je ne connais pas et qui ont la même pathologie (cancer) que moi. Cette ouverture au delà de soi, alors que la maladie renferme, permet de se reconnaître plus dans la vie.

Ce mot de compassion, je l'ai toujours aimé. je crois pouvoir dire que professionnellement il a été un des moteurs de mon travail de psychologue auprès de personnes en souffrance.

J'ai d'ailleurs toujours dit et pensé que ces personnes éveillaient ma compassion mais non ma pitié parce que la mot de pitié à pour moi une connotation très négative. "Il vaut mieux faire envie que pitié" disait ma mère.

Or les traductions française du nouveau testament utilisent le mot pitié pour traduire ce que Jésus semble ressentir à certains moments comme de la compassion: Mc6,34: "il fut pris de pitié pour cette foule qui errait comme un troupeau sans pasteur". Le mot compassion est rarement utilisé, ainsi que le mot de miséricorde. S'il y a bien un mot qui revient dans le rituel de la messe, c'est bien ce mot "pitié" que ce soit dans le Kyrie, l'Agnus, et dans de nombreuses prières eucharistiques.

Jusqu'à hier, pour moi le mot de compassion avait un sens positif celui de pitié un sens négatif (images de mendiants peut-être).

Mais je viens de lire le dernier livre de Philippe Claudel: "le rapport Broddeck". Ce livre outre l'écriture est une merveille. Il est pour moi à rapprocher de celui d'Ernest Wiechert: "Missa sine nomine". Et j'ai brusquement compris que la pitié est ce que l'on demande à l'autre qui est en train de vous tuer. Ne me tue pas, aie pitié de moi, je ferais ce que tu voudras. On est dans un autre registre, celui de la vie et de la mort. Pour tous ces juifs condamnés à mourir à cause de leur appartenance à une race, il n'y a pas eu de pitié. Ils n'ont pas été sauvés ou si peu.

Alors pourquoi demander "pitié" à Dieu? Cela reste très lié à la notion que l'on a du péché et de la représentation que l'on peut se faire du divin. Si on suppose que Dieu est d'une certaine manière celui qui n'a rien à voir avec le péché (Is 6,5-9: cf.le tison qui brûle les lèvres impures du futur prophète), alors on peut supposer que l'homme (avec la partie animale qui est en lui) est en danger si ce n'est dans ce monde du moins dans un au-delà car de l'impur en l'homme ce n'est pas cela qui fait défaut.

C'est donc se savoir en danger de mort. C'est alors reconnaître (quand c'est possible) que Dieu dans sa miséricorde a -pour faciliter le processus de changement, la conversion qui mène à la divinisation- envoyé Celui qui par son sang a sauvé l'être humain, lui a donné la vie. pour moi, être sauvé, c'est être vivant



Un dieu n'est jamais aussi grand que quand il se met au niveau de l'homme.

Pitié et compassion ne sont donc pas synonymes. La compassion j'espère pouvoir la laisser grandir, la pitié j'espère qu'elle continuera à appartenir à Dieu.

Il reste pour moi un petit point à débattre c'est celle du sourire. Les représentations picturales que j'ai des bouddhas sont très souvent des représentations que je trouve apaisantes car sous les yeux mi clos et derrière le sourire esquissé, il y a pour moi une grande compassion, un grand amour. Les représentations de Jésus (et je pense aux icônes) me renvoient à un regard de jugement qui est loin du sourire de la compassion amoureuse que j'aimerais y trouver.

samedi, octobre 13, 2007

"Les clartés de nuit"



Comme beaucoup d'anciennes guides, j'ai chanté cela avant d'aller dormir sous les étoiles: "Les clartés de la nuit sont l'appel au repos, à la paix". Mais ces clartés là sont ce qui est donné par les étoiles, par la voie lactée, par la lune, par les éclairages urbains (qui n'existaient pas lorsque nous entonnions ce chant). Il y a aussi la clarté de l'aube, mais elle annonce le soleil. La clarté vient de l'extérieur.

Je viens de lire le "livre tibétain de la vie et de la mort" et il est beaucoup question de lumière dans ce livre, pas d'une lumière qui vient de l'extérieur,mais d'une lumière qui vient du dedans, qui illumine sans aveugler, qui est sa propre source.

Quand on lit le début du livre d'Ezchiel, si on ne tombe pas dans le désir de représenter les vivants avec leurs ailes et leurs roues, on se rend compte, qu'il est aussi beaucoup question de lumière, et aussi question de bruit (c'était déjà vrai dans la théophanie du livre de l'exode). Or la lumière et le bruit sont des phénomènes fréquemment rapportés par les personnes qui ont vécu des N.D.E. Je veux dire par là, que peut-être certaines apocalypses (certains dévoilements) rapportent ce que tous nous verrons quand nous ne serons plus dans ce monde.

Il y a quelque jours la phrase employée par la liturgie au cours de l'eucharistie: "que nous puissions contempler la clarté de ton visage" a pris une autre dimension, un autre éclairage si je puis dire.

Jusque là, j'avais eu tendance à opposer clarté à obscurcissement, ou plus précisément à imaginer un Dieu à deux visages. Un visage sombre, un visage qui ne dit rien qui vaille, un visage qui fait finalement peur (dis pourquoi t'es fâché?) et un visage souriant, "éclairé" par un sourire, bref un visage rassurant, qui ne fait pas peur. Or (j'y reviendrais dans un autre billet) les représentations qui nous sont données non pas de Dieu puisqu'Il n'est pas représentable, mais de Jésus sont rarement des représentations souriantes et malgré les dorures jamais je n'ai pu trouver dans les icônes une représentation d'un visage illuminé et heureux.

J'ai compris que cette clarté elle était intrinsèque à Dieu, elle était Lui, elle faisait partie de lui. Il ne s'agit pas d'un visage qui réfléchit une clarté venant de l'extérieur. Non cette clarté là vient du dedans, et elle éclaire le reste. Cette clarté on la devine parfois sur le visage de certaines personnes qui sont comme habitées de l'intérieur, maus nous ne pouvons la percevoir que si la lumière est là.

La clarté du visage de Dieu, c'est quelque chose que je sais être radicalement différent; C'est une clarté qui ne doit rien au soleil ou aux étoiles.

Je peux la deviner, l'anticiper un peu. Il y a deux phrases qui font écho à cette perception:

- L'une c'est la transfiguration, où cette blancheur au delà de toute blancheur montre combien les mots sont faibles pour décrire cette lumière qui vient du dedans et qui irradie le reste du monde:Luc 9, 29 "Et il advint, comme il priait, que l'aspect de son visage devint autre, et son vêtement, d'une blancheur fulgurante"..

L'autre, une phrase du livre de l'Apocalypse.
Ap21, 24 "La ville peut se passer de l'éclat du soleil et de celui de la lune, car l'éclat de la gloire de Dieu l'a illuminée et l'Agneau lui tenait lieu de flambeau", phrase qui fait pendant à : Ésaïe 60,19-20 "Tu n'auras plus le soleil comme lumière, le jour, la clarté de la lune ne t'illuminera plus : Yahvé sera pour toi une lumière éternelle, et ton Dieu sera ta splendeur.
Ton soleil ne se couchera plus, et ta lune ne disparaîtra plus, car Yahvé sera pour toi une lumière éternelle, et les jours de ton deuil seront accomplis".

Je n'ai pas de mots pour décrire ce que je sais être la clarté du visage de Dieu, mais il y a quelque chose en moi qui peut au delà des clartés de la nuit, la deviner.


jeudi, septembre 20, 2007

"Les cheveux de la pécheresse" Luc 8, 36-40

Catherine Lestang

En lisant ce passage hier, j'ai été très sensible dans un premier temps aux "reproches " de Jésus.

"Tu ne m'as pas versé de l'eau sur les pieds, et elle m'a arrosé les pieds de ses larmes et les a essuyés de ses cheveux".

Ceci est étonnant quand on sait à quel point la purification est importante chez les pharisiens. Ce que je trouve beau dans cette représentation c'est que la femme touche sans toucher. Et si cette femme est la Marie Madeleine du matin de la Résurrection, alors le "ne me touche pas" prend pour moi un autre sens: celui du rappel d'une première rencontre.

"Tu ne m'as pas donné de baiser et elle ne n'a cessé de me couvrir les pieds de baisers".
Le baiser concerne en général le visage à moins que ce ne soit un geste d'accolade, qui est comme un enveloppement. Et c'est ce qu'elle fait en "couvrant" les pieds de baisers. Quelle mère n'a pas couvert les corps de son bébé de baisers? Et Jésus se laisse envelopper.

"Tu n'as pas répandu d'huile sur ma tête, elle au contraire a répandu du parfum sur mes pieds".
Quand j'entends le début de cette phrase je ne peux m'empêcher de penser à l'onction donnée par Samuel d'abord à Saül, puis à David. Cette onction qui fait d'eux des hommes choisis et remplis par l'Esprit. Mais Jésus n'a pas besoin de cette onction. Par contre il y a un autel des parfums dans la tente de la rencontre. Et le parfum c'est aussi reconnaître la divinité de cet homme aux pieds peut-être sales...

Elle a reconnu en Jésus le prophète, le guérisseur et peut-être et surtout " Dieu qui sauve" (le nom de Jésus). Alors que Simon se dit en lui-même "s'il était prophète" il saurait qui elle est..

Simon est il heureux d'avoir chez lui ce Jésus? Cela je ne le crois pas. Est-il choqué d'avoir à accueilliir en prime dans sa pure maison une femme "en cheveux"? Certainement.
.

Il me semble que le simple fait pour une femme de cette époque, d'apparaître dans un lieu public les cheveux dénoués est significatif. Avons nous déjà eu le moindre tableau où Marie ou les saintes femmes ne portent pas de voile? Jusqu'à une époque récente, les femmes ne sortaient pas "en cheveux" dans la rue. Les cheveux dénoués, libres ou libérés ont été le signe d'une vie dissolue jusqu'à la première moitié du XX siècle.

Quand je lis ce texte je ne peux m'empêcher de penser à une jeune fille turque qui devait se faire opérer d'une malformation de la colonne vertébrale. Pour elle, le difficile ce n'était pas l'intervention, mais le fait que ses cheveux allaient être coupés (je dirais presque massacrés). Elle m'a expliqué que au paradis les femmes ont pour tout ornement leur chevelure, qui les enveloppe entièrement et sans ce manteau, pas de paradis... Et sa crainte non dite de mourir pendant l'intervention se disait par sa peur de ne pas accéder au paradis parce qu'elle allait perdre ce qui faisait d'elle une femme.

