mercredi, février 16, 2022

Mc 8, 22-26 L'aveugle de Bethsaïde

Après avoir eu cette prise de bec avec les pharisiens (Mc 8, 11-13), Jésus accoste à Bethsaïde, le village d'origine de Pierre et d'André. Dans l'évangile de Matthieu ce village est déclaré malheureux, car il ne s'est pas repenti (changé de conduite, converti) devant les miracles qui ont été faits là. Et la punition sera lourde. S'agit-il de cette guérison, ou de bien d'autres guérisons, nous ne le savons pas. De même que nous ne savons pas où habitait cet infirme, puisque Jésus lui dira de rentrer dans sa maison sans passer par le village. 

 

En essayent de visualiser ce texte, je me suis rendue compte que lorsqu'il est dit que Jésus met de la salive sur les yeux de l'infirme (et c'est aussi ce qui se passe avec l'aveugle-né de Jérusalem), j'avais toujours imaginé qu'il s'agissait des paupières. Mais un aveugle a les yeux grands ouverts, il ne vit pas les yeux fermés, il vit avec des yeux morts, qui ne sentent plus rien, qui ne voient plus. Et c'est sur la cornée (pour parler en termes un peu techniques) que Jésus va déposer sa salive, et j'ai eu l'impression que pour cet homme, cela ne faisait ni chaud, ni froid, car il n'y croyait plus. C'est un geste sans importance. 


Et la question de Jésus l'a comme réveillé. Il a levé les yeux, il s'en est servi comme d'un organe vivant, et là c'est cette première perception de pouvoir enfin distinguer, mais de manière floue. 


Et là, au fond de moi, je pense qu'il devient capable de mettre sa foi dans cet homme qu'il ne distingue peut-être pas bien, mais qui peut le guérir complètement de sa cécité et c'est ce qui se passe. 


Il voit "nettement" comme le sourd-muet parlait "correctement". Il y a quelque chose de restauré, de totalement restauré car quand Jésus agit, il le fait complètement.


Aujourd'hui, nous voyons comme dans un miroir, en énigmes, mais alors je verrai face à face. À présent je connais de manière partielle, mais alors je connaîtrai comme je suis connu. 1Cor 13,12


Des organes morts, je pense que nous en avons tous, et  peut-être que l'on finit par s'y habituer. Que le Seigneur redonne vie à ces organes  c'est mon cri du jour. 

 

L'homme aveugle raconte.

 

J'ai perdu la vue petit à petit, et maintenant mes yeux sont morts. Ils sont ouverts, mais je ne vois rien. Des guérisseurs j'en ai vu, mais je n'ai pas retrouvé la vue.

 

Des gens de Bethsaïde sont passés chez moi, pour me conduire à un certain Jésus qui paraît-il a fait beaucoup de miracles. Des pêcheurs de ce lieu ont même quitté leur barque pour le suivre. Mais bon, moi les guérisseurs, je n'y crois guère, j'en ai tellement vu qui promettaient monts et merveilles.

 

Nous avons un peu marché, ma maison n'est pas très loin du village. Je me suis rendu compte qu'il y avait beaucoup de monde. On m'a présenté à Jésus et on lui a demandé qu'il me touche.

 

Il n'a pas répondu, mais il m'a pris par la main et il m'a conduit un peu à l'écart, mais pas très loin. Je ne savais pas du tout où j'étais, j'étais un peu perdu. C'est cela être aveugle, il faut toujours faire confiance quand on n'est pas dans un lieu que l'on connait, et c'est difficile pour moi. Mais j'ai aimé qu'il me prenne par la main, car ce n'était pas de la pitié, mais un vrai désir de m'aider, d'éviter que je ne me prenne les pieds, que je tombe.

 

Nous nous sommes arrêtés, nous n'étions pas loin de la mer. La mer, que j'aimais la regarder, mais maintenant entendre le bruit des vagues c'est douloureux. J'entends mais je ne vois pas. J'ai alors senti qu'il mettait du mouillé sur mes yeux, je pense que comme tous les guérisseurs, il utilise sa salive. Et il a ensuite touché mes yeux. Mais moi, mes yeux ils sont morts, et ils ne servent plus à rien, et même s'ils étaient ouverts; ils sont baissés si je puis dire, ils sont renfermés sur eux-mêmes. Ce n'est pas facile à expliquer. En fait mes yeux sont endormis, ils ne servent pas.

 

Il n'a pas employé d'incantation, de formule toute faite comme les autres guérisseurs. Il y a eu un petit temps de silence, juste le bruit des vagues. Il m'a demandé si j'apercevais quelque chose. Alors cela a réveillé mes yeux, et je les ai levés et j'ai vu, mais j'ai vu flou. Je lui ai dit que je voyais des gens, mais que c'était comme des arbres, parce que c'est juste une forme, et qu'ils marchaient. 

 

Là, il a à nouveau posé ses doigts sur mes yeux, mais là je les voyais les doigts, et dès qu'il les enlevés, ma vue était revenue, je distinguais tout avec netteté. Passer du flou au net, c'est un vrai miracle. 

 

Avant que je puisse le remercier, il m'a dit de rentrer chez moi, et là, je n'avais besoin de personne; et de ne pas passer par le village. Bon ça je n'ai pas compris, mais j'ai obéi. 

 

Ce qui est sûr, c'est que ce Jésus, comme guérisseur, il est vraiment extraordinaire et il ne m'a rien demandé. Je suis juste rentré chez moi, et ça a été la fête. 

 

Seulement je ne comprends pas pourquoi il a en quelque sorte disparu de ma vie, après me l'avoir rendue, ma vie. 

 

Peut-être que son chemin à lui est autre. Peut-être que son chemin c'est de réaliser les prophéties d'Isaïe, de rendre la vue à ceux qui ne voient pas, et ainsi de nous réveiller, nous qui tellement souvent nous habituons à ne pas voir, à vivre dans l'obscurité alors que notre Dieu est le Dieu qui donne la Vie. Un de ces jours, moi aussi je partirai, je le trouverai et je me mettrai à sa suite. 

 

Jésus raconte. 

 

Je les avais ramenés à Bethsaïde, pour qu'ils puissent retrouver un lieu un peu familier; j'avais déjà fait beaucoup de guérisons dans ce petit village de pêcheurs, mais personne n'a changé son cœur, et cela me désole. 

 

Des gens sont arrivés, ils avaient un aveugle avec eux. Ils m'ont demandé de le toucher, mais lui, il était raide comme un piquet et manifestement , on ne lui avait pas demandé son avis, et il ne croyait pas que le royaume de Dieu s'était approché et que la vie était plus forte que la mort. Ses yeux étaient bien morts eux. 

 

Je l'ai pris par la main, parce que je le sentais perdu avec cette foule qui commençait à s'agglutiner, et nous sommes allés un peu plus loin, en dehors du village, là où on entend le bruit des vagues et où on sent l'air que la peau. Je voulais qu'il se sente bien.

 

Pour qu'il comprenne ce que je faisais, j'ai pris un peu de salive et j'ai enduit ses yeux, comme le jeune Tobit avait enduit les yeux de son vieux père, Tobie, pour lui rendre la vue. Et j'ai touché ses yeux. Curieusement, il semblait ailleurs, je ne sais pas où, mais absent. Je lui ai demandé s'il apercevait quelque chose, et là, ça l'a comme réveillé. Il a levé les yeux, j'ai vu le mouvement des yeux, et il a dit qu'il voyait bien quelque chose. Il a dit: des gens mais qui sont comme des arbres et qui bougent. Il y avait bien des arbres auprès de nous, mais il y avait aussi des gens qui arrivaient pour voir. Voir…

 

Alors j'ai à nouveau touché ses yeux, et là, il est devenu présent, totalement présent, car il attendait quelque chose de moi, et ce quelque chose lui était donné, et il a vu avec netteté, il a retrouvé la vue, mais peut-être plus que cela, il est redevenu vivant. 

 

Je lui ai demandé de rentrer chez lui, car ça maintenant il pouvait le faire sans aide, et de ne pas passer par le village, parce que moi, je ne voulais pas qu'il soit comme montré du doigt, comme un phénomène de foire, parce que dans ce village, les miracles ils refusent d'y croire. 

 

Nous nous allons continuer notre route, cette route qui me conduira à Jérusalem.

 




Mc 8, 11-22. Les disciples n'ont qu'un seul pain avec eux.

