vendredi, avril 03, 2009

Vous ferez ceci en mémoire de moi. Lc22, 19


Vous ferez ceci en mémoire de moi. Lc22, 19

Le texte de ce billet est lié à la lecture du livre de François Genuyt : l’épître aux romains, l’instauration du sujet, une approche sémiotique le cerf,2008 .

Je ne suis pas certaine d’avoir tout"bien compris" car l'approche sémiotique reste un peu ardue pour moi, mais l'épître aux romains est devenue beaucoup plus "amicale" pour moi. Cette lecture a orienté différemment ma réflexion et c’est ce qui s’est passé pour moi avec ce livre. Mais il a fallu du temps pour que cela puisse de transmettre dans l'écrit.

Ce qui aujourd'hui a pris sens pour moi, c'est la phrase "faites mémoire" comme si elle unissait les deux symboles pain et vin et leur permettait de devenir signe d'affiliation pour moi à l'ordre divin.

Quand je faisais mes études de psychologie, on m’avait enseigné que le père doit transmettre la loi à ses enfants. Ceci veut dire que le père peut transmettre une loi qui lui a été transmise par son propre père et qu’il a respectée, mais il n’est pas la loi.

Dans le cas de la transmission de l’interdit de l’inceste cela se dit de la manière suivante :" toutes les femmes sauf ta mère".

Ceci est bien proche de l'interdit donné à Adam dans la Genèse, " tous les arbres sauf l’arbre de la connaissance du bien et du mal".

Moïse a donné une loi au peuple, mais cette loi il ne l’a pas crée, elle lui a été donnée, on peut presque dire qu’elle est divine. Il doit lui aussi s’y soumettre. Cetteloi ayant été donnée par un Autre, elle n’est pas la sienne et il est donc comme tous ceux de son peuple : s’il veut avoir le bonheur, il doit s’y soumettre, il doit obéir.

L’interdit de la genèse, me semble être l’interdit fondamental qui permet la vie sociale et qui oblige à tenir compte de la présence et de la volonté d’un Autre, et de reconnaître que cet Autre ne fonctionne pas dans l’arbitraire. Car la seule loi donnée dans la Genèse est celle qui vient bloquer la convoitise, or la convoitise c’est bien la marque de fabrique de l’humain : vouloir ce qu’à l’autre ; jusqu’à l’en faire mourir.

Mais...

Mais jee pense que chaque fois qu’un être humain décide de « faire » sa loi, alors ça dérape. Faire sa loi ce n'est peut-être être au-dessus des lois (encore que bien souvent il s’agisse de faire sa propre justice), mais de pervertir quelque chose: faire de l’autre un objet, alors que le but de la loi est de faire de l’autre un sujet à part entière.

Quand la loi est transgressée, cela a des effets dans le futur et sur les descendants. Ce n’est plus comme avant. D’une certaine manière c’est cela qui est raconté dans la genèse: il y a eu transgression et perversion de l’interdit, les effets atteignent les auteurs, mais aussi leurs descendants et leur environnement.

Mais quand la loi n’est pas donnée il y a comme le dit Lacan forclusion. Ce n’est plus de la perversion, c’est un véritable barrage, comme sur un cours d’eau et les risques d’inondation (perte de limite si l’on peut dire) sont considérables.

Ce qui permet l’interdit d’être efficace, c’est la parole dite et donnée qui permet à celui qui la reçoit de devenir sujet de cet ordre là et de rentrer dans une culture. Cela nécessite une soumission.

Dans le nouveau testament, quand Jésus la veille de sa passion dit aux disciples « ceci est mon corps, puis ceci est mon sang », il signifie qu’il se donne à eux totalement, qu’il ne retient rien pour lui et que d’une certaine manière l’interdit de la non absorption du sang est levée, puisque normalement il y a dans la genèse (‘alliance noachique) une équivalence entre sang et âme qui appartient à Dieu.

Ce don total pour moi, aujourd’hui, est une sorte de fusion, actualisée par Paul : « Ce n’est plus moi qui vit, c’est le christ qui vit en moi ».

Le symbolisme de l’alimentation est primordial, car c’est bien cette relation à la mère qui donne le sein, que se crée une relation unique qui perdurera qu’on le veuille ou non toute la vie.

Se donner totalement, personne ne peut le faire ici bas. Il y a incarnation de la parole : « il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux que l’on aime ».

Mais si on reprend l’idée de la nécessité d’une parole qui vise à la transmission, il me semble que la phrase de Jésus : « faites ceci en mémoire de moi « est fondamentale, pour moi presque plus que ceci est mon corps, ceci est mon sang. Elle donne sens.

Faire mémoire, c’est faire d’une certaine manière faire advenir du vivant. C’est montrer que Jésus n’a pas disparu, que la mort ne l’a pas vaincu, qu’Il est vivant pour l’éternité, non seulement vivant, mais actif.

Il y a comme une extension dans le temps des paroles prononcées ce soir là, au milieu de ses disciples. L’Amour de Jésus qui se donne totalement, et qui ouvre le chemin vers son Père (je préfère cette phrase à la notion de réconciliation, quitte à choquer, car la représentation d’un dieu, qui ne peut être apaisé que par un sacrifice « physique », renvoie à une image d’un Dieu de destruction, même si la résurrection montre qu’Il sort de cette violence pour passer dans la vie). Et c’est cette phrase qui pour moi, aujourd’hui, permet d’une certaine manière d’approcher un peu ce mystère de la présence de Jésus.

Si j’accepte « d’agir » cette phrase, d’être dans la transmission et peut-être une certaine obéissance, alors je rentre dans un monde autre, un monde d’amour et je demeure en Christ, comme lui demeure en moi. Je deviens sujet d’un autre ordre. Il ne s’agit pas d’oublier le premier interdit qui en terme psy est un interdit du cannibalisme, de l’incorporation de l’autre pour prendre ses pouvoirs, pour le détruire par convoitise, car cet interdit est la base de toute vie sociale . Mais de reconnaître que celui qui se donne totalement donne la vie en plénitude et que la mort est déja vaincue.

Faire mémoire, c’est rentrer dans un mouvement de transmission. C’est faire du vivant et c’est bien cela la fonction de l’être humain, même s’il est appelé à disparaître.

jeudi, mars 12, 2009

Réconciliation.

Le passage de Matthieu 5, 23 et svts, est me semble-t-il souvent utilisé par nos frères évangéliques pour dire que s'il n'y a pas d'expression verbale de pardon entre l'offenseur et l'offensé, si l'offenseur refuse de demander le pardon, il n'est pas nécessaire de lui accorder un pardon inconditionnel.

Ceci peut aussi vouloir dire que l'offensé peut parfaitement refuser de pardonner (ce qui se conçoit parfaitement dans certains cas et dans une logique humaine). Mais c'est un peu antinomique avec la demande que nous faisons à Dieu quand nous lui disons:" Pardonnes nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux nous ont offensés."

Seulement ce texte est à la suite des béatitudes et dans ce qu'on appelle je crois les "conseils évangéliques" de perfection. MIl suit directement le commentaire de Jésus sur la mise à mort: "Vous avez entendu qu'il a été dit aux ancêtres : Tu ne tueras point ; et si quelqu'un tue, il en répondra au tribunal" et moi je vous dis:......

Car Jésus commence bien par dire celui qui "maudit" son frère est passible d'une peine éternelle très lourde: la géhenne éternelle.

En d'autres termes si tu meurs après avoir maudit ton frère, même si tu crois être en règle avec Dieu parce que tu te comportes comme un bon juif pratiquant (un bon chrétien pratiquant), ne crois pas que ce soit si facile. Le mal que tu as fait, ne peut pas être effacé parce que tu tournes vers ton Père (relation verticale), tu as une dette (relation horizontale avec ton ou tes frères) et cette dette il te faut la payer.

Voici le texte (B.J.)

Mat 5 22 Eh bien ! moi je vous dis : Quiconque se fâche contre son frère en répondra au tribunal ; mais s'il dit à son frère : «Crétin ! », il en répondra au Sanhédrin ; et s'il lui dit : «Renégat ! », il en répondra dans la géhenne de feu.
23. Quand donc tu présentes ton offrande à l'autel, si là tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi,
24. laisse là ton offrande, devant l'autel, et va d'abord te réconcilier avec ton frère ; puis reviens, et alors présente ton offrande.
25. Hâte-toi de t'accorder avec ton adversaire, tant que tu es encore avec lui sur le chemin, de peur que l'adversaire ne te livre au juge, et le juge au garde, et qu'on ne te jette en prison.
26. En vérité, je te le dis : tu ne sortiras pas de là, que tu n'aies rendu jusqu'au dernier sou.

On peut noter que les versets 22 et 25 se répondent: la justice divine et la justice humaine: tribunal sanhédrin géhenne(pour le divin), juge garde prison remboursement (pour l'humain).

Or je crois que très souvent l'offenseur a soit oublié purement et simplement ce qu'il a fait (il était jeune, c'était autrefois, depuis il a changé), soit tendance à minimiser l'impact de son acte (si ça a eu un tel impact c'est que l'autre n'était pas bien costaud et qu'il ne devrait pas en faire toute une histoire).

Il y a comme un aveuglement devant le mal qu'il a fait subir (et que souvent il a lui-même subi).Et l'idée qu'il puisse y avoir une sanction lui est étrangère: je ne savais, je ne me rendais pas compte, je n'ai pas fait exprès, ce n'est pas de ma faute. Or un acte reste un acte, quelle que soit l'intention sous-jacente.

Il me semble que ce que disent les frères évangéliques c'est quelque chose comme: si tu as été l'offensé et que tu ailles voir ton offenseur et que celui ci refuse de te demander pardon, tu n'as pas à lui pardonner si tu estimes que tu as été trop détruit par le mal qu'il t'a fait subir.Tu as fait ce que tu estimais juste, lui signifier sa faute. Maintenant cela se réglera entre lui et Dieu, car il y aune justice de Dieu, ce n'est plus ton problème, mais ton cri a été entendu par Dieu et Il en tiendra compte;

Dans le texte, c'est bien de l'offenseur dont il est question. Se reconnaître offenseur est loin d'être facile, car se voir comme un mauvais objet est toujours un sale coup pour son orgueil et on se trouve bien souvent des excuses pour se justifier et expliquer son geste.

Ce texte je l'entendrai aujourd'hui comme une prière pour que je sorte de mon aveuglement, mes fausses justifications et que je devienne capable de demander pardon à ceux que j'ai pu blesser, sans souvent le vouloir, parfois en le voulant, mais que je ne cache pas derrière "ma " pratique.