Alors il me semble que Jésus n'avait pas besoin d'être prophète pour savoir qui était cette femme.

Mais la phrase finale qui est comme un parallèle à celle où prononcée au début du texte:
"le pharisien se dit en lui-même si cet homme était un prophète. .. "

"ceux qui étaient à table avec lui se mirent à dire entre eux: qui est -il celui là qui va jusqu'à remettre les péchés",

montre bien qu'il n'est plus question de prophétisme mais de la divinité de celui qui sait" QUI Il EST".

Pendant l'écoute de ce texte une autre pensée m'est venue. Quand on ouvre sa porte à jésus, on ne sait pas qui va venir en même temps que Lui, et des fois ça "décoiffe"!

jeudi, septembre 13, 2007

Le "non savoir".


Une longue promenade en longeant la côte bretonne, m'a laissé du temps pour laisser s'installer en moi "la prière du coeur" et pour penser. Ce que j'aime avec cette prière, c'est qu'elle s'adapte au rythme de la marche, elle s'installe en moi, elle s'inscrit en moi. Cela ne m'empêche pas de réfléchir, de penser.

A un moment donné j'ai ressenti le besoin de vider ma tête de certaines préoccupations. Et j'ai pensé à ce que Jésus dit des riches. Il est plus difficile pour eux d'entrer dans le royaume que pour un chameau de passer par la porte de l'aiguille. En d'autres termes- car l'image du chameau me parle, car il porte un tas de marchandises sur ses flancs, ce qui l'empêche de passer sauf s'il se déleste de ses paquets- il y a des préoccupations qu'il faut laisser s'envoler...

J'ai perdu mon chat il y a un peu plus de deux mois. Et cette absence qui par moments est encore très douloureuse, est un peu comme si j'avais été délestée de quelque chose, car compte tenu de son âge et des soins journaliers très nombreux, elle avait un certain poids.La perte de cet animal qui a partagé ma vie pendant 17 ans, m'a permis de ressentir que quelque chose de ma vie partait.Mais que cet allégement pouvait me permettre de vivre autrement et que de ce mal pouvait surgir un bon.

J'ai dû faire face à des problèmes de santé; même s'il s'agit d'une pathologie détectée très tôt, là encore il a bien fallu que quelque chose "tombe", car cette atteinte somatique est un rappel que la mort est peut-être proche. Alors apprendre à vivre peut-être autrement, se créer moins d'obligations.

En fait il y a longtemps que j'espérais cet allègement, mais le chemin qui m'a été proposé reste un chemin étroit, et pierreux. Cependant il correspond bien à une demande déjà très ancienne. "Ce corps là est trop lourd" dit le Petit Prince à l'aviateur. C'est si facile d'accumuler et d'imaginer que cette accumulation sert de citadelle.

Je sais beaucoup de choses en psychanalyse. Mais actuellement ce savoir est comme en arrière plan. Je peux l'utiliser quand il est nécessaire, mais je n'ai pas besoin de me réfugier derrière ce savoir pour me sentir exister. Il est en moi, en profondeur, il est intégré, ce n'est plus un ballot de savoir.

J'ai appris quand j'étais étudiante beaucoup de choses sur la religion qui est la mienne, à savoir le catholicisme. Ces dernières années d'autres acquis sont venus et viendront car pour animer un groupe un certain savoir est nécessaire.

Mais ce savoir sur Dieu (pour simplifier) peut devenir pesant. On peut se réfugier derrière ce que l'on sait. Et le savoir peut devenir une sorte d'idole.

Alors tout en marchant, la prière du coeur a pris une autre direction. Seigneur enlève mon savoir et remplace le par le non savoir.

Le non savoir ce n'est pas "pas savoir" ou ignorer. Non, c'est abandonner ce que l'on sait car de toutes les manières un savoir sur le divin ne peut-être que partiel. C'est cesser de s'accrocher à ses certitudes, à ses représentations (qui heureusement évoluent au fil des événements de la vie), c'est enlever les ballots pour se laisser guider par l'esprit.

Durant cette marche j'ai eu beaucoup de mal avec certaines dénivellées.Je me suis rendue compte que je pouvais modifier la trajectoire quand c'était possible, pour faire comme sur un sentier de montagne: casser la pente par des petits changements de direction. Et c'était un peu comme si un autre savoir que j'avais oublié, se manifestait.

J'ai lu autrefois un livre consacré aux femmes à la naissance de leur premier enfant. Cela s'appelait "le Gai Savoir". Le Gai Savoir c'est celui des sages femmes.

Et peut-être que peu à peu le "non savoir" peut se transformer et peut-être même se transmettre comme le gai savoir, qui n'est pas la propriété privée des femmes sages.

Cet après-midi nous avons atteint un lieu nommé " les quatres vents" ce qui m'a fait penser à Ezéchiel dans la vision des ossements desséches et ensuite sur la mer il y avait quatre grands oiseaux blancs, superbes qui en s'envolant donnaient corps à ces quatre vents et qui pour moi, cet après midi, symbolisaient la présence de l'Esprit de Dieu, celui que Jésus nous a donné en plénitude.

On parle beaucoup des "doutes" de Mère Thérèsa en ce moment. Et si cette apparente sécheresse était justement l'incarnation de ce non savoir sur Dieu qui ne se laisse jamais enfermer, même dans l'être humain?

dimanche, août 05, 2007

Mort par amour du Père

Ce matin je pensais à un témoignage lu hier sur Top C d'une jeune femme qui a reçu une visite de Jésus. Parfois j'aimerais bien recevoir de tels signes, mais chacun recoit les signes qui sont bons pour lui.

Et par la suite quelque chose s'est mis en place: mon cadeau du jour, mon signe si je puis dire. C'est certainement évident pour beaucoup, mais pour moi c'est une sorte de découverte.

Je supporte mal -et ceci est un thème récurrent sur ce blog- la thématique du canon de la messe. Si on prend les choses au premier degré, il y a un Dieu que nous avons offensé et qui reste cependant tourné vers nous. Mais comme nous sommes incapables de nous réconcilier avec lui, alors le Fils prend sur lui notre péché et accepte de donner sa vie "en rançon"(Is 53)..

J'ai du mal avec cette victimologie. Je l'ai déjà exprimé (voir mon billet: "faire mémoire").

Mais ce qui m'est apparu ce matin c'est que le motif de la mise à mort de Jésus est un motif religieux: "Toi un homme tu te fais fils de Dieu". Or la réalité humaine de Jésus c'est bien d'être fou d'amour pour son Père et d'aller jusqu'au bout de cet amour, sans se renier, sans Le renier. La mort de Jésus c'est la manifestion du jusqu'où peut aller l'amour. Et ce amour là est un amour fécond, un amour fécondant.

Cela me permet de sortir de cette image de victime innocente, morte à notre place, même si Jésus peut aussi être considéré comme cela. Tant pis pour l'épitre aux Hébreux!

Il me semble aussi que voir les choses comme cela permet de sortir de cette culpabilisation trop fréquente dans nos égllses.

Cette mort montre ce que l'amour est capable de faire et d'être. La résurrection est le fruit de cet Amour, de ce don. Et c'est par cette mort que la Vie est manifestée.

Dans la mythologie sumérienne, on raconte que pour créer l'homme, les Dieux ont eu besoin du sang de l'un des leurs. J'imagine aujourd'hui que le Sang de Jésus (vrai Dieu, vrai homme) qui tombe de la croix sur le sol fait naître l'Homme Nouveau, celui dont parle l'apôtre Paul.

Ainsi la renaissance se fait dans l'eau, dans le sang et dans l'Esprit.

Voilà ma joie de ce matin.

jeudi, juillet 26, 2007

Trinité

Catherine Lestang.

Il ne s'agit pas pour moi de faire un "cours" sur la trinité, mais juste de retransmettre des bribes de réflexions.

Qunhd on dit "Au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit" en se signant au début d'une prière ou d'une eucharistie , que dit-on, à qui s'adresse-t-on?

Quel est ce Dieu qui se décline ainsi? Que mettons nous derrière ce simple mot de Père, car même si comme le dit Paul nous pouvons dire "Papa" à ce Dieu Fondateur, créateur, sorte d'Ancêtre Universel, moi, je ne peux m'adresser à Lui ainsi. Que l'Esprit qui est en moi puisse un jour le faire, je le crois, mais aujourd'hui je ne le peux.

Qui est ce Dieu Fils ou Fils Dieu? Car si on accepte la mythologie lucanienne, Jésus est d'emblée un demi Dieu qui par l'épreuve qu'Il subit "donner sa vie par amour, injustement, sur la croix" en étant comme le représentant de tout l'espèce humaine, acquiert la totale divinité (qu'il avait accepté de perdre en prenant corps). Les textes disent tous que Dieu l'a ressucité au 3° jour, A ce propos, je ne sais si c'est pour signifier le lien qui unit le Père au Fils, que ceci est dit, mais pour moi, la ressurection commence dès que l'expiration de Jésus. Et pour moi, le Dieu vivant qui est en Jésus, est à l'oeuvre et d'une certaine manière la ressurection est en Lui et vient aussi de Lui. Tant pis pour le symbole de Nicée...

Qui est enfin ce Dieu Esprit, qui oeuvrait dès le commencement et qui continue à souffler pour que Dieu soit reconnu et que l'humain puisse de dégager de l'animal qui est en lui, pour accéder à son humanité?

Aujourd'hui, il me semble important de reconnaître que ces trois personnes, sont toutes Dieu dans la plénitude, sans qu'il y ait de préséance parce que dire qu'il y a Dieu " Père , Fils et Esprit" cela renvoie à des liens de supérieur et d'inférieur dans notre système de références. le Père Fondateur l'Ancêtre est plus que le Fils surtout si celui-çi se caractérise par l'obéissance. Quand on voit dans le Gloria le peu de place qui est donnée à l'Esprit Saint, on peut se poser des questions. Je me dis actuellement le Père est Dieu, le Fils est Dieu, l'Esprit est Dieu. Peut-être de manière différente, mais comment moi, petit être de chair puis-je me représenter ce qui est irreprrésentable?