Marc 8, 14-21: ils avaient oublié de prendre de pain 

S'il n'y avait pas eu la fête de Cyrille et Méthode, nous aurions entendu hier ce qui se passe après la multiplication des pains en territoire païen. On aurait entendu que Jésus - mais on ne sait pas très bien où il est - aurait été trouvé par les pharisiens qui sortent (mais d'où sortent-ils?), et qui lui demandent, d'une manière certainement très autoritaire, de prouver son identité, en faisant "un signe venant du ciel". A croire qu'ils attendent une éclipse de lune ou de soleil ou un arrêt du soleil comme le fit jadis Josué. Le fait que les prophéties d'Isaïe se réalisent en Jésus ne leur suffit pas.

 

Mais là, Jésus semble excédé. On connaît la traduction de la Bible Bayard, qui fait dire à Jésus: "Plutôt crever!". Pour ma part, je préfèrerais "allez -vous faire voir", avec un refus formel de donner le moindre signe venant du ciel. On sait que dans d'autres évangiles il parlera du signe de Jonas. Il s'en va, et reprend la barque avec ses disciples, et c'est l'épisode de ce jour. 

 

Il me semble que très souvent Jésus, comme tout enseignant, utilise quelque chose qui vient de se passer, pour partir du concret et aider ses disciples à aller plus loin. Et là, il parle donc des pharisiens, avec leurs beaux discours sur la loi, mais qui ne sont pas capables d'ouvrir les yeux; qui peuvent séduire les foules. Et aussi d'Hérode, ou des partisans d'Hérode, qui doivent faire plein de promesses (on dirait des promesses électorales) pour attirer à eux des adhérents. Jésus lui, n'est pas ça, et ses disciples se devront d'être différents. 

 

Seulement les disciples, eux, qui ont peut-être embarqué à la hâte, se rendent compte qu'ils n'ont pas de pain, et cela les préoccupe tellement qu'ils en oublient ce que Jésus a fait par deux fois en donnant à manger aux foules avec très peu de denrées; et ce que dit Jésus, qui parle de levain donc de pain, leur passe complètement au dessus de la tête.

 

Peut-être faut-il reconnaître que lorsque nous sommes pris par la peur du manque, faire confiance, écouter la parole, et s'en nourrir est loin d'être facile.  

 

 

Un disciple raconte.

 

Jésus venait, si je puis dire, de s'en prendre plein la tête avec les pharisiens. On avait à peine débarqué, mis le pied à terre, qu'ils lui ont sauté dessus en lui demandant un signe venant du ciel. Comme si lui n'était pas le signe venant du ciel. Mais non, ils sont tellement dans leurs écritures qu'ils sont incapables de voir autour d'eux. Et là Jésus a haussé le ton pour leur dire (enfin il ne l'a pas dit comme ça) qu'ils pouvaient aller se faire voir, que de signe il n'y en aurait pas. Et il nous demandé, à nous qui espérions pouvoir nous poser, de reprendre la barque et d'aller ailleurs. 

 

Tout ça c'est bien gentil, seulement une fois embarqués on s'est rendu compte qu'on n'avait qu'un seul pain; et comme avec lui on ne sait jamais si on pourra trouver un endroit pour manger, on était très inquiets. Et en plus, comme normalement l'un d'entre nous doit s'arranger pour que l'on ait toujours un minimum pour manger, et qu'il ne l'avait pas fait, on était en colère contre lui. 

 

Et voilà que Jésus se met à nous parler de levain. Oui, il faut du levain pour faire du pain, et du pain on n'en n'avait pas. Il nous dit de nous méfier du levain des pharisiens et du levain d'Hérode. Pour les pharisiens, on connait tous leurs belles paroles et on voit bien qu'elles sont souvent vides, pour Hérode ou ses partisans, lequel d'entre nous écouterait ses discours où il promet monts et merveilles à ceux qui veulent l'indépendance du pays, la restauration d'Israël et le départ des Romains. Cela nous passe au-dessus des oreilles, et en plus, là, nous avons faim et du pain nous n'en n'avons guère. 

 

Il a bien vu que nous ne l'écoutions pas, et là, il nous a vraiment engueulés. Il nous a reproché de nous préoccuper du pain qui allait manquer. Il nous a dit qu'on était bouchés, qu'on avait des yeux pour ne pas voir et des oreilles pour ne pas entendre; et c'est vrai que là, on n'avait pas envie de l'entendre et de discuter avec lui comme les disciples le font avec leur Maître. Alors, comme souvent, nous avons regardé nos pieds, et là il nous a rappelés ce qu'il avait fait avec cinq pains et deux poissons, et avec sept pains et quelques poissons. Et c'est vrai qu'il y avait eu une surabondance. Je crois qu'il voulait nous dire que tant qu'il est avec nous, nous serons toujours dans l'abondance, et qu'il fera ce qui est nécessaire pour cela. Mais bon, c'est vrai que mes yeux sont bouchés et que j'ai du mal à croire, à voir en lui une machine à distribuer. Mais je reconnais aussi que nous ne lui avons pas demandé de faire quelque chose. 

 

Heureusement nous avons accosté, et du pain nous en avons trouvé. Mais qu'est ce que je n'aime pas quand il est déçu par nous.

 

 

dimanche, février 13, 2022

Marc 8, 1-10: deuxième multiplication des pains.

Marc 8, 1-10 

Toujours la lecture de l'évangile de Marc, toujours en territoire dit "païen"; toujours l'attention de Jésus aux plus fragiles. Et c'est cela qui est pour moi source renouvelée d'admiration et d'émerveillement. 


La deuxième multiplication des pains. Marc 7,

 

La première multiplication des pains a lieu en Galilée; Jésus prend le pain, lève les yeux au ciel, le bénit et le rompt. Cela a lieu après que les douze soient revenus de leur première mission et que Jésus ait décidé de prendre un temps de repos avec eux au bord du lac. Sauf que ce projet n'est pas passé inaperçu et qu'une foule était déjà là quand ils sont arrivés. 

 

En voyant cette foule, Jésus est pris de compassion, parce qu'il se rend compte qu'ils sont comme des brebis dans berger. Et là, il reprend à son compte les prophéties d'Ézéchiel qui disent que désormais, ce sera le très Haut qui sera le berger de son peuple; et qu'il veillera sur toutes les brebis, quelles qu'elles soient. 

 

Et c'est le jour-même que les disciples, qui n'ont toujours pas eu leur temps avec Jésus, lui demandent de renvoyer la foule. On connait la suite. 

 

Dans l'épisode d'aujourd'hui, Jésus et ses disciples, qui reviennent vers la Galilée, se trouvent en territoire païen. Et des foules le suivent et l'écoutent, et l'écoutent. Jésus, qui va continuer son chemin, veut renvoyer les foules. Il se rend compte que cela fait trois jours que ces hommes et ces femmes, venus d'un peu partout, sont là.  Et c'est lui qui s'inquiète pour eux, qui a peur que certains ne défaillent sur le chemin du retour; et c'est lui qui refuse de les renvoyer le ventre vide et qui demande à ses disciples de faire quelque chose, à savoir de leur trouver à manger. Là aussi, on connait la suite, puisque c'est la même chose: bénir et rompre.

 

Mais ce qui me frappe, c'est la compassion de Jésus, son attention aux plus faibles (certains pourraient défaillir en chemin), et aussi son désir d'associer les disciples à cet acte, et de leur montrer qu'avec Lui, rien n'est impossible. 

 

On sait qu'ensuite ils rentreront en Galilée, et que l'accueil des pharisiens sera plutôt glacial: on le sommera, pour le mettre à l'épreuve, de donner un signe venant du ciel, alors qu'il vient de nourrir 4000 personnes; mais cela semble ne pas compter. 

 

C'est un disciple qui raconte. 

 

Nous étions dans le territoire de la Décapole, le pays du roi Philippe, le frère d'Hérode qui lui avait pris sa femme et avait fait décapiter le pauvre Jean qui le lui reprochait. Jésus avait guéri une petite fille sans même la toucher, puis un homme qui était sourd et muet. Et quand cela s'était su, des foules étaient venues auprès de lui, et il avait guéri à tour de bras, et enseigné aussi. Seulement il fallait bien rentrer, et au bout de trois jours, il a voulu les renvoyer chez eux. Mais certains étaient là depuis trois jours et venaient de loin; et il ne voulait pas qu'ils rentrent chez eux le ventre vide. 

 

Il nous a demandé de trouver quelque chose pour eux, mais là, une fois de plus, on a pensé qu'il était un peu fou. Où trouver à manger pour une pareille foule. Il avait déjà fait le coup il n'y a pas si longtemps, mais bon, où trouver du pain. Il nous a demandé ce que nous avions. Et cette fois-ci nous avions quand même de quoi manger pour nous. Nous avions 7 pains. Nous les lui avons donnés. Je ne sais pas si ça nous plaisait tellement de donner ce que nous avions, pour des païens.. Avec lui on ne peut pas dire non, mais quand même.