Dans le billet que j'ai écrit sur le lâcher-prise, j'ai parlé de l'amour de Dieu qui est en moi et qui permet de pardonner totalement même à des personnes décédées.

La question qui se pose quand même reste la suivante: si je me reconnais pécheur et agresseur seulement devant Dieu, est-ce suffisant pour être sauvé?

Si comme le dit Paul, dans l'épître aux Romains, c'est la foi en Jésus qui me sauve, est ce que pour autant la faute contre mon frère est effacée si je ne pose pas dans un acte envers lui.

dimanche, février 22, 2009

"Qu'est ce que l'homme que tu en prennes souci..." Ps 8,4

2SEIGNEUR (YHWH), notre Seigneur, que ton nom est magnifique sur toute la terre, toi qui te rends plus éclatant que le ciel !
3Par la bouche des enfants, des nourrissons, tu as fondé une force, à cause de tes adversaires, pour imposer silence à l'ennemi vindicatif.
4Quand je regarde ton ciel, œuvre de tes doigts, la lune et les étoiles que tu as mises en place,
5qu'est-ce que l'homme, pour que tu te souviennes de lui, qu'est-ce que l'être humain, pour que tu t'occupes de lui ?

6Tu l'as fait de peu inférieur à un dieu, tu l'as couronné de gloire et de magnificence.
7Tu lui as donné la domination sur les œuvres de tes mains, tu as tout mis sous ses pieds,
8moutons et chèvres, bœufs, tous ensemble, et même les bêtes sauvages,
9les oiseaux du ciel et les poissons de la mer, tout ce qui parcourt les sentiers des mers.
10SEIGNEUR (YHWH), notre Seigneur, que ton nom est magnifique sur toute la terre !


Je suis sur un télésiège que j'occupe toute seule. Je contemple le paysage. Et d'un coup je me rends compte que cette magnifique création qui est là devant moi, elle est l'oeuvre de quelqu'un: l'oeuvre de Dieu. Il devient évident pour moi que cet Etre qui a crée tout cela, en est d'une certaine manière le propriétaire. Tout cela c'est à Lui et que moi petit être humain, je ne suis presque rien.

Je me suis souvent extasiée devant des fleurs de montagnes qui poussent au creux de rocher ou sur de la pierraille ou devant la profusion de couleurs, mais là c'est un autre sentiment, très différent. Quelqu'un a voulu "ça" et peu importe la manière dont Il s'y est pris, Il a crée la terre, le ciel et les étoiles.

Je comprends mieux ces paraboles de l'Evangile, où Jésus met en scène un roi part et laisse son royaume à d'autres mains.



Je dois dire que sur mon petit télésiège, entre terre et ciel, la phrase "que ton règne vienne" a pris du sens, car je ressens bien Dieu comme le roi et seigneur de cette terre (et peut-être d'autres univers).

Moi qui n'ai jamais pu me prosterner en signe de respect devant qui que ce soit, là, d'un coup, j'ai compris, ce que peut-être le respect, la crainte et l'adoration. Il y a l'infiniment grand d'un côté: le créateur et l'infiniment petit de l'autre, moi être mortel.

C'est un sentiment très bienfaisant, qui me donne envie de chanter, qui me fait littéralement jubiler.

Ce Dieu là, ce Dieu qui a tout crée (je ne veux pas rentrer ici dans des controverses sur la création en tant que telle) ce Dieu qui pourrait être intouchable, inabordable, est capable d'entrer en relation avec l'homme.Il se met au niveau de l'humain, lui donne son souffle, l'associe à son oeuvre de création à condition qu'il respecte la règle de l'Altérité. Je veux dire par là que le seul moyen de ne pas basculer dans le péché de convoitise (jalousie et envie) est de tenir compte de la parole d'un Autre, de faire référence à un Tu.

Ce Dieu là, a aussi été capable , voyant justement que cette altérité n'était pas possible de prendre chair dans un humain, mortel pour permettre de mettre à mort la convoitise et ouvrir à nouveau, pour tous les hommes le chemin de la relation avec Dieu.

"qu'est-ce que l'homme, pour que tu te souviennes de lui, qu'est-ce que l'être humain, pour que tu t'occupes de lui ?"

Je ne peux être que dans le merci et l'adoration de ce Dieu qui petit à petit se révèle à moi.

mardi, février 10, 2009

Petites réflexions.

Les textes de la messe d'hier, 9 février, à savoir le début du livre de la Genèse et l'arrivée de Jésus à Génésaterh,ont eu une certaine résonance en moi.

Le premier, m'a fait réagir sur le leitmotive: il y eut un soir, il y eut un matin, premier jour. Comme si il y avait là une durée énorme, que les mots de ne rendent pas, qui renvoient à autre chose qu'au temps qui pour nous sépare le soir du matin. Que fait Dieu pendant cette durée? Où est-Il? On peut imaginer qu'il crée (et surtout sépare) à partir du matin, dans un temps qui est le sien mais qui n'est pas le nôtre, mais ensuite quand le soir tombe, où va t il? C'est pour moi comme si ce refrain, cette scansion, renvoyait à un Dieu qui se retire, comme la marée, qui laisse les choses se mettre en place, s'ajuster, et qui se manifeste ensuite dans une autre séparation, dans une autre création. Et j'aurais aimé que cette scansion introduise comme un silence dans la lecture.

Le second, m'a fait réfléchir sur le différence entre Jean le baptiste et Jésus. Le premier dit aux foules: convertissez vous et faites pénitence (ce qui est un langage de l'ancien testament). Jésus dit: convertissez vous, car le royaume est tout proche, ou encore, le royaume est parmi vous.

Si le royaume est là, c'est que Dieu se fait présent, simplement (enfin ce n'est pas si simple) il faudrait que les yeux s'ouvrent pour le reconnaître. Alors les guérisons dont il est fait mention dans cet épisode,montrent qu'elles sont là pour ouvrir les yeux. La guérison physique est comme un signe avant coureur de la guérison spirituelle, du salut. Et je pense que c'est pour cela que le dernier verset dit: "tous ceux qui le touchaient étaient sauvés" . Les guérisons sont là pour montrer que oui, le royaume de Dieu est là, et le Salut est donné par Jésus, ce salut qui permet d'être vivant dès aujourd'hui.

samedi, février 07, 2009

Puissance d'égarement .2Th 2,11

2Th11 C'est pourquoi Dieu leur envoie une puissance d'égarement qui les fait croire au mensonge,
12 afin que soient jugés tous ceux qui n'ont pas cru à la vérité mais ont pris plaisir à l'injustice.

C'était dans l'office des lectures du 7 février, que cette phrase adressée par Paul aux chrétiens de Thessalonique m'a fait sursauter.

Que Paul (comme le sera bien des années plus tard l'auteur des épîtres johanniques) soit inquiet pour sa communauté, cela peut se comprendre. Qu'il ait peur que son église se laisse séduire par des chrétiens d'origine juive qui veulent imposer la circoncision, certes, mais cette phrase est quand même très imprécatoire et pour moi très évocatrice du premier testament.

Quand le prophète Elisée envoie un esprit de berlue sur les soldats qui viennent s'emparer de lui, une partie de moi trouve cela un peu drôle.
Quand lors de certaines batailles, les ennemis de battent contre eux même, toujours à cause de ce même esprit d'égarement et de confusion, cela montre la puissance du Dieu qui a choisi ce peuple pour être son peuple.

Mais il y a aussi ce mauvais esprit qui s'empare de Saül, et qui pour moi est un esprit de suspicion puisqu'il sait qu'il n'est plus le roi, qu'un autre prendra sa place, mais qu'il n'est pas question pour lui de céder ses prérogatives. Tous peuvent devenir des rivaux et doivent être mis à mort. Cet esprit là, je le trouve très humain. N'est ce pas le moteur d'un bon nombre de pièces de Shakespeare, qui présente des guerres de succession.

Il y a surtout cet esprit qui vient "endurcir" ce coeur de pharaon. Pharaon était considéré comme un Dieu. Que YHWH endurcisse le coeur de pharaon pour le forcer à accepter de laisser partir le peuple, est un moyen de montrer que le Dieu des hébreux est plus fort que le Dieu qui domine sur l'Egypte.

Mais Paul lui, que veut-il signifier?

Est ce le Dieu que Jésus est venu révéler est un Dieu qui prendrait plaisir à voir les fils chèrement acquis par la mort de son fils, être privés du salut?

Et bien je n'aime pas Paul quand il prend des allures de dieu vengeur.


Pour moi, je retrouve l'image d'un Dieu vindicatif, qui se complairait à empêcher l'être humain d'ouvrir les yeux. Et cela ne me plaît guère. Je sais bien que Jésus dit la même chose quand il explique à ses disciples le sens caché des paraboles et cela m'a toujours dérangée.

Si Paul avait dit que Dieu ne force pas les êtres humains à accueillir "l'amour de la vérité", cela sera compréhensible, encore que pour Paul, le moins que l'on puisse dire c'est que le Christ a quand même utilisé une manière forte. Mais dire que Dieu respecte la liberté de l'homme, oui cela est positif. Mais dire que Dieu envoie un esprit d'égarement, cela revient certes à dire qu'Il est le tout puissant, mais pourquoi ne pas donner un petit coup de pouce à cette espèce humaine qui a bien du mal à discerner ce qui est bon pour elle.

mercredi, février 04, 2009

Marie-Madeleine, Jacob: "Nolli me tangere"


C'est la phrase que Jésus dit à Marie-Madeleine le matin de Pâques,et que je cite dans son contexte: Jn20,16 Jésus lui dit : « Marie. » Elle se retourna et lui dit en hébreu : « Rabbouni » — ce qui signifie maître. 17 Jésus lui dit : « Ne me retiens pas ! car je ne suis pas encore monté vers mon Père. Pour toi, va trouver mes frères et dis-leur que je monte vers mon Père qui est votre Père, vers mon Dieu qui est votre Dieu. » 18 Marie de Magdala vint donc annoncer aux disciples : « J'ai vu le Seigneur, et voilà ce qu'il m'a dit.

Pour cette disciple qui a "touché" et oint son Seigneur, se faire en quelque sorte "rembarrer" n'a pas du être si simple, d'autant que nous les humains, nous avons souvent besoin de "toucher" pour croire. Mais elle, c'est le son de la voix qui a permis la reconnaissance. Mais l'obéissance à cette injonction fait d'elle la Hérault de la bonne nouvelle: la mort a été vaincue, Il est Vivant, Il est le Vivant.