On a coutume de dire quand on reçoit le pain et/ou le vin au cours de l'eucharistie que l'on a Jésus en soi. Certes, mais Jésus ne se dissocie pas du Père et de l'Esprit, donc c'est aussi la Trinité qui prend corps en nous. et je dois dire que la perception de ce poids (cette gloire) qui vient en moi, dans le receptacle si fragile que je suis est pour moi source d'une joie intense.

En lisant il y a quelques jours un texte de Paul (je crois les éphésiens), j'ai fait un lapsus de lecture qui m'a aidée à regarder un peu autrement. Au lieu de lire "laissez vous renouveler" j'ai lu "laissez vous remodeler" et j'ai aimé cette lecture; Il m'est alors venu une autre terminologie pour parler un peu la Trinité.

Remplacer Père par Modeleur ou façonneur, car c'est ainsi qu'Il crée, qu'Il crée les mondes et qu'Il crée les vivants quels qu'ils soient. Dieu Modeleur me parle plus que Dieu Père (au sens de fondateur, presque de super patriarche).
Remplacer Fils, par Appeleur ou Passeur, car Il fait passer de la mort à la vie crée ne moi plus de Joie que de me centrer sur la relation d'obéissance amoureuse qui existe entre le père et le Fils. .
Remplacer Esprit par Souffleur ou vivificateur comme dans la liturgie de premiers siècles), lui donne une présence que laquelle je peux m'appuyer et me laisser aller, car il est en action sans pouvoir jamais être saisi, mis en cage.


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mardi, juillet 10, 2007

Un parallèle?

Catherine Lestang

En écoutant aujourd'hui le texte de la Genèse32, 23-35 qui relate le combat entre Jacob et un "être" qui n'est pas nommé et qui ne se nomme pas,et qui se termine par la relative victoire de Jacob qui devient Israël, il m'est venu l'idée de rapprocher cet épisode qui renvoie à une sorte de désir de mort, de celui rapporté par Ex4, 24-26. Dans cet épisode là, on fait la rencontre de Yhwh qui cherche à faire mourir Moïse. celui ci ne trouvant son salut (la vie sauve) que grâce à son épouse qui d'une certaine manière "saigne" leur fils. Quel est ce Dieu étrange qui, la nuit (cela se retrouve dans les deux textes), vient pour se battre avec celui qu'Il a pourtant choisi.

Peut-on rapprocher cela de l'Ange qui demande à Abraham de sacrifier son fils?

Quel est ce Dieu "d'ombre" qui semble ainsi se dévoiler par moments.Est-ce la face cachée de l'humain qui se dévoile et qui est mise à mal? Je veux dire par là que Jacob qui a volé la bénédiction qui revenait à son frère jumeau, qui porte un partronyme lourd de sens, doit peut-être affronter ses démons intérieurs, de même que Moïse, qui a quand même tué un homme et qui est le survivant de nombreux petits males mis à morts par un pharaon.

Ou bien s'agit il d'un aspect de Dieu, celui qui permettra la mort du fils que l'on ne peut entrevoir que lorsque les ténèbres sont là? Passer par la mort pour devenir vivant?

mardi, juillet 03, 2007

"S'adresser à Dieu?"

Catherine Lestang

Comment s'adresser à Dieu?


Depuis longtemps je suis sidérée au sens fort du terme -sidération- par les mots choisis par l'Eglise pour s'adresser à Dieu dans le rituel de l'eucharistie. Mais en général je passe au-delà. Je me demande parfois pourquoi il faut rapeller tant de choses à Dieu qui normalement ne devrait pas avoir ce genre de problèmes!

Mais la semaine dernière la phrase: "nous t'offrons une offrande vivante et sainte" a remis en route ma réflexion. Qu'est ce qu'une offrande vivante? Est ce que ça se met à tressauter, à bouillonner? Dois-je entendre et comprendre que derrière ces "espèces" en quelque sorte inanimées, il y a la vie? Bref, j'ai du mal à me représenter ce que cela signifie. Je veux bien que ce soit un mystère, je veux bien admettre mon incompréhension en espérant que peu à peu du sens viendra, mais aujourdhui le prêtre célébrant a choisi la prière eucharistique n°1. Et là je me suis sentie prise dans un discours qui s'adresse à un monarque de l'ancien régime. Pourtant ce canon (comme on disait autrefois) je le connais bien puisque c'était le rituel d'avant les années 60. Pourquoi s'adresser ainsi à un Dieu qui s'est incarné, qui a pris chair et qui a donné sa vie? Est ce nécessaire de marquer ainsi la distance entre le créateur et la misérable créature qu'est l'être humain?

Quand on s'adresse à un souverain, il y a un vocabulaire à respecter, sinon il ne vous écoutera pas. Cela ,soit.

Mais il y aussi la certitude que du fait de son pouvoir, de sa force, ce monarque peut faire de moi ce qu'il veut (y compris de m'éliminer): je ne suis pas de taille à lutter contre lui et il peut m'écraser (ou me faire écraser).

Alors il est indispensable pour conserver ce qui compte le plus pour moi, à savoir ma vie et celle des miens, premièrement
de le caresser dans le sens du poil (Le reconnaître comme le plus, et moi comme le moins), donc chanter ses louanges et le remercier parce qu'il me laisse la vie sauve (et me donne le moyen d'être vivant) et deuxièmement de de lui faire des cadeaux qui vont lui montrer mon bon vouloir, ma soumission, et qui doivent sortir de l'ordinaire. Le rôle de l'offrande dans les rituels de soumission et d'apaisement est fondamental.

L'offrande d'une certaine manière est un substitut à la vie propre. Si je peux lui offrir une offrande capable de désamorcer sa colère, alors je suis sûre de rester dans la vie.

L'eucharistie est une histoire d'amour. Elle n'est pas une histoire mue par la crainte. Jésus ne donne pas sa vie par peur, mais par amour.

Or le vocabulaire de la messe est pour moi révélateur de la peur, de la crainte et non de l'amour révéle. Et cela me dérange d'autant plus que dans le premier testament la relation entre l'homme et YHWH est une relation étonnamment libre. Je pense à Abraham qui marchande lors de la destruction de Sodome, à Gédéon qui demande "des preuves", à Moïse qui déclare qu'il ne sait pas parler, à Job qui fait un procès à Dieu, aux prophètes qui trouvent leur charge invivable.

L'image de Dieu est bien trop proche de ce que nous les hommes nous imaginons de la toute puissance, car une toute puissance libre du péché nous ne pouvons la concevoir. Le Dieu amoureux annoncé par les prophètes et révélé pleinement par Jésus est il un dieu terrifiant?

L'eucharistie devrait être un chant d'amour, comment lui redonner cette dimension?

dimanche, juin 24, 2007

Vocabulaire encore et toujours.


Catherine Lestang.

Péché.

Remplacer le mot "péché" par le mot "manquement" me convient beaucoup mieux. Mes manquements je peux les reconnaître sans pour autant me sentir "coupable". C'est un fait . Je n'ai pas fait, de même que Simon le pharisien n'a pas fait pour Jésus ce que la femme pécheresse a fait pour Lui.Ce n'est pas mal faire, c'est ne pas avoir fait plus. Reconnaître les manquements, c'est aussi prendre conscience qu'il est possible de faire autrement et que c'est cet autrement qui rend vivant et qui est changement, même si c'est très lent et très progressif.

Mon sang versé pour vous.

Je n'aurais jamais fini de réfléchir sur cette phrase. Mais si je pense à la notion de "libation" où finalement on verse par exemple sur le sol, une partie de la boisson que l'on veut consommer, ce qui est une manière de célébrer l'autre absent (le dieu), il me semble que quand Jésus prononce cette phrase, il dit aussi qu'il va tout verser donc tout donner. Il ne garde rien pour lui, ni son corps, ni son sang et c'est ce don total, où rien n'est gardé mais où tout est donné, qui apporte la vie.

Jean-Baptiste.

Je paraphrase la lecture proposée pour cette fête hier Zaracharie était muet, il avait perdu la voix. Jean lui a été la voix qui annonce la parole et la parole c'est Jésus qui la porte. Nous aujourd'hui nous ne sommes pas paroles, mais nous pouvons à certains moments être la voix.

samedi, juin 16, 2007

Jn5,1-14: Le paralytique de la piscine aux cinq portiques

Catherine Lestang
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Catherine Lestang
Jn 5, 1-14 : le paralytique de Bethzatha »


« Trente-huit ans déjà».

Aujourd’hui, cela fera trente-huit ans que je ne peux plus me servir de mon corps. Trente-huit ans que je suis impotent. Trente-huit ans que je me considère comme puni pour quelque chose que j’ignore, mais qui me colle à la peau, qui paralyse mes os et mes muscles. Je sais bien que je ne suis pas un « bon » juif, très pratiquant, mais il faut bien vivre avec les occupants, il faut bien parfois plier pour vivre.

Dans le livre du deutéronome, Moïse a écrit que au bout de 38 ans, la génération qui s’était détournée de YHWH étant morte, les descendants prirent enfin possession de la terre promise. Les maîtres à penser en Israël disent aussi qu’il faut 40 ans pour « rendre les armes devant le Seigneur »... J’espère au fond de moi qu’au bout de ce temps de désert, de ce temps qui n’en finit pas, cette mise à mort de mon corps cessera enfin. Peut-être que quelque chose changera enfin cette année, peut-être que mes forces refleuriront, peut-être que la sève circulera dans mon corps.

Depuis des années maintenant, je rêve d’être guéri par les eaux de la piscine de Bethzatha. Il faut dire que j’ai tout essayé, et que ces eaux qui bouillonnent lors du passage de l’Ange du Seigneur, sont mon seul espoir de guérison.Je sais bien que je ne suis pas le seul et surtout que ce lieu en dehors de la ville est fréquenté par toutes sortes de gens, qui comme moi quelle que soit leur croyance, sont impurs, mais c’est cela qui me permet de vivre jour après jour.

Chaque matin, quelqu’un de ma famille m’y conduit, chaque soir, quelqu’un vient me reprendre. Et à chaque fois c’est pour eux la même déception : non il n’est pas guéri, alors à quoi bon, combien de temps, cela va t il durer? Mais je suis encore le chef de la famille, alors tant que j’espérerai, ils me transporteront.

Aujourd’hui, c’est comme tous les jours. Je suis sur cette espèce de couche qui me sert de lit, qui sert à me transposter de chez moi à la piscine. Le même brancard que celui qui sert à transporter les morts. Depuis le temps, j’ai ma place sous un des portiques, toujours la même. Et comme tous les jours j’attends que l’eau se mette à bouillonner. Je ne suis pas le seul. Nous sommes si nombreux à espérer être guéri.

