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mardi, septembre 08, 2020

Luc 6, 6-11. Guérison de l'homme à la main desséchée.

La guérison de l'homme à la main "desséchée". Lc 6,6-11

 

On trouve le même récit chez Marc (Mc 3,1-5) et chez Matthieu (Mt 12,9), mais à des endroits différents. Chez Luc cet épisode, qui se trouve au début de la vie publique, suit celui des épis, non pas "arrachés" mais "froissés", montre clairement le dialogue de sourds qui s'installe entre Jésus et les pharisiens. Cette guérison est ici suivie par la création du collège des apôtres. 


Chez Marc, ce texte est aussi suivi de l'appel des Douze, et c'est chez lui que l'on trouve ce commentaire sur le regard que Jésus porte sur ceux qui veulent lui faire du mal: "un regard de colère, navré de l'endurcissement de leur cœur" J'ai écrit un billet sur ce texte:   https://giboulee.blogspot.com/2018/01/etends-ta-main-mc-35.html


Quant à Matthieu, au chapitre 12, les apôtres ont été nommés, et on arrive à ce tournant où les pharisiens discréditent Jésus et parlant d'une alliance avec le Mauvais, ce qui fera réagir Jésus avec beaucoup de vigueur. 

 

Ayant travaillé avec des personnes I.M.C., "infirmes moteurs cérébraux", que ce handicap soit lié à des séquelles de naissance ou à des séquelles d'accidents cardio-vasculaires (AVC), je peux dire que lorsque le membre supérieur est lésé, la main prend une position anormale, légèrement recroquevillée sur elle-même; qu'arriver à détendre est très difficile. C'est une main raide, qui ne se laisse pas faire, une main morte, une main qui a perdu toute vigueur, une main desséchée, un peu comme une feuille morte. 


Cette main, bien souvent il faut la cacher, d'autant qu'elle n'est pas ou peu fonctionnelle. Une jeune fille dont je me suis occupée un certain temps disait de cette main, qu'elle refusait de montrer, qu'elle était "pourrite"; cette main, elle la cachait dans la manche de son pull-over, hiver comme été. Et je me suis rendue compte qu'elle-même se voyait comme cette vilaine main, cette main pas belle: bonne à jeter aux ordures! 

 

Alors, quand j'entends lire cette péricope, c'est d'abord à cela que je pense: vivre avec une main toute pourrite. Lorsque Jésus demande à cet homme de se lever, d'aller au milieu de l'assemblée, j'ai toujours pensé que Jésus lui demandait quelque chose de difficile - devenir le centre des regards, être regardé - mais aussi qu'il le sortait de son statut d'infirme, statut qui à l'époque était souvent un statut de pécheur. Le verbe utilisé dans la traduction AELF, "il se dressa", montre bien me semble-t-il ce qui se passe pour cet homme, qui n'a peut-être pas demandé à venir là, mais qui est censé servir de piège pour Jésus, donc être un instrument de mort; et qui en se dressant, un peu comme un un étendard, se sent vivant... 

 

C'est cela que j'ai voulu mettre en évidence en laissant parler cet homme. 

 

Mais on peut aussi faire un lien avec la vision des ossements desséchés qui reprennent vie (Ez 37), car il en va de même pour cet homme, qui reprend vie, même s'il n'y a pas de paroles de guérison explicitement prononcées. Les mots "étends ta main", (montre ta main à tous), montre alors la puissance de vie qui est en Jésus. La main devient vivante grâce à la présence de celui est rempli de la force de l'Esprit.

 

L'homme infirme raconte

 

En général, moi je ne vais pas à la synagogue pour le shabbat. Depuis qui j'ai eu cette crise qui a pris ma main, et un peu aussi tout mon côté droit, je n'aime pas me montrer. 


Ma main, je la cache et moi aussi je me cache, parce que je sais bien ce qu'ils disent de moi, les bien-pensants; que j'ai fait quelque chose de mal et que le Très-Haut m'a puni. Sans ma main droite, je ne peux pas faire grand chose… Je suis dépendant des uns et des autres. Certains me font l'aumône, alors je n'ai pas pu refuser quand ils m'ont dit de venir pour prier et écouter les textes. 

 

Ce qu'ils ne m'avaient pas dit, c'est que Jésus, le nouveau prophète, serait là. Alors j'ai compris qu'ils se servaient de moi pour lui tendre un piège. On n'a pas le droit de travailler ce jour là, et pour eux la guérison est un travail. Je pense que cette manière de voir est fausse, mais eux, ils sont comme ça. Du coup je me suis installé tout au fond, comme pour disparaître, ne pas être vu. 

 

Et Jésus était là. Il enseignait. Il parlait justement du livre de Daniel, la vision des ossements desséchés. Et il disait que le souffle de l'Esprit était là aujourd'hui, et qu'il pouvait donner vie à ce qui semblait mort. Quand il a eu fini de parler, son regard a balayé l'assemblée, et s'est arrêté sur moi. Il m'a demandé de me lever, et me mettre au milieu. Alors, malgré ma main bien cachée dans la manche de mon manteau, il a dû la voir, ma main desséchée. Et quelque chose en moi s'est mis à espérer. 


Et moi, qui étais tassé sur moi-même, je me suis redressé, je me suis dressé fièrement (et il y avait longtemps que ça ne m'était pas arrivé), et je suis allé auprès de lui au centre. 

 

Je me demandais ce qu'il allait dire, me dire, je pensais à quelque chose comme" ta main est guérie".


Mais il ne s'est pas adressé à moi, il a demandé aux autres si c'était permis de faire le bien le jour du sabbat, de sauver une vie. Personne n'a répondu; moi j'avais envie de hurler: "Tu as le droit de me guérir, tu as le droit de me sauver, parce que moi je ne vis plus depuis que ma main est morte!" 

 

Le silence était pesant. Je sentais bien qu'il était malheureux, qu'il aurait voulu que ceux qui se disent des pratiquants sortent de leur paralysie mentale. Il s'est tourné alors vers moi, et m'a dit de tendre ma main. Mon Dieu, qu'est ce que j'aimerais la tendre cette main! J'ai déplié mon bras, et ma main a repris sa souplesse, elle est redevenue vivante, elle est devenue légère, elle est devenue chaude, elle était ma main... 

 

Il n'a rien ajouté. Il est parti sans se retourner, sans me regarder. 


Moi je suis resté sur place. Et tout d'un coup, je me suis senti des ailes. Je suis sorti aussi, j'ai couru après lui, je l'ai invité chez moi. Et lui, et certains de ceux qui vivent avec lui, sont venus; et ma maison s'est remplie de rires, et ma maison est redevenue vivante; et ma femme a retrouvé elle aussi le sourire, sans parler de mes enfants.

 

La vie qui est en lui, il nous l'a donnée. Que Dieu soit béni.


jeudi, janvier 19, 2023

Mc 3, 1-6 guérison un jour de Sabbat. 2° semaine du temps ordinaire. 2023

C'est un texte que j'aime beaucoup, qui a un parallèle chez Luc, ce qui m'avait permis de travailler ce texte en 2020, https://giboulee.blogspot.com/2020/09/luc-6-1-6-guerison-de-lhomme-la-main.htmlUn premier commentaire de l'évangile de Marc date de 2018 https://giboulee.blogspot.com/2018/01/etends-ta-main-mc-35.html et était centré sur l'ordre donné à l'homme d'étendre sa main.

Il se trouve que professionnellement j'ai connu des personnes qui vivaient avec des mains atrophiées, conséquences d'anoxies néonatales ou de traumatismes cérébraux, et je sais à quel point cela est invalidant et cause de la  honte. Ces mains, il faut les cacher, les dissimuler, elles sont "pourries" comme disait une jeune fille qui cachait sa main déformée sous son pull. Or ces mains, je les ai tenues dans les miennes, pour les assouplir, leur permettre d'être un tout petit peu moins rigides, et je sais qu'il est possible d'arriver à ce qu'elles s'ouvrent. Ceci pour dire que cet homme porteur de cette pathologie, quelle qu'en soit la cause, devait avoir honte de cette main et vouloir la cacher. 

 

Il me semble que pour mieux rentrer dans le texte de ce jour, il faut revenir un peu en arrière dans l'évangile de Marc. Car cet épisode se termine par la résolution des pharisiens de s'unir aux partisans d'Hérode pour faire périr Jésus. Et on est seulement au chapitre 3. 


On se rend compte que si la notoriété de cet homme sorti de nulle part ou presque, qui n'a pas été formé par un Rabbi patenté à Jérusalem, qui fascine les foules, qui guérit, qui expulse les démons, qui parle avec autorité, qui dit qu'il est le Fils de l'homme, augmente sans cesse, cela commence à déranger sérieusement ceux que l'on appelle les pharisiens, ceux qui suivent la loi à la lettre - ce que Jésus leur reproche d'ailleurs avec véhémence, et là je pense à l'évangile de Luc. 

 

Ce Jésus qui se dit capable de pardonner les péchés, ce qui est le privilège du Très-Haut, qui mange avec les publicains et les pécheurs, qui touche un lépreux, qui ne respecte pas les jeûnes supplémentaires que font les disciples de Jean et les pharisiens, qui ose dire qu'il est l'époux, qui n'a aucune autorité sur ses disciples car il les laisse transgresser l'interdit du travail du Sabbat en arrachant des épis de blés, ce Jésus qui ose dire qu'il est le Fils de l'homme et qu'il est le maître du Sabbat, ne faut-il pas s'en méfier comme de la peste? . 

 

Ne faut-il pas le pousser dans ses retranchements, et en profiter pour le lapider et donc s'en débarrasser? Et c'est ce qui se passe dans ce récit, qui rapporte une guérison a priori non urgente, une guérison non demandée par celui qui en est porteur, une guérison faite un jour où il est interdit de le faire. 

 

Par la suite, les scribes accuseront Jésus d'être de connivence avec le Prince des démons et d'être lui-même un possédé, donc un maudit, quelqu'un dont il faut se méfier, dont il faut se débarrasser. 

 

Se débarrasser de Jésus, cela arrivera, mais en son temps. Mais il me semble qu'il est important de lire ce texte dans cette perspective de mort qui est déjà annoncée.

 

Le prêtre qui commentait ce texte a différencié le péché d'un tout à chacun, qui serait symbolisé par la main desséchée mais qui ne crée aucune colère chez Jésus, puisqu'il est venu justement pour ceux qui ont besoin d'un médecin, du péché des pharisiens qui est l'atrophie du cœur, et qui lui provoque cette colère, teintée de tristesse. 

 

 

Le texte.

 

1 En ce temps-là, Jésus entra de nouveau dans la synagogue ; il y avait là un homme dont la main était atrophiée.

2 On observait Jésus pour voir s’il le guérirait le jour du sabbat. C’était afin de pouvoir l’accuser.

 

On peut penser que ce qui se passe là, c'est un piège que l'on tend à Jésus. Les pharisiens ont fait venir cet homme, en espérant que ce jour-là, Jésus viendra enseigner dans cette synagogue et qu'il verra cet homme. Et en fonction de ce qu'il fera ou ne fera pas, il sera possible de l'exclure, à défaut de le lapider. 