Il n'en demeure pas moins que cette phrase est énigmatique: "je ne suis pas encore remonté vers mon père", comme si Jésus avait une tâche à accomplir. Jésus a dit: "Je suis le chemin, la vérité et la vie", et " je veux que là où je suis, eux aussi soient avec moi"Jn 17, 24. Est ce chemin là qui doit s'ouvrir et qui ne peut s'ouvrir qu'au matin de la Résurrection, chemin fermé jusque là à l'humanité et qui s'ouvre enfin? C'est une hypothèse.

Mais je ne peux m'empêcher de rapprocher cette phrase de celle qui est prononcé par celui que l'on appelle "l'Ange de Dieu", lors du combat avec Jacob.



Car au petit matin, à l'aube, (un peu comme dans l'épisode de l'Evangile, avant que le soleil ne soit levé - et peut-être que symboliquement cela a son importance, puisque Jésus est aussi le nouveau Soleil), l'ange dit: "Lâche moi, car l'aurore est levée"Mais Jacob répondit: je ne lâcherai pas que tu ne m'aies béni.

Jacob reçoit alors un nouveau nom, mais si l'Ange refuse de dire le sien, il bénit Jacob-Israël et disparaît.

Elie Wiesel dans un petit livre: "célébrations bibliques", parle de cet événement. Un midrash raconte que l'Ange doir repartir, car à l'aube, on chante au ciel la gloire de l'éternel. Et ne pas être là peut provoquer un renvoi. Jacob rétorque que cet ange parle trop, qu'il doit le bénir comme les anges qui ont été envoyés à Abraham. Mais ces anges là étaient venus pour cela, ce qui n'est pas ce qui se passe dans ce combat. Mais Jacob obtient un nom nouveau Israël, mais aussi une marque dans son corps: la boiterie. Le combat avec Dieu laisse des traces.

Il y a une phrase que je n'arrive plus à retrouver, mais qui dit que : quand l'homme combat avec Dieu, (l'initiative semblant venir de Dieu, comme dans le combat de Jacob), l'homme a le droit de "retenir" Dieu, de ne pas le laisser partir, de poser la main sur Lui, jusqu'à ce qu'il ait obtenu une promesse (ou autre nom). Et cela c'est la force de l"humain, mais cela montre aussi ce que Dieu est capable d'accepter.

Des combats nous avons tous à en mener. Peut-être est il important de savoir que si difficiles soient ils, ils feront de nous des hommes nouveaux à l'image de celui qui a vaincu la mort.

lundi, février 02, 2009

"tourmenté par un esprit mauvais"Mc 1, 23

On est au tout début de l'évangile de Marc. Et ce qui me frappe c'est que cette phrase me fait penser au roi David.

Dans le premier livre de Samuel on trouve:1 Sam 16, 14. "L'esprit de Yahvé s'était retiré de Saül et un mauvais esprit, venant de Yahvé, lui causait des terreurs", et un peu plus loin: 1 Sam 16, 23. "Ainsi, chaque fois que l'esprit de Dieu assaillait Saül, David prenait la cithare et il en jouait; alors Saül se calmait, il allait mieux et le mauvais esprit s'écartait de lui".

Que le premier "miracle "de Jésus soit de chasser un esprit mauvais qui tourmente un homme, ne me semble pas dû au hasard.

Dans notre tradition française, le roi avait le pouvoir de guérir de certaines maladies. On peut alors penser que ce miracle dit quelque chose sur Jésus.

Il est le Messie attendu, le nouveau roi; qui va délivrer l'ensemble du peuple de ses esprits mauvais mais qui ne délivrera pas Jérusalem de la main mise romaine.

vendredi, janvier 30, 2009

"Tu fais pleurer l'bon Dieu la la"



Le titre de ce billet vient du refrain d'une chanson: "pleure donc, pleure donc pas comme ça tu fais pleurer le bon Dieu". Pourquoi ce titre? Une réponse possible est que souvent, nous entendons affirmer que notre péché attristerait Dieu au point de le faire pleurer.

Cet anthropomorphisme me dérange. J'ai, je crois déjà écrit, que le jour du vendredi saint, au moment où Jésus "remet son esprit" mais le répand aussi, il y a eu non une tristesse et des larmes dans l 'Au-delà, mais une grande Joie, parce que Jésus en acceptant de mourir comme cela, ouvrait la voie à toute l'humanité qui pouvait désormais comprendre ce que c'est que d'aimer.

Après tout, Jésus en tant qu'être humain aurait pu faillir, et il ne l'a pas fait. Il aurait pu prendre la fuite et laisser ses disciples trinquer à sa place, il ne l'a pas fait. Il s'est laissé conduire comme une brebis à l'abattoir et pour le peuple qui vivait à ce moment là, le symbolisme de l'agneau était facile à comprendre. J'ai trouvé dans l'épître aux hébreux une phrase que j'aime: "Or, quand le pardon est accordé, on n'offre plus le sacrifice pour les péchés". He 4, 36. La mort de Jésus procure de manière définitive la reprise de la relation entre Dieu et l'humanité crée par Lui.

Mais la notion de pardon renvoie à la notion de péché, et le péché semble provoquer chez le Dieu créateur, une colère violente (et pas des larmes). Sa tendance est de détruire cette espèce "rebelle" à la nuque raide.

Si le mot de réconciliation apparaît si souvent dans la Bible, c'est que le péché provoque la colère de Dieu et déclenche une punition qui ne lève la faute que si elle est reconnue comme la cause du désastre. L'ampleur du désastre vécu soit individuellement soit collectivement, prend le sens de la manifestation du "dégoût" de Dieu. Elle met alors en route la conversion: changer de cap, pour choisir la vie.

Mais faire pleurer Dieu qu'est ce que cela veut dire? Le Dieu qui dit: Is 45, 7 "Je façonne la lumière et je crée les ténèbres, je fais la paix et je crée le malheur; c'est moi, le SEIGNEUR (YHWH), qui fais tout cela", j'ai du mal à me le représenter comme une maman attristée par le comportement de son ou de ses enfants. La souffrance "morale", celle qui fait monter des larmes, est une atteinte, une blessure, une modification dans un sens négatif, et cela pour moi, ne va pas avec la représentation du signifiant Dieu.

Je veux dire que que si j'ai le pouvoir de faire "pleurer" le Tout Puissant, le Créateur des Univers (comme on le chante) alors je me demande un peu qui est Celui là.

A la limite, il y a une sorte de chantage: si tu es gentil (obéissant) Dieu est content, comme tes parents le sont, mais si tu es méchant et si tu n'obéis pas, alors tu vas les rendre très malheureux et tu risques gros. Et si tu fais pleurer ta mère, à cause de ton inconduite, alors tu manques au commandement qui te dis "d'honorer ton père et ta mère" et tu vas te retrouver en enfer.

Pour Jésus qui a pleuré sur cette terre, les choses pourraient être différentes, sauf que si Jésus a connu la tristesse, la fatigue, la mort, aujourd'hui Il est aujourd'hui dans la gloire du Père et même si nous nous le représentons comme un homme de 33 ans, dans la force de l'âge, même si la la veille de sa mort il a versé des larmes de sang, ce Jésus là est le ressuscité, le Vivant.

Et pourtant, je peux comprendre avec mon vécu d'humain, ce qu'un Dieu d'Amour peut ressentir, mais sans que cela ne le mine. Lorsque l'on est parent et que l'on pense avoir fait tout ce qui est possible pour que son enfant ait le maximum de chances de réussir sa vie et qu'il ne le fait pas, alors il se passe quelque chose chez ce parent qui pour moi pourrait être proche de ce Dieu peut éprouver quand nous n'utilisons pas toutes nos potentialités.

Dans notre culture, quand un parent vit cette sorte d'échec, il peut connaître une grande tristesse, mais s'il est un parent, jamais il ne reniera son fils ou sa fille, et toujours il respectera sa liberté et toujours il attendra qu'il ou elle change. Peut-être même se remettra t il en question? D'une certaine manière je suis en train de décrire le comportement du père du fils prodige de l'évangile de Luc.

Cet homme là ne s'oppose au désir de son fils; il accepte de la laisser partir. Il l'aperçoit de loin quand le fils rentre, et en fait avant même qu'il ait prononcé une phrase apprise (je ne suis plus digne d'être appelé ton fils) il est ému, le prend dans ses bras et le réintègre dans la maison.


Je pense que lorsque Dieu regarde les créatures qu'il a finalement dotées de beaucoup de capacités, il a de bonnes raisons de trouver qu'il s'est planté. Mais comment un Dieu qui se dit amoureux de sa création, comment un Dieu qui envoyé son propre Fils pour nous indiquer le chemin pour aller vers Lui, pourrait-il réellement désirer la mort de l'espèce humaine? Cela ne colle pas, en tous les cas avec la représentation que j'ai aujourd'hui de Dieu.

Ce que je veux dire c'est que je peux m'émouvoir d'avoir comme Dieu un Père qui donne sans se lasser, qui laisse libre de avec ces dons ou de ne pas faire, et qui attend que le chemin s'ouvre.

Je peux quand je regarde ma vie, faire une sorte de bilan de ce que j'ai reçu, et convenir que ce j'ai donné n'est peut-être pas à la hauteur des dons que j'ai reçu et à ce moment là me tourner vers mon Dieu Père, et reconnaître ce négatif. Mais imaginer qu'Il puisse pleurer, NON.

Je dirai même que si je reconnais à la fois Sa richesse et ma pauvreté, Ses bras me sont ouverts. Et peut-être que moi, je peux verser des larmes de bonheur, car cela existe aussi.

Je peux remercier pour ce que j'ai reçu je peux reconnaître que je n'ai pas fait, et je peux m'extasier plus que m'excuser sur la fidélité de ce Dieu qui ne se détourne pas, qui reste présent.

mardi, janvier 13, 2009

Moïse Jésus.

Mon mari me faisait remarquer que quand les pharisiens demandent à Jésus de "faire un signe", alors que nous savons qu'il y a eu la multiplication des pains et des résurrections, ils demandaient un signe comme ceux que Moïse avait produit.

Ces signes là qui sont soit des catastrophes (les plaies d'Egypte) soit des affrontements avec la royauté (Elie) sont reconnus par tous. Dieu est avec ces hommes là.

Or Jésus ne fonctionne pas comme cela.

Si on prend l' évangile de Jean, il est quand même intéressant de noter que lors de la première plaie d 'Egypte, Moïse change l'eau du Nil en sang alors que Jésus transforme l'eau de Cana en vin. L'un génère la peur et le terreur, l'autre la joie et la confiance.

