samedi, juillet 11, 2009

Prier, crier, intercéder?




Si prier pour moi ne semble pas trop difficile, c’est peut-être parce que je ne cherche pas tant la protection d’un être tout puissant - parce que j'ai la chance d'avoir ce qu'il me faut et bien au delà pour vivre et aussi parce que je sais que la mort est au bout - que la relation, c’est à dire le désir de créer ou de laisser se créer en moi une relation plus personnelle plus intime avec le Dieu Trinitaire. Par contre, même si en soi cela semble évident, intercéder pour les autres me semble plus difficile.

Ce billet va donc essayer de se centrer sur certains aspects de la prière et plus particulièrement sur la prière d’intercession (ou de demande).

Pour en revenir à ma première affirmation ce que je demande quand je me tourne vers Dieu, c’est que Lui, travaille en moi. Le changement au quel j'aspire, je sais que je suis incapable de l'obtenir par ma volonté. Il me suffit donc de demander que l'Esprit Saint me travaille toujours plus et peut-être (cela c'est nouveau) de me poser parfois la question suivante: qu'est ce que en ce moment Tu attends de moi. Je veux bien me laisser guider. Mais j'ai aussi la chance de me faire confiance et si je me trompe, le Seigneur pourra lui en faire quelque chose. Et puis pouvoir percevoir que Dieu est dans ce corps qui est le mien est extraordinaire et me pousse à remercier.

Naturellement, parce que je ne pense pas être différente des autres quand j’ai mal dans mon corps, quand je vis des périodes de fatigue qui me bloquent, j’ai tendance à me plaindre. Une partie de moi souffre de ces limitations qui m’atteignent (vieillir ce n’est pas si facile). Une autre partie imagine que de cela il pourra sortir du bon. Par exemple quand j’ai ces fichues bouffées de chaleur depuis que j'ai stoppé le traitement pour éviter une récidive cancéreuse, je les utilise pour demander que cette chaleur brûle en moi ce qui doit être brûlé. N’empêche que je n’aime pas cela.

Bien souvent, je suis amenée à prier pour des amis ou pour des personnes que parfois je ne connais que de nom, qui vivent des épreuves qui les atteignent dans leur intégrité. Il m'est arrivé de demander à des communautés ou à des amis de prier pour la même intention pour que ensemble ma prière ait plus de poids. Un peu comme quand on cherche un appui (député ou autre) pour obtenir quelque chose qui ne serait pas obtenu sans ce coup de pouce.

Je me dis toujours (c’est ma représentation de cette prière de demande) que si je suis seule à prier, cela fait juste une maille, comme une maille d’un tricot. Mais que si d'autres prient avec moi, cela fait beaucoup de mailles et ces mailles assemblées font une sorte de treillis qui possède un certain poids, une certaine densité, une épaisseur. La prière alors a plus de poids auprès de celui qui peut l’exaucer mais aussi elle est comme une sorte de hamac pour celui qui accablé.



Une autre image est celle du cri jeté. Le cri s’il est repris par d’autres peut devenir chant qui aura plus de chance d’être entendu par ceux qui sont dans ce que nous nommons l’Au-delà, et qui répondront peut-être plus facilement (je sais bien que ce ceci est une représentation très anthropomorphique), mais qui donne aussi une valeur aux différents offices chantés par ceux qui ont donné toute leur vie au Seigneur.

Il y a dans le psaume 34 une phrase que j'aime: "Un pauvre a crié, Dieu écoute et de toutes ses angoisses il le délivre", c'est le verset 7.

Quand on lit les psaumes, et quand le psalmiste se plaint (ce qui est fréquent) il parle de son ou de ses cris (qui devraient parvenir jusqu'à l'oreille du Seigneur) il parle de ses larmes, de sa mauvaise santé, des attaques de ses adversaires, de sa solitude, bref il se plaint. Mais si souvent il plaint au nom de son peuple (ils mangent ton peuple comme on mange du pain) il n'intercède pas ou peu pour ses proches.

Bref il prie pour que son Dieu s’occupe de lui et aussi que son Dieu prouve aux méchants que lorsqu’on se fie à Dieu, Il s’occupe toujours de vous, ne serait ce que pour prouver qu’Il est bien Dieu.

Je dois dire que j’aime souvent cette spontanéité du psalmiste qui reprend les réparties de Moïse quand le peuple est en danger : si tu nous détruis qu’est ce que les autres peuples vont penser de Toi ?

Le mot « cri » ou le verbe « crier » est un mot qui est très fréquent dans ces textes. Comme si pour se faire entendre d’un Dieu qui réside dans un ailleurs, il fallait lever la voix, pour qu’il écoute. Est ce que toute prière est un cri ? Comment faire de ma prière un cri en particulier quand je demande à Dieu qu’Il change ou qu’il accorde quelque chose d’important aussi bien pour moi que pour ceux qui me sont proches ou moins proches?

Est ce que moi je crie? C'est loin d'être évident. Ce que ce verset me dit, c'est qu'il est nécessaire de se remettre entièrement dans les mains de Dieu, avoir foi en Lui, se savoir dépendant de Lui pour que la demande soit entendue, ce qui ne veut pas dire être exaucée, car je ne pense pas que l'on puisse "influencer" Dieu. Mais il y a des réponse, et il nous faut parfois ouvrir les yeux du cœur pour percevoir les signes.

Dieu peut parfaitement entendre la plainte ou la prière, mais répond Il toujours et répond-Il comme nous le souhaitons nous? La prière de son fils à Gethsémani n’a pas eu de réponses, même si un ange (évangile de Luc) est venu.

Alors moi qui aime les mots j'ai voulu réfléchir à ce qui se cache derrière ce mot si court.

Il y a en fait deux facteurs, le ton (crier c’est élever la voix, c’est faire du bruit) et il y a pour nous la notion de douleur ou de besoin (le bébé qui crie). Car le cri est aussi un signal : quand un enfant crie ou pleure, cela nous oblige à nous lever pour aller voir ce qui se passe. Crier vers Dieu c’est aussi cela : « Seigneur écoute ma prière, que mon cri vienne jusqu’à toi ». Le cri de l’humain devrait donc normalement faire réagir Celui vers lequel le cri monte.

En fait bien souvent le cri s'exprime en mots: ne dit-on pas c'est le cri du cœur quand on laisse sortir quelque chose de spontané? Mais il y aussi le hurlement qui vient des profondeurs que l'on ne se soupçonne pas, qui est souvent bien proche du cri anima. Ce cri inarticulé qui renvoie souvent à l'innommable, n'est pas cri.

Le cri peut–être bref c’est la cas dans la Genèse quand Adam crie le nom des animaux, il n'y a pas de verbes. Le cri s’oppose presque alors à la parole. Dieu créateur parle, l’humain crie. Il ne se met à parler que lorsqu’il est mis dans la relation d'altérité avec Eve, quand il la découvre au sortir de sa torpeur: il la nomme puis il parle d'elle.



Que Dieu entende le cri de celui qui souffre injustement est comme une sorte de leitmotiv du premier testament.

Je pense à l'ange qui rencontre Agar dans le désert, dans cet épisode assez curieux où elle ne veut pas voir son fils mourir de soif et où elle se réfugie sous un genet, mais à une certaine distance: Gn 21, 17 Dieu entendit l'enfant crier, et du ciel l'ange de Dieu appela Agar : « Qu'as-tu, Agar ? lui demanda-t-il. N'aie pas peur. Dieu a entendu l'enfant crier là-bas. Et ce qui est étonnant c'est que dans sa peur, le regard d'Agar s'est fermé: elle est aveuglée par sa douleur et par sa peur. Elle ne voit pas la source qui est à côté d'elle. Dans cet épisode, Dieu entend et il agit ( Il répond à la demande: donne moi de l'eau pour que je puisse faire vivre mon fils).



Plus tard en Egypte Dieu entendra le cri lié à la souffrance de son peuple: Ex3,7 Le Seigneur reprit : « J'ai vu comment on maltraite mon peuple en Égypte; j'ai entendu les Israélites crier sous les coups de leurs oppresseurs. Oui, je connais leurs souffrances. Et Dieu répond en permettant à son peuple de devenir un peuple libre. Mais à contrario, quand dans le désert le peuple crie et pleure (en fait récrimine) parce qu'il est confronté au manque, là la réponse de Dieu est d'un tout autre registre (extermination) et il faut souvent toute l'habilité orientale de Moïse pour éviter ou pour limiter ce qui semble être un carnage. Car le cri est sur le registre du cri de l'enfant qui ne veut pas grandir et qui pleure après le sein alors que toute le nourriture et sa diversité s'offre à lui.

Il me semble en relisant ces textes que Dieu entend, écoute et répond à la plainte ou au cri lorsque ce cri est l'expression d'une peur intense de la mort mais et surtout l'expression d'une confiance totale envers Celui qui peut tout.

Mais si le cri est lancé sans confiance, alors la réponse de Seigneur est très différente. SI je me peux me permettre de paraphraser, je dirai que tout manque de confiance le déçoit terriblement. Il manifeste son mécontentement sous forme de colère non seulement en fermant ses oreilles, mais aussi en donnant une correction tellement importante qu'elle va réveiller ce qui était endormi. Désormais il y aura crainte de Dieu, mais à partir de cette crainte une autre relation pourra peut-être se créer.

Quand je lis le livre de Tobie, je suis toujours étonnée par les prières de Tobie et de Sara, qui sont des cris de désespoir, cris que nous avons tous poussés à un moment de notre existence et qui sont les cris de ceux qui désirent la mort. Car à ces demandes de ces deux personnages qui n'en peuvent plus mais, Dieu répond en guérissant et restaurant. Il ne répond pas à la demande, il la transfigure.


La prière de Tobie au chapitre 3 est pour moi un modèle de prière (de fait assez proche de la prière enseignée par Jésus, car la demande arrive en finale).
Je cite: versets 1 à 6.

1 Plein d'une grande tristesse, je me mis à gémir et à pleurer, puis je commençai à prier avec des gémissements

Louange :
2« Tu es juste, Seigneur,
et toutes tes œuvres sont justes.
Tous tes chemins sont fidélité et vérité,
c'est toi qui juges le monde.