 

Alors il a pris nos pains, il a prononcé la bénédiction, et là, il n'y avait plus 7 pains, mais des pains en quantité, qu'il a rompu. Nous les avons distribués, et les gens étaient heureux. Quelqu'un nous a donné quelques petits poissons grillés, et il a fait de même, et il y a eu des poissons pour tous. On a ramassé ce qui restait: sept corbeilles pleines.  

 

Alors il nous a dit de rentrer, de reprendre la barque. On a débarqué à Dalmanoutha. Et presqu'aussitôt, des pharisiens lui ont littéralement sauté dessus, pour lui demander un signe venant du ciel, pour prouver qu'il était bien un envoyé du Très Haut. Ils me font rire, eux, comme si le signe ils ne l'avaient pas. Les pauvres ont mangé et ils ont été rassasiés. Les sourds entendent, les paralysés marchent… 

 

 Des fois, je me demande ce qu'ils ont dans les yeux pour refuser de comprendre que Dieu est venu visiter son peuple; et que le salut est là. 

 

Et nous, nous les disciples, nous ne comprenons pas toujours ce qu'il dit ou ce qu'il fait, loin de là; mais au moins nous sommes avec lui et nous nous nourrissons de sa présence; et nous avons confiance en lui..

samedi, février 12, 2022

Marc 7, 31-37. Ils lui demandaient de poser la main sur lui.

 Marc 7, 31-37. La guérison d'un homme sourd et muet.

 

On est presque à la fin du chapitre 7. Jésus, un peu à son corps défendant, a expulsé un démon qui rendait malade une petite fille qui avait une maman païenne. Il n'y a pas eu contact avec cette enfant, un peu comme pour la guérison du fils ou de l'esclave du centurion, épisode non raconté par Marc, mais qui montre l'efficacité de la Parole, même en pays non juif, et aussi la foi de cette mère. 

 

Jésus prend une route qui va le ramener en Galilée. Et c'est là que se passe, dans un lieu inconnu, la guérison rapportée. 

 

C'est un texte que j'aime beaucoup, parce que pour une fois, comme dans la scène de la résurrection de la fille de Jaïre, on a une parole de Jésus en araméen. 


Et puis il y a aussi cette demande qui est faite à Jésus de "poser les mains sur lui", car cela évoque pour moi un chant que j'aime: "Ta main me saisit, ta droite me conduit, tu as posé sur moi ta main". (https://www.abiif.com/chants/ta-main-me-conduit-mp3)

 

D'un point de vue symbolique, on peut penser que cette ouverture des oreilles et de la bouche montre (d'autant que Marc a œuvré avec Paul) que les oreilles des non juifs vont s'ouvrir à la bonne nouvelle; que eux aussi apprendront à écouter, et que leur bouche proclamera la louange de Dieu qui se laisse connaître par tous les hommes. 

 

Mais revenons à la péricope d'aujourd'hui. 


J'avais dans le temps écrit un billet sur cet épisode où je me demandais comment Jésus avait fait pour mettre à la fois ses doigts dans les oreilles, et mettre de la salive sur la langue   https://giboulee.blogspot.com/search?q=guérison+du+sourd-muet  Aujourd'hui j'aimerais penser que Jésus par ces gestes, fait comprendre à l'homme, un peu comme avec une langue des signes, ce qu'il va faire pour lui. Et c'est alors qu'il peut prononcer ce mot; et là je me plais à imaginer que l'homme entend au moins la fin du Ef fa ta, et que là il comprend qu'il est guéri, et que sa langue va lui permettre de parler et d'être compris. Je pense ensuite que quand Jésus lève les yeux au ciel et qu'il soupire, c'est qu'il s'adresse à son Père du plus profond de lui-même, et que peut-être il pense non pas à cet homme unique, mais à tous ceux qui un jour, par ce qui se passera sur la croix, seront sauvés. 

 

J'ai laissé un disciple raconter cette scène, qui sera suivie de la deuxième multiplication des pains, où l'on voit (et en cela c'est différent de la première multiplication) la sollicitude de Jésus pour cette foule qui est restée trois jours (et non plus une journée) à l'écouter, et qui pourrait défaillir, si elle revient sans alimentation. Et le dernier verset de la péricope d'aujourd'hui  "Il a bien fait toutes choses, il fait entendre les sourds et parler les muets" (Isaïe 29,18), si on le remet dans son contexte, annonce la venue d'un temps nouveau, d'un temps où "les humbles se réjouiront de plus en plus dans le Seigneur, et les malheureux exulteront en Dieu, le Saint d'Israël." Is 29, 19.

 

 

Un disciple raconte. 

 

Nous avons quitté le beau pays de Sidon, et repris la route vers chez nous, en passant par la Décapole. La Décapole, nous y avions fait un bref séjour, c'était quand le Maître avait expulsé d'un pauvre homme un tas de démons qui l'empêchaient de vivre dignement. Seulement ces démons, une fois sortis, avaient trouvé asile dans un troupeau de porcs et les porcs, sûrement pour leur échapper, s'étaient précipités dans le lac, ce que les gardiens n'avaient pas apprécié; et on nous avait demandé de décamper, ce que nous avons fait. Et nous revoilà dans ce territoire. Je pense qu'on a dû parler de Jésus, car dans un village on lui a amené un homme sourd, qui s'exprimait un peu, pour qu'il pose la main sur lui. 

 

C'est beau, cette demande, "poser la main sur lui". Juste poser la main et espérer que le contact permettrait à leur ami de sortir du monde du silence, de sortir de l'enfermement.

 

A notre surprise, il a regardé l'homme, qui bien sûr regardait Jésus avec beaucoup d'étonnement; il n'a pas posé la main sur lui, mais il l'a conduit à l'écart, puisque lui, il n'avait jamais entendu parler de lui, et pour cause. Là, ils se sont assis. Jésus à mon avis, a voulu lui faire comprendre qui il était, un guérisseur. Alors il a mis ses doigts sans les oreilles de l'homme. Et il l'a regardé. Puis il a pris un peu de sa salive, et il a touché la langue de l'homme. Un peu de temps a passé. L'homme semblait attendre. 

 

Et Jésus a levé les yeux vers le ciel, comme il l'avait fait le jour où il avait donné à manger à tout le monde, au bord du lac, et il a murmuré, soupiré, effata. Il ne s'adressait pas à l'homme, mais à celui qu'il nomme son Père. Il lui demandait que ses oreilles s'ouvrent, que sa langue de délie pour qu'il puisse ouvrir sa bouche et peut-être chanter les louanges de notre Dieu.

 

Et l'homme s'est mis à parler. Jésus l'a reconduit au village, et tous étaient dans l'admiration; mais il leur a demandé de ne rien dire à personne. Là, c'était lui qui leur liait la parole si je puis dire. Et tous s'extasiaient car oui, il n'est pas un guérisseur comme les autres. Nous sommes partis très vite, comme s'il se sentait appelé à autre chose. Peut-être qu'il veut que ces non-juifs puissent s'ouvrir à la Présence du vrai Dieu, et que le Dieu d'Israël devienne vraiment le Dieu de tous les hommes.

dimanche, février 06, 2022

Lc 5, 1-11 La pêche sur les bords du lac de Tibériade

 Dans l'évangile de Luc, Jésus vient d'essuyer un échec dans la synagogue de Nazareth. L'évangéliste dit qu'après le baptême et les tentations, Jésus parcourt la Galilée et enseigne dans les synagogues. Alors peut-être que cet échec le pousse à inventer un autre mode de prédication: parler dehors à qui veut bien l'écouter, et c'est ce qui se passe ce matin là, à Capharnaüm. 

Toujours sans cet évangile, on ne sait rien de Simon, d'André et des fils de Zébédée, contrairement à l'évangile de Jean. C'est pour cela que je vais suivre la trame de cet écrit, en supposant qu'il s'agit d'une première rencontre, et en racontant ce que Simon a vécu ce jour-là. C'est le seul évangile qui rapporte ce miracle, qui sera repris par Jean, après la résurrection (Jn 21).

Simon, le pêcheur, raconte comment il a décidé de suivre Jésus.


 Toute la nuit sans rien prendre, toute la nuit. Cela arrive mais c'est rare. Et du poisson, j'en ai besoin pour pouvoir faire rentrer de l'argent à la maison. Rien. Nous avons regagné, André et moi, la rive, remplis de fatigue. Nous avons fait les gestes habituels, de remettre les filets dans la barque avant de les laver et de vérifier que les mailles sont en bon état. 