 


3 Il dit à l’homme qui avait la main atrophiée : « Lève-toi, viens au milieu. »

4 Et s’adressant aux autres : « 

Est-il permis, le jour du sabbat, de faire le bien ou de faire le mal ? 

de sauver une vie ou de tuer ? » 

 

Mais eux se taisaient.

 

Jésus a vu. Et il va prononcer deux phrases. La première est pour l'homme, qui est peut-être tout au fond de la synagogue: "Lève-toi et viens au milieu"... Deviens le point de mire…  Se lever, ce verbe qui revient si souvent, ce verbe qui évoque la résurrection, montre que Jésus veut que cet homme redevienne un vivant. 

Quand Lévi a été appelé, il s'est levé. Il est demandé à cet homme de se lever, d'aller en plein milieu, devenir le centre de l'assemblée. Si déjà cet homme infirme arrive à faire cela, c'est presque un miracle: sortir de sa honte, supporter le regard des autres.

 

La deuxième phrase est pour ceux qui lui tendent un piège, et c'est une question, qui est formulée en termes de permis/défendu. On pourrait dire :"Est-il défendu le jour du Sabbat de faire le bien ("le bien" c'est autre chose que "du bien")? Est-il permis de sauver une vie?" (Je regroupe les deux positifs ensemble). Et une deuxième question: Est-il permis de faire le mal et de tuer le jour du shabbat? Or que ce soit faire le mal ou tuer, c'est interdit tous les jours de la semaine, shabbat inclus… 

 

Et là, on est dans le silence. Silence de l'homme qui a bougé, silence de cette assemblée, qui est peut-être paralysée par la présence des pharisiens et qui n'ose pas réagir; silence de ceux qui accusent sans le dire, ceux qui récriminent. 

 

 

5 Alors, promenant sur eux un regard de colère, navré de l’endurcissement de leurs cœurs, il dit à l’homme : « Étends la main. » Il l’étendit, et sa main redevint normale.

 

Jésus répond à leur silence par un regard, et j'aime toujours autant cette traduction qui est celle de la B.J. "un regard de colère, navré de". Chouraqui écrit: "il les regarde à la ronde, et il brûle, blessé par la dureté de leur cœur", qui explicite bien ce qui est rapporté ici. 

 

Cette colère qui est tristesse, car Jésus n'arrive pas à sortir ces hommes du piège où ils sont tombés, d'être devenus incapables de voir avec leur cœur. 

 

Puis est décrit ce qui se passe avec l'homme, qui n'a rien demandé, comme ce sera le cas plus tard avec la femme courbée de l'évangile de Luc. . Il ne le touche pas. Il lui donne un ordre, ordre auquel l'homme aurait pu se soustraire, pensant que c'est impossible. Mais il croit, il fait, et la main redevient ou devient normale; et il y a peut-être une autre guérison, plus profonde, le retour de la vie, qui permet à la honte de s'enfuir.

 

6 Une fois sortis, les pharisiens se réunirent en conseil avec les partisans d’Hérode contre Jésus, pour voir comment le faire périr.

 

Et là, c'est de désir de mort qui s'empare des pharisiens, qui vont s'unir avec les partisans d'Hérode, pour trouver un moyen d'éliminer cet homme qui, pour eux, ne respecte pas la loi de Moïse.

 

Arrivée à la fin de ce travail, je voulais laisser parler, laisser raconter, mais par qui? 

J'ai commencé par laisser parler celui que je considère comme un handicapé, en essayant de faire du différent de ce qui m'a été soufflé en 2020. Puis tout naturellement est venue l'envie de laisser parler Jésus, de cette colère qui était souffrance en lui, parce que j'ai toujours pensé que ces pharisiens avec lesquels il y a de tels accrochages, il les aimait beaucoup. 

Et enfin, plus brièvement, un des pharisiens, de ces récriminateurs. 

 

L'homme raconte

 

Ils sont venus me chercher pour me conduire à la synagogue, et je n'ai pas compris pourquoi ils étaient venus, alors qu'ils savent que je n'aime pas sortir de chez moi, que je ne veux pas que l'on regarde ma pauvre main, ma main qui n'a pas grandi, ma petite main morte, qui est recroquevillée sur elle-même. Mais je ne suis pas de taille à dire non. 

 

Arrivés à la synagogue, je me suis mis dans le fond et c'est là que j'ai vu ces hommes qui ont suivi celui qui s'appelle Jésus et qui fait des guérisons. J'espérais que lui ne viendrait pas. Mais il est arrivé, il a pris le rouleau de la loi et l'a commenté à sa manière, avec une manière nouvelle. Et je voyais bien que ça ne plaisait pas. 

 

Puis, alors que je pensais que j'allais pouvoir rentrer chez moi, il m'a regardé, et m'a dit de lever et de venir là, en plein milieu. J'ai obéi, mais je n'en menais pas large. Et pourtant sa voix était douce. 

 

Il s'est alors adressé à l'assemblée. Il a demandé si le jour du Shabbat il était permis de faire le bien ou de faire le mal. Faire le bien ce n'est pas faire du bien, c'est autre chose. Pour moi, c'est comme s'il me disait qu'il allait me guérir, que cela c'était faire du bien, mais aussi qu'il pouvait aussi me délivrer de ma timidité, de ma maladresse, de tout ce qui s'est accumulé en moi depuis des années et qui fait que plus rien ne circule en moi. Parfois,  j'ai l'impression de devenir aussi sec que ma pauvre main.

 

 Faire le mal le jour du Shabbat, c'est une question bizarre, parce que le mal c'est tous les jours de la semaine qu'on n'a pas le droit de le faire. Et il a aussi demandé si le jour du Shabbat c'était permis de sauver une vie ou de tuer? Là encore quelle drôle de question, mais sauver une vie, sauver ma vie, alors là, s'il peut faire ça, qu'il le fasse, et il n'a besoin de la permission de personne. Et le Très Haut n'a-t-il pas dit par son prophète Moïse que nous devions choisir la vie et pas la mort? 

 

Eux n'ont rien répondu, mais moi je me disais, je lui disais, "Oui Seigneur, même ce jour qui doit être consacré au Repos, tu as devoir de faire le bien, tu as le devoir de me sortir de la mort qui est là un peu plus forte chaque jour, s'il te plaît, Jésus, fais-le".

 

Il a dû m'entendre, parce qu'il les a tous regardé avec un drôle de regard, un regard qui montrait combien cela le peinait qu'ils ne comprennent pas à quel point la vie est ce qu'il y a de plus important; et que la vie, Shabbat ou pas, elle doit primer sur toutes les règles, sur tous les interdits. 

 

Il m'a dit alors de tendre la main: tendre la main, vous vous rendez compte, moi qui ne peux pas déplier les doigts, qui ne peux pas mettre mon poignet dans l'axe du bras depuis tant d'années? C'était presque fou comme ordre, mais j'ai fait ce que j'ai pu et j'ai senti la vie qui revenait. J'aurais voulu me jeter à ses pieds, mais avec leurs regards tellement hostiles je n'ai pas osé… 

 

Eux sont sortis, et je sentais de la haine, un désir de meurtre en eux. Tuer cet homme qui leur tient tête, tuer cet homme qui finalement parle d'aimer, aimer vraiment, aimer d'amour. Cet amour il me l'a donné. A moi maintenant de le donner aux autres et d'être son témoin. Finalement ils ont vraiment bien fait de venir me chercher dans mon "trou"… Que Le très Haut soit loué.

 

 

Jésus raconte

 

Ce qui s'était passé dans ce grand champ que nous avions traversé pour nous rendre en ville, ce matin là, ce matin de Shabbat, les pharisiens - qui font semblant d'être des disciples, mais qui viennent pour faire comprendre à mes vrais disciples, ceux que j'ai choisis, que je suis un imposteur - n'ont pas aimé du tout ma réponse, et pourtant j'ai cité la Parole. Ils m'ont crié dessus parce que je n'empêchais pas mes amis qui avaient faim (comme moi, je dois le dire) de froisser des épis de blés, comme si faire cela, c'était moissonner. Déjà ça, c'est couper les cheveux en quatre, mais me reprocher de ne rien leur dire, c'était, pardonnez-moi l'expression, un peu fort de café (je sais que le café n'existera que bien des années plus tard). 

 

Et comme ils n'avaient pas pu trouver d'objection à ce que j'avais dit, en citant ce qu'avait fait David qui s'était emparé des pains réservés aux prêtres, et qu'ils étaient furieux contre moi - car j'avais parlé de moi en me nommant "le fils de l'homme" et en affirmant que de ce fait j'étais le maître du Shabbat, et en leur expliquant que le Shabbat avait été fait pour l'homme et non pas l'homme pour le Shabbat, que le Shabbat ne devait devenir une prison, mais un temps de libération - je suis sûr qu'ils vont essayer de me piéger, pour que je sois lapidé, pour l'on n'entende plus parler de moi. 

 

Et ça n'a pas manqué. Quand nous sommes entrés dans la synagogue ce matin là, il y avait beaucoup, beaucoup de monde. Et dans le fond, j'ai vu qu'il y avait un homme qui se faisait tout petit, qui se cachait derrière les autres et qui cachait sa main sous son châle de prière, comme s'il en avait honte. Alors j'ai compris: ils voulaient voir si, en ce jour de Shabbat, j'allais oser guérir un homme dont la vie, en soi, n'était pas en danger. Sauf que moi, je sais que cet homme va mal, et que même si c'est interdit, il veut ne plus vivre. Il ne se supporte plus, il ne supporte plus le regard des autres, il ne supporte plus de mendier. 

 

Alors, à ceux qui veulent me piéger, j'ai posé une double question. D'abord, de savoir s'il est permis (mais qui dit permis, dit aussi défendu) de faire le bien ou le mal un jour de Shabbat, et s'il est permis (ou défendu) de sauver une vie ou de tuer. Pour tous les gens normaux, c'est évident que l'important c'est de faire le bien, que l'important c'est de sauver une vie. Mais pas pour eux, sauf qu'ils n'ont pas osé répondre, parce qu'ils avaient peur des autres, ceux qui ne sont pas instruits, ces petits que moi j'aime tant.

 

Au fond de moi, j'avais espéré qu'ils comprendraient que le Shabbat c'est bon, et même très bon, mais qu'il ne faut pas mettre n'importe quoi derrière le mot de travail, d'autant que mon Père, lui, travaille toujours et que comme je le vois faire, je fais comme Lui (1). Et cela m'a attristé. J'aimerais (là encore pardonnez-moi l'expression) , les secouer comme des pruniers, pour qu'ils se secouent, qu'ils comprennent que je suis là pour tous les hommes, pour sauver, pour libérer. Mais ils restent dans leur carcan qui les sécurise et cela me rend malade de tristesse. 