Un homme s’est planté devant moi. Je ne l’ai jamais vu. Je sais juste à son vêtement que comme moi, il est juif. Il me demande si je veux être guéri.

Quelle drôle de question. Si je suis là, c’est bien pour ça. Il devrait bien savoir que je ne peux pas me plonger dans l’eau au bon moment. Peut-être qu’il va me proposer de rester avec moi et de faire enfin cela pour moi. C’est ce que je lui fais comprendre en lui disant qu’il n’y a pas d’homme pour me plonger dans l’eau.

Il m’écoute et au lieu de m’approcher du bord de l’eau, ce que j’espérais, il me dit : « Lève toi, prend ton lit et marche ».

Et moi qui dépend des autres depuis 38 ans, moi qui ai tout le temps peur qu’ils ne me fassent tomber, je me suis levé, j’ai attrapé ce lit qui ne me servira plus jamais et je me suis mis à marcher.

Quelle joie de sentir la vie en moi, quelle joie de me mouvoir. J’en avais oublié que c’était Shabbat aujourd’hui et que porter était interdit. Peut-être que le repos en YHWH c’est ressentir en soi la force de la vie, sans l’utiliser. Mais lui, il m’a dit de me lever, de porter ce lit qui m’avait porté depuis tant d’années et de marcher et sa parole a été si forte que moi aussi je peux bien continuer à faire ce qu’il dit.

Sur le chemin qui conduit chez moi, je pensais à la fête que j’allais faire. Et voilà que des pharisiens m’ont interpellé. Ils m’ont dit que je n’avais pas le droit de porter quoique ce soit, que j’étais un pécheur parce que je ne respectais pas le repos de ce jour. Alors je leur ai raconté ce qui m’était arrivé, mais que je ne savais pas quel était le nom de cet homme. Un homme qui guérit et qui ne se plie pas à la Loi, qui peut-il bien être ? Pourquoi a t il disparu dans la foule ? Et pourtant j’aimerai bien le connaître car si quelqu’un doit participer à la fête que je vais donner c’est bien lui. Qui est Il celui là qui guérit « gratuitement » les brebis de la maison d’Israël.?

dimanche, mai 20, 2007

La femme qui perdait du sang: Mc 5,15-25

Catherine Lestang

Marc5,25-35 : La femme qui perdait du sang.

Aujourd’hui, il y a du monde dehors, beaucoup de monde. J’aurais bien aimé aller voir ce qui se passe, mais à cause de ce sang qui sort sans cesse de moi, qui me souille et qui me vide, je n’ose pas. Impure,je suis, impure je reste car aucun de ces hommes qui ont fait des études et qui se disent médecins n’ont pu me guérir. Et ce n’est pas faut d’avoir cherché. J’ai tant cherché, tant payé, que je ne sais plus de quoi demain sera fait et si je ne serai pas obligée de mendier.

Mais dans une foule, je peux passer inaperçue. Qui se souciera d’une femme ? Alors j’ai quitté ma maison. Dehors, c’est un véritable flux humain. Comme il y a beaucoup d’inconnus dans cette foule, j’ai pu demander ce qui se passait. On m’a répondu que Jésus, ce nouveau guérisseur qui vit à Capharnaüm a été appelé par le chef de la synagogue Jaïre. On m’a dit aussi que la fille de ce notable religieux est très malade, qu’elle est en train de se vider de sa jeune vie, un peu comme moi, je me vide de la mienne, et que Jésus a été appelé pour lui imposer les mains et la sauver.

Alors là, j’ai eu la certitude, qui s’il pouvait faire quelque chose pour elle, il pouvait aussi le faire pour moi. Seulement qui suis-je moi ?

La réponse, je la connais que trop bien : je suis une femme impure, je suis comme une intouchable. Comment m’approcher de cet homme ? Comment va-t-il me regarder ? Je ne sais trop quoi faire. Pourtant il est là, pas trop loin de moi.

Si je me fais prendre, peut-être qu’ils me lapideront, mais de toutes les manières vivre comme cela ce n’est pas une vie. Si j’arrive à l’approcher, à le toucher, peut-être que ça me guérira. Alors je vais me faufiler, et puis je verrai bien. Peut-être toucher juste la frange de son manteau, puis me fondre dans la foule. Ce ne devrait pas être trop difficile. Bref, l’approcher sans être vue..

Voilà, c’est fait, et ... Et j’ai senti dans mon ventre une douce chaleur, comme si la vie reprenait. J’ai senti en moi une vie qui m’envahissait et j’ai senti que le mal était parti, j’ai compris que je revivais.

Et c’est juste à ce moment-là qu’il a demandé qui l’avait touché, qu’il avait senti une force sortir de lui. Avant que je ne dise ou fasse quoique ce soit, les hommes qui étaient à côté de lui, ont essayé de lui faire comprendre qu’il y avait plein de monde, qu’il ne fallait pas en s’arrêtant perdre du temps pour aller guérir la petite fille, parce que le temps pressait et qu’on ne fait pas attendre un chef.

J’aurais bien aimé qu’il les écoute, qu’il ait du bon sens, seulement je savais bien que ça ne pouvait pas en rester là. Alors j’ai senti en moi cette nouvelle force, celle qu’il disait avoir senti sortir de lui, qui me poussait à sortir de la foule et à parler. Et j’ai pu dire qui j’étais, et qui j’étais devenue à cause de cette maladie, de ce démon qui était entré en moi. Il m’a juste dit : "va ma fille, ta foi t’a sauvée ; va en paix, sois guérie de ton infirmité". Et il a repris son chemin.

Je savais bien que j’étais guérie, mais c’est ce mot de fille qui m’a émue profondément. Je pourrais être sa mère, mais c’est ainsi que les rabbis parlent à leurs disciples, un lien de paternité. Et il m’a fait naître aujourd’hui.

J’ai su qu’il a aussi fait re-naître la fille du chef de la synagogue. Quel est-il celui-là qui commande à la maladie et à la mort ? Je ne sais pas encore qui il est, mais moi aujourd’hui, moi qui étais comme morte, je suis devenue une vivante. Peut-être que mon histoire sera un jour racontée. Moi je serai la femme sans nom, la femme impure qui perd du sang, la femme qui a osé toucher Celui qui un jour dira à une autre femme « ne me touche pas».

mardi, mai 15, 2007

Faut-il demander pardon pour notre faiblesse?

Catherine Lestang
Faiblesse, péché ou péché faiblesse?.


Sommes-nous pécheurs parce que nous sommes faibles ou sommes nous faibles parce que nous sommes pécheurs ? Cette question se pose régulièrement à moi, quand, au début des eucharisties, le célébrant nous invite à demander pardon pour nos péchés et pour notre faiblesse. Que la faiblesse favorise le péché certainement, mais est elle en elle-même péché ?

Aujourd’hui, c’est-à-dire en ce jour où je travaille cette question, je crois que la faiblesse entretient le péché. Le péché étant cette capacité à laisser agir en nous ce qui nous rapproche de l’animal, c’est-à-dire la convoitise, la violence, l’envie. Il s’agit de ce monde instinctuel, pulsionnel qui est en nous et qui souvent s’oppose à notre désir d’aimer. Je crois aussi que si on laisse vivre en soi cette « animalité » l’on s’y enferme et l’on devient littéralement aveugles ou comme le dit le premier testament, on s’endurcit. Vivre en se décentrant de soi, en ne faisant pas de l’autre un objet, mais un sujet, est difficile. Le commandement de Jésus : « aimez vous les uns les autres comme je vous ai aimés » oblige à se décentrer totalement, mais qui en est capable ? Pourtant je crois aussi que l’Esprit qui a été donné permet petit à petit de sortir des ténèbres. Mais si je peux dire cela aujourd’hui, il n’en demeure pas moins que je refuse de considérer la faiblesse comme une sorte de punition du péché des origines (en admettant que ceci a un sens).

L’hypothèse théologique serait que nous sommes devenus faibles à la suite du péché d’Adam (de la faute). Il est certain qu’avoir finalement une représentation de soi comme celle d’un homme fort, puissant (l’Adam des origines) est certainement plus agréable que celle d’un être mortel, fragile, animal. Si nous avons perdu notre splendeur passée, peut-être pourrons-nous la regagner un jour, si nous sommes gentils, comblants, conformes à ce qu’un Dieu est censé attendre de nous. Cette représentation est narcissiquement est plus agréable que d’accepter d’avoir été depuis toujours dans cet état de fragilité, de faiblesse, de dépendance.

Car l’humain est fragile et ses rejetons nécessitent un long temps de maternage pour devenir des participants actifs à la vie du clan, ce qui n’est pas le cas de la plupart des espèces animales appartenant à l’ordre des mammifères.

L’être humain est fragile par nature. Il n’a pas grand-chose pour se défendre, sa peau n’est pas épaisse, il n’a pas de toison, pas de fourrure. Il ne saute pas, court mal, sa vision est très inférieure à celle des félins, même son ossature est fragile. Il suffit de serrer un peu au niveau du cou et la mort est là. Nos capacités « intellectuelles » nous ont permis de trouver des parades à cette fragilité qui n’est pas pour autant synonyme de faiblesse.

Dans le monde animal, il existe des rituels de soumission : le plus faible se reconnaît comme tel et offre sa gorge à celui qui peut effectivement le mettre à mort. Ce rituel désamorce l’agressivité et permet la vie sociale du faible, même si par ailleurs, sa vie est bien difficile (en ce qui concerne l’alimentation et la reproduction par exemple).

Mais dans l’espèce humaine, la faiblesse doit être masquée. Il faut se montrer à la hauteur, être fort, le plus fort si possible. Et la faiblesse est si on regarde bien, à l’origine de la ruse, de la méchanceté, de l’envie, donc du mal d’une certaine manière. Jacob le faible réussit par ruse et provoque la haine de son jumeau ! Nous ne supportons pas faibles, dépendants. Alors parfois il faut aller jusqu’au meurtre pour prouver à l’autre (ou aux autres) que je suis plus fort que lui, ou que j’ai le droit d’exister moi aussi. Pour sortir de cette spirale de violence (le mal subi provoquant le mal commis) que nous connaissons trop bien, l’humain doit petit à petit apprendre à aimer, à mettre un frein à son désir de mainmise sur l’autre.