Nous étions vraiment découragés; et la fatigue de cette nuit sans sommeil nous accablait. Pour Zébédée et ses fils, qui sont nos compagnons, ce n'était guère mieux; un peu mieux quand même.

 

Mais sur le quai il y avait du monde, même beaucoup de monde, ce qui est rare en semaine et à cette heure là. Il y avait un homme qui parlait, mais sa voix ne portait pas vraiment. Je ne sais pas trop ce qu'il racontait. Peut-être un disciple de Jean, l'homme qui baptise sur le Jourdain et qui nous parle de la venue du Royaume. Ce Jean, je l'aime bien moi. Parfois je pense à le suivre.

 

Et voilà que cet homme, il me dit qu'il s'appelle Jésus et qu'il vient de Nazareth; il monte dans ma barque et il me demande de s'écarter un peu du large, ce que je fais pour lui faire plaisir. Il y a quelque chose dans sa voix, dans son regard, qui fait qu'on ne peut pas résister. Il s'assied, et là il parle, il parle. J'entends, mais je n'écoute pas trop. Je suis tellement fatigué et tellement déçu. 

 

Et puis il y a comme un silence, et il s'adresse à moi. Je pensais qu'il voulait que je le ramène au bord, mais non. Il me dit d'aller au large, en eau profonde et de jeter mes filets. Je l'ai regardé comme s'il était fou, mais il avait l'air de savoir ce qu'il voulait. Et puis, comme je l'ai dit, une autorité émanait de lui. 


Alors André et moi, nous avons pris nos rames, nous avons ramé, et nous avons jeté les filets. Ramer quand on est épuisé, c'est dur et en plus, jeter les filets en plein midi, jamais personne ne fait cela. 

Seulement quelque chose s'est passé. Il y avait, non pas un banc de poissons, mais des bancs de poissons, de races variées qui entouraient la barque, et ils se prenaient dans nos filets. Jamais nous n'avions vu une chose pareille. Les filets étaient sur le point de se rompre. On a fait signe aux fils de Zébédée pour qu'ils viennent nous aider. Les filets étaient tellement remplis qu'on avait du mal à les faire passer dans la barque. Et nos barques étaient tellement remplies, qu'elles s'enfonçaient. 

 

Quelque chose s'est passé en moi, j'ai ressenti quelque chose de l'ordre de la crainte. Qui était cet homme qui avait pouvoir sur les créatures de la mer? Je me suis senti misérable devant lui, je suis tombé à ses pieds, et je lui ai dit une phrase qui ne m'appartenait pas vraiment, une phrase prononcée autrefois par le prophète Isaïe lors de sa vision du Temple du Tout Puissant et de sa Gloire. Je lui ai demandé de s'écarter de moi, car j'étais un homme rempli de péché, et que lui il était rempli de la Puissance du Très Haut.

 

Il m'a regardé, et je me suis senti aimé. Il m'a aidé à me mettre debout, et il m'a dit de ne pas avoir peur, qu'il ferait de moi un pêcheur d'homme. Je ne sais pas ce que cela veut dire, attirer des hommes dans mes filets, mais manifestement il sait ce qu'il dit. Alors je lui ai fait confiance.

 

Nous avons regagné la terre ferme, les poissons ont été mis avec l'aide de tous dans des paniers, et des amis se sont chargés de la vente, parce que nous, nous les quatre, nous les amis depuis toujours, nous avions compris que nous avions trouvé le Maître que nous attendions, que nous cherchions; et nous l'avons suivi.

 

 

vendredi, février 04, 2022

Mc 6, 14-29." La jeune fille rentra dans la salle"

Mc 6, 14-29 La mort de Jean le Baptiste.

 

Le chapitre 5 de l'évangile de Marc avait rapporté la guérison de la femme qui perdait du sang et surtout ce qu'on appelle la résurrection de la fille de Jaïre. Puis Jésus était parti, et avait envoyé les douze en mission. C'est le début du chapitre 6. Et cette scène, qui arrive un peu comme une incise, apporte le récit de la mort de Jean le Baptiste, récit qui se trouve chez tous les évangélistes. J'ai, dans le passé, raconté comment le garde chargé de l'exécution avait vécu cette tragédie:  https://giboulee.blogspot.com/2019/02/la-mort-de-jean-le-baptiser-mc-6-14-29.html

 

Il se trouve que professionnellement je rencontre pas mal de personnes qui ont vécu dans leur enfance ou leur adolescence des situations traumatiques, générées par des personnes proches. Aujourd'hui, on sait que les séquelles sont importantes et peuvent perdurer pendant des années.  

 

J'ai noté que quand Jésus s'adresse à la fille de Jaïre, il l'appelle "jeune fille". C'est le même terme qui est utilisé ici, au verset 25, pour parler de la fille d'Hérodiade: "Aussitôt la jeune fille s'empressa de retourner vers le roi…" 


Et je me suis dit que cette jeune fille, qui va recevoir la tête de Jean sur un plat, a dû vivre un véritable traumatisme, d'autant que c'est elle qui l'a ensuite donnée à Hérodiade et que le temps du transport a pu être assez long. 

 

Alors j'ai imaginé que cette jeune fille a dû à la fois craindre cette mère qui a commis un meurtre, mais aussi la haïr, car elle a été son instrument. Sa mère s'est servie d'elle. Comment ne pas haïr une telle mère? 

 

 

 La fille d'Hérodiade raconte cette soirée qu'elle ne pourra jamais oublier.

 

 

Elle, ma mère, a quitté mon père Philippe parce que c'était le moyen d'avoir un titre, un vrai titre de reine, et ça, c'est ce qu'elle veut. Mais moi, elle ne m'a pas demandé mon avis, je suis une princesse, et je dois apprendre à devenir une reine. Et j'ai dû la suivre, mais moi le roi Philippe, je l'aime.

 

Seulement, Jean le prédicateur, celui qui baptise dans le Jourdain, s'est mis à tonner haut et fort contre Hérode, en disant qu'il n'a pas de droit de faire ce qu'il a fait. 

 

Je dois dire que je suis bien d'accord avec lui. Seulement ma mère, elle, déteste Jean et elle voudrait le faire mourir. Elle a obtenu qu'il soit emprisonné, pour que plus personne ne puisse plus l'entendre. Elle a essayé de l'empoisonner, mais il n'est pas mort; il a été malade et depuis, sa nourriture va directement des cuisines d'Hérode à la prison. 

 

Hérode a d'ailleurs une drôle d'attitude envers ce prophète. Parfois il le fait sortir de sa prison pour l'écouter, et il aime bien l'entendre; et en même temps il a peur des malédictions qui pourraient sortir de sa bouche, et il a peur aussi du peuple qui considère Jean comme un nouvel Elie.

 

Mais ma mère Hérodiade, elle, ne veut qu'une chose, qu'il se taise; et surtout qu'il n'influence pas Hérode qui est un faible. Elle a peur de tout perdre. Alors elle cherche ce qu'elle pourrait faire, et Hérode, elle le connaît bien.

 

L'anniversaire du roi est arrivé, et c'est là qu'elle s'est servie de moi. En fait elle avait tout manigancé dans sa tête. Elle voulait que j'aille danser devant le roi, que je lui fasse tourner la tête et qu'il me récompense. C'est tout ce qu'elle m'avait dit. 

 

Danser devant ces hommes avinés, je déteste cela, mais avec elle, je dois obéir. Et j'ai dansé, et Hérode m'a regardé avec un regard que j'ai détesté, qui m'a fait mal, qui me donnait envie de disparaître. Bien sûr il est tombé amoureux de ma beauté, de ma danse. Le plan de ma mère avait marché. Il m'a demandé de lui dire ce que je voulais, et qu'il me le donnerait, même si c'était la moitié de son royaume. Et il a juré devant tous les dignitaires, les chefs d'armée, et les notables qu'il le ferait. 

 

Sauf que moi je n'avais pas d'idée et je suis sortie demander à ma mère. Je pensais à des bijoux, à des perles rares… Mais elle, elle m'a ordonné de demander la tête de Jean et de la faire apporter sur un plat. Et là encore je n'ai pas pu refuser. Et c'est ce que j'ai demandé quand je suis retournée dans la salle du festin. Ma voix tremblait quand j'ai demandé cela.

 

 Quand Hérode a entendu ma demande, cela l'a dégrisé net. Mais il avait promis, et il a envoyé un garde exécuter son ordre. Le silence était tombé sur la salle. 