Quant à la dernière plaie, elle se concrétise par la mort de tous les premiers nés du pays d'Egypte,. Et Jésus le premier né ,donne la vie à l'humanité. .

samedi, décembre 27, 2008

Moi Paul de Tarse.


Il s'agit d'une intervention que j'ai faite dans le cadre de l'année Saint Paul, pour ma paroisse.

Comme il s'agit d'un texte assez long, il m'a paru plus simple de le proposer en téléchargement: http://www.plestang.com/docs/moi-paul-de-tarse.doc

Il est tout à fait possible de sauter l'introduction pour aller directement au "corps du texte" après le plan. .

mercredi, décembre 17, 2008

Du lâcher prise au pardon.


Du lâcher prise au pardon.

On dit très souvent dans les milieux chrétiens que même si on a été victime d’abus qui ont provoqué des blessures très graves, il faudrait (je mets exprès au conditionnel ) pardonner à la personne qui a le rôle d’agresseur ou de persécuteur.

Que cela s’appuie sur une réalité psychologique : pardonner permet un allègement de la culpabilité (on devient le tout bon après avoir été le tout mauvais), je n’irai pas à l’encontre d’une telle affirmation, mais comment oublier ce qui vous a été fait, comment oublier la souffrance, la douleur ? La mémoire peut-elle se nettoyer comme celle d’un disque dur ?

Que pour les chrétiens cela s’appuie sur un certain nombre de phrases évangéliques et en particulier sur la dernière phrase de la prière enseignée par Jésus : "pardonne nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés", c’est évident. Seulement sur la croix Jésus n’a pas dit qu’il pardonnait à ses bourreaux, mais Père pardonne leur, parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils font. Ce qui revient à dire que le pardon appartient à Dieu et que Lui seul peut pardonner. C’est d’ailleurs ce qui est rétorqué à Jésus quand il remet les péchés du paralytique (Mc2, 5). Mais remettre est-ce pardonner ? Remettre une dette ce peut être annuler la dette ou différer le remboursement.

En d’autres termes le pardon n’est pas une chose que l’on peut faire tout seul, et un être humain doté d’une mémoire n’est pas fait pour oublier facilement les sévices qu’on lui a fait subir.

Et pourtant le pardon est possible, mais c’est ce qui clôt un chemin et non ce qui l’ouvre. Je veux dire qu’il y a d’abord un long travail de deuil, qui permet de déboucher sur le « lâcher prise » puis sur la compassion et enfin sur le pardon .

Le deuil.

Il est nécessaire dans un premier temps (qui peut être très long) d’accepter de regarder la personne qui vous a fait du mal comme quelqu’un dont il faut se séparer car elle est toxique . Or ceci est très difficile. Il s’agit de faire le deuil de quelqu’un de vivant, de quelqu’un qui bien souvent a été quelqu’un de très important pour vous. Il faut en faire son deuil.

Les travaux d’Elisabeth Kübler-Ross qui portent sur le deuil montrent qu’il y a un certain nombre de phases qui sont indispensables. Or pour quelqu’un qui a été confronté par exemple à un abus psychologique, il lui faut sortir de du déni (car il n’est pas permis de dire que cette personne a été mauvaise), arriver ensuite à exprimer sa colère, or exprimer de la colère est très dangereux, car toute colère qui renvoie à une critique, est elle aussi interdite et de ce fait elle est bien souvent transformée en tristesse qui est une sorte de sentiment racket, car la tristesse, elle est socialement admise. Ensuite vient une phase de dépression, car il faut bien reconnaître la perte puis enfin l’acceptation.

Ce processus est déjà un processus qui prend du temps et qui demande un accompagnement.

De mon point de vue, ce travail va permettre d’accéder au lâcher prise qui n’est pas le pardon, loin de là.
Il s’est noué avec la personne abusive des liens extrêmement forts; même s’il n’y a plus de contacts avec cette personne, elle est tellement présente encore dans le psychisme qu’elle demeure vivante, parfois elle se manifeste sous la forme d’une petite voix critique, pleine de reproches. Cette voix il est nécessaire de décider de ne plus vouloir l’entendre.

Le Lâcher Prise.

Jacques Salomé décrit la relation comme une écharpe dont chaque personne tient un bout. L’image de l’écharpe est quelque chose d’assez léger. Mais quand il y a eu une relation toxique avec quelqu’un de son entourage, ce n’est pas une écharpe, mais un véritable câble, et il faut couper les filins qui le composent.

Quand on reconnaît que le fait de couper ces liens est une très bonne chose pour soi, qu’elle est tout bénéfice, car on ne sera plus bloqué par un poids qu’on n’a pas demandé à porter, alors le lâcher prise devient possible. Il faut quelque part arrêter d’espérer que l’on pourra changer la personne qui vous a fait du mal et que consacrer une partie de son énergie à cela, ne sert à rien, si ce n’est à aller de désillusion en désillusion, ce qui empêche justement de se détacher.

C’est une démarche qui peut sembler égoïste, mais qui est vitale. Il faut peut-être pour qu’elle soit possible avoir récupéré une image de soi de bonne qualité, d’où l’importance de l’accompagnement.

Pour ma part quand je me trouve en train de remâcher quelque chose avec quelqu’un qui m’a fait du mal, je m’oblige à me voir avec une paire de pinces coupantes pour sectionner le lien. Et je refais cela autant de fois qu’il est nécessaire, jusqu’à que je ressente en moi une sensation de légèreté, de libération, car il s’agit bien de libération. On est très doué pour se mettre sur les épaules des choses qui n’ont pas y êtLre. Et comme on n’arrive à rien, on se sent coupable ce qui renforce le lien comme dans un cercle sans fin.

Je sais que certains thérapeutes utilisent des symboles pour manifester cette libération. Une image que j’aime beaucoup est celle du ballon rempli d’air ou d’hélium. Moi je tiens la ficelle qui va au ballon, et ce ballon d’une certaine manière, je le retiens prisonnier. Si je lâche la ficelle, je n’ai plus besoin d’utiliser ma force pour quelque chose qui ne sert à rien, donc tout bénéfice pour moi, mais surtout je laisse l’autre d’aller sur le chemin qui est le sien et je crois que cela est important quand on en veut à quelqu’un qui est décédé. Peut-être a-t-il un chemin à vivre dans l’au-delà et qui suis-je pour l’alourdir, le bloquer avec ma rancune, ma rancœur, ma colère.

Je ne dis pas que cette démarche est facile, elle devient possible au bout d’un certain temps et je pense que pour les chrétiens l’aide de l’Esprit saint est une grande force.

La Compassion.

Quand cette étape est franchie, et comme je l’ai dit, elle donne une extraordinaire sensation de plénitude, de joie et de paix (quelque chose est enfin derrière et ne viendra plus jamais menacer), on peut regarder la personne qui vous a persécuté autrement et peut-être même avoir de la compassion pour elle. Si elle a fait cela c’est qu’elle même avait du subir des choses difficiles, seulement elle n’était pas obligée de les faire vivre aux autres. La compassion pour moi, c’est aussi souhaiter que la personne un jour se rende compte de ce qu’elle a subi et de ce qu’elle a commis et qu’elle puisse changer, mais cela n’est pas de mon ressort, car je ne la « porte » plus. Et il est aussi possible d’élargir cette compassion à toutes les personnes qui comme elles sont devenues mauvaises parce que la vie a été trop dure avec elles, et à toutes les personnes qui ont été victimes.
Mais ceci n’est pas le pardon. Cela permet de revivre, d’être heureux, de ne plus se sentir responsable ni coupable de ce qu’on n’a pas su faire pour réparer l’autre, mais pardonner c’est autre chose : ce serait faire comme si ce qui a été fait pouvait être comme gommé, annulé, et cela nous les humains nous ne sommes pas capables de le faire.

Le Pardon.

Il y a un terme que les chrétiens utilisent beaucoup pour parler de Dieu, c’est le mot de miséricorde (le cœur de Dieu serait touché par la misère de l’homme). C’est un mot avec lequel j’ai eu pour ma part beaucoup de mal, car d’une certaine manière il me rabaissait, je le ressentais avec une note de condescendance. Et puis il est arrivé que ce mot se transforme pour moi et il est devenu « torrent d’amour ».

Le torrent d’amour que Dieu peut déverser est tellement puissant qu’il peut d’un coup enlever toutes les scories, toutes les grisailles. Il ne reste plus rien sauf cet amour qui est là et qui reste et demeure dans son cœur. Cet amour là est capable d’effacer la faute.

Quand j’ai fait cette expérience, car pour moi il s’agit d’une expérience, j’ai vraiment compris que lors du sacrement de réconciliation c’était de cela dont il s’agissait, que Dieu lui pouvait effacer de sa mémoire (pardon pour l’anthropomorphisme), le souvenir de ce qui avait été « pas assez bien » ou même « mauvais »." Vos péchés seraient ils rouges comme l'écarlate" ils deviendront blancs comme neige" fait dire Isaïe au Seigneur et le Père du fils prodigue oublie tout quand il aperçoit son fils amaigri mais vivant.

Et parce que moi j’avais vécu cette expérience là, je pouvais pardonner ou plus exactement laisser le torrent d’amour qui était en moi aller vers l’autre, pour qu’il soit lui aussi comblé. En d’autres termes je peux désirer donner à celui qui m’a fait du mal le meilleur que je connaisse, pour qu’il arrive à la vie.

Et ceci est extrêmement différent du lâcher prise qui ,je le croyais jusqu’il y a peu de temps, était tout ce dont j’étais capable.

Mais si pour moi qui n’ai pas vécu d’abus, il m’a fallu tout ce temps pour entrer dans cette joie, je maintiens que demander à des personnes abusées, blessées au plus profond d’elles-mêmes, je pourrais dire mutilées, de pardonner comme tout préalable à une reconstruction psychique est un non sens, sauf bien sûr, si l’Esprit Saint se manifeste, ce qui est toujours possible.

lundi, novembre 24, 2008

"Si le christ n'est pas ressuscité" 1Cor 15, 15



"Et si Christ n'est pas ressuscité, notre prédication est vide, et vide aussi votre foi".

Nous connaissons tous ce texte de Paul qui va jusqu'à dire que si la résurrection n'a pas eu lieu,nous sommes les plus malheureux des hommes.

Il semble bien évident que si Christ n'est pas ressuscité, il n'y a pas de don de l'Esprit, et nous restons dans les ténèbres.

Mais ayant ces derniers temps essayé de réfléchir sur la notion de réconciliation (Paul ne parle-t-il pas pour lui-même d'un ministère de réconciliation) je me suis demandée si d'une certaine manière la résurrection ne peut pas être entendue comme le signe que désormais entre L'homme et son créateur, la paix est faite par le sang de la croix. Si la résurrection n'a pas eu lieu, alors Jésus a échoué dans son oeuvre de Salut, oeuvre qui pour moi est donner la Vie, faire des humains des vivants.