Dire de quelqu’un qu’il est faible veut souvent dire qu’il est influençable, qu’il peut changer facilement d’opinons, qu’il peut donc commettre des actes répréhensibles. Il n’a pas en lui de ligne « forte » de conduite interne, d’armature qui lui permettrait de résister aux tentations quelles qu’elles soient. Bref c’est quelqu’un qui ne sait pas ou qui ne peut pas résister. Pour être « admiré » il faut être fort, et souvent être presque un surhomme, si on pense à l’éloge de la femme à la fin du livre des proverbes.Pr 31,10-27.

Du fait de cette faiblesse intrinsèque, nous sommes capables du meilleur et du pire, mais faiblesse est-elle synonyme de péché ? Compte tenu de ce que je sais de l’évolution de l’homme dans l’univers, il me semble pouvoir dire que la faiblesse est intrinsèque à sa condition, mais qu’elle est à l’origine de bien des maux, mais que ce n’est pas un état qui nous est tombé dessus, alors que nous étions forts, en punition d’une désobéissance.

Que la faiblesse soit à l’origine de bien des désobéissances, certainement, mais pourquoi faudrait-il (comme le monde ecclésial le fait si souvent) demander systématiquement pardon pour cet état ? Je me reconnais faible, de ce fait je sais que je peux faillir, mais c’est ma constitution qui est ainsi.

Si je prends conscience de cet état, alors deux possibles s’ouvrent. Soit je me replie, je me referme sur moi, car j’en veux à celui qui m’a mis dans ce monde, avec cette tare. Soit je m’ouvre, car connaissant mes limites, je les accepte pour ce qu’elles ont et travaille à les repousser doucement. Et là je rentre dans la créativité qui me permet un peu d’être à la ressemblance de Dieu.

Je ne refuse pas de me regarder avec lucidité. Oui, je suis fragile, incapable de performances ; peu capable d’amour « agapé », mais est cela être pécheur ? Par rapport à ce que l’on nomme la sainteté de Dieu, certainement, et cela peut à un moment donné être même source de souffrance quand on prend connaissance de cette capacité à s’aveugler sur soi-même. Mais la perception de ces incapacités, peut créer alors un désir qui est source de vie, donc de créativité.

Aujourd’hui je dirai le péché est souvent lié à la faiblesse, que la faiblesse l’entretient, mais elle est constitutive de l’humain et elle peut aussi être chemin de vie. Il m’arrive de poser des actes qui ne sont pas bons. Parfois c’est volontaire, parfois ce n’est pas voulu, même si un autre en pâtit. Dans ce cas, je reconnais que ce louper traduit la violence et la convoitise et me rappelle ce que je suis et qui je suis. Je dirai même, me rappelle mon origine car la violence est inscrite dans l’être humain donc en moi, même si cela ne me plait pas. Mais si je peux admettre ma réalité, je refuse du moins aujourd’hui de me sentir coupable de mes échecs, ou du moins de certains d’entre eux. Se reconnaître avec ses limites, ses incapacités, cela donne toujours un coup au narcissisme qui est en soi, mais il est nécessaire de ne pas s’aveugler sur soi.

Je pense aussi que les injonctions parentales de l’enfance sont redoutables et source de culpabilité. En effet, si l’enfant n’est pas à la hauteur des espérances de ses parents, il se sent coupable de ne pas les avoir réparés. Et ceci lui fait croire que la perte de l’amour ou l’abandon, c’est de sa faute. Le rôle de l’enfant est bien souvent de réussir là où le parent croit avoir échoué et de lui renvoyer une bonne image de lui. Mais dans ce rôle, l’enfant réparateur est de fait un « objet » et non un sujet. Il est utilisé par l’adulte pour l’adulte. Or j’espère et je crois que ce n’est pas cela que Dieu attend de l’être humain ! Nous n’avons pas à réparer un Dieu que nous aurions abîmé en nous détournant de lui.
Il y a dans l’évangile ne phrase un peu redoutable : c’est celle qui conclue le discours des béatitudes Mat 5,48: « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait ». Et la perfection évoque aussitôt les attributs qui caractérisent Dieu et qui sont toujours dans le superlatif. Il me semble que ce révèle aussi la bonne nouvelle de Jésus, c’est que la perfection n’est pas dans le plus, elle est dans le moins. Quand Dieu se fait être humain, il bascule dans le moins. Il se fait serviteur, il se fait petit, il se fait mortel et la perfection pour moi aujourd’hui, c’est là qu’elle est à chercher. « Le très bas » disait Christian Bobin, parce que d’une certaine manière cette perfection-là, elle est dans mon possible. Elle va avec ma faiblesse, elle s’accorde avec elle. Quand Paul dit « c’est quand je suis faible que je suis fort », il fait lui peut-être allusion à son corps qui n’en plus et qui permet quand même l’annonce de Jésus. Faible nous le sommes, faibles nous le resterons, mais elle permet au divin de se manifester, de transparaître, d’être.

Pour moi, cette faiblesse que je vis au quotidien, elle est ce que je suis, elle est du coup le lieu où mon désir peut aussi advenir et ainsi devenir source de vie pour moi. Reconnaître mes fragilités, ma difficulté à supporter certains comportements, certaines attitudes, m’indique que j’ai un travail à faire pour changer dans la mesure de mon possible. Ce travail, je le remets à l’Esprit de Dieu qui m’a été donné parce que moi seule (ce serait de la toute puissance à l’état pur) je m’en reconnais totalement incapable. Je sais que contrairement à ce qui m’a été inculqué pendant mon enfance, vouloir ce n’est pas pouvoir. Je crois que lui seul peut faire cela en moi, « irriguer et drainer », me faire ainsi devenir plus « humaine », plus décentrée de moi. Je peux reconnaître tout ce qui s’oppose à cette ouverture, à cette dilatation du cœur, et je peux en souffrir. Mais est cela le péché, mon péché ? Ma faiblesse oui, ma lenteur oui, mais volonté de mal faire exprès, rarement.

Un prêtre parlait, il y a peu, de la béatitude des fêlés : heureux sont ceux qui ont des fêlures car la lumière de Dieu passe par là. ».Alors si cette lumière peut passer par là, merci au créateur pour ma fragilité. Et merci à Lui de m’ouvrir les yeux sur ma ou mes faiblesses.

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vendredi, mai 04, 2007

Réflexions sur la place de l'humain sur notre planète.

Catherine Lestang


La révolution copernicienne, basée sur les découvertes scientifiques, a permis de comprendre que même si Jésus s’était incarné sur cette terre, celle-ci n’en n’était pas pour autant le centre le l’Univers : contrairement à ce que dit notre vision, ce n’est pas le soleil qui tourne autour de la terre, mais l’inverse.

Se fier uniquement à nos sens, pour comprendre le monde et théoriser cela, c’est fonctionner avec l’intelligence « intuitive » qui d’après Piaget caractérise l’intelligence des enfants de 2 à 6 ans. Sur le plan scientifique, nous avons appris à utiliser l’intelligence « abstraite », mais en ce qui concerne le religieux, il me semble que trop souvent pour comprendre le fait « Dieu », nous fonctionnons comme de petits enfants. Certes il nous est bien dit d’être comme « des petits enfants » pour entrer dans le royaume, mais pas de nous complaire dans un mode de pensée révolu. Paul ne dit-il pas dans la première épître aux corinthiens 13,11 «Lorsque j'étais enfant, je parlais en enfant, je pensais en enfant, je raisonnais en enfant; une fois devenu homme, j'ai fait disparaître ce qui était de l'enfant.

Mais pour penser en adulte, il est nécessaire de se décentrer, d’abandonner des représentations de l’homme dans l’univers qui le mettent au sommet de la création. Cette décentration, comme celle qui a été demandée du temps de Copernic est difficile, car nos mythes font de l’humain une sorte de dieu qui aurait perdu par sa faute ses aptitudes. C’est bien agréable de penser qu’un jour, on retrouvera ce qu’on a perdu, plutôt que de reconnaître que l’humanisation est quelque chose de très progressif, de difficile et c’est pourtant cela notre finalité. Être à l’image et à la ressemblance de Dieu c’est bien laisser faire en nous une certaine transformation. C’est reconnaître que nous sommes fragiles, vulnérables et que cela nous pousse à utiliser notre intelligence à nous défendre en ne tenant pas compte de l’autre. Mais sommes nous devenus vulnérables donc blessés parce nous nous sommes détournés de dieu, ou par ce que c’est notre réalité historique ? La religion choisit la première hypothèse, mais est-ce la bonne ? N’est-ce pas celle qui fait de nous le centre des espèces qui vivent sur la terre ? Ne faut-il pas nous regarder avec un oeil un peu moins narcissique ?

Les apports de la science ont toujours eu un énorme impact sur la philosophie, c’est-à-dire la réflexion sur l’homme et sa place dans le monde. Je pense que ce qui est difficile ce n’est pas la relation entre la science et la foi, car la foi est quelque chose de relationnel, la reconnaissance de la présence de quelqu’un qui veut nous permettre de devenir à son image, mais entre église(s) et science. Car la science oblige à sortir d’un discours mythique et mythologique sur l’homme et cette sortie n’est pas forcément bonne pour l’institution ecclésiale qui doit avoir un certain pouvoir sur ses membres.

Il me semble que la conception biblique de l’homme et de ses rapports avec Dieu, devrait subir elle aussi une révolution du type copernicien. On ne peut pas maintenir avec Dieu des conceptions qui celles d’un enfant de 3 ans et qui d’une certaine manière donne à l’homme une place qu’il n’a peut-être pas.

L’homme est le fruit d’une évolution. Que nous le voulions ou non, nous avons une histoire « animale ». Nous appartenons à l’ordre des mammifères, ces animaux à sang chaud, qui ne pondent pas des oeufs, mais qui mettent au monde leur progéniture après une gestation interne. Certes nous avons le langage et l’intelligence, mais nous faisons partie de l’ordre des mammifères. Le cortex est une couche « tardive » du cerveau et l’étude des couches sous-corticales montre combien l’animal est présent en nous.

Ce qui nous différencie pourtant en grande partie des autres mammifères c’est que le petit être qui vient au monde est un être profondément immature, inachevé qui a besoin de soins pendant de longs mois avant d’être « autonome » et capable d’apporter quelque chose d’utile à la vie du clan. Cette dépendance crée obligatoirement entre lui et sa mère, entre lui et le groupe d’humains qui l’entourent une relation très forte. Je pense que cette relation est à la base de ce que l’on appelle l’amour. Je veux dire par là que ce sentiment est le propre de l’espèce humaine, ce qui la différencie partiellement des autres mammifères. Ce sentiment-là va être à la source de la recherche du bon, du durable, mais aussi de la capacité à donner sa vie pour celui que l’on aime.