Puis,repentance individuelle mais aussi collective
3 Alors, Seigneur, souviens-toi de moi,
regarde et ne me punis pas pour mes péchés
ni pour mes manquements,

ni pour ceux que mes pères ont commis devant toi.

4 Ils ont désobéi à tes commandements,
c'est pourquoi tu nous as livrés au pillage,
à la déportation et à la mort,
voués à être la fable, la risée,
l'objet d'insulte de toutes les nations
parmi lesquelles tu nous as dispersés.

5 Oui, tous tes jugements sont véridiques,
quand tu me traites selon mes péchés et ceux de mes pères,
car nous n'avons pas observé tes commandements

ni marché dans la vérité devant toi.

Puis exposition de la demande

ça suffit, je n'en puis plus, laisse moi mourir (donne moi la mort).
6 Et maintenant, traite-moi comme il te plaira,
ordonne que me soit repris mon souffle,
que je sois délivré de la face de la terre pour redevenir terre.

Mieux vaut pour moi mourir que vivre,
car je me suis entendu insulter à tort
et j'ai en moi une immense tristesse.
Ordonne, Seigneur, que je sois délivré de cette détresse,
laisse-moi partir au séjour éternel
et ne détourne pas ta face de moi, Seigneur.
Oui, mieux vaut pour moi mourir
que de connaître une telle détresse toute ma vie
et que de m'entendre insulter. »

fais-moi entrer dans le repos éternel.
Ne te détourne pas de moi, Seigneur !
Je préfère mourir que de continuer à vivre dans une telle détresse,
en entendant de pareilles insultes. »


Ce qui est quand même étonnant, c'est que Tobie a bien cherché ce qui lui arrive et que la réaction de sa femme est somme toute bien normale, mais c'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase.

La prière de Sarra, humiliée par sa servante et qui a pensé au suicide, est bâtie de la même manière et se termine de la même manière;

Tb, 3, 15:J'ai déjà perdu sept maris :
pourquoi devrais-je vivre encore ?
Mais s'il ne te plaît pas de me faire mourir,
alors, Seigneur, prête l'oreille à l'insulte qui m'est faite. »

D'une certaine manière ces textes (comme d'ailleurs le début du livre de Job) montrent qu'il est permis de se plaindre, de dire sa souffrance et son souhait que cela cesse.

Mais comment moi, crier pour ceux que je sais être dans l'épreuve? Crier pour moi oui, crier pour les autres est possible?

Mais si je reviens à la prière d'intercession pour les autres, il m'arrive de penser qu'il y a peut-être autre chose à demander que ce qui paraît le plus évident. Je dois dire que la demande délivre nous du Mal est pour moi très importante et que parfois c’est ce que je demande au lieu de rentrer dans quelque chose de précis.

Si on me le demande prier pour la guérison d’un malade, je peux le faire, mais curieusement même si je sais que le Seigneur peut guérir je ne suis pas toujours à l’aise, car parfois il s’agit presque de demander un miracle et moi, ça ne me va pas. Plutôt qu’une guérison je préfère demander que la personne souffre le moins possible et même que sa vie se termine, quand il s’agit de quelqu’un d’âgé.

Il m’arrive aussi de prier pour une personne, simplement en pensant à elle et en rappelant au Seigneur qu'elle a besoin de Lui. J'ai d'ailleurs pris l’habitude quand je me réveille la nuit juste de nommer des personnes en demandant à dieu de les bénir. Il y a parfois des noms qui surgissent, des noms auxquels je ne m'attends pas du tout, des visages du passé. Alors c'est juste une pensée qui monte, parce que dans mon imaginaire, la prière monte.

Il peut aussi m'arriver de pratiquer une sorte de prière de louange, qui serait "Seigneur fais ce qui est bon pour eux, même si pour moi cela paraît incompréhensible. Ce que Tu fais est bon et je peux Te louer pour cela. Je dois dire que cela sollicite ma confiance d'une autre manière.

Par contre, et c’est peut-être pour cela que j’écris ce billet, demander et demander sans voir de résultats, ce n’est pas facile, surtout que cela donne l’impression de rabâcher. Jésus ne nous dit-il pas de ne pas rabâcher comme les païens car notre Père céleste sait de quoi nous avons besoin (Mt 6,7-8).

Alors j’ai trouvé deux manières un peu différentes de prier (intercéder).

La première c’est de crier "sans faire de bruit", tout simplement en chantant un peu plus fort, avec plus de convictions au moment du Kyrié. Ce n'est pas Seigneur prends pitié de moi parce que je suis habitée par le mal, c'est Seigneur ouvre ton oreille, écoute, exauce ce que je désire aujourd'hui.

La seconde c’est de m’être rendue compte que si je prie pour quelqu’un je dois me sentir réellement concernée et cela ne peut se faire que si ce que je demande pour elle devient demande pour moi.

Il ne s'agit pas pour moi de m'identifier à leur souffrance mais de me sentir concernée par elle ce qui me permet alors de crier ma demande. Schématiquement cela devient : Seigneur, je souffre de la souffrance de mon amie. Tu sais qu'elle a besoin de telle ou telle chose et moi je suis concernée par cela, alors je crie pour que en m'entendant tu l'entendes aussi. Je souffre de la savoir souffrir et cette souffrance qui est mienne, je te la crie.

Je me rends compte que si par exemple je prie pour une amie qui est en recherche de logement, je peux dire "s'il te plaît Seigneur, occupe toi d'elle, envoie ton ange pour que son dossier soit lu, etc etc", mais là je ne crie pas. Je peux aussi râler: "Qu'est ce que Tu fais, pourquoi dors tu? Pourquoi lui imposes Tu une pareille épreuve," là c'est déjà plus proche du cri, mais au fond de moi je sais que ce n'est pas comme cela que j'ai envie de prier.

Et puis vient un moment, où moi qui ai un toit et tout ce qu'il faut, je me sens comme atteinte par cette souffrance et alors ce n'est plus pour mon amie que je prie, mais c'est aussi pour moi. Je veux dire que je ne suis plus concernée de loin mais de près. Je ne dis pas que sa souffrance ou son inquiétude devient mienne, mais il se passe quelque chose qui fait que je peux crier pas pour elle, mais pour moi ou pour "nous".

En fait ce que je ressens c'est que pour "intercéder pour" il est nécessaire que cette intercession me concerne aussi. Parce que si je suis concernée, alors, même si la prière est très brève, pas très fréquente, elle vient de mon profond. Je veux dire qu'il est pour moi très différent de dire : je te prie pour x, pour qu'il ait du travail et sorte du chômage" ou de dire; j'ai besoin moi, que x sorte du travail parce que sa vie me concerne et que son bien est aussi le mien.

Il ne s'agit absolument pas d'une confusion, ce que ressent l'autre, je ne pourrais jamais le ressentir, moi qui ai aujourd'hui tout ce dont j'ai besoin. Il ne s'agit pas non plus de me sentir coupable d'avoir alors que l'autre n'a pas. Il s'agit de me sentir réellement concernée par l'épreuve de mon ami et de dire que moi je suis affectée par cela et que moi je crie et me plains pour que cette épreuve s'achève ou change.

D’une certaine manière je ne peux prier ou crier pour l’autre que si je suis partie prenante car alors c’est moi qui demande car je suis à bout de souffle. Peut-être est cela le chemin qui mène à la pauvreté du cœur.
Le cri ou la plainte normalement a pour but de faire réagir quelqu’un qui est à l’extérieur de moi et qui a le pouvoir de répondre à mon besoin et de l’apaiser. Mais…

Mais Dieu n’est Il pas aussi en moi, au plus profond au plus intime ? Ne sait Il pas ce que je désire, ce que je souhaite ? « Un mot n'est pas encore sur ma langue, et déjà, SEIGNEUR, tu le connais »Ps139,4.
Certes Il le sait, mais ce Dieu là, ce Dieu qui est au plus intime de moi, ce Dieu caché mais présent et actif, c’est peut-être justement celui qui me souffle tout doucement les paroles que Lui attend et qui font de moi comme le dit Lacan un parle-être.

jeudi, juillet 09, 2009

Jacob: la deuxième bénédiction

Au chapitre 27 de la Genèse, Jacob grâce à la complicité de sa mère (qui le préfère parce qu'il est un homme tranquille Gn25,27) reçoit une bénédiction qui ne lui est pas destinée.

Isaac qui a des doutes sur l'identité de celui qui lui apporte le repas demandé finit par dire::

28 “Que Dieu te donne la rosée qui tombe du ciel,
les riches produits de la terre, du blé et du vin en abondance.

29 Que des nations soient à ton service,
que des peuples se prosternent devant toi.
Sois le maître de tes frères, qu'ils s'inclinent devant toi !
Maudit soit celui qui te maudira, béni soit celui qui te bénira ! ”
»

Ce qui est étonnant c'est que la première partie de cette bénédiction semble bien s'accorder à Jacob qui n'est pas un chasseur comme son frère, mais un cultivateur ( comme Caïn). Et d'une certaine manière la prospérité des troupeaux de son beau-père Laban, ainsi que la postérité de sa descendance sont des réalisation de cette bénédiction.

Seulement cette bénédiction Jacob l'a volée, elle ne lui appartient pas vraiment.

Pourtant au chapitre 28, il reçoit une bénédiction en bonne et due forme avant de partir chez son oncle Laban pour y trouver femme mais surtout pour protéger sa vie.

Isaac appela Jacob et le bénit. Il lui donna cet ordre : « Tu n'épouseras pas une fille de Canaan, lui dit-il. 2Debout ! Va en plaine d'Aram à la maison de Betouël, le père de ta mère. Prends là-bas pour femme une des filles de Laban, le frère de ta mère.
3 « Que le Dieu Puissant te bénisse, te rende fécond et prolifique
pour que tu deviennes une communauté de peuples !
4Qu'il te donne la bénédiction d'Abraham,
à toi et à ta descendance,
pour que tu possèdes le pays de tes migrations,
le pays que Dieu a donné à Abraham. »
5 Isaac fit partir Jacob pour la plaine d'Aram auprès de Laban, fils de Betouël l'Araméen, frère de Rébecca, la mère de Jacob et d'Esaü.
6 Esaü vit qu'Isaac avait béni Jacob et l'avait envoyé en plaine d'Aram pour y prendre femme et qu'en le bénissant il lui avait donné cet ordre : « Tu n'épouseras pas une fille de Canaan. »

Seulement là encore cette bénédiction est obtenue par la ruse de Rébecca qui se plaint des mésalliances d'Esaü et non pas du désir de vengeance de ce dernier.