Je vais essayer de m'expliquer.

Si comme l'explique Paul dans le début de l'épître aux Romains, les hommes par leur inconduite et leur incapacité à reconnaître le Dieu Unique, ont provoqué la colère de celui-ci, il y a eu rupture de l'alliance proposée et risque de mort pour l'humain.

L'histoire d'Israël prouvant que chaque fois qu'il y a détournement (rupture de l'alliance proposée par Dieu), la colère de Dieu se manifeste sous forme de désastres qui semblent aller jusqu'à la disparition du peuple, qui perd sa ville et son temple.

Quand il y a rupture d'alliance, qui faut-il faire pour pour la rétablir?

Il y a une réponse donnée dans le dernier chant du serviteur (Isaîe 53:,4-5:En fait, ce sont nos souffrances qu'il a portées,ce sont nos douleurs qu'il a supportées,et nous, nous l'estimions touché,frappé par Dieu et humilié.
5 Mais lui, il était déshonoré à cause de nos révoltes,broyé à cause de nos perversités :la sanction, gage de paix pour nous, était sur lui,et dans ses plaies se trouvait notre guérison.

Je reviens à mon schéma de réconciliation.

Il ya donc rupture de l'alliance ou de la relation. La personne qui a rompu l'alliance ou la relation se rend compte qu'elle risque gros à avoir posé ce geste ou cet acte, ou cette parole et désire reprendre la relation (voir obtenir la protection, ce qui est montré dans la parabole de l'enfant prodigue). Pour cela il doit reconnaître explicitement sa faute (repentance?), demander le pardon. Celui ci ne pouvant être obtenu qu'après un acte qui vient en quelque sorte faire réparation. C'est cet acte qje Jésus suir la croix (agneau pascal) à posé comme signe de redemption (rachat).

La réparation ayant été acceptée, (sacrifice de la nouvelle alliance en son sang), la relation est ici non pas restaurée, mais transfigurée, et cela est manifesté dans la résurrection.

Je veux dire que le signe donné (qui renvoie quand même à ce que Jésus dit du signe de Jonas: redevenir vivant après trois jours passés dans le ventre de la baleine) montre que en Jésus, premier né de toute la création, la Vie est redonnée à l'humanité en sa plénitude, même s'il ne s'agit que d'un devenir ou d'un Ad Venir.

La résurrection est donc le signe que par la mort de Jésus sur la croix, le Père en acceptant ce signe de soumission et surtout d'amour inconditionnel pour l'humanité), redonne la vie qui semblait avoir été perdue dès que l'humain s'était détourné de la parole de son créateur.

Mais la Vie qui est ainsi donnée, est une vie autre, une vie qui n'a rien à voir avec le fait de ne pas connaître la mort, une vie qui nous permettra peut-être d'être amoureux de Dieu et amoureux de nos frères.

Alors oui si le Christ n'est pas ressuscité, oui notre foi est vaine est nous sommes les plus malheureux des hommes. Mais s'Il l'est, alors à nous la Vie dans sa plénitude.

samedi, novembre 15, 2008

Jacob, Moïse, Abraham : "Figures d'ombre"

Chaque fois que je lis en Gn32,24 le combat de Jacob contre cet inconnu qui vient l’assaillir à Yabbok, pendant la nuit qui le sépare de la rencontre avec son frère jumeau dont il a usurpé la place (droit d’aînesse et bénédiction), je me dis qu’il s’agit peut-être d’un combat contre l’Ange de Dieu, mais peut-être aussi du combat contre la figure d’ombre (celle qui cherche à détruire et qui a détruit) qui est en lui.

Ces figures d’ombre nous en portons tous et nous avons tendance à les fuir de peur qu’elles ne nous mettent à mal. Pourtant, tant qu’elles n’ont pas été affrontées elles restent toutes puissantes.

Jacob est né en tenant le talon de son frère, en s’y accrochant d’une certaine manière, comme s’il n’était pas dissocié de ce frère. Qui est-il ce bébé (qui sera le préféré de la mère) et qui s’arrangera pour prendre par la ruse (la force des faibles) les attributs de son frère ? Qui est-il cet homme qui prend la fuite et qui se fait berner par Laban et même par ses femmes? Jacob n’est pas un fort, il est un faible (comme nous tous).

Mais cette nuit là, il n’a pas le choix ; c’est lui ou l’autre, comme demain ce sera lui ou son frère qui sera la vainqueur. Alors là, il se bat. Il sort blessé de cette rencontre, mais il pourra affronter son frère, maintenant qu’il n’usurpe plus une identité qui n’est pas sienne (une des signification de ce prénom est usurpateur) et surtout il a reçu un nom nouveau à défaut d’une bénédiction. Or ce nom Israël qui est le nom générique des 12 tribus fait de lui un des pères fondateurs du peuple avec le quel Dieu a fait alliance. Quant au nom reçu Israël qui veut dire fort avec Dieu ou contre Dieu, je me demande si le contre ne doit être entendu dans le sens de tout proche, qui est tout contre, mais maintenant il est fort, la faiblesse est partie.
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Si pour Jacob, il est relativement facile de comprendre ainsi ce combat, il me semble que ces mêmes combats se retrouve avec Moïse et Abraham.

En Ex4,34 l’auteur rapporte un épisode très étrange où l’Ange de Yahvé décide d’attaquer Moïse pour le tuer. Pourtant Moïse vient enfin de se décider à partir pour affronter le pharaon, ce qui ne lui sourit guère, malgré ce que Yahvé lui a dit, montré, et promis. Sa femme circoncit leur fils et répand le sang sur les pieds de Moïse ce qui fait de lui un père de sang.. Maintenant il est bien possible que le mot « pied » soit un euphémisme. Mais du sang, Moïse en a sur les mains si j’ose parler ainsi. N’est-il pas un assassin qui a fuit son pays pour ne par payer le crime dont il s’est rendu coupable ?.

Peut-être que cette peur d’être mis à mort pour cela le taraude encore, car y a t-il comme cela est dit dans l’alliance noachique un prix du sang à payer pour que la dette : soit abolie . Gn9,6 : « qui verse le sang de l’homme, par l’homme aura son sang versé ». Tant que le sang n’est pas versé, la figure d’ombre demeure et n’accepte de partir que lorsque la faute est reconnue et le prix payé, même si le prix est payé par le fils.

Il est certain qu’après cet épisode, le Moïse que demandait à Dieu d’en trouver un autre que lui pour faire sortir le peuple de l’esclavage, va devenir capable se rencontrer pharaon, de lui tenir tête et de devenir un Père du peuple choisi.

Quant à Abraham, le combat qu’il livre est celui qui se passe lors du « non sacrifice » d’Isaac. Or si on se rappelle l’histoire de ce patriarche, il a condamné son fils Ismaël à une mort certaine en l’envoyant avec sa mère dans le désert, avec une cruche d’eau et une miche de pain.. Nous, nous savons que l’Ange du Seigneur n’a pas permis la mort de ce fils, mais Abraham lui ne le sait pas. Alors on peut penser qu’il y a un prix du sang à payer. D’autant que pour conserver sa propre vie, Abraham est prêt à bien des compromissions, comme de se faire passer par deux fois pour le frère de sa femme. Comment Dieu va t il lui permettre de changer, de se déprendre de cette figure d’ombre ?

Car demander l’immolation de son fils, c’est le propre des Dieux cananéens comme ceux du roi de Moab. Et il n’est pas certain que Abraham qui vient quand même de Ur où on adorait des dieux mésopotamiens ait été capable de choisir YHWH comme l’unique. Alors il lui est demande de sacrifier son unique fils, pour que YhWH devienne son unique et que la peur ne soit plus en lui.

Dans ce texte le passage du nom Elohim à YHWH, montre bien que ce dont Abraham doit se déprendre c’est d’une certaine idolâtrie:

Gn9-10 : « Ils viennent au lieu que lui a dit l’Elohim, Abraham bâtit l’autel et prépare les bois. Il ligote son fils Isaac et le met sur l’autel au-dessus des bois. 10 Abraham lance la main et saisit le coutelas pour égorger son fils. 11 Le messager de YHWH crie vers lui des ciels et dit : Abraham, Abraham : Il dit me voici ».

Les dieux cananéens demandaient des sacrifices humains et pour Abraham, son Dieu à lui rentrait dans la même catégorie. Pour en faire son allié, il semble ne pas hésiter à obéir de peur de l’offenser et de disparaître lui. Or là, il s’agit aussi de détruire en lui une fausse image de Dieu, Dieu ne demande pas des êtres humains en sacrifice, mais une relation de confiance. Ce qui caractérise peut-être Abraham c’est même si c’est parfois tout à son honneur une certaine passivité. Je veux dire qu’il ne se révolte pas quand Sarah lui demande de mettre Agar et Ismaël dehors, il invente des moyens pour ne pas être mis à mort par Pharaon ou Abimelek en faisant passer sa femme pour sa sœur. En permettant à Abraham de ne pas immoler son fils, YHWH lui permet de devenir un homme libéré.

Quand Abraham retourne chez lui, il n’est pas fait mention d’Isaac. Peut-être que par ce combat une défusion des liens père fils a-t-elle pu se faire, le fils n’est pas l’objet du père.

De tels combats qui sont de durs combats car il s’agit de sortir de la peur et de l’esclavage que cette image d’ombre a sur nous, nous sont certainement proposés, mais sommes nous capables de les affronter ?

mercredi, novembre 12, 2008

"Qui mange ma chair et boit mon sang.." Jn 6, 56

"Qui mange ma chair et boit mon sang, demeure en moi et moi en lu"i. Jn6, 56

Je pense n’avoir pas fini de buter sur ce verset qui depuis fort longtemps me pose question. J’ai souvent pensé que si j’avais écouté ce discours sur le pain de vie, j’aurais fait comme la plus part des juifs présents, je serais partie (peut-être même en me bouchant les oreilles).

Il me semble avoir pourtant ces jours derniers, trouvé quelques éléments qui permettent de comprendre un peu mieux.

Il y a le paradoxe de la phrase. Quand nous ingérons de la nourriture, nous ne nous transformons pas en elle, elle se transforme en nous, elle nous donne l’énergie dont nous avons besoin pour vivre. Que communier au corps et au sang nous donne une énergie autre, oui, mais comment peut-on devenir l’Autre ?