Mais il n’en demeure pas moins que la composante animale reste très présente et que tout le but de l’éducation et des civilisations avec leurs lois est de lutter contre la violence intrinsèque qui est la nôtre et qui nous a aussi permis grâce à notre intelligence, à perdurer dans cet univers hostile.

Le discours religieux, mythique pose comme un postulat l’existence d’un Dieu tout bon qui a crée un univers excellent et un être capable de le « gouverner » être tout aussi parfait que ce monde. Cela donne une représentation idéale l’homme, représentation somme toute bien agréable, en tous les cas pour notre narcissisme. Autrefois il y avait un humain qui ne connaissait pas la mort et qui dominait le monde. À un moment donné, cet homme a écouté en lui la voix de l’envie, de la jalousie et il a voulu s’attribuer les attributs de ce Dieu qui l’avait crée. Il désobéit et il est puni : il connaît désormais la mort et une vie difficile. Il s’est détourné de Dieu pour écouter le Mal. Je mets ici une majuscule car il y a bien un combat entre ces deux forces qui semblent toujours dans une conception un peu mythologique vouloir faire basculer l’humain dans l’un ou l’autre camp. Pour ma part je remplacerai bien par combat entre l’animal et l’humain.

D’une certaine manière c’est à une réalité (la mort, la finitude) que le début de la Genèse essaye de répondre avec les moyens qui sont les siens, à l’époque de la déportation du peuple choisi, déportation qui ne peut alors s’expliquer que par la conséquence de la rupture d’une alliance entre un Dieu et le peuple qu’il s’est choisi.

Je veux dire que dans une certaine conception que j’ose qualifier d’infantile, le malheur qui frappe tout un peuple, pour avoir un sens, doit s’entendre en termes de punition. Dieu s’est détourné et a laissé faire, mais Dieu reviendra, car il est fidèle et c’est l’espoir qui s’est par ailleurs vérifié dans l’histoire bien particulière de ce peuple.

Que la punition puisse avoir un rôle éducatif, pourquoi pas ? Mais il ne faut pas oublier que les instincts humains font que l’homme comme l’animal veut avoir un plus grand espace, un meilleur espace, les plus belles femelles, et que la guerre outre le désir de montrer qu’on est plus fort que son adversaire, sert bien à pouvoir occuper le plus de place, les meilleurs places, et avoir le plus de nourriture. Bien sûr du fait de notre intelligence, les moyens sont plus sophistiqués, mais la finalité se retrouve bien dans le règne animal.

Quand dans la Genèse Dieu dit à Caïn Gn4,7: « Mais si tu n’es pas bien disposé, le péché n’est-il pas à la porte, une bête tapie en toi qui te convoite, pourras-tu la dominer ? » il me semble que cette « bête » c’est bien cet animal tapi en nous, prêt à sauter à la gorge de l’autre, si nous nous sentons menacés.Mais si nous pouvons mettre une limite à cette force, alors nous devenons comme Dieu’ capable de cette douceur qui est une force plus forte que la force et qui se différencie d ela faiblesse qui serait dictée par le ressentiment de la privation de force (je reprend sici la terminologie de Paul Beauchamp).

Il y a en nous les hommes, une force animale qui ne supporte pas que l’autre ait un « plus » par rapport à nous. La frustration nous est intolérable et la réaction instinctive, instinctuelle est d’éliminer celui qui me fait de l’ombre de laisser la violence qui est en moi la partie animale prendre le dessus.

Je ne dis pas ici que toute violence est mauvaise, elle nous a permis à nous animaux bien fragiles, bien démunis, de perdurer et certainement aussi à utiliser notre intelligence pour inventer ces outils dont la nature nous avait dépourvus, mais le langage est là aussi pour nous permettre de ne pas agir cette violence qui nous éloigne de la « douceur » de Dieu, douceur que nous désirons tous.

Si je reconnais que ces pulsions qui sont en moi proviennent de ce passé qui est le mien, de cette appartenance qui est la mienne, alors je me sens comme libérée par cette notion si culpabilisante du péché.

La violence, la convoitise, je ne les appelle plus les péchés de la chair, mais je les considère comme des restes importants de l’animalité qui me constitue et je sais qu’il est fondamental pour moi, pour que je sois un humain au sens fort du terme, qu’ils ne me dominent pas. Je sais aussi que ce n’est pas la peur du gendarme qui va me guérir de ces pulsions, ni ma volonté. Vouloir ce n’est pas pouvoir contrairement à ce qui m’a été inculqué pendant mon enfance. Seule la présence de Dieu, actualisée par l’Esprit donné par son fils, peut faire ce travail en moi.

Dans cette approche, où je suis obligée d’admettre que l’animal est présent en moi et qu’il s’oppose parfois brutalement et vigoureusement à ce que je sais être mon humanisation c’est à dire ma capacité à vivre dans et de l’amour, je reconnais ce que je suis et ce que je ne suis pas. Mon désir est de pouvoir reconnaître cette nature tout en désirant ne pas me laisser absorber par elle, car cela va à la mort et non à la vie.

Cette approche où je me mets à ma place, où je ne me considère pas comme un homme déchu, mais un homme en devenir, me permet de sortir de la représentation d’un Dieu « fâché » après sa créature, parce que celle-ci ne l’écoute pas et avec lequel il faut se réconcilier ou se laisser réconcilier par le sacrifice de Jésus.

À un moment donné de l’histoire du monde occidental, il fallait que la compréhension de Jésus passe par la réconciliation qui permet la divination de l’être humain,à l’image de Jésus, mort et ressuscité. Aujourd’hui, il ne s’agit pas pour moi de retrouver quelque chose que je n’ai jamais possédé, mais de laisser grandir en moi ce qui est le propre de l’être humain, c’est-à-dire l’Amour, mais pas n’importe quel amour. Je crois que Jésus est le chemin, la vérité et la vie, que je peux par Lui, vivre dans l’Amour et que cet Amour qui évolue en moi avec le temps me permet d’entrer dans la Vie. Pour moi être sauvé, c’est être vivant, c’est être en relation et ce, même si je suis appelée à disparaître. Et le vivant comme le crie l’apocalypse de Jean c’est bien Jésus mort et ressuscité.

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jeudi, mai 03, 2007

Sur la route de Ninive, pensées de Sara fille de Ragouel, femme de Tobias, fils de Tobit

Catherine Lestang
« Sur la route de Ninive ».
Ce que peut penser Sara, fille de Ragouel, femme de Tobias, fils de Tobit.

Je porte le même prénom que la femme de notre père à tous, Abraham. Les écrits nous disent qu’avant de s’appeler Sara elle s’appelait Saraî ce qui veut dire « ma princesse ». Je crois que c’est comme cela que j’aurai du m’appeler et non « princesse » car j’ai été la princesse de mon père. Je suis l’unique fille d’un couple de déportés en Médie, lors de la chute de Samarie et je crois que mon père tient à moi, plus qu’à tout, peut-être même plus qu’à sa vie. Par sept fois, il a essayé de me trouver un époux et par sept fois celui-ci est mort la nuit de nos noces. Jamais je n’aurais pu imaginer me trouver là où je suis aujourd’hui, sur la route de Ninive, au milieu d’une importante caravane, qui avance bien trop lentement au goût de mon époux, Tobias, fils de Tobit.

Car il est impossible d’aller vite quand on doit se déplacer avec des animaux, des serviteurs et des servantes donnés par mon père pour sceller mes noces.

Mon époux a décidé d’aller de l’avant avec son compagnon Azarias. Je me demande d’ailleurs comment sa mère Anna va m’accueillir car c’est à cause de moi que son voyage en Médie a duré aussi longtemps.
Si Tobias est loin de Ninive, c’était pour chercher de l’argent laissé en dépôt chez un ami de son père à Rhagès et non pour prendre femme.

D’ailleurs jamais mon père n’avait pensé à lui, comme époux pour moi sa princesse, bien qu’il soit mon parent le plus proche, car la situation de son père est loin d’être enviable. Lui qui fut riche est devenu un pauvre et sa femme Anna doit travailler. Jamais il n’aurait eu la dot nécessaire. Et il se trouve que c’est mon père qui a donné la moitié de ses biens, ce qui est contraire à nos coutumes. Aujourd’hui ce juste, car il est certainement un juste, dévoré par la fidélité et l’amour de la Loi, est devenu aveugle. Il a connu la prison, a été dépouillé de tous ses biens, car sa fidélité à la loi l’a conduit à enterrer ceux de notre race, qui tués par le roi de ce pays, demeuraient sans sépulture. Et ce faisant, il signait sa propre condamnation.

Tobias est persuadé que sa mère qui ne voulait pas le laisser partir, malgré la présence de ce compagnon et de son chien, est dans l’inquiétude. Peut-être pense-t-elle qu’il est mort et qu’elle a perdu son unique fils. Car cela fait des jours qu’il aurait dû être rentré de Médie, la contrée d’où je suis originaire. Certes nous aurions pu dépêcher un messager, mais avec les festivités de mon mariage nous n’y avons pas pensé. Je me demande comment elle va m’accueillir. Comment vais-je vivre dans cette nouvelle famille, loin des miens ? Mon époux, mon frère, m’a donc laissé ici, au rythme lent de la caravane et est parti avec Azarias.

Etrange cet Azarias, ce compagnon surgi de nulle part, bien qu’il se dise fils fils d’Ananias. Fidèle à son nom, « Le Seigneur a secouru », il me semble que par sa présence et son savoir il a comme exaucé mes vœux les plus chers : sortir de ce déshonneur qui pèse sur mon père, depuis que les hommes qu’il m’avait choisi comme époux sont morts avant que le mariage ait peu être consommé. Les sept sépultures qui sont dans notre jardin me rappelaient cela chaque jour, chaque nuit. Moi qui désirais mourir, il a été la miséricorde du Très Haut. Il me semble aussi que sa présence à permis à mon époux de quitter le statut d’enfant pour devenir un homme sûr de lui.