 

Quant à l'homme, dont je ne connais même pas le nom, je lui avais demandé de se lever et de venir à côté de moi, du côté où l'on proclame la Tora; il attendait. Je lui ai demandé d'étendre sa main. Je sais bien que cela il ne pouvait pas le faire, mais maintenant il peut. Son regard est devenu éperdu de reconnaissance quand il a pu bouger ses doigts, et que son poignet s'est redressé. Je l'avais guéri un jour de Shabbat, mais j'avais fait plus que cela, il avait retrouvé le désir de vivre. 

 

Quand les autres sont sortis, j'ai compris qu'ils allaient de mettre d'accord avec les partisans d'Hérode pour m'éliminer. Mais ce temps-là, n'est pas encore venu. 


(1) Jn 5, 17

 

 

Un pharisien raconte

 

Des amis à moi, des amis qui comme moi, respectent la loi de tout leur cœur, de tout leur être, sont venus me chercher comme tous les Shabbat pour aller à la synagogue. Avec eux, il y avait un homme qui avait une main atrophiée. Je me demande quel péché il a commis pour avoir cette infirmité. En chemin, ils m'ont dit qu'ils voulaient mettre Jésus à l'épreuve, car il n'y avait aucune urgence à guérir cet homme un jour consacré au Seigneur. Et que s'il transgressait cet interdit, parce que des interdits il en transgresse beaucoup, ils iraient à Jérusalem pour le dénoncer aux grands-prêtres et peut-être même trouver un moyen de le faire taire, car il commençait à prendre trop de place.

 

Eh bien, la guérison, il a osé la faire. Il nous a pris à partie, en nous demandant s'il était permis, en ce jour consacré au Très Haut, de faire le bien ou le mal, de sauver une vie ou de la perdre. Que pouvions nous répondre? Rien bien entendu, mais ce n'était pas une bonne question. Il nous avait piégés lui aussi. Il nous a regardés, et je dois dire que je n'étais pas très à l'aise. Je le sentais triste et en colère, mais bon, je sais ce qui est bien je sais ce qui est mal, et je sais que le jour du Shabbat aucun travail ne doit être accompli. Puis, il a  guéri l'homme. Il ne l'a pas touché, il n'a pas prononcé de formule pour chasser le démon qui le possédait, il lui a juste dit d'étendre sa main et sa main a comme repoussé, ce qui est quand même très impressionnant.

 

J'étais à la fois impressionné et très mal à l'aise. Mais je crois que ce Jésus, il ne faut pas le laisser faire, et qu'il faut nous unir avec les disciples d'Hérode pour trouver moyen de le faire mourir le plus vite possible. Que le Très Haut nous vienne en aide. 



 

 

dimanche, novembre 05, 2006

La guérison de l'homme hydropique un jour de sabbat

Catherine Lestang

Commentaire de Luc 14,1-6 : « la guérison de l’homme hydropique un jour de sabbat »

J’avais une grand-mère que je ne voyais que pendant les grandes vacances et qui avait le rituel de faire de petits cadeaux le dimanche. Comme un vendredi, je m’étais trouvée en panne de stylo-bille (nous étions à l’étranger), et sachant qu’elle en avait dans ses réserves de cadeaux, je suis allée lui demander l’objet dont j’avais besoin. Elle a refusé, rétorquant que le cadeau c’était le dimanche. Inutile de dire que le dimanche suivant, je n’ai pas accepté son stylo-bille, et que ce ritualisme m’avait mise très en colère. Pourquoi était-elle incapable de changer ses habitudes, ses rituels ? Pourquoi cet attachement à la règle? Je crois d’ailleurs que ma réaction « mal élévée » a suspendu le rituel des petits cadeaux, mais je dois dire que je n’en avais rien à faire, n’étant plus une petite fille.

L’évangile de la guérison de l’homme hydropique, évoque pour moi cet incident, et me renvoie toujours à la nécessité de ne pas s’enfermer dans des rituels, qui ne tiennent pas compte de la demande de l’autre. Les rituels ne sont pas mauvais, ils structurent le temps et l’espace, mais de là à en faire des lois immuables, il y a un grand risque.

En relisant ce texte, j’ai trouvé sa rédaction curieuse. Le style n’est pas celui des guérisons où la relation entre le malade et Jésus est le centre de l’action. Si on regarde comment cet épisode se situe dans l’évangile de Luc, on voit qu’il suit « l’apostrophe à Jérusalem » et se continue « par la place à ne pas choisir lors d’un repas ».Ces trois épisodes ont des styles très différents, on pourrait dire prophétique, polémique et sapiental. Outre le style, je suis interrogée par le comportement de Jésus qui semble avoir accepté librement de se laisser tendre un piège. Et ce qui me frappe c’est le courage, voire l’obstination, de Jésus qui essaye casser une routine religieuse, qui dans sa scrupulosité mène à la mort et non à la vie.

Ce que je veux dire, c’est que pour moi, aujourd’hui, dans la lecture qui est la mienne, la « pointe » de ce texte, c’est une réflexion sur l’attitude de Jésus. Réfléchir sur cela, me permet de rentrer autrement dans le texte que de se centrer uniquement sur le non-respect du sabbat. Car Jésus, en fonctionnant ainsi, prend des risques (lapidation) pour que ces hommes qui disent « nous voyons » mais sont des « aveugles »Jn 30,41 sortent de leur savoir, qui est par trop mortifère. En même temps je peux admirer sa ténacité à vouloir faire bouger ces hommes si respectueux de la loi.

Ce texte donc, qui suit l’apostrophe à Jérusalem, se trouve dans ce qui me semble être la seconde partie (de 9, 51 à 22) de l’évangile lucanien, qui démarre après la transfiguration (Lc 9, 28). Il raconte la longue montée à Jérusalem avec les démêlés de plus en plus importants avec les représentants de la religion, prêtres, scribes ou pharisiens. Et pour prendre cette route, il fallait comme l’écrit l’évangéliste « du courage » Lc 9,51.

Les guérisons le jour du sabbat sont peu nombreuses ! La première, celle de l’homme à la main desséchée, (Lc 6, 6)intervient après l’épisode des épis arrachés par les disciples (et non par Jésus) et avant la multiplication des pains, puis il y a celle de la femme courbée dans une synagogue (Lc,13, 10) et enfin celle de cet homme hydropique, qui a lieu dans un lieu non religieux. Au total, trois, ce qui n’est pas beaucoup.
Pour en revenir à ce texte, il me semble que la rédaction est étonnante.Je le cite ce texte dans la traduction de la Bible de Jérusalem, et j’essaye au fur et à mesure d’écrire mes interrogations.

14,1 Et il advint, comme il était venu un sabbat chez l'un des chefs des Pharisiens pour prendre un repas, qu'eux étaient à l'observer.

Le début du texte semble indiquer que Jésus s’invite chez cet homme, ce chef des pharisiens (on pourrait dire chez cette huile !). Il ne vient certainement pas seul, car il faut bien qu’il y ait un narrateur). Mais comment arrive-t-il là ? Hasard ? Je n’y crois guère. On peut imaginer, qu’à Jérusalem, puisque c’est là que Jésus se rend, une sorte de bouche à oreilles bien orchestré a fait savoir qu’il y avait une table ouverte le jour du sabbat. C’est peut-être une attitude normale, mais il y a ce regard malveillant (qu’eux étaient à l’observer). Peut-être est-ce une aubaine pour Jésus et ses disciples d’avoir trouvé ce lieu, mais pourtant, cela ressemble bien à un piège.

14,2 Et voici qu'un hydropique se trouvait devant lui.

Comment cet homme malade à la peau gonflée, rentre-t-il chez un chef de pharisiens, que l’on peut facilement imaginer à cheval sur le pur et l’impur ? Cela pose question. Si on laisse à cet homme hydropique le bénéfice du doute, on peut penser qu’il a été prévenu de la présence de Jésus et qu’il joue le tout pour le tout. Sinon, il s’agit d’un piège en bonne et due forme, et l’absence de paroles entre Jésus et cet homme, irait plutôt dans ce sens. Car ceci ne correspond pas à sa manière de faire.


14,3 Prenant la parole, Jésus dit aux légistes et aux Pharisiens : "Est-il permis, le sabbat, de guérir, ou non ?"

Jésus ne s’adresse pas à l’homme, mais à l’assistance. S’il demande un débat de type rabbinique, cela pourra durer un certain temps, mais là c’est le silence.Et curieusement, pour moi, cet épisode se rattache à celui de la femme adultère, où il y a beaucoup de silence, un silence tendu, car cela ressemble fortement à un piège. La différence étant que Jésus prend l’initiative des hostilités.

14,4 Et eux se tinrent cois. Prenant alors le malade, il le guérit et le renvoya.

Donc pas de discussion, par d’argumentations entre Jésus et son auditoire. « Qui ne dit mot consent » dit un de nos proverbes.

Silence aussi avec le « patient ». Au silence des pharisiens, il répond par des actes : « prendre, guérir, renvoyer ». Il ne lui pose pas de question. Il semble que le silence se maintienne. Il prend le risque de le guérir pour ouvrir les yeux et le cœur de ceux qui veulent le prendre en défaut.


14,5 Puis il leur dit : "Lequel d'entre vous, si son fils ou son boeuf vient à tomber dans un puits, ne l'en tirera aussitôt, le jour du sabbat ?"
Reprise de parole, sous forme d’interrogation, mais une interrogation qui évoque un peu la paille et la poutre…. Vous me condamnez parce que je ne respecte pas le sabbat et il est vrai que la loi mosaïque est très ferme là-dessus, mais au fond de vous, mais n’êtes-vous pas prêts à sauver ce à quoi vous tenez même un jour de sabbat, et moi, cet homme j’y tiens…


14,6 Et ils ne purent rien répondre à cela.

On pourrait dire que Jésus leur cloue le bec, mais je ne suis pas sûre qu’il s’agisse de cela. Je crois qu’il essaye de leur ouvrir les yeux, et cela c’est courageux. Les prendre en défaut sur leur pratique est aussi dangereux que de guérir, car cela touche à l’amour-propre et personne ne supporte facilement d’être mis en question, surtout s’il se considère « juste ».…

Je fais l’hypothèse qu’il essaye de faire comprendre à ces hommes qui de fait donneraient leur vie pour faire respecter leur loi, et qui sont prêts à tuer pour la faire respecter, que l’important est ailleurs. Quand on a comme Lui, le pouvoir de guérir, donc de sauver, de rendre vivant, alors on utilise ce don, même si ce n’est pas le « bon » jour. Faudrait-il mettre ce don sous le boisseau, parce que c’est le sabbat ? N’a- t-on pas le devoir de l’exercer, car ainsi on est à l’image du Dieu créateur, dont on révèle alors la présence et la miséricorde ? Or n’est pas cela que Jésus veut faire ?

Eux, leur don c’est connaître la tora, de se laisser façonner par la loi, de vivre par elle. Mais si celle-ci devient un objet et non plus une parole vivante, alors, il faut accepter d’ouvrir les yeux et de voir ses limites. Mais ce faisant, Jésus irrite, exaspère… Et il faut du courage pour aller dans ce sens.