Si le corps et le sang de Jésus nous permettent de nous transformer (ou de nous laisser transformer) en Lui, c’est qu’un processus autre est l’œuvre, comme celui qui permet de renaître d’en haut. Ces inversions du « naturel » sont fréquentes dans l’Evangile de Jean et difficiles à comprendre, même à entendre .Or quand Jésus propose ces inversions, c’est qu’Il se présente comme le Tout Autre, comme le Fils de Dieu. On passe de l’ordre charnel à l’ordre spirituel et les règles de dernier peuvent être bien différentes de celles qui régissent notre univers.

Peut-être est-il possible de dire que lorsque Jean l’évangéliste fait prononcer à Jésus de telles phrases, c’est qu’il veut nous faire comprendre que Jésus se situe dans sa filiation et avec une autre logique. Dans cette hypothèse, ltout le discours sur le pain de vie devient plus facile à entendre.

Par ailleurs si comme le fait remarquer Marie Balmary dans son livre « Abraham ou le sacrifice interdit » chaque fois que dans la Bible (en particulier dans la Genèse) qu’il y a séparation des éléments, c’est qu’il y a création, il est possible de penser que lorsque Jésus le soir de la Cène donne le pain comme son corps et le vin comme son sang, il y a création. D’une certaine manière le nouveau corps de Jésus (celui d’après la résurrection) est déjà présent et de ce fait notre recréation à nous.
Cette séparation en corps enveloppe (qui est en fait ce qui reste de l’homme après son décès, quand le souffle est parti) et sang (identité de la personne, essence, vie) donne lieu à une création. La mort annoncée, réalisée devient vie.

De même que nous participons à cette mort, car en mangeant et en buvant nous participons à la destruction, nous sommes vivifiés et transformés par la Vie qui nous est alors donnée.

Actuellement je pourrais dire que manger ce qui fait figure de chair à savoir le pain et boire ce qui fait figure de sang à savoir le vin permet d’une part de voir en Jésus l’agneau pascal dont on a mangé la chair rôtie le jour de la Pâques et dont le sang badigeonné sur les portes a permis le peuple d’échapper à la mort des premiers nés. Il y a bien là une notion de rédemption de salut : la mort sauve.

Mais surtout et d'autre part la séparation de corps enveloppe et du sang ne conduit plus à la mort mais à la vie. Chaque fois que nous participons à ce repas, c’est la Vie qui se manifeste en nous et qui nous permet petit à petit de nous identifier (devenir comme) à Jésus. Et là c’est bien Lui qui demeure en moi.Il devient alors possible de dire avec Paul, « Ce n’est plus moi qui vit, c’est le Christ qui vit en moi ».

mercredi, novembre 05, 2008

Peut-on chasser un Esprit de haine?

Le prêtre qui commentait il y a quelques jours le passage de Luc (Lc12,31-34) où les pharisiens mettent Jésus en garde contre Hérode, a centré une partie de son homélie sur la mission que se donne Jésus : chasser les démons.

Il a insisté sur le fait qu’il n’était pas question de voir le diable partout, mais de ne pas oublier que le démon existe et travaille insidieusement en nous.

Il a rapporté l’exemple suivant. Une personne, lors d’un temps de réconciliation demande à le voir et lui explique qu’elle a éprouvé une haine très violente à son égard et ce pendant plusieurs mois. A ce moment là en effet, le prêtre avait répondu par un non à une demande. Elle même a été surprise par la violence de sa réaction. Il lui a fallu tout ce laps de temps pour pouvoir en parler et se réconcilier.

Il est alors expliqué à cette personne que cette haine est liée au fait qu’elle a laissé en elle entrer le mauvais, ce qui peut être signifié par « l’esprit de haine ». Et comme Jésus a pour vocation de chasser les mauvais démons, il est alors possible de lui demander de chasser ce démon, (je suppose par une prière dite de délivrance).

Il a cependant été dit que cette manifestation est liée à un événement du passé qui a provoqué en son temps une blessure, donc une souffrance très importante, mais de cette blessure il n’est pas question.

Or pour moi, en tant que psy, c’est cela qui m’interpelle. Le non a réactivé une blessure et la haine s’adresse autant à l’événement récent qu’à l’événement passé. Il s’agit donc pour moi de dissocier ces deux faits. Le prêtre n’étant que le vecteur ou l’objet du transfert négatif de la personne.

Que ce « non « ait permis à cette personne, par le bais de sa colère actuelle, de se rendre compte à quel point la haine en tant que telle était quelque chose de mauvais, dont il fallait autant que faire se peut, se débarrasser, car c’est quelque chose de très toxique, cela me semble très positif.

Mais je ne suis pas sûre que prier pour mettre ce mauvais esprit à la porte soit suffisant. Certes je comprends la démarche proposée dans un cadre spirituel, mais elle me dérange.

La haine est toujours pour moi liée à une très grande souffrance (il y a eu un objet aimé qui vous a fait défaut à un moment donné et l’amour s’est transformé en haine, avec un désir de destruction. Ou autrement dit: si je ne peux avoir l’objet d’amour, personne ne l’aura et je le détruirai.

Il me semble qu’il aurait fallu déjà parler du contenu de cette « haine », parce que après tout il peut aussi s’agir non pas de haine, mais de « colère ». et surtout de violence? Et s’il s’agit de cela, alors oui, je crois qu’une prière est indispensable car la violence est ce qu’il y a d’animal en nous et qui bloque dans notre chemin vers notre humanisation.

La violence est en nous, présente, et elle ne nous est pas tombée dessus comme de l’extérieur. Elle est interne et non externe.

Or c’est aussi cela qui me dérange dans la notion d’Esprit de haine que finalement je trouve très culpabilisante. On pourrait penser que si cette personne a laissé la porte s’ouvrir à ce mauvais esprit, quelque part c’est de sa faute. Or si elle a été profondément blessée dans son enfance par quelqu’un de proche, elle a été victime et non agresseur.

Il y a un lien pathogène qu’il faut dénouer.

Ainsi il ne s’agit pas d’expulser un démon, mais de guérir une souffrance intense. Cette guérison n’est pas magique. Certes si Jésus le souhaite il peut guérir, mais le chemin le plus normal est celui du lâcher-prise qui permet de se rendre compte à quel point ce lien est mauvais pour la personne qui l’entretient à son insu puis de la compassion et enfin du pardon.

Pour pouvoir pardonner, je pense qu’il est nécessaire d’avoir vécu en soi même l’expérience du torrent d’amour déversé par le Seigneur qui balaye et purifie. C’est ce même torrent d’amour qui est présent en soi, qui peut alors se déverser vers l’autre et permettre le pardon.

Et prier pour que cet amour vienne envahir la personne en souffrance me semble préférable à une prière pour chasser un démon.

mercredi, octobre 15, 2008

Genèse et décalogue.

Nous travaillons en groupe le livre de la Genèse et nous avons passé pas mal de temps sur les "fautes" du couple originel et de leur fils Caïn.

Si dans tous les cas, on peut dire que ces fautes, ces ratés, sont sous-tendus par la convoitise, il me semble que le péché dit des origines renvoie à notre capacité à ne pas tenir compte de la présence de Dieu dans notre vie (toute puissance, liberté), et que le péché de Caïn est plus centré sur la relation à l'autre..

Dans le décalogue on a la même partition: 5 commandements centrés sur Adonaï, et 5 commandements centrés sur la relation avec l'autre.

Je peux donc penser que au moment de la rédaction de ce texte (je parle de la Genèse), les lecteurs pouvaient faire le lien avec le livre de l'Exode ou du Deutéronome et comprendre que ces péchés des origines étaient aussi les péchés qui avaient mené le peuple dans la perte de leur terre et dans l'exil.l.

mardi, octobre 07, 2008

Dialogue.

Au cours de la célébration eucharistique, on peut parler d'un dialogue entre le célébrant et l'assemblée. Si aujourd'hui, parce que la messe est en français et si les choses ont changé depuis Vatican 2, il est possible de s'associer pendant les prières eucharistiques aux prières dites par le prêtre ( encore que pour moi qui ai connu la messe en latin, beaucoup de phrases sont spécifiques du prêtre et ne concernent pas l'assemblée) il n'en demeure pas moins que dans les dialogues, le peuple est sans cesse rappelé à sa condition de "pécheur", de pas beau, de mauvais, de pas capable.

Il m'est arrivé de dire sur un mode de boutade que le début de la célébration, c'est un peu comme dans les groupes d'alcooliques anonymes, où chacun dit qu'il est alcoolique. Là chacun se dit "pécheur" et cela c'est sa fonction, sa caractéristique.

Pourtant, il me semble que l'accent porté sur cette relation de pécheur, de mauvais (même si elle montre l'impact de Jésus "Sauveur"), place quand même l'être humain dans une position singulière, un peu comme si tout en lui est mauvais.

Je veux dire par là, que les phrases prononcées par l'assemblée, démarrent réellement avec le "confitéor", qui même s'il est aussi induit et prononcé par le célébrant, il ne laisse pas beaucoup de place à la possibilité de faire "bon". .Je veux dire que si on reconnaît que l'on a péché par pensée, par action et par omission, reste-t-il un domaine où l'homme serait "juste"?

Dieu sait qu'il est difficile de maîtriser ses pensées, de s'en sentir responsable (même si ce sont les nôtres) et coupable (c'est à dire pas bon, mauvais, pécheur) , alors qu'on n'est pas capable de les empêcher d'affleurer. Je me permets de penser que parfois il est nécessaire (à défaut de bon) que l'agressivité puisse se prononcer surtout quand elle ne passe pas dans les actes et que une fois reconnue elle permette de prier pour l'autre qui nous a énervé.

Les actions peuvent être mauvaises, mais elles sont aussi le moyen de nous exprimer. Alors qu'il y ait des loupés, oui, mais parfois une action même si nous n'en sommes pas fiers, peut aussi avoir du bon. Quant à l'omission, s'il faut entendre par là, "tout ce que j'aurais du faire et que je n'ai pas fait", je trouve pour ma part que c'est redoutable.

Reconnaître ma fragilité, mes échecs, oui, mais me regarder comme incapable de faire quoique ce soit de bon alors que mon désir le plus profond est que l'Esprit travaille en moi, pour me permettre de répondre à son désir à Lui sur moi, cela me semble très différent.

Ensuite on passe au" Kyrié," et les mots de l'assemblée sont la demande de la Pitié. Ce mot de Pitié est quand même un mot très fort. A quelle image renvoie-t-il? Pour moi à celle de la personne qui est en train de mourir, et qui attend que celui qui passe là, le sauve.

Ce mot de pitié est repris dans l'Agnus.