 

Le garde est revenu avec la tête de Jean. J'ai cru m'évanouir. Il y avait du sang partout. Il avait les yeux ouverts. J'ai pris le plat et je me suis sauvée en quelque sorte; Je l'ai apporté à ma mère. J'aurais voulu fermer les yeux, ne pas regarder, mais je ne pouvais pas faire autrement que de voir cette tête, celle d'un homme tué par vengeance, par ma faute.

 

Je ne sais pas ce que ma mère a fait de cette tête, mais moi je n'arrive plus à dormir. Je vois sans arrêt le garde qui revient, la tête, le sang; et c'est tout le temps. Quand j'arrive à m'endormir, les cauchemars sont là. Et maintenant je voudrais tuer ma mère, je voudrais qu'elle n'existe plus, car dès que je la vois, je pense à ce qu'elle m'a fait faire et j'ai envie de me tuer; de la tuer. 

 

Je ne veux plus être une princesse, je ne veux pas être une reine, je veux disparaître. Je veux m'enfuir, je veux partir, je ne veux pas qu'elle me retrouve. 

 

Peut-être que ce Jésus, qui semble inquiéter Hérode, pourra m'obtenir le pardon du Très Haut et me prendra avec lui. Je sais que Jeanne, la femme de l'intendant d'Hérode, fait partie des femmes qui le suivent, alors je vais tenter ma chance. Je n'ai plus de mère, je n'ai plus de père, je n'ai que ces images qui me hantent. 

Marc 5, 21-45. "Jésus leur ordonna fermement de ne le faire savoir à personne".

Marc 5, 21-45: deux guérisons.

 

Comme tous les ans, en semaine, c'est la lecture continue de l'évangile de Marc, je retrouve ce texte qui raconte la guérison de la fille de Jaïre et de la femme qui perdait du sang avec plaisir. Mais en travaillant ce texte, j'ai été frappée par la place que prend la foule, puis par la réaction des gens de la maison de Jaïre. Et par le fait que l'une étouffe Jésus et que l'autre montre Jésus en proie aux moqueries et que cela est évocateur de ce qui se passera lors de la passion. 

 

Dans un premier temps mon désir n'a pas été de faire raconter par un des protagonistes ce qui est arrivé, parce que cela, je l'ai déjà fait et refait, mais de prendre le temps de visualiser ce qui se passe, ce qui se joue avec cette foule, qui est presque comme un contenant pour Jésus, qui le serre, qui l'enserre, qui est à deux doigts de l'étouffer, et qui en même temps empêche ceux qui voudraient l'approcher de l'atteindre. On a déjà vu cela lors de la guérison du paralytique de Capharnaüm, et on le reverra encore et encore. 

 

Si je remets les évènements rapportés par Marc, dans leur contexte, il faut donc revenir au retour de la Décapole , de Géradsa. 

 

Jésus après avoir sauvé, rendu à une vie sociale, un homme possédé par un grand nombre d'esprits mauvais, impurs, ne peut rester dans ce territoire païen. Deux raisons possibles, la première souvent mise en avant c'est la perte subie par les propriétaires des troupeaux de porcs, qui se sentent lésés, la seconde étant que Jésus peut faire peur. Les magiciens, à certaines époques,  guérissaient les cas de possession en obligeant les démons à quitter le corps humain pour aller dans un animal. Et c'est bien ce que Jésus fait, mais faire cela avec une telle puissance, montre qu'il est un magicien trop puissant et qu'il vaut mieux le faire partir. Le voilà donc de retour chez lui, et dès qu'il arrive, deux phénomènes se passent.

 

Le premier c'est la foule qui d'emblée, s'assemble autour de lui, comme pour bien mettre la main sur lui, et éviter qu'il reparte à nouveau. 

 

Et le second c'est la demande du chef de la synagogue, certainement envoyé par sa femme, qui vient demander la guérison de sa fille qui est à l'article de la mort. J'ai raconté dans un billet, comme Jaïre a vécu ce temps, peut-être bref dans le temps, mais qui pour lui a dû durer une éternité: https://giboulee.blogspot.com/2019/02/la-resurrection-de-la-fille-de-jaire-mc.html, car Jésus est comme interrompu dans sa marche vers la maison de Jaïre, par cette femme, dont on ne connait pas le nom ou le prénom, mais qui perd du sang  et qui joue son va-tout en touchant Jésus. Et c'est cette guérison, qui intervient un peu comme des cheveux sur la soupe, mais qui permet de comprendre que de Jésus sort la vie, la vie plus forte que la mort.

 

 

Je vais simplement relire le texte (traduction liturgique) en me centrant sur les mouvements.

 

Le texte.

 

21 En ce temps-là, Jésus regagna en barque l’autre rive, et une grande foule s’assembla autour de lui. Il était au bord de la mer.

 

On a donc une grande foule qui s'assemble autour de lui. 

 

Jésus s'est en quelque sorte fait rejeter par les habitants de la Décapole, par les païens. Ill rentre à la maison. Et là, aussitôt c'est la foule qui s'assemble autour de lui. Ce verbe pour moi, renvoie presque à un dessin. Chaque individu, est un peu comme une feuille, poussée par le vent, qui vient se coller contre Jésus. Et cela fait ungros tas de feuilles qui s'agglutinent 

 

22 Arrive un des chefs de synagogue, nommé Jaïre. Voyant Jésus, il tombe à ses pieds

23 et le supplie instamment : « Ma fille, encore si jeune, est à la dernière extrémité. Viens lui imposer les mains pour qu’elle soit sauvée et qu’elle vive. »

24 Jésus partit avec lui, et la foule qui le suivait était si nombreuse qu’elle l’écrasait.

 

Maintenant on a une foule si nombreuse, qu'elle écrase; 

 

Arrive donc Jaïre, qui a dû être prévenu par le "bouche à oreilles", qui arrive, qui trouve Jésus, qui le voit, qui tombe à ses pieds, qui supplie, lui le chef de synagogue. Il lui a déjà fallu la traverser cette foule qui fait barrage. Jésus qui aussitôt se met en marche. Il accepte de ne pas rentrer chez lui pour se changer, car on nous avait dit qu'il était parti tel qu'il était, sans se changer. Malgré l'écrasement de la foule, Jésus se laisse toucher par l'attitude de père, et par sa demande. Il accepte immédiatement de partir chez lui. On peut penser qu'il y a un changement d'itinéraire. Et c'est là que les choses se compliquent et qu'un certain temps pas passer.

 

25 Or, une femme, qui avait des pertes de sang depuis douze ans… –

26 elle avait beaucoup souffert du traitement de nombreux médecins, et elle avait dépensé tous ses biens sans avoir la moindre amélioration ; au contraire, son état avait plutôt empiré –…

27 cette femme donc, ayant appris ce qu’on disait de Jésus, vint par-derrière dans la foule et toucha son vêtement.

28 Elle se disait en effet : « Si je parviens à toucher seulement son vêtement, je serai sauvée. »

29 À l’instant, l’hémorragie s’arrêta, et elle ressentit dans son corps qu’elle était guérie de son mal.

30 Aussitôt Jésus se rendit compte qu’une force était sortie de lui. Il se retourna dans la foule, et il demandait : « Qui a touché mes vêtements ? »

31 Ses disciples lui répondirent : « Tu vois bien la foule qui t’écrase, et tu demandes : “Qui m’a touché ?” »

32 Mais lui regardait tout autour pour voir celle qui avait fait cela.

33 Alors la femme, saisie de crainte et toute tremblante, sachant ce qui lui était arrivé, vint se jeter à ses pieds et lui dit toute la vérité. 3

34 Jésus lui dit alors : « Ma fille, ta foi t’a sauvée. Va en paix et sois guérie de ton mal. »

 

Jésus est comme pris DANS la foule, la foule l'enserre, 

le bloque dans ses mouvements.

 

Dans toute cette séquence, la foule est présente, au moins autant que la femme. Cette dernière, un peu comme un saumon qui remonte le cours de la rivière, doit se faufiler en essayant de ne pas toucher les personnes qui l'empêchent d'arriver à Jésus, puisqu'elle se sait impure, se positionner derrière Jésus, et toucher son vêtement. 

 

On nous dit que Jésus se retourne DANS la foule, c'est-à-dire qu'il s'arrête, et que manifestement il faire un effort pour se retourner, car il sait bien que ça vient de derrière, mais que la foule est tellement dense que c'est difficile. 

 

Et les disciples avec leur bon sens habituel, pensent qu'il se fait des idées, que bien sûr quelqu'un a touché ses vêtements, mais quoi de plus normal. Mais là, Il ne se laisse pas faire, et on voit le regard de Jésus qui balaye tout autour de lui, qui se croise certainement celui de la femme, et c'est alors qu'elle peut raconter ce qu'elle a vécu, et recevoir un immense réconfort dans les mots prononcés: elle est redevenue une fille d'Israël, elle n'est plus exclue, sa foi, sa confiance, son acte de bravoure, car c'en est un, l'a sauvée au-delà de ce qu'elle espérait, oui elle est guérie et en paix. 