Il me semble que ce qui se passe lors du combat avec l'Ange (YHWH) et qui se termine par une demande de bénédiction permet à Jacob de devenir celui que Dieu attend pour être un des pères de son peuple.

Peut-être que la bénédiction reçue (et gagnée de haute lutte) ainsi que le nouveau nom répondent à ces deux bénédictions qu'il n'aurait pas du recevoir.

Je cite le texte dans la traduction de la TOB:

23 Cette même nuit, il se leva, prit ses deux femmes, ses deux servantes, ses onze enfants, et il passa le gué du Yabboq.
24 Il les prit et leur fit passer le torrent, puis il fit passer ce qui lui appartenait,

25 et Jacob resta seul. Un homme se roula avec lui dans la poussière jusqu'au lever de l'aurore. 26Il vit qu'il ne pouvait l'emporter sur lui, il heurta Jacob à la courbe du fémur qui se déboîta alors qu'il roulait avec lui dans la poussière.

27 Il lui dit : « Laisse-moi car l'aurore s'est levée. » — « Je ne te laisserai pas, répondit-il, que tu ne m'aies béni. »
28 Il lui dit : « Quel est ton nom ? » — « Jacob », répondit-il.

29 Il reprit : « On ne t'appellera plus Jacob, mais Israël, car tu as lutté avec Dieu et avec les hommes et tu l'as emporté. »

30 Jacob lui demanda : « De grâce, indique-moi ton nom. » — « Et pourquoi, dit-il, me demandes-tu mon nom ? » Là même, il le bénit.
31 Jacob appela ce lieu Peniel — c'est-à-dire Face-de-Dieu — car « j'ai vu Dieu face à face et ma vie a été sauve ».

32Le soleil se levait quand il passa Penouël. Il boitait de la hanche. 33C'est pourquoi les fils d'Israël ne mangent pas le muscle de la cuisse qui est à la courbe du fémur, aujourd'hui encore. Il avait en effet heurté Jacob à la courbe du fémur, au muscle de la cuisse.

On peut dire si on colle au texte que Jacob qui a peur des réactions de son frère (et à juste titre) une fois de plus invente un stratagème. Il met entre son frère et lui-même sa famille et tous les biens (versets 23-24). Ce n'est pas très très brillant.

Lui, il ne passe pas le Yabboq, il reste en arrière presque à l'abri. Après tout si la rencontre avec Esaü se passe mal; il pourra toujours repartir en arrière en laissant en otage ses biens, lui aura la vie sauve. Jacob ne brille pas par son courage.

Or cette nuit là, il va être obligé de se battre pour défendre sa vie. Seulement il ne sait pas contre qui il se bat. Simplement il lutte dans la poussière. Avant le lever du soleil l'homme pour essayer de vaincre Jacob termine la lutte par un coup bas (ce que Jacob a fait d'ailleurs par deux fois à son frère.

Le combat avec l'homme (ange) se termine par une bénédiction (dont nous n'avons pas les paroles) qui appartient désormais en propre à Jacob.

Je pense que l'on peut peut-être combler le blanc en y mettant la bénédiction donnée à Abraham après la ligature d'Isaac, puisque tous deux ont été vainqueurs de l'épreuve qui leur a été proposée.

15 L'ange du SEIGNEUR appela Abraham du ciel une seconde fois
16 et dit : « Je le jure par moi-même, oracle du SEIGNEUR. Parce que tu as fait cela et n'as pas épargné ton fils unique,

17 je m'engage à te bénir, et à faire proliférer ta descendance autant que les étoiles du ciel et le sable au bord de la mer. Ta descendance occupera la Porte de ses ennemis ; 18 c'est en elle que se béniront toutes les nations de la terre parce que tu as écouté ma voix. »

Mais non seulement Jacob n'est plus un usurpateur, la bénédiction lui appartient en propre, il l'a gagnée, il ne l'a pas volée, mais surtout il reçoit un nom qui deviendra celui de tout ses descendants: Israël.

Donner un nom c'est faire de l'autre un nouvel être et toute naissance d'un homme nouveau est bénédiction. Cette bénédiction là, elle appartient en propre à Jacob personne ne pourra la contester.

Voir aussi mon autre billet: http://giboulee.blogspot.com/2008/11

vendredi, juin 26, 2009

La résurrection moment zéro.



Dans une hymne de l'office des lecture, il y a la strophe suivante:

Ouvrez la fente de vos coeurs,
Et voyez celle du Seigneur,
L'arbre de vie;
Rapprochez-les, restez greffés,
Buvez la sève désormais
Dont la plaie du Christ est remplie.

Cette strophe: approcher la blessure de son coeur de celle du coeur de Jésus m'émeut.

Mais une lecture de ces jours derniers (Sacré Coeur de Jésus) va plus loin. Elle commente l' évangile de Jean (le coup de lance) et dit que du coeur sort la source de vie (l'eau et le sang) que cette eau est à notre portée, qu'il suffit de s'approcher et de boire.

Bien entendu il il y a un geste à faire de notre part, mais on peut tout à fait s'imaginer comme mettant ses mains en coupe pour recevoir de cette eau (qui d'entre nous ne s'est pas désaltéré ainsi) ou aller carrément poser ses lèvres sur le corps de Jésus qui se laisse ainsi toucher par nous.



Cette possibilité pour moi, qui a souvent en tête le "ne me touche pas "signifié à Marie-Madeleine et qui me dit que Jésus est le Tout Autre et que je n'ai pas à porter la main sur Lui pour Le retenir, pour en faire "ma" chose, est une sorte de magnifique cadeau.

Oui Il se laisse toucher, oui je peux poser mes lèvres sur son corps là où le sang et l'eau coulent.

Mais il y a autre chose. Si on suppose que la mort de Jésus a eu lieu à trois heures de l'après-midi, et que les corps devaient être enlevés avant le coucher du soleil, on peut bien imaginer qu'il s'est passé environ deux heures entre la mort de Jésus et le coup de lance. Or il me semble que normalement rien n'aurait sortir de cette plaie, car la mort (rigidification) aurait déjà du faire son oeuvre.

Que l'eau et le sang jaillissent, est pour moi comme le signe que la résurrection est déjà à l'oeuvre et que le corps qui va être descendu de la croix et mis au tombeau n'est pas un corps en décomposition, mais un corps qui revient déjà à une nouvelle vie. Et c'est bien pour cela (en tous les cas pour moi aujourd'hui) que ce n'est pas vers un corps mort que je m'approche pour m'abreuver, mais un corps déjà vivant.

samedi, juin 20, 2009

"Ceci est mon corps livré pour vous"




Sur un forum évangélique,G je lis en ce moment un commentaire très intéressant sur l'homme possédé du pays des Géraséniens en Luc 6, 26 et svts). Je mets le lien: http://chretiens-partage.forumactif.info/mditations-chrtiennes-etudes-bibliques-exhortations-f20/libert-t3624.htm#45732

Ce texte qui est publié jour après jour,qui me fait parfois un peu réagir, a cependant un impact important sur moi. Le texte publié aujourd'hui (samedi 20/06) qui parle de tous ces liens qui nous tiennent captifs, de ces liens qui font que même à notre insu, nous ne sommes pas dans la liberté.

J'ai écrit il y a peu de temps que la notion d'un Dieu qui se fâche contre sa création au point de vouloir la détruire, et qui renonce à cette pulsion à cause du "sacrifice" de son fils ( alors qu'il n'a pas accepté celui d'Isaac,B) même si je la comprends dans le contexte de l'écriture de la Bible, me heurte encore aujourd'hui.

Et aujourd'hui, au moment où le prêtre a prononcé la phrase de la consécration sur le pain, j'ai entendu le mot "livré" et il s'y est aussitôt le mot "livré", et "libéré", comme si le fait de se livrer avait produit la libération, notre libération. En instant, j'ai pleinement compris que ce dont Jésus nous libère, c'est du mal qui nous possède.

Il nous libère de la convoitise qui, que nous le voulions ou non, est en nous, car la convoitise est inhérente à la condition humaine.

Jésus qui Lui n'est pas sous le poids du mal, puisqu'il est sans la marque du mal qui est le péché, accepte de se donner. Il porte sur Lui, comme le dit Isaïe au chapitre 53,J le mal qui nous possède, le mal qui est en nous, et cela le conduit à la mort. Il semble même que dans le duel qui se joue en permanence entre le bien et le mal, le bien perde et le mal (la mort) triomphe.

Jésus accepte de devenir l'otage du mal pour que nous en soyons libérés. La vie d'un seul est donnée (et c'est le mot donnée qui est important) en rançon pour la multitude. Autrement dit, Il se livre notre place pour nous rendre libres. Cette rançon c'est d'une certaine manière au mal qu'elle est versé. En contre partie il doit rendre ceux (la multitude), qu'il tenait dans ses filets.

Quand quelqu'un est prisonnier, et quand il faut verser une rançon, c'est bien à l'ennemi qu'il faut la verser. Ceci pour dire que cette rançon c'est le prix pour sortir de la puissance du mal.

L'alliance avec Dieu le Père devient possible parce que le mal est vaincu et que rien ne vient désormais s'interposer et ternir la relation d'amour.

En prenant sur Lui ce mal qui nous enchaîne, Il nous en libère totalement. Du moins il devient possible de sortir de cet esclavage en le suivant Lui, qui a vaincu le mal et la mort.

L'Esprit Saint reçu au baptême, c'est à dire par cet acte où nous plongeons symboliquement dans les eaux de la mort pour revenir à la source de la vie, nous donne la force de sortir de cet esclavage. Nous pouvons être reconnus par Dieu Père comme ses enfants aimés.

On peut appeler cela la réconciliation, mais il me semble qu'il s'agit de bien autre chose. Il s'agit de la création (ou de la re création) d'une relation entre Dieu et l'être humain qui permet à celui ci de devenir Vivant comme Dieu est Vivant.