Ne lui a t il pas fait tirer du fleuve ce poisson qui voulait pourtant l’entraîner dans la mort ? Ne lui a t il pas fait mettre de côté le fiel, le cœur et le foie et jeter les entrailles ? Ne connaît-il pas les secrets des guérisseurs ? Ne lui a t il pas indiqué notre ville alors qu’il devait se rendre à Rhagès pour reprendre de l’argent laissé en gage chez Gabaël et non à Ectabane, la ville où j’habite. Je sais bien que son nom signifie « Le Seigneur a secouru », mais au fond de moi, je le nommerai bien Raphaël car grâce à lui, « Dieu a guéri » car il a permis à Tobias de me guérir de la malédiction qui pesait sur moi et sur ma famille.

Le jour où il est arrivé dans notre demeure, j’étais désespérée. Une de mes servantes m’avait accusée de tuer les maris que l’on m’avait donnés. Et elle avait prononcé sur moi une malédiction : «va donc les rejoindre, et qu’on ne te voie jamais de toi, ni garçon ni fille ». Elle me condamnait à la stérilité. J’ai eu alors envie d’en finir avec la vie, de me pendre. Seule la pensée de la peine de mon père m’a empêché de faire l’irrémédiable. J’ai appelé Dieu à mon aide. Je l’ai imploré pour qu’Il me regarde avec pitié s’il refusait de me faire quitter ce monde.

Quand Tobias conduit par Azarias est arrivé à la porte de notre maison,mon père a tout de suite trouvé sa ressemblance avec de Tobit de Ninive. Il s’est alors rappelé que c’était lui qui devait être mon époux, mais il n’osait pas sceller cette union, à cause de la présence de ce démon Asmodée présent dans notre demeure et qui se complait à tuer. Mais Tobias a insisté et nous avons été donnés l’un à l’autre.

C’est alors que devant tous, alors que nous étions dans ma chambre, il fit brûler sur les braises le cœur et le foie de ce poisson péché dans le Tigre. Je ne sais ce qui se passa alors, mais je fus certaine que cette odeur avait mis en fuite le démon. Ensuite nous nous retrouvâmes seuls et nous adressâmes ou plutôt Tobias adressa une prière à notre Dieu. Il lui demanda d’avoir pitié de lui et pitié de moi et de nous mener à la vieillesse. Je répondis Amen avec tout mon cœur. Nous nous sommes alors endormis l’un à côté de l’autre. Nous ne savions pas que mon père persuadé que le mauvais sort était encore là, avait fait creuser une tombe dans le jardin. Nous n’avons entendu aucun bruit, car nous reposions en paix. Lui aussi apprenant par les servantes que nous étions en vie tous les deux adressa une intense prière de reconnaissance notre Dieu.

Au lieu de durer sept jours, les festivités durèrent deux fois plus. J’avais même l’impression que mon père avait du mal à me laisser partir, à me laisser entrer dans cette autre vie, que j’espère féconde et sous le regard de Dieu. Tobias heureusement fit preuve d’autorité et nous partîmes.

Et maintenant, je viens de voir le chien qui accompagnait Tobias, qui vient à ma rencontre en me faisant fête. Je crois que mes craintes d’entrer dans une telle famille sont vaines et que le très Haut m’a exaucée au-delà de tout ce que je désirais. J’espère tant trouver Tobit guéri de sa cécité pour que notre joie à tous soit totale.

jeudi, avril 12, 2007

"Une famine sévère survint dans le pays" Luc 15,14

Catherine Lestang.

A partir de la parabole du fils prodigue : quel sens peut avoir un événement mauvais ?

En relisant l’évangile que l’on appelle « le fils prodigue », la phrase « Quand il eut tout dépensé une famine sévère survint en cette contrée et il commença à ressentir la privation »Lc 15, 14. ma semblée être comme le pivot de cette parabole.La famine est en soi un malheur, un événement porteur de mort. Ici elle va devenir autre chose, elle prend une valeur positive, du moins pour le jeune homme qui fait l’expérience de la faim.

Dans l’ancien testament, ce fléau, est souvent liée à la colère de Dieu. Du moins c’est ainsi que les choses sont perçues et racontées, pour servir de leçon. Car si YHWH ne donne pas la pluie qui rend la terre fertile, (il s’agit là d’une punition), c’est que le peuple ou le roi s’est détourné de lui, a sacrifié à d’autres dieux donc a péché. C’est ce qui se passe, par exemple avec Elie qui promet une sécheresse au roi Achaz, qui ne respecte pas le Dieu Unique d’Israël. 2R17. La famine est donc synonyme de punition. Elle est comprise comme sanction du péché. La punition a pour but d’obliger le peuple et/ou le roi à s’amender, à se reconnaître pécheur.

Le péché dans l’optique du premier testament étant soit de se détourner du seul Dieu en rendant un culte aux dieux locaux, ou de se laisser conduire par la convoitise ( je pense ici à David qui perd le premier né qu’il a avec Bethsabée car cet enfant est lié à un meurtre). Le péché conduit donc à la mort. C’est le changement intérieur qui permettra que le Seigneur se lasse de sa colère.

Donc d’une certaine manière l’événement doit permettre une prise de conscience : qu’est ce qui a pu déclencher cela, ou autrement dit, qu’est ce que j’ai fait (ou avons fait) de mal ? C’est le sens du psaume 51, « le miserere » attribué à David.

Il me semble pourtant et c’est un peu ce que m’apporte cette parabole, qu’il est possible de regarder les événements qui nous atteignent douloureusement, non un signe d’une colère contre nous, mais comme une occasion de changement, de réajustement, de conversion.

Un événement est d’abord un fait. Dans notre culture, il a presque toujours une origine que l’on peut comprendre, trouver. Que cette origine soit souvent liée à des comportements mauvais de l’humain, c’est certain. Par exemple, le fait d’être alcoolique est porteur de conséquences souvent désastreuses et pour soi et pour ses proches . Mais il me semble difficile d’y voir la main d’un dieu vengeur, destructeur, qui ne connaîtrait que ce moyen là pour pousser l’être humain à changer. Nous nous débrouillons bien tous seuls pour nous mettre dans des situations difficiles !

Dans le texte de Luc, cette famine est un peu semblable à la famine qui va pousser les fils de Jacob, à partir en Egypte et finalement à s’y établir. C’est un événement qui va obliger le jeune homme à changer de comportement, à se mettre en mouvement. Peut-être en arrière plan, pour les auditeurs de l’époque faisait- elle écho à la tempête qui se lève quand Jonas essaye de ne pas aller à Ninive et peut-être à l’inconduite de jeune homme, mais cela n’est pas dit. Ce qui semble certain c’est que le jeune homme ne se sent pas responsable de la famine et pourtant comme le dira son frère, il a vécu comme un impie.

Ce qui me frappe dans la parabole c’est que « ce fils à papa » est confronté à une situation difficile. Il a faim et cette faim, ce manque, provoque chez lui d’abord de l’envie par rapport aux porcs qui eux n’ont pas le ventre vide, puis un retournement. La traduction de la B.J. dit : Lc 15, 17 : « alors il rentra en lui-même et se dit ». Ce retournement provoqué par la faim ne donne pas quelque chose de très glorieux. Il ne se repent pas, il se dit juste que là-bas il y a à manger. On a même l’impression qu’il s’est renseigné pour savoir si la famine est localisée à cette contrée. Et il se met en route avec le discours que nous connaissons bien : Lc 15, 19 : « Père, je ne suis pas digne d’être appelé ton fils, et traite moi comme l’un de tes mercenaires ». Il n’est pas ou à peine question de repentance. On a l’impression d’un discours convenu qui est censé faire impression sur le père. De fait l’attitude du fils, assez mesquine, met en valeur celle du Père et c’est bien ce que Jésus veut faire entendre à ses auditeurs.

La famine a provoqué donc une mise en route de quelque chose de nouveau. Elle a servi de tremplin. Et en cela elle est bonne. Elle a pris une autre valence pour cet homme-là. Elle lui a permis de découvrir ce qu’est un père et de ce fait de se découvrir fils, autrement que comme dilapideur d’un héritage !

Ce qui me semble important, pour moi, dans ma réflexion, c’est que parfois un événement négatif peut être positif pour une personne donnée. La famine reste quelque chose d’affreux,qu ‘elle soit matérielle ou psychique. Mais faut-il l’associer au péché, y voir une punition qui peut conduire à la mort ? Ce Dieu là est- Il celui dont parle Jésus dans la parabole? Car peut-être que cette famine a encore une autre portée : le fils s’était fait (comme nous) une certaine image de son père, et ce qui lui arrive avec le père qui l’attend, qui ne pose pas de questions, lui permet d’accéder à une autre représentation de la paternité, représentation qui sera rejetée par le fils aîné. Nos représentations de Dieu ont sans cesse besoin d’être « mises à jour » et souvent des événements douloureux permettent ce changement.

Pourtant, trop souvent certains discours religieux à l’image du premier testament insistent, essentiellement sur le négatif de l’événement . Tout événement qui me fait du mal est vécu comme la punition d’un détournement, d’une faute.

Je deviens en quelque sorte la victime de quelqu’un que j’ai offensé (et qui devient persécuteur si toute fois je peux me permettre d’employer ce terme pour un Dieu tout puissant qui veut le bien (la vie) d el’homme). Il me faut alors apaiser cette divinité en me reconnaissant la cause de l’événement et en l’apaisant (soumission et dons) . La religion en me proposant des actes d’alliance (de repentance et de soumission), va devenir sauveteur. J’ai décrit là le « triangle dramatique », qui comme chacun sait, peut hélas se pervertir. Mais la relation à Jésus ressuscité permet de sortir de cela car curieusement il est victime et sauveur et ce en refusant de toutes les forces de son être devenir persécuteur

Mais en cas d’épreuve, une association gravée au fond de nous se réactive presque à notre insu : il m’arrive quelque chose de mauvais, c’est donc que je suis puni , j’ai fait quelque chose de mal . Ce peut être parfois le cas, mais pas toujours. Ce qui veut dire que je risque de vivre dans la peur constante de faire mal ce qui va créer du malheur et dans une sorte de pensée magique, reliquat de l’enfance.