 

Et là quelque chose se passe, Il y avait la foule, mais elle n'a pas pu empêcher la guérison, et maintenant il y a les "gens" qui arrivent et qui sont peu nombreux, mais qui ne s'adressent pas à Jésus mais à Jaïre pour lui annoncer brutalement que c'est trop tard. Qui sont ces gens? 

 

35 Comme il parlait encore, des gens arrivent de la maison de Jaïre, le chef de synagogue, pour dire à celui-ci : « Ta fille vient de mourir. À quoi bon déranger encore le Maître ? »

36 Jésus, surprenant ces mots, dit au chef de synagogue : « Ne crains pas, crois seulement. »

37 Il ne laissa personne l’accompagner, sauf Pierre, Jacques, et Jean, le frère de Jacques

 

On a un premier groupe de gens qui semblent vouloir protéger Jésus, mais qui sont brutaux envers Jaïre. Et là, l'évangéliste nous fait comprendre que Jésus on peut toujours le déranger. La foule a disparu, il reste ces gens qui viennent de la maison,  et les disciples, mais là Jésus fait un choix:, il y a Jaïre, Jésus, et les trois choisis. Soit 5 personnes.

 

38 Ils arrivent à la maison du chef de synagogue. Jésus voit l’agitation, et des gens qui pleurent et poussent de grands cris.

39 Il entre et leur dit : « Pourquoi cette agitation et ces pleurs ? L’enfant n’est pas morte : elle dort. »

 

Là ce sont d'autres gens, qui font du bruit… Et qui prennent Jésus pour un fou. Ce sont  les proches, les voisins, les amis, 

 

40 Mais on se moquait de lui. Alors il met tout le monde dehors, prend avec lui le père et la mère de l’enfant, et ceux qui étaient avec lui ; puis il pénètre là où reposait l’enfant.

41 Il saisit la main de l’enfant, et lui dit : « Talitha koum », ce qui signifie : « Jeune fille, je te le dis, lève-toi ! »

42 Aussitôt la jeune fille se leva et se mit à marcher – elle avait en effet douze ans. Ils furent frappés d’une grande stupeur.

43 Et Jésus leur ordonna fermement de ne le faire savoir à personne ; puis il leur dit de la faire manger.

 

Et Jésus met tout le monde dehors, mais il n'est pas seul pour autant, et là, il se différencie nettement d'Elie ou d'Elisée, qui eux aussi ont redonnée la vie à des enfants. Et la parole suffit pour que la jeune fille revienne à la vie. 

 

On peut aussi noter le fait que Jésus ne veut pas que cela se sache. Plus personne, on retrouve la paix, le silence. Je pense que cette interdiction, nécessaire à ce moment-là, a dû poser question aux parents de la jeune fille. 

 

Pour le dire autrement

 

Au début de ce texte, il y a la foule avide, une foule qui attend quelque chose de Jésus, qui veut en quelque sorte le prendre pour elle. Cette foule, un homme parvient à fendre. Puis une femme y arrivera aussi. 

 

Et Jésus se met en route, mais je pense que la curiosité est telle, surtout que Jaïre est très connu, que tout le monde veut voir. Et la foule, devient envahissante avec sa curiosité. Elle est même menaçante puisqu'elle écrase Jésus. Elle fait un peu penser aux vagues qui se jettent dans la barque dans la péricope précédente.

 

Et c'est cette même foule que la femme à son tour affronte pour venir toucher cet homme dont on lui a parlé, mais qu'elle ne connaît pas. Et c'est à la fois, la guérison, mais aussi la question de Jésus, qui m'a touché; mais la formulation "il se retourna dans la foule", montre bien à quel point c'est dense et qu'il est presque incapable de faire le moindre geste. Mais il a senti que quelque chose s'est passé, entre lui et quelqu'un comme si, on lui avait arraché quelque chose, pris quelque chose, et il veut comprendre.

 

Le verset 32 "il regardait tout autour de lui pour voir celle qui avait fait cela", est étonnant. Comment Jésus peut-il savoir que c'est une femme qui l'a touché? Toujours est-il que la femme là, ne peut plus se cacher, et qu'elle se montre, elle qui n'est plus impure, qui est guérie. On peut alors penser que la foule s'écarte quand même, car elle peut comme Jaïre, se jeter aux pieds de Jésus et lui dire "toute la vérité". Et c'est la réponse de Jésus, qui sert d'accroche à la suite: la foi, foi qu'il demandera à Jaïre: ne crains pas, croie seulement.

 

Arrivent ensuite des gens qui brutalement annoncent la mort de l'enfant. Et là, on a 'impression qu'il se passe quelque chose, de non-dit, comme si Jésus, dispersait la foule, il renvoie tout le monde, et ne garde avec lui que les trois qui plus tard assisteront à la transfiguration. Et là, ce n'est plus une foule, mais ce sont des gens qui annoncent que l'enfant est morte, et que ça ne sert plus à rien de déranger Jésus. 

 

Mais il y a manifestement un tournant. Cela se passe entre lui et Jaïre et les trois disciples. 

Là aussi il se passe quelque chose avec les "gens". Pas déranger le maître, puis des gens qui s'agitent et qui pleurent (la maison de Jaïre), des gens qui se moquent de lui, 'elle n'est pas morte, elle dort', et enfin 6 personnes: lui, les 3 disciples, les deux parents et l'enfant. Et c'est la toute petite phrase, qui est rendue par beaucoup de mots. C'est bien "la jeune fille" qui entend la phrase de résurrection "lève-toi". J'aime la phrase, soit en araméen, soit traduite. Et ensuite il y a les verbes étonnants: il y a la main de Jésus, et elle se lève, elle marche. Et les ordres de Jésus, ne rien dire et la faire manger.

 

Alors il y a la foule, il y a les gens, il y a une femme, il y a un homme, il y a les disciples. Il y a Jésus qui est comme enserré par la foule, mais qui guérit à son insu et qui parle. Il y a les gens qui se moquent de lui, qui sont mis dehors et c'est la guérison. 

 

Peut-être que maintenant je peux laisser la place à la maman de la jeune fille… 

 

 La maman raconte.

 

Ma fille est malade. Elle ne mange rien, elle a mal à la tête, la lumière lui fait mal aux yeux. Je ne sais pas quoi faire. Mon mari a prié mais... son état a empiré. Nous avons passé la nuit à son chevet, elle ne parlait presque plus. Sa respiration était trop rapide, elle avait une forte fièvre, et elle s'épuisait. Au petit jour elle s'est endormie, mais ce n'était pas un bon sommeil. Elle paraissait si petite, si fragile sur sa couche. Des voisins qui savaient qu'Anna était très malade nous ont dit que Jésus, le Jésus de Nazareth, était revenu, et qu'il allait dans la maison de la belle-mère de Simon, le pêcheur qui avait tout laissé pour le suivre.

 

J'ai demandé à mon mari d'aller voir cet homme, de tout faire pour le ramener à la maison, pour qu'il vienne guérir mon rayon de soleil, ma petite fille. Elle a douze ans, mais c'est encore mon bébé. 

 

Il est parti, et le temps a passé. Je me tordais les mains, et elle allait de plus en plus mal. Et son souffle s'est arrêté. Alors j'ai envoyé des serviteurs dire à Jaïre que c'était trop tard, qu'elle était morte, notre aimée. Et les pleureuses sont arrivées, et la maison s'est remplie, et Jaïre est enfin revenu. Je pensais qu'il serait seul, mais Jésus était avec lui, et aussi trois de ses amis, Simon et les fils de Zébédée. 

 

Il a dit aux pleureuses d'arrêter de pleurer, aux joueurs de flûte de cesser de jouer, car disait -il "la jeune fille n'est pas morte, mais elle dort". Je l'ai pris pour un fou. Mon Anna avait rendu le dernier souffle, depuis près d'une heure! Peut-être que s'il était arrivé plus rapidement il aurait empêché cela, mais voilà, il n'était pas venu. 

 

Il nous a demandé de nous conduire à elle; les servantes voulaient venir mais il a refusé; et nous sommes allés auprès du lit où elle reposait. Là, il m'a regardé, il a regardé Jaïre; il a regardé ma toute petite fille, et lui a pris la main; et il lui a dit dans notre langue de se lever. J'entends encore les mots résonner dans mes oreilles: "Talita Koum" a-t-il dit. Et elle a ouvert les yeux, comme si elle se réveillait, elle s'est assise et elle s'est mise debout et elle marchait. Mon cœur débordait de joie, mais les larmes se sont mises à couler. Que voulez-vous, c'est comme ça.