Aujourd'hui je m'interroge sur la phrase que nous prononçons en réponse à celle du prêtre au moment de la communion. Je veux dire que le célébrant nous adresse une béatitude: "Heureux ceux qui sont invités au repas du Seigneur" et pour cela il y a de quoi se réjouir, puisque c'est d'une certaine manière la promesse du futur qui se réalise dans le ici et maintenant. Et au lieu de nous réjouir, on nous dit encore et toujours que nous ne sommes pas dignes de le recevoir (comme le dit à juste titre le Centurion),et on demande là une guérison. Peut-être que cette parole devrait nous purifier, mais cette parole personnelle je reconnais être un eu sourde mais je ne sais pas l'entendre. Mais du coup on perd tout la joie d'être invités au festin et je trouve cela bien dommage.

On pourrait remplacer pitié par miséricorde (comme cela est dit après le chant du kyrié) , mais curieusement, même si je sais le sens de ce mot, cela ne ma va pas, car on fait miséricorde à quelqu'un qui est dans la misère en levant sa dette, et cette représentation de Dieu pour moi, est réductrice.

On n'est pas avec Dieu dans une sorte de donnant donnant. Avec Dieu il y a surabondance. Et si je remplace dans ma tête et dans mon coeur, ce mot par "torrent d'amour" alors oui, là je suis en relation avec un Dieu qui est rempli d'un amour brûlant, débordant, pour moi. Cet amour un peu comme un torrent d'eau, entraîne loin de moi certaines scories, et aussi comme un torrent de feu, les brûle et en moi vient le désir que ce torrent détruise, brûle, ce qui me sépare de celui que j'aime.

Je ne peux certes pas au cours d'une célébration, me dissocier de l'assemblée en remplaçant pitié, miséricorde, par torrent d'amour, parce que cette assemblée est le "corps" dans le quel je suis et que je contribue à créer, mais chaque fois que c'est possible j'ai en moi cette image vitale un peu comme le buisson ardent de Moïse, qui me révèle ce qu'est l'Amour inconditionnel.

jeudi, septembre 18, 2008

"De la charité à la foi."

Si on lit l'épître aux Corinthiens(une des premières épîtres datée de 54) et en particulier le chapitre 13, on voit que Paul met toute son insistance sur la charité (on dit l'Amour aujourd'hui). La charité est plus forte que la foi, celle qui transporterait les montagnes. On peut penser que celui qui vit de cette charité là, est ajusté au désir de Dieu qui est Amour et que, devenu "juste" il sera "sauvé" c'est à dire connaîtra la vie éternelle en participant à la gloire de Père, avec le Fils et dans l'Esprit.

Si on travaille l'épître aux Romains(qui est très postérieure 57), il semble bien qu'il y ait quelque chose de très différent dans le discours de Paul. C'est la foi, c'est à dire la confiance absolue en la Parole (ou la Promesse) qui donne le salut. La démonstration à partir d'Abraham qui est justifié parce qu'il a cru (peut-être contre toute espérance) dans la Parole, est si l'on veut exemplaire, quoique pour ma part, je la trouve très rabbinique (mais cela c'est mon point de vue).

Du coup, il y a chez Paul, une sorte de glissement, voir de clivage qui s'introduit, avec la question des oeuvres et de la foi. Suffit-il de croire pour être sauvé?

Paul lui a fait l'expérience que c'est la rencontre avec Jésus, ressuscité par la volonté du Père, qui a provoqué en lui une changement radical, qui a fait de lui un homme nouveau, possédé par l'amour de ce Jésus qu'il avait voulu persécuté en persécutant la communauté naissante.

Le Juste est-il celui qui a cru en Jésus mort et ressuscité pour le salut du monde ou celui qui agit dans l'amour. Il semble bien que ce soit celui qui mette sa foi dans le Seigneur qui soit le nouveau Juste. Mais si on regarde la trajectoire de Paul, il semble évident que cette foi est passée dans les actes, puisqu'il s'est mis immédiatement à annoncer l'évangile et à vivre plus que dangereusement pour son Seigneur.

Pourtant il oppose la foi et les oeuvres. Sauf que les oeuvres (me semble-t-il), ce sont pour lui les signes d'appartenance à la religion originaire de Jésus, à savoir essentiellement la circoncision, la pratique de la loi, et la séparation d'avec les "impies".Or Jésus s'est Lui-même souvent mis en porte à faux vis à vis d'une observance de la loi qui tue, qui en fait une lettre morte. Paul continue donc bien le message évangélique.

Il me semble quand même que beaucoup de juifs qui observent et accomplissent la loi, sont de très "saints" hommes(et femmes) et que pour eux il n'y a pas de confusion entre l'observance et l'actualisation de la Parole (Thora).

Il y a cependant une phrase, dans l'épître aux Galates- qui est une épître antérieure à l'épître aux Romains, mais postérieurs à la première aux Corinthiens- une phrase pour moi très importante et qui aurait peut-être évité la querelle autour de la justification par la foi.

Voici cette phrase: " En effet, dans le Christ Jésus ni circoncision ni incirconcision ne comptent, mais seulement la foi opérant par la charité".

La foi si elle ne s'exprime pas par la charité, n'est pas suffisante pour justifier et donner le Salut.

Pensées vagabondes à propos de la pécheresse pardonnée.

Quand j'écoute une lecture, très souvent il y a un mot qui s'impose à moi, surtout quand la traduction me surprend. Ce fut le cas aujourd'hui pendant la lecture de l'épisode de la pécheresse pardonnée en Lc7, 36-49.Si la Bible de Jérusalem (qui est un peu ma référence) dit, "et voici qu'une femme qui dans la ville était une pécheresse, la traduction liturgique elle emploie une phrase beaucoup plus lapidaire: "Survint une femme de la ville, une pécheresse.Et c'est le mot "ville" qui a fait écho en moi. Pour beaucoup d'entre nous, la ville n''est pas un lieu recommandable. C'est un lieu de danger, où tout peut arriver et quelqu'un qui vient de la ville n'est pas forcément recommandable.

Alors voilà cette femme qui entre, alors qu'elle n'est pas invitée, qui s'installe directement aux pieds de celui qui lui a été invité et qui est peut-être à la place d'honneur, donc bien en vue. Cela me fait alors un peu penser à Marie, la soeur de Marthe qui elle aussi est tout contre Jésus, puisqu'elle assise à ses pieds.

Et cette femme, dont on ne nous dit rien si ce n'est qu'elle est une pécheresse, et que nous considérons comme une madame qui vend ses charmes, fait en fait pour Jésus ce qu'elle sait si bien faire, donner du plaisir. EN général nous scotomisons les faits pour rester sur l'affect: elle arrosait ses pieds de larmes. Mais si on reprends les gestes qui sont décrits et d'ailleurs énumérés par Jésus, les larmes mais surtout les baisers et l'onction (massage) pour faire pénétrer le parfum, sont des gestes à connotation érotique. Ces gestes donnent du plaisir à celui qui les reçoit. D'une certaine manière, elle fait pour Jésus ce qu'elle sait faire, mais elle le fait gratuitement et avec tout l'amour dont elle capable.

Ceci montre bien la transformation qui s'est faite en elle.

Et j'aime à penser que c'est cet amour là qui lui a valu le pardon de ses nombreux péchés, et non pas seulement ses larmes.

mercredi, septembre 17, 2008

"Le fils de la veuve de Nazareth".

En écoutant hier l'épisode de la résurrection du fils de la veuve de Naïm, veuve dont on ne connaît pas le nom (Lc7,11-17), je me disais, puisque cette résurrection n'est pas consécutive à une demande, qu'elle peut être lue autrement.

Ce jeune homme, fils d'une veuve, n'a pas de descendance, comme le fils de la veuve de Nazareth. Comme lui, il est fils unique (même si on ne sait pas bien ce qu'il en est des "frères de Jésus").

Mais lui, il a un "bel ensevelissement" tout le monde est là, autour de sa mère et autour de corps. Pour Jésus, cela sera fait à la sauvette, à la tombée de la nuit, avec bien peu de monde et sûrement pas des pleureuses professionnelles.

Il est dit au début de ce texte que Jésus était suivi de ses disciples et d'une foule nombreuse. Le soir de ce vendredi, on peut compter les personnes sur le bout des doigts.

C'est la compassion de Jésus pour cette femme dont on dit que la condition de veuve était une des pires qui soit en Israël à cette époque, qui semble être à l'origine du miracle.

La phrase:"ne pleure pas" peut avoir son écho dans la phrase adressée à Marie-Madeleine: "femme pourquoi pleures-tu?". Peut-être que Marie qui gardait toutes ces choses dans son coeur, si elle a entendu parler de ce miracle, elle qui était veuve, a pu savoir dès ce moment que son fils ne l'abandonnerait pas.

Quant à la phrase "Jeune homme lève-toi", nous ne savons pas comment s'est passée la résurrection de Jésus, mais lui aussi s'est levé et est redevenu vivant, pas cependant comme le jeune-homme: Il est devenu "Le Vivant".

Marie, la veuve de Nazareth, qui avait perdu son fils unique, qui n'avait pas pu l'enterrer correctement, a pu être elle aussi consolée.

mercredi, septembre 03, 2008

"L'endurcissement".

La lecture de l'office de ce jour (3 septembre) est un texte du livre de Jérémie dont je relève le verset suivant:" Sachez bien cependant que, si vous me tuez, vous serez coupables - vous-mêmes, cette ville et ses habitants - du meurtre d'un innocent, car c'est vraiment le SEIGNEUR qui m'a envoyé prononcer toutes ces paroles pour que vous les entendiez."Jr 26,15.

Il me semble que Jésus aurait pu dire exactement la même chose aux grands prêtres: vous n'avez pas reconnu que c'est le Seigneur qui m'a envoyé prononcer toutes ces paroles.

Et il est alors possible de penser que comme jadis pour Pharaon , il y a eu un endurcissement du coeur et des oreilles des prêtres. Malgré toutes les oeuvres que Jésus a faites (qui sont l'inverse de celles de Moïse) ils ont refusé de voir.

Leur refus (comme jadis celui de pharaon), a permis que Jésus puisse devenir l'Agneau Pascal.

S'ils avaient reconnu en Jésus le Messie, quelle aurait été notre histoire?

Qui a endurci le coeur des prêtres? Les dessins de Dieu demeurent bien curieux...

mardi, septembre 02, 2008

"Brèves suite"

Il y a longtemps que je me pose des questions sur la messe et plus particulièrement sur les "prières eucharistiques". Il m'a fallu du temps pour accepter qu'elles ne puissent être comprises que par des initiés sauf peut-être celle pour les enfants.