Pour éclairer cette attitude, je peux rapporter le souvenir suivant. Ma mère m’avait toujours dit, que par peur du mauvais œil, il ne fallait pas se vanter de ses réussites, bref, ne jamais dire que l’on se sentait bien, que l’on était heureux. Le mauvais œil, je ne savais pas ce que c’était, mais je savais qu’il fallait faire attention. Bref, j’allais avoir 6 ans, le printemps était superbe et je me suis surpris à me dire que je me sentais très très bien et que la vie était belle, que j’étais heureuse. Le lendemain , j’étais au lit avec une grosse rougeole. Il a fallu des années pour que je puisse dire que j’allais bien sans avoir peur de provoquer une catastrophe..Il y a des phrases qui s’impriment en soi et qui ont des effets durables et négatifs. D’une certaine manière, compte tenu du discours maternel, j’avais provoqué les choses. Si je ne m’étais pas « vantée » d’aller bien, rien ne serait arrivé, ce qui bien entendu est faux, mais à 6 ans, on ne le sait pas et on n’a pas les moyens intellectuels de remettre les choses à leur place. Avoir une rougeole au printemps est tout à fait normal, mais cela personne ne vous le dit, et par ailleurs on ne raconte pas à sa maman que l’on était si bien si heureux, juste avant de tomber malade, pour ne pas entendre la phrase : « je te l’avais bien dit ». Le problème est qu’il se crée un certain type de raisonnement qui est faux et qui crée des comportements qui demeurent infantiles et qui peuvent être nocifs pour la vire d’adulte.

L’association entre malheur punition est fréquente dans la bible. Elle sert aussi de moteur de conversion, mais c’est une conversion « nécessaire » pour que le malheur cesse. Si on prend par exemple un autre texte de cette même période de carême, un extrait du livre des nombres, on peut voir comment se fait la « genèse » d’une telle association. Je vais reprendre le début du chapitre 21 la morsure des serpents qui vient en châtiment aux récriminations du peuple.

On peut tout à fait imaginer que dans ce milieu désertique, où les serpents sont nombreux, le passage d’un peuple a dérangé les serpents et a provoqué des attaques (défense du territoire).Lors d’un pélérinage que j’ai fait il y a bien longtemps en Israël, une personne de mon groupe a été mordue la nuit par une vipère blanche qui était tombée d’un eucalyptus. On nous a alors expliqué que ces vipères fréquentes dans cette région avaient du changer d’habitat à cause des cultures en bordure du lac. Peut-être est-ce qui est arrivé lors de la migration d’Israël dans le désert. Il y a souvent une explication « normale ». Mais cette jeune fille qui a failli mourir a-t-elle vécu cet événement ? Quel sens lui a t elle donné, car l’important c’est bien le sens que l’on donne à ce qui nous arrive. Cela je ne le saurais jamais.

Mais comme ces événements arrivent à un moment où le peuple en plein désert en a assez de cette vie et récrimine (comme le feront plus tard les scribes et les pharisiens avec Jésus), alors ils prennent un autre sens, sens qui correspond à une manière qui me semble infantile de voir les choses : j’ai dit du mal de mon père, alors il s’est vengé en me faisant du mal. Comme cela je ne recommencerai pas. On peut aussi penser que le Dieu tout puissant peut intervenir dans l’histoire de son peuple en créant cet événement. Là je ne trancherai pas, parce que je ne sais pas.

La notion de être puni par où on a péché se manifeste ici : par mes paroles je l’ai mordu alors lui, il m’a fait mordre par des serpents. Je ne dois pas dire du mal, sinon je vais être puni et mourir.

On peut scinder ce récit en plusieurs unités.
Acte 1: « Au cours de sa marche à travers le désert, le peuple d'Israël, à bout de courage, récrimina contre Dieu et contre Moïse : « Pourquoi nous avoir fait monter d'Égypte ? Était-ce pour nous faire mourir dans le désert, où il n'y a ni pain ni eau ? Nous sommes dégoûtés de cette nourriture misérable ! ».

Ce qui est certain c’est que le peuple a faim, soif, qu’il se sent en danger de mort. Si à ce moment là, il s’était retourné vers son dieu en lui demandant une autre nourriture, il n’y aurait pas de suite. Mais c’est la « récrimination » qui semble être vécue par YHWH comme une insulte, comme une morsure, qui provoque la punition.

Acte 2 :Alors le Seigneur envoya contre le peuple des serpents à la morsure brûlante, et beaucoup en moururent dans le peuple d'Israël.

On est presque dans une réaction « stiimulus réponse ». Ce qui laisse à supposer que le Seigneur (qui entend tout, voit tout), n’aime pas cette attitude de revendication et au lieu de « consoler » ce qui ne veut pas dire « changer la situation », se sent offensé parce que le peuple a oublié que c’est lui qui l’a fait sortir d’Egypte et qui a donné la nourriture quotidienne. Alors il invente une punition qui fait mourir encore plus sûrement que cette absence relative de nourriture. Cela a certainement un but : si on récrimine, il vous arrive des bricoles…Donc il se fait dans le peuple, -comme chez l’enfant- une association entre ce qui fait mal (malheur) et punition. C’est parce que j’ai protesté que je suis puni. Ou encore : si tes paroles me blessent (me mordent) je te mords. D’ailleurs c’est parfois ce qu’il faut faire avec un enfant pour qu’il comprenne que son geste fait mal. Le peuple est à ce moment-là considéré comme un petit enfant qui doit apprendre qu’on ne mord pas papa ! C’est peut-être un procédé éducatif, mais c’est un procédé très rude.

Acte 3 Le peuple vint vers Moïse et lui dit : « Nous avons péché, en récriminant contre le Seigneur et contre toi. Intercède auprès du Seigneur pour qu'il éloigne de nous les serpents. ». L’association entre péché et malheur qui vous tombe dessus semble être faite. On retrouve ici la phrase du fils : « j’ai péché contre le ciel et contre toi ». Le peuple a compris que ces serpents ne sont pas le fait du hasard, et qu’il a fait quelque chose de mal et qu’il est puni. Comme l’enfant puni, il demande à un personnage tutélaire ( dirait F.Dolto) d’intercéder pour lui, de lever la punition, puisque maintenant il a compris ce qu’il a fait de mal. Du coup, il n’est même plus question de la faim, de la soif, de l’insécurité.

Actes 4 et 5 . Moïse intercéda pour le peuple, et le Seigneur dit à Moïse : « Fais-toi un serpent, et dresse-le au sommet d'un mât : tous ceux qui auront été mordus, qu'ils le regardent, et ils vivront ! »
Moïse fit un serpent de bronze et le dressa au sommet d'un mât. Quand un homme était mordu par un serpent, et qu'il regardait vers le serpent de bronze, il conservait la vie !
D’une certaine manière, il demeure une punition : la morsure qui peut se traduire par : tu m’as mordu en récriminant contre moi, alors toi aussi tu souffriras de la morsure, mais tu seras délivré du poison qui fait mourir, ce poison du doute. Ce qui pour moi reste un peu problématique c’est que le serpent outre le fait qu’il est une divinité égyptienne, est évocateur du caducée, symbole des médecins, des guérisseurs. Double valence du serpent ? Mort ou vie ?

Il semble donc que la leçon est claire : si tu me mords, je te mords…
Si tu es mordu par quelque chose, essaye de trouver ce que tu as fait de mal.
Si tu veux éviter le mal fais ma volonté.
Si le mal t’arrive c’est que tu n’as pas fait ma volonté.

Or si des relectures des événements peuvent être fait comme cela et provoquer une conversion, remettre Dieu dans notre vie à sa vraie place et de ce fait utiliser tout ce qu’il y a de bon (et de moins bon) en nous, pour nous laisser humaniser, pourquoi pas. Mais le risque est celui d’une culpabilisation importante : si tu ne guéris pas (si le malheur reste sur toi) c’est que tu ne pries pas assez, par exemple, ou parce que tu n’as pas assez de foi, donc c’est de ta faute.

Car le malheur dans la parabole du fils, permet le retournement et il semble bien que ce soit là la direction dans laquelle il faille chercher. D’ailleurs n’est-ce pas ce que dit Jésus a propos des galiléens mis à mort par Pilate ou de l’effondrement de la tour à Siloe : ce n’est pas une punition, mais cela peut vous aider à réfléchir : si la mort vous prend de manière impromptue, si vous n’êtes pas des « justes » alors vous serez morts. Lc 13,1 : « si vous ne vous repentez pas ,vous périrez tous de même ».

Alors comment sortir de l’association entre le malheur et l’événement négatif vécu comme une punition . Du fait de l’éducation, et des aléas de la vie, cette la dissociation n’est pas aisée.Il est difficile de se débarrasser des injonctions parentales qui ont eu leur valeur et leur nécessité à un moment donné, mais qui doivent céder la place autre chose. Nous avons une intelligence qui nous permet peut-être de remettre les choses à leur place et de donner si c’est possible un sens à l’événement que nous avons à vivre.

Dans la bible, pour revenir à elle, il y a le mot d’épreuve. Quand Abraham croit qu’il doit donner son fils, il s’agit d’une épreuve. Dans notre humanité, tous les « héros » qu’ils viennent de la mythologie ou des contes doivent d’une certaine manière « se mettre au monde » pour devenir des héros. On peut appeler cela un baptême, un passage.

Peut-être que le mal qui fait partie de notre monde a ce rôle. Il permet la gestation de ce que nous sommes. Il peut alors pousser à autre chose et parfois même à la révélation d’un Dieu qui veut la divinisation de l’homme et non sa perte.

Quand le malheur ou la grande difficulté se présente, peut-être faut il prendre du temps pour ne pas rentrer dans une spirale aspirante vers le bas, qui serait de se croire mauvais, nul, puni. C’est bien ce que fait Job au grand dam de ses amis qui veulent à tout prix expliquer son malheur par son péché .

C’est reconnaître que nous sommes dans un monde difficile (la vie n’est pas un chemin de roses) et si c’est possible peut-être devons nous dans la mesure du possible considérer ce qui nous arrive comme une épreuve qui va nous permettre de changer, de nous adapter , de créer, bref de devenir plus quelque chose au lieu de moins quelque chose.

Il nous faut aussi admettre aussi qu’il y a des moments où « ça n’a pas de sens » ce qui ne veut pas dire que ça n’en prendra pas un jour.

En fait, aujourd’hui, je crois profondément que cette ou ces épreuves, en donnant une autre direction à ma vie peut me permettre curieusement de rencontrer la trace de Dieu.. Mais dans cette approche, l’épreuve permet une ouverture et non une fermeture. Elle peut permettre de se rendre compte qu’il y a autre chose de présent en soi, que cet autre chose cela peut être l’Esprit, cette force qui travaille en soi à rendre plus humain, plus vrai. Peut-être aussi que cela s’appelle la croix, pour aller vers le Père avec l’Esprit.