 

Il nous a dit de lui donner à manger, de ne rien dire à personne. Ne rien dire à personne, mais comment pourrions-nous ne pas parler de ce nous venions de vivre? Il est parti. Il n'a rien demandé, il n'a rien dit, mais il avait l'air heureux. 

 

J'avais lu dans nos écritures que les prophètes Elie et Elisée avaient redonné la vie eux aussi à des enfants, mais cela avait pris du temps, ils avaient longuement prié; alors que Jésus, il lui a pris la main, il lui a parlé simplement, et elle est revenue, vivante, souriante, heureuse. 

 

Que le Dieu d'Israël soit béni pour ce prophète qu'il a suscité pour nous son peuple. Oui notre Dieu est un Dieu fidèle qui entend la voix du malheureux, et qui répond. Béni soit-il et béni soit son envoyé. 

samedi, janvier 29, 2022

Luc 4, 21-30. La synagogue de Nazareth, suite.

 

En ce quatrième dimanche du temps ordinaire, l'église propose d'écouter ce qui se passe dans la synagogue de Nazareth après que Jésus ait lu le livre d'Isaïe (chapitre 61) et ait annoncé que ce qui avait été lu par lui était en train de se réaliser aujourd'hui. 

 

Or le moins que l'on puisse dire, c'est que ce qui se passe est quand même inattendu, puisqu'il s'agit d'emblée de faire taire définitivement Jésus en le jetant dans le vide, et ce avant même que le ministère ait commencé, du moins chez Luc. 

 

Je me suis souvent demandée si cet épisode, celui que nous entendons ce jour, avait vraiment sa place ici, s'il ne s'agissait pas de deux épisodes qui auraient eu lieu à des moments différents, d'autant que dans le texte que nous lisons aujourd'hui, il est question de miracles réalisés à Capharnaüm et cette ville n'apparait que plus loin dans le récit lucanien. 

 

Dans l'évangile de Marc (Mc 6, 1-6), Nazareth est une étape dans le parcours de Jésus en Galilée et beaucoup de miracles ont été rapportés. A Nazareth, compte tenu du manque de foi des habitants, Jésus est comme désarmé et ne peut pas faire grand-chose, mais il n'y a aucune violence. 


On retrouve ce texte presque à l'identique chez Matthieu (Mt 13, 54-58), et là, on est chronologiquement déjà très avancé dans le ministère en Galilée, et le texte est très proche de celui de Marc. 


Luc montre dans cet épisode, qui de fait est le premier de la vie publique, comment Jésus sera un jour précipité dans la mort; qu'il sera rejeté par les siens. Mais il n'en demeure pas moins que la lecture de ce jour permet de penser que Jésus fait aussi tout ce qu'il faut pour déranger ses auditeurs. 


Pour ma part, je pense que la réaction disproportionnée des auditeurs montre avec quelle facilité le Mauvais est capable de s'emparer de l'esprit de certains, de les faire douter, et de provoquer une colère meurtrière. Dès le début de cet évangile, le combat contre le Mal et la violence de ce dernier sont donc mis en évidence. Et ce combat sera permanent durant toute la vie de Jésus.


En 2019, j'avais laissé Marie raconter la scène - https://giboulee.blogspot.com/2019/02/dans-la-synagogue-de-nazareth-fin-lc-4.html . Ici je propose de laisser la parole à un des anciens de la synagogue, mais dans un premier temps je pense qu'il est nécessaire de revenir au texte de ce jour, et de le commenter par groupes de versets.

 

21 En ce temps-là, dans la synagogue de Nazareth, après la lecture du livre d'Isaïe, Jésus déclara : « Aujourd’hui s’accomplit ce passage de l’Écriture que vous venez d’entendre. » 

22 Tous lui rendaient témoignage et s’étonnaient des paroles de grâce qui sortaient de sa bouche. Ils se disaient : « N’est-ce pas là le fils de Joseph ? » 

 

Par ce texte, Jésus leur faire comprendre qu'il est l'envoyé, celui qui. a reçu l'onction, qui va guérir, libérer sauver.  On imagine qu'il a commenté, et peut-être qu'il a aussi rapporté ce qui s'est passé ailleurs, qu'il a rendu la vue à certains, exorcisé des possédés, parlé, 


Alors dans un premier temps, tout le monde semble séduit, mais ça ne dure pas. Il y a la petite phrase presque assassine: n'est-ce le pas là le fils de Joseph? Un peu comme si Jésus leur racontait des histoires. C'est "pour qui se prend-il celui là?". Et Jésus répond à ce questionnement, qu'il soit formulé verbalement ou pas.

 

23 Mais il leur dit : « Sûrement vous allez me citer le dicton “Médecin, guéris-toi toi-même”, et me dire : “Nous avons appris tout ce qui s’est passé à Capharnaüm ; fais donc de même ici dans ton lieu d’origine!” » 

24 Puis il ajouta : « Amen, je vous le dis : aucun prophète ne trouve un accueil favorable dans son pays. 

 

Et là, c'est lui qui attaque en quelque sorte. Mais la première phrase: "Médecin guéris -toi toi-même" est assez incompréhensible. La suite l'est moins. Les habitants de Nazareth savent ce qui s'est passé ailleurs (sauf que nous, nous ne le savons pas), et peut-être plutôt qu'un enseignement, ils auraient voulu des guérisons. Simplement ce que Jésus évoque là, c'est une sorte de jalousie: "Pourquoi ne fais-tu pas chez nous ce que tu fais chez les autres?" Puis il dit une phrase qui va devenir un proverbe pour nous: "Nul n'est prophète en son pays". 

 

25 En vérité, je vous le dis : Au temps du prophète Élie, lorsque pendant trois ans et demi le ciel retint la pluie, et qu’une grande famine se produisit sur toute la terre, il y avait beaucoup de veuves en Israël ; 

26 pourtant Élie ne fut envoyé vers aucune d’entre elles, mais bien dans la ville de Sarepta, au pays de Sidon, chez une veuve étrangère. 

27 Au temps du prophète Élisée, il y avait beaucoup de lépreux en Israël ; et aucun d’eux n’a été purifié, mais bien Naaman le Syrien. » 

 

Jésus se sert toujours de ce qui se passe chez les auditeurs pour les faire réfléchir. Le mot prophète sert d'accroche, et il fait remarquer que deux des plus grands prophètes, Elie et Elisée, ont fait des miracles ou des guérisons pour des gens qui n'étaient pas de chez eux. Mais cette comparaison passe mal. Pour qui se prend-il ce Jésus? Pour qui les prend-il? 

 

28 À ces mots, dans la synagogue, tous devinrent furieux. 

29 Ils se levèrent, poussèrent Jésus hors de la ville, et le menèrent jusqu’à un escarpement de la colline où leur ville est construite, pour le précipiter en bas. 

30Mais lui, passant au milieu d’eux, allait son chemin.

 

L'adjectif furieux est très fort. Car il y a des envies de meurtre, et il est possible que cet épisode soit à mettre en parallèle avec le meurtre d'Étienne dans les Actes de Apôtres, où Étienne est aussi poussé en dehors de la ville, suite à un discours qui n'a pas plu.  

 

Par ailleurs - si on se réfère au récit des tentations qui précède (Lc 4,9), le diable emmène Jésus au pinacle du temple et lui suggère de se jeter dans le vide, ce à quoi Jésus répond "tu ne mettras pas à l'épreuve le Seigneur ton Dieu" - ce qui se passe là en est comme la concrétisation puisque Jésus va être précipité dans le vide, et alors que va-t-il se passer? Jésus aurait bien pu sauter de cet escarpement, pour leur prouver qu'il est le Fils de Dieu, mais il se contente de passer son chemin. Personne ne met la main sur lui.

 

 

Un ancien de la synagogue de Nazareth raconte la visite de Jésus chez eux.


Jésus, le fils de Joseph, celui qui était charpentier et qui est mort il y a plusieurs années, est parti de chez nous depuis quelque temps. 

Pourquoi n'a-t-il pas repris l'atelier de son père, pourquoi a-t-il laissé sa pauvre mère, ça on n'a pas compris, ni aimé d'ailleurs. 

 

On nous a raconté qu'il était devenu disciple de Jean le Baptiste, mais qu'il n'était pas resté avec lui, et qu'il s'était mis à enseigner mais aussi à guérir et à chasser des esprits mauvais. Il paraît qu'à Capharnaüm, cette ville portuaire mal famée, il a opéré beaucoup de guérisons. Je me demande pourquoi il n'est pas venu chez nous en premier. Ils ont quoi de plus que nous? 