Mais mon questionnement est par rapport au mot sacrifice, qui revient comme un leit-motiv. Or curieusement ce mot ne figure pas dans les évangiles sauf quand Jésus cite Isaïe. Jamais Jésus ne dit qu'il s'offre en sacrifice. Alors?

Si sacrifice est "faire du sacré" alors cela c'est une des rôles spécifiques des prêtres qui dans toutes les religions offrent des sacrifices.

Et de fait les prières qui sont dites ne sont pas celles de l'assemblée, mais celles d'un homme qui a choisi ou qui a été choisi comme prêtre et qui parle à un Dieu Père d'une manière assez étonnante, comme s'il oubliait (un peu) que le Dieu de Jésus est un Dieu d'Amour.

Quand on admet cela, on peut passer à autre chose...

petite note: je sais bien que les évangélistes parlent du "sang versé pour les multitudes" ou du "sang versé pour vous", mais Jésus n'emploie pas ce mot de sacrifice. L'important étant peut-être de "faire mémoire", c'est à dire d'actualiser la présence de Jésus ressuscité.

lundi, septembre 01, 2008

"Brèves".

Je ne sais pas si la souffrance subie par Jésus a été rédemptrice, mais je sais que Jésus est mort dans la souffrance et que ceci est ce qui se passe pour pratiquement tous les humains.

Je sais aussi que toute transformation se fait dans la violence, donc quand il s'agit d'humain dans la souffrance.

Quand Jésus dit à ses disciples: "prenez et manger, ceci est mon corps livré pour vous", le simple fait que ce pain soit "mangé" par les disciples est en soi une destruction totale, figure de ce qui va arriver au corps de Jésus par la mort. Pour que le corps renaisse (c'est vrai de l'alimentation qui devient source de vie, parce qu'il y a destruction et transformation), il doit d'une certaine manière disparaître.

lundi, août 25, 2008

"Tu es Pierre..."

C'était l'évangile de la messe d'hier.

En l'écoutant je pensais à Jonathan, le fils de Saül qui compte sur un signe pour savoir s'ils doivent attaquer ou non un poste de garde Philistin. Voici le texte: "S'ils nous disent: montez vers nous, nous monterons car Yahvé les aura livrés en nos mains: cela servira de signe" (1Sam, 14, 10).

Et je me disais que quand Jésus pose à ses disciples la question "et vous qui dites vous que je suis", peut-être ne savait-Il pas que Pierre répondrait le premier. Peut-être avait Il pensé: le premier qui répond, ce sera celui là qui sera le rocher sur lequel mon église sera construite. Peut-être a-t-Il été le premier surpris. Mais il faut bien faire avec ce que Dieu choisit et même si ce Simon a la tête dure comme comme de la pierre, sa réponse est le signe que c'est celui là qui permettra à la communauté de vivre après le Départ.

vendredi, août 01, 2008

"Délivre nous du mal"



Cette phrase est celle qui termine la "prière de Jésus" à son Père, l'exemple de la prière. Si je me réfère aux prières de l'Ancien Testament (je pense ici au livre de Tobie ), je crois que cette demande qui est la dernière est de loin la plus importante. 

Je ne pense pas que "délivre nous du mal" veuille dire, enlève le malheur ou ne laisse pas le "malin" s'insérer à l'intérieur de nous, par ruse. Je crois que le Mal est quelque chose qui est présent en permanence, qui habite en nous et en dehors de nous, qui nous rend parfois sourd et aveugle à tout ce qui nous entoure et qui nous enferme sur nous même. Le mal, nous sommes tellement dedans que nous ne le voyons pas ou plus. Quand on est habitué à vivre dans le brouillard, on ne peut plus voir le contour du monde qui nous entoure.

On dit souvent que l'enfer est pavé de bonnes intentions et je crois que cela est très vrai et dit autrement la phrase de Paul: quand il se plaint de ne pas arriver à faire le bien qu'il veut.

Nous sommes dans un monde où pour "voir" réellement ce qui se passe en nous et autour de nous, il faut que notre regard change ou qu'il soit changé par ce que je nomme l'Esprit Saint. Je ne dis pas que le bien ou le bon n'existe pas, mais en général nous nous en rendons compte, alors que le mal dans lequel nous baignons, nous ne nous en rendons même pas compte. Et cela nous rend malgré notre bonne volonté, notre désir de faire du bien, peut-être pas aveugles, mais certainement mal voyants.  

Je repensais ce matin (encore me direz vous) au texte de la genèse qui rapporte ce que l'on appelle la "chute". Le Serpent a proposé aux humains de devenir "comme des Dieux". Cela c'est notre illusion (et même quand nous essayons d'être bons, c'est un peu notre désir: être comme, imiter). Or ce qui advient  au couple primitif c'est une désillusion totale:" leurs yeux s'ouvrirent et ils virent qu'ils étaient nus". La désillusion qui va avec l'ouverture des yeux nous confronte à la perte, à la frustration, au mal. Ce n'est pas mal d'être nu, mais c'est dangereux d'être fragile, vulnérable, de se voir dans sa petite réalité mortelle. 

Quand les religions orientales parlent du moyen de sortir de la souffrance qui serait d'être sans désirs, je pense aujourd'hui qu'il s'agit davantage de sortir de l'illusion qui est source inévitable de souffrance mais qui est aussi un moteur de l'être humain. 

Le bien à l'état pur n'existe pas dans notre monde, le mal est toujours là qui masque les choses, les transforme, les défigure sans que nous en soyons réellement conscients.

Seul la présence de l'Esprit peut nous ouvrir les yeux et nous permettre de nous rendre compte combien notre vision est déficiente. Il ne s'agit pas de s'en sentir coupable, parce que cette cécité est le propre de l'humain, mais d'apprendre petit à petit, doucement, humblement  à reconnaître le mal pour pouvoir en être délivré.  




"et la lumière  luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l'ont pas saisie" Jn1, 3

dimanche, juillet 27, 2008

"Le chant du monde".


Quand je faisais partie des guides de France, il y a avait un chant qui se terminait par "le chant du monde va s'élever" ou "va commencer".  Je ne me souviens plus des autres paroles (1). 

Pourquoi ce bout de phrase? En fait il  est venu clore des réflexions que je me faisais ce matin. Hier en effet nous assistions à concert essentiellement pour piano. Il y avait un morceau introduit par son créateur. Celui-ci  parlait de la musique comme d'une matière que l'on peut travailler pour en faire sortir des sons ou des sonorités nouvelles. Je dois reconnaître que ce qu'il sait en faire est très beau. Mais cette notion de travail sur la "matière" musique est nouvelle pour moi. 

Cela m'a donné l'image d'un tailleur de pierre ou de bois, qui est capable de voir dans la masse ce qui pourra en sortir. C'est vrai aussi pour ceux qui sont des stylistes et qui créent en fonction de la matière du tissu. Le compositeur rentrerait donc dans cette catégorie de personnes qui sont un peu des visionnaires, qui voient ou entendent ce que d'autres ne peuvent ni voir, ni entendre, ni imaginer.

Et à partir de là, m'est venu l'idée que Dieu désirait peut-être que chacun d'entre nous puisse  chanter selon une note de musique, sa note de musique et que comme  le tailleur de pierre, Il nous taille avec son ciseau pour que la note sonne juste.Et cela peut prendre beaucoup de temps, d'autant que c'est à son oreille à Lui, que ça doit sonner juste, et c'est pour cela que bien souvent nous ne comprenons rien à ce qui nous arrive, à ces épreuves qui nous tombent dessus. 

Alors peut-être à certains moments quand beaucoup d'humains ont été travaillés par le ciseau de Dieu, un chant peut s'élever, le chant de l'Univers, le chant de l'Homme, le chant de l'Esprit. Il naît alors une musique qui donne de la joie à Dieu, de la joie au monde , de la joie à nos frères humains.

C'est peut-être un rêve, mais c'est le mien aujourd'hui.

(1) réveille toi belle ma mie, réveille toi c'est le matin
réveille toi belle ma mie la nuit est loin.

La haut les eucalyptus ont parfumé le vent. 

réveille toi belle ma mie, réveille toi, c'est toi c'est le matin, 
réveille toi le chant du monde va se lever.  

mercredi, juillet 09, 2008

"Préoccupations de femmes".


Je viens de lire un livre pour moi passionnant de I. Fisher(1) consacré aux femmes des débuts de l'histoire d'Israël. J'attends le tome 2 avec une certaine impatience.  

A propos d' Agar qui meurt de soif à côté d'un puits, elle écrit: "Dieu n'enlève pas l'épreuve, mais il est dans l'épreuve."
Pour moi ce genre de phrase justifie la lecture de tout un livre, car elle m'apporte beaucoup et peut me servir d'ancrage.

Elle insiste entre autre sur les rencontres qui se font auprès des puits, rencontres importantes, que ce soit pour Jacob qui rencontre Rachel, pour le serviteur qui doit trouver une femme pour Isaac et pour Moïse qui rencontre les filles du prêtre Jéthro. 

Le travail des femmes est de puiser de l'eau, mais aussi d'abreuver le bétail et pour cela, il faut d'une part que le puits soit accessible, donc que la dalle qui le recouvre soit poussée et que les hommes aient terminé de donner à boire à leur propre bétail.Il leur faut souvent attendre, ce qui explique la surprise de Jethro quand ses filles reviennent rapidement avec leur petit bétail du puits;. 

Je savais bien que les puits n'avaient pas de margelle, mais je n'avais pas pensé qu'ils n'étaient pas forcément très accessibles, car il faut bien éviter l'évaporation. Une pierre doit être posée sur l'ouverture et retirée à certains moments de la journée. 

Je suppose que quand Jésus parle du boeuf qui est tombé dans un puits un jour de sabbat, c'est que comme tout travail est interdit ce jour là, la surface du puits est dégagée, ce qui n'est pas le cas le reste de la semaine. 

Alors, on peut bien penser qu'une des préoccupations des femmes de tous les temps, puisque puiser l'eau semble être leur tache (d'où peut-être l'intérêt le jour de la Cène de l'homme qui va puiser de l'eau, ce qui semble très étonnant dans cette culture) sera "qui va déplacer la pierre", car la pierre est lourde. 

Et là on retrouve la préoccupation des femmes au matin de Pâques: "qui nous roulera la pierre".

Sous la pierre du puits se trouve l'eau qui est source de vie, sous la pierre du tombeau se trouve le vide qui montre que la vie est là.

(1)Imtraud Fischer: des femmes avec Dieu. Cerf 2008