En final, dans ce petit texte, ce n’est pas le côté « moralisateur » qui me fait avancer, mais la perception d’un homme rempli de courage, qui accepte de prendre des risques, pour essayer de désendurcir le cœur de ces hommes qui sont des savants et qui devant l’échec, cherche d’autres moyens pour se faire entendre et comprendre, car c’est un peu le sens de l’épisode qui suit, sur la place à ne pas choisir de peur d’être délogé.

mardi, septembre 13, 2022

Lc 15;1-32. Les trois paraboles de la joie: quand un pécheur se convertit - 24° dimanche du temps ordinaire année C - Septembre 2022

  

La parabole du fils prodigue, nous l'avons entendue pendant le temps du Carême (année C), et la revoilà pour ce 24° dimanche du temps ordinaire, de cette même année C. 

 Pour ma part, j'ai proposé au fil des années plusieurs regards sur ce passage de Luc. Celui du père, https://giboulee.blogspot.com/2016/09/les-paraboles-de-la-misericorde-luc-15.html

celui de l'aîné, qui semble rempli d'envie et de rancœur,  https://giboulee.blogspot.com/2021/03/luc-15-32-32-il-fallait-festoyer-et-se.html et enfin celui de ce fils qui a pris un jour de sa vie la clé des champs pour faire une expérience de ce qu'il pensait être la liberté:  https://giboulee.blogspot.com/2021/03/luc-15-14-il-fait-tout-depense-quand.html . Donc trois regards sur cette parabole du fils perdu et retrouvé comme on dit aujourd'hui. Comme le font remarquer certains, il s'est perdu tout seul, un peu comme la brebis, mais personne n'est vraiment parti à sa recherche. Et on assiste plutôt à des retrouvailles dans ce texte, du moins pour ce fils-là, car pour l'aîné, on est plutôt dans une scène de rupture. 

 

 Peut-être manque-t-il le regard de Jésus. Qu'est ce qui le pousse encore et encore à essayer de convertir ces pharisiens qui par certains côtés ont comme lui un amour dévorant pour la parole, pour son père, mais qui se sont enraidis à vouloir obéir sans discerner ce qu'il en est de la volonté de Dieu, et peut-être à se façonner un Dieu à leur image.  Dans le chapitre qui précède celui qui nous est proposé aujourd'hui, il avait été question de la guérison de l'homme atteint d'hydropisie, un jour de Sabbat dans une synagogue. Jésus avait posé une question aux pharisiens qui sont là: "Est-il permis oui ou non de faire une guérison le jour du Sabbat", question presque analogue à celle qu'il avait déjà posée lors de la guérison de l'homme à la main desséchée dans une synagogue. Devant l'absence de réponse, Jésus guérit l'homme et le renvoie chez lui. Mais quand j'entends ce texte, je l'associe automatiquement à ce qui passe dans l'évangile de Marc, lors de la guérison de l'homme à la main desséchée (Mc 3,1-6),où l'évangéliste rapporte que devant l'absence de réponse à sa question 'Est-il permis un jour de sabbat de faire le bien ou de faire le mal, de sauver une vie ou de la perdre', il promène sur eux un regard navré de colère (trad B.J.), ce qui traduit bien sa tristesse devant cette rigidité. 

 

Alors peut-être qu'un jour je laisserai la parole à Jésus, car je me demande parfois si ce fils qui quitte la maison de son père, non pas pour brûler la vie par les deux bouts, mais pour se frotter à nous qui sommes infréquentables et nous aimer encore et encore, et donner sa vie pour que nous puissions retourner à notre maison, ce n'est pas lui ce fils prodigue qui distribue tout. 

 

Mais j'ai choisi de laisser parler un pharisien, un de ceux pour lesquels ces trois paraboles, ces trois histoires sont racontées; peut-être un de ceux qui n'a pas du tout apprécié cette guérison un jour de Sabbat et les réflexions de Jésus sur ceux qui se précipitent sur les premières places au cours d'un repas, et inviter ceux qui ne peuvent rendre l'invitation; sans parler de cette parabole où ceux pour lesquels un repas de noces, préparé de longue date, sera finalement donné à d'autres, qui n'en sont peut-être pas dignes au regard des pharisiens.  

 

Un pharisien raconte.

 

Ce qui est sûr, c'est qu'il faudra bien trouver un moyen pour le faire taire, ce Jésus de Nazareth. Il se prend pour un prophète, pour l'envoyé. Il ose dire qu'il est le maître du Sabbat. Il ne réprimande pas ses disciples quand ils transgressent l'interdiction de tout travail agricole le septième jour. Il fait des guérisons ce jour-là, alors qu'il y a six autres jours dans la semaine pour venir se faire guérir. Il risque de pervertir nos propres disciples. 

 

Et parfois, pourtant, il dit et il enseigne de beaux préceptes. Ne dit-il pas qu'il faut aimer et prier pour ses ennemis, donner tout ce que l'on a et tout ce que l'on est? Sauf que, de cela, qui en est capable? Mais sa prédilection pour les pécheurs, pour les femmes de mauvaise vie, pour les collaborateurs, est vraiment insupportable. Il se permet de nous donner des leçons de morale: ne pas prendre la première place quand on est invité à un festin, mais surtout il semble vouloir nous faire comprendre que nous, nous n'entrerons pas dans le Royaume; alors qu'en respectant la Tora comme nous le faisons, c'est pourtant cela que nous désirons de toute notre force.

 

Et là, comme en nous-mêmes nous pestions parce que ceux qui le suivent, ce sont comme je l'ai dit des pécheurs et des publicains, il s'est adressé directement à nous, et nous a raconté trois histoires, ces histoires dont il a le secret. Je crois qu'il veut nous prouver qu'un pécheur, qui renonce à ses péchés, fait quelque chose de bien; et que cela est agréable à notre père céleste. Cela le prophète Ézéchiel le disait aussi.  

 

Mais je dois dire que le voir en permanence ou presque, même si ses disciples disent qu'il passe des nuits entières à prier, avec ces pestiférés, prendre ses repas avec eux, alors que toute la loi nous dit de ne pas frayer avec eux, c'est insupportable. Et pourtant il chasse des démons, il guérit des malades, et il mange avec les pécheurs. Qui est-il? Puisqu'on sait que Dieu n'exauce pas les pécheurs. 

 

Pour sa première histoire, il nous a pris à partie ou presque. Il nous a demandé si, lorsque l'une de nos brebis venait à se perdre, nous n'abandonnions pas tout le troupeau, les quatre-vingt dix-neuf autres, pour aller la rechercher. Il a parlé de brebis qui se serait perdue dans le désert. Une brebis si difficile à retrouver. Il en faut de la patience pour la faire sortir d'une crevasse, il faut espérer qu'elle ne s'est rien cassé, et il faut la porter souvent sur les épaules pour la ramener. 

 

Là, je me suis demandé de qui il parlait vraiment. De nous, de lui qui dit qu'il est venu chercher les malades, qui se prend un peu pour un berger, ou même de notre Berger, celui qu'il ose parfois appeler son Père. Parce que c'est comme cela qu'il le nomme. Ne l'avons-nous pas entendu dire: "Je te bénis Seigneur du ciel et de la terre, d'avoir caché cela aux sages et aux savants et de l'avoir révélé aux tous petits. Oui, Père, car tel a été ton bon plaisir. Tout m'a été remis par le Père, nul ne connait le Père si ce n'est le Fils, et celui à qui le Fils veut bien le révéler". 

 

Et il a ajouté, ce qui est vrai, que lorsque nous retrouvons cette brebis qui s'est sauvée, qui a quitté le troupeau, nous en sommes tellement heureux que nous convions tous nos amis et que nous faisons la fête avec eux. Et pour lui, cette joie-là, elle existe aussi au ciel, pour un seul pécheur qui change de vie. Et il a même dit qu'il y avait plus de joie pour un pécheur qui se convertit que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n'ont pas besoin de conversion. Peut-être qu'il voudrait que nous nous réjouissions pour ces foules qui le suivent; et qui, d'après ce qu'on dit, pour beaucoup changent de vie? Mais là, il peut toujours rêver. 

 

Après je dirais qu'il a enfoncé le clou, en racontant l'histoire d'une femme qui avait dix pièces d'argent et qui en perd une; et qui retourne toute sa maison pour retrouver la pièce. Si c'est la pièce de la couronne de la mariée, alors oui, je la comprends. Sans la pièce, toute la couronne est bonne à jeter. Et même si c'est une simple pièce d'argent, je comprends qu'elle remue tout,  et même qu'elle allume une lampe en plein jour, pour la retrouver. Enfin ça, c'est bien un truc de femme. Qui d'entre-nous perdrait une pièce d'argent! Et il parle ensuite de la joie qui est la sienne, quand tout le travail de retourner la maison a porté ses fruits. Et de cette joie qu'elle partage avec ses amies. Et pour lui, ce serait la même chose avec les anges qui se réjouissent dans leur chœur angélique quand un pécheur se convertit.  Mais qu'est-ce qu'il en sait? 

 

Puis il nous a raconté une histoire assez différente, celle d'un homme qui a deux fils. L'un d'entre eux, je dirai que c'est le prototype de pécheur: il demande son héritage, il prend tout, il s'en va, il fait la fête, il dilapide tout. Il brûle, comme on dit, la vie par les deux bouts. Mais voilà, un jour il se retrouve sans le sou, et bien sûr sans amis. Notre livre des Proverbes nous dit de beaux enseignements sur ces insensés. Puis quand il est vraiment au bout du rouleau, il se souvient qu'il a un père, qui donne de quoi manger à ses ouvriers, comme tout bon responsable. Il faut dire qu'il y a une famine dans le pays, et qu'il est réduit à garder des porcs, ces animaux impurs, qui eux peuvent se gaver, mais pas lui. 

 

Et là en quelque sorte cette famine lui permet de réfléchir. Il décide de bouger, de ne pas rester passif à pleurer et à se lamenter sur lui: de rentrer chez son père, et de lui dire de ne plus le considérer comme son fils (ce que je trouve très bien après ce qu'il a fait); et de l'embaucher comme un de ses serviteurs. Il se dit que comme cela il aura à manger, et tant pis pour la honte. 

 

Seulement le père de cet homme ne l'entend pas de cette oreille. Imaginez-vous (enfin cela Jésus ne le dit pas) mais que, jour après jour, il attendait le retour de son fils. Et quand il le voit arriver, en haillons, sentant mauvais, mais en vie, alors que le fils voudrait disparaitre sous terre, lui, il lui ouvre les bras, et le couvre de baisers. Je ne sais pas si beaucoup de pères seraient capables de cela, une mère peut-être, même sûrement, mais un père? Dès que le fils ouvre la bouche pour lui dire la belle phrase qu'il a préparée et où il se reconnaît pécheur et indigne d'être appelé fils, il appelle ses serviteurs pour que ceux-ci le lavent, lui donnent la plus belle robe, des sandales, et même une bague et il fait organiser un grand festin, tellement il est heureux d'avoir retrouvé ce fils qu'il pensait être mort, et qui est vivant. Je ne sais pas qui il a invité, mais j'imagine toute sa maisonnée.