Petit additif du 21/06/09.
On dit parfois que Jésus a découvert ce qu'Il devait faire au fur et à mesure. Peut-être que lorsqu'il énonce en Mathieu 6 la dernière demande du Notre Père: délivre nous du mal, peut-être ne sait Il pas encore comment Il va devoir faire pour que l'humanité soit enfin capable de résister à la tentation. Peut-être que la bascule après la transfiguration que l'on peut noter dans les synoptiques correspond au moment où Jésus sait que seule sa mort sur le croix permettra à l'homme de devenir fils de son Père.

lundi, juin 15, 2009

Additif ou rectificatif, les pleins et les déliés.




Dans le dernier billet où je parle de la phrase que nous prononçons en nous frappant la poitrine en signe de je ne sais pas trop quoi, disons d'humilité, avant de "devenir ce que nous recevons", c'est à dire le corps du Christ poussera peut-être certains à me taxer taxer d'un grand orgueil ou d'un sacré manque d'humilité.

Or je suis tout à fait consciente de la "distance" qui existe entre moi et le Tout Autre. La vision du prophète Isaïe au chapitre 6:"je suis un homme aux lèvres souillées", je peux la faire mienne surtout quand je me rends compte à quel point il est facile de juger l'autre simplement sur des présomptions ou parfois sur un simple regard. Qu'il est difficile parfois de voir en l'autre un frère ou une soeur en Christ surtout quand physiquement on ne le trouve pas beau du tout ou quand on n'apprécie pas sa manière d'être.

Je suis tout à fait consciente de toutes ces scories qui sont en moi et qui obstruent la source de Vie qui m'a été donnée. Mais comme je me sais incapable de me changer moi, alors je demande à L'esprit saint, celui qui transforme le rigide en souple, le brûlant en rafraîchissant, d'accomplir ce travail de titan. Du coup, je ne m'en veux pas, la seule chose dont je pourrais m'en vouloir serait de manquer de foi pour demander ces changements.

Il y a un certain temps de cela, j'ai eu la conviction (certitude) que lorsque je participais à l'eucharistie, d'une certaine manière en arrivant je revêtais un vêtement blanc, le vêtement de celui qui est invité à entrer dans la joie. Que cette vêture était un cadeau et qu'elle me permettait aussi de me décentrer de moi pour être dans le mouvement et la présence de ce qui se passait ici dans telle ou telle église.

Et si je suis invitée à entrer et à demeurer avec quelqu'un, ce n'est pas pour me frapper la poitrine en signe de deuil.

Oui je suis heureuse d'être là, oui, j'ai faim et soif de celui qui donne la vie et si je désire faire un avec Lui ce n'est pas pour ma battre la coulpe. Le Seigneur est venu pour la multitude, Il sait que poussière je suis, et Il sait aussi que son Esprit me rend un peu plus vivante de Sa vie.

Et ceci me conduit parler d'une expérience qui a été importante pour moi, et que je nomme mon expérience des "pleins et des déliés".

Je suis d'une génération où l'on apprenait à écrire avec un porte plume, des plumes sergent-major, et de l'encre violette. Etant gauchère, l'écriture n'était pas quelque chose de facile pour moi et j'ai longtemps béni le "corrector" qui permettait de faire disparaître les pâtés. J'avais de très mauvaises notes en écriture et une position des doigts très crispée sur le porte plume.

Il m'a fallu pour écrire correctement les majuscules, apprendre à faire les "pleins et les déliés". J'en ai essayé des plumes pour essayer de faire quelque chose de correct, mais je dois dire sans beaucoup de succès et j'ai béni l'apparition des premiers bics.

En principe délier s'oppose à lier et c'est Christ qui délie l'homme de ses péchés qui pèsent sur lui et qui ne lui permettent pas la relation à Dieu. C'est la notion de déliaison qui fonctionne dans cette approche est un allégement, une libération. Cette déliaison n'a rien à voir avec celle dont parle la psychanalyse où les forces de déliaisons sont des forces de mort qui s'opposent à pulsion de vie.

La déliaison du poids du mal qui nous entrave, permet au contraire à la pulsion de vie de reprendre ses droits, d'être libérée.

Or quand on maîtrise bien la technique de l'écriture à la plume, la main devient adroite, elle s'allège, elle dirige le trait, elle elle devient capable de faire du beau. Il y a bien une déliaison qui se fait au niveau du geste au niveau du contrôle du geste. La main prend une certaine autonomie, une liberté.On acquiert un geste délié.

Cette liberté je l'ai ressentie au niveau du regard, dans une manière nouvelle de regarder une piste de ski. Je me suis rendue compte que je pouvais la regarder "autrement" avec un un regard plus vaste,plus large ce qui me permettait l'aborder autrement. J'ai ressenti alors en moi cet allégement du regard. Mon regard d'une certaine manière sortait de ses habitudes, il était autre, il s'était délié.

On parle beaucoup de changement de cadre en psychologie de la communication. Là cela s'était fait tout seul (peut-être aussi que ma manière de skier est plus souple) et il m'a semble que cette nouvelle acuité, allait aussi fonctionner dans ma vie spirituelle.

Ce qui est étonnant c'est que depuis que j'ai publié le billet où je manque d'humilité, je ressens une immense envie de rire quand je prononce cette phrase et que je suis joyeuse; ce qui est normalement l'attitude de celui qui va partager un repas de fête. Alors j'espère que je n'ai peut-être "pas si faux que cela".

samedi, juin 13, 2009

Il y avait longtemps.


Il y avait longtemps que je n'avais pas eu d'idées curieuses. En écoutant jeudi 11 Juin, pour la fête de saint Barnabé l'évangile Mathieu 10, 9-11,

"Dans chaque ville ou village où vous entrerez, informez-vous pour savoir qui est digne de vous accueillir, et restez chez lui jusqu'à votre départ.
En entrant dans la maison, saluez ceux qui l'habitent. Si cette maison en est digne, que votre paix vienne sur elle.
Si elle n'en est pas digne, que votre paix retourne vers vous".

J'ai entendu le mot "digne"; Choisissez une maison digne de vous accueillir, ce qui peut vouloir dire que pour Jésus ceux qui sont ses messagers, ses annonceurs sont remplis de Lui et qu'il faut donc une maison qui reconnaisse que c'est un honneur que d'accueillir ces personnes qui le représentent.

Alors naturellement j'ai pensé à la phrase que nous répétons à chaque eucharistie: "je ne suis pas digne" et j'avais un peu l'impression -pardonnez moi- d'un marchandage oriental. Je suis déclarée heureuse parce que je participe au festin qui me donne des aujourd'hui la vie éternelle, et moi, je me rétracte en disant: "mais non mais non, je n'ai pas le droit d'être là. Je ne suis qu'un pauvre petit ver de terre". Et Le seigneur s'il respecte la règle du jeu, devrait dire, "mais si mais si", tu es digne. Et moi je devrais reprendre... En fait j'avais aussi en tête le marchandage auquel se livre Abraham pour obtenir un morceau de terre qui lui appartienne pour enterrer son épouse, c'est à dire une manière de penser et d'agir qui est différente de la mienne.

Tout ça pour dire que je ne crois pas que le mot digne soit un bon mot. SI finalement on utilise la phrase prononcée par le centurion c'est beaucoup plus par sa finale: dis une parole et mon serviteur sera guéri.Un des problèmes que j'ai avec cette phrase, c'est que je connaissais une jeune fille qui était IMC (infirme moteur cérébral) et qui avait une main recroquevillée, qu'elle cachait en permanence. Et quand elle parlait de cette main elle disait"ma main est pourrite" alors souvent je me surprends à dire:"guéritte";

Autre dérive.

aujourd'hui, lecture du chapitre 24 du livre de l'exode: l'alliance au Sinaï. D'une part je compatis à ces jeunes gens qui sont censés égorger des taureaux, car je doute que ces bêtes se laissent faire si facilement que cela et je me demande si au sang des taureaux il n'y a pas un autre sang qui se mêle. Ensuite il y a Moïse qui asperge le peuple avec le sang et au fond de moi, ça dit berk.

Et du coup, je me dis que Jésus qui lui faire ingérer (boire le vin qui est symbole de son sang) a une approche très différente. il ne s'agit plus de faire alliance avec un geste extérieur, mais avec quelque chose qui engage de l'intérieur, car incorporer, c'est mettre en soi, c'est mettre au dedans pour que le dedans soit transformer et là il s'agit bien d'une nouvelle alliance. Il ne s'agit plus de faire alliance pour être protéger par dieu, mais de faire alliance pour devenir un avec.

Quant à la troisième dérive elle est bien pire. C'est la réconciliation. Dans l'évangile de Marc qui a été lu aujourd'hui, il est dit: « Ceci est mon sang, le sang de l'Alliance, répandu pour la multitude. Bien entendu quand on connaît le 4° chant du serviteur en Isaïe 53, on ne pas penser au rachat. Mais dans ce texte il est question du sang répandu (comme du souffle répandu dans l'évangile de Jean quand jésus remet son esprit) et pour moi au delà du marchandage de la réconciliation. Il y a quelque chose d'universel, d'immense, de gratuit. il y a une voie qui se crée, un chemin qui s'ouvre parce que Jésus se donne entièrement et ne garde rien pour lui. Alors le sang féconde l'univers et l'homme trouve en Jésus et par jésus véritable relation avec Dieu. .

Je ne peux m'empêcher de penser et de croire qu'un Dieu qui se dit être Amour (même si nous sommes loin de comprendre ce que peut-être l'amour pour Dieu) ne doit pas être suffisamment stupide pour désirer écraser et éliminer cet être qu'il a laissé advenir dans l'univers que nous connaissons. Bien entendu Il a ce pouvoir ou du moins nous aimons à le croire. Que Jésus soit aussi celui qui vient en nous libérant du mal vient nous sauver de cette menace, pourquoi pas. Mais l'important est bien cette délivrance du mal (dernière demande du Notre Père, donc pour moi la plus importante) et que du coup nous puissions suivre le chemin qu'Il nous montre et qui est celui qui permet comme le dit Paul de Le laisser vivre en nous pour que nous devenions LUI et entrer dans l'amour.





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lundi, mai 11, 2009

Accompagnement: quand l'accompagnateur est blessé


Reflexions .