 

Et le voilà de retour. Il est allé bien sûr chez sa mère, et en ce jour de Shabbat il est venu à la Synagogue. Il a eu la place d'honneur. On lui a présenté le rouleau du prophète Isaïe, il a choisi un passage disant que l'Esprit du Seigneur était sur lui, qu'il avait reçu l'onction pour annoncer la bonne nouvelle aux pauvres, pour annoncer aux captifs la délivrance, aux aveugles qu'ils retrouveront la vue, que les opprimés seraient libérés et enfin qu'une année favorable était accordée au peuple. Ensuite il y a eu un silence. Ce qui m'a étonné c'est sa lecture. Il prenait son temps, il nous regardait, comme si cela s'adressait à nous. Il s'est ensuite assis, après avoir rendu le rouleau au servant. Et là, il a tout simplement dit que cela s'accomplissait aujourd'hui.  

 

Nous étions un peu partagés; certes il parle bien, il parle avec une assurance qu'il n'avait pas par le passé, mais bon, pour qui se prend-il? Il est le fils de Joseph, alors qu'est-ce qu'il nous raconte. Il serait le Messie? Bon il a peut-être fait des miracles, mais il n'est pas le seul, alors dire cela de lui, c'est nous faire prendre des vessies pour des lanternes. 

 

Bien sûr, ça on ne l'a pas dit, mais nous étions un certain nombre à le penser. 

 

Il nous a regardés et, de la place qui était la sienne, il nous a interpellés. Il nous a dit quelque chose d'étonnant: que nous allions lui dire "médecin, guéris -toi toi-même"; c'est ce que nous disons aux charlatans qui promettent des guérisons et ne tiennent pas parole. Pourtant lui, d'après ce qu'on dit, il a guéri deux ou trois personnes de notre village, mais pour qui se prend-il?  D'accord il a fait beaucoup à Capharnaüm, mais bon c'est comme ça, mais comme je l'ai dit ce n'est pas très juste. Il a ajouté que nul n'était prophète dans son pays. Se prend-il pour un prophète? Serait-il plus grand qu'eux? 

 

Ensuite il nous a dit qu'Elie et Elisée, les miracles qu'ils avaient accomplis, c'était pour des étrangers, pour des non-juifs. Est-ce qu'il veut nous faire comprendre que les miracles, ce n'est pas pour nous, que nous n'en sommes pas dignes, et que lui, il soulage les autres, pas nous. 

 

Alors, ça, je ne sais pas pourquoi, mais ça a mis le feu aux poudres. Il nous a vraiment énervés. Il se prend pour qui? Il s'imagine être plus fort que le prophète Elie qui a fait tomber le feu du ciel sur le sacrifice offert pour faire tomber la pluie, ou le prophète Elisée, qui certes a guéri Naaman de Syrien, mais qui a aussi nourri 100 personnes avec du pain pour 20? Non vraiment il exagère et il nous prend pour qui.

 

Alors une fois le service fini, on l'a acculé pour l'emmener en dehors de la ville, là où il y a ce promontoire. On voulait le précipiter dans le vide, on était tous autour de lui, mai il s'est passé quelque chose d'étonnant. On n'a pas réussi à mettre la main sur lui, c'est comme s'il y avait un bouclier autour de lui, et il est parti. Bien sûr, Nazareth il connaît comme sa poche, il y a grandi. Bref il nous a échappé, mais il ne perd rien pour attendre. 

 

Si je réfléchis, je ne comprends quand même pas ce qui nous a pris. D'accord on a peut-être le sang un peu chaud, mais de là à vouloir tuer… C'est comme si un esprit était tombé sur nous et nous poussait à détruire cet homme, comme s'il était un danger public. Encore heureux qu'il soit  arrivé à s'en sortir et à nous échapper. Qu'aurions nous dit à sa mère? 


 

vendredi, janvier 28, 2022

Marc 4, 35-41: la tempête apaisée.

L'évangile de Marc débute par "Commencement de l'évangile de Jésus-Christ, fils de Dieu". Il se termine,  si l'on peut dire, par le commentaire du Centurion, qui en voyant Jésus expirer, dit: "cet homme était vraiment fils de Dieu".


Et certains épisodes comme celui rapporté aujourd'hui montrent que Jésus est vraiment Dieu. On peut parler d'une épiphanie.

 L'épisode rapporté aujourd'hui a lieu juste avant que Jésus ne débarque en pays dit païen, où on élève des porcs en quantité, et où il sera accueilli par un homme possédé par un démon, homme qui est plus animal qu'être humain.


 On peut comprendre que les esprits qui font la loi dans ce pays ne veulent pas du tout de la présence de Jésus chez eux, et vont tout faire pour le tuer, ce qui arrivera de la même manière quelques mois plus tard quand les autorités décideront de tuer cet homme qui dit avoir Dieu pour Père. 


Si j'écris cela, c'est qu'il y a des harmoniques possibles. Les disciples sont dans la tourmente, le mal semble avoir gagné haut la main, Jésus semble dormir du sommeil du juste, mais ici on le montre sourd et aveugle à ce qui se passe, un peu comme s'il était "mort". Et une fois réveillé, il se dresse, il parle, et la mer se tait, le calme revient; mais la crainte, elle, demeure chez les disciples, exactement comme après la résurrection où dans la seconde finale de l'évangile de Marc, il est dit que certains doutaient encore". 


Un disciple raconte:


On avait passé une rude journée, on aurait bien voulu retourner à la maison à Capharnaüm, nous changer, respirer, dormir. Mais non, le Maître a voulu que nous partions en pleine nuit en direction de l'autre côté de la mer.  Lui, il s'est installé à l'arrière, il s'est allongé sur le coussin, et manifestement il s'est endormi du sommeil du juste. Je dois même dire qu'il ronflait un peu. 


Tout allait bien, mais d'un coup, comme nous commencions à être vraiment loin de chez nous et plus proche du pays des Géraséniens, le vent s'est mis à souffler, souffler souffler, le lac à gonfler, gonfler, et les vagues sont devenues de plus en plus fortes. J'avais l'impression qu'elles faisaient exprès de se jeter dans le bateau, qu'elles en voulaient à la vie de Jésus, qu'elles nous voulaient du mal. On écopait l'eau, mais on n'y arrivait pas, et le vent soufflait de plus en plus; la barque commençait même à tournoyer sur elle-même et, croyez-le ou ou pas, Jésus dormait, comme s'il ne sentait pas le roulis, et l'eau qui par moment lui tombait dessus. 

 

Si la situation n'avait pas été aussi dramatique, on aurait pu en sourire, mais là, nous étions sur le point de sombrer, alors tous ensemble on a crié pour qu'il se réveille. Lui qui fait tant pour les autres, il pouvait bien faire quelque chose pour nous, qui étions a deux doigts de périr dans ce lac déchainé. 


Mais dans mon souvenir, on ne lui a pas dit, "Seigneur au secours, fais quelque chose", mais non, on lui a posé une question, comme pour le rendre responsable de ce qui nous arrivait. On lui a dit: "Seigneur nous périssons, ça ne te fait rien"? Peut-être qu'au fond de nous, nous pensions qu'à Lui rien ne pourrait arriver et qu'Il s'en sortirait..


Alors il s'est levé, et là, de sa voix de stentor il a menacé la mer, il lui a ordonné de se taire. La mer s'est tue, les vagues sont mortes, et nous étions dans un silence étonnant. 


Je pensais à Moïse qui, lui, n'avait pas parlé, mais qui avait dompté la mer…


Et là, maintenant que nous étions sauvés, il nous a posé une question. Il nous a demandé pourquoi nous étions si craintifs, et pourquoi nous n'avions pas confiance. On ne savait pas quoi dire, mais une tempête pareille, ça ne permet pas de penser. On se demande juste ce qui va se passer quand la barque s'enfoncera dans les eaux en colère. 


 Et là, on s'est bien rendu compte que celui qui était avec nous, il vivait bien comme nous, mais il était, le maître de la mer, le maître des éléments, et qu'il était présence du Tout Puissant parmi nous. 


Nous avons accosté et là, je crois que j'ai compris que qui s'était passé. C'était un combat que je pourrais qualifier de titanesque des forces du mal qui possèdent cette partie du pays, qui en sont les maîtres et qui ne veulent pas que la bonne nouvelle du Salut arrive, car elles perdraient tout leur pouvoir: alors notre Jésus, elles ont essayé de le tuer, de le noyer, mais il a été le plus fort. Il est le plus fort: il est le fils du Très Haut..