 

Je pense que Jésus, veut nous faire comprendre la joie qu'il peut y avoir au ciel quand un pécheur se repent, reconnaît son péché, même si finalement la motivation qui le pousse à revenir chez lui, auprès de son père, est le désir de ne plus souffrir de la faim, et non pas de demander vraiment pardon. Je dois dire que parler du très Haut comme cela, ça m'a un peu retourné. Mais Jésus a continué son histoire et là, j'ai beaucoup moins aimé. 

 

Il a parlé de l'autre fils, le fils aîné, celui qui fait en quelque sorte marcher le domaine. Il est un peu comme un super-intendant. Car le fils revient des champs, fatigué, épuisé par sa journée de travail, et il entend le bruit de la fête. Il n'en croit pas ses oreilles, et il demande ce qui se passe. Un serviteur lui dit que son père a fait tuer le veau gras parce que son frère est revenu, et qu'il est en bonne santé. 

 

Alors là, il se met très en colère; et je le comprends, parce que ce n'est pas juste. Il est tellement en colère qu'il ne veut pas participer au festin. Il dit à son père qu'il fait la fête pour ce malpropre, alors que pour lui, le père n'a jamais rien donné, et que vraiment ce n'est pas normal. Et le père de lui dire qu'il pouvait demander et même se servir sans demander, et là le fils a ouvert des grands yeux, jamais il n'avait imaginé que son père pouvait être comme ça. Puis il ajoute qu'il fallait bien faire la fête parce que son frère est revenu à la vie. 

 

Ce que fera ce fils, Jésus ne le dit pas. Est-ce qu'il va entrer dans la maison, pour faire plaisir à son père, pour lui obéir, mais comment va-t-il réagir quand il verra son frère? Car l'ignorer, il ne peut pas le faire. Peut-il entrer dans la joie? C'est vraiment très difficile, ce qui lui est demandé là. Et là, si moi, j'étais ce fils, je ne sais pas ce que j'aurai fait. 

 

Est-ce que notre Dieu, qui nous a dit "Soyez saints comme je suis saint" peut nous demander de nous réjouir quand un pécheur se convertit? Notre tradition ne parle-t-elle pas des colères de notre Dieu, qui est - comme il l'a révélé à Moïse - un Dieu certes plein d’amour et de vérité, qui garde sa fidélité jusqu’à la millième génération, et supporte faute, transgression et péché, mais ne laisse rien passer, car il punit la faute des pères sur les fils et les petits-fils, jusqu’à la troisième et la quatrième génération? 


Quand je pense à tout ce que ce fils a fait comme péchés, imaginer que notre Dieu, Béni soit-il, puisse dans son paradis faire un festin de noces pour un pécheur qui montre son repentir, c'est pour moi impensable et presque blasphématoire. 

 

Alors oui, ces trois histoires sont bien jolies, mais moi je lui en veux à Jésus. Nous les pharisiens nous n'aimons pas les pécheurs, nous les fuyons,  parce que nous avons peur qu'ils soient un peu comme des lépreux et qu'ils puissent nous souiller, nous contaminer. Nous n'invitons pas n'importe qui chez nous, nous ne faisons pas la fête quand nous apprenons que l'un d'entre eux a renoncé à péché mais nous, toute notre vie est effort pour être agréables à Dieu. 

 

Faut-il être un pécheur pour être aimé de Lui? Je ne sais plus, je ne sais pas, mais je sais qu'un jour Jésus nous a reproché de ne pas entendre les prophètes, ceux qui disent que le sacrifice qui est agréable à Dieu, ce ne sont pas les taureaux ou les chevreaux, mais la pratique de la miséricorde. Et là, le Dieu qu'il nous présente, c'est ce Dieu de miséricorde, ce Dieu d'Amour. Mais est-ce ce Dieu-là dont moi je veux pour sauver notre peuple? Je dois dire que je ne sais pas.

 

Et tandis que je me faisais cette réflexion, une pensée étrange m'est venue. Ce Jésus dit (ou certains pensent) qu'il est le fils du très Haut; d'ailleurs il se présente parfois comme le "Fils de l'homme". Et si c'était lui le fils que nous considérons comme indigne, venu d'en haut pour se commettre avec nous les hommes, nous qui sommes tous pécheurs - car cela je dois le reconnaître; et qui viendrait nous sauver? 

 

Je n'aime pas cette pensée, parce que le messie doit être un descendant de David, et que celui-là il vient de Nazareth. Alors attendons et veillons à la pureté, et battons-nous pour que la loi soit respectée et que notre Dieu vienne visiter ton peuple et faire le grand ménage.On verra alors si ce Jésus, est bien le Messie. Mais en attendant, nous veillerons. 

  

samedi, avril 08, 2023

Jn 18-19. Récit de la Passion. Vendredi Saint. Avril 2023

 Récit des dernières heures selon Jean.

 

C'est la première année que je travaille le récit de la Passion. J'ai beaucoup hésité avant de me lancer, et puis pour le vendredi de la Passion, je me suis dit que cela pouvait en valoir la peine, de prendre vraiment le temps de laisser ce récit entrer en moi. Puis est venue l'envie de laisser raconter, mais raconter par qui? Pourquoi pas par Pilate le mal aimé. De le laisser raconter ce qu'il a vécu ce jour-là, au moment de la fête de la Pâque juive, cette fête de la libération, avec l'homme Jésus, le Galiléen de Nazareth, cet homme qui dit être le Fils de Dieu et qui dit venir libérer l'homme.

 

Initialement je ne pensais pas mettre le texte, je veux dire les chapitres 18 et 19, et donc le travail fait sur ces versets. Mais pourquoi pas? Cette passion, outre bien entendu celle de Bach, résonne pour moi avec un souvenir de 1963. C'était à Jérusalem, dans le jardin des oliviers, à la tombée de la nuit, des torches, et la voix un peu rauque du Père Jean-Marie Lustiger, qui pour moi, ouvre en moi le texte avec le  "Qui cherchez-vous"? qui résonne dans la nuit. 

 

Ce n'est pas une journée facile ce vendredi. Comment passer cette journée en se décentrant de soi, des petits problèmes ordinaires, pour centrer le regard sur celui qui aime jusqu'au bout, et aussi sur le Père qui accepte cela, sur Marie qui vit sa passion, et sur le don de l'Esprit. Faut-il se battre la coulpe, et dire que c'est de sa faute, ça je ne le sais pas encore. Mais le regarder lui, dans son amour total, et aussi dans cette maîtrise de ce qui se passe, en particulier la relation avec Pilate, c'est extraordinaire; sans parler de la mort qui advient après que tout soit accompli.

 

Je ne savais pas trop par qui faire raconter ce récit. Bien entendu il y avait le disciple aimé, il aurait pu y avoir Marie, mais elle ne pouvait pas savoir ce qui s'était passé avec les grands-prêtres, dans leur cour, et chez Pilate. Alors comme je l'ai déjà dit, j'ai eu envie de laisser Pilate raconter. Mais là encore beaucoup de choses lui ont échappé. Mais Pilate a des espions et des soldats, alors il peut en savoir des choses

 

Voilà le travail sur le texte, avec un préambule.

 

Préambule 

 

Il est difficile de faire raconter ce récit. D'autant que le récit de Jean est très particulier. Il y a eu le lavement des pieds, l'annonce de la trahison, puis ces discours que nous appelons discours après la Cène, alors que si on croit ce que Jean a écrit, ce repas n'est pas un repas pascal, puisque les disciples pensent que Judas sort pour acheter ce qu'il faut pour la Pâque. 

 

Il me semble que si le chapitre 14 se lit dans le droit fil de ce qui vient de se passer avant, il pourrait être le dernier chapitre avant l'arrestation, et que les chapitres suivants, qui sont comme le testament de Jésus, aient été rajoutés par la suite. Ce chapitre 14 se termine par "levez-vous, partons d'ici" puisque dans l'évangile de Jean, Jésus va certes au jardin des Oliviers, mais l'arrestation est imminente. Ce qui se passe à Gethsémani n'est pas rapporté par Jean.

 

L'arrestation elle-même est un peu différente. Il n'y a pas de baiser de Judas. Il y a certes Pierre qui coupe l'oreille du serviteur du grand-prêtre, mais l'oreille n'est pas "recollée". 

 

C'est le disciple que Jésus aime (ou aimait) qui fait entrer Pierre dans la cour du grand-prêtre, il y a bien les trois reniements, mais quand Pierre entend le coq chanter, rien n'est dit de ce que cela produit en lui.

 

Dans les synoptiques, ce qui se passe entre Jésus et les représentants de l'autorité juive est beaucoup plus développé; par contre dans Jean c'est ce qui se passe avec Pilate qui prend beaucoup plus de place. 

 

Jésus porte sa croix, comme dans les synoptiques, mais là encore c'est très sobre, car le projecteur est mis sur ce qui se passe entre Jésus crucifié, sa mère - qu'il appelle femme comme dans l'épisode de Cana, et là il se passe bien une autre noce - , et le disciple à qui il confie sa mère, en donnant à cette dernière une nouvelle famille. 

 

Quant à la mort de Jésus, elle n'est pas accompagnée de phénomènes météorologiques comme chez Matthieu qui dit que les ténèbres recouvrent la terre, ni de dialogue avec les deux malfaiteurs crucifiés en même temps que Jésus. Il y a la demande de Jésus: j'ai soif, et là il prend la boisson, puis il dit que tout est accompli, incline la tête et répand (ou rend) son souffle. Il y a une totale maitrise qui différencie ce texte. 

 

            Travail sur le texte

 

De fait, j'ai commencé par la fin, sans trop savoir pourquoi.

 

Chapitre 18

 

 

01 Ayant ainsi parlé, Jésus sortit avec ses disciples et traversa le torrent du Cédron; il y avait là un jardin, dans lequel il entra avec ses disciples.

02 Judas, qui le livrait, connaissait l’endroit, lui aussi, car Jésus et ses disciples s’y étaient souvent réunis.

 

Je me demande où Judas est parti. En théorie, il a quitté les autres et est allé directement voir les prêtres pour dire où Jésus irait certainement. Mais lui n'a pas entendu tout ce testament laissé par Jésus (ou ajouté par le rédacteur). 

 

03 Judas, avec un détachement de soldats ainsi que des gardes envoyés par les grands prêtres et les pharisiens, arrive à cet endroit. Ils avaient des lanternes, des torches et des armes.

 

04 Alors Jésus, sachant tout ce qui allait lui arriver, s’avança et leur dit: « Qui cherchez-vous ? »

 

Jésus prend les choses en main, pour protéger les disciples. 