Je ne pensais pas que mon arbre (mon majestueux platane aux feuilles nombreuses et avec plein de ramifications) me serait aussi utile pour me sortir d'un vécu difficile. Je l’avais beaucoup utilisé pendant ma radiothérapie, pour qu’il aspire en quelque sorte les effets nocifs de rayons et rejette dans l’atmosphère quelque chose du purifié. Je le visualisais pendant les séances comme une sorte de bouclier bienfaisant.

Si j’explicite un peu plus, cela peut se visualiser de la manière suivante : à l’inspiration je vois tout le mauvais qui est en moi et qui est pris dans les feuilles. A l’expiration, le mauvais passe dans l’arbre descend dans la terre par les racines et est éliminé. Ce qui se passe ensuite est trop compliqué, mais il y a purification.

Cela se cale sur la prière du coeur, Seigneur Jésus fils de Dieu (Lumière purificatrice), aies pitié de moi pécheur( élimine le mal qui est sur moi).

Pourquoi ai-je eu recours à cette technique ? Parce que récemment dans un accompagnement j’ai été extrêmement blessée par la personne que j’accompagne au jour le jour. Oui je dis bien au jour le jour, ce qui est peut-être un peu fou, mais c’est comme ça .

Cette personne a voulu d’un coup rompre la relation que nous avons. Je n’ai pas compris ce qui se passait en elle, je me suis sentie rejetée, mise à la porte, et je dirais après un certain recul complètement reniée comme dans une famille il peut arriver que le père ou la mère renie son enfant en le mettant à la porte et d’une certaine manière en rompant tous les liens qui ont pu exister.

Je suis allée me coucher, très mal dans mon psychisme, très blessée et ayant un intense besoin de me mettre en boule sur ma blessure, un peu comme un petit chat qui a besoin de temps pour se guérir. J'avais rarement été blessée aussi profondément. Concrètement cela s’est traduit pour cette personne par le fait que je pouvais pas, contrairement à ce que je fais habituellement passer du temps avec elle. Je me connais suffisamment pour savoir aussi que ce temps était indispensable pour moi, pour réfléchir, pour me remettre et même si elle allait considérer cela comme une punition, il était important que je signifie ma manière d’exister et mon refus de me laisser détruire, car cela à long terme ne pouvait qu’augmenter la culpabilité de cette personne.

Je veux dire que quand quelqu’un a vécu des choses extrêmement douloureuses, il a souhaité la mort de la personne qui lui a infligé cette souffrance et il est important que cela reste à l’état de fantasme, car sinon cela bascule dans la "toute puissance de la pensée" et c‘est extrêmement dommageable,car cela maintient à un niveau très régressé.

Puis en réfléchissant à cette attaque, et à ce que j’avais ressenti, je veux dire ce reniement, je me suis rendue compte que compte tenu de son histoire, cette personne m’avait fait à sa manière comprendre ce que elle avait vécu et vivait encore au quotidien, à savoir cette exclusion, ce rejet.

En termes techniques cela s’appelle l’identification projective. C’est un mécanisme très archaïque, utilisé par le bébé à un moment où bien entendu il est incapable de comprendre ce qui se passe en lui. Il envoie alors dans sa mère tout le mauvais qui l’envahit, ce qui lui permet de s’en débarrasser, mais la mère porteuse du mauvais devient aussi très dangereuse puisqu’elle pourrait se venger. Je veux dire que si le bébé en veut à la mère de mourir de faim (d'être dévoré par la faim), il va se voir lui en ogre dévorant, projeter cette représentation sur sa mère qui risque donc de le dévorer, sauf et c’est là que le rôle maternel normal apparaît à plein,si elle comprend ce qui passe pour son bébé, lui donne non seulement le sein mais aussi des mots doux et enveloppants pour lui faire comprendre qu’il n’est pas méchant et qu’elle l’aime.

Bion qui est un psychanalyste anglais, élève de Winnicott et de Mélanie Klein appelle ce rôle de la mère « la machine à penser les pensée » et je crois que c’est une des fonctions du thérapeute quand il est confronté soit à des personnes qui n’ont pas ou peu de paroles pour exprimer ce qu’elles ressentent (polyhandicapés ou patients autistes),soit à des personnes qui ont vécu des traumatismes très précoces et dont une partie d’eux-mêmes est restée bloquée à un stade très archaïque de développement.

Je veux dire que me rendre compte que ce cette personne voulait (inconsciemment) me faire comprendre par cette blessure qu’elle m’infligeait, quelle était l’intensité de sa souffrance à elle qui avait été considérée depuis toujours comme un déchet.

A partir de ce moment là mon regard a commencé à changer et sur elle et sur moi. Je pouvais dire qu’elle me permettait de comprendre du dedans l’intensité de sa souffrance à elle, d’enfant pas désiré, pas accepté, reniée en permanence.

J’ai parlé dans ce blog de l’impact qu’a eu sur moi du livre de Sogyal Rinpoché : le livre tibétain de la vie et de la mort.

Dans un premier temps, il fallait me « restaurer ». Alors j’ai considéré cette blessure comme un nuage toxique dont il fallait me débarrasser pour que je redevienne guérie. J’ai utilisé donc la visualisation, l’arbre aspirant mon mal et le rejettant dans les profondeurs de la terre, mais avec cette représentation du souffle, il y avait aussi la représentation de Jésus qui peut tout guérir et qui a pris (comme mon arbre) toutes les souffrances sur lui, car lui aussi a été renié.

Dans un deuxième temps, après une soirée assez difficile, car quand une personne a été autant blessée, elle réagi ensuite en tout ou rien c’est à dire qu’elle n’est pas capable de fonctionner avec le et (c’est à dire qu’un individu peut être bon et méchant, ce qui est la signature de l’acquisition de la position dépressive décrite par Mélanie Klein), mais avec le ou (ou méchant ou gentil, ou accueillant ou reniant), j’ai pu commencer à me sortir un peu de ma propre peine et à pouvoir comme cela est raconté dans le livre cité, commencer à voir cette souffrance comme une sorte de fumée noire qui empêche cette personne de vivre, qui est comme une espèce de maladie.

Je peux alors commencer à la regarder avec compassion et désirer la débarrasser de cette fumée noire. Pour ma part, étant chrétienne, je prends appui sur le Christ et surtout sur l’Esprit Saint, car je me sais moi incapable de venir à bout de ce nuage de souffrance, mais j’ai une demande précise à formuler dans la prière.

Si je continue à suivre un peu ce que j’ai retenu de ce livre, cela me permet d’élargir considérablement ma prière à tous ceux et toutes celles qui ne se senti jamais accepté par leur famille, qui en ressentent une honte considérable, car ne pas être comme les autres, provoque automatiquement le sentiment de honte.

Cela m’a permis aussi de revenir à la passion de Jésus et de me dire que si quelqu’un a bien vécu tout ce qui humilie et défigure l’humain c’est Lui, et qu’Il peut donc agir , puisqu’Il sait ce que c’est.

Puis toujours si je suis les enseignements de ce livre, il me faut reconnaître que cette fumée noire qui s’est en quelque sorte emparée de moi, elle a un rôle. Elle est là pour détruire quelque chose en moi, quelque chose de pas bon. Cela c’est ma dernière découverte et elle est de taille.

Dans les psaumes il est souvent question d’un cœur brisé, d’un cœur broyé. Je crois que ce que j’ai vécu durant ces quelques jours, doit permettre à mon cœur si j’accepte au plus profond de moi cette brisure, une nouvelle vie.Ce n'est plus une puissance de mort, mais une puissance de vie et cela permet aussi d'entrer dans la louange telle que la décrit M.Carrother).

Je veux dire que seule la mort librement acceptée permet une sorte d’éclatement et ensuite de restructuration qui est la vie qui se manifeste. La seule image que j’ai pour expliciter ceci est le kaléidoscope. Il faut que les morceaux s’écartent s’éclatent pour qu’un nouveau dessin encore plus beau apparaisse.

Ce que je veux dire, mais ce n’est pas encore très aisé, c’est qu’après une phase de révolte, ce n’est pas juste, je n’ai rien fait pour ça, qui m’a conduit à comprendre ce que ma « patiente » (celle qui souffre) vivait au plus profond d’elle même, je pouvais accepter cela comme presque un cadeau qui me permet de changer en acceptant la mort.

Je veux dire aussi que compte tenu de l’histoire de cette personne, je me demande si cela ne va pas me pousser au lieu de haïr la mère qu’elle a eu, à prier pour que la noirceur qui est en cette mauvaise mère puisse elle aussi être absorbée et changée. Je ne suis pas concernée directement bien sûr, mais peut-être est –il possible d’avoir une certaine compassion (pas un truc nian nian) mais désirer que la Lumière l’envahisse.

Je ne peux que dire merci à mon arbre d’avoir été un compagnon fidèle, qui m’a permis parce qu’il m’apportait un purification et une consolation d’aller bien au delà et de pouvoir accepter une certaine brisure du cœur pour que la Vie se manifeste.

lundi, avril 20, 2009

"Les portes étaient verrouillées" Jn 20,19


Au cours de la célébration d'hier, il y a eu un partage d'évangile. Bien sûr autour de Thomas. Je me suis d'ailleurs demandé pourquoi Jésus parle de ses mains et de son côté mais pas de ses pieds. Et j'ai aimé la séquence: "voir la trace des clous, mettre le doigt à l'endroit des clous et mettre la main dans côté" qui curieusement m'a fait pensé à Pierre le soir du jeudi saint: "pas seulement les pieds, mais les mains et la tête". Je dois dire que ce "voir" qui doit être complété par un toucher, comme pour être certain qu'il ne s'agit pas d'une illusion d'optique, me plaît bien.

Avant le partage, j'avais été sensible à ce que fait Jésus quand il "répand" sur eux son souffle en disant "Recevez l'Esprit saint", car au moment de sa mort Jésus en rendant son souffle "le répand". Il ne garde rien pour lui.

D'une certaine manière, c'est en se vidant totalement que Jésus peut donner la vie aux siens. Le dernier "soupir" qui est signe de la mort, devient le signe de mort vaincue, de la vie donnée.

Et à partir de ce souffle répandu, m'est venu un lien entre les portes verrouillées et le souffle.