 

05 Ils lui répondirent : « Jésus le Nazaréen. » Il leur dit : « C’est moi, je le suis. » Judas, qui le livrait, se tenait avec eux.

06 Quand Jésus leur répondit : « C’est moi, je le suis », ils reculèrent, et ils tombèrent à terre.

 

Cela m'a toujours paru très étonnant. Pourtant ce sont des soldats et des gardes. Peur de quelque chose? Cela évoque un peu la puissance de Jésus sur le Lac de Galilée quand il vient à la rencontre de ses disciples après la multiplication des pains. Cela peut donner quand même une idée de la puissance qui est en lui, puissance à laquelle il renonce complètement, puisqu'il permet en toute liberté que ces hommes se saisissent de lui.

 

07 Il leur demanda de nouveau: « Qui cherchez-vous ? » Ils dirent: « Jésus le Nazaréen. »

08 Jésus répondit: « Je vous l’ai dit: c’est moi, je le suis. Si c’est bien moi que vous cherchez, ceux-là, laissez-les partir. »

09 Ainsi s’accomplissait la parole qu’il avait dite  « Je n’ai perdu aucun de ceux que tu m’as donnés ».

 

Judas, là, ne fait rien. Il est juste le guide; pas d'échanges entre lui et Jésus, ni de baiser. Pas de regards. Rien. 

 

10 Or Simon-Pierre avait une épée; il la tira, frappa le serviteur du grand prêtre et lui coupa l’oreille droite. Le nom de ce serviteur était Malcus.

11 Jésus dit à Pierre: « Remets ton épée au fourreau. La coupe que m’a donnée le Père, vais-je refuser de la boire? »

 

Le coup d'épée de Simon-Pierre et l'oreille tranchée: Là elle n'est pas guérie, donc Pierre est coupable et peut-être mis à mort. On retrouve là, avec le mot "coupe", ce qui est rapporté par les synoptiques, mais à Gethsémani:  Mt 26,39 Allant un peu plus loin, il tomba face contre terre en priant, et il disait: « Mon Père, s’il est possible, que cette coupe passe loin de moi! Cependant, non pas comme moi, je veux, mais comme toi, tu veux. »

 

12 Alors la troupe, le commandant et les gardes juifs se saisirent de Jésus et le ligotèrent.

13 Ils l’emmenèrent d’abord chez Hanne, beau-père de Caïphe qui était grand prêtre cette année-là.

14 Caïphe était celui qui avait donné aux Juifs ce conseil: « Il vaut mieux qu’un seul homme meure pour le peuple. »

 

Donc Jésus va chez Hanne, le beau-père de Caïphe. Le rédacteur reprend ici ce qu'il avait écrit quant à ce dernier, qui avait peur que la présence de Jésus, reconnu après la résurrection de Lazare comme le roi attendu, ne provoque une réaction sanglante des Romains, mais aussi de la perte de sa fonction. 

 

15 Or Simon-Pierre, ainsi qu’un autre disciple, suivait Jésus. Comme ce disciple était connu du grand prêtre, il entra avec Jésus dans le palais du grand prêtre.

16 Pierre se tenait près de la porte, dehors. Alors l’autre disciple – celui qui était connu du grand prêtre – sortit, dit un mot à la servante qui gardait la porte, et fit entrer Pierre.

 

 Et Pierre passe du dehors au-dedans, peut-être aurait-il mieux valu pour lui qu'il reste dehors. 

 

17 Cette jeune servante dit alors à Pierre: « N’es-tu pas, toi aussi, l’un des disciples de cet homme? » Il répondit : « Non, je ne le suis pas! »

 

Premier reniement. 

 

18 Les serviteurs et les gardes se tenaient là; comme il faisait froid, ils avaient fait un feu de braise pour se réchauffer. Pierre était avec eux, en train de se chauffer.


La mention du feu de braises est importante, car on trouvera dans Jn 21 un autre feu de braises, sur lequel du poisson sera en train de cuire, et le récit d'une pêche miraculeuse. 


19 Le grand prêtre interrogea Jésus sur ses disciples et sur son enseignement.

20 Jésus lui répondit: «Moi, j’ai parlé au monde ouvertement. J’ai toujours enseigné à la synagogue et dans le Temple, là où tous les Juifs se réunissent, et je n’ai jamais parlé en cachette.

21 Pourquoi m’interroges-tu? Ce que je leur ai dit, demande-le à ceux qui m’ont entendu. Eux savent ce que j’ai dit. »

 

Question, réponse, c'est clair. Demande à ceux qui m'ont entendu; et ils te diront que toi tu as mal entendu. Jésus ne se laisse pas intimider.

 

22 À ces mots, un des gardes, qui était à côté de Jésus, lui donna une gifle en disant: « C’est ainsi que tu réponds au grand prêtre! »

23 Jésus lui répliqua: « Si j’ai mal parlé, montre ce que j’ai dit de mal. Mais si j’ai bien parlé, pourquoi me frappes-tu ? »

 

Une action violente, une réponse par la parole. Jésus ne tend pas l'autre joue, mais parle.

 

24 Hanne l’envoya, toujours ligoté, au grand prêtre Caïphe.

 

Et là, Jésus est envoyé à Caïphe; Un peu comme si Hanne aurait dû dégrossir les choses. Pouvoir dire, "Voilà de quoi cet homme est coupable, voilà pourquoi il mérite la mort".

 

25 Simon-Pierre était donc en train de se chauffer. On lui dit: «N’es-tu pas, toi aussi, l’un de ses disciples? » Pierre le nia et dit: «Non, je ne le suis pas! »

 

Deuxième reniement. 

 

26 Un des serviteurs du grand prêtre, parent de celui à qui Pierre avait coupé l’oreille, insista: « Est-ce que moi, je ne t’ai pas vu dans le jardin avec lui? »

27 Encore une fois, Pierre le nia. Et aussitôt un coq chanta.

 

De fait, là, c'est dangereux pour Simon de reconnaître qu'il était avec Jésus dans le jardin, d'autant que blesser le serviteur du grand prêtre, qui ne lui avait rien fait, est dangereux pour lui. Il peut très bien être emprisonné et jugé pour cela. Cela n'excuse peut-être pas, mais permet de comprendre que Pierre sauve sa peau.

 

On ne nous dit pas, ce que fait Pierre quand il entend le coq chanter. 

 

28 Alors on emmène Jésus de chez Caïphe au Prétoire. C’était le matin. Ceux qui l’avaient amené n’entrèrent pas dans le Prétoire, pour éviter une souillure et pouvoir manger l’agneau pascal.

 

Si on compare avec les synoptiques, c'est très étonnant; il semble ne pas y avoir eu d'interrogatoire avec le Sanhédrin, alors que cet interrogatoire prend une grande place dans les synoptiques, puisque l'on cherche des témoins, et que c'est presque faute de témoins que Jésus est envoyé à Pilate puisqu'il a dit qu'il était être le Fils de Dieu. Mt 2663 Mais Jésus gardait le silence. Le grand prêtre lui dit: «Je t’adjure, par le Dieu vivant, de nous dire si c’est toi qui es le Christ, le Fils de Dieu.» 64 Jésus lui répond: «C’est toi-même qui l’as dit! En tout cas, je vous le déclare: désormais vous verrez le Fils de l’homme siéger à la droite du Tout-Puissant et venir sur les nuées du ciel.» 65 Alors le grand prêtre déchira ses vêtements, en disant: «Il a blasphémé! Pourquoi nous faut-il encore des témoins? Vous venez d’entendre le blasphème!

 

Le rédacteur peut supposer connus les autres récits.


Il me semble que d'un point de visuel il se passe beaucoup de choses, entre le dedans du prétoire et le dehors. 

 

29 Pilate sortit donc à leur rencontre et demanda: «Quelle accusation portez-vous contre cet homme?»

30 Ils lui répondirent: «S’il n’était pas un malfaiteur, nous ne t’aurions pas livré cet homme.»

 

Peut-être que Pilate n'est pas content du tout. Cette fête de la libération d'Égypte est toujours une fête à risque. Mais là, les prêtres ne disent pas que Jésus affirme être le roi des juifs, juste qu'il est un malfaiteur. L'accusation est implicite. Pilate peut- il comprendre?

  

31 Pilate leur dit: «Prenez-le vous-mêmes et jugez-le suivant votre loi.» Les Juifs lui dirent: «Nous n’avons pas le droit de mettre quelqu’un à mort.»

 

Un peu menteurs, quand même. On verra bien que pour Etienne, personne ne se pose de questions quand il s'agit de lapidation, qui doit entraîner la mort. 

 

32 Ainsi s’accomplissait la parole que Jésus avait dite pour signifier de quel genre de mort il allait mourir.

 

Retour à Jn 3: "Quand le fils de l'homme sera élevé de terre"; ce qui est le contraire de la lapidation où on tombe par terre. 

 

33 Alors Pilate rentra dans le Prétoire; il appela Jésus et lui dit: «Es-tu le roi des Juifs?»

34 Jésus lui demanda: «Dis-tu cela de toi-même, ou bien d’autres te l’ont dit à mon sujet?»

35 Pilate répondit: «Est-ce que je suis juif, moi? Ta nation et les grands prêtres t’ont livré à moi: qu’as-tu donc fait?»

 

Dedans. Pilate est très bien, là. Il veut entendre de la bouche de l'accusé ce qu'il en est.

 

36 Jésus déclara: «Ma royauté n’est pas de ce monde; si ma royauté était de ce monde, j’aurais des gardes qui se seraient battus pour que je ne sois pas livré aux Juifs. En fait, ma royauté n’est pas d’ici.»

 

Affirmation de Jésus, sur cette royauté qui est autre. Le monde des hommes, le monde de Jésus; donc a priori il n'est pas dangereux, cet homme qui n'a aucun pouvoir. 


37 Pilate lui dit: «Alors, tu es roi?» Jésus répondit: «C’est toi-même qui dis que je suis roi. Moi, je suis né, je suis venu dans le monde pour ceci: rendre témoignage à la vérité. Quiconque appartient à la vérité écoute ma voix.»

 

Interrogatoire de Pilate sur la royauté. 

 

"Si tu écoutes ce que je dis, contrairement à eux, tu comprendras que oui je suis roi, mais autrement". Et la vérité selon Jésus, c'est de connaître Dieu et son envoyé, Lui.

 

38 Pilate lui dit: «Qu’est-ce que la vérité?» Ayant dit cela, il sortit de nouveau à la rencontre des Juifs, et il leur déclara: «Moi, je ne trouve en lui aucun motif de condamnation.

39 Mais, chez vous, c’est la coutume que je vous relâche quelqu’un pour la Pâque: Voulez-vous donc que je vous relâche le roi des Juifs?»

40 Alors ils répliquèrent en criant: «Pas lui! Mais Barabbas!» Or ce Barabbas était un bandit.

 

Manifestement, Pilate ne veut pas le faire mourir et il essaie de leur donner un choix. Mais eux ne veulent pas de Jésus, du moins les autorités.

 

Chapitre 19

 

A ce moment-là, il semble que Pilate n'ait pas pris sa décision. Que va-t-il faire?

 

01 Alors Pilate fit saisir Jésus pour qu’il soit flagellé.

 

Pourquoi? Mais cela accomplit Is 53. Qu'est-ce que Pilate attend de ce châtiment? Que l'homme soit puni pour quelque chose qu'il n'a pas fait? Ou parce que c'est un empêcheur de tourner en rond? Et il le laisse entre les mains des soldats. 


On est toujours dedans.

 

02 Les soldats tressèrent avec des épines une couronne qu’ils lui posèrent sur la tête; puis ils le revêtirent d’un manteau pourpre.

03 Ils s’avançaient vers lui et ils disaient: «Salut à toi, roi des Juifs!» Et ils le giflaient.

 

Et après la flagellation; ils trouvent moyen de continuer à faire du mal gratuitement. Mais c'est surtout la dérision qui est là en permanence, l'humiliation. 

 

04 Pilate, de nouveau, sortit dehors et leur dit: «Voyez, je vous l’amène dehors pour que vous sachiez que je ne trouve en lui aucun motif de condamnation.»

05 Jésus donc sortit dehors, portant la couronne d’épines et le manteau pourpre. Et Pilate leur déclara: «Voici l’homme

 

Voici l'homme qui, voici l'homme que.

 

Voyez dans quel état il est. Pensez-vous qu'il puisse encore vous nuire? Il ne dit pas: "Regardez celui que vous dites vouloir être le roi de votre peuple"; mais "Regardez ce que mon pouvoir est capable de faire. Laissez le aller."


06 Quand ils le virent, les grands prêtres et les gardes se mirent à crier : « Crucifie-le ! Crucifie-le ! » Pilate leur dit: «Prenez-le vous-mêmes, et crucifiez-le; moi, je ne trouve en lui aucun motif de condamnation.»

07 Ils lui répondirent: «Nous avons une Loi, et suivant la Loi il doit mourir, parce qu’il s’est fait Fils de Dieu

 

C'est là le vrai motif des juifs: Fils de Dieu. Or cela c'est le titre que se donne l'Empereur. 

 

08 Quand Pilate entendit ces paroles, il redoubla de crainte.

 

09 Il rentra dans le Prétoire, et dit à Jésus: «D’où es-tu ?» Jésus ne lui fit aucune réponse.

 

Est-il encore capable de parler, l'homme Jésus? Et pourtant il va la trouver, la force.

 

10 Pilate lui dit alors: «Tu refuses de me parler, à moi? Ne sais-tu pas que j’ai pouvoir de te relâcher, et pouvoir de te crucifier? »

 

C'est encore en suspens dans la tête de Pilate. 

 

11 Jésus répondit: «Tu n’aurais aucun pouvoir sur moi si tu ne l’avais reçu d’en haut; c’est pourquoi celui qui m’a livré à toi porte un péché plus grand.»

 

Celui qui a livré, est-ce le grand-prêtre, ou Judas par qui tout cela est arrivé? 

 

12 Dès lors, Pilate cherchait à le relâcher; mais des Juifs se mirent à crier: «Si tu le relâches, tu n’es pas un ami de l’empereur. Quiconque se fait roi s’oppose à l’empereur.»

13 En entendant ces paroles, Pilate amena Jésus au-dehors; il le fit asseoir sur une estrade, au lieu dit "le Dallage" – en hébreu "Gabbatha".

14 C’était le jour de la Préparation de la Pâque, vers la sixième heure, environ midi. Pilate dit aux Juifs: «Voici votre roi.»

 

Ça crie beaucoup dans cet épisode, mais pas Jésus. Lui, on ne l'entend pas.

 

Jésus est montré comme une bête de foire. Regardez-le cet homme, que peut-il vous faire? D'ailleurs il est possible que l'homme meure, suite aux blessures de la flagellation.

 

15 Alors ils crièrent: «À mort! À mort! Crucifie-le!» Pilate leur dit: «Vais-je crucifier votre roi?» Les grands prêtres répondirent: «Nous n’avons pas d’autre roi que l’empereur.»

 

Et toujours cette dérision. Moi, le romain, est ce que je vais mettre à mort un homme dans cet état? Un homme qui est tout sauf un roi. Et l'autorité juive déclare qu'elle est au service de Rome, ce qui est cohérent hélas. 

 

16 Alors, il leur livra Jésus pour qu’il soit crucifié. Ils se saisirent de Jésus.

 

Cela rappelle ce qui se passe au jardin des Oliviers. Se saisir de quelqu'un. 

 

17 Et lui-même, portant sa croix, sortit en direction du lieu dit Le Crâne (ou Calvaire), qui se dit en hébreu Golgotha.

18 C’est là qu’ils le crucifièrent, et deux autres avec lui, un de chaque côté, et Jésus au milieu.

 

Sobriété totale. Mais peut-être dérision, les deux gardes du corps de Jésus qui sont deux malfaiteurs. 

 

19 Pilate avait rédigé un écriteau qu’il fit placer sur la croix; il était écrit: «Jésus le Nazaréen, roi des Juifs.»

20 Beaucoup de Juifs lurent cet écriteau, parce que l’endroit où l’on avait crucifié Jésus était proche de la ville, et que c’était écrit en hébreu, en latin et en grec.

 

Dérision mais pourtant…

 

21 Alors les grands prêtres des Juifs dirent à Pilate: « N’écris pas “Roi des Juifs”, mais: “Cet homme a dit : Je suis le roi des Juifs”.»

22 Pilate répondit: «Ce que j’ai écrit, je l’ai écrit.»

 

Là, Pilate ne se laisse pas faire.

 

23 Quand les soldats eurent crucifié Jésus, ils prirent ses habits; ils en firent quatre parts, une pour chaque soldat. Ils prirent aussi la tunique; c’était une tunique sans couture, tissée tout d’une pièce de haut en bas.

24 Alors ils se dirent entre eux: «Ne la déchirons pas, désignons par le sort celui qui l’aura.» Ainsi s’accomplissait la parole de l’Écriture: Ils se sont partagé mes habits; ils ont tiré au sort mon vêtement. C’est bien ce que firent les soldats.

 

Psaume 21-22. 

 

25 Or, près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère, Marie, femme de Cléophas, et Marie Madeleine.

 

Les trois Marie. 


26 Jésus, voyant sa mère, et près d’elle le disciple qu’il aimait, dit à sa mère: «Femme, voici ton fils.»

27 Puis il dit au disciple: «Voici ta mère.» Et à partir de cette heure-là, le disciple la prit chez lui.

 

Quelle maîtrise. On a des femmes, dont la mère de Jésus qui a un statut particulier, un peu comme à Cana. De quelles noces s'agit-il maintenant. A Cana, on manquait de vin. A Jérusalem, il y a le sang qui coule, le sang de l'alliance, Vin des noces de Dieu avec l'humain. Et c'est Marie qui reçoit, comme fruit, ce fils nouveau, qui ne remplacera jamais son Fils, mais qui est quelqu'un dont elle doit prendre soin, et qui prendra soin d'elle. 

 

En même temps, Marie ne retourne pas dans sa famille, et c'est peut-être mieux. Elle ne portera pas l'opprobre d'avoir un fils crucifié comme un malfaiteur; elle est dans le famille voulue par son fils, la nouvelle Jérusalem. Jésus crée quelque chose d'important là.

 

28 Après cela, sachant que tout désormais était achevé, pour que l’Écriture s’accomplisse jusqu’au bout, Jésus dit: «J’ai soif.»

29 Il y avait là un récipient plein d’une boisson vinaigrée. On fixa donc une éponge remplie de ce vinaigre à une branche d’hysope, et on l’approcha de sa bouche.

30 Quand il eut pris le vinaigre, Jésus dit: «Tout est accompli.» Puis, inclinant la tête, il remit l’esprit.

 

Ps 69 je crois. Et il trouve la force de dire, comme s'il le disait à son Père: j'ai fait tout ce qu'il fallait, c'est accompli, le mal est vaincu; la vie est donnée et rejaillira. A toi maintenant de la faire jaillir de moi cette vie, cette source d'eau vive. 

 

Se pose bien entendu la question de la soif de Jésus. Soif parce que sa gorge, comme dans le psaume, est desséchée; ou soif de nous, de notre amour, de notre foi, comme cela était rappelé ce matin.

 

31 Comme c’était le jour de la Préparation (c’est-à-dire le vendredi), il ne fallait pas laisser les corps en croix durant le sabbat, d’autant plus que ce sabbat était le grand jour de la Pâque. Aussi les Juifs demandèrent à Pilate qu’on enlève les corps après leur avoir brisé les jambes.

32 Les soldats allèrent donc briser les jambes du premier, puis de l’autre homme crucifié avec Jésus.

 

Quand j'entends ce passage, j'ai mal. Mal de ce brisement qui accélère la mort, mais dans quelles souffrances. 

 

33 Quand ils arrivèrent à Jésus, voyant qu’il était déjà mort, ils ne lui brisèrent pas les jambes,

34 mais un des soldats avec sa lance lui perça le côté; et aussitôt, il en sortit du sang et de l’eau.

35 Celui qui a vu rend témoignage, et son témoignage est véridique; et celui-là sait qu’il dit vrai afin que vous aussi, vous croyiez.

36 Cela, en effet, arriva pour que s’accomplisse l’Écriture: Aucun de ses os ne sera brisé.

37 Un autre passage de l’Écriture dit encore: Ils lèveront les yeux vers celui qu’ils ont transpercé.

 

Et pour Jésus, c'est aussi quelque chose de gratuit. Ont-ils besoin de faire cela? Mais cela prouve qu'il est bien mort. Le sang de la victime immolée, l'agneau de Dieu; et l'eau, vivifiée par l'Esprit, qui devient source de vie. 

 

Et le commentaire, les os non brisés (psaume), et la citation je crois qui concerne la mort d'un roi, transpercé par des lances au cours d'un combat, Za12,10.

 

38 Après cela, Joseph d’Arimathie, qui était disciple de Jésus, mais en secret par crainte des Juifs, demanda à Pilate de pouvoir enlever le corps de Jésus. Et Pilate le permit. Joseph vint donc enlever le corps de Jésus.

39 Nicodème – celui qui, au début, était venu trouver Jésus pendant la nuit – vint lui aussi; il apportait un mélange de myrrhe et d’aloès pesant environ cent livres.

40 Ils prirent donc le corps de Jésus, qu’ils lièrent de linges, en employant les aromates selon la coutume juive d’ensevelir les morts.

 

J'ai toujours trouvé cela admirable, car je pense que normalement le corps aurait dû être mis n'importe où, dans une fosse commune. Et c'est donc Joseph qui fait cela. Et cela pose aussi la question du "comment", car détacher le corps de la croix, au bout du quelques heures, alors que la rigidité cadavérique a dû commencer (ou aurait dû commencer à faire son travail), ça n'a pas dû être simple. Je vois mal un homme seul faire cela. 