Quand Jésus est mis au tombeau, la pierre est roulée, les gardes surveillent, d'une certaine manière le mort est verrouillé dans sa tombe.On est certain qu'il n'en sortira pas. En verrouillant les portes (par peur des juifs) les disciples, qui sont "morts de peur", qui sont incapables d'entendre les témoignages de Marie-Madeleine ou des femmes, sont enfermés dans cette pièce comme dans un tombeau. Ils se sont enfermés eux mêmes. L'espoir en eux est mort, et ils sont morts. Il n'y a plus rien de vivant en eux, si ce n'est leur deuil.

Et Jésus arrive, et par son souffle il les délie de la peur, il les rend vivants, il les fait sortir du tombeau où ils s'étaient eux même enfermés.

Le pouvoir qu'Il leur donne, délier les péchés ou les retenir, n'est ce pas ce qu'Il vient de faire Lui en les "déliants" de la peur.

Jésus rend vivant tout ce qu'il touche et peut-être nous donne-t-Il la possibilité de partager avec Lui ce don de Vie.

Il y a encore un point qui m'a étonnée, c'est que Jésus répand certes son Esprit, mais qu'il faudra attendre le jour de la Pentecôte, le jour du "feu" pour que les apôtres puissent réellement quitter leur peur et sortir du tombeau. Car 8 jours après, les portes sont toujours verrouillées, ce qui laisse à supposer que la peur de l'arrestation demeure, malgré ce qu'ils ont vu et vécu.Il faudra donc ce délai de 50 jours pour que les disciples puissent devenir témoins.

Il faudra la chaleur et la lumière du feu, la force du souffle divin, signes de l'action conjuguée du Père et du Fils, pour que des hommes nouveaux naissent et puissent transmettre au monde les mots soufflés par l'Esprit Saint.

lundi, avril 06, 2009

"Porter sa croix".

Porter sa croix.

Porter sa croix, c'est une expression banale, mais que mettre derrière? En cette semaine sainte, où il va beaucoup être question de sacrifice, de mort, de mort sur la croix, est ce que je peux (est ce que je dois) porter ma croix si je veux suivre Jésus?


Car Jésus dit : « Si quelqu’un veut être mon disciple, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive ». Peut-être que l'on n'insiste pas assez sur le mot disciple et trop sur le mot croix.

Quand j’écris cette phrase, je ne peux m’empêcher de penser à ce que Jésus dit au paralytique : « prends ton grabat et rentre chez toi ». D’une certaine manière on peut dire que pour celui qui ne peut se mouvoir seul, le lit est bien le signe de sa dépendance, sa croix au jour le jour.

Très longtemps on a identifié la croix à la souffrance. Porter sa croix c’était (du moins dans mon enfance) s’imposer des actes qui pouvaient faire un peu mal, procurer une certaine souffrance, par exemple : se priver de quelque chose, pour avoir mal comme Jésus a eu mal. Mais cette manière de faire, me semble un peu perverse, car hélas, il peut y avoir une glorification à se priver!

Quand j’étais étudiante, j’avais décidé durant le temps du carême de me nourrir de sandwiches au lieu des repas du restaurant universitaire. Au bout d’une semaine je me suis rendue compte que j’étais devenue très irritable et que cette privation avait en fait un effet nocif. Alors j’ai choisi autre chose, ne pas courir dans le métro ou plus précisément, ne pas passer quand un train entrait et que les portes des portillons commençaient à se fermer pour empêcher l’accès aux quais. Cela m’obligeait à partir peut-être un peu plus tôt, et à ne pas passer devant les autres. Je dois dire que cet exercice a été infiniment plus profitable qu’une privation d’aliments. Peut-être aussi accepter de ne pas être la première à monter dans la rame..

Curieusement Jésus compte tenu de son état physique n’a pas porté sa croix : il a été aidé par Simon de Cyrène. De ce fait je ne suis pas certaine que « prendre notre croix » soit si facile. Nous avons souvent besoin d’aide, et c’est important de le reconnaître. Pourtant que ce soit le paralytique de Luc ou celui de Jean, l’un et l’autre portent à pleines mains, à plein bras, ce qui fut le signe de leur souffrance, de leur croix. Pour eux, c’est derrière. La souffrance n’existe plus, ils sont guéris. Il y a peut-être des croix qu’il faut brûler…

Hier il m’est venu une idée. Prendre sa croix, c’est reconnaître « tout ce dont on a peur ». Ce n’est pas se créer de la souffrance, c’est accepter les peurs qui sont en nous, les nommer (peur de la maladie, peur de la mort, peur de l’abandon, peur de la ruine, peur de la solitude) ne pas les fuir, accepter de reconnaître qu’elles sont en nous et pas à l’extérieur.

Jésus dans les synoptiques, au jardin des Oliviers montre à quel point la peur de ce qu’il va devoir vivre lui fait peur. Que Lui, ait pu avoir peur est quand même très rassurant pour nous. Comme Lui, nous pouvons avoir peur de la souffrance, de l’abandon, de la mort. C'est humain (Vrai homme, vrai Dieu).

Ces peurs elles sont un peu notre face d’ombre: ce sont des facettes de nous mêmes dont nous ne voulons pas, parce qu’elles altèrent notre image. Les reconnaître c’est reconnaître notre faiblesse, notre incapacité à y faire face.

Nos peurs ce sont nos croix. Si nous suivons Jésus, nous ne sommes plus seuls avec nos peurs. L’un des maîtres mots de l’Evangile n’est-il pas : « N’ayez pas peur » ?

Suivre Jésus, c’est se reconnaître tel que l’on est avec son fardeau de peurs. C’est être certain que celui qui a dit « Venez à moi vous qui ployez sous le fardeau » est capable d’être avec nous. Porter sa croix, c’est reconnaître ces choses qui nous font peur, sans les dénier, sans les fuir. C’est reconnaître nos faiblesses, nos finitudes. C’est reconnaître que nous ne sommes pas des bien portants et que c’est bien pour nous que Jésus est venu et a fini sa vie terrestre sur une croix devenue pour nous signe de Vie.

Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il se renie lui-même, qu'il se charge de sa croix, et qu'il me suive. Mat 16,24

Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole, et mon Père l'aimera et vous viendrons vers lui et nous nous ferons une demeure chez lui.
Jn 14, 23

vendredi, avril 03, 2009

Vous ferez ceci en mémoire de moi. Lc22, 19


Vous ferez ceci en mémoire de moi. Lc22, 19

Le texte de ce billet est lié à la lecture du livre de François Genuyt : l’épître aux romains, l’instauration du sujet, une approche sémiotique le cerf,2008 .

Je ne suis pas certaine d’avoir tout"bien compris" car l'approche sémiotique reste un peu ardue pour moi, mais l'épître aux romains est devenue beaucoup plus "amicale" pour moi. Cette lecture a orienté différemment ma réflexion et c’est ce qui s’est passé pour moi avec ce livre. Mais il a fallu du temps pour que cela puisse de transmettre dans l'écrit.

Ce qui aujourd'hui a pris sens pour moi, c'est la phrase "faites mémoire" comme si elle unissait les deux symboles pain et vin et leur permettait de devenir signe d'affiliation pour moi à l'ordre divin.

Quand je faisais mes études de psychologie, on m’avait enseigné que le père doit transmettre la loi à ses enfants. Ceci veut dire que le père peut transmettre une loi qui lui a été transmise par son propre père et qu’il a respectée, mais il n’est pas la loi.

Dans le cas de la transmission de l’interdit de l’inceste cela se dit de la manière suivante :" toutes les femmes sauf ta mère".

Ceci est bien proche de l'interdit donné à Adam dans la Genèse, " tous les arbres sauf l’arbre de la connaissance du bien et du mal".

Moïse a donné une loi au peuple, mais cette loi il ne l’a pas crée, elle lui a été donnée, on peut presque dire qu’elle est divine. Il doit lui aussi s’y soumettre. Cetteloi ayant été donnée par un Autre, elle n’est pas la sienne et il est donc comme tous ceux de son peuple : s’il veut avoir le bonheur, il doit s’y soumettre, il doit obéir.

L’interdit de la genèse, me semble être l’interdit fondamental qui permet la vie sociale et qui oblige à tenir compte de la présence et de la volonté d’un Autre, et de reconnaître que cet Autre ne fonctionne pas dans l’arbitraire. Car la seule loi donnée dans la Genèse est celle qui vient bloquer la convoitise, or la convoitise c’est bien la marque de fabrique de l’humain : vouloir ce qu’à l’autre ; jusqu’à l’en faire mourir.

Mais...

Mais jee pense que chaque fois qu’un être humain décide de « faire » sa loi, alors ça dérape. Faire sa loi ce n'est peut-être être au-dessus des lois (encore que bien souvent il s’agisse de faire sa propre justice), mais de pervertir quelque chose: faire de l’autre un objet, alors que le but de la loi est de faire de l’autre un sujet à part entière.

Quand la loi est transgressée, cela a des effets dans le futur et sur les descendants. Ce n’est plus comme avant. D’une certaine manière c’est cela qui est raconté dans la genèse: il y a eu transgression et perversion de l’interdit, les effets atteignent les auteurs, mais aussi leurs descendants et leur environnement.

Mais quand la loi n’est pas donnée il y a comme le dit Lacan forclusion. Ce n’est plus de la perversion, c’est un véritable barrage, comme sur un cours d’eau et les risques d’inondation (perte de limite si l’on peut dire) sont considérables.

Ce qui permet l’interdit d’être efficace, c’est la parole dite et donnée qui permet à celui qui la reçoit de devenir sujet de cet ordre là et de rentrer dans une culture. Cela nécessite une soumission.

Dans le nouveau testament, quand Jésus la veille de sa passion dit aux disciples « ceci est mon corps, puis ceci est mon sang », il signifie qu’il se donne à eux totalement, qu’il ne retient rien pour lui et que d’une certaine manière l’interdit de la non absorption du sang est levée, puisque normalement il y a dans la genèse (‘alliance noachique) une équivalence entre sang et âme qui appartient à Dieu.

Ce don total pour moi, aujourd’hui, est une sorte de fusion, actualisée par Paul : « Ce n’est plus moi qui vit, c’est le christ qui vit en moi ».

Le symbolisme de l’alimentation est primordial, car c’est bien cette relation à la mère qui donne le sein, que se crée une relation unique qui perdurera qu’on le veuille ou non toute la vie.