Nicodème apporte 330x 100= 33000 gr donc 33 kgs, ce qui fait une sacrée quantité quand même. Et que ce soit des hommes qui le fassent, il me semble que c'est normal.  Les femmes ne touchent pas (du moins dans les séries actuelles), et pourtant ce sont les femmes qui viennent après, pour faire ce qu'il faut.

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41 À l’endroit où Jésus avait été crucifié, il y avait un jardin et, dans ce jardin, un tombeau neuf dans lequel on n’avait encore déposé personne.

42 À cause de la Préparation de la Pâque juive, et comme ce tombeau était proche, c’est là qu’ils déposèrent Jésus.

 

Je me suis toujours demandée, si c'était un tombeau qui certes n'avait jamais servi (et cela reprend Is 53, tombe chez les riches), mais si c'était un tombeau quelconque, Marie peut avoir peur que celui qui s'occupe de ce lieu, et qui en est responsable, enlève le corps et le mette ailleurs.

 

 

Pilate raconte

 

  Mes espions m'avaient parlé d'un certain Jésus de Nazareth, un Galiléen, qui venait régulièrement à Jérusalem, surtout pour les fêtes, et qui était considéré par certains comme un nouveau prophète. On a même dit qu'il avait ramené à la vie un homme mort depuis 4 jours, mais vous connaissez comme moi les Juifs, il faut qu'ils en rajoutent toujours. Ce qui est sûr c'est que cet homme, les autorités juives ne l'aiment pas du tout, et que les pharisiens sont très partagés à son sujet. Ils ont déjà essayé de le mettre à mort plus d'une fois.

 

La fête de leur Pâque est arrivée comme tous les ans. Et comme tous les ans, avec tous ces juifs qui montent de tout le pays pour aller au Temple et réserver leur agneau, les révoltes sont toujours possibles et moi, je dois veiller à ce que la Paix Romaine ne soit pas troublée par ces agitateurs. 

 

Or au petit matin, j'ai dû sortir de mes appartements pour aller au Prétoire où les grands-prêtres avaient conduit ce Jésus dont j'avais entendu parler, comme je l'ai dit. Il faut dire que cet homme qui fait des guérisons le jour de leur Shabbat, par certains côtés il me plait bien, mais les pharisiens, ces religieux qui s'en tiennent à la lettre, ils l'exècrent. Moi, je ferai tout pour éviter une émeute. Si cet homme doit en faire les frais, tant pis pour lui.

 

Ils ont présenté un homme de grande taille, je dois dire un bel homme. Ils ne sont pas entrés, pour ne pas se souiller. Qu'est ce que j'ai du mal à accepter leur comportement: en quoi entrer chez moi les souillerait? Mais tout ce qui n'est pas juif est impur. Je leur ai demandé quelle accusation ils portaient contre cet homme, ils ont dû supposer que je le savais car ils m'ont juste répondu qu'ils ne m'avaient pas dérangé pour rien, que cet homme était un malfaiteur. Bon, des malfaiteurs il y en a beaucoup dans cette ville, des voleurs, des assassins, alors pourquoi celui-là? Je leur ai dit qu'ils n'avaient qu'à s'en occuper eux-mêmes, et là, ils ont eu le culot de dire que Rome leur interdisait de mettre quelqu'un à mort. Pourtant il n'y a pas si longtemps ils voulaient lapider une femme dans le Temple. Alors j'ai compris que ce qu'ils voulaient c'est que le fasse crucifier.

 

Mais moi, je savais bien que cet homme avait proclamé haut et fort de Dieu était son père. Enfin quand je dis Dieu, je parle de leur dieu à eux, ce dieu de juifs qui les aurait délivrés de l'esclavage des Égyptiens et qui leur avait permis de revenir dans leur terre après avoir été exilés en Assyrie. Ce qui leur faisait si peur à ces chefs, ces dignitaires, c'est de perdre leur place si cet homme était proclamé roi des juifs. Sauf que bien entendu, cela me faisait sourire, car jamais nous les Romains, nous ne laisserions faire. 

 

Et du coup, moi, je voulais savoir ce que ce Jésus pouvait bien dire, lui. Alors je lui ai posé directement la question, est ce qu'il est le roi des juifs. Il n'a pas répondu, mais il doit être un rabbi, car c'est lui qui m'a posé une question. Il voulait savoir si moi je pensais cela ou si c'était d'autres qui le lui avaient rapporté. Et immédiatement j'ai répondu que moi je n'étais pas juif, et que c'était les grands prêtres qui l'avaient livré sans le dire vraiment, mais tout en le disant. Et puis il doit bien savoir que mes espions me racontent tout?

 

Là, il a eu une réponse surprenante. Il a dit que sa royauté n'était pas de ce monde. Bon, alors pourquoi les autres s'inquiéteraient-ils? 


Et il a ajouté que si sa royauté était de ce monde, il aurait avec lui des soldats qui se seraient battus pour qu'il ne soit pas livré aux Juifs. Cela, c'est du bon sens, seulement je sais que quand on a voulu mettre la main sur lui, il s'est passé quelque chose d'étrange. Il aurait demandé qui les gardes cherchaient. Ceux-ci ont répondu qu'ils cherchaient Jésus de Nazareth donc lui. Il ne l'a pas nié, il a dit que c'était lui, mais au même instant, ils ont rapporté qu'ils ont été repoussés par une sorte de force et qu'ils sont tombés sur le sol. Alors il a beau dire qu'il est seul, sans personne, ce n'est pas si sûr! Il y avait aussi parait-il un de ses disciples qui avait une épée, et qui aurait tranché l'oreille du serviteur du grand-prêtre mais Jésus lui a dit de remettre son épée au fourreau, et il s'est laissé prendre sans faire d'histoires, mais quand même. Il m'étonne cet homme.

 

J'ai continué le dialogue avec lui, et pourtant ce n'est pas mon habitude, mais il m'intéressait ce petit Galiléen. J'ai reposé la question, est ce qu'il est roi? Et là, il a dit que c'était moi qui le disait, ce que j'ai trouvé étonnant. Et il a ajouté que lui était venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité. Rendre témoignage à la vérité? Mais qu'est-ce que la vérité dans le monde dans lequel nous sommes? En tous les cas, ce n'est pas comme cela qu'on prend ou qu'on garde le pouvoir. 

 

Je suis alors ressorti et j'ai dit à ses accusateurs que je ne trouvais rien en lui pour le condamner. Mais il était là, il était prisonnier et je sais que pour la fête de leur Pâque j'ai l'habitude de relâcher un prisonnier. Donc je leur ai demandé si c'était lui que je devais relâcher et là, ils se sont mis à beugler qu'ils voulaient que je relâche un certain Barabbas. Quel drôle de nom, le fils du père. 

 

Là je ne savais plus vraiment que faire. Je l'ai fait flagellé pour le punir d'avoir créé ce mauvais climat juste au moment de la fête. Les soldats ensuite se sont amusés avec lui, enfin quand je dis amusé, ils l'ont bien humilié. Ils lui ont mis un manteau rouge, un manteau de légionnaire, ils lui ont mis une couronne d'épines, bien enfoncée sur la tête, et ils se sont moqués de lui, et l'ont giflé et des gifles de soldats, ça vous emporte la tête. Il n'était vraiment pas beau à voir.

 

Je l'ai alors fait sortir pour leur montrer que cet homme était devenu incapable de faire quoique soit, vu l'état dans lequel il était; et j'ai redit que je ne trouvais aucun motif de condamnation. Je leur ai dit en le leur montrant, voici l'homme. La phrase est sortie toute seule. Que représentait-il ce Jésus, un homme battu, blessé, abîmé? Pouvait-on voir en lui un chef? Un messie comme ils disent? 

 

Mais eux, ça ne leur a rien fait et ils se sont mis à hurler que je devais le crucifier. Là je n'étais pas du tout d'accord. Je leur ai dit qu'ils n'avaient qu'à le faire eux-mêmes. Ils m'ont répondu qu'il fallait qu'il meure, parce que c'était leur loi qui le condamnait car il s'est fait fils de Dieu. 


Chez nous les Romains, le seul qui soit Fils de Dieu, c'est l'empereur. Qui est-il celui-la?  D'où vient-il? Serait-il un envoyé des Dieux? Je suis rentré dans le prétoire et je l'ai à nouveau interrogé, je lui ai demandé d'où il était. Mais il ne m'a pas répondu, ce qui m'a mis en colère. Je lui ai dit que moi, j'avais le pouvoir de vie et de mort, mais lui a dit que ce pouvoir je ne l'avais que parce que je l'avais reçu d'un autre, d'en haut. Et il a ajouté que celui qui me livrait à lui commettait un péché plus grand que le mien. 


Je suis à nouveau retourné vers les grands-prêtres qui avaient bien compris que je souhaitais le relâcher. Ils ont dit que si je le libérais,  je n'étais pas un ami de César. Ils ont ajouté, et c'est vrai, que tout homme qui se fait roi  s'oppose à l'Empereur. 


Alors j'ai cédé, mais je voulais quand même essayer de le sauver. Je ne sais pas pourquoi, mais c'est ce que j'ai fait, car il m'impressionnait cet homme. Je l'ai fait sortir, je l'ai fait asseoir. C'est à l'endroit qui s'appelle le Dallage et je leur montré l'homme en leur disant que c'était leur roi. Et là ils se sont mis à nouveau à hurler que je devais le crucifier. Il était environ midi. Et j'ai cédé, je le leur ai livré et ils se sont saisis de lui. 

 

Il a certainement dû porter sa croix pour aller au lieu choisi par les soldats. Et la journée s'est terminée. Mais avant que la journée ne se termine, les grands-prêtres sont revenus à nouveau. Ils n'étaient pas contents de l'écriteau que j'avais fait mettre sur la croix. Et bien tant pis pour eux, ce que j'ai écrit, je l'ai écrit; et pour moi, cet homme est le roi de ce peuple étrange, de ce peuple qui refuse de le reconnaître, alors qu'il ne fait de mal à personne.

 

Ils sont encore revenus un peu plus tard, pour demander qu'on brise les jambes des condamnés, parce que Jésus avait été crucifié avec deux autres bandits, et j'ai accepté. 


Les soldats en revenant m'ont dit que Jésus lui était déjà mort, ce qui ne m'a pas étonné, car la flagellation fait perdre beaucoup de sang et de force. Et qu'il était bien mort, car l'un des soldats avait percé son côté et qu'il en était sorti du sang et de l'eau. 


À ce moment est arrivé un homme que je connaissais, Joseph d'Arimathie; il m'a demandé de prendre le corps et j'ai accepté. Que s'est-il passé après? J'ai su par mes espions que le corps qui a été déposé dans un tombeau a disparu, et que ses disciples disent qu'il est revenu à la vie, qu'il leur est apparu; mais personne ne sait vraiment. Quelle histoire. Quel peuple. 


Vivement que César me nomme ailleurs. Je me demande quand même ce que les historiens garderont de moi et de mon séjour de procurateur de Judée.