Se donner totalement, personne ne peut le faire ici bas. Il y a incarnation de la parole : « il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux que l’on aime ».

Mais si on reprend l’idée de la nécessité d’une parole qui vise à la transmission, il me semble que la phrase de Jésus : « faites ceci en mémoire de moi « est fondamentale, pour moi presque plus que ceci est mon corps, ceci est mon sang. Elle donne sens.

Faire mémoire, c’est faire d’une certaine manière faire advenir du vivant. C’est montrer que Jésus n’a pas disparu, que la mort ne l’a pas vaincu, qu’Il est vivant pour l’éternité, non seulement vivant, mais actif.

Il y a comme une extension dans le temps des paroles prononcées ce soir là, au milieu de ses disciples. L’Amour de Jésus qui se donne totalement, et qui ouvre le chemin vers son Père (je préfère cette phrase à la notion de réconciliation, quitte à choquer, car la représentation d’un dieu, qui ne peut être apaisé que par un sacrifice « physique », renvoie à une image d’un Dieu de destruction, même si la résurrection montre qu’Il sort de cette violence pour passer dans la vie). Et c’est cette phrase qui pour moi, aujourd’hui, permet d’une certaine manière d’approcher un peu ce mystère de la présence de Jésus.

Si j’accepte « d’agir » cette phrase, d’être dans la transmission et peut-être une certaine obéissance, alors je rentre dans un monde autre, un monde d’amour et je demeure en Christ, comme lui demeure en moi. Je deviens sujet d’un autre ordre. Il ne s’agit pas d’oublier le premier interdit qui en terme psy est un interdit du cannibalisme, de l’incorporation de l’autre pour prendre ses pouvoirs, pour le détruire par convoitise, car cet interdit est la base de toute vie sociale . Mais de reconnaître que celui qui se donne totalement donne la vie en plénitude et que la mort est déja vaincue.

Faire mémoire, c’est rentrer dans un mouvement de transmission. C’est faire du vivant et c’est bien cela la fonction de l’être humain, même s’il est appelé à disparaître.

jeudi, mars 12, 2009

Réconciliation.

Le passage de Matthieu 5, 23 et svts, est me semble-t-il souvent utilisé par nos frères évangéliques pour dire que s'il n'y a pas d'expression verbale de pardon entre l'offenseur et l'offensé, si l'offenseur refuse de demander le pardon, il n'est pas nécessaire de lui accorder un pardon inconditionnel.

Ceci peut aussi vouloir dire que l'offensé peut parfaitement refuser de pardonner (ce qui se conçoit parfaitement dans certains cas et dans une logique humaine). Mais c'est un peu antinomique avec la demande que nous faisons à Dieu quand nous lui disons:" Pardonnes nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux nous ont offensés."

Seulement ce texte est à la suite des béatitudes et dans ce qu'on appelle je crois les "conseils évangéliques" de perfection. MIl suit directement le commentaire de Jésus sur la mise à mort: "Vous avez entendu qu'il a été dit aux ancêtres : Tu ne tueras point ; et si quelqu'un tue, il en répondra au tribunal" et moi je vous dis:......

Car Jésus commence bien par dire celui qui "maudit" son frère est passible d'une peine éternelle très lourde: la géhenne éternelle.

En d'autres termes si tu meurs après avoir maudit ton frère, même si tu crois être en règle avec Dieu parce que tu te comportes comme un bon juif pratiquant (un bon chrétien pratiquant), ne crois pas que ce soit si facile. Le mal que tu as fait, ne peut pas être effacé parce que tu tournes vers ton Père (relation verticale), tu as une dette (relation horizontale avec ton ou tes frères) et cette dette il te faut la payer.

Voici le texte (B.J.)

Mat 5 22 Eh bien ! moi je vous dis : Quiconque se fâche contre son frère en répondra au tribunal ; mais s'il dit à son frère : «Crétin ! », il en répondra au Sanhédrin ; et s'il lui dit : «Renégat ! », il en répondra dans la géhenne de feu.
23. Quand donc tu présentes ton offrande à l'autel, si là tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi,
24. laisse là ton offrande, devant l'autel, et va d'abord te réconcilier avec ton frère ; puis reviens, et alors présente ton offrande.
25. Hâte-toi de t'accorder avec ton adversaire, tant que tu es encore avec lui sur le chemin, de peur que l'adversaire ne te livre au juge, et le juge au garde, et qu'on ne te jette en prison.
26. En vérité, je te le dis : tu ne sortiras pas de là, que tu n'aies rendu jusqu'au dernier sou.

On peut noter que les versets 22 et 25 se répondent: la justice divine et la justice humaine: tribunal sanhédrin géhenne(pour le divin), juge garde prison remboursement (pour l'humain).

Or je crois que très souvent l'offenseur a soit oublié purement et simplement ce qu'il a fait (il était jeune, c'était autrefois, depuis il a changé), soit tendance à minimiser l'impact de son acte (si ça a eu un tel impact c'est que l'autre n'était pas bien costaud et qu'il ne devrait pas en faire toute une histoire).

Il y a comme un aveuglement devant le mal qu'il a fait subir (et que souvent il a lui-même subi).Et l'idée qu'il puisse y avoir une sanction lui est étrangère: je ne savais, je ne me rendais pas compte, je n'ai pas fait exprès, ce n'est pas de ma faute. Or un acte reste un acte, quelle que soit l'intention sous-jacente.

Il me semble que ce que disent les frères évangéliques c'est quelque chose comme: si tu as été l'offensé et que tu ailles voir ton offenseur et que celui ci refuse de te demander pardon, tu n'as pas à lui pardonner si tu estimes que tu as été trop détruit par le mal qu'il t'a fait subir.Tu as fait ce que tu estimais juste, lui signifier sa faute. Maintenant cela se réglera entre lui et Dieu, car il y aune justice de Dieu, ce n'est plus ton problème, mais ton cri a été entendu par Dieu et Il en tiendra compte;

Dans le texte, c'est bien de l'offenseur dont il est question. Se reconnaître offenseur est loin d'être facile, car se voir comme un mauvais objet est toujours un sale coup pour son orgueil et on se trouve bien souvent des excuses pour se justifier et expliquer son geste.

Ce texte je l'entendrai aujourd'hui comme une prière pour que je sorte de mon aveuglement, mes fausses justifications et que je devienne capable de demander pardon à ceux que j'ai pu blesser, sans souvent le vouloir, parfois en le voulant, mais que je ne cache pas derrière "ma " pratique.

Dans le billet que j'ai écrit sur le lâcher-prise, j'ai parlé de l'amour de Dieu qui est en moi et qui permet de pardonner totalement même à des personnes décédées.

La question qui se pose quand même reste la suivante: si je me reconnais pécheur et agresseur seulement devant Dieu, est-ce suffisant pour être sauvé?

Si comme le dit Paul, dans l'épître aux Romains, c'est la foi en Jésus qui me sauve, est ce que pour autant la faute contre mon frère est effacée si je ne pose pas dans un acte envers lui.

dimanche, février 22, 2009

"Qu'est ce que l'homme que tu en prennes souci..." Ps 8,4

2SEIGNEUR (YHWH), notre Seigneur, que ton nom est magnifique sur toute la terre, toi qui te rends plus éclatant que le ciel !
3Par la bouche des enfants, des nourrissons, tu as fondé une force, à cause de tes adversaires, pour imposer silence à l'ennemi vindicatif.
4Quand je regarde ton ciel, œuvre de tes doigts, la lune et les étoiles que tu as mises en place,
5qu'est-ce que l'homme, pour que tu te souviennes de lui, qu'est-ce que l'être humain, pour que tu t'occupes de lui ?

6Tu l'as fait de peu inférieur à un dieu, tu l'as couronné de gloire et de magnificence.
7Tu lui as donné la domination sur les œuvres de tes mains, tu as tout mis sous ses pieds,
8moutons et chèvres, bœufs, tous ensemble, et même les bêtes sauvages,
9les oiseaux du ciel et les poissons de la mer, tout ce qui parcourt les sentiers des mers.
10SEIGNEUR (YHWH), notre Seigneur, que ton nom est magnifique sur toute la terre !


Je suis sur un télésiège que j'occupe toute seule. Je contemple le paysage. Et d'un coup je me rends compte que cette magnifique création qui est là devant moi, elle est l'oeuvre de quelqu'un: l'oeuvre de Dieu. Il devient évident pour moi que cet Etre qui a crée tout cela, en est d'une certaine manière le propriétaire. Tout cela c'est à Lui et que moi petit être humain, je ne suis presque rien.

Je me suis souvent extasiée devant des fleurs de montagnes qui poussent au creux de rocher ou sur de la pierraille ou devant la profusion de couleurs, mais là c'est un autre sentiment, très différent. Quelqu'un a voulu "ça" et peu importe la manière dont Il s'y est pris, Il a crée la terre, le ciel et les étoiles.

Je comprends mieux ces paraboles de l'Evangile, où Jésus met en scène un roi part et laisse son royaume à d'autres mains.



Je dois dire que sur mon petit télésiège, entre terre et ciel, la phrase "que ton règne vienne" a pris du sens, car je ressens bien Dieu comme le roi et seigneur de cette terre (et peut-être d'autres univers).

Moi qui n'ai jamais pu me prosterner en signe de respect devant qui que ce soit, là, d'un coup, j'ai compris, ce que peut-être le respect, la crainte et l'adoration. Il y a l'infiniment grand d'un côté: le créateur et l'infiniment petit de l'autre, moi être mortel.

C'est un sentiment très bienfaisant, qui me donne envie de chanter, qui me fait littéralement jubiler.

Ce Dieu là, ce Dieu qui a tout crée (je ne veux pas rentrer ici dans des controverses sur la création en tant que telle) ce Dieu qui pourrait être intouchable, inabordable, est capable d'entrer en relation avec l'homme.Il se met au niveau de l'humain, lui donne son souffle, l'associe à son oeuvre de création à condition qu'il respecte la règle de l'Altérité. Je veux dire par là que le seul moyen de ne pas basculer dans le péché de convoitise (jalousie et envie) est de tenir compte de la parole d'un Autre, de faire référence à un Tu.

Ce Dieu là, a aussi été capable , voyant justement que cette altérité n'était pas possible de prendre chair dans un humain, mortel pour permettre de mettre à mort la convoitise et ouvrir à nouveau, pour tous les hommes le chemin de la relation avec Dieu.

"qu'est-ce que l'homme, pour que tu te souviennes de lui, qu'est-ce que l'être humain, pour que tu t'occupes de lui ?"

Je ne peux être que dans le merci et l'adoration de ce Dieu qui petit à petit se révèle à moi.

mardi, février 10, 2009

Petites réflexions.

Les textes de la messe d'hier, 9 février, à savoir le début du livre de la Genèse et l'arrivée de Jésus à Génésaterh,ont eu une certaine résonance en moi.

Le premier, m'a fait réagir sur le leitmotive: il y eut un soir, il y eut un matin, premier jour. Comme si il y avait là une durée énorme, que les mots de ne rendent pas, qui renvoient à autre chose qu'au temps qui pour nous sépare le soir du matin. Que fait Dieu pendant cette durée? Où est-Il? On peut imaginer qu'il crée (et surtout sépare) à partir du matin, dans un temps qui est le sien mais qui n'est pas le nôtre, mais ensuite quand le soir tombe, où va t il? C'est pour moi comme si ce refrain, cette scansion, renvoyait à un Dieu qui se retire, comme la marée, qui laisse les choses se mettre en place, s'ajuster, et qui se manifeste ensuite dans une autre séparation, dans une autre création. Et j'aurais aimé que cette scansion introduise comme un silence dans la lecture.

Le second, m'a fait réfléchir sur le différence entre Jean le baptiste et Jésus. Le premier dit aux foules: convertissez vous et faites pénitence (ce qui est un langage de l'ancien testament). Jésus dit: convertissez vous, car le royaume est tout proche, ou encore, le royaume est parmi vous.

Si le royaume est là, c'est que Dieu se fait présent, simplement (enfin ce n'est pas si simple) il faudrait que les yeux s'ouvrent pour le reconnaître. Alors les guérisons dont il est fait mention dans cet épisode,montrent qu'elles sont là pour ouvrir les yeux. La guérison physique est comme un signe avant coureur de la guérison spirituelle, du salut. Et je pense que c'est pour cela que le dernier verset dit: "tous ceux qui le touchaient étaient sauvés" . Les guérisons sont là pour montrer que oui, le royaume de Dieu est là, et le Salut est donné par Jésus, ce salut qui permet d'être vivant dès aujourd'hui.

samedi, février 07, 2009

Puissance d'égarement .2Th 2,11

2Th11 C'est pourquoi Dieu leur envoie une puissance d'égarement qui les fait croire au mensonge,
12 afin que soient jugés tous ceux qui n'ont pas cru à la vérité mais ont pris plaisir à l'injustice.

C'était dans l'office des lectures du 7 février, que cette phrase adressée par Paul aux chrétiens de Thessalonique m'a fait sursauter.

Que Paul (comme le sera bien des années plus tard l'auteur des épîtres johanniques) soit inquiet pour sa communauté, cela peut se comprendre. Qu'il ait peur que son église se laisse séduire par des chrétiens d'origine juive qui veulent imposer la circoncision, certes, mais cette phrase est quand même très imprécatoire et pour moi très évocatrice du premier testament.

Quand le prophète Elisée envoie un esprit de berlue sur les soldats qui viennent s'emparer de lui, une partie de moi trouve cela un peu drôle.
Quand lors de certaines batailles, les ennemis de battent contre eux même, toujours à cause de ce même esprit d'égarement et de confusion, cela montre la puissance du Dieu qui a choisi ce peuple pour être son peuple.

Mais il y a aussi ce mauvais esprit qui s'empare de Saül, et qui pour moi est un esprit de suspicion puisqu'il sait qu'il n'est plus le roi, qu'un autre prendra sa place, mais qu'il n'est pas question pour lui de céder ses prérogatives. Tous peuvent devenir des rivaux et doivent être mis à mort. Cet esprit là, je le trouve très humain. N'est ce pas le moteur d'un bon nombre de pièces de Shakespeare, qui présente des guerres de succession.

Il y a surtout cet esprit qui vient "endurcir" ce coeur de pharaon. Pharaon était considéré comme un Dieu. Que YHWH endurcisse le coeur de pharaon pour le forcer à accepter de laisser partir le peuple, est un moyen de montrer que le Dieu des hébreux est plus fort que le Dieu qui domine sur l'Egypte.

Mais Paul lui, que veut-il signifier?

Est ce le Dieu que Jésus est venu révéler est un Dieu qui prendrait plaisir à voir les fils chèrement acquis par la mort de son fils, être privés du salut?

Et bien je n'aime pas Paul quand il prend des allures de dieu vengeur.


Pour moi, je retrouve l'image d'un Dieu vindicatif, qui se complairait à empêcher l'être humain d'ouvrir les yeux. Et cela ne me plaît guère. Je sais bien que Jésus dit la même chose quand il explique à ses disciples le sens caché des paraboles et cela m'a toujours dérangée.

Si Paul avait dit que Dieu ne force pas les êtres humains à accueillir "l'amour de la vérité", cela sera compréhensible, encore que pour Paul, le moins que l'on puisse dire c'est que le Christ a quand même utilisé une manière forte. Mais dire que Dieu respecte la liberté de l'homme, oui cela est positif. Mais dire que Dieu envoie un esprit d'égarement, cela revient certes à dire qu'Il est le tout puissant, mais pourquoi ne pas donner un petit coup de pouce à cette espèce humaine qui a bien du mal à discerner ce qui est bon pour elle.

mercredi, février 04, 2009

Marie-Madeleine, Jacob: "Nolli me tangere"


C'est la phrase que Jésus dit à Marie-Madeleine le matin de Pâques,et que je cite dans son contexte: Jn20,16 Jésus lui dit : « Marie. » Elle se retourna et lui dit en hébreu : « Rabbouni » — ce qui signifie maître. 17 Jésus lui dit : « Ne me retiens pas ! car je ne suis pas encore monté vers mon Père. Pour toi, va trouver mes frères et dis-leur que je monte vers mon Père qui est votre Père, vers mon Dieu qui est votre Dieu. » 18 Marie de Magdala vint donc annoncer aux disciples : « J'ai vu le Seigneur, et voilà ce qu'il m'a dit.

Pour cette disciple qui a "touché" et oint son Seigneur, se faire en quelque sorte "rembarrer" n'a pas du être si simple, d'autant que nous les humains, nous avons souvent besoin de "toucher" pour croire. Mais elle, c'est le son de la voix qui a permis la reconnaissance. Mais l'obéissance à cette injonction fait d'elle la Hérault de la bonne nouvelle: la mort a été vaincue, Il est Vivant, Il est le Vivant.

Il n'en demeure pas moins que cette phrase est énigmatique: "je ne suis pas encore remonté vers mon père", comme si Jésus avait une tâche à accomplir. Jésus a dit: "Je suis le chemin, la vérité et la vie", et " je veux que là où je suis, eux aussi soient avec moi"Jn 17, 24. Est ce chemin là qui doit s'ouvrir et qui ne peut s'ouvrir qu'au matin de la Résurrection, chemin fermé jusque là à l'humanité et qui s'ouvre enfin? C'est une hypothèse.

Mais je ne peux m'empêcher de rapprocher cette phrase de celle qui est prononcé par celui que l'on appelle "l'Ange de Dieu", lors du combat avec Jacob.



Car au petit matin, à l'aube, (un peu comme dans l'épisode de l'Evangile, avant que le soleil ne soit levé - et peut-être que symboliquement cela a son importance, puisque Jésus est aussi le nouveau Soleil), l'ange dit: "Lâche moi, car l'aurore est levée"Mais Jacob répondit: je ne lâcherai pas que tu ne m'aies béni.

Jacob reçoit alors un nouveau nom, mais si l'Ange refuse de dire le sien, il bénit Jacob-Israël et disparaît.

Elie Wiesel dans un petit livre: "célébrations bibliques", parle de cet événement. Un midrash raconte que l'Ange doir repartir, car à l'aube, on chante au ciel la gloire de l'éternel. Et ne pas être là peut provoquer un renvoi. Jacob rétorque que cet ange parle trop, qu'il doit le bénir comme les anges qui ont été envoyés à Abraham. Mais ces anges là étaient venus pour cela, ce qui n'est pas ce qui se passe dans ce combat. Mais Jacob obtient un nom nouveau Israël, mais aussi une marque dans son corps: la boiterie. Le combat avec Dieu laisse des traces.

Il y a une phrase que je n'arrive plus à retrouver, mais qui dit que : quand l'homme combat avec Dieu, (l'initiative semblant venir de Dieu, comme dans le combat de Jacob), l'homme a le droit de "retenir" Dieu, de ne pas le laisser partir, de poser la main sur Lui, jusqu'à ce qu'il ait obtenu une promesse (ou autre nom). Et cela c'est la force de l"humain, mais cela montre aussi ce que Dieu est capable d'accepter.

Des combats nous avons tous à en mener. Peut-être est il important de savoir que si difficiles soient ils, ils feront de nous des hommes nouveaux à l'image de celui qui a vaincu la mort.

lundi, février 02, 2009

"tourmenté par un esprit mauvais"Mc 1, 23

On est au tout début de l'évangile de Marc. Et ce qui me frappe c'est que cette phrase me fait penser au roi David.

Dans le premier livre de Samuel on trouve:1 Sam 16, 14. "L'esprit de Yahvé s'était retiré de Saül et un mauvais esprit, venant de Yahvé, lui causait des terreurs", et un peu plus loin: 1 Sam 16, 23. "Ainsi, chaque fois que l'esprit de Dieu assaillait Saül, David prenait la cithare et il en jouait; alors Saül se calmait, il allait mieux et le mauvais esprit s'écartait de lui".

Que le premier "miracle "de Jésus soit de chasser un esprit mauvais qui tourmente un homme, ne me semble pas dû au hasard.

Dans notre tradition française, le roi avait le pouvoir de guérir de certaines maladies. On peut alors penser que ce miracle dit quelque chose sur Jésus.

Il est le Messie attendu, le nouveau roi; qui va délivrer l'ensemble du peuple de ses esprits mauvais mais qui ne délivrera pas Jérusalem de la main mise